EifllARISTlA D.\NS LES PÈRES GRECS. Quoi
(lu'il ensoit.cemot £Ùyaf'.CTT;7.,£'!>yap!.aT£tv, futadopté de bonne heure par la tradition pour désigner soit la prière qui acconipafîne la consécration de l'eucharistie, soit la consccrallon elle-même. Nous avons cité son emploi dans le Nouveau Testament '. Les premiers à l'employer clairement dans le sens d'eucharistie sont saint Ignace et saint Justin. Stto'j- SdtCTaTE ouv (X'.ï eù/apiaTta /pT,<îTai, dit saint Ignace-. Eùxapiartaç xat -rzçrirsz'y/r^ç, àTré/ovTai. Sià to |X-J) ô(jtoXoy£Îv Tr,v £Ù/apicrTiav sivat ToG atoTrjpojç f,|Jtâ)V 'ïr|CToO Xp'.OToO... iy.EVjr, fis^aîa EÙzocptCTTÎa... ': vj rpoçY) ad-rr, xaXEÏrai. Tiap' r||xïv eùxapiCTTta ' ■ f, ttj; (TE|itSaXéwç Se 7tpOCT90pà... tùttoç •Jjv toO âpxou zr,ç eù/apicjTÎai;... toutéoti to^ apTou ttjç eùyapiCTTÎaç x.al ToO 7T0T/)pt&u ô(Xoitoç TT|Ç î'V/aptaTtaç °.
Saint Irénée, Clément d'.\lexandrie, Origène parlent dans le même sens : oùy.i-i zoivôç (ïpTOç ècttlv, à).X' ïù/;apiaTta... y] Tcpocrçopà tî^ç sù/apiaTiaç... TrpoaçÉpO(iev yàp "tp 9^^ "'J'' ap"ov xai tô TrpoTïjp'.ov Tr,ç EÙXoyîaç EÙ/apicîTùijvTeç a'jTÔi...°. 'H xoà ttjV e'j/.xpioTÎav TivÈç SiavEtfxavTs;... eIç tùtcov EÙxapttjTÎxç ". .Serf e/ eucharistiee sivc percipiendas sive eo rilu quo geritur... àpxoç EÛyapiarîœ x.xaoujjievoi;'.
La AtSaxï) et les apocryphes les plus anciens emploient aussi le mot eucharistie dans ce sens : rspl Se r^ç EÙyotpiaTtaç, oGtojç £'j/ap'.(jT/;aaT£... [xTiSeIç Se çavÉTco (i'^SÈ TtiÉT&j aTTÔ Tïjç EÙ/apiaTiaç û|X(ov...' xai xXàctaç tôv SpTov... zal tïji; àYt£ùTàf/)i; EÙxapioTiaç... àpTOv EÙxaptoT/jCjEv oOtcoç... TÎva alvov r, -oiGtv TTpoCTÇopàv Yj Twa Ej/aptoTiav xXwvte; tov apTov "•; EÙXoy/jaa!; za't E'j/apia-r/jaaç àpTOv âYi'<JV ". Murray, qui a cité ces derniers passages, ajoute que les papyrus n'ont encore rien donné pour l'usage de ce mot '^,
Les Pères grecs, au iv siècle et à l'âge suivant, employèrent le mot eucliaristie dans le sens du saciemcnt ou sacrifice de la cène, de là, il tomba dans les liturgies grecques et orientales avec la même signification. Saint Cyrille de Jérusalem dit: o apTO^ y.ai 6 oîvoç ttjç sù/aptcTia; ".
Dans les Constitutions apostoliques, on lit ; 'ErrirpÉ- -ETE xal Toïç TirpEcrPuTÉpotç Û(XÙV EÙxaptoTEÏv (VII, c. xxvn), et dans ps.-Denys : BEiOTaTTiç EÙ/apiaTtaç !i.ETâX/)i{;ti; '*.
Saint Jean Chrysostome parle souvent dans se; ouvrages de l'eucharistie : EùxapioTÎav Se ÔTav cïttco T.i'noL... xoF,vwvoû(XEv EÙ/apiaTOûvTEt;... ". .Saint Grégoire de Nazianze s'exprime dans le même sens ; EÏ-a ÈTTEi.— ojv (se. ÎEpE'J!;) -i T^ç EÙ/apiaTÎaç pyjiiaTx o'JTwç coç a'Jv/jÔEç, X. T. X. ". Saint Macaire d'Egypte :
' Quelle que soit l'antiquité de ce mot, il semble que l'raclio et peut-être e'j'/ ovicn aient été employés quelquefois de préférence. Voir Fraction'. — = Philad. 4. Cf. sur ce texte la remarque de Murray, Journal of theoloijicalstudics, /oc. cit., p. 545. — ^ S. Ignace, ad Smijrn., t., P. G., t. \', col. 713. — ' S. Justin. .-Ipo/., i, 66, P. G., t. vi.col. 42S. — * S. .Justin, Z)ia/., 41. Cf. aussi la remarque Journal o/ llieol. stnrfie.s, p. 596, et les autres textes de Justin sur ï-j'/apiTTia. — ' S. Irénée, I. IV, c. xvni. n. 5, P. G., t. vn. col. 1028, 1029. Cf. Frag. 36, P. G., t. vu, col. 1232. — ■ S. Clément, Sirum., 1. IV. c. xxv, P. G., t. vra, col. 1369. — " Origène, Hom. in \um. v, 1. Cf. les autres textes dans Hort et Murray, loc. cit., p. 596. — ' Didaché, c. ix. — '" .-lc(« Joimnnis, c. lxxxiv, cix, ex. — " Marlyrium Mallkœi, c. xxvn. — "Loc.cit.. p. 598. — " S. Cyrille de Jérusalem, Mysiag., i, P. G., t. xxxni, col. 1072. — " De cœl. hierar., c. I, P. G., t. III, col. 124. — " Cf. les différents passages de saint .Jean Chrysostome réunis par Brightman, Liturgies Eastern and Western, Oxford, 1896, p. 474 et 479. — " S. Grégoire de Nazianze. Or., xviii, 29, P. G., t. xxxv, col. 1021. — '■ De charilate. 29, P G., t. xxxiv, col. 932.
r, |X'jr!T',xT, ôE "rffi Trpoaçopâ; 'jno toO lEpEOj; so/ap'.a-i% xaiYjzotvcdvtot ".
l\. EvcHAltl.1T/A dans tes liturgies grecques. — Le mot .se présente dans les liturgies grecques au dialogue de la préface et à l'anaphore.
Dialogue de la préface :
Eùy api<îTr,<jCrj[jtEV Tw K'jpito (Lit. de S. .Jacques)" idem idem (Constit. apost. ").
idem idem (Lit. de S. Marc -»).
idem idem (Lit. de S. Basile et S.
Jean Chrysostome-').
"Ac,'.o^) ... n'ji EÙyaptCTTEtv (S. Jean Chrysostome --). EùxapiCTTslv ôçEiXo[x.£v (Lit. de Palestine -'). TÔTE -ïp/ETai ô tspEuç -ïr^ç E'jyaptaTtaç. E'JxapiaTÎav SE ôrav eÏttcj TravTa... (Lit. d'Antioche ='). Kal YjfiEÏç yàp EÙxapta-roôfiEV xal È:rl t^ç xo'.v?,;
ÈcTiâaEcùÇ xalÈTrl-rTiç (xua-'-xr,; -\
V. El'CHARiSTiA CHEZ LES L.4.TINS. En Occident le mot fut adopte sous sa forme grecque eucharislin, à côté de la traduction gratiarum actio, qui est plus fréquente dans les liturgies latines. C'est Tertullien, comme pour plusieurs autres mots du vocabulaire chrétien, qui lui donne droit de cité, Eucharistiie sacramentum (cor. mil., m). Saint Cyprien s'en sert souvent ; Eucharistia illis datur... Illi contra evangelii leqem... of/erre lapsis pacem et eucharistiam dare, id est sanclum domini corpus profanare audint -*.
Eucharistiam accipere -'; ab episiopo... eucharistia datur -^■. eucharistiam ad cibum cottidic sumimus: eucharistiam contingere, adlingere '-", eucharistiam lacère. Cependant il lui préfère d'autres termes d'un latin plus classique : caro Christi, sanclum Domini. corpus Domini, sacrificium, sacrificium divinum ou sacrificium dominicum (ou simplement le terme elliptique dominicum); sollemnia, oblalio'".
Saint Augustin s'en sert aussi (cf. P. L., t. xi.v, col. l.ïlj).
Mais si en grec, comme nous l'avon^ vu, le nom employé comme verbe et comme substantif, a produit de nombreux dérivés, en latin au contraire aucun dérivé ne fut formé du mot eucharistia, pas plus du reste qu'en français pour le mot euc/wnsfic^'. En tout cas, il eut la rare fortune en Occident de désigner, presque à l'exclusion de tout autre, dans la langue thcologique aussi bien que dans la langue populaire, le sacrement et b sacrifice du corps et du sang du Christ. Saint Thomas lui donne une ctymologie spéciale: dicitur eucharistia, id est boxa oratia; quia gratta Dei vita œterna; vel quia realiter continet Christum qui est plenus gratia ^-. D'autres théologiens ont accepte ce sens, ce dont Suicer les raille, disant que tout helléniste sait c[\x'z'r/jxç\<j-.ix signifie action de grâces ". C'est la traduction du
— " F. E. Brightman, Liturgies Eastern and IVesIcrn, p. 50. "— Op. cit., p. 14. — ■' Op. cit., p.l23. — =' Op. cit.. p. 321. — " Op. cit., p. 384. — " Op. cit., p. 465. — =* Op. cit., p. 473, 474. — " Liturgie byzantine avant le vni' siècle. Op. cit., p. 529. Cf. aussi la table aux mots Tlianksgiuing, Eutogia et 'E-j/rjy'a. — " Corpus scriplor. eccles. latin., édit. Hartcl, t. m, p. 514,1. 12 et voir la table du volume, au mot Eucliaristia. — =' Teslim., 3, 94; TiU, 280, I. 20; Hartel. op. cit., t. m, p. 176 et 280. — " Op. cit., p. 519. lig. 4. — " Op. cit.. p. 407, 1.24. — " E. \V. Watson, Tlie style a. Innguagc o/ S. Cyprian.p. 195, 266 sq. et 284, dans Sliidia biblicael ecclesiastica. Oxford, 1896, t. iv. — " Sauf l'adjectif cuchuristicus en latin et eucharistique en français. Mgr Batiftul a risqué le verbe eucharistier (adopté aussi par le P. Salaville) pour répondre ù l'i-i/xpiG-sii de saint Justin, qui du verbe intransitif a fait un verbe transitif. Mais il est peu probable que ce néologisme ait une longue vie. Cf. Salaville, Épiclèse eucharistique, dans Dict. de théologie, t. v, col. 228 et 232. — ■ ■• .\rt. 4, q. Lxxm. — " Suicer, Thésaurus ecclesictsticus, Amstelœdami, 1728, 1. 1, coi. 1270.
EICHARISTIE
El DOXIE
terme grec grattas agere, grattas agens, gratiarum actio, passe dans la langue liturgique latine par la traduction de la Vulgate, qui a partout traduit E\>-/!Xç,ia~eî-j par gralias agere ' :
Luc, xxn, 19. E'j/ap!.uTY;(jaç, grattas agit
I Cor., XI. 23. î'jyapiCTTTjaa^, grattas agens
Liturgie romaine. grattas agens.
Liturgie mozarabe. grattas agens.
Liturgie ambrosiennc, grattas agens.
Missel de Stowe, grattas egil.
La liturgie mozarabe appelle quelquefois (rarement) post euchartsttam l'oraison qui suit la consécration -, et se sert de formules comme celles-ci : Completurta : nobts dure dignatus es sacri corporis tut euchartsttam ^. Post Prtdie : perctpere mereamur euchartsttam corports et sangutnts tut '. Post missam secretam... fiatque nobts eucharistta para alque legtttma '. Post Prtdte : ut fiât nobts légitima eucharistta ".
Dans les liturgies gallicanes le terme euchartsiia se trouve dans les titres post euchartsttam, une oraison qui suit la distribution de la communion aux fidèles '.
Dans le missel romain on trouve toujours les termes grattas agere, gratias agamus. grattas agens, gratiarum actio, jamais celui d'eucharistie, alors que la plupart des termes synonymes sont employés, sacrificia, munera, oblatto, communia, sacramenta. esleste sacramentum, sancta, dana ca-lestia, immortalitatts alimenta, myslerium. cselestia alimenta, vottva sacramenta, holocausta, mensa, oblata libamina, hostia, cœleste convtvium, panis ca?lestts, etc. Mais eucharistta est employé quelquefois au pontifical et au rituel.
Cette revue ne prétend pas être complète. Nous avons voulu seulement, par ces exemples, donner quelque idée de son usage liturgique.
VI. La prière euch.\ristique. — On désigne sousce nom en liturgie une forme de prière qui présente le même dessin que la prière eucharistique et qui est par excellence une prière d'action de grâces. Elle se distingue par ses caractères de la prière litanique ou prière d'intercession, de la prière collective ou collecte, de la psalmodie et des acclamations. Mais ces deux dernières formes appartiennent plutôt au chant liturgique. Les premières sont définies ainsi par Mgr Uuchesne : la prière litanique se faisait ainsi ; un des ministres sacrés invitait à haute voix l'assemblée à prier à diverses intentions qu'il énumérait successivement. A chaque intention il faisait une pause, et tout le monde prononçait une courte formule de supplication: Kijrie eleison, te rogamus audi nos, etc. En Orient, cette forme de prière tient encore une grande place dans la liturgie de la messe. En Occident, elle en a disparu, mais elle y a ligure autrefois. C'est un diacre qui, en Orient, est chargé d'énumérer les intentions de la prière litanique. A Rome, le préchanlre fut substitué d'assez bonne heure au diacre, pour cette fonction comme pour d'autres analogues ».
La forme collective présente la disposition suivante : l'oiriciaut, le président de l'assemblée, prend luimême la parole pour inviter les fidèles à prier Dieu, Quelquefois il indique plus ou moins rapidement
' Dom Cagin pense «jue l'i\.'i.o"r,<7x;: bcncdicens de saint Matthieu, .\.\vi,26, et do saint .'ilarc, xiv, 22, pourraient peut-être, en invoquant certains manuscrits anciens, se ramener ù £>/«piaTr,ija;. IJoni Cagin. Eticbaristia, Paris, 1912. p, 247. — * Monunicntu littirgirti, liber Mozarabicus, p. 314. — ■ L'ic. cil., p. 15G. — ' Lnc. cit.. p. 182, — ' JLoc, cit., p. 251. — • Uic. cit., p. :17U. — ' CI. Tommasl, Opéra, t. vi, p, 254, 257. 371, 38e. etc. — * Mgr Duchesne. Origines du culte clirétien, l'aris. liiOS, p. 106 sq.
quel doit être le sens général de la prière que l'on va faire: d'autres fois, il se borne à une invitation en termes brefs. Le silence se fait alors. Les fidèles prennent l'attitude de la prière: ils sont debout, les bras élevés et les mains étendues. A certains jours ils se mettent à genoux ou même se prosternent la face contre terre. Ils demeurent ainsi quelque temps, priant en silence: puis la voix de l'officiant s'élève : il prononce une courte formule, qui est comme le résumé des prières sorties de tous les cœurs, et l'assistance s'y associe en répondant amen.
La prière eucharistique est la plus solennelle. Elle est prononcée par l'officiant seul, au nom de tous. L'assistance se borne à l'écouter, à s'y associer mentalement et à répondre amen à la fin. Son thème général est l'action de grâces. Elle s'ouvre par le dialogue dit le dialogue de la préface, et par les paroles : vere dignum et iustum est. Il faut ajouter qu'aujourd'hui ces formes de prière sont moins distinctes qu'elles n'étaient à l'origine et sont même entremêlées, comme par exemple à l'action de la messe, où la prière eucharistique est interrompue par l'introduction de chants ou d'autres prières. Primitivement il semble qu'elle ne formait qu'un tout (voir .\cTiox. Axaphore, C.\nox).
Cette forme de prière eucharistique en dehors du sacrifice de la messe est employée dans la plupart des rites solennels, bénédictions des fonts, dédicaces, ordinations, etc. Voir Fraction-, Institution, Préfaces.
F. Cabroi .
EUDOXIE. Le musée d'armes de Sainte- Irène, à Constantinople, conserve, devant un pilier de l'ancienne éghse, un piédestal en marbre, légèrement elTrité, surmonté d'un stylobate,sur lequel a été posée une boule en pierre. C'est une ancienne base de statue remontant à l'époque byzantine: la statue a disparu, mais nous possédons l'inscription, tracée sur deux faces de ce piédestal: inscription latine sur une face, inscription grecque sur l'autre face. Voici le texte de cette dernière ' :
^^GNAnOPOYPEHNKAlAPrYPEHN BA2IAEIAN AEPKEOEN0AnOAHI0EMIZTEYOYIINANAKTEI
ONGMAAEinOOEElIEYAOÏlATIlANEOHKEN IIMnAlKIOZIVlErAAONYnATQNrONOIEIGAOI-
lYnAPXoi)
Kiova -oç9'jp£r|V y.xl ipY'jpï'^,v (iaCTiAstav ,, Sôpxso, £v6a ttôXt.i ÔejxKjTEiJouaiv avaxTcç. || Toijvona S' ti -oGÉEu;, EùSoEîx. Tiç àvé6T,x.£v; Il Si^TrXîx.ioi; ixcYâXwv •j— àTdV •.'ovo; ècÔXôç 'jTiap/oç,
••■ Regarde la colonne royale en porphyre cl en argent, là OÙ les souverains rendent la justice à la ville. Si tu désires en savoir le nom, c'est celle d'Eudoxie, Qui l'a dédiée'? Simplicius, le descendant des grands consuls, le vaillant préfet. »
L'inscription latine est plus brève :
D N AEL EVDOXIAE SEMPER AVGVSTAE V.C. SIMPLICIVS PRAEF. VRB. DEDICAVIT
D(oniinir) nfoslrie) ^El(iie) Eudortiv sem/ier Augusta; Y.C. Simplicius, prifl(cctus) l'rbd ) dcdicavit.
L'inscription nous apprend que la statue fut érigée sur le lieu où se rendait la justice, c'est-à-dire à l'en-
Cr. PnÉFAiEs. — • Otto Frick. dans Gcrlnml's .Irc/i. Anrd'jer, 1857. t. xv. p. 88; KirchholT. dans Corp. in.scr. gréer., X. IV, n, 8t'>14; Momnisen, dans Corp, iri.ïrr, lat.. t. m ii, n. 736; Ed. (Jougny, Antlmtogia palalina, Paris. 18!H), t. m. p. 57 (insrr. gr.). p. 92 (inser. Int.); .1. (inltwiild, dans Le Slcuiihoiil, 1" féxTier 1905; réimprimé siuis le litre : /.« statue de l'impértitrice Eudoxie à (Innstatititiopte, clans ficttos d'Orient, 1907, t. x. p. 271-276; llcfelc-l.oi-lerrc). Histoire des conciles, 1908, t. II a, p. 150-154.
KIUOXIE
ElGENl:: l)H LAODIC.KR
droit dénommé Piltakia. L'emplacement primitif peut être déterminé avec certitude, car le piédestal en question a été trouvé en 1847-1848, lorsqu'on creusa les fondements de l'édifice connu actuellement sous le nom de Tidjciirt, tribunal de commerce destiné primitivement à servir d'université. Le cube tut rencontré à trois mètres de profondeur.
L'érection de cette statue évoque des souvenirs historiques fameu.x. L'empereur Arcadius (395-408) avait épousé Eudoxie, aussi belle qu'orgueilleuse. Cette princesse adopta les modes les plus luxueuses et les plus extravagantes et l'évèque de Constantinople. Jean Chrysostome, entreprit, sinon de les corriger, du moins de leur dire son opinion sans détours. Ni les étoiles, ni les bijoux, ni les cosmétiques ne trouvaient grâce devant son éloquence abrupte et ses sous-entendus blessants. L'entourage d'Eudoxie lui fit partager les colores féminines soulevées par les allusions et les reproches du grand orateur. Celui-ci fut banni au faubourg du Chêne, à Djadi-Bostan, près de la Chalcédoine moderne, à l'instigation de Théophile, évèque d'Alexandrie. Mais cet exil fut de courte durée et Jean Chrysostome rentra bientôt en triomphe à Constantinople.
Ce fut à peu de temps de là que l'impératrice exigea de son mari et obtint l'érection d'une statue iconique dans l'enceinte de la ville impériale. Le sénat l'approuva par un vote et décréta que l'efTigie serait placée sur le forum principal, en face de la curie. La statue fut érigée au mois de septembre 403 sur les Pitlakia, donnant sur le forum auyiisleum, qui s'étendait au sud de Sainte-Sophie. Elle se dressait sur une colonne de porphyre ', posée sur le piédestal qui nous a été conservé: la statue était en argent massif et représentait l'augusta. L'inauguration des statues impériales s'accomplissait d'après un cérémonial traditionnel, sur lequel le paganisme avait laissé sa forte empreinte, que les empereurs chrétiens toléraient complaisamment. Théodose lui-même s'arrangeait fort bien pour ses effigies des honneurs de l'adoration et Eudoxie en bénéficia sans le moindre remords. Pendant plusieurs jours des réjouissances publiques furent célébrées autour lie sa statue, pour la plus grande satisfaction du peuple et de l'augusta : danses, pugilats, pirouettes, comédies et farces au grand complet : ludi populares ut mos est, écrit Socrate. Tout ceci était fort bruyant et non moins déshonnète. Or c'était en face de la basilique de Sainte-Sophie que se déroulaient les épisodes offerts à la joie populaire : l'évèque Jean y pouvait voir une provocation et une insulte, d'autant que les cris des bateleurs, les accords des instruments et les clameurs de l'assistance venaient, par moments, troubler le chant des psaumes et couvrir la voix de l'évèque '. Celui-ci se plaignit au préfet de la ville, demandant la répression du scandale, mais il n'obtint rien. Le fonctionnaire invoqua l'usage immémorial, la sincérité des sentiments populaires et promit, senible-t-il, d'en référer à l'impératrice. En conséquence, dès le lendemain, le bruit et le scandale redoublèrent de violence et l'évèque Jean, perdant patience, s'adressa à son défenseur et à son client habituel : le peuple. Les historiens se sont évertués à faire remarquer l'éloquence et le courage des Pères de l'Église, ils ont pris peu d'attention à ce fait, que ces grands évoques
' Socrate, Hist. eccL, 1. VI, c. x\ ni : Argenlea statua Eiicloxife Aiiguslœ supra culumiumi purpuream erecta fuerai, et dans la Chronique du comte Marcellin : Eudoxiœ super porphyreticant coluinnuin argentea statua juxla ecclesiam posita. — - C'est dii moins ce que raconte Théophane : Plausus, cliorcir et sallationes ibidem loci actœ tumuttum et strepitum déliant intmodicuni... et cantoribus frequentius interruptis divina imjsteria non sinehant celebrari. Les textes dans Corp. insrr. lut., t. m a. p. 13C-137; cf. Du Cange.
s'appuyèrent régulièrement sur la démocratie pour l'opposer au pouvoir monarchique et faire échec à ce dernier. Cette conduite paraissait d'un mauvais exemple au moyen âge et sous l'ancien régime; aussi prenait-on le parti d'en détourner la signification sociale en faisant porter l'insistance sur un conflit personnel entre le saint et le prince ou la princesse immodérément ambitieux et inexcusable. Cela fait, on se rabattait sur les mérites littéraires de la joute oratoire et il était bien entendu que l'opposition politique était hors de cause. En réalité, les grands évèques .\thanase, Grégoire de Nazianzc, Ambroise et Jean Chrysostome ne répugnaient pas à se servir de la puissance et de la menace populaires pour peser sur Constance, sur Théodose ou sur leurs débiles collègues impériaux. Ce faisant, ils ont exercé une pression souvent redoutable, presque toujours efficace, au nom des démocraties. Jean Chrysostome, on la circonstance qui nous occupe, n'y manqua pas. Uu haut de la chaire, il éclata contre ceux qui se livraient aux jeux sacrilèges, contre le préfet qui les ordonnait, contre l'impératrice qui les tolérait et, dans son orgueil, faisait profaner le lieu saint par l'écho des joies malsaines et des cris impurs. Son discours n'a maUieureusement pas été conservé, mais les chroniqueurs ont recueilli et consigné le souvenir des violences de sa parole, s'emportant en allusions aux femmes impies de l'Ancien et du Nouveau Testament, à la courtisane Hérodiade, par qui Jean-Baptiste avait péri. Tout cela pouvait être plein d'éloquence; quant à la mesure et au bon goût, il semble que l'orateur s'en préoccupa assez peu. La ville fut en rumeur, l'impératrice exigea vengeance et Arcadius s'y prêta. Ce qui suivit n'est plus de notre sujet.
La statue érigée depuis un an ( fin septembre 403), Eudoxie mourut (6 octobre 404). La statue tomba lors du tremblement de terre de 732.
H. Leclercq.
EUGÈNE DE LaODICÉE. Dès l'année 1740 Le Qui'?" rédigeait la notice de l'évèque Eugène, dans VÔriens chrislianus '. en s'aidant du texte de l'épitaphe, d'après une copie que lui avait fournie Jean Jebb, de Cambridge. A la fin du xvin« siècle, Gaetano Marini transcrivait ce même texte dans ses notes (en cursive, mots séparés mais sans accentuation) *. En 1895, Vi". M. Ramsay écrivait ^ : I hâve not been cible to learn anythiny aboui this inscription, et deux ans plus tard, il publiait la copie de JMarini, communiquée par M. J. Laurent '. 11 n'en restait pas moins que Marini et Le Quien étaient tributaires de Jebb, lequel possédait un dessin ou une transcription de quelque voyageur. Rien dans le texte n'indiquait que cet Eugène eût occupé le siège de Laodicée du Lycus, plutôt que celui de Laodicée de Syrie. La mention de la ligne 3 ' demeurait obscure; cependant le fait que Le Quien avait, sans ombre d'hésitation, introduit cet Eugène dans la liste épiscopale de Laodicée du Lycus. autorisait la supposition qu'il tenait quelques renseignements topographiques précis de J. Jebb.
C'est, en effet, à Laodicée de Phrygie que fut retrouvé le sarcophage de marbre, enfoui à moitié dans un champ attenant au cimetière du village turc de Ladik, qui s'élève sur l'emplacement de l'antique
Conslantinopolis christiana, in-fol., Parisiis, IGSO.t. ii, p. 177. — 'Le Quien, Oncns c/iri.s(innu.'i, in-fol., Parisiis, 1740. t. i, p. 794 . — « Cod. Vatlc, lat. 9071. Ici. 391; cf. De Rossi, Inscript, christ, urb. Romie, 1. 1, p. xxxi sq. — ' W. XI. Ramsav. Cilles and bisimprics o/ PImjgia, in-8», Oxlord, 1895, t.'i. p. 78. — ' Ibid.. t. II. p. 513, 343, n. 410 bis. cl'après la transcription incomplète et lautive de .Marini. — ' Lignes dans la copie de .Marini, ligne 10 du texte épifiraplii(iuc.