EUSEBE DE CESAR EE
de Cureton ne laissait rien subsister. Les actes publiés par Assémani sont simplement une version syriaque faite sur le grec et indépendante de la version de Curelon; mais ils conservaient les actes de Procope (p. 16G); d'AIpliœus (p. 172); de Timothée (p. 182); d'Apphianus (p. 186); d'/Edesius (p. 195); d'Agapius (p. 198); de Theodosia (p. 201) et de Pierre Absalon (p. 206).
Le texte d'Assémani est devenu, avec Cureton, le texte intégral, avec B. Violet, le texte revisé à l'aide de tous les fragments syriaques, grecs ou latins qu'on a découverts jusqu'à ce jour : Die Palsestinischen JMœrlyrer des Eusebius von Cn'sarca, dans Texte und CrUersacliungen, t. xiv, fasc. 4; et c'est ainsi qu'on a pu ajouter la passion malheureusement incomplète de sainte Théodosic d'après le ms. 366 de la bibl. de Munich; les notices du synaxaire de Sirmond. Dans les Analecta bollandiana, 1897, t. xvi, p. 122 sq., ont été donnés des fragments des passions d'Aphianus et .■Edesius (p. 122); de Theodosia (p. 127); de Pamphile (p. 129-139), avec un utile commentaire (p. 112- 122). Les notices développées des synaxaires dérivent des ménologes et les auteurs des synaxaires n'ont certainement pas découpé eux-mêmes l'œuvre d'Eusèbe. Ds l'ont trouvée disposée par ordre de mois dans les grandes collections hagiographiques, et c'est làdessus qu'ils ont fait leur résumé. On a donc quelque raison d'espérer qu'on retrouvera successivement les différentes parties, à l'exception toutefois de la préface. Jusque-là le texte de Cureton représente assez fidèlement l'original. La découverte de nouveaux fragments grecs pourra modifier, dans les détails secondaires, les résultats acquis. Mais dès maintenant on peut, sans trop de témérité, essayer de déterminer les rapports des deux recensions du livre d'Eusèbe.
La recension brève, celle qui, dans les éditions, figure comme appendice au livTe VIII» de l'Histoire ecclésiastique, n'est pas une rédaction définitive. C'est un premier jet que l'auteur ne destinait pas au public. 11 l'a retravaillé, développé, complété, mieux ordonné, pour en faire le livre que nous possédons en syriaque. La première rédaction, celle qu'Eusèbe avait condamnée à l'oubU, nous est parvenue par un de ces hasards encore inexpliqués, dont il y a d'autres exemples dans l'histoire littéraire, mais eu réalité c'est la recension prolixe qui a joui de la plus large diiïusion. Elle a été traduite en syriaque deux fois; les Coptes en ont fait usage; elle a passé dans les ménologes grecs; les calendriers et les synaxaires que nous connaissons en dépendent, sans oubher le martjTologe dit » oriental », une des sources du martyrologe hiéronymien. Or, c'est précisément cette vogue qui a nui à la conservation intégrale de l'ouvrage. I^a première rédaction ne nous est arrivée que par une seule voie, celle d'un certain nombre d'exemplaires de l'Histoire ecclésiastique, où elle n'est certainement pas à sa place.
3° Collection des anciens martyrs. — 'Apyaîov (xap- Tuptov tj'jvaYûjyr;. Le titre de l'ouvrage peut être tenu pour certain, d'après la comparaison des passages de l'Histoire ecclésiastique, 1. IV, c. xv, et 1. V, praef., n. iv. C'est ici une véritable compilation dont Eusèbe n'a été que l'éditeur; il cherche tout ensemble à édifier et à instruire : o'jy ÎGTop'.Xïjv aÙTo [xôvov, aXXà xat StSa(7y.aX!.'/.ï)V TTEpié/ov Stï)Yr,ai.v. C'est un ouvrage de début, une première prise de contact avec le public, mais déjà un ouvrage d'éducation; cai'il n'est peut-être pas inutile de faire cette remarque, qu'Eusèbe prétendait à la fois rendre hommage aux martyrs et rendre service aux fidèles en ne disant que l'exacte vérité. La httérature hagiographique
'Baronius, Marlyrol. roman., pref., c. vi-vu; .\ssémani, Acta mort. Occid., p. 39 sq. — =S. Grégoire I",
du moyen âge l'eût sans doute indigné, comme tous les honnêtes gens; il n'était pas de ceux qui édifient la vie et les vertus chrétiennes sur les mensonges de la Légende dorée. La vérité lui était une amie personnelle et, cette vérité, il la cherchait en remontant toujours plus près des sources, toujours plus avant ver> les origines, de là ce mot àpyaîa, qui porte avec lui comme une séduction de sincérité. Que voulait-il dire par là? Peut-être simplement que les pièces qu'il coUigeait concernaient des martyrs de persécutions antérieures à celle qui sévissait pour l'heure, 6 xaB' ri[i,5ç Si<j:>-{\x6ç. Que contenait le recueil? Lui-même nous apprend qu'on y trouvait le martyre de saint Polycarpe et les autres martyrs de Smyrne, en 155, les martyrs de Lyon en 177 et le procès d'Apollonius enl80-18D(iî(s/.eedes.,l. IV,c. -xv;l.V,c.i;l.V,c.xxi).
De ce recueil sortit une légende. On composa et on mit en circulation une fausse correspondance attribuée à saint Jérôme. Les évêques Chromace et Héliodore étaient censés lui écrire pour le prier de cliercher parmi les jeriales de Césarée et de leur rendre compte du résultat. Jérôme répond qu'à l'occasicn d'une visite à Césarée de l'empereur Constantin, Eusèbe l'a prié de faire entreprendre dans tout l'empire une exacte recherche par les magistrats, qui seraient avertis d'adresser, à lui Eusèbe, leurs trouvailles dans les greffes. Le résultat de cette vaste enquête officielle avait fourni à Eusèbe omnium pêne marlyrum provinciarum omnium Romanarum trophiea. Grâce à ces derniers, Jérôme avait pu dresser un calendrier des fêtes des martjTS, qu'il expédiait à ses correspondants. Ces lettres devinrent la préface obUgée du Marlyrologium H ieronymianum. Baronius et Assémani ' en ont montré le caractère apocrjphe; mais jusqu'alors elles avaient joui de la plus large vogue. II y est fait allusion dans les Institutions des lettres divines de Cassiodore et dans les actes faux de saint Sylvestre, où l'écrit d'Eusèbe de\"ient une énorme compilation en vingt Uvres. C'en était assez pour afiriander les contemporains, et Euloge d'Alexandrie priait saint Grégoire le Grand de lui envoyer ce précieux ou%Tage; mais le pape lui répond * qu'on n'en a aucune connaissance à Rome dans les archives ecclésiastiques ou dans les bibhothèques civiles, que c'est d'ailleurs la première fois qu'il en entend parler.
4° Chronique. — Parmi les ouvrages les plus anciens d'Eusèbe doit prendre place celui-ci, qui se trouve rappelé dans la Préparation évangélique, I. X, c. IX, 1 1 ; dans l'Histoire ecclésiastique, 1. I, c. i, et dans les Eclog. prophcL, qui sont antérieures à l'édit de tolérance de 311. Si l'on s'en tient à ces renseignements de l'auteur lui-même, l'ouvrage était intitulé : Xpovtxol xavôveç y.al sm.-oy.r, 7tavToSa7r?iÇ LoTopiaç 'EW.r,vtov TC xal Pxppàpcûv ; en sorte que -saint Jérôme n'est pas tout à fait dans l'exacte vérité quand il parle de Clironicorum canonum omnimodo historia et eorum epitome '. Eusèbe a-t-il procédé pour la chronique comme pour le De martyr. Palest., en a-t-il donné deux éditions? Cela semble assez probable. Il existe une version arménieime de la Clu^onique qui dilïère notablement de la version donnée par saint Jérôme, en particulier pour les dates de la liste papale de Rome. Saint Jérôme dit que la Chronique fut conduite jusqu'aux vicennalia de Constantin, en 325, et l'Histoire ecclésiastique l'a suivie à quelques mois de distance: comment expliquer dès lors la différence entre les dates de la liste papale dans deux documents ainsi rapprochés, tandis que, dans la version de saint Jérôme, les dates de la Chronique sont en concordance avec celles de l'Histoire.
Epist.. 1. VIII, n. 29. — "S. Jérôme, De n. LX.xxi.
illaslribti:.
EUSEBE DE CESAREE
Les réiérences aux autres ouvrages d'Eusèbe sont mieux expliquées dans l'hypothèse d'une première édition de la Chronique peu d'années avant celle dont un' exemplaire \int en la possession de saint Jérôme. Elle est certainement antérieure aux Eclogœ pwphcticœ, qui sont du temps même de la persécution; une autre référence dans la Préparation évangélique ne permet pas non plus de descendre à une date plus basse, puisque le début de la Démonslralion évangélique qui tait suite au précédent a été écrit au lendemain de la persécution. Cette raison paraissait déjà suffisante à Tillemont — qui ne connaissait pas les Eclogœ et la version arménienne de la Chronique — pour réclamer une première édition de celle-ci. Auquel cas la version arménienne aurait été une combinaison entre les éditions ancienne et récente, puisqu'on y trouve la mention des vicennales.
5° Histoire ecclésiastique. — C'est l'ouvrage qui a le plus fait pour la réputation d'Eusèbe, èxxXTjataoTixT) iaTopîa, et dont le souvenir est inséparable de sa mémoire. L'ouvrage ne s'est pas fait en un jour ni même en quelques années et il ne faudrait pas prendre trop à la rigueur certaines indications chronologiques. .\insi, dans l'Histoire, Eusèbe parle comme de choses terminées de plusieurs écrits, mais ces écrits ont eu des états ou des éditions successifs et l'Histoire ellemême pouvait en parler dans son premier livre, alors que de longues années s'écouleraient avant l'achèvement de l'œuvre. Ainsi il est fait mention, 1. I, c. i, de la Chronique ; 1. I, c. ii, \a, des Extraits des prophètes: 1. IV, c. XV ; 1. V, pref., c. iv, xxn, de la Collection des anciens martyrs : 1. VI, c. xxra, xxxni, xxxvi, de la Défense d'Origène: 1. VI, c. xxxn; 1. VII, c. xxxn; 1. VIII, c.xm, de la Vie de Pamphile.Da.ns 1. VIII, c. xm, il forme le projet d'un écrit qui deviendra Les martyrs de Palestine.
L'Histoire se termine par un éloge de Constantin et de Crispus; ce dernier fut mis à mort par ordre de son père, dans l'été de 326; et le dernier épisode rapporté est la défaite et le châtiment de Licinius en 323 et 324. Point d'allusion au concile de Nicée, en 325, juin. Le dernier livre est dédié à Paulin de T>T, lequel mourut en 324 ou 325 au plus tard. Il l'interpelle lïpÛTa-e, ce qui ne veut pas dire qu'il soit mort, au contraire; il emploie ces mots, crol toOtov È7T!,Ypài[)Cù[X£v, qui peuvent également signifier écrire à quelqu'un et lui dédier quelque chose, sans qu'il soit nécessaire pour cela qu'il soit mort. Paulin avait passé du siège de T\T sur celui d'Antioche, qu'il n'occupa que six mois, et iV mourut avant le concile de N'icée, puisqu'à ce concile Zenon représente l'ÉgUse de Tyr et Eustathe, celle d'Antioche. Tout ramène donc vers 324-325, au plus tard dans la première moitié de 325. Eusèbe, toujours si avantageux et empressé à faire parade de ses grandes relations, ne dit nulle part avoir entrepris l'Histoire ecclésiastique à la demande ou à la suggestion de Constantin; on peut croire qu'il n'y eût pas manqué, s'il en avait eu l'apparence d'un motif. Ce qui est plus vraisemblable, c'est qu'il a été entraîné, par l'intérêt et par l'importance du sujet qu'il avait choisi, à le traiter avec des développements que lui-rîiéme n'avait pas prévus.
C'est ce qui expliquerait les remaniements, les transformations de l'ouvrage, qui demeura quatorze ans, et peut-être vingt, en préparation. On n'en est pas surpris, quand on observe les circonstances au milieu desquelles se trouvait l'auteur. Entre 303 et 325, le christianisme avait touché à toutes les extrémités. On avait pu le tenir pour perdu, anéanti, puis on l'avait vu reconnu, proclamé, triomphant et enfin divisé. Il est vraisemblable qu'Eusèbe aura connu les heures de découragement, celles où le sujet s'élargit soudain brusquement, se transforme, sort du cadre
qu'on s'était tracé. Il a eu ses hésitations, ses tâtonnements, dont les groupes de manuscrits rendent témoignage. Tel groupe a le recueil de documents du X= livre, il manque dans un autre groupe; de même pour les Martyrs de Palestine, qui se trouvent ici et manquent ailleurs. Est-ce à dire qu'Eusèbe a repris quatre fois son ouvrage et en a donné quatre éditions successives? Les faits ne montrent rien de tel.
On dit qu'un premier état de l'Histoire ecclésiastique comportait les huit premiers livres, mais on disait autrefois que ce premier état en comportait sept, et naturellement les deux opinions sont intransigeantes; d'autant plus intransigeantes qu'elles n'ont que ce moyen de se faire accepter, à défaut de toute preuve et même de tout argument solide. D'abord, nous ignorons absolument à quelle époque et dans quelles conditions et par suite de quelles circonstances Eusèbe songea à composer une Histoire ecclésiastique; et voilà un premier point assuré. Ensuite il parle dans sa préface « du secours miséricordieux et bienveillant qui est venu, à la fin, de notre Sauveur »; -r/;v ènl ràatv ÏXïco y.oà £'j[i.£v7i Toû CTCùTTjpoç r,[i(i>v àvTtXr^ytv. Ce qui veut dire tout ce qu'on voudra ou même rien du tout, car Eusèbe est un prédicateur qui sait, comme ses congénères, parler pour ne rien dire, enfler la voix, déclancher le geste et projeter des sons et des mots auxquels on attachera le sens qu'on voudra. Dire que le secours du Sauveur est venu à la fin peut aussi bien vouloir dire que le Christ est né au sixième âge du monde, qu'il ne cesse de veiller sur son Église dans ses périls et que l'empereur Galère a rendu en 311 un édit de tolérance; ce dernier sens est, d'ailleurs, le plus invraisemblable de tous.
Il est plaisant de voir imaginer des règles auxquelles les anciens n'ont jamais songé et voir des critiques nous entretenir gravement de la tradition des prologues chez les historiens, alors que chacun poussait son prologue au gré de son idée et de son ingéniosité. La scholastique. Dieu merci, n'était pas encore née. Il est plaisant aussi de vouloir tirer d'une phrase une date pour un écrit tout entier, comme si ceux qui ont consacré de longues années à la préparation d'une œuvre historique ne savent pas que, leur rédaction achevée, ils ont ajouté, inséré, retouché, ici une phrase, là une figne, là un mot, ailleurs une date ou une note, une page ou un chapitre. Une œuvre historique est une œuvre vivante, et c'est le contraire qu'on en fait, quand on représente l'Histoire ecclésiastique figée, raccornie, ratatinée, commencée un jour à la façon d'un pensum, terminée un autre jour, puis rembourrée, farcie d'un prologue, d'un appendice. Cette conception inhumaine d'une production très humaine est proprement allemande et il n'est pas besoin de dire ici ce qu'elle vaut. C'est tout un échafaudage posé sur des pointes d'aiguilles, toute une critique construite sur des conjectures. Dépareilles fantaisies, débitées avec une imperturbable sérénité, font sourire. Eusèbe a commencé son Histoire à la fin de 311 ; il a écrit tel livre à tel moment, tel chapitre après tel événement; il a remanié celui-ci, changé celuilà, ajouté ici, retranché là. En vérité, c'est perdre son temps el gâter du papier que de prendre ces billevesées au grand sérieux.
Ce qui est visible et certain, c'est que l'Histoire ecclésiastique est une histoire au sens où l'cnlendaicnt les anciens, c'est une enfilade d'épisodes suivant un tracé à peu près chronologique et où le document brut prend la place de l'exposition personnelle. Ce n'est pas la méthode de Tite-Livc, de Sallustc ou do Tacite, mais ce sera celle des historiens du christianisme jusqu'à la Renaissance. En réalité, c'est toujours l'archiviste qui opprime et, même, qui annule l'historien. L'histoire telle qu'il lu comprend est un
ErSI'.BF. DK CKSAliKK
iTcueil de disserlatioiis mises bout à bout, où, sous prétexte de sincérité, on se dispense de tout elïort pour s;iisir une vue syntliétiquc, l'exprimer et la rendre a<(eplal)le ouévidentc. Après qu'on a aligné un nombre ]ilus ou moins considérable de dissertations, on donne a chacune le nom de rhapilre et à l'ensemble le nom de livre, avec un numéro d'ordre. La postérité, trop lieureuse de ce qu'on lui livre, alors qu'elle aurait pu n'avoir rien du tout, se montre indulgente, reconnai.ssante, élogieusc même; mais tout cela ne suffît pas à composer une Histoire ecclésiasiique. Tout au plus avons-nous les matériaux de cette histoire.
Eusèbe expose d'abord le plan dont il s'est inspiré et ce plan est « très naturel ». Après une préface générale (I, i), le premier livre, qui est qualifié d'introduction (II, préf., â)ç £v Trpooi|J.ko). traite de la
I théologie » du Christ, c'est-à-dire de sa nature divine et de sa relation avec le Père, puis de son <- économie », c'est-à-dire de ses manifestations terrestres, d'abord aux saints de l'.Xncien Testament. Ces origines démontrent une des thèses traditionnelles de l'apologétique, l'ancienneté du christianisme. L'ensemble de ces chapitres (I, ii-iv) forme une préparation préliminaire (I, V, TrpoxaTaCTy.E'jïjv), comme une introduction dans l'introduction. Le reste du livre est l'histoire de .Jésus et de sa prédication. Eusèbe y combine les renseignements des évangiles et de Flavius Josèphe.
II fait appel à Julius Africanus pour résoudre les difficultés chronologiques des évangiles. Ensuite il expose par quels instruments a commencé l'exposition de l'évangile : saint Jean-Baptiste l'annonce (I, xi); les apôtres le répandent (I, xii); le Christ l'envoie à .•\bgar, roi d'Édesse (I, xni).
Le deuxième livre comprend la prédication des apôtres jusqu'à la ruine de Jérusalem. Le Nouveau Testament fournit la trame sur laquelle l'auteur vient ajouter tout ce qui lui a paru utile dans Josèphe, dans l'hilon, dans Hégésippe, dans Justin. Eusèbe semble avoir fait beaucoup de cas de Philon, il est possible qu'il n'ait pas été bien fixé sur son compte.
Les livres troisième, quatrième, cinquième et sixième n'offrent plus des sections aussi nettes; le troisième correspond au règne de Trajan et ce qu'on a nommé l'âge postapostolique avec Ignace d'Antioche. Clément de Rome, Papias. Le quatrième livre connnence par la particule 8è et le cinquième semble avoir une préface, qui n'est qu'une façon d'introduire le récit. Ce livre cinquième s'achève ainsi : xal Tocûra |jtÈv TOÛTov in~opT,aQix> tov xpoTTov, à quoi répond le 8è du début du livre sixième. Tout cela est é\ideminent un peu enchevêtré et il semble qu'Eusèbe prit son parti de couper sa matière en parts à peu près égales. Le quatrième et le cinquième livre vont jusqu'à la fin du ii>" siècle et contiennent ce qui a trait aux hérésies des niontanistcs, des quartodecimans et des monarchiens. Le sixième livre va de Sévère à Dèce et s'attarde complaisamment au personnage d'tirigène. Au septième livre, Eusèbe se ressaisit, ii compose une préface, mentionne ce nouveau livre d'après son numéro d'ordre : tÔv ëPSo|jlov tt^ç £xxÀ-/)<n.aaTty.r,ç in-opioLç. Ce livre concerne le début de la grande persécution sous Dioclétien et se compose d'extraits des lettres de Denis d'Alexandrie. .\ vrai dire, Eusèbe montre bien ici à quel point il est archiviste et non historien. Le long répit de cinquante années qui s'étend de 250 à 303, à peine troublé par les persécutions de Valérien et d'Aurélien, lui offrait l'occasion de tracer un tableau du progrès silencieux accompli pendant ces années. Il y eût retrouvé les souvenirs de son enfance, il eût rappelé des noms, des incidents qui avaient préoccupé sa jeune imagination — à supposer qu'il n'en ail pas été presque complètement dépourvu; — un historien de tempérament eût
DICT. d'arcu. cunÉT.
attendu ce répit pour tracer, à la veille de la formidable et dernière tempête de 303 à 313, un tableau précis des causes du triomi)he final dans la solidité de la foi, dans le nombre des fidèles, dans la discipline dii clergé, dans l'organisation financière des Églises; l'archiviste a passé à côté de tout cela. Du moment qu'il n'avait plus les mains pleines, il avait le cerveau vide. Dans cette période silencieuse^ l'œuvre d'.\natolius sur la Pàque, la lin de l'atTaire de Paul de Samosatc, les débuts du manichéisme sont à peu près tous les événements notables que nous connaissions. Nous n'avons aucun moyen de compléter Eusèbe, mais nous avons vingt raisons de l'accuser de négligence. Dans cette période où l'histoire politique est pleine de troubles, les chefs et le personnel dirigeant des principales Églises avaient la partie belle, ils l'ont jouée et en partie gagnée, mais ce n'est pas Eusèbe qui nous l'a dit. Qu'on envisage la situation pitoyable au lendemain de la persécution de Dèce, aggravée par le schisme des lapsi (voir Diiiionn., aux mots Dèce, F.\illis), et malgré les quelques coups reçus de Valérien, d'.Aurélien, nous constatons en 303 une situation brillante, entièrement rétablie partout. A la cour, dans l'armée, partout le christianisme progressait; sur le trône de Dioclétien. l'impératrice était chrétienne; dans l'aristocratie romaine, les noms chrétiens deviennent plus fréquents, les cimetières souterrains prennent une extension nouvelle. Voilà, parmi tant d'autres choses, quelques-unes de celles qu'Eusèbe aurait pu nous apprendre et ajouter à son livre. Mais, soit timidité, soit lassitude, soit médiocrité, Eusèbe a hâte d'en finir et il boucle ce septième livre avec un visible soulagement : il va maintenant raconter l'histoire contemporaine (I. VII, c. xxxn).
Au fond, il n'avait pas raconté l'histoire ancienne de l'Église, l'oeuvre dépassait sa taille et sa portée d'esprit. Maintenant qu'il avait épuisé son portefeuille, il allait profiter de l'expérience acquise; à partir du VIII'î livre, il n'insérera plus que des documents offîciels. rescrits ou constitutions des empereurs.
Ce huitième livre porte, lui aussi, son numéro d'ordre, èv ôySôco TO'JTCù CTUYYpâjXuaTi, et s'ouvre par quelques lignes de prologue. Le livre est consacré à la persécution de Dioclétien jusqu'à l'édit de Galère (303-311); il se terminait par une conclusion, dont l'histoire est complexe et incertaine. Le neuvième livre n'a pas de prologue, il rapporte la persécution de Maximin jusqu'à la victoire du Pont Milvius et la victoire du christianisme. Le livre dixième et dernier ne fait pas étroitement corps avec les deux précédents, d'abord parce que, conmie on l'a dit, ce livre dixième fait l'objet d'une dédicace particulière à l'évèque Paulin, ensuite parce que le livre neuvième se termine par une doxologie. Il comprend le triomphe de Constantin sur son collègue Licinius, devenu son rival, et l'ouvrage entier se termine par une peinture de la prospérité de l'Église sous le règne réparateur.
Plus encore que pour d'autres ouvrages, on ne peut conseiller, en parlant de celui-ci, que le contact avec le texte même; les défauts et les qualités s'aperçoivent alors mieux que dans un résumé, qui a le tort de ramasser en quelques phrases ce qui se rapporte à un Ions écrit. Eusèbe n'avait pas de modèle, et il faut lui tenir grand compte de cette circonstance; on ne sait pas s'il avait des secrétaires, mais, dans le doute, on en peut douter et on songe alors à tout ce qu'il lui a fallu lire la plume à la main; mais il se contente d'une rapide mention au passage pour les hérétiques et encore ne s'occupe-t-il que des grecs; le monde occidental lui est fermé. C'est à travers une traduction grecque qu'il connaît et cite VApologélique de Tertullien (1. II. c. n; 1. III, c. xx; 1. \', c. v); quant à Tertullien, il en fait un Romain. C'est à peine s'il a en-
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tendu parler d'HippoIyte de Porto (1. YI, c. xxx) et de Cyprien. D'ailleurs, ce qui regarde l'Église de Rome n'obtient pas de lui meilleur traitement. Il accorde au pape Xysle II onze ans de pontificat, au lieu de onze mois ; au pape Eusèbe, dix mois, au lieu de neuf ans; au pape Gains, quinze ans au lieu de douze. Évidemment il avait sous les yeux un catalogue fautif, mais ceci est réputé faute grave chez un arcliiviste. Il n'aimait pas le monde latin, n'y portait pas intérêt ; on se demande même s'il savait de façon courante parler latin; il le traduisait, à moins qu'il ne fît usage de traductions toutes faites. Constantin avait un bureau de traducteurs qui faisait passer du grec en latin ses discours, ses lois, etc., et peut-être Eusèbe recourait-il aux traductions et aux traducteurs du cabinet impérial.
Dans sa préface Eusèbe réclame l'indulgence, étant, dit-il, « le premier qui tente une pareille œuvre et le chemin par où je dois passer est désert et n'a été foulé par personne » (1. I, c. i). C'est exact, Hégésippe semble n'avoir été qu'un touriste, un curieux, un flâneur dans le genre de Lebrun-Desmarettes au xvn" siècle, s en allant de-ci de-là regarder les usages locaux et noter dans son calepin ce qu'il avait remarqué. Eusèbe l'a utilisé, mais il n'en a pas dû tirer grand parti. Et puis, Eusèbe apportait une chose tout à fait nouvelle : une idée ou, si l'on veut, une prétention. Il croyait pouvoir écrire l'histoire de l'Église parce que, selon lui, trois siècles écoulés et tant d'événements survenus faisaient bien matière historique; il ne s'agissait que de mettre tout ceci en ordre et il ne doutait pas d'y réussir, en quoi il avait raison et il se trompait. Cet homme tolérant, qui blâmait les orthodoxes de l'acharnement qu'ils mettaient à poursuivre les ariens, n'était tolérant, peut-être, que pour défendre la paix de sa vie; dès qu'il abordait le champ de l'histoire et la matière de ses études, il devenait intolérant. Si considérable que fût l'influence d'Origène, il était excessif de lui attribuer un livre tout eatier de son histoire; plus qu'il n'en accordait au Christ lui-même. Si profonde que fût l'admiration qu'il lui portait, il était abusif de passer sous silence des hommes signalés par leurs services mais qui avaient combattu Origène, et c'était le cas de Méthode d'Olympie. Lorsqu'on a de ces engouements et de ces aversions, on n'est pas historien, car si l'historien n'a pas le devoir d'être impassible, il a celui d'être impartial. L'impartiaUté lui apparaissait dans la profusion des citations; il n'écartait personne, on croit l'apercevoir, jouissant d'ajouter un paragraphe d'après un écrit bien rare, longtemps cherché, enfin découvert, et plus préoccupé du souci d'avoir tout lu que du désir d'avoir tout compris.
La pensée inspiratrice et maîtresse d'Eusèbc, c'est l'institution divine de l'Église, la transmission régulière de l'autorité, la permanence de la doctrine, la tradition qui règle tout. En cela, Eusèbe se rattache à la pensée régnante depuis les premiers temps chrétiens : continuité dans la succcsiion, on ne sort pas de là. Hégésippe n'a voulu et fait autre chose que d'aller d'Église en Église, recueillir et vérifier les Iradilions. • .\ Komc, où je fus, dit-il, j'ai établi une succession jusqu'à Anicel, dont Élcul hère était diacre; Soter fut le successeur d'.\nicet et Éleuthèrc lui succéda. Dans chaque succes.sion et dans cha<|ue ville, on est lidèle à l'enseignement de la loi, des prophètes et du Seigneur. » Tout va bien alors. Irénée, lui aussi, se préoccupe par-dessus tout que la transmission soit assurée. Dès lors, l'histoire devient linéaire, rigide et Eusèbe prélude à son Histoire par une Chronique.
• .V. l'uccli, Imi apnliigisln nrccs ilii II' siècle île nnirr ère, îu-S", Paris, 1012; lieclwrches sur le ilisetuirs aux (irees de
Une Chronique, la chose du monde qui nous paraît la plus insipide, répond alors à une idée dont les esprits sont pénétrés profondément. C'est ce qu'on a montré avec une grande lucidité en faisant voir « l'importance » qu'avaient alors « des chiffres et des concordances chronologiques. La succession, c'est l'histoire même de l'Église. Ce dessein favorisait en même temps une vue apologétique. Les païens reprochaient au christianisme sa nouveauté. Le paganisme prétendait à une haute antiquité; lui aussi était une tradition et une tradition plus vénérable, la tradition des ancêtres. On peut juger de quel ton les polémistes en parlaient par la lecture des constitutions de Maximin. Ce réformateur de la vieille religion traite les chrétiens avec un dédain transcendant. Dès le n' siècle, les apologistes avaient cherché une réponse. Ils faisaient des calculs, additionnaient les années du judaïsme et celles du christianisme, établissaient des synchronismes. Tatien a été des premiers à donner de ces formules ■. Jules Africain les avait coordonnées et systématisées dans sa chronique. Eusèbe veut, à son tour, rendre manifeste « l'ancienneté de l'antiquité du christianisme », rr,? XptoTtavciv àpxaiÔTïjToç Torcxlcmôv, « à ceux qui le regardent comme une secte récente qu'hier encore on ne connaissait pas ». Cependant cette considération n'a qu'une place secondaire dans le récit d'Eusèbe. Elle apparaît seulement au début, dans cette « préparation » où se confondent histoire, théologie et apologétique.
« Pour établir des successions, il faut ramener à un même dénominateur les dates particulières. Eusèbe a choisi la chronologie des empereurs pour fil conducteur. Toutes les dates de.s listes épiscopales, des événements, des apogées d'hommes célèbres (àz(J.aî), des œuvres littéraires ou des hérésies sont converties, par un rapprochement perpétuel, «n dates impériales. Ce n'est pas seulement pour lui une ligne de repères. De même que « la succession » apostolique est son sujet, de même la chronologie est son cadre. L'Histoire ecclésiastique a commencé par être une chronique développée. Elle se meut dans les lignes d'un tableau annalistique et elle n'en sort pas. Ainsi s'exidiqucnt la composition et le plan, qui ont été souvent critiqués parce que l'on n'a pas compris la nature de l'ouvrage. Eusèbe prend les matières dans leur ordre chronologique, par tranches successives, comme elles se présentent. Il va ainsi de l'une à l'autre, passe à une troisième, puis à une quatrième, revient à la seconde ou à la première, quand le cours des années l'y ramène. Cet apparent désordre est le résultat d'un ordre systématique, poursuivi sans fléchissement. Les chapitres sont très inégaux; quelques-uns ont quelques lignes, d'autres plusieurs pages. On a imaginé qu'Eusèbe écrivait d'abord les titres d'avance, sans savoir ce qu'il mettrait dessous. L'inégalité de ses développements a une cause beaucoup iilus naturelle. Les tranches de chronique, que représente chaque ciiapitre, sont plus ou moins épaisses suivant leur matière même... Pour l'ensemble des sept premiers livres, on se rend compte de la marche de l'historien, si l'on pense qu'il développe une chronique.
« Telle est, en elTet, la mélliode d'Eusèbe, et il le reconnaît en propres termes dans son prologue : « J'ai (L-jà dans les eoloniu's de mes Chroniques disposé un résumé de ces sujets dont je me i)roposc présentement <le faire l'expose très complet (1.1, c. \). » La Chronique d'Eusèbe a précédé son llisUiirc, comme les tableaux riepi /povwv de Denis d'Halicarnassc avaient précédé ses antiquités. Denis établissait la concordance de la chronologie romaine avec la chronologie
Tntieti, cet If vu
IU03. L'apologétique juive avait montré
EUSÈIU-: DE CÉSARÉK
grecque d'Ératosthène. Eusèbe a pris, lui aussi, pour base cette double concordance, en la complétant et l'unifiant par la série des années d'Abraham. Le récent éditeur de la version arménienne croit que la première édition de celte chronique comportait, au centre de la page, des colonnes de chiffres, soit, pour l'époque impériale, au milieu, les dates d'Abraham; à droite, les dates des empereurs romains; à gauche, les olympiades. Dans la marge, à droite de ces colonnes, se trouvaient les notices de l'histoire profane, et dans la marge de gauche, celle de l'histoire sacrée '. Le manuscrit d'Oxtord du remaniement de la chronique de saint Jérôme place au milieu les notices; dans la marge de droite, les dates des Juifs et des chrétiens; dans celle de gauche, celle des olympiades et des empereurs ^. En tout cas, le principe était une concordance des dates de l'histoire profane et de l'histoire juive ou ecclésiastique; la disposition comportait des colonnes de chiffres et des paquets de lignes de chronique. Dans l'Histoire, les chilires alimentent, de loin en loin, des chapitres de concordances et de listes de succession. Les paquets de lignes ont fourni les chapitres narratifs.
■< En résumé, les besoins de l'apologétique ont fait inventer la chronique, réduite d'abord à des tableaux synchroniques. Le développement de la chronique a fait naître l'histoire ecclésiastique. Mais les auteurs profanes avaient montré l'exemple de ce double progrès '. »
Dans tout ceci, on peut le dire, l'art est absent, à moins que ce ne soit un art que celui de suivTe un plan, de composer des résumés et d'aligner des extraits et des citations ; mais on est tenté de s'en réjouir quand on songe à ce dont Eusèbe eût été capable si, au lieu de transcrire, il lui avait pris fantaisie d'écrire. Peutêtre, à la place de ce que nous avons, eùt-il laissé un fatras dans le genre des récits du Métaphraste, et dont on ne saurait jamais ce qu'on peut retenir et ce qu'il faut écarter. II dresse des catalogues d'ouvrages et, ici encore, rend service, mais il ne faut pas lui demander autre chose que de rendre service. Il s'en acquitte surabondamment, c'est beaucoup. Il cite longuement, exactement, mais ses textes sont parfois fautifs. On peut admettre qu'il ne s'est pas fait faute de recourir à des secrétaires, ce en quoi il est inexcusable. L'historien digne de ce nom et voulant demeurer tel ne doit pas se faire suppléer ni aider; ce qu'une vie trop brève ou trop dispersée ne lui aura pas permis de faire par lui-même et à lui seul, la postérité gagne plus à s'en passer que de jouir sous un nom injustifié des travaux de secrétaires. Mais Eusèbe, ce faisant, ne cherchait peut-être qu'à produire une œu\Te de proportions plus vastes; rien ne permet de croire qu'il songeât à s'enrichir.
Gibbon l'a accusé de déloyauté, mais, en vérité, Gibbon compte-t-il pour quelque chose? D'ailleurs son interprétation ne permet pas de douter qu'il cédait au plaisir de reprendre, à tort, un des plus considérables témoins de celte religion chrétienne (|ue — sectaire incrédule — il haïssait. Eusèbe avait trop lu et trop vécu pour ne savoir pas que l'étude de l'histoire est une école de scepticisme et savait à quoi s'en tenir sur les faiblesses et les disgrâces de la société chrétienne. Il ne cherchait pas à la défendre ni à l'excuser, tout au plus aura-t-il laissé dans l'oubli le récit de certiiines misères; le temps à comploté avec lui et les pièces qu'il a ainsi écartées ont péri.
Érudil, critique, il a commis d'involontaires erreurs.
' Karst, Oie Cliranik von Eusebitis aus dem Armoiiisdien uhersetzt, Leipzig. 1911, p. x.xi ."q. — • 'Fac-similé du manuscrit dans l-"otlicj'insliam, Tne Bodleian mnnuscripl of JtTùmc'a v?rsioii o/ tlie Chronicte of Lïiisebius, in-1'', Oxford,
On lui reproche d'avoir cité une interpolation de Josèphe sur le Christ (I, c. xi), mais il y a été trompé lui-même *. La correspondance d'Abgar avec le Christ ne l'a pas trouvé en défiance, et bien d'autres depuis pensèrent comme lui. Quel est le critique qui n'a dans son bagage une statuette, un tableau, une tiare, voire un simple caillou... d'achoppement?
Eusèbe cite copieusement, mais ses citations sont parfois aussi si vagues qu'on a peine à les identifier, notamment pour Papias, Hégésippe, Irénée (I. III" c. XXXII, XXXIX ; 1. IV, c. xxii; I. 'V, c. viii). L'étendu, de la citation est incertaine, ou bien sa brièveté est telle que ce n'est tout au plus qu'une allusion. Ceci est exceptionnel. Il tombe dans des inexactitudes, dans des erreurs. Et qui en est exempt?
L'Histoire ecclésiastique a été, de bonne heure, traduite en syriaque et en latin. La version syriaque est conservée en grande partie dans deux manuscrits : 1" Pétrograd, de l'année 462, contenant les livres I-IV, VIII-X et quelques parties des livres V, VII; 2» Londres, Brit. Mus., add. 14630, du vi^ siècle, contenant les livres I-V avec quelques lacunes au début du livre I". Cette version syriaque a pu être composée sous les yeux d'Eusèbe. — La version latine a été faite par Ru fin, qui s'est donné les plus grandes libertés avec l'original, abrégeant ou farcissant à son gré; de plus, il a poursuivi l'histoire jusqu'au règne de Théodose. La date exacte de cette traduction est discutée. Dans la préface, Rufin nomme Chromatius et parle de la tâche qu'il lui a imposée à l'époque où Alaric dévastait l'Italie, ce qui conduirait un peu après l'année 102; comme Chromatius, à qui le livre est dédié, mourut en 406, on a peu de marge. La version de Rufin a été éditée par Cacciari,à Rome, en 1740, étudiée par Kimmel, De Rufino Easebii interprète, Geraî, 1838. et éditée de nouveau dans l'édition de E. Schwartz, par Mommsen.
La première édition du texte grec de l'Histoire ecclésiastique a été donnée par Robert Estienne, en 1544. Estienne s'est principalement servi du manuscrit Paris, gr. 1437. C'est une copie du Paris, gr. 1431, corrigée sur un manuscrit dépendant de Paris, gr. 1430. De plus, Estienne a fait usage de Paris, gr. 1434. Toutes indications sont à peu près conjecturales.
La deuxième édition est l'œuvre d'Henri de Valois (160.3-1673), avec traduction latine et notes, dont la valeur reste entière après deux siècles et demi. C'est principalement le Paris, gr. 1430, x« siècle, qui a guidé Valois. L'édition de Valois a été reproduite par Migne, P. G., t. xx.
D'autres éditions ont suivi, qui offrent un médiocre intérêt; la plus récente est celle de M. E. Schwartz, de Leipzig, 1903-1909. C'est un travail estimable et qui pourra être utihsé, quoique avec prudence, dans une reprise de l'édition d'Henri de Valois, qui, seule, reste fondamentale et définitive.
6° Vie de Constantin. — Ouvrage en quatre livres, écrit après la proclamation des trois fils de Constantin, par conséquent, après septembre 337.
B. Apologétique. — T> Contre Hiéroclés, que Photius, cod. 39, désigne ainsi : àvaoxeuaiTTixôv PtpX'.Sâ-
plOV TCpôç TOÙÇ ÛTTÈp ' ATToXXoJVtO'J TOÛ T'JïvécOÇ 'lîOO
xXso'jç Xoyouç. Hiéroclés, gouverneur de Bilhynie, en suite d'Egypte, où sa réputation de cruauté s'allemiit
8" Contre Porphyre. — Karà IIopçupîou, en vingtquatre.livres.
9° Préparation évangélique. — IIpoTrapaoxEuyj 'Ejxy- YïXtxr).
1905. — 'E. Grapin, Eiisélie. Histoire crcléxinstiqiie, 1913, t. m, p. i.iv-Lx. — ' J.-D. Lightfoot, Ensebiiis. dans Dictionarii o/ cliristiim biograpliy, in-S» Lon(ton,1877. t. il, p. 325, note /'.
EUSKBE DE CESAREE — KVANGELIAIRE
lO" Démonstratiun éviingéliiiue. — 'E'JayyeXtx/j'Arrô- S;'.;'.ç; deux traités qui se complètent.
11° Préparation ecclésiastique. • — 'ExxV/jaiacîTtKï; TrpoTtapaaxEu-/].
12° Démonslration ecclésiastique. — 'ExxX'^jmaaTtxrj
13° Deux livres d'objection et de défense. — 'EXÉy- ^o\J xai 'ATToXoyiaç XôyoL Sùo.
14° Manifestation divine. — ©eoçàvEia.
Ce qui suit, C-F, Critique et Exégèse, Tliéoli)gie, Discours et Correspondance, ne relève plus de nos études d'archéologie et de liturgie.
H. Leci.ercq.
ÉVANGÉLIAIRE. — I. Le mot. II. La représentation. III. L'emploi. IV. Le culte. V. Tradition artistique. VI. lissai de classement de quelques évangéliaires. VIL Couvertures d'évangéliaires.
I. Le mot. — Le mot eùayyÉXtov n'est pas d'origine chrétienne. On le rencontre dans une inscription grecque antérieure de quelques années à l'ère chrétienne et découverte à Priène, en Asie Mineure. A propos de la naissance de l'empereur, il est dit ■ : r/p^Ev Se TÙ x6a[J.tp tcôv Si' aùxôv £ÙaYyEXt.[t>v) t) ysvÉ- GXtoi;] Toû 6eo0.
Un papyrus du ni'' siècle, vers 237-238, en Egypte, nous fournit la preuve que le mot EÙayyÉXiov est employé par un prêtre païen à qualifier la nouvelle de la nomination de Julius Verus Maximus comme césar " : èreel yv[co]iTT[7)ç Èyevôfxriv toû] £ÙayY£X[îo]u TtEpi TOÛ àvT|yopeûtî8ai Kaioapa...
La communauté primitive lit usage du mot b'sorâh pour désigner la venue du royaume et ce mot lut rendu par tô cùayysXiov chez les fidèles palestiniens qui parlaient grec. Les Septante disaient 'Jj sùayyEXia. Les évangélistes Marc et Matthieu prennent sùayysXtov au sens de bonne nouvelle. Saint Paul lui donne un sens religieux et résume dans ce mot la foi chrétienne, le Christ et oppose l'Évangile à la Loi mosaïque. L'Évangile est l'accomplissement de la promesse, il est le salut. Saint Luc n'emploie pas le mot sùayyéXiov, mais il le transcrit lorsqu'il le rencontre dans les sources qu'il exploite et qui sont des discours qui imputent ce mot soit à Pierre, soit à Paul. Dans l'Église, le mot EÙayyeXî^eaBai gardera son sens premier d'annoncer une bonne nouvelle, tandis que le mot EÙayyéXiov sei'a un terme synthétique désignant la prédication chrétienne, ou désignant plus spécialement la prédication du Christ crucihé et ressuscité, ou encore l'histoire des dits et gestes du Sauveur, ou enfin, par opposition à la 1 Loi », le salut et la liberté apportés par la religion nouvelle ^.
IL La représentation. — Les anciens interprètes n'ont guère exercé leur ingéniosité et ont représenté de préférence l'Évangile sous la forme d'un rouleau, d'un livre ou d'une bande de parchemin. Il serait aussi long que superflu d'enregistrer la série des fresques ou des bas-reliefs qui nous montrent le Christ, les .apôtres ou les saints tenant dans leur main un rouleau fermé, ou bien un rouleau dont une partie est développée, ou enfin des rouleaux entassés dans une ciste. (Voir ce mot). D'une façon générale, ces représentations concernent l'évangile, dont la sainteté et la dignité étaient hors de comparaison avec tous les autres écrits, l'ne mosaïque du mausolée de (jalla Placidia, à Havenne, nous montre une armoire sur les rayons de laquelle sont déposés les écrils des évangélistes, avec le nom de chacun d'eux. Voir Diclii'iin.,
' K. DittenbcrKcr, Orienlis Cnrci in.irrii>linnes sriniw, Lcip/.ix, 1808, n. 'l.'iS. — ' Dcissmaiin, Lii/lil frnm llie imcicnt liust, lilOl . — " 1'. Datiflol, dans litillelin d'uncienne litUrctturc et d'arcliéologic clirétiennex.l'.Hi, 1. i, p. I2!l-l:!n. — 'P. Buonurutli, Usservazioni so/ira idiiini Iriiinniriili ili unsi
t. II, fig. 1.557. Le mausolée de Sainte-Constance non* offre aussi une mosaïque absidale qui représente le Christ remettant à saint Pierre l'Évangile, figuré par une banderolle sur latiuelle on lit ces mots: DO- MINUS LEGEM DAT. Voir Diclionn., t. n. fig. 23i>. Au baptistère de Havenne, une mosaïque de 451 montre les quatre évangiles déposés sur autant de tables avec le titre de chacun d'eux : EVANG- SEC- LVCAM-
Ce sont là des représentations naluivUcs. dont l'interprétation ne pouvait donner lieu à aucune hésitation, aussi eurent-elles une vogue générale. Des fresques du iv« siècle et des sarcophages qui s'en inspirent représentent volontiers le Christ entouré du collège apostolique au complet (si les dimensions du champ l'ont permis) et chacun des membres tenant entre les mains un rouleau. Des fonds de coupes dorés parsèment volontiers de petits rouleaux le champ sur lequel sont représentés le Christ et les apôtres; parfois aussi, entre les deux princes de la prédication évangélique, Pierre et Paul, un seul volumen est figuré, peut-être pour signifier qu'il n'y a qu'un évangile *.
I3es fresques, mais qui n'appartiennent plus à la période primitive de l'art chrétien, nous montrent des papes de Rome ou des évèques tenant en main l'Évangile : saint Sixte et saint (3ptat, saint Corneille et saint Cyprien (voir Diclionn., t. ni, fig. 2718,3327), Théophile d'Alexandrie (voir Dïc/io;i/!., t. m, fig. 2720, 2909). Les diacres sont également représentés avec l'Évangile, notamment sur un fond de coupe ^ sur la mosaïque de Saint-Laurent-hors-les-Murs qui représente saint Etienne, sur celle des Saints-Nazaire-et- Celse à Ravenne. Il serait facile de mentionner un bon nombre d'autres représentations, rien qu'en parcourant les huit premiers volumes du présent 7)i('lionnaire. l'ne des plus en faveur parmi les fidèles fut le symbole des quatre fleuves s'échappant d'un tertre sur lequel est posé l'agneau divin.
Un sarcophage de Marseille représente les quatre évangiles ouverts '; une mosaïque de Ravenne nous montre l'évangile exposé sur un trône, présidant les conciles. Voir iJïc/(o;i;i., t. v, col. 072. fig. 4208 ^ C'est la personne même et la voix du Christ * :
Matiu'us cl Marcus, Lucas scqs ,/oliannes Vox liorum quatuor le boat le Christe redemptor.
III. L'emploi. — La lecture des évangiles a fait partie de la liturgie primitive. Saint .lustin en fait mention et, un siècle jilus tard, saint Cyprien dit avoir conféré à un fidèle l'ordre du leclorat pour (|u'il lise sur le pupitre, devant l'assemblée des fidèles, les enseignements et l'évangile du Seigneur. Eusèbe de Césarée avance, d'après le témoignage des Ilijpoti/poses de Clément d'Alexandrie et de Papias, que saint Pierre autorisa la lecture du récit composé par saint Marc. On en a induit qu'il s'agissait de la lecture publiciue, c'est plus que probable. A partir du iv siècle, il peut paraître superflu d'cnumérer les témoignages en faveur d'un usage (|u'on ne songe même plus iï conlesler. L'évangile tient dans la réunion eucharisli(|ue un rang qui explifpie l'importance et le nombre des monuinents paléograpliiques qui en témoignenl.
ICn t)ccidenl et en Orienl, on s'applique à découper le texte évangélique en un nombre fixe de récits historiques ou moraux, on bien on combine les quatre évangiles en une rédaclion nnicpie. \'oir Capitii.auia
aniiclii di nclrn, 1711), pi. x, xi, xii. — ' Ildd., pi. xv, n. 2. — • lî. Le Hliiiil, S(ireni>li(iges cliritiens de la (laide. ISSIi, p. :17. n. .">] . — ' Dom Miirlène, Dr nnliiiiiis lùrlrsiie rllilnis, I. I, p. u.c. 1 , n. !l. — • Mini, de la .Soc. n(d. iU:i niid'i;. de l'raner, t. .\xxv.
i:VAN(;i:i.IA IHK
EVANGELIORtM, CaN'ONS u'ErSÈBE, DiATESSARON.
l£n Occident, à chaque réunion liturgique du dimanche est aflcctcc une lecture distincte et d'autres jours obtiennent un semblable privilège; il semble même qu'on ait, dans certaines Églises, envisage la possibilité d'alîccter une lecture différente à chaque jour de l'année. Quoi (|u'il en soit, le rite romain attribua une leçon ou péricopc évangélique distincte pendant la seule période du carême: le rite mozarabe n'en pourvut que le mercredi et le vendredi de ce même temps; le rite gallican, à en juger par le sacramentaire de Bobbio et par le Icctionnaire de I.uxeuil, ne fit pas de même. Sans doute, il manque huit feuillets dans ce dernier manuscrit, entre le mercredi des Cendres et le dimanche des Rameaux, mais ils n'ont dû contenir certainement que des lectures évangéliques pour le dimanche. Le missel de Stowe tait moins de frais encore; il se contente d'une épître et d'un évangile pour toute l'année, tires l'un de I Cor., xi, l'autre de Joh., VI.
Si, en Occident, le choix et la disposition des lectures évangéliques paraissent absolument étrangers à la préoccupation d'un certain ordre, en Orient et principalement dans l'Église grecque, les lectures ont été disposées sur le cours entier de l'année de manière à ne pas intervertir l'ordre des récits dans les évangiles. IV. I.E CII.TE. — Le livre des évangiles fut l'objet d'un culte religieux. En 406, saint Jérôme écrit de Bethléem : prr tolas orientis ecclesias qiiando legendum est einingiliiim iicccnduntur luminaria jam sole rutilante, non utitjac ad fugundris tencbras sed ad signum lœtitiii' demonstrandum '. Etherla observe qu'on brûle de l'encens devant l'évangile : Ihimialaria inferuntur intro spelunca Anastasis ut tota basilica Anastasis repleatur odoribus: et tune ubi stat episcopus intro cancellos prendet evangelium et accedel ad ostium et Icget rcsurreetinnem domnus episeopus ipse -.
Lorsque le texte évangélique n'avait pas été traduit dans la langue du pays, un interprète en donnait sur-le-champ l'inteqirétation, c'est ce que nous voyons dans la Passio S. Procopii : ibi ecclesite tria ministeria prscbebat, unum in legendi ofjicio, allerum in sijri interpretatione... ^, ce qu'on peut rapprocher du récit d'Ethéria : quoniam in ea provineia pars populi et yrece et siristc nonit, pars etiam alla per se grece, aliqua etiam pars tanlum siriste, itaquc quoniam episcopus licct siriste noveril tamen semper grece loquitur et nunquam siriste, itaque ergo stat semper presbyler qui episcopo grece dieente siriste interpretalur ut omnes audiant quœ cxponuntur : lectiones etiam quiecumquc in ecclesia leguntur quia necesse est grece legi semper stat qui siriste interpretalur propter populum ut semper discant. Sane quicumque hic latini sunt id est qui nec siriste nec grece noverunl, ne conslristentur, et ipsis cxponit episcopus quia sunl alii fratres et sorores greci latini qui latine exponunt lis '.
Dans la messe gallicane, saint C.ermain nous décrit les rites qui accompagnent la lecture de l'évangile ; Tune in advenlu sancti Evangelii claro modalamine denuo psallit clerus Ajus (~ Sanctus)... Egreditur processio sancli Evangelii relut potentia Christi triumpliantis de morte, cum priedictis harmoniis et cum septem candelabris luminis, quœ sunt septcm dona Spiritus Sancli vcl v(eteris) legis lumina mysterio crucis conftxa ascendens in tribunal analogii (= l'ambon), velul Christus srdem regni palerni, ut inde intonet dona vitx, cUmianlibus e/cncis; Gloria tibi Domine I...
^S. Jérôme. Contra Vigitanliiim, c. vni. — • Pcrcgrinatio ad I«ca sacra, édit. Gamurrini, p. .57. — 'Riiinart, Acta sincera, Paris, 1(>89, p. 372. — * Peregrintitio, p. 73 sq. — 'S. Germain de Paris, Exposilio missœ, P. L.. t.i.xxn. — • 11. Lcclercq, Les martyrs, 1903, t. n, p. 168-169. — ' S. .\m-
Sanctus aulem quod redeunlc sancto Evangelio clerus cantat ^.
L'Église grecque a conserv'c l'usage de déposer le livre des évangiles sur l'autel, et ce fait indiquerait déjà son éniinente dignité, puisque l'autel ne doit servir qu'à recevoir le corps du Christ. Cet usage remonte au moins au milieu du ni« siècle et probablement plus haut. Dans les actes du martyre de saint Marin, sous-centurion à Césarée de Palestine, en 262 (261?), nous voyons Marin sortir du |)rétoirc, à la suite d'un interrogatoire: l'évêque Théotecne l'attend, l'aborde et s'entretient longtemps avec lui, ensuite il le prend par la main et l'emmène à l'église, le fait entrer à l'intérieur du sanctuaire jusqu'au pied de l'autel et là, entr' ouvrant la chlamyde du soldat, lui montre l'épée qu'il porte au côté, tandis qu'il prend le livre des évangiles, lui donnant à choisir. Marin étend le bras dans la direction du livre '.
I,a mosaïque du tombeau de Galla Placidia nous a fait voir les évangiles dans une armoire, une sorte de bahut; on fit usage de ces meubles même de chaque côté de l'autel, dans l'abside. A Milan, nous savons de saint Ambroise que les évangiles étaient enfermés dans une châsse ornée d'or : ibi arca testamenli undique aura tecta '. Grégoire de Tours raconte que le roi Childebert rapporta d'Espagne viginli evangeliorum capsas ex aura puro ac gemmis ornatas ', et il nous apprend que la fille de l'empereur Léon capsam ad sancta evangelica recludenda ex auro puro pretiosisque lapidibus priecepit fabricari '. L'Ordo romanus montre le sous-diacre renfermant l'évangile dans une châsse, après l'avoir fait baiser au clergé et au peuple.
V. Tradition artistique. — La tradition de l'art grec se retrouve, frappante, dans l'art occidental du moyen âge et principalement dans les évangéliaires '". I^'évangéliaire de Saint-Gall, grec-latin, n. 48, fin ix<= ou début X"' siècle, contient, à la page 129. qui termine le texte de saint Matthieu, un texte en quatre colonnes, singulièrement mélangé de grec et de latin, incorrect dans les deux langues, ainsi conçu :
|jia-6ai.oç depictus.
dLvyeXoç depictus ad ioseph in somniis.
|J.ocpta in mulo scdet.
loiar,? in/ans in presepio. (xapta S('mo/i|x jacebat.
ripcoSvjç. [zayo'. oi Tpeiç.
\XX'(rj\. [J.£Ta Sopcùv.
Y) aiy'JTf OÇ ■ l^^p'-aç supersedens mulum cum infante credo, iwrqç jrenum tenet.
ripcoS'oç vex innocentum intcr manus maternas.
01 SUO S£[jl.OVI.Ço[i.£VOU
da'mones in porcos. .
TcapaX'jT'.xoç portans Ypa|ia~TOv.
sjiopouç yuvYj.
laipoç.
01 Suo T'JçXoi.
ajiapToÀoç yuvT; |xapia cum afJ. pulla unguenti in cienaculo lergens pedes domini cum capillis.
Aouxaç ix.ov.
t^ayapiaç cum turibulo et angélus.
(iapia xai eXtaapcS invicem osculantcs.
eXicjapeS iacel. icoavvïii; lavatur.
'.ûxîï)9 in/ans in presepio. (/.apia scmotini jacet vcc rccumbit.
Tioitieveç (id est pasiores).
CTUixEtov <iccipiens inlanlcm in ulnas suas porrigente sancta maria.
l)ri)isc. ;;;ii.v(., cl. I. n. 4. — • Grégoire de Tours, Hist. Francnr.. I. I, c. lU. — '/>e gloria confessorum, c. Lxni. — '"S. liergcr, /)c la tratiitiott de l'art grec dans les manuscrits latins des évangiles, dans Mémoires de la Soc. des antiq.de 1-raiice, 1S91, t. m, p. 144-154.
EVANGELIAIRE
0 |i.ovoYev(]c; (unicus vel unigenitus) uioç (filius) T-r,ç yjipxq (viduœ). vidua ad pcdes domini precando yevu ilexo erecla.
dominas de • V- panibus et duobus piscibus -Ymilia saluravit.
dominiis manum petro mergenli porrigil.
r, (î'Jvy.'j[i.7rT0U<ja.
dominas tenet maniim u8p<o7rixou Ça/X^°? !n summitate suzojxori porrigens dcxteram manum ad dominum altéra tcnens suzomurum per ranuim. dominas dextram porrigit et lendit ad 'Çy./yeum in s-jy.omoro.
loi^-^vriq,(depictiis )
£v xpx'l £v o Xo-i'oç xai o Xoyoç y)v Ttpoç dominas et sanctam mariam semotim cernit cœnaniibiis aliis in csenaculo.
Aïî^apos iacet veste circumligatus vel duos plorantes. mortuus foetet, ^lapôa x.ai [xapia (id est sorore >.ai^ori J porredis manibas iacent ad pedes domini.
Dominas présente maire maria in xavaa galilea.' dexieram manum cum tjuadam virgula porrecta in ■ VI ■ uSpiaç y.iUit nrchitridino cetcrisque presentibus.
Item sedente domino saper pateo GnnioLpiz-rfi aqaam haaril.
Dominas recamhit eunantibus aliis in e^nacalo quodam.
lo'jSaç osculatas dominum adprehendens manibas indivis astantibus cum fustibus et lampadibus id est titionibas in summo exarsis ibique petrus aariculam wakhi amputât cum gladio. icoavv^jç. tooSeoi. (T-ivaYcoyO i:ov/)p£0(J.£vcov. xaiatpaç. Avvaç -îTpoç plorat gallo rétro cantante tennente eum ancilla. Xï'.aoaç et ptXa-oç. dominus ligato pede. iudiei. anlesignani signa portant.
dominus coccinea veste indutus arundinem in dexicra tenens per aurem sinistrani adprehenditur.
EiSe (vide vel ccce) o PaaiXeuç (rex) -rwv louSxuùv (judseorum).
Aonyivoç cum lancia. aller cam spongia. duu milites tenent zoc^a midem -II- latroncs. Icoa/incs stal et maria plorat.
avSpeaç xai. TïSTpoç seminudi heii.i.yi\ivi cum rcti id est di/xTi piscantur.
ASa(ji dominus }.intiamine id est sindone indutus per manum dcvlram ab injcrno trahit quem diabolus tenet. supplantatus diabolus domini pedibus. in/eri manu sursam porrigunt ASrfi (id est infernum).
C'est la description des miniatures d'un manuscrit des Évangiles; les noms des personnages, inscrits auprès des figures, ont conservé la forme grecque. Ce n'est pas par curiosité que le moine irlandais de Saint-Gall s'est attaché à reproduire le geste même et l'attitude des personnages. Cette description a sans doute été faite pour servir de modèle aux peintres de manuscrits formés dans l'école de Saint-Gall.
Les manuscrits grecs à images sont rares et incomplets, mais ceux qui nous ont été conservés se rencontrent merveilleusement avec le modèle décrit dans le manuscrit H de Saint-Gall. Dans le codex de Rossano, plusieurs miniatures reproduisent notre description de la manière la plus exacte, notamment celle de la résurrection de Lazare. Un autre témoin de la tradition grecque est le manuscrit grec-laliii, Uii)l. nat., grec 54 ', écrit et enluminé en Italie au XIV siècle -. Ce manuscrit est inachevé, mais celles de ses miniatures qui sont terminées reproduisent exactement le type de noire Sainl-Gall 48. Nous sa-
^ Antiqiiissimus quatuor etnaujeliurinn canonicorum codex Sangallensis grœco-latinus intertincuris, nonditm adixuc coUatiis. Ad similitudincm ipsius lit}ri mantiscripti fiecuratissime delineanduni el iapidibus exprimendum ciiriwil S l,-C-M. Rcttig, in-4'', Zurich, ISIili. — ' M. Hordier, Descritdioii des peiiiturci des manusirils grecs de la liibliolliiqiie nulionate, 188;i,
vous que c'est au nord de l'Italie que Saint-Gall a souvent emprunté ses manuscrits grecs. On peut croire que notre description provient d'un manuscrit soit grec, soit plutôt grec et latin, écrit et décoré en Italie, et que les peintures dont nous avons la description représentent la tradition de l'art grec telle que l'Italie la conservait, mais la chose est de peu d'importance.
« Ce type grec, qui provient peut-être de l'Itahe, ne devait pas se distinguer beaucoup des plus anciennes traditions de l'art oriental. Que l'on compare par exemple l'image de la pendaison de Judas dans le manuscrit de Rossano et dans le Manuel d'iconographie chrétienne du Mont-Athos, publié par Didron (p. 192); le rapprochement est saisissant.
« Passons des grecs aux latins. Le type même du manuscrit de Saint-Gall nous est conservé avec une {idélité surprenante par un groupe de très beaux manuscrits que nous allons énumércr. — Le plus connu est l'évangéliaire de Trêves, exécuté entre 977 et 993, par ordre de l'archevêque Egbert, par deux moines de Reichenau, Keraldus et Heribertus '. Le manuscrit d'Echternach, aujourd'hui conservé à Gotha, porte sur sa couverture les noms d'Otto rex et de l'impératrice Theophana: il date donc des années 983 à 992 ^ Les Othon, spécialement Othon 111, ont toujours favorisé Echternach. Le manuscrit n'est pas un évangéliaire, c'est-à-dire un recueil de leçons évangéliques pour les dimanches et fêtes ; i! contient les quatre évangiles en entier ; on y compte cinquante-neuf figures, non compris les images des quatre évangélistes. Le codex Egberti a cinquantesept peintures, dont cinquante-deux consacrées à riiistoire évangélique. Bien jilus riche encore el plus remarquable par le bon goût de sa décoration est le codex Aureus. qui est le plus bel ornement de la bibliothèque de l'Escurial '-. Ce manuscrit a sa célébrité dans l'histoire littéraire, car c'est lui que la régente des Pays-Bas, l'illustre Marguerite, avait prêté à Érasme, auquel, du reste, il n'a pas pu rendre de grands services, car son texte est fort médiocre. Il a été offert à la cathédrale de Spire par l'empereur Conrad II el par son fils Henri III, au moment où ce dernier était associé au règne de son père (1033-1039). Les cinquante et un tableaux (en dehors des frontispices et des images des évangélistes) qui représentent l'histoire évangélique, sont exécutés avec une finesse remarqual)le et dans des tons clairs et doux; ils sont bien supérieurs aux miniatures des deux manuscrits du même groupe, mais le type est exactement le même, et ce type est si bien le même que celui de notre texte grec-latin, que l'on pourrait croire ces tableaux dessinés d'après le texte de Saint- Gall. On ne comprend ce dernier que quand on a sous les yeux un des manuscrits du groupe rhénan. C'est encore au même groupe qu'appartieiuient. quoiqu'ils s'y rattachent un peu mohis directement, les nombreux manuscrits dont les ))lus remarqinibles viennent de Bamberg. De ces manuscrits, le plus beau sans doute est l'évangéllaire.ciui est un des ornements de la blliliolhèque de Munich et qui a été donné par l'empereur Henri II à la cathédrale de Ramberg (ms. lat. 4462. CImelie 57). Deux autres, qui ne sont pas des plus importants, nous intéressent en ce (|u'ilsnous montrent la mystérieuse scène de la descente de Jésus aux enfers que nous avons vue décrite à la fin du texte de Saint-Gall: ce sont les manuscrits de Hildcs-
p. 227. — M". X. Kraus, Die Minialiiren des Codex Egberli, ln-4°. Friliours. 1884. — «K. l.uniprocht, JJcr nildrrsrlmuuU des Codex Eijherli zit Trier imd des Codex Hnlentaeemis zit (;nl/i(i, dans .) ulrrbiiclier des Vereins non .MIiTlIiiinisIreiinilcn iiii Hlieinhmde. lioini, 1 881 . t . i.x.\ , p. 5(>. — ' .) .-M. Kscuclcro de In rrnn.<liiii'. Miiseuesimfiiildennliiiimliidex.tli-:i.\.\.v. .'.113.
EVANGELIAn{K
heim et de Brescia ' : « Le Christ, vêtu d'un manteau flottant, dans une gloire inclinée diajjonalemcnt. 11 marche et saisit la main élevée vers lui d'un homme liarhu (Brescia : un vieillard) qui sort à moitié des flammes. Derrière cet homme, une femme élève les mains. En lias, au premier plan, l'enfer et un diable lie aux quatre membres. La Gloire est entourée de quatre anges, etc. -. »
11 ne faut pourtant pas croire que les miniatures du groupe que nous étudions aient été dessinées d'après notre texte même : elles ont été, sans doute, dessinées d'après le modèle dont notre texte est la description. Plusieurs des manuscrits du dernier groupe proviennent de Bamberg, c'est-à-dire de la Franconie; nous sommes pourtant en droit de les désigner en général par le nom de groupe rhénan. Les trois premiers manuscrits que nous avons cités ont, en effet, été exécutés pour être offerts aux églises de Trêves, d'Echternach et de Spire. C'est cependant d'ailleurs, c'est de Reichenau qu'est venue l'inspiration de l'art qui les a produits. Les artistes employés par l'archevêque de Trêves sont des moines de l'abbaye d'Augia: les premiers saints mentionnés dans le codex Aureus sont ceux du diocèse de Constance, mais surtout les figures de nos manuscrits ont été copiées sur le même modèle que les belles peintures murales d'une des églises de l'île de Reichenau, de l'église de Saint- George d'Oberzell '. Or, de Reichenau à Saint-Gall il n'y a pas loin. Au moment où a été copié notre manuscrit grec-latin, les deux abbayes avaient le même abbé : c'était le célèbre évêque de Constance, Saloraon III. La paléographie des manuscrits exécutes sous ses yeux ou de son temps, à Saint-Gall, par les FoUhard et les Sintram est restée, en grande partie, celle des manuscrits dont nous parlons, principalement du codex Aureus. C'est donc de Saint-Gall et de Reichenau que sont venus l'art calligraphique et l'art décoratif des bords du Rhin, du Mein et de la Moselle. On a vu l'influence exercée sur lui par la tradition des manuscrits grecs.