EUGENE DE LAODICÉE
Laodicée-Brùlée '. Sur la face antérieure est gravée
l'inscription qu'on va lire (fig. 4209) :
M(âpx.O!;) 'Io'J(Aioç) Eù[Yâ]vici(; KupîXXou KsXcpoç
KouTiaoécoç (Î0UX(£UT0'J)
cTpaTEua[à]|j.£V0!; èv tt) xa-^à IltaiStav YjyejxoviKÎj rix,!. xai yr,\ioic, éuyaTspa Faîo'j Nscyropiavoù ouvzXtjtixo'j C>X(aouiav) 'louX(iav) 0[X]aoutavT,v xai (J.£t' èttitsi-
[|x] iaç aTpa-£'JCTà(jtevov èv Se zC> [(xjETïJ'J y.?^'''<'> XîXE'Jaeox; [ço]irr,r;i<jriÇ èttI
Majtjjttvou TOÙç Xp(e]t<jTtavoùi; 0'jsiv xoc't jir, à7:a|X]XiaaîCT9at t?;ç (îTpa-£Î[a|!; — XEiCTTaç Se ôaa; |3aCTivo|'j;| ûjroiistvaç èjtl AioY£[v]o'jç •J)YE[a6vo(; arrouSiaaç [t]£ àTraXXayriva',
T^Ç OTpaTEÎaÇ Tf,V TCÔV XpElOTiaVCÔV TTtaTtV Ç'jXàatîCOV
Xpôvov -[e] Ppaxùv SiarpEtiJjïç èv -rr, AaoStxècov ttoXi xai poijXy;CT[s]t toO tî avTOxpaTOpoç BeoO ÈTTiaxoTroi; xaTa(TTa6[£|'t!; zxl EÏxoai. ttév-e ôXoiç ëtecîiv t'!;v
STrlCTXOITÏJV
(lExà -oX[Xt)|; èTi'.TEijjLiaç Stoi[x]ïiooc; xai -âaav tï;v
èxXT,CTiav àvotxoSci[(x]r)aaç à-ô 9E|j.EXicov xai a'Jv-avTa -rôv -Epi
aÙTr,v xôa(xov [t]où-' ècjTiv <jToà>v te xai T[E-r]pa(jTÔcov xai !IcoYpaçiôJ[v] xai xsvrTjtîEcov xè ûSpEio'j xai TrpOTîùXou
xai — âai Toîç XiBoÇoïxotç È'pYoïç xat TtfâvTJaç ^sic^ aTiXco ^S(c> xara-
axEudéfaaç Xvli6\J.z]v6<; te tov tcjv àvOptoTrojv Pîov È7ToiT,CTa è[jLauTc7J TTÉ[XTa te] xai copov èv fi Ta
[7r]po|Y£Ypa(X(XÉva]TaîiTa È;rotr|aa i-zv(p(i.)tf{z)i'v s. Iç Tiifipov èj [J.OV TYJç TE èx|Xci-j'ï)(; à7t]o Toù Yèvo'jç (iOU.
« [Moi], Marc- Jules-Eugène, fils de Cyrille Celer de Couessos, sénateur, j'ai servi dans Vofficium du gouverneur de Pisidie, et j'ai épousé la fille de Gains Nestorianus, sénateur, Flavia Juliana Flaviana, et j'ai servi avec mérite; et entre temps, un ordre étant venu de Maximin que les chrétiens sacrifiassent et qu'ils ne se retirassent pas du service, j'ai souffert nombre de tortures sous Diogène gouverneur, et j'ai obtenu de me retirer du service en gardant la foi des chrétiens; et j'ai passé quelque temps dans la ville des Laodicéens, et par la volonté du Dieu tout-puissant, évèque j'ai été fait, et vingt-cinq années pleines j'ai exercé l'épiscopat avec grand mérite; et toute l'église j'ai rebâti de fond en comble, avec tout ce qui à l'entour l'orne, à savoir, les portiques, et les quadruples portiques, et les peintures et les incrustations, et la fontaine, et le porche et tous les travaux de tailleurs de pierres; en un mot, ayant tout édifié, sur le point de quitter la vie humaine, j'ai fait pour moi une clôture et un sarcophage, sur lequel j'ai fait écrire tout ce qui précède, [pour mon tombeau] et de l'élite de ma famille. »
C'est peut-être beaucoup accorder que de rappro-
' En juillet 1908. W. M. Calder, A jourth-centunj Lycaonian bishop, clans The cjposilor, nov. 1008, p. 385-408; avril 190!), p. 307-322; W. M. Kamsay. A Laodiccan hishop, clans même reviiP. di-c. 1908, p. 409-419, 54(>-557; Liike the phy- .MCi«/i,iii-S",London, 1908. p. .3.39-351; A. Harnack, dans Theologisctw Literatiirzeituiig, 1909, p. 165 (d'après Ranisay); Bonaiuti.dnns Bivista storico-critica dclle scicnze teologiche, gennaio 1909; E. Josi, dans Conferenzc di archeol. crisl., magt;i<> 190'); S. Scaglia, -Vofiones archivologicœ christianu-, in-12. lîoina', 1909, t. il a, p. 271 (traduction peu exacte); P. Franchi de' Cavalier!, Mtirco (iitilio Euyenio vescovo di iModin-a di I.iaionia ïiel secoln /r, dans A'oïe agiografidie^ lascicolo 3° des Studi e lesti. l'M9, t. xxii,p.59-73; E. l'reuschen, Analecta Kurzere Texte ztir Gcschichte der aïten Kirchc tiiid des Kannns, 1909, p. 149-150 (incxacleinent): W. M. Itamsay et \V. M. Calder revirent l'oriKinal en mai 1909, ils corrigèrent deux lectures et prirent un dessin. "W. M. Ramsay, Tlw epitaph o/ M. Julius Eugenius bisliop 0/ Laodicria. dans Tlie cipoxitor, janv. 1910, p. 50-55 ; W. M. Calder, A j'uiirney round tlie Proxeilenuncne, dans A'/io, Uei- Iràge ziir alten Gescliichte, 1910, t. X, p. 232-233 cl pi.; I
cher ce texte de l'inscription d'.\bercius (voir ce mot), mais, saut cette légère réserve, l'épitaphe d'Eugène demeure un monument historique de premier ordre, autant pour l'histoire de la persécution de Maximin Daia que pour l'étude des premiers édifices architectoniques chrétiens. Ce monument épigraphique doit prendre place à côté de ceux d'.\rykanda (voir ce mot) et de Didymes (voir ce mot), qui illustrent si précieusement l'histoire de la persécution déchaînée par Dioclétien.
Le texte est correct; on peut noter, ligne 4, une faute due au graveur, ([ui a employé l'accusatif au lieudugénitif : (jTpaTEijacx[XEvov pour OTpaTE'jaâfXEvoç ; le lapsus s'explique facilement par les premières lettres du mot suivant, qui sont précisément èv; — ligne 16, le texte est exact : xai -po:ruXou xai Traot.... il ne paraît pas nécessaire d'introduire entre TtpOTtùXou et xai la préposition (tjv, sous prétexte qu'elle est d'un usage courant parmi les grecs de Phrygie et d'Anatolie. On n'a pas longtemps à chercher dans la collection des inscriptions grecques d'Asie pour rencontrer des tournures analogues, passage du génitif au datif et vice-versa. tournures fautives au point de vue grammatical, mais qui n'en sont ni moins tolérées, ni moins fréquentes -; — ligne 17, on a proposé quelques retouches: xai -(ivT]a<i;> à7rXcô(ç) xaTaaxEuàoja; àpvo'j[xE]vô; te tov tcov àvGpcÔTTcov ^tov (Ramsay) avec cette traduction : and having. in a ivord, set everylhing in order; onrf renonncing tlw lifc o/ mcn (jor a hermil's). mais cette retraite volontaire pour embrasser la vie solitaire est un postulat que pas un seul mot n'autorise dans le texte. Il semble même que toutes les vraisemblances s'y opposent. Eugène récapitule les événements principaux de son existence ; son origine, sa carrière, son mariage, ses tribulations, son épiscopat, la construction de sa cathédrale, la préparation de son tombeau; il est trop naturel que cette vie bien remplie est arrivée à son terme naturel plutôt qu'à l'instant d'adopter l'observance des solitaires. La pensée de se préparer un sarcophage pour les siens et pour lui. avec la copieuse commcmoraison de tout ce qui lui arriva, n'est guère en rapport avec le dessein de se retirer du inonde; enfin ô tcôv àvGpcoTTOjv ^ioç désigne tout uniment la vie humaine et nullement l'existence mondaine. Une autre conjecture : XoYi<jâjiE]voi; ou bien XoYiC'^|xelv6; te t6v àv6pcÔ7:tov fllov(P. Franchi), avec cette traduction ; considerando la vita umana ou bien /icnsando alla sua cadacilà'.ue semble pas devoir cire iiréférée à XiiJiôixEvoç (pour Xei'^ojxevoç) ' : — ligne 19. La dernière lettre de la ligne précédente est un e et la restitution eJIç tÙjjl[îov £]a6v est vraisemblable sans être absolument certaine; on pourrait lire ; è|||jtôv tyj; TE..., on le pourrait avec d'autant plus de vraisem-
A. Wilhclin, dans A7io. p. 1911, p. 389: I-. .Inlaberl. ÉpigrapliiCf clans Dictionimire apologétique de ta foi catholique, 1910, l. I, col. 1439-1140: i'. HalifToI. J.'èpitaplie d'Eugène, éi'èquc de Laodicée, dans Bulletin d'(UU'iennf littérature et d'archéologie clirétienues, 1911, t. i, p. 25-34; K. M. Kaiitmann, Handhuch der chrixtlirhen Archàologie. in-8», Padcrborn, 1913. p. 704. tig. 288. — = Ct. Corp. inscr, grue, t. m, n. 3989 h: ujv toC; '■leioï; [jou Asiou y.ac Xpjo^ivOoj y.al 'hîpijoj; 3989 d; 3990 /. celle-ci est de Laodicéc, de même que cette autre sur laciurllc on lit : àveo-Tv.iTïiiîv Toiv Y''-'''-'-'*'"''''' '.[i'"'' vovéïDv 'Kpu.r; Trpî. xè '.\<7t«T'.//,, MiltheiUingen d. deutsch. archuol. Instit. in Athen., t. xiii, p. 251, n. 53; p. 251, u. 54; p. 260, n. 82, n. 83; p. 261, n. 85; J. Compernass, De sermone grirco volgari Pisidiiv l'hrygitvque uwridionatis, ln-8", Bonna-, 1895, p. 26. — ' L'auteur l'appuie de ce texte : Hérodote, VII. 46 : '/n-;:i7y.[i.fJ0; w, !ip«/j; sïr, ù Tti; àvOpiÛTT.vo; (lio;. — ' Cette restitution est du premier éditeur, W. M. Calder. cpii a trouvé '/vlxz fiiov dans une épitaphe de (ialal le, publiée par hii dans The elussieat review, novembre 1908.
EIGENE DE LuADlCEE
blaiicc (iiie celte finale semble avoir été ajoutée. Eugène ne pensait d'abord qu'à lui seul en élevant ce tombeau : È7roir,aa ÈiiZ'jTcù'. aopôv..., ce n'est <|u'ensuite (lu'il se ravisa et étendit la propriété de la sépulture à ses descendants. Toutefois il était utile d'en faire mention, afin d'éviter à ceux-ci beaucoup de tracas; un bout de phrase y pourvut, mais on peut se demander si la présence de cet s isolé à l'extrémité de la ligne 18 n'était pas un artifice destiné à rattacherplus étroitement au texte entier l'addition è[jiov rr,; tî...'? .Marc-Jules-Eugène donne le nom de son père. Cyrille Celer, en son vivant bouleute. c'est-à-dire sénateur de Laodicée. Cette mention de l'ascendant équivaut à l'état civil de nos jours; en outre, le titre de bouleute est une recommandation d'honorabilité. Bien qu'originaire de Couessos, localité aujourd'hui inconnue, Cyrille Celer ne pouvait être bouleute de
d'hommes groupée autour du gouverneur pour l'assister dans l'administration de la justice, les uns employés de bureau, les autres armés, gens investis d'attributions multiples *. L'officium, nous le savons à la fois du jurisconsulte Paul =• et d'une constitution du code Théodosien ', ne suivait pas le proconsul dan.s ses changements de résidence: il demeurait attaché au pays où s'exerçaient ses fonctions. Trois devoirs entre autres lui incombaient : informer le nouveau magistrat de l'état des affaires pendantes, lui faire connaître les actes de ses prédécesseurs, et le rappeler, au besoin, à l'exécution de la loi. 1-a TàE'.ç ou officium désigne de façon courante la réunion des appariteurs groupés autour du magistrat. On peut dire sans exagération que les exemples abondent. Nous rencontrons dans un papyrus byzantin de l'année 569 un XajjLTtpÔTaTOÇ TipôÇifjioç ttjç 7;y£(xovi/î7); -ilzuiq';
MIOY e^ MICCKYPlAAOYKCAÊPOCKOYHCCfUCBOYA i CTPATerc MeNOCeHTHKaTATIlCiûlANHreKONIKHTAîl KMTHMA CerrATePArAloYN e CToPiAHoraN kahti Koy , *AI°YA<t'/ «riANHNKAiKeTCTTITÉIMACCrPATtYCAHthoa eNûeTCJ-(ÉTA*î'0(POHuK€MYCtUC<->lT HCACHCeTTl M '^ MOVCX P ICTiAN°YCOYe!MKAmHATT|i, UCCÊCeAlTH C"
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4209. — Sarcophage- t-t cpitaiilic iri-Zugëne de I.aodicfe. D'après Jv7io, Beitrtitje zttr aïien Geschichte, 1910, t. x. p. 232, pi.
cette bourgade et son titre le rattache au sénat niucipal de Laodicée '.
Eugène nous apprend qu'il a servi èv t^ xari riic'.oiavïjYEiiOvizf, -ràïî'.. Qu'est-ce à dire'? W. JI. Ramsay y voit a soldier in the governor's maniplc -, et explique ciu'il se trouvait in the body oj Iroops attached lo the immediitle srn'icc i>j the governor of the province Pisidia. Ce gouverneur est connu, il avait nom Diogène =, mais, comme tous les gouverneurs de province, il avait non seulement des troupes sous ses ordres, mais une administration civile. .\ celle-ci. à défaut d'un équivalent dans notre langue, mieux vaut laisser son nom latin d'olficium. l.'iifl'icium, c'est donc cette poignée
' l'.. Lècrivain, Seiiutiis municipulix. dan^ Saglio et Pottier, /<ic/io;i;i. des nntiq. gr. et roni., t. vin, p. 1200-1205. — - W. M. Ramsay, Luke the phijsician, p. 339; c'est aussi J'opinion de W. M. Calder. — ' Carp. inscr. lai., t. m, n. 6807, 13661. — * Le Blant. Les actes des martyrs, dans Mémoires de l'inslilul national de France. Acud. des inscr. et bel.-lel.., 1883, t. XXX, p. 177; les officiâtes portent aussi le nom tVapparilores et ici la traduction française nous met sur la voie du sens de ce mot. — ' Paul, Sentent., 1. II. c. i. n. 5 : Pnesidis provimia- officiales, quia perpetiii sunt. — • Code Tliiodosien, 1. XI, lit. x.xx, Ic.x 59, De appell. — ' Berliner
dans un autre, du vi^ siècle, un cs'.'{yo\>Xipioz -zr^ç fiYEfipvtx^i; y.x-à. Qr^^xiSoç Ta^^co; et un c'-YYO'jÀip'.o; TYJç ïjYSjxovtZTJç Ta^Ecoç'; dans un troisième, de l'année 403. i! est question du pilote rXoîo'j 7toXuxtô-ou l^'j— /•jPCToOvT'jç T?, Tijei r.YEpiovîa!; ©ïjpatSoç'; dans un quatrième enfin, de l'année 372, adressé à deux ôçç(ix.taAÎot;) TiJ^coç fjYEzovîotç 0r,^at8oç, il est question de l'r^yE^io'jiv.i] -râ^iç '". A maintes reprises les textes hagiographiques emploient 7iE,ic, et officium; notamment le procès-verbal inséré dans les .\ctcs des saintes Agape, Irène et Chionie, en 304 : èz tîjç Ta^Ecoç àve-(Mcja8r, ", et Eusèbe, qui emploie indifféremment •ÂjYElxovixf, -riïii; ou -rjYZ^ov.y.m -ziyyLX '-. -A.
l'rlumden, t. i. p. 300, n. 3. — > U. Wilcken, dans Archiv lur J'apyriislorsclmng, t. ii, p. 183-184. — ' Grcnfcll et Hunt, 6'rccf,- papyri, in-S", Oxford, 1897, p. SI. — '"Mitteis dans Grieclnscîïe Vrl<andcn der Papyrussammtung zu Leipzig, 1906. t. I, n. 49, 1. 1-2; n. 51, 1. 1-2; n. 63, I. 3. On rencontre dans des papyrus des années 368, 375, 377, 381, 388, dans Mittcis. op. cit., n. 17, 3; 20, 4; 22, 3; 34. 3; 35, 3: 52, 1; 53, 1; 64, 23; etc. — " .4c(a SS. Agape. Irène, et CViionia.c. III, édit. P. Franchi,p. 16, 1. 11: cf. c. vi, p. 29; 1. 6 : £iv ar.vjOe'.T) jjioi £x -f,: zi'itw;. — '■ I-'nsèlie. De vita Conslantini, 1. I. c. i.iv. P. G., t. xx. ciil. Or.s