ÉPERON — ÉPHÈSE
historique et arcliéologique, Paris, 1876, p. 456. — Liénard, Archéologie de la Meuse, Verdun, 1885. t. m, pi. xxxviii, n. 5. — F. .Moreau, Album Caranda, nouv. série, pi. xi, xiv, cxLiv, cxlv, cxlvi, cxlvii.
— F. Troyon, Description des tombeaux de Bel-Air, prés Chéscaux-sur-Lausanne (Suisse), Lausanne, 1841.
— Lindenschmit, Manuel des antiquités des temps mérovingiens, p. 285. — L. Mayer, Die merowingiscbc
4134. — Éperon trouvé dans le cimetière de Bourogne. D'après Bulletin arcliéologique, 1909, pI.xLii.
Funde von Pfahlheim bei Ellwangen, dans Westdeulsche Zeitschrift fur Geschichle und Kunst, Trêves, 1884, t. in, p. 229, fig. 1.
H. Leclercq.
ÉPHÈBE. Ce mot semble n'avoir plus sa place dans le vocabulaire chrétien; cependant il n'a pas dû disparaître en même temps que l'institution de l'éphébie. L'usage se plaît à prolonger l'existence de ces mots qui ne représentent plus qu'une idée confuse pour le plus grand nombre. Cependant une inscription trouvée par E. Renan, lors de sa mission de Phénicie ', nous montre que le mot et l'institution même survivaient à l'époque chrétienne. Au sud de la route de Gébeil à Beyrouth, la grande masse de sable qui s'étend au-dessous a couvert toute une nécropole en amphithéâtre, qui faisait face à la mer. Le roc taillé émerge çà et là; on y trouva une vaste catacombe à deux étages de tombeaux, en partie évidés dans le roc, en partie complétés par de la maçonnerie. Toutes les ouvertures des niches sont en arceaux ". C'est la seule caverne sépulcrale de ce genre découverte en
" E. Renan, Mission de Phénicie, in-4°, Paris, 1SG4, p. 183-185. Sur le Didascalos des éphèbes, voir Saglio, Diclionn. des antiq. gr, et roni., t. ii, p. 632. — ■ a Selon une note venant du caporal qui dirigeait les fouilles à cet endroit , Il y aurait trois étages de niches, en tout vingt-quatre ni-
Phénicie. Une grosse dalle renversée, au milieu de la chambre, présentait l'inscription suivante :
THNIYNETHNAAOXON AIONY2IANEN0AAEXEI ZOAITYMBCOTCOAYnE MOIONnOZIIHrAAIIEN
5 onnojiTOiznAPiOYii
nEAOlMNHMHIATAYTA TAIZZEMNAIZ AAOXOIZ IVlAPTYPlAnPOOEPEIN TAYOOBIOinAPOAEl in TA*IAEEAniA EZENZ Ca30 I ZINEY0PAIN EZEAYTON WIHnAPO AOYTAXYTHZ BPAXE O ZA A O ETCO Z E JL X P ON O Y i
15 ZEPAniCONOZAlAAZKAAOYEOH BWNTOAEZHMA 'X'i{i luvtTrjV âXo/ov ALOvJsiav ivOioî /.e'.îOa; Tû[j.S(o Tw S' 'mt.' èfiot, ov r.à'j'.i rjYÀâïasv "Or.-wz Toï; napiojd! TiÉXoi [j.vï)(J.Tjïa TauTa Taî; 5£jj.vaï; àXo'yoLç jxaoT'joîa r.ooçtç^f.'i . TaûO' ô p!o;, KapoSeÏTa çi/r • èÀ-îSs; èv ÇojoîO'.v. E'jippaivE OcauTo'v. Mï, Kapooou ta-/-JTr)ç PpayÉo; Xa6ÉT") 3^ ■/ po'vou.
SEpa-irovo; SiSaiy.àXou lçrî?n)V tÔoe or,;j.a. Les huit premières lignes forment deux distiques assez réguhers. Le reste ne peut être régulièrement scandé.
« [Apprends] que la sage épouse Dionysia repose ici, sous moi, dans ce tombeau, que son mari a orné pour elle, afin que ce soit là, pour ceux qui passent, un avertissement de porter témoignage aux époux respectables.
« Telle est la vie, cher passant : des espérances
parmi les vivants. Tiens-toi [donc] en joie. Que la
rapidité du cours du temps qui passe ne l'échappe pas.
« C'est ici le tombeau de Sérapion, le professeur
des éphèbes. »
Le nom de Sérapion est très fréquent en Egypte et la présence de la croix ansée sur cette tombe est une autre attestation d'origine du défunt, qui avait exercé la profession de maître des éphèbes, équivalant à peu près à celle de nos maîtres d'escrime. C'était, à n'en pas douter, un chrétien, et Renan a eu tort de n'en rien croire. Sérapion reposait dans une catacombe avec sa femme Dionysia; il avait mis sur l'épitaphe de son tombeau le sigle que ses compatriotes égyptiens avaient imaginé pour adapter le chrisme à leurs usages symboUques et il avait pris soin d'écarter toute allusion païenne. Froehner ^ et E. Révillout* ne mettent pas en doute le christianisme de cette épitaphe.
H. Leclercq.
ÉPHÈSE. — L Lesite. II. Saint Paul à Éphèse. III. Saint -Luc. IV. Épître de Paul. V. Saint Jean. VI. Du II" au IX» siècle. VII. Basiliques. VIII. Peinture. IX. Épigraphie. X. Les Sept-Dormants. XI. Bibliographie.
I. Le SITE. — Éphèse était la métropole de la province romaine d'Asie et une des trois grandes villes riveraines de la Méditerranée, avec Alexandrie (voir Dictionn., t. i, col. 1098-1083) et Antioche (voir Diclionn., 1. 1, col. 2359-2427). Elle était située à 5 kilomètres environ du bord de la mer, sur le Caystre, navigable depuis la ville jusqu'à son embouchure. Éphèse était la clef de quatre vallées tracées par le Calque,
ches. à moitié creusées dans la paroi et à moitié maçonnées. Mon journal ne parle que de deux étages... J'étais sur le point de partir au moment de la découverte. » E. Renan. — >\V Frœlmcr.dansP/ii;o(o3US,t.xix,p.l37-13S. — 'E.Révillout, dans Revue éggptologique, 18S5, t. iv, p. 38.
EPHESE
l'Hermus, le Caystre et le Méandre, fleuves célèbres qiii enrichissaient les villes de Pergame, de Sm>Tne, d'Éphèse et de Jlilet, quatre villes qui remplirent un rôle considérable dans l'histoire des origines chrétiennes en Asie Mineure. Le cours du Caïque et celui du Caystre étaient trop restreints pour procurer à leurs vallées l'avantage d'une route de pénétration importante, le cours de l'Hermus ne facilitait pas l'accès du plateau d'Asie Mineure, en sorte que ce fut la vallée du Méandre, et ensuite celle du Lycus, qui s'y joint à Laodicée, vers Apaniée, qui devint le grand chemin des migrations et des échanges entre l'Orient et l'Occident. Toute cette civilisation, tout ce trafic se dirigeait vers le port d'Éphèse. Après avoir résisté longtemps, Milet dut céder à la suprématie d'ÉpIièse devenue la porte maritime de cette contrée.
Sur cette zone du littoral d'Asie Mineure appelée lonie, si favorisée par le climat, sur ces rivages si heureusement découpés en golfes et en péninsules, les Grecs industrieux et avides eurent de bonne heure la meilleure part. L'histoire de l'établissement des Ioniens à l'embouchure du Caystre est aujourd'hui suffisamment connue ^. « Topographiquement et historiquement, Éphèse nous représente un des tjTies les plus saisissants et les plus complets des colonies grecques de l'âge héroïque. Reconnaissances préliminaires d'aventuriers, essais et déboires de ces éclaireurs, consultation au dieu de Delphes et réponse de l'oracle, choix d'un roi de famille sainte investi du commandement et du sacerdoce, expédition régulière sous la conduite de l'oekiste ofRciel, utihsation de postes ou débarcadères pliéniciens, négociations diplomatiques entre l'îlot parasitaire et le sanctuaire d'en face, avances au clergé de l'asile, traités d'alliance, devant l'autel de la grande Déesse cosmopolite, avec la classe turbulente des métèques, guerre aux notables de la Haute- Ville et aux nobles du château, prise de l'acropole, refoulement des indigènes, partage du pays conquis, édification de temples, syncrétisme rehgieux, souci de conciUer l'attachement aux divinités de la mère-patrie avec le respect des cultes locaux, attention égale portée aux routes de terre et aux voies de mer, à l'essor de la navigation et à la culture du sol, installation d'une bourgade rurale à proximité du port et de l'agora, campagne de frontières pour donner de l'air à l'État nouveau, enfin, dernier trait, construction de l'héroon du fondateur, voilà quels sont les épisodes significatifs de la colonisation d'Éphèse ^ »
Éphèse fut un des centres religieux les plus célèbres de l'Asie, un de ces États sacerdotaux où les \icissitudes du droit d'asile entraînèrent d'incessantes variations dans les limites du pouvoir civil et du territoire sacré. Éphèse compte en outre parmi les fondations coloniales les plus caractéristiques des Grecs et peut être considérée comme le type même de ces établissements du xi' siècle avant notre ère, dans lesquels s'incarna si brillamment le génie ionien. Plus tard, Éphèse devint également l'un des modèles les plus remarquables de ces immenses cités hellénistiques dont se couvrit l'Orient sous les successeurs d'Alexandre, puis, bientôt après, l'une des capitales provinciales les plus riches et les plus prospères de l'empire romain. Mêlée aux débuts du christianisme, associée à la prédication des apôtres, dominée par les puissantes ou touchantes figures de saint Paul ou de saint Jean, Éphèse, après une période de floraison suprême sous les Antonins, nous présente, ù l'époque byzantine et turque, un des cas les plus frappants de ces crises d'atrophie et de ces retours au foyer d'ori-
' G. Hadct, La colonisation d'Éphèse par les Ioniens, dans Bévue des Éludes anciennes, 1900. t. vni, p. 1-22. — ' Ibid., p. 21-22. — • G. Radet, I.a topographie d'Épliése, dans le
gine que déterminèrent les catastrophes du moyen âge. Ainsi, de tous les squelettes de ^^lles mortes dont il soit possible de scruter l'ossature plusieurs fois millénaire, il n'en est pas qui fournisse à la géographie historique de plus sûrs indices et des points de repère meilleurs '.
A l'époque classique, Éphèse a changé de site et n'a pas changé de nom; de là des difficultés graves lorsqu'on étudie les auteurs anciens et qu'on ne se reporte pas constamment sur le terrain pour éviter la confusion entre la vieille ville et la ville nouvelle, le château d'Androclos et la cité de Lysimaque. Chacune d'elles a occupé un emplacement distinct et toutes deux ont porté le nom d'Éphèse. L'étude du terrain même ne suffisait pas, il fallait des fouilles profondes et méthodiques sous peine d'erreurs fort graves puisqu'elles prétendaient s'autoriser du témoignage topographique. Le point capital à déterminer était la situation exacte du temple de Diane Artémis. En 1863, Wood le cherchait encore dans la partie ouest de la plaine, c'est-à-dire juste à l'opposé du point où il s'était élevé. Après plusieurs années de tâtonnements, une inscription déblayée au théâtre, celle de C. Vibius Salutaris, fournit la bonne direction à sui\Te *. En mai 1869, Wood rencontra l'un des angles du péribole, puis, fin décembre, les premiers marbres du temple.
« La plaine inférieure du Caystre forme, sur une longueur de huit à dix kilomètres et une largeur moindre de moitié, un couloir aux bords sinueux dont l'axe court exactement d'ouest en est. Deux passages mettent en communication ce vestibule du fieuve avec l'arrière-pays. C'est, à l'angle nord-est. la trouée de Ketchi-Kalceh, où bifurquaient, dans l'antiquité, les routes d'Éphèse à Sardes et d'Éphèse à SmjTne; ce sont, à l'angle sud-est. les gorges du Dervend-Déré, qui donnent accès à la vallée du Méandre. Trois masses rocheuses, d'une importance inégale, se détachent à l'extrémité du couloir, entre les deux passages, qu'elles barrent intérieurement de leur triple verrou: l'une à l'est, l'autre au nord, la dernière au sud.
» De ces bastions naturels, le plus petit, mais aussi le mieux situé, est l'éminence d'Ayasolouk, dont le nom turc rappelle, en l'altérant, celui de l'église que Justinien avait fait construire au sommet en l'honneur de saint Jean l'Évangéliste (Ai/ius Theologos, d'où Allô Luogo, dans les portulans). Isolée de toutes parts, couronnée par une enceinte qui épouse les rebords de son plateau, cette colline évocjuc l'image de l'Acropole d'Athènes, avec cette dilTérence qu'elle s'étend du nord au sud et non de l'ouest à l'est, que son ovale est plus régulier, qu'elle est moins escarpée et moins haute (87 mètres d'altitude, à son point culminant, contre 156), qu'en revanche. le rapport entre sa longueur et sa largeur offrant un écart beaucoup plus fort (500 sur 1"20, au lieu de 310 sur 140), elle est d'un tiers environ plus grande. Quand toute cette plaine était un golfe, l'acropole d'Ayasolouk jouissait d'une position privilégiée ; d'un côté, elle dominait la mer, qui amenait les vaisseaux jusqu'au pied de ses pentes occidentales: de l'autre, par delà un seuil facile où se croisaient les caravanes allant et venant entre les sillons de l'Hermus et du Méandre, elle regardait la montagne, qui lui servait de barrière contre les périls du continent.
« Kourou-Tépé, le mamelon qui s'étale à l'entrée du passage du nord-est. a joué lui aussi son rôle dans la vie du district, mais à une époque très reculée, quand il était une île cadenassant le fond du goulet. Les boues du Caystre, en le réunissant à la terre ferme,
Journal des savants, l'JOG, p. 251-2GI. — • Ancient grcek inscriptions in Ihe British Muséum, l. ni, p. 117-112,
n. <:«( J.xxxi.
ÉPHÈSE
ont du nièiue coup enlizé sa valeur économique et stratégique.
« Le groupe le plus important des hauteurs entre lesquelles oscilla le destin d'Éphèse est celui du sud. Il comprend deux systèmes distincts : le mont du Pèlerinage (Panayir-Dagh), ainsi nommé d'une chapelle où les Arméniens de Smyrne viennent célébrer chaque année, en mai, la fête de saint Jean le Théologien; et le Bulbul-Dagh ou mont des Rossignols. Le Panayir-Dagh est un renflement circulaire dont le diamètre atteint ou dépasse un liilomètre. Coillé d'une double calotte, avec les cotes 131 et 15.5 aux pointes de cimes, il présente sur son pourtour oriental une série d'anfractuosités qui le découpent comme les lobes d'une rosace. Le Bulbul-Dagh forme avec
pestilentielles et vaseuses dont la nappe glisse léthargiquement vers la plus prochaine bouche du Caystre, l'insidieux fossoyeur du canton.
« Il sufTuait de parcourir le quartier deBoudrouniia pour se convaincre que la vie antique avait dû y être particulièrement intense. Les ruines énormes qui s'y accumulent de tous côtés, notamment, au pied du Panayir-Dagh, celles du théâtre et du stade, ne laissent à cet égard aucun doute. Pour qui essaie de se représenter le rôle et la valeur réciproques des composantes du site, à l'époque où la mer arrivait là, il apparaît que la masse ronde de la butte du Pèlerinage, placée vis-vis de la longue arête du mont des Rossignols, comme un tourniquet en avant d'une barrière, obligeait tout ce qui circulait dans Éphèse
[2iL
4135 — Carte du territoire d Éphese D après la Reuae des études anciennes^ 1906, t. vin, pi. 1.
le Panayir-Dagh un contraste complet. C'est une haute échine raide qui fde obliquement de l' ouestnord-ouest à l'est-sud-est, sur une ligne d'à peu près quatre kilomètres. Sa partie culminante fait face au Panayir-Dagh. Là, sa crête s'élève jusqu'à 358 mètres. Elle s'abaisse ensuite, d'un mouvement continu, dans la direction de la mer, pour se terminer, à son extrémité occidentale, par deux ballons, dont l'altitude est respectivement de 96 et de 45 mètres '. Entre le mont des Rossignols et le mont du Pèlerinage se creuse une dépression qui les relie par ses talus. Cette sorte de gouttière s'incline, au couchant, vers une plaine dont l'aire rectangulaire, d'un demikilomètre de côté, est comme le palier de jonction des deux massifs qui la dominent. Le lieu s'appelle aujourd'hui Boudroumia. Sa bande ouest délimitait jadis un port. Elle ne confine plus, depuis des siècles, qu'à des marécages, des champs de roseaux, des eaux
^ Une inscription lue sur la paroi sud de la tour carrée à laquelle une tradition plusieurs fois séculaire applique la dénomination fantaisiste de ■ Prison de saint Paul •. nous apprend que le ballon haut de 45 mètres s'appelait anciennement rilermaion, t'o "I''p[j,aiov, sans doute à cause de l'existence d'un sanctuaire d'Hermès dont il ne reste plus
pour l'administration, le négoce, les cultes ou le plaisir, à confluer vers l'esplanade du port.
(I La première question qui se dresse au seuil de toute étude sur la topographie d'Éphèse est celle du Pion et du Coressus. Quelle était la position respective de ces deux montagnes? A quelles dénominations modernes correspondent-elles? Les sources littéraires induisent à penser que c'est le Panayir- Dagh qui doit être assimilé au Pion et le Bulbul-Dagh au Coressus. Plus d'un érudit l'avait soupçonné, les fouilles entreprises en 1896 en apportent l'évidente certitude. Le Pion, auquel nous conserverons la désignation qui prévalut — on la trouve dans les Actes de Timothée, dans Pline, dans Pausanias — s'est appelé tantôt llf-r,f.jv, la Butte, et tantôt A:-prî 'AzTr;, l'Escarpement lépreux, qualificatifs qui dépeignent exactement le Panayir-Dagh. Strabon dit de cette colline qu'elle porte une partie de la muraille, \>-i'^o:
trace; l'autre piton, celui de 9G mètres, situé un peu plus près de la ville, s'appelait la colline d'Astyage, ô 'Attuxy'^'-^ Ttayo;; enfin cette inscription nous apprend qu'aux environs de l'année 287 avant Jcsus-Christ, la mer baignait encore le pied de cette partie du mont des Rossignols, dont elle est très éloignée aujourd'hui.
EPHESE
-o'j iii/oj;. Vrai, aujourd'hui encore, du Panayir-Dagh, ce renseignement ne le serait pas du mont des Rossignols, dont les fortifications forment les trois quarts de l'enceinte et ne se limitent pas à une simple section. Enfin, le Pana>ir-Dagh, avec son énorme théâtre, son stade, les constructions nombreuses qui s'y adossaient, devait apparaître au voyageur arrivant par mer comme une sorte de piédestal exhaussant la ville, et c'est bien en effet une impression de ce genre que traduit la formule où Pline définit Éphèse : attolliiur monte Pione.
(I Nous distinguerons trois ports d'Éphèse : 1° le vieux port ou port sacré, situé dans l'extrême fond du golfe primitif, au pied de l'acropole d'Ayasolouk, près de l'Artémision : ce fut le port de l'Éphèse grecque ; 2° le nouveau port ou port de Coressos, situé dans l'angle compris entre la terrasse de Boudroumia et le Bulbul-Dagh; il devint le port de l'Éphèse hellénistique et romaine; 3° le port de Panormos, situé entre les pointes extrêmes du Bulbul-Dagh et du Pamoudschak, à l'embouchure du Kenchrios; son importance grandit sous les Antonins. Éphèse eut toujours simultanément un port et un avant-port. Quand le port se trouvait à Ayasolouk, l'avant-port était à Coressos; quand le port fut à Boudroumia, Panormos devint l'avant-port. L'expression ol Â'.aEvs; désigne donc, suivant l'époque où on la rencontre, un appariement différent : d'abord, le vieux port et le port de Coressos, plus tard le nouveau port et le port de Panormos.
• Une dernière série de remarques complétera notre connaissance du territoire éphésien. Le Claséas est la rivière de Kirkindjé, ce bourg de montagne où l'occupation ottomane a fait refluer la population grecque du district. Le Marnas, qui alimentait un des quatre grands aqueducs d'Éphèse, celui d'Auguste (Aqua Julio), se confond avec le Dervend-Déré-Tchaï. Entre le Marnas et le Claséas, dans la zone qui jouissait du droit d'asile, sont les deux rigoles auxquelles Pline donne le nom de Selenus. Ortygie, dont Strabon nous décrit le bois sacré, a été fixée dans le haut vallon du Kenchrios, au \'illage d'Arvalia. Le Solmissos, qui dominait Ortygie, répond à l'Ala- Dagh (664 mètres). Le havTe de Pygela (ri lljyjXXa ou -'% >l>-j-(iW%) est la crique qui se creuse à la base du Pamoudschak, un peu au nord de Scala Nova.
« Il reste, pour terminer, à dire un mot des changements de site d'Éphèse. Quand, vers le milieu du xi= siècle avant notre ère, Androclos et ses compagnons pénètrent dans le golfe du Caystre, la mer baigne encore les pentes du mamelon d'Ayasolouk. C'est là qu'ils abordent et qu'ils s'établissent. Le hameau actuel, avec son enceinte turque et son kastro byzantin, marque l'emplacement de la première Éphèse grecque. L'île où séjournèrent les Ioniens, avant de se risquer sur la terre ferme, ne fait qu'un, selon toute apparence, avec la Syrie de Pline, c'est-à-dire avec le tertre de Kourou-Tépé. II en résulte que cinq, cents ans avant l'annexion des Éphésiens à la ligue attico-délienne, le flot marin s'avançait jusqu'à l'entrée de la passe qui relie la plaine d'Ayasolouk à la plaine Caystriane. Mais, peu à peu, ce goulet se comble. En 499, lors de la révolte de l'Ionie, l'escadrille portant le corps expéditionnaire contre Sardes ne débarque pas à Éphèse même, bien qu'elle n'ait rien à redouter de cette ville, mais à Coressos, évidemment parce que le vieux port était déjà d'un accès difficile aux navires d'un certain tirant d'eau.
« D'âge en âge, on suit les progrès de l'envasement. L'.\rtémision du vi« siècle, édifié à l'aide des subsides de Crésus, reposait, par trois marches, sur une plateforme haute seulement de 1 m. 08 au-dessus du niveau de la mer. Quand la torche d'Érostrate l'eut brûlé.
dans la nuit du 21 juillet 356. et qu'on entreprit de le reconstruire, il fallut surélever de 2 m. 68 le stylobate du nouveau temple et porter à dix le nombre des gradins du soubassement. Cet exhaussement anormal de l'infrastructure prouve que le travail de superposition des couches alluviales, par lequel, en 2 500 ans,le temple fut recouvert d'un suaire épais de 8 à 9 mètres, avait puissament crû. Au temps de la naissance d'Alexandre, le vieux port ne devait plus être qu'une lagune impraticable aux trières et presque exclusivement sillonnée par les barques de pèche. C'est ce qui explique qu'en 287, Lysimaque ait transféré le gros de la population à une demi-lieue plus loin, dans le quartier de Boudroumia. La fondation de la nouvelle Éphèse ne fut donc nullement le caprice d'un despote, mais un acte de prévoyante intelligence, qui, en maintenant le contact avec la mer, empêcha la vie politique et commerciale de disparaître du pays.
« Conçue et tracée d'après un plan grandiose, entourée d'une enceinte de murs et de tours qui représentent un des plus beaux types de fortification de l'Orient grec, la cité de Lysimaque, un moment parée du nom d'Arsinoeia, en l'honneur de la dernière femme du roi, acquit une étendue et prit une importance que n'avait jamais eues le vieux château d'Androclos. Mais le port et le fleuve continuaient à être des frères ennemis: le rôle mondial de l'un ne pouvait durer qu'au prix d'une lutte acharnée contre l'autre. En 190 avant Jésus-Christ, durant la guerre contre Antiochus III, on devait, pour atteindre la rade de Boudroumia, franchir au préalable un long chenal, obstrué par des bancs de sable. Le bassin, alors comme aujourd'hui, offrait la configuration d'une outre dont le col s'effile. C'est ce qui suggéra au chef de la flotte romaine l'idée d'y bloquer Polyxénidas, l'amiral commandant l'escadre syrienne, en coulant des vaisseaux de transport à l'orifice du goulet.
« Quatre siècles ont passé depuis Lysimaque et le nouveau port est retombé dans la même situation précaire que l'ancien. Pour disputer la ville à l'étreinte du fleuve, il eût fallu recommencer la gigantesque entreprise de 287, reprendre la marche à l'ouest, battre en retraite de Coressos à Panormos. Mais, avec Rome, le monde avait changé d'axe. L'Ionie ne tenait plus, dans la Méditerranée, qu'une place subalterne. Hadrien répara, il ne sauva pas. Génie clair et positif, peu enclin aux conceptions démesurées, il borne son œuvre à détourner le cours du Caystre et à rendre, provisoirement, les ports à la navigation.
« Éphèse est alors à son apogée. Elle comprend deux villes : l'une, la ville administrative, militiiire et marchande, largement à l'aise dans le périmètre de ses remparts; l'autre, la ville religieuse, groupée autour de l'Artémision. Deux voies, partant du sanctuaire et divergeant, celle du nord, vers la porte voisine du stade, celle du sud, vers la porte de Magnésie, réunissent le château d'Androclos à l'enceinte de Lysimaque, comme, en Attique, les Longs-Murs, les « Jambes », joignaient Athènes au Pirée. De l'Acropole d'Ayasolouk au dernier ballon du Bulbul-Dagh, sur un arc de cercle de six kilomètres, c'est une succession ininterrompue de quartiers, de portiques et de monuments.
- L'invasion des Goths, en 263, marque le déclin. .\ l'est de la plaine, l'.Vrtémision, incendié et pillé, reste en ruines. .-V l'ouest, la ville de Lysimaque. appauvrie, abandonnée, se tasse sur elle-même Plus l'insécurité grandit, plus rencointe se rapetisse : c'est à peine si le mur byzantin englobe la terrasse de Boudroumia et la moitié du l'anayir-Dagh. On a cessé le duel contre le fleuve. En renonçant à la mer. Éphèse dit adieu à la vie. Sous Justinien. la population.
ÉPHÈSE
désertant la cité hellénistique, reflue vers la colline d'Ayasolouk. Elle y végète quelques siècles, puis la conquête turque l'étreint et l'étouffé. Les cités comme les hommes re\iennent parfois mourir à leur berceau. »
II. Saint Paul a Éphèse. — C'est au cours de son troisième voyage apostolique que l'apôtre Paul aborda Éphèse. Il y avait passé déjà, mais sans y séjourner assez longtemps pour rien fonder de durable. Cette fois, il partit d'Antioche avec un de ses compagnons de route, peut-être Tite, fit une rapide apparition parmi les Églises de Galatie et marcha droit sur Éphèse ». La ville ne différait guère comme population et comme moralité d'Antioche et de Corinthe, qu'il connaissait bien. Dédale de rues étroites, de cours puantes et de bazars infects où grouille une fourmilière agitée et fainéante, avide et sordide, obséquieuse et vindicative. Là, comme dans tous les centres commerciaux, pullulait une colonie juive très nombreuse ', jalousée des païens que le souci d'entretenir le culte profitable d'Artémis rendait fanatiques et hostiles à toute croyance religieuse qui leur apparaissait comme une menace de concurrence. L'importance administrative, l'énormité du trafic commercial. le mouvement des affaires entretenu par le pèlerinage fameux faisaient affluer à Éphèse une population très mélangée, mais qui charriait nombre d'individus d'esprit curieux et ouverts, disposés à favoriser la diffusion des idées chrétiennes.
« Autrefois, Éphèse avait brillé au premier rang, du moins pour les arts, parmi les cités grecques; mais, à diverses reprises. elle avaitpermis aux mœurs d'Asie de la séduire. Cette ville avait toujours eu chez les Grecs une mauvaise réputation. La corruption, l'introduction du luxe étaient, selon les Grecs, un effet des mœurs efféminées de l'Ionie; or, Éphèse était pour eux le centre et l'abrégé de l'Ionie. La domination des Lydiens et celle des Perses y avaient tué l'énergie et le patriotisme; avec Sardes, Éphèse était le point le plus avancé de l'influence asiatique vers l'Europe. L'importance excessive qu'y prit le culte d'Artémis éteignit l'esprit scientifique et favorisa le débordement de toutes les superstitions. C'était presque une ville théocratique '; les fêtes y étaient nombreuses et splendides; le droit d'asile du temple peuplait la ville de malfaiteurs. De honteuses institutions sacerdotales s'y maintenaient et devaient chaque jour paraître plus dénuées de sens. La ville devenait le principal emporium de la région en deçà du Taurus. C'était le point de débarquement de ce qui arrivait d'Italie et de Grèce, une sorte d'hôtellerie ou d'entrepôt au seuil de l'Asie. Des populations de toute provenance s'y entassaient, et en faisaient une ville commune où les idées socialistes gagnaient le terrain qu'avaient perdu les idées de patrie. Le pays était d'une richesse extrême, le commerce immense, mais nulle part l'esprit ne se montrait plus abaissé. Les inscriptions respirent la plus honteuse servilité ', la soumission la plus empressée au.x Romains '. On eût dit l'universel rendez-vous des courtisanes et des viveurs. La ville regorgeait de magiciens, de de\ins, de mimes et de joueurs de flûte, d'eunuques, de bijoutiers, de marchands d'amulettes et de médailles, de romanciers. Le mot de « nouvelles éphésiennes » désignait, comme celui de « fables milésiennes », un genre de littérature, Éphèse étant une des villes où
' C. Fouard, Saint Paul, 1895, p. 247, a suivi sans objection les mentions topographiques erronées mises en honneur par Wood, qui appelle Pion le Coressus et Coressus le Pion. — ' Flavius Joséphe, Antiq. iufi., 1. XIV. c. x, n. 11, 12, 13, 16, 19, 25; 1. XVI, c. vi, n. 4, 7; Philon, Legalio ad Caiuiïit n. 40. — • Les prêtres avaient le titre de rois. Pausanias, VIll, xiii, 1 ; le nom du grand-prêtre se lit quelque lois sur les monnaies. Vaillant, Xttmism, gr, imp, rom..
l'on aimait le plus à placer la scène des romans d'amour '. La mollesse du climat, en effet, détournait des choses sérieuses; la danse et la musique restaient l'unique occupation; la vie publique dégénérait en bacchanale; les bonnes études étaient délaissées. Les plus extravagants miracles d'Apollonius sont censés se passer à Éphèse '. L'Éphésien le plus célèbre du moment où nous sommes était un astrologue nommé Balbillus, qui eut la confiance de Néron et de Vespasien et qui paraît avoir été un scélérat.
« Éphèse avait déjà été atteinte par le christianisme, quand Paul vint y séjourner. Après être partis de Corinthe, Aquila et Priscille y étaient restés. Ce couple pieux, à qui, par une singulière destinée, il fut réservé de figurer à l'origine des Églises de Rome, de Corinthe et d'Éphèse, forma un petit noyau de disciples. De ce nombre, sans doute, fut cet Épénète. que saint Paul appelle « les prémices de l'Asie dans le Christ » et qu'il aimait beaucoup '. » Un autre personnage plus important avait nom Apollonius ou Apollos, originaire d'Alexandrie. C'était un homme instruit et disert, connaissant à fond la version grecque des Écritures et sachant les commenter avec chaleur. Au cours d'un de ses voyages, il avait rencontré des disciples de Jean-Baptiste, qui lui donnèrent le baptême et lui parlèrent de Jésus mais avec peu de précision; il semble bien qu'ils n'en savaient pas plus eux-mêmes. Arrivé à Éphèse, Apollos fréquenta la synagogue et y prit la parole avec beaucoup de succès. Il exposait ce qu'il savait et ce qu'il conjecturait à propos d'un Messie indigent, dédaigné, souffrant et mourant, à qui il appliquait telles prophéties. Aquila et Priscille, ravis, l'écoutaient, lui redisaient tout ce qu'eux-mêmes avaient retenu des sermons entendus à Rome et à Corinthe. enrichissaient son fonds de quelques anecdotes, de paraboles entendues et retenues tant bien que mal. Apollos les avait mis en confiance lorsque, pour son début à la synagogue, il avait prêché hardiment la voie du Seigneur et le recours à la pénitence. Apollos groupait ainsi autour de lui quelques auditeurs bénévoles et cette Église embryonnaire s'alimentait du mutuel échange entre le maître et les disciples. Aquila et Priscille ajoutaient, rectifiaient au besoin, on peut le croire, mais néanmoins devaient se montrer assez timides, car ils laissèrent Apollos conférer le baptême de Jean, le seul qu'il connût. Il est possible que ces entretiens lui aient laissé entrevoir une partie des lacunes de sa formation, car, après quelque temps, intrigué par l'idée de tout ce que le ménage avec lequel il était lié avait appris à Corinthe, il forma le projet de visiter cette Église. Les frères d'Éphèse s'y prêtèrent volontiers et donnèrent à Apollos une lettre de recommandation pour les fidèles de Corinthe.
Vers le même temps, Paul arrivait à Éphèse. Il se logea chez Aquila et Priscille, ainsi qu'il l'avait fait à Corinthe, il s'associa de nouveau à eux et travailla dans leur boutique pendant les deux années que dura son séjour. Éphèse faisait un grand commerce de tentes et les boutiquiers occupés à ce trafic habitaient probablement les faubourgs pau\Tes au nord de la ville. C'est dans ces parages que se trouva sans aucun doute le premier foyer chrétien; là, furent les basiliques apostoliques, les tombeaux vénérés de toute la chrétienté qu'il serait vain de prétendre désigner.
p. 310, 313; Eckhel, Doclr. niinvn. vêler., t. ii, p. 518-519; Corp. inscr. grœc, t. ii, n. 2954. 29S7, 27876, 3002, 3003. — ' Corp. iwicr. grœc, t. il, n. 2957 sq. — ' Corp. inscr. grœc, t. n, n. 2961 6, 2966, 2972, 2987, 2987*, 2990, 2993, 2999, 3001; cf. 2975. — ' « La matrone d'Éphèse ■, Ephesiaca de Xénophon d'Éphèse, Chwréas et Callirhoé de Chariton d'Aphrodisias. — ■ Philostrate, .Xpollonius, IV, 10. — • Rom., XVI, 5; E. Renan, Saint Paul, 1869, p. 337-339.
EPHESE
Si des édifices tels que le temple d'Artémis nont laissé que des vestiges qu'une érudition ricliement pourvue parvient à identifier, peut-on espérer un sort pareil à quelque masure, ou bien à une demeure privée nivelée, exploitée, anéantie depuis des siècles ? Même le souvenir de Paul s'effaça de ces lieux, une autre gloire apostolique, Jean, le déposséda en venant s'établir ici et y terminer sa longue vie. Son tombeau, vénéré de toute la chrétienté, donna à la colline dans laquelle il fut creusé et à tous les environs une sorte d'appartenance johannique qui fit oublier l'œuvre paulinienne. Après la destruction du temple d'Artémis. lorsqu'aucune célébrité païenne n'était plus en mesure de lutter contre la gloire de l'apôtre Jean, Éphèse, devenue une ville byzantine, se groupa tout entière autour de la colline sainte d'Aj-asolouk dans le rayonnement de ay:o;0;oÀo-,-o;. La vieille ville revenait au lieu de son berceau et peut-être le choix du domicile que firent quelques pauvres juifs sous le règne de Claude et de Néron, l'hospitalité qu'un vieux ménage offrit à Paul fut-il la cause éloignée de cette dernière migration de la \ille d'Androclos.
Aujourd'hui, Ayasolouk ne compte que peu d'habitants permanents, mais à l'époque des travaux agricoles la population augmente. Les ruines disséminées partout, mosquées, bains, établissent l'importance de la ville turque qui succéda à la ville byzantine. On peut tracer les principaux traits de l'existence que mena l'apôtre sur ce sol tant de fois renouvelé depuis vingt siècles. Son activité n'eut pas à s'exercer dans une synagogue, puisque, grâce à Aquila et Priscille, à Apollos et à quelques autres, il trouvait une Église composée d'une quinzaine de membres au moires, dont une douzaine ne voyaient, ne pensaient et ne parlaient que comme leur maître Apollos. Cette Église n'en était une à aucun degré, ne tenant de près ni de loin aux chrétientés constituées par les apôtres; point de chef hiérarchique, point d'enseignement officiel, mais une croyance incomplète et imparfaite. Paul questionna ces néophytes, voulant tirer l'affaire au clair. » Avez-vous reçu le Saint-Esprit après avoir cru"? » demanda-t-il — « Nous n'avons pas seulement ouï-dire qu'il y ait un Saint-Esprit », répondirent-ils. « Quel baptême avez-vous donc reçu"? a insista Paul, t Le baptême de Jean », dirent-ils. Alors Paul reprit ; " Jean a baptisé du baptême de la pénitence en disant au peuple qu'il devait croire en celui qui serait après lui, c'est-à-dire en Jésus. » Ayant ouï ces paroles, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus, et après que Paul leur eut imposé les mains, le Saint-Esprit descendit sur eux et ils parlaient diverses langues et ils prophétisaient '. • L'épisode est des plus curieux pour l'histoire de la première propagation du christianisme. Cette douzaine d'hommes connaissaient Jean, le Christ et Apollos. Ce dernier les avait baptisés du baptême de Jean, on le sait, mais il ne les poussait pas à aller plus loin, .\quila et Priscille non plus, et ne les entretenait pas du Saint-Esprit; néanmoins ils se considéraient tous, les uns et les autres, comme disciples du Clirist.
Paul ne pouvait se contenter d'un si faible noyau, il chercha vite à élargir son petit cercle d'auditeurs et, suivant son habitude, songea à la synagogue. Durant trois mois, on l'y entendit chaque samedi annoncer le royaume de Dieu. Il eut peu de succès. Quelques adhérents vinrent à lui, le plus grand nombre s'entêta, dit-il, à demeurer incrédules, décriant devant tout le peuple la voie du Seigneur -. Paul comprit que la lutte n'était pas égale entre lui et ces docteurs influents, il I se sépara et ret ira ses disciples d'avec eux ».
' Actes, XIX, 1-G — » Actes, xrx, !•. • I Cor., XI, 24. — * Ad. xix, 9, 10.
' I Cor., XV, .12. —
En paroles, on peut penser qu'il n'épargnait guère ces obstinés : « J'ai combattu contre les bêtes à Éphèse », écrira-t-il ' et encore : « La vie ne m'est qu'une mort de chaque jour '. »
Cependant son petit groupe du début était devenu troupeau ; il imagina d'organiser des réunions dans un endroit appelé T/ù'/.r, Tjoawoj, l'école de Tyrannus. Ce terme permet de supposer un portique, une chambre, un appentis, car les maîtres d'école n'avaient que l'embarras du choix pour ces installations plus que sommaires. Quoi qu'il eu soit. » tous les jours l'apôtre y discourait; et cela continua pendant deux ans. de sorte que tous ceux qui demeuraient en Asie, tant juifs que grecs, ouïrent la parole du Seigneur *. p Non content de cet apostolat public, Paul allait, de maison en maison, visiter ceux que sa parole avait touchés. Il ne leur dissimulait pas l'àpreté de la voie évangélique « en ne cachant rien de ce qui était profitable » aux néophj-tes. Il enseignait la foi, la pénitence, la croix de Jésus, ne s'interrompant pas de travailler au tissage de la toile pour instruire son auditoire, qui, convaincu et touché, s'ingéniait pieusement à dérober telle ou telle partie de son habillement dont on attendait à l'occasion quelque miracle. Ceci créa à Paul une réputation de thaumaturge attachée non seulement à la vertu qui émanait de sa personne, mais encore à celle qu'on croyait imprégnée dans ses chemises, ses mouchoirs, ses tabliers de travail. Semblables prodiges ne pouvaient manquer d'impressionner les Éphésiens. adonnés à toutes les superstitions, livrés sans réserve aux incantations, aux évocations de morts et de génies infernaux. La vertu médicale qui rayonnait du corps d'un tisserand n'était pas plus étrange ni plus impossible que celle qui se faisait véhiculer à l'aide de sons inintelligibles, de borborygmes inachevés qu'étaient les Ephesia granunala, formules de sorcellerie d'autant plus appréciées qu'elles étaient plus mystérieuses et d'autant plus mystérieuses qu'elles étaient plus incohérentes. Parmi les charlatans qui s'adonnaient à cet art et en tiraient de gros revenus, Paul apparut moins comme un trouble-fê'e que comme un concurrent exceptionnellement pourvu. Les fils ou les disciples d'un certain grand-prêtre Skcvas, témoins des prodiges de Paul, résolurent de s'approprier ses formules et d'invoquer comme lui le nom de Jésus dans leurs exorcisines. Ils se risquèrent, comme entrée de jeu, sur un démon fort méchant; mal leur en prit. .\ peine avaient-ils dit : « Nous vous adjurons par Jésus que Paul prêche ». que le possédé leur répondit : « Je connais Jésus et je sais qui est Paul, mais vous, qui êtes-vous"? » et il se jeta sur ces Imposteurs, les roua de coups, déchira leurs vêtements et les mit en fuite.
L'événement fit sensation dans Éphèse et confirma le prestige de Paul. Juifs et grecs furent saisis de crainte et louèrent le Seigneur. Leur louange toutefois était d'une qualité particulière. Ce n'était pas la vérité qui les avait conquis et entraînés, c'était le côté inquiétant de ce pouvoir mystérieu.x qui leur paraissait décisif. Ce que valaient ces conversions en masse, dont l'auteur des Actes est toujours disposé à enregistrer la nouvelle, on en eut la douloureuse et décevante révélation dans l'entourage de l'apôtre. Beaucoup de ceux qui avaient cru à sa parole et au Christ avaient continué à pratiquer les arts magiques. Éclairés ou touchés par l'échec des fils de Skévas, ils vinrent avouer dans l'assemblée des frères quels étranges convertis ils avaient été. Ce fut, on peut le croire, une révélation désagréable (|ue celle qui montra avec quelle naïveté, quel manque de police, quelle insuffisance d'informations on avait procédé à l'agrégation de la communauté. La répression fut inexorable.
ÉPHÈSE
L'apôtre exigea des convertis l'abandon des livres et des phylactères, qu'il fit brûler publiquement, et on ne put s'empêcher de calculer la sincérité des convertis au prix qu'elle leur coûtait. II y eut pour cinquante mille drachmes d'anéanti (= 50 000 francs environ) et saint Luc, toujours optimiste, découvrit dans cet épisode une preuve péremptoire de l'accroissement des conquêtes du Seigneur.
Tout en gouvernant l'Église d'Éphèse, où Apollos était venu le rejoindre, saint Paul dirigeait, gourmandait les Églises, principalement celle de Corinthe. Cependant il continuait à habiter la maison d'Aquila et Priscille, mais toujours « travaillant de ses mains pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses compagnons '. » Soit qu'il fût médiocre ouwer, soit que ce penseur et cet organisateur, dont le génie et l'activité ont engagé l'humanité dans les voies nouvelles, ne possédât point certaines aptitudes sociables et ne fût pas initié aux mesquines exigences de l'économie domestique, il était tombé, pendant les derniers temps de son séjour à Éphèse, dans un état voisin de l'indigence : « Sans pain, sans toit assuré, misérablement vêtu, maltraité des ou\Tiers parmi lesquels il cherchait à gagner sa vie; injures, calomnies, bourrades, rien ne lui était épargné, on le traitait comme le rebut de tous et la balayure du monde -. » Ses compagnons l'avaient quitté pour remplir diverses missions : Timothée, Tite, Luc, Silas: alors il se sentit seul, pauvre, malade et prêt à défaillir. Cette fois l'épreuve était à sa taille car il s'avoua vaincu, il était à bout et attendait la mort comme un refuge, l'unique refuge. Mais son âme, une fois acquitté letribut à la souffrance, se releva plus forte et plus combattive que jamais. Il quiiterait Éphèse et tenterait de nouveaux labeurs. Un événement non prévu l'obligea à hâter son départ. Paul avait expérimenté que le concours de pèlerins qui remplissait Éphèse, pendant les fêtes du mois de mai ^ favorisait singulièrement l'extension de ses moyens d'information avec la gentilité; en outre, il voulait profiter de ce concours exceptionnel pour annoncer l'Évangile, sans se dissimuler cependant les difficultés et les périls qui pouvaient surgir pour lui. « La porte est largement ouverte, disait-il, mais j'y trouverai beaucoup d'ennemis *. » Avec ce peu d'expérience des intérêts matériels, qui semble lavoir illusionné parfois au cours de ses missions, Paul paraît n'avoir pas observé que le personnel religieux du temple d'Artémis n'était qu'une portion infime et la moins respectée des adversaires que devait lui attirer sa prédication. Les prêtres, leurs ménages, leurs serviteurs jouissaient dans la plupart des sanctuaires païens à Éphèse, comme à Daphné et ailleurs, d'un mépris au moins égal aux profits scandaleux qu'ils exploitaient sans vergogne. Mais en dehors de cette population tarée et mal vue, il y avait le grouillement des gagne petit, infimes marchands dont l'échoppe tenait parfois sur une planchette et qui, pour avoir une marchandise très différente, ressemblaient à s'y méprendre à d'autres gagne-petit entassés aux abords de modernes sanctuaires. La corporation des orfèvres avait la spécialité de tabriquer de petits naos et des statuettes de la déesse que les étrangers achetaient et emportaient comme souvenir du pèlerinage. Cette industrie très prospère faisait vivre de nombreux ouvriers, assez mal disposés à l'égard de ceux qui ralentissaient la vente et réduisaient le prix de la main-d'œuvre. Us s'apercevaient bien que, depuis deux ans et plus, la vente des ex-voto diminuait et comme ils ne pouvaient ignorer
' Act., XX, 34. — 'I Cor., IV, 11-13. — 'Corp. in^er. grwc., t,ii,n. 29Ô4. — 'I Cor., XVI, 9. — ' Act., xvu, 29. — * Acî., XIX, 32.
DicT. d'arch. chrét.
l'autodafé ordonné par Paul, il leur suffisait d'un raisonnement logique sommaire pour établir un rapprochement entre la mévente des ex-voto et la prédication du juif Paul, qui annonçait que « la divinité n'a rien de semblable à l'or, à l'argent, à la pierre, à nulle des sculptures que produisent l'art et l'imagination de l'homme * ». Ce n'était pas la façon d'amorcer la clientèle, aussi la vente tomba au point que la corporation se sentit atteinte et le principal orfèvre de la ville, nommé Démétrius, imagina de relever les affaires par un coup d'éclat.
Démétrius organisa une manifestation violente, réunit les compagnons et leur dit ; « .\mis, vous savez que tout notre gain vient de ce labeur. Or, vous le voyez et vous l'entendez dire, non seulement à Éphèse mais presque par toute l'Asie, ce Paul a détourné de notre culte un grand nombre de personnes, en disant que les ouvrages faits de main d'homme ne sont point des dieux. Le danger pour nous est que, non seulement notre métier tombe en discrédit, mais que le temple même d'Artémis, la grande déesse, perde tout honneur, et que sa majesté révérée de l'Asie entière et de toute la terre habitée soit anéantie. » La manifestation se mit alors à parcourir les rues de la ville, criant : . Vive la grande Artémis d'Éphèsel > et la cité fut remplie de confusion. La foule voulait se saisir de Paul, mais il put se mettre à l'abri ; à défaut du maître, elle s'empara de deux chrétiens de Thessalonique, Caïus et Aristarque. et les emmena au théâtre, lieu ordinaire des rassemblements. Le tumulte fut à son comble : « Les uns criaient une chose, les autres une autre, et la plupart ne savaient pas pourquoi ils étaient assemblés \ » Paul, mis au courant de ce qui se passait, n'écouta que son grand cœur et s'élança. De pareils événements déjouaient toute maladie; ses disciples le retinrent et un message de quelques asiarques, qui le connaissaient et s'intéressaient à lui, le mit en garde contre la folie de se montrer en pareil moment. Les juifs avaient comme les gentils, envahi les jardins du théâtre; l'un d'entre eux, un certain Alexandre, fit signe de la main pour demander la parole; il prenait bien son temps, on reconnut le juif, on faillit l'écharper. Deux heures durant, la foule brailla : « Vive la grande Artémis d'Éphèsel » Quand le magistrat entendit les voix s'enrouer, il jugea le moment venu de prendre la parole. « Éphésiens, dit-il. qui ne sait que la ville d'Éphèse est la gardienne de la grande .\rtémis et de sa statue tombée des cieux? Ceci étant incontestable, il convient que vous demeuriez en paix et que vous ne fassiez rien inconsidérément ; car ces hommes que vous avez amenés ici ne sont ni des voleurs sacrilèges, ni des blasphémateurs de votre déesse. Démétrius et les artisans qui sont avec lui ont-ils une plainte à faire contre quelqu'un? On tient des assises, il existe des proconsuls; qu'ils accusent devant eux. Si vous avez une réclamation à faire sur d'autres sujets, on en décidera dans l'assemblée légale; car nous sommes en danger d'être accusés de sédition pour ce qui s'est passé aujourd'hui, n'ayant aucune raison à alléguer pour justifier le concours tumultuaire du peuple. » On avait bien crié, bien sué, tout fut dit, chacun rentra chez soi. Paul, qui ne voulait pas provoquer d'autre émeute, prit le chemin de la Macédoine.
Le petit récit de seize versets consacré par les Actes à la sédition des argentiers nous montre que l'écrivain était un témoin oculaire. Il n'y a pas. remarque L. Jalaberl, un détail du récit qu'on ne puisse appuyer de multiples citations d'inscriptions contemporaines. Si la corporation des i^yj;^-iyÀ-w, si puissante à Éphèse, ne nous est connue que par saint Luc, du moins en trouve-t-on de semblables à
ÈPHESE
Srayrne - et à Palmyre " : iy^^'.jpoxo'-oi zai ypjîo/oc.:. Le nombre des ex-voto était considérable: un cortège de M7.oz.6yj: les portait dans les processions. La corporation vivait des pèlerinages; menacée dans son négoce, elle s'assemble tumultueusement au théâtre fouillé par T. Wood, en 1866, et dégagé entièrement de 1897 à 1899 '. Dans cet immense fer à cheval, de 140 mètres de diamètre, pouvant contenir 24 500 personnes, la foule hurle : ur;iXrj r; "A,^t£;j.'.;, qui est précisément le titre que les inscriptions donnent à la déesse *. De plus, comme dans les inscriptions, dans les Actes, li:'i; et <iiix sont employés alternativement pour désigner la déesse. D'ailleurs saint Luc connaît les traditions éphésiennes. le discours du » secrétaire » en fait foi ^ De fait, Éphèse se glorifiait d'être néocore d'Artémis; elle le fut aussi des césars divinisés, et ce double fait a de multiples attestations aussi bien dans les inscriptions ' que sur les monnaies '. Il n'y a pas jusqu'à l'allusio nmjîthologique au 0:0-1-1; qui ne réponde exactement au contenu de nos sources '. Saint Luc ne touche pas
4136. — Tombeau de saint Luc à Êphèsc. D'après Revue archéologique, 1891, p. 37.
avec moins de sûreté aux institutions locales : le •/oi'xu.%-:'jç qui intervient, secrétaire du sénal ou du peuple, était un personnage, et l'on s'explique aisément l'ascendant qu'il prit tout de suite sur la foule. Son discours, si bref qu'il soit, est plein de faits. Il est visible que l'orateur s'inspire d'abord de la législation qui châtiait certains délits touchant au culte. Or Wood a découvert, dans le théâtre, un texte, d'après lequel la mutilation des statues et des images, ainsi que quelques autres délits, sont considérés comme iîyji-j'/J.jL za; aa£o;'i ». Qui sait si ce n'est pas précisément à cette loi que le grammaleus fait appel? S'agit-il au contraire de griefs particuliers à la corporation, il rappelle qu'il y a des assises, des proconsuls ". L'expression àyo^^itoi a-fo/Toc. trouve sa justification dans l'usage épigraphique de la région ". Si, au contraire, la foule a d'autres questions à mettre en délibération, qu'on attende une assemblée « régulière » ".
III. Saint Luc. — Tous ces détails nous ont été conservés par le compagnon et le biographe de saint Paul, un médecin d'Antioche, nommé Luc,
' Corp. inscr. qrœc., 1. 11, n. 3154. — ' Waddington. Inficriptions d'Asie Mineure, n. 2002. — • Pauly-Wlssown, neal EncuUlopàdie, au mot Ephcsos, col. 2816-2817. — • T. Wood, Discouiries a( Ephesus... Inscriptions /rnm the gréai théâtre, n. 1, passim; Seymour de Hicci, dans Proceeilings 0/ the Soc. 0/ biblical arcluvology, t. xxxni, p. 390 sq. — ' Aet., XIX, 3.'i. — ' Dlttcnbergcr, Orienlis gra-ci, a. 481,
auquel on a entrepris de donner un tombeau à Éphèse. Que Luc ait habité la %alle avec Paul et peut-être depuis, il ne s'ensuit pas qu'il y ait été enterré.
Au centre d'une place carrée, à un niveau un peu inférieur à celui du temple romain, Wood a mis au jour les ruines d'un édifice circulaire de 15 m 86 de diamètre, formé d'un soubassement cylindrique revêtu de dalles de marbre blanc et percé de seize fenêtres, dont l'une d'elles encore en place (fig. 413G). L'intérieur est couvert d'une voûte en berceau circulaire, comme un tunnel, appuyée d'un côté sur un pilier central et de l'autre sur la maçonnerie extérieure. On est porté à admettre que la partie supérieure formai! un petit temple périptère de seize colonnes. Détruit en partie par l'enlèvement de ces colonnes, les chrétiens en ouvrirent le soubassement du sud et mirent l'intérieur de nouveau à profit. Ils y ménagèrent, d'une façon peu symétrique, du côté du sud-est, une petite chapelle et en ornèrent l'entrée de deux antes saillantes en marbre, enlevées à d'autres monuments. Celle de gauche est brisée, le fragment renversé porte une croix taillée en creux; celle de droite, encore entière, est divisée en deux registres: le supérieur porte une croix byzantine épatée, le marbre du champ ayant été creusé à coups de ciseau; le registre inférieur porte le bœuf de Carie, sorte de bison, souvent représenté sur les monuments d'Asie Mineure: sur la bosse du bœuf une croixéquilatérale(fig. 4137). Nous nous trouvons ici en présence d'un petit temple périptéral, ou peut-être d'un polyandre; les niches pratiquées dans le soubassement rendraient cette supposition plausible.
Quant à la petite chapelle de 6 mètres de longueur taillée fort irrégulièrement dans le côté oriental du monument, il est impossible d'en fixer l'époque et encore moins la dénomination. Trois petites niches, voûtées en briques, marquent clairement la destination chrétienne; des traces de voûtes se distinguent encore sur le mur du pilier central auquel s'adossait la chapelle. Mais le détail le plus frappant est certainement la position oblique de l'entrée E. Il avait fallu enlever un pilier, car le passage se dirige droit vers le centre de la chapelle et non vers celui du monument primitif. Deux petites annexes F, G, ont été ajoutées au monument circulaire. De G, il ne reste que les murs de fondation; en F, la place est remplie de décombres. Les murs ont ici près de 1 mètre de hauteur. Il est à noter que le revêtement de marbre fut enlevé au point de contact de ces annexes. Toutes ces constructions subséquentes sont d'un appareil négligé et à tel point qu'il est impossible d'en fixer la date. Les matériaux consistent en petites pierres mêlées de quelques briques, ce qui forme un contraste frappant avec l'appareil plus grand et plus régulier du monument primitif.
Le seul endroit où le constructeur chrétien ait montré quelque soin, c'est aux pieds-droits de la porte; ayant à les placer contre le magnifique revêtement de marbre, il a choisi deux pilastres â peu près de hauteur voulue et, au moyen de quelques changements, les a adaptés à leur nouvelle destination. Ces deux pilastres ne sont pas de proportions identiques. Quant au boeuf, il est d'exécution soignée cl la croix en relief, grâce à un évidement du champ, a une forme qu'on rencontre dès le v« siècle, il y en a une semblable dans les soubassements du château turc sur la colline d'Ayasolouk et sur plusieurs chapiteaux disséminés
493, 496: Sylloge', n. 656. — ' V. Chapot. La prooince romaine proconsulaire d'Asie, p. 455 sq. — ' O. Bcnadorf, Forschungen in Ephesos, 1906, t. i,p. -237 sq.— ' T. Wood. op. cil., 1. 1, col. IV, lig. 39-41. — " V. Chapot, op. cit., p. 351 sq. — 11 Dlttenberger, Orientis grœci, 517, n. 7. — " V. Chapot, op. cit., p. 208; I,. Jiilabert, Jïpi(;rap(iic, dans Uiclionn. d'apologétique, t. i, col. 1430-1131.
EPHESE
dans la chapelle actuelle de Saint-Jean, provenant tous de la basilique duTheologos, bâtie sous Justinien vers 537.
A ce monument on a donné.non seulement sans preuve mais même sans ombre de raison, le nom de « Tombeau de saint Luc ». Pour justifier cette dénomination, les conjectures, les hypothèses, les fantaisies n'ont pas manqué. Quoique les récits les plus anciens fassent mourir Luc à Patras, on le faisait voyager jusqu'à Éphèse, ce qui ne coûtait pas plus aux archéologues qu'à pseudo-Dorothée, qui imagina cette historiette. L'attribution du bœuf, dans lequel on prétendait décou\Tir dès la fin du i'' siècle une première tentative d'adaptation des symboles des évangélistes, est une facétie qu'il serait impardonnable de prendre au sérieux. Les pilastres sont rapportés de quelque
4137. — Pilastre.
D'après Revue archéologique, 1S91, p. 37.
autre édifice et ce bœuf, si fréquemment représenté sur les monuments d'Asie, n'oilre absolument rien d'une sorte de Moloch en bronze dans lequel on enfermai! les martjTS condamnés au supplice. Ce bœuf qui a provoqué tant de divagations est un honnête bœuf païen sculpté par un sculpteur habile à une époque ancienne; plus tard, les chrétiens, s'a\isant d'utiliser le pilastre, songèrent que le bœuf en question pouvait bien porter une croix sur le dos, tout comme un agneau de Deir SanbiJ en porte une sur la croupe (voir Dictinnn., t. i, fig. 208), ils évitèrent donc le champ pour ménager un croisillon en relief. Dans la partie libre qui surmontait ce pelit registre, les chrétiens entaillèrent une croix dont le travail peut être contemporain de la date de remploi du pilastre. Quant à saint Luc, il demeure parfaitement étranger à toute l'aftaire.
IV. ÉpiTRE DE Paul. — Lorsque, s'embarquant à Milet, saint Paul se séparait des anciens d'Éphèse, il leur rappelait encore — c'était toujours pour lui un sujet de fierté — que son séjour et son entretien
ne leur avait rien coûté. Au cours des années qui suivirent, il n'oublia pas l'Église d'Éphèse. Il semble que ce soit pendant sa captivité à Rome que Paul écrivit à cette Église la lettre qui nous a été conservée. Elle débute ainsi : t Paul, apôtre de Jésus-Christ, par la volonté de Dieu, aux saints qui sont [à Éphèse] et aux fidèles en Jésus-Christ. » La lettre originale portait-elle ces deux mots : t à Éphèse »? Tous les manuscrits grecs, à l'exception du SinaJIicus, du Vaticanus et du manuscrit 07,on\. la leçon: r/ ICcî^". : et encore ces mots ont été ajoutés par une deuxième main dans le Vaticanus et le SinaïUcus; dans le manuscrit 671ecopiste les avait écrits et c'est lecorrecteur qui les a effacés. Dans toutes les versions anciennes, dans le canon de Muratori et chez la très grande majorité des Pères de l'Église, on lisait âv 'V.zinu,. Cependant l'interprétation que saint Basile déclare traditionnelle des mots : -.'r.; oj-.v : • ceux qui ont la vraie vie, ceux qui sont réellement. • interprétation que donnent aussi de ces mots Origène, Viclorinus Afer, Jérôme, Hilaire, n'est possible que si on retranche ;v 'Mziii'i. Saint Jérôme dit nettement qu'il en est qui lisaient simplement : ad eos qui sint: saint Basile déclare que, d'après une tradition, ;v 'Hoi^r.j n'était pas dans le texte et qu'il a trouvé des manuscrits anciens où ces mots étaient omis. Terlullien, soutenant contre Marcion que l'épître avait été écrite aux Éphésiens, nesesert pas de la salutation iv ' Kçiî-.pour le lui prouver, ce qu'il aurait fait certainement s'il l'avait lue dans son exemplaire. Nous savons d'ailleurs par lui que, pour Marcion et d'autres hérétiques, le titre de l'épître était ad Laodicenos. Cette suscription s'expliquerait par une conjecture de Marcion, qui, possédant une lettre anonyme, a pensé que c'était la lettre aux Laodicéens dont il est parlé dan? l'épître aux Colossiens, iv, 16.
Paul avait eu lieu d'être satisfait de son Église d'Éphèse, une afïection vive et réciproque avait rapproché l'apôtre et les frères, qui lui prodiguaient les démonstrations de tendresse, fondant en larmes, se jetant à son cou, l'embrassant au moment du départ. On ne retrouve rien de celte chaleur de sentiment dans le ton grave, froid, didactique de l'épître: aucune allusion à un souvenir personnel, aucune réminiscence des trois années passées ensemble, aucune effusion. Comment Paul, qui a prêché la foi aux Éphésiens, aurait-il pu dire à ceux-ci (i, 15) : « C'est pourquoi, moi aussi ayant entendu parler de votre foi au Seigneur Jésus, je ne cesse de rendre grâce pour vous? • Et plus loin, rappelant qu'il est l'apôtre des gentils par une vocation spéciale de Dieu, il a ajouté (ni, 2) : « Si du moins vous avez entendu parler, tXyi r,/.vjn7.-^, de la dispensation de la grâce de Dieu, qui m'a été donnée pour vous. » Et encore, après avoir décrit les désordres des païens, il conclut (IV, 21 ) : « Pour vous, ce n'est point ainsi que vous avez connu le Christ: si du moins vous l'avez entendu, £■-;: j-JT'jv î{/.<i\}zi.-.i, et si vous avez été instruits en lui. • Il est incompréhensible que saint Paul ait pu s'exprimer de cette façon s'adressant à des fidèles qui avaient été instruits par lui-même et dont il savait, mieux que personne, le degré d'instruction chrétienne.
On a donc proposé de transformer l'épître dite aux Éphésiens en une sorte d'encyclique adressée aux communautés chrétiennes d'Asie, et Tychique, porteur de lettres destinées aux Colossiens et à Philémon, avait mission de donner à chacune des Églises des nouvelles de Paul et de leur remettre une copie de la lettre, à moins qu'il ne fît, dans chaque Église, exécuter une copie de l'original dont il ne se dessaisissait pas. Toute la tradition a tenu cette épilre pour adressée aux Éphésiens parce que peut-être la copie type aura été exécutée à Éphèse, métropole de l'Asie,
EPHESE
et l'Église d'Éphèse aura eu l'adresse de laisser croire que cet écrit lui était spécialement destiné. Le fait d'une lettre encyclique est établi parce que nous savons que les Laodicéens en devaient communiquer une aux Colossiens, lettre qui ne leur était pas spécialement destinée, puisqu'elle ne contenait pas pour eux les salutations de l'apôtre, lesquelles leur étaient envoyées par l'entremise des Colossiens.
V. Saint Jean. — L'apôtre Jean paraît s'être fixé à Éphèse à une date qu'il est impossible de préciser. La tradition ecclésiastique l'y représente entourant de sa protection et de ses soins les dernières années de la mère du Sauveur dont Jésus mourant lui avait confié la garde. Sur l'autorité d'un texte qui n'en souffle mot, on a imaginé de faire retirer Marie à Éphèse et on y a même établi son tombeau. Les paroles des Pères d'Éphèse n'en disent pas tant : ivOoc o OioÀoyj; 'l'.iàvvf.ç zai r, Oio-cj/.o; -x'Jjvioç f| i-y.ii Mïs'ï, et c'est tout. Les Éphésiens du iv» siècle, avaient quelque peu oublié la grande Diane, la déesse vierge, et il ne leur déplaisait pas d'accaparer le souvenir de Marie, la vierge mère de Dieu; ils associaient, sans autre embarras, le culte de Marie au culte de Jean, peut-être dans un même sanctuaire, peut-être dans l'église double dont nous parlerons plus loin.
Il est probable que Jean se réfugia à Éphèse après la catastrophe qui anéantit Jérusalem. Papias nous apprend que l'apôtre était entouré de tout un cortège d'anciens, familiers des grands apôtres qui vieillissaient doucement en répétant » ce qu'avaient dit André, Pierre, Philippe, Thomas, Jacques, Matthieu, et les autres disciples du Seigneur ». Auprès de ce groupe vivait une des filles de l'apôtre Philippe, mariée et habitant Éphèse, dans la pratique du bien. Il est possible que ces survivants et ces témoins d'un si grand passé aient montré quelque exaltation qui attira sur eux l'attention de la police impériale. Le vieil apôtre Jean fut appréhendé à Éphèse, à l'époque de la persécution de Domitien, conduit à Rome, soumis à diverses épreuves qui, malgré son grand âge, le laissèrent intact, et finalement relégué aux mines de Patmos. Les fidèles vinrent l'y visiter, lui raconter les petites nouvelles qui défrayaient chaque communauté, grossissant ceci, taisant cela, tellement que le saint vieillard, attristé et inquiet au récit des misères que traversaient ces chères Églises d'Asie, leur adressa, à son tour, une sorte d'encyclique, la lettre aux sept Églises d'Asie, qui, aujourd'hui, fait corps avec l'Apocalypse, dont elle forme les trois premiers chapitres.
Entre ces Églises, celle d'Éphèse tenait le premier rang et l'apôtre, s'adressant à son évêque, ne le ménage pas :
« A l'ange de l'Église d'Éphèse. Voici ce que dit Celui qui tient les sept étoiles dans sa droite, qui marche au milieu des sept chandeliers d'or : Je connais tes œuvres, et ton travail et ta patience, et que tu ne peux soulïrir les méchants. Tu as mis à l'épreuve ceux qui se disent apôtres et qui ne le sont pas et tu les as trouvés menteurs; tu es patient, tu as soulTert pour mon nom et tu ne t'es pas découragé. Mais j'ai contre toi que tu t'es relâché de ton premier amour. Souviens-toi donc d'oii tu es déchu, repcns-toi et reviens à tes premières œuvres ; autrement je viens à toi, et si tu ne fais pénitence, je changerai ton chandelier de place. Toutefois, tu as ceci de bon, que tu hais comme moi les œuvres des nicolaïles. Que celui qui a des oreilles écoute ce que l'I-^sprit dit aux Églises. Au vainqueur je donnerai à manger de l'arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu. »
Les autres évêqucs, ceux de Sniyrnc, de Pcrgame, ûe Thyatirc, de Sardes, de Philadelphie, de Laodicée,
n'étaient pas traités avec plus d'indulgence, mais le prestige de l'apôtre, accru par la persécution, l'exil, la vieillesse, imposa une conduite déférente à son égard. L'évêque d'Éphèse était alors Timothée, disciple et ami de saint Paul, âme douce et débonnaire, dont l'indulgente bonté, la tolérance devenaient, aux yeux de Jean, relâchement et chute. Tim.othée se tut, jugeant les actes plus éloquents que les paroles et, à quelque temps de là, ce « relâché » protesta avec une indignation si vive contre le scandale du culte de Diane que les adorateurs de celle-ci le massacrèrent sur place.
Le temps de sa relégation à Patmos étant fini, l'apôtre Jean regagna Éphèse, où, à la sollicitation des évèques d'Asie, il rassembla ses souvenirs et dicta les récits qui composent son évangile. Quelques belles histoires, recueillies par Clément d'Alexandrie et plusieurs autres, composent le fond souriant du tableau de ses dernières années, sans qu'on puisse déterminer avec certitude la part qui revient dans ces récits à l'imagination. Jean mourut et fut enterré à Éphèse.
VI. Du n= AU ixe SIÈCLE. — Le siège épiscopal et la communauté groupée autour de son chef devaient encore connaître des hommes remarquables, tels Polycrate ou Jean d'Asie, mais leur activité appartient à d'autres études. De même nous omettons de retracer ici les assemblées fameuses de 431 et de 449; la première définit en quelque façon le rang et inaugura le culte officiel de la Vierge Marie en la proclamant Theolocos, mère de Dieu; la seconde demeure inséparable du litre qui en résume la honte : le brigandage d'Éphèse '. Le concile de 431 tint ses sessions dans la basilique épiscopale dédiée à la Vierge Marie.
VII. Basiliques. — L'art byzantin nous offre des éléments asiatiques combinés avec des éléments romains sous l'influence grecque. Nulle part ce contact n'a pu se produire avec un résultat plus fécond qu'aux lieux où l'hellénisme, l'Asie et Rome, se rencontraient avec une originalité et une vigueur encore suffisantes pour ne pas s'épuiser, s'altérer ou se dénaturer complètement par l'effet d'une compénétration réciproque. Or, la ligne de communication entre l'Asie et l'Europe traversait des régions pénétrées de l'esprit hellénistique situées à la limite même où s'échangeaient les idées et les produits de l'Europe et de l'Asie, c'està-dire vers la côte d'Ionie. « Les caravanes y affluaient des plaines de l'Euphrate en descendant les larges et belles vallées de l'Hermus et du Méandre. D'un autre côté, le commerce de la Méditerranée y venait tout entier aboutir : la voie directe de Rome vers l'Asie, dans un temps de na\igation à courtes étapes, consistait à franchir l'Adriatique vers la hauteur de Corfou, transborder à Corinthe et suivre la chaîne des îles de l'Archipel. Éphèse, située à la jonction de ces deux grands courants, formait le confinent des idées et des richesses des deux mondes -. »
Au nord du I-'oruin d'Éphèse se dressent les ruines les plus considérables que les premiers siècles du christianisme aient laissées dans cette ville; c'est imo église double, c'est-à-dire deux églises ajoutées bout à bout; la longueur totale du monument est de 88 mètres, sa largeur de 33 mètres. Dans la première église, vers l'ouest, la plus ancienne aussi, quatre pilastres soutenaient une coupole centrale; les côtés étaient ornés de colonnes; le chœur, plus étroit que l'intervalle des murs latéraux, laissait de chaque côté, un chemin de communication avec la seconde église dont la nef du milieu était probablement couverte
' Ilefclc-Lcclcrcq, Ilisiiiire des conciles, 1908, t. II, p. 2.S7- 359, 555-021. — ' A. Cliolsy, L'art de bâtir citez les By:iintins, 1883, p. l.'>8.
EPHE5E
de voûtes d'arêtes, s'appuyant sur deux séries de colonnes dont on voit encore des vestiges. Le style de cet édifice, son orientation parallèle aux autres monuments antiques permettent de faire remonter son origine au v* siècle en\'iron. C'est dans son enceinte que se réunit le troisième concile œcuménique, en 431 ' (fig. 4138). Il est de mode de rajeunir cet édifice jusqu'au \T' siècle, mais sans raisons plausibles; au reste, il suffit de rappeler qu'à Éphèse comme à Saint-Nicolas de Myra, à Dere-Aghsy, la coupole pose sur des pendentifs et ces monuments sont du iv= ou du
4138. — Église double d'Éphèse.
D'après Wood, Disconveries at Ephesus, p. 100.
vs siècle, de même à Korykos (n» 2), à Philadelphie, à Magnésie, à Sardes.
Sur le premier plateau de la colline d'Ayasolouk et dominant le \-illage actuel, s'élèvent les ruines d'une porte flanquée de deux tours carrées saillantes, construites avec des matériaux de remploi dont les sculptures mal comprises ont valu à cette porte le nom de porte de la Persécution. Ce monument n'était que l'entrée de la citadelle chrétienne qui renfermait la célèbre basilique construite par Justinlen. A une trentaine de pas de la porte, dans un repli de terrain, se cache une chapelle dédiée à saint Jean, élevée, au dire de traditions locales, sur l'emplacement même de l'ancienne église de Saint- Jean. D'immenses blocs de maçonnerie en briques, couchés çà et là, et provenant de voûtes écroulées, les bases de quatre forts pilastres
• G. Weber, Guide du voyageur à Éphése, p. 24-25; A. Choisy, op. cit., p. 158, fig. 174. — ' Mansl, Conc. am-
in situ, les beaux murs de soutènement vers l'ouest et les chapiteaux marqués de la croix équilatérale sont autant de \Taisemblances en faveur de l'attribution à ce lieu de la basilique élevée en 540 et dont la splendeur et la magnificence rivalisaient avec l'église des Saints-Apôtres à Constantinople. Cette basilique remplaçait elle-même un oratoire plus petit et plus simple renfermant le tombeau de l'apôtre. Au temps du concile d'Éphèse, le pape Célestin, alléguant aux Pères une parole de saint Jean, leur rappelait qu'ils avaient sous les yeux les reliques de l'apôtre et lui devaient leurs hommages '. Dans ce même concile, nous entendons les évêques de SjTie se plaindre que, « venus de si loin, ils ne peuvent vénérer à leur gré les tombeaux des saints martyrs, notamment celui du trois fois bienheureux Jean, le théologien et l'évangéliste, qui a vécu si intimement avec le Seigneur '. •
La basilique justinienne de Saint-Jean joue, à travers le moyen âge, un rôle analogue à celui du temple de Diane dans l'antiquité. Chaque année, probablement le 26 septembre, on y célébrait une grande fête religieuse, accompagnée d'une foire considérable, à laquelle participaient tous les alentours. Tel était le concours des négociants que, vers la fin du \Tn= siècle, les droits de douane des marchandises importées s'élevaient ce jour-là, chaque année, à 100 li\Tes d'or, environ 450 000 francs de notre monnaie.
Une inscription bilingue trouvée à l'ouest d'Istanos, près de l'ancienne -ville de Lagbé, dans la province de Pamphylie, nous a conservé un rescrit impérial daté du 1^ juin 527; le texte latin original et officiel est sui\i d'une traduction grecque. Les empereurs Justin et Justinien déclarent prendre des mesures pour protéger les propriétés du vénérable sanctuaire (; jzrr, vov) du saint apôtre Jean, eorum colonos vel adseripticios el curalores aut conduclores, contre les violences des troupes de passage et des postes militaires voisins. Il s'agit ici, suivant toute vTaisemblance, de la basilique de Saint-Jean à Éphèse. Celle-là seule pouvait être suffisamment désignée sans recourir à aucune indication de lieu, comme étant universellement connue. D'autre part, les curalores et conduclores mentionnés dans le rescrit, comme une catégorie assez nombreuse, semblent plutôt être les adrainistratevirs ou fermiers d'un ensemble de domaines situés en des pays divers, que les préposés spéciaux d'une exploitation locale. Enfin le rescrit n'est adressé ni à des magistrats municipaux ni au gouverneur de la province, mais à une autorité supérieure, \Taisemblablement le préfet du prétoire d'Orient; ceci suppose qu'il concernait des propriétés sises en diverses provinces. En somme, nous avons ici une pièce relative à l'administration temporelle du plus célèbre sanctuaire de l'Asie chrétienne. Elle aura sans doute été gravée sur marbre en différents endroits, sur les propriétés de la basilique Saint- Jean, où les administrateurs de celle-ci l'auront jugé utile. Il ne serait pas surprenant qu'on en retrouvât d'autres exemplaires '.
Voici le texte trouvé près du village d'Ali-Faradin, district d'Istanos, à l'endroit appelé Bitchin parmi quelques ruines de médiocre importance; là, parmi des débris d'édifices, on rencontre, posé sur un soubassement circulaire de 0 m. 20 de hauteur, un bloc de pierre carré, dont trois faces sont couvertes d'un texte bilingue. Malheureusement, un éclat, entamant l'un des angles de la pierre, a partiellement endommagé deux faces; malgré tout, on possède le document
pliss.cotl., t: n',col.l286. — •Mansi,op. crt.. t.iv. col. 1276. — ' L. Duchesne, dans Bull, critique, 15 juin 1894.
EPHESE
presque entier et il est facile d'en restituer les lacunes ^
\Impp. Justinus et Justinianus AA Archclao pr. pr. Or. Quia omnes convenu nostros ser]vari co[ll\at\ores, prsecipue possessio]nes ad ve[n]era[bile ora- 6 torium sajncli aposloli Jo[h]an [nis pertinentes ea\ providentia \jrui\ opor\lct.
Propter ho]c memoratas precibus [possessiones] eorum colonos vel adscrip- \ticios et c\uralorcs aut conductores s\c-
10 [euros ab om]ni lassione permanere, tam [a transita mi\lilum vel violenlise prohibit- [oribus qu]am ab illis militibus qui sedes [prope ea]sdem possessiones habere nos- [cuntw], nullo eorum audente quo-
15 [cumqu]e damna ex {qua]camque occasi- \one eos] ad/ligere, s\i prec]es verx sunl, [compeient\is oraculi sa[cra sanc\lione decer- [nimus : quam re]cUjr provincix una cum [officio suo modis omni]bus ob[se]r[var]e eflfi-
20 [ciel severissima p]oenali condcmn-
[aiione 77im;77i]e dejulura conl-
\ra violatores noslror[um apicum, omni obr-
[eptione ]ntium sive per sacrum
[apicem, sive pe]r[v]icem poslulation[is,
25 aut] alio quollibe\t modo fada jam vel futura cessante. Data kalendas junias Constantinopoli, Mavortio vir[o] clarissi-
mo consulc -f Rescripsi + Reco-
gnovi ~ .
Ces deux dernières attestations, rescripsi et recognovi, témoignent que l'acte a été soumis à la signature impériale et que copie collationnée sur l'original a été prise par les bureaux de la chancellerie pour être conser\ée aux archives. En outre, il s'agit de Vettius Agorius Basilius Mavortius, consul de l'année 527, reconnu en Orient.
VIII. Peinture. — Agathias, qui vécut sous Justinien, a composé une épigramme recueillie dans l'Anthologie, à l'occasion d'un tableau qui se trouvait à Éphèse et qui représentait le proconsul Théodore recevant desmainsd'unangelesinsignes de sa charge^:
"D.aO: 'xrjçzioOi'.i, kçyd-^iû.i ■ ar, -(■='? ci~<o-r| aozojio; • iXÀi ppoToiv oûsa néXo'ju! toîôe-
èx aso yap BsdSwpoç îyv. ÇwoTÎjpa ^ayii-zooM y.al Sic isBXs-Jc! ~po; Opo'vov àvôu-i-ojv-
TTJç 5' £'jifVoj[i05-jvr|Ç (jLïÇT'jç Yp*?'Ç ' û;J^;t;or|V vip ypoWag; ul'.utiXtjV ivTETÛ^'oTS yari','/»
Propilius eslo efformatus, archangele; tua enim faciès invisibilis : scd mortalium dona suni hœcce. Ex te enim Theodorus lenet cingulum Magistri, et bis molitur ad sedile proconsulum; grati aulem animi testis piclura; tuum enim coloribus imitantibus expressum vicissim effinxil decorem (Diibner).
IX. Épigraphie. — 1° A plusieurs reprises nous avons mentionné les copies épigraphiques des lettres de Jésus et d'Abgar; nous en rencontrons un exemplaire à Éphèse, placé sur le linteau de la porte d'une maison. La place donnée au texte sur la face inférieure était telle que l'inscription se trouvait placée directement au-dessus de la tète du visiteur qui franchissait
' Ch. Diehl, liescril ile.t empereurs Justin et Justinien en date du ]'• juin SS7, dans Butl. Je corresp. Itelléniquc, 189;i, t. xvn, p. 501-520. — ' Anttmingia, iilil. Jacobs, t.I.p. 15- 16; édit. Dubner, t. i,p. 6. n. 30. — ' llvberdey.Jaliresluite des œsterreicliisclien arcliieologisclicn Institutes in IVicn.lUOO, t. m, BfiftfnH, p. 90-95; K. Knopf.ilans Allienisclie Mittlteitungen.WOO, p. 320; Michon, dnns Butl.de ta Soc. nat. des ant.de France, VMl, t.i.xil,p. 190; E. von DûbschUtz, dnns TlieologisclieLiteratiirzeitung, 1900, p. 380. — • Forscliungen
le seuil, disposition éminemment propre à ce qu'un talisman put exercer sa vertu '. Cette inscription est de la fin du ive siècle; le texte concorde avec la version donnée par Eusèbe.
2° KupiL [mt[] ef,cjov [tû o]o[JÀ]o[a]oj 'A;> .. xÈ Tù) xizvw [a]JTo3 /.i Trav-; -ùj ol'xti) aÙTOu. 'A[ir|v +* 3° + EÙtj/mç =3[Tr|3î
-0 xaaTÉXXiv P
npO!îS[()x'.^og? ' 4° Aat''tx]oyoç 'Ap- -éuiSo;] xaBïXwv à::a-jiXiov eïSo; AiQuiÉaç OLXGtX'.r^z otvôëTO aripia To'S;-^ iiôtiSÀtov sÀaTrjpa Ôïov oraupdv -t f;p£p(ov, v'.zoso-
pOV Xp'.3T&3 3'JV-
ôoXov àôivaTov. '.
. . cj]£oa5a:w OLXto Ti .£V 'EjSî^tu oiax£'.u.£'
a—oi'o/o-j
6° Novelle impériale datée du m des ides de février = 11 février 585, adressée au proconsul d'Asie et lui ordonnant de ne laisser sous aucun préterte «imaginer, même en parole, quelque chose de tel », ;jL£/p:;jid/r,: ôvoaïjii; T'r.'/j-dv Ti çivTa30f,vï:, mais de maintenir l'ordre dans son gouvernement et de punir sévèrement les contrevenants à l'ordonnance •.
7° Rescrit de Justin II ou de Maurice renouvelant des prescriptions faites par Justinien '.
8° Un groupe d'inscriptions de moindre importance :
XPHCTH AAYne
xAipe t Tono :
ICOANNOY YIOY AfAniOY KeOCûTIA
+ T'jT.Oi '\i<ii'/'/ùj jÎoj 'Aya-i'oy xi «l'WTtSo; ".
ETENETOK, TOE nPOTOYAlAKI THPI8Eni*AI ANOHMIOYnAT
£[l'li''£TO z(al) -0 £... Il -pi Toû 3mz(ov'j-j Il TTjp'Oa
'E::;s[a/ioj.... xal || 'Av[0]r,;jL;[o]j r.[x]-.[ift.></ ".
'Etouç ojj u.T|(vo;) S' ::pi|Y,n»T£'jTr|<?) y."'t'x.:
ll]-ù.l:]m[f,], ^
Kûpii ^orlOi: Tov] ooîÀ'Jv joj Uapi ".
KY BOHAEUl K:(ptE) ?OT,iOv.) A£w(v)t(:)".
X. Les Sept Dorm.^nts. — La légende des Sept Dormants d'Éphèse ne relève pas, heureusement, de nos études ; nous la mentionnons à cause d'une attache archéologique qui intéresse l'histoire des origines de
in Eptiesos, in-fol.. 1912. t. I, p. 45. — ' Ibid., p. lOti. — • Ibid., p. 103, plus récente que le v« sWclc. — ' Ibid., p. 12, note 2. — ' Ch. Dielil, Soie sur deux inscripptions byzantines d'Éplièse.dans Comptes rendus de l'Acad. des inscript. ,190S, p. 207-208. — 'Ibid., p. 208-215. — "E. Knllnka, Inscri/ten aus Syrien, dans Jahresliefte des œsterreicliisclien arcliieotogischen Institutes in WiVn, 1900,t.ni, Beiblntt, p. 30, n.33. — " Ibid., p. 30, n. 30. — " Ibid.. p. 31, n. lu. — " Ibid., p. 31, n. 11. — " Ibid., p. 31, n. 12.
ÉFHESE — EPICLESE
l'art byzantin : c'est une voûte jetée sur un ravin qui servit de sépulture à des martyrs (?) locaux. L'aspect de l'édifice est romain; le mur-pignon qui le termine a la physionomie antique la mieux accentuée; l'enduit de stuc est orné de profils qui portent avec eux leur date et semblent sortir des mêmes mains qui ont décoré telle catacombe romaine. Or ce monument, romain de date, est déjà entièrement byzantin de structure : berceaux, pénétrations, tout est exécuté par tranches et sans cintrages' (fig. 4139).
XI. Bibliographie. — 0. Benndorf, Forschungen in Ephesos, verôlfenltichl vom ôslerreichischen arcbàologischen Insliinte, t. i, Zur Orlskunde und Sladlgeschichle, m-i", Wien, 1905. — Beulé, Éphèse et le temple de Diane, dans Journal des sarants, 18615, p. 250-259, 384-393. — A. Choisy, L'art de bâtir chez tes liijzantins, in-4°, Paris, 1883, p. 158-159, pi. ra, n. 2; pi. IV, n. 2. — Biirchner, Ephesos, dans Pauly-
4139. — Voûte do l'Église des Sept Dormants à Éphése. D'après Choisy, L'art de Md'r citez les Byzantins, pi. ni.
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' A. Choisy, L'art de bàlir cliez les Byzantins, 1SS3, p. 159, pi. III. — ' Cf. E. A. Sophocles, Greefc /ericon ofilie Boman and Byzantine periods, New York, 1900, au mot
t. vu, col. 37-50; 1905, t. vm, col. 61-80; ces rapports ont également paru dans l'Anzeiger der philos.liistor. Classe der k. Akademie der Wissenschalten in Wien, 1897-1905. — Hefele-Leclercq, Ilistaire des conciles, 1908, t. ii, p. 287-359, 555-621.
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H. Leclercq.
ËPICLÈSE. — I. Sens, définition. II. Les épiclèses les plus anciennes. III. L'épiclèse d'après les Pères. IV. L'épiclèse dans les liturgies du V au x" siècle (épiclèses orientales, mozarabes, gallicanes, milanaises, africaines). V. L'épiclèse romaine. VI. Anciennes épiclèses latines et épiclèses désaffectées. VII. Discussions théologiques sur l'épiclèse. VIII. La place de l'épiclèse. IX. Origine et universaUté de l'épiclèse. X. Style et évolution de l'épiclèse. XI. Fondements scripturaires de l'épiclèse. XII. L'épiclèse dans le baptême et laconfirmation.XIII. Bibliographie.
I. DÉFiNiTTON. — Le mot épicUse en liturgie n'est pas d'un usage très ancien et il est absent dans plusieurs dictionnaires, par exemple dans Suicer, Thésaurus ecclesiasticus. Amsterdam , 1 682 ; dans Zaccaria. Onomasticon rituale selcctum, et plus récemment dans Clugnet, Dictionnaire des noms liturgiques en usage dans l'Église grecque, Paris. 1 895, Le mot ènWkriaiç,. assez rare dans les auteurs classiques, a le sens d'appel, ou visite, et plus t ardivement celui d'invocation ou prière (Lucien. Dion Cassius). Il est deux fois dans les Septante avec ce même sens '. Mais le verbe êTTtxaXécj, lTnxaXoû[xai, faire visite,
'E7tix)/|a:; ; F. E. Bnghtnian,Li(ur<)icscas(crn and western, Oxford, 1896, au mot Invocation. L'éditeur applique ce nom aux deux prières réunies d'anamnèse et d'épiclèse.
EPICLESE
s'adresser à quelqu'un et plus spécialement à Dieu, est plus fréquent.
Saint Irénée se sert plusieurs fois de ce mot pour désigner une prière que l'on récitait sur l'eucharistie, &)Ç yàp à-ô y/jç écpToç TzpoaX-xy.^a-j6ii.zMO<; t?,v ÈttJxXt,ow 6eoO oùxéxt xotvôç àpxo; èaTi à'/X' Èuxapt<îTÎa. Ainsi, par celle prière, le pain de\-ient eucharistie '.
n dit aussi que les gnostiques employaient une è-îxXr,OTç dans une cérémonie qui était une grossière imitation de l'eucharistie, et où, par quelque tour de prestidigitation, le breuvage devenait couleur de sang, ÈTti ttXéov èxxeîvcov tôv Xôyov t^ç è-ixXrjCTE&j; '. Le mot épiclèse est employé ici au sens large d'une invocation ou prière pour la consécration du pain et du vin. Swete nous avertit justement de n'y pas voir une épiclèse proprement dite '.
Un autre passage de saint Irénée contient une épiclèse et a été souvent cité dans la controverse. Mais il est généralement admis aujourd'hui qu'il est apocryphe, et il n'existe désormais aucun texte précis en faveur de l'existence d'une épiclèse proprement dite avant le milieu du iv" siècle *.
Finnilien, évêque de Cappadoce, se sert du mol latin correspondant à épiclèse, invocalio, pour nous dire qu'une prophétesse consacrait l'eucharistie à l'aide d'une invocation assez remarquable*. La DidascaUe des apôtres, que l'on date d'ordinaire de la seconde moitié du ni'= siècle, emploie le mot dans un sens analogue : Eam quœ secandiim regalis corporis Christi est acceptam euclmristiam offerte... panem mundum prœponentes qui per ignem factus est, et per invocationem sanctificatur '.
n faut rapprocher de ces textes ceux de saint Juslin et d'autres auteurs anciens, qui désignent ces prières de consécration sous des termes synonymes. Saint Justin parle de la nourriture devenue eucharistie par la prière du Verbe qui est de Dieu, t^v Se èu^riç Xôyou toû :-ap' aùxoG bjx<x.p'.GTrfleiGOi\> xpoo/jv'. D'après l'interprétation qui parait la mieux fondée, ce serait une allusion au Verbe qui transforme les éléments de l'eucharistie, et cette invocation serait à mettre au nombre des épiclèses qui font appel au Verbe au lieu du Saint-Esprit (voir plus loin, col. 147).
Dans tous ces textes le mot épiclèse ou invocation désigne une prière de consécration eucharistique, en général Plus lard, vers le milieu du iv« siècle, le sens s'est précisé et aujourd'hui on peut définir l'épiclèse une des prières du canon, dans laquelle le prêtre demande à Dieu d'envoyer sur les éléments du pain et du vin son Verbe ou son Esprit-Saint, pour les
^ Hier., VI, xvm, 5, P. G., t. vn, col. 1028. Harnack croit que ï.:/./T,<r'.:, dans ce texte, est une erreur pour j-i- ■/.■;.r,T!;, Texte u. Unlersuchungen, Leipzig, 1900, t. v,p. 56. Dom Massuet avait proposé avant lui cette variante. P. G., loc. cit. Woolley croit reconnaître aussi ime allusion à l'ir.i- •/>r,u!; dans saint Ignace: iv» i'ptov /.'/.(ôvTe; oç éi-: sapuaxov ifjavarria; à-/-:ôoto: toô i-o'Jav;;'/ i';>.à :f,v i; 'Ir.ioC XpiiTToi ô;à TtavTo;. ,4d liplt., XX. Cf. Tlie liturgu o/ the primitive Churcli, Cambridge, 1910,p.96. — 'Ilœr., I.xni, 1, 2, P. G., t. vn, col. 580. — " Journal o/ tlieological stiidies, t. in, p. 171. — • La démonstration contre l'aulhcnticité des fragments irènéens de PfafT a été faite par Harnack, /Jic Pfaffsclien Jrena-us Fragmente als Fal.'^cliiingrn P/a//'s naclxgewiesen, clans Texte u. Untersucliungm.l'MO.t. v,p. 1-G9; cf. XlgrBatinoJ, Le cas de P/<i//. dans BuHelin de litléraliirc ecclcsiastitiue,VMl, p. 189-200. Voir cependant la tentative d'Achelis dans Tlwologisclw l.ileralurz., 1901, n. 10, p. 2C7- 270, et Preusclien, ï"/ieo/./a/irei(>eric/i(, 1902,1. xxi, p. 370. Voici ce passage : z'o n-nCtiz to û-(:'r, £y./.i'/.o:!i£v hx à-oir,vr, Tr,v O-jiiiv tajrr.v y.al -ov i'p*'''- "'' U'iiHï zai to T.'tzr.c.o^i Tri ataa XçîttoC. l^nc ^•piclèse en ces ternies paraîtrait en eUet bien extraordinaire au temps d'Ircnée. et nous pouvons dire que le présent article apporte, du point de vue
transformer au corps et au sang du Clu"isl et pour opérer sur les fidèles les effets de la communion. Ce sont là les éléments principaux d'une épiclèse : 1° une invocation à Dieu; 2° la demande de transformer le pain et le vin au corps et au sang du Christ; 3° demande d'appliquer aux fidèles les effets du sacrement eucharistique. Mais souvent l'un ou l'autre élément de cette prière est absent; nous le verrons dans les épiclèses que nous citerons.
Ajoutons que, dans l'Éghse grecque et en général dans les Églises orientales, l'épiclèse est entendue dans un sens plus restreint encore. C'est une invocation au Saint-Esprit, qui prend place après l'anamnèse, en général, et en vertu de laquelle on demande à la troisième personne de la sainte Trinité de transformer le pain et le vin au corps et au sang du Ciirist. C'est dans ce sens que l'épiclèse est entendue d'ordinaire, et c'est sur cette question ainsi posée qu'ont porté, depuis des siècles,- les discussions entre les théologiens des deux Églises.
C'est pour n'avoir pas tenu compte de ces différences que l'on tombe souvent dans la confusion, quand on discute sur cette question de l'épiclèse. Grâce à ces distinctions sur lesens d'un mot qui n'est pas toujours bien compris, nous espérons mettre quelque clarté dans la discussion qui va sui^Te.
Enfin, il faut remarquer encore que tout ce que nous avons dit jusqu'ici ne s'applique qu'à l'épiclèse eucharistique. Mais il y a dans d'autres cérémonies liturgiques, notamment dans la bénédiction des eaux du baptême, une Invocation à Dieu le Père pour envoyer le Saint-Esprit, sanctificateur des eaux, et cette prière est une véritable épiclèse (cf. § XII, col. 179).
II. Les épiclèses les plus anciennes. — A la suite de la définition que nous avons donnée et pour l'éclairer par des exemples, il nous semble utile de citer ici le texte de quelques épiclèses, surtout parmi les plus anciennes.
. Nous donnons d'abord l'épiclèse contenue dans un document dé.signé jusqu'ici sous différents noms, mais I qui doit être appelé plus exactement traditio aposlolica sancti Hippolyti '.
Memores igitur morlis et resurrectionis efus offerimus libi panem et calicem, grattas tibi agentes quia nos dignos habuisti adstare coram te et tibi ministrare. Et pclimus ut miltas Spirilum tuum Sanclum in oblationcmsunctœEcclcsix; in unumcongrcgans des omnibus qui pcrcipiunt sanclis in repletionem Spiritus Sancti ad confirmationem fidei in veritate, ut te laudemus el glorificemus per puerum tuum .fesuni Christum, per qucm tibi gloria et honor Palri et Fiiio cum Spiritu
liturgique, une connrmationàlathèsed'Harnack. — 'Cypr., Epist., Lxxiv, P. L., t. IV, col. 426. — 'Didascatia apostat., VI, 22, 2, éd. Funk, p. 376. — ' Apol., I, 60. Sur ce texte très discuté, voir surtout Ed. Bishop, dans Connolly,Lifurgical tïomilics of Sarsai (Texts and studics, t. viii, p. 158 sq.). Cf. aussi Mgr Batiffol, L'eucliaristic, 5' édit., Paris, 1913, p. 28;lîrightman,Jimrnn/o/ tlwol. stiulies (1894-1900), t. I, p. 64; Swctc, il>id., t. m, p. 196 sq.; S. II. Srawley, Tlie early liislory o/ llte lilurgii, p. 35, 36. — 'Ce document, publié d'abord par llaulcr, DidaseaUœ apostolonim fragmenta \cronensia lalina, 1900, p. 101 sq., puis réédité plusieurs fois, a ètè appelé d'abord • premier règlement ecclésiastique •, first CImrcIt nrdcr, puis Constitution égyptienne. Voir Dielionn., t. u. col. 1923-1931. La formule d'anaphorc qu'il donne a été spécialement étudiée par dom Cagin, dans son Euchnristia, 1912, et dans son vlnapliore apostatiqiie. Paris, 1919. C'est «loin Connolly qui a restitué ce règlement ecclésiastique A saint ilippolytc, Tl'e .*!0-catled JCggptian Clnirctt order, dans Texts and studies, Cambridge, 1916, t. viii. Cf. li!k-dessus dom Wilmart, Cn règtemenl ecclésinstique du ///• siècle, la tradition apostolique de saint Ilippolgte, dans Revue du clergé français , 1918, t. XI :vi. p. 81 sq.
EPICLESE
Sdiiclo, in anncta Ecclesia liia cl nunc et in sœcuta siECulonim. Amen '.
De ce texte il faut rapprocher ctUii de la seconde constitution apostolique et celui de la Didascalia apiislolorum : «... et alors (à savoir lorsque le diacre porte les dons à l'évêque sur l'autel), que le pontife prie sur les oblations pour que le Saint-Esprit descende sur elles et transforme le pain au corps du Christ, et la coupe au sang du Christ. Et quand il a fini les prières qu'il doit dire, l'évêque distribue le corps et le sang du Christ d'abord aux prêtres, puis aux diacres, puis à tout le clergé suivant l'ordre, puis au peuple '. »
Vos vero... congreganta: vos... ad Deum pièces indesinenter offerte... panem mundam prssponentes qui per ignem factus est cl per invocationem sanctiftcalur, sine discretione orantes offerte pro dormientibiis '. Le mot invocatio ici pourrait être interprété comme dans plusieurs autres passages que nous avons cités, au sens large de prière eucharistique, mais un autre texte, quelques pages plus haut, semble déterminer avec plus de précision le sens du mot. C'est l'Esprit qui sanctifie l'action de grâces, gratiarum aclio per Sanctum Spiriium snnctificalur... quid est majus, panis mit Sanetus Spiritus qui sanclifical panem •.' C'est pourquoi Funk n'hésite pas à voir ici l'épiclèse, et Mgr Batiffol dit aussi que la tendance à concevoir la sanctification du pain et du vin comme l'œuvre du Saint-Esprit, sur la fin du in= siècle, notamment dans ce texte de la Didascalia, est la première manifestation de la théorie de l'épiclèse '.
Le Testanienlum Domini, qui appartient à la famille des constitutions ecclésiastiques, s'exprime ainsi:
! Nous t'ofïrons l'eucharistie, Trinité éternelle, Seigneur Jésus-Christ, Seigneur Père, devant qui toute création et toute nature tremble et fuit en ellemême, ô Seigneur Esprit-Saint : nous t'offrons ce breuvage et cette nourriture de ta sainteté; qu'ils ne soient pas pour notre condamnation, ni pour uolre reproche, ni pour notre destruction, mais pour remède et support de notre esprit, etc. » Suit une prière d'intercession, après laquelle l'épiclèse reprend :
« Accorde que tous ceux qui prennent part à tes choses saintes soient un avec toi, de telle sorte qu'ils soient remplis du Saint-Esprit pour la confirmation de la foi dans la vérité et qu'ils puissent crier vers toi et ton bien-aimé Fils Jésus-Christ une doxologie par laquelle soit louange et puissance à toi avec ton Saint- Esprit pour jamais. »
Le peuple dit : « .\men. »
Le diacre ; « Supplions notre Seigneur et notre Dieu qu'il nous accorde l'union des esprits. »
L'évêque : « Donne-nous la concorde et l'Esprit- Saint, et guéris nos âmes par cette offrande, afin que nous puissions vivre en toi dans les âges des âges. »
Le peuple : « Amen. »
Le peuple prie dans les mêmes termes.
.4près cela on termine ainsi l'action de grâces : « Que le nom du Seigneur soit béni à jamais. »
Le peuple : « Amen. »
' Hauler, Didascalia' aposl. fragmenta Vcronensia latina, p. lOG. 107 ; Maclean, Ane. Cltiircli ordcrs,p. 156 sq. ;cf. Achelis. dans Texte u. Un<ers. .Leipzig, 1891, t. vi. On peut rapprocher le texte éthiopien qui est postérieur et que l'on pourra lire dans Woolley. Nous ne le citons pas, parce que l'épiclèse y est moins nettement dessinée. Woolley, op. cit., p. 101 ; cf. p. 148-149. — = Horner, Statiites o/ îlie aposttes, p. 342, 34 4. Cf. de Lagarde, JEguptiaca, p. 274,et H. M. Woolley, Tlie liturgy o/ tlie primitiiw C/iurc/i, Cambridge, 1910, p. 174. — ' Didasc, VI, xxn, 2, éd. Funk, p. 376. — * Didascalia, VI, XXI. 2, éd. Funk, p. 370. Rapprocher le passage des Conatitutions apostoliques VI, xxx, 2, qui s'inspire de celui-ci. L'existence d'une épiclése serait discutable ici, d'après cer-
Le prêtre : a Béni celui qui vient au nom du Seigneur. Béni le nom de sa louange. •
Le peuple dit : » Qu'il soit ain.si, qu'il soit ainsi. •
L'évêque : « Envoie la grâce du Saint-Esprit sur nous». »
L'anapliore éthiopienne de Notrc-Scigneur (d'âge postérieur), qui procède du Testamentum, a cette épiclése à la fin de l'anamnèse :
« C'est pourquoi, nous tes serviteurs, ô Seigneur, nous te demandons et supplions d'envoyer le Saint- Esprit et la puissance sur ce pain et cette coupe, afin qu'il en fasse le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, jusqu'à la fin des âges. Amen '. »
Voici l'épiclèse des Cons/i7ii(io7is apostoliques: àÇioO- [xév oe ÔTTcoç... xaTa7rs(/.iJ;'i')ç t6 àytov cou IIvEÛjjta lizi
TTJV 6uCîîaV TaUTT|V... ÔTTtOÇ à7T0(p"/)V"f| TOV apXOV TOÛTOV
aûpta Toû XpiCTTOû aou xal tô TtOTVjpiov toùto al(ia toO XpiOTOÛ aou- 't'va cl [xzxa.'ka.^à^Teç aÙTOû pe[5ato)9ôi(it Tcpôç EÙCTspeiav, y., t. X. *.
Sérapion, évêque de Thmuis et contemporain de saint Athanase, a écrit vers 350 un rituel oi"i nous trouvons la forme suivante d'épiclèse qui suit la consécration: èTriSTQfx'rjaàTco, 6ss ttjç àXYjBeîaç, ô àyiéç cou Aôyoç èttI tôv apxov toûtov 't'va ycvsTai ô éépTOç (jâi(j.a Toij Aôyou xai èm t6 TtOTifjpiov toûto 'îva yé'«]Tai TÔ TTOTTipiov aljjta Tïj; àXTjÔeîaç. Kal 7rot-/)CTOv Tcâvraç ■voue, xotvojvoùvraç çàp[iaxov î^wïji; Xapeîv sic OspaTTEiav TcavTÔç voay;|j.aToç xal tlç èvSuvâ[jiojaiv T:i<rr,ç TrpoxoTt^ç xal àp£T7)ç, jj.')) EÎç xaxâxptatv, Oeè -rfiç àXrfiEitx.i;, jXï)Sè zlç £XEy)(OV xai ôveiSoç, aè yàp xôv àyévvjTov ÈTtsxaXeaâjxEÔa Sià toO [xovoyevoûç èv àyioj IIvEÙfiaTi. 'EXetj- ÔTjTco ô Xaiç ouToç, TrpoxoTTÎjç àÇiuÔriTO), àTtocîTaXT]- Tcùoav àyyEXot cnjjxTtapôvTEç tcTj Xaôj Etç xaTâpyif)<îi.v ToO TTOVifjpoû xal eIç [3Epa(cùai.v Tr,ç èxxXrjataç '.
Nous avons reproduit au mot Canon, t. ii, col. 1881- 1895, le texte et la restitution de l'anaphorc du papyrus de Deir Balizeh. Nous nous contenterons de donner ici la traduction latine de l'épiclèse.
Reple et nos gloria tua quœ apud te est, et mittere dignare Spiritum Sanctum tuum in lias creaturas et fac panem quidem corpus Domini el Salvatoris nostri Jesu Christi, calicem autem sanguinem (Novi Testamenti. Quia ipse DOMINVS noster JESUS Cbristus,
IN qUA NOCTE TRADEDATVR,ACCEPIT PANEM EUMQUE BENEDICENS FREOIT DEDITQUE) DISCIPULIS (SUIS et
apostolis) DlCENS : ( AcciPiTE, manducate omnes)
EX EO : Hoc EST corpus M EU M, QUOD PRO VOSIS
DATVR in remissionem peccatorum. Similiter post-
QUAM CENAVIT ACCIPIENS CALICEM BENEDIXIT, et bibil, ET DEDIT EIS DICENS: ACCIPITE BIBITEEX EO OMNES : HIC EST SAN 0 VIS MEUS QUI PRO VOBIS EFFUNDITUR in REMISSIONEM PECCATORUM. [HOC FACITE IN MEAM COMMEMORATIONEM.] QUOTIESCUM- QUE MANDUCABITIS PANEM HVNC ET CALICEM ILLUM
BIBETIS, MORTEU MEAM ANNUNCIATE et resurrectionem meam confilemini. Morlem tuam annuntiamus et resurrectioncm tuam confitemur et deprecamur...
Ce papyrus, qui est du vn= ou du vm» siècle, représente une anaphore ancienne de la liturgie égj'ptienne, plus spécialement celle d'Alexandrie. Nous avons fait remarquer dans l'article Canon toutes les partains critiques. Cf. Ed. Bishop, dans The Guardian. 22 déc 1909, p. 2069. — ' L'eucliarislie. 5» édit., Paris, 1913, p. 303. — • Cf. Cooper-Maclean, TIxe Testament of our Lord, in-S°. Edinburgh, 1902, p. 69 sq. — ' S. A. B. Mercer, The Ethiopie liturgg, Mihvaukee, 1915, p. 355; cf. p. 128. — • Conslit. apost., VIII, n. 12; cf. F. E. Brightman, Liturgies eastern and western, in-8, Oxford, 1S96 t. i, p. 20. 21. Voir d'autres exemples d'épiclèse dans le même éditeur, p. 133, 134, 179, 474, 505, 532, etc. — ' X. Funk, Didascalia et Constitutiones apostolorum, in 8. Paderborn, 1905, t. II, p. 174-175. Le récit de la consécration est précédé d'une invocation, mais de forme générale et vague : TT^ripoîTov xal t-Tiv ÔJTtav ra"jTr|V, etc.
EPICLESE
ticularités qui rendent ce fragment si intéressant. Il nous suffira de rappeler ici que cette épicièse est avant le canon.
L'épiclèse que les Coptes attribuent à saint Grégoire de Nazianze est aussi de celles qu'il faut citer, car elle présente un cas à peu près unique. D'abord l'anaphore tout entière est adressée à la personne du Verbe, au lieu d'être adressée au Père, comme c'est l'usage assez constant à partir du v* siècle. Et C'est au Verbe aussi qu'elle demande l'envoi de son Esprit. Enfin, tout au long de cette anaphore, le prêtre s'exprime au singulier, ce qui constitue une autre exception. EUe existe en grec et en copte et Renaudot l'a reproduite en grec avec traduction latine '.
De cette anaphore dom de Puniet a rapproché une très curieuse formule de la bénédiction des eaux au jour de l'Epiphanie, qui contient cette épicièse au sujet du baptême de Jésus '.
Tu Jordanis aquas sanclificasti hodie, e cela miltens Spirilum tiwm Sancium, el capita illic latitantium conteruisli draconum. Tu ergo piissinie rex, adesto nunc per advenlum Sancli lui Spirilus, et sanctifica + aquam istam. Da ei graciam redcmptionis, benedictionem + Jordanis. Fac eam incorruptionis /onlem, sanctimonii munus, peccaturuni absolutionem, languorum curationem... Tu enim es Deus nosler qui pcr aquam et spirilum renovasii vetustam naturam nostrcan per peecatum... Tu et nunc, Domine, sanetifica + aquam istam Spirilu tua Sanclo, et da omnibus eam tangenlibus, eam accipientibus. eam utcniibus sanctimoniam, benedictionem, purificalionem, sanitatcm '.
Certains textes gnostiqucs anciens contiennent aussi une épicièse. Nous ne donnerons que celle des Acta Thomœ :
« Viens, don du Très-Haut : viens, miséricordieux ; viens, Esprit-Saint; ^^ens, révélateur des mystères parmi les prophètes élus; viens, toi qui annonces les combats de notre victorieux athlète par les apôtres; \iens, trésor de Majesté; viens, bien-aimé du Très- Haut miséricordieux; \'iens, ô silencieux; révélateur des mystères; révélateur des choses cachées, et des ouvrages de notre Dieu; viens, toi qui donnes la vie, et manifestes tes dons: viens, toi qui donnes la joie et reposes au milieu de ceux qui sont à toi; viens, pouvoir du Père, sagesse du Fils, car vous êtes un en tout ; viens, et communique-toi à nous dans l'eucharistie que nous célébrons, et dans cette offrande- que nous t'offrons, et dans cette commémoraison que nous taisons'.> Ailleurs les Acla Thomas ont une épicièse en ces termes : « Et il dit : « En ton nom, Jésus, que le pouvoir de bénir et de rendre grâce vienne el demeure sur ce pain, que toutes les âmes qui en prennent puissent être renouvelées, et que leurs péchés leur soient pardonnes '.»
Dans la Pistis Sophia, ouvrage gnostique du in» siècle et d'origine égyptienne, au moment ofl l'invocation (épicièse) est prononcée sur le vin qui est dans
' Rilus orientaliiim, i. Cf. Assèmani, Codex liturgiciis, t. vn,Missale Alexandrinuin. Au sujet d'une formule imalogue de l'ancienne liturgie de saint Jean Chrjsostome, cf. SalaviUe, A propos de l'épiclèse, dans Revue augtistinienne, 1909, p. 5.Î9-560. — = Dom de Puniet, de cette parenté des deux documents, conclut que l'un a influencé l'autre. Formulaire grec de VÊpipfïonie dans une traducliim lutine ancienne, dans Revue bénédictine, 1912, t. xxi,\, p. 37. — • P. de Puniet, loc. cit., p. .'is. — • Wriglit, Apuc. Acts,l.n, p. 189. CI. Bonnet, Leipzig, 190.3, p. M>. Les Actes étliiopiens ont un texte un peu diflércnt. Cf. .\. W. Budge, Contendings o/ tlie aposlles, London, 1901, t. ii, p. loi). Les .\ctes syriaques (dans W.Wright, Apocr. Acis o/ titc apostles, Londres, 1871, 1. 1, p. 258; t. ii. p. 140sq.) nomment le Saint- Esprit, mais ils peuvent avoir été retouchés. Les Actes gnostiqucs de saint .Jean, antérieurs à ceux de saint Thomas, n'ont pas d'épiciése. Sur les textes gnostiqucs, cf. Srawlcy,
une coupe auprès du pain, le vin est changé en eau, les disciples sont baptisés et Jésus leur distribue l'offrande (Trpouçopà) et les marque du sceau' (cçpayEÇei).
ni. L'ÉPICLÈSE CHEZ LES PÈRES A PARTIR DU
iv« SIÈCLE. — Nous avons cité aux § let II les textes de saint Justin, de saint Irénée, d'Origène,de Firmilien, et quelques autres documents antérieurs au i\" siècle.
A partir de ce moment, les témoignages de\iennent plus clairs et plus nombreux. C'est d'ordinaire d'une épicièse au sens strict qu'il s'agit, d'une invocation du Saint-Esprit pour transformer les éléments eucharistiques.
Le témoignage de saint CjTille de Jérusalem est l'un des plus importants, parce qu'il est, en ce genre, le plus ancien et le plus complet. Il ne donne pas la formule de l'épiclèse dans l'Église de Jérusalem, mais il dit qu'on supplie Dieu d'envoyer le Saint-Esprit sur les éléments, afin qu'il fasse du pain le corps du Christ et du vin son sang, et que les éléments sont transformés par cette invocation (tniyX-qait;). Il le dit à plusieurs reprises et y insiste.
riapaxaXoûjxEV tôv çiXdcvôpco— ov 6sôv rb âyiov IIvEÛuœ êÇa-oaTeiXat ÈTrrl Ta 7rpox£Î(i£va, ïva T:oii]<rq ' TÔV [ièv apTOv C5â>(xa Xpia-oO, tôv 8è oîvov aljia XpioTOÛ. nâvTuç -;'àp ou av è(payT,Tai tô àytov nv£0[i.a, ToiJTO Y)ytaCTTai xa'i (xe-a pé^XTjTai '.
.\iUeurs il compare la sanctification de l'huile dans le baptême par le Saint-Esprit à la sanctification du pain dans l'eucharistie par le même Esprit : ('ôoTiEp yàp ô" apTOç T/jç eùj^apiaTtaç (jtETà ttjv £-'!zXr,CTiv toO àytou lïvEÙjiaTOç oùx ïzi ôépTOç XtTÔç àW^à acôjjia XpiOToO, oÛTco xat TÔ âviov toOto (xùpov oùx ï~'. (JdXôv, 0Ù8' ûç âv zïizoï Ttç xotvôv jjist' è7rtxXï]<ji.v, àXXà XpioTOÛ yji.pi<S[i.a. xal IIvEÛjjtaTOi; Trapoucix r^ç toù GeônjToç cvEp-j'TiTixôv Yivôfjievov '.
Et dans un sens analogue : coOTtep yà.p ô àpTOç xal ô olvoç TÎjç EÛxapiCTTÎai; Ttpô t^ç è7rixXT]OE0)i; TÎji; àytaç xal TtpocTxuvTjTTJi; TptâSoç àpTOç ry xal oïvo; Xitoç, ÈTttxX-rjaEajç Se YEVO|jiévY;(; ô (xÈv àpTOç ylvzTO.'. cùyLtx. XptaToû, ô 8È oivoç aïjjta XpiOTOÛ, tôv aÛTÔv Sr, -pôirov Ta TOiaÛTa (3pa)[xaTa ttJç 7TO(i7ri)Ç toù aaTavà, Trj ISia 9Û0EI XiTa ôvTa, tJj ÈTrxXTiaEL tûv Satfiôvtov p£|3Y)Xa yivETai.
De même pour l'eau du baptême : (i-fj ùç ûSaxi XiTtô Tzpôessyt tm Xoi>»pâi... tô Xitôv Û8ù)p IIvEÙjiaToç âyiou xal XpioToû xal IlaTpôç tt;v èTtlxXTjotv Xa^ôv, 8ùva|xiv ayiÔTVjTOç ÈTrixTÔcTat ".
On peut grouper les témoignages des Pères d'Égjptc. Nous ne revenons pas sur celui de Sérapion, qui a été cité déjà. Un texte qui est donné en général comme de saint .\thanase nous dit qu'avant les supplications el les prières, il n'y a sur l'autel que du pain el une coupe (de \in). Mais, après ces prières, le pain devient corps du Christ et le vin, son sang. Dès que les prières et les saintes supplications sont dites, le Verbe descend sur le pain et le calice, et il devient son corps " :
"Oij'Ei Toùç ÀEutTaç çépovTaç àpTOuç, xat Tronf^ptov
77ie early tiistorg 0/ Oie liturgy, p. 42, 43, et Struckmann, Die Cegenwart Christi in der lieil. Eucliaristie nacli den sclirilll. Quellen der Vornizàn. Zeit, p. 90 sq. — ' Wright, loc. cit., t. n, p. 268. — ' Lib. IV. Pour les coutumes gnostiqucs sur l'eucharistie et les textes qui s'y réfèrent, cf. Struckmann, Die Cegenwart Christi, etc., p. 90 sq. — • ' Le mot rroteCv. employé ici, est plus expressif que celui d'iiio;a;v-;v, employé dans les Constitutions apostoliques, ou celui d'iixiiy.v j/i: de la liturgie de Basile, ou celui de ■••■,;<i')a; qui se trouve dans Sérapion. — 'Catecli.mgsl.,\', P. G.,t. .\x.\ui. col. Il i;). — • Catech. nij/sf., III. P. G., t. xxxni, col. 1089. - " Col. mysl., I et m, P. fi., t. xxxiii,col. 1072. — ".4<l niipcrfciiptizatos.P. G.,t.xxvi,col.l325;cI.P. 6'.,t.Lxxxvi,col.2401. C'est une citation faite par le patriarche Eutychlus, sous Justinien, mais je ne vois pas, pour nui part, de raison de douter de son authenticité ; le texte cadre avec ceux de saint Grégoire de Nyssc et spécialement avec les textes égyptiens.
EPICLESE
ol'vou, xal TiGïVTaç ETtl Tr;i TpaTre^av xai otjov outtm ixeaîai xal Seïjaeiç Ytvovxai, i/iXoc, èoTW ô àpToç xal TÔ TTOTfjpiûv ÈTràv SE ÈTîiTEXecrOcjaiv ai [iE^'àXai. xal 6aujjiaaTal ^'y/jxi, tôtô y^'^'Efo"' ô àpToç, aôijia' xal tô rcoTrjptov, aïpta xoû Kuplou ï)|i.ûiv 'Iï)aoG XptaToû. Kal TtâXtv "EXÔojjxev ÈttI t-/-,v rcXeltoaiv tûv jxuaT-/)pi(ov ouToç ô apToç xal toûto t6 -oTTjptov, ooTov ouTTo eû^al xal IxECTÎat yeyôvaai., ijjiXà eîaiv ÈTtav Se al (j-cyàXai eù^^al, xal al àyiai IxEolai àva7r£|iç6âi(n, xaTa^alvei ô AÎyoi; Etç TÔv àpTOv xal tô TTOTvjpiov, xal ylvexat aÙToO otôiia.
Ici, comme dans l'épiclèse de Sérapion, il est dit que c'est le Verbe qui descend sur le pain et la coupe.
Mais pour son successeur Pierre d'Alexandrie, pour Théophile, lui aussi patriarche d'Alexandrie, et pour saint Isidore de Péluse, c'est le Saint-Esprit qui est invoqué. 'E~' aÙTOu àylou ÔuaiaoTriplov ev6a xâOoSov ToO âyiou TcvsùfiaToç è7n.xaXoù(Ae9a , dit Pierre d'Alexandrie ". Uans un texte attribué à tort à saint Jérôme, mais qui est de Théophile, et que saint Jérôme n'a fait que traduire, un rapprochement est établi entre la sanctification des eaux dans le baptême par le Saint-Esprit et celle des éléments de l'eucharistie : non recu(jital aquas in baplismate mijsticas advenlu Sancii Spirilas consecrari; pancmque dominicum, quo Salvaloris corpus oslcnditur et qiiem Irangimus in sancii ficationem nosiri, el sacrum calicem quœ in mensa Ecclesiœ collucanlur el uiique inanima sunt, per invocationem et aduentum Sancii Spirilus sanctificari ». Quant à Isidore de Péluse, il dit à son correspondant de ne pas abuser du vin, mais de se souvenir que l'Esprit divin change le vin au sano du Christ : Mr; xàç çpévaç TipÔTrive Ttlvcov. 'A^à fiE;j.vTj|xévO(; (^ aîfjia XplcTO'j -rijv toutou à7ïap/ï)v tô 9cTov èpyâÇETai Ttveûjxa, oÛTtoi; aÙTtô xéxpïjao, tôç àaôsvTjç xal /pY]5cùv aÙToO sic j3oT)6siav, etc. '.
Comme saint Cyrille de Jérusalem, saint Nil dit qu'avant l'invocation du prêtre, avant la descente du Saint-Esprit, les oblats sont du pain et du vin. Après les invocations redoutables, après la venue de l'Esprit adorable, vivifiant et bon, ce qui est sur la table sainte n'est plus simple pain et vin commun, mais corps et sang du Christ. ... upô (xèv Tvjç èvTEu- Çôcoç Toù lz;,éoic, xal tt,ç xaOoSov toù âyiou HvEULtaToç <j;iXôv àpTOv ûïTap)(£iv xal oïvov xotvôv Ta Trpoxeifisva. Mexà SsTàç çopepài; èxelvaç è-mxX-qcszK; xal ÈTtiçoiTT)atv TOÙ 7rpoaxuv/)TOÛ xal î^uotîoioû xal àyaÔoù Ilvzùp.oc-
TOÇ, OÙX ETl 'lilCkb^ apTOV xal XOIVOV OTVOV Ta ÈTTlTEÔEt-
tiéva T^ âyla TpaTtésY), àXXà acô(xa xal aljjLa Ttfxiov xal apxpavTOv XpiCTTOù toù Oeoû tcôv àitàvTCjv, xaOapîî^ov àruo TiàvTOç [xoXu(i(/,oi5 toûç [j,£TaXa(i.pàvovTa(; çôpco xal
7TÔ6u TTÔXXcp *.
Les Cappadociens forment, parmi les Pères de l'Église, un autre groupe, sur lequel s'est exercée l'influence alexandrine, surtout celle d'Origène. Le premier est naturellement saint Basile. On a remarqué, non sans étonnement, que dans son traité du Saint- Esprit, où l'occasion se présentait si souvent, il ne fait par d'allusion à l'épiclèse, alors qu'il attribue au Saint-Esprit, comme saint Cyrille de Jérusalem, la vertu régénératrice par l'eau du baptême. Quand il parle de l'invocation, c'est d'une façon assez vague, et il semble désigner sous ce titre la prière eucharistique
■ Théodor., H. H., IV, 19, P. G., t. Lxxxn, col. 1169. — = S.Jérôme, Epist., xcviu, P.L.,t. xxii, col. 801. ^ " Epist. 1. I, ep. cccxm, P. G., t. Lxxvni, col. 364. — «Nil, Epist., i, 44, P. G., t. Lxix, col. 104. Sur ce texte, cf. Batiflol, Eucharistie, 5" édit., p. 376, 377. — ' Le mot a<aoE'.:i; dont se sert ici saint Basile, reparait dans sa liturgie. Ci. Brightman, Liturgies eastern aiiU iuestern,p. 329. A rapprocher le terme à-o-^a:vî[v des Constitutions apostoliques. \. II, c. Lvn. Lviii. — ' Liber de Spiritu Sancto.r.. xxvii.P. G., t. xxxii.col.lSS.
en général. Voici ce texte, qui est en tout cas important pour l'histoire liturgique :
Ta TT)ç èTTCxX'/jCTEûjç p-/j[iaTa srel tt) àvaSEl^st ' toù àpxou TÎ):; EÙ/apitjTlaç xal toù 7:oT-/5plo'j tt); E'jXoyîx; tIç tùv àyîojv tffpxfoiç ïijxTv xaTaXéXoiTTEV : Où yàp âv) TOUTOiç àpxoù[i.£0a uv 6 'A7r6crToXO(; Tj t6 EùayyÉX'.ov Ê7C£(xvY]o97), àXXà xal TtpoXÉyojiEV xal È;r'.XÉ-|-o;j.£v Ê-spa, cbç |jtEyâX-/)v l/0VTa7Tpôç tô [jiuaTïjp'.ov r^v to/ùv, èx TÎj; àypà'jîou StSaaxaXtaç TrapaXàpovTE? '.
Pour Grégoire de Xysse, le pain est sanctifié par le Verbe de Dieu et par la prière pour devenir le corps de Dieu le Verbe : Stà Xôyou Oeoû xal èvteù^ecoi;. RaXtù; oùv xal vûv TÔV TÔ) Aôyto toù 6eoû àyiaÇéfXEVov étpTov EÎç (TM|j.a TOÙ ÔEOÙ Aôyou |j.ETaT:ot£t(jOai. TïtCTTEÛojjtat (comparaison avec le corps humain du Christ sanctifié par l'habitation du Verbe) ... ÈVTaù6â te ùaaÛTOjç o àpTOç, xaÔcôç (pr]CTi.v ô ATiôaToXoç 1 1 Tim., iv, 5), àytà- ^ETai Sià Aoyov 6eoû xal èvteû^eojç, où Stà PpûaEoç xal TrÔCTEcûÇ Trpoïùv sic tô ac5[xa toù Aôyou, àXX' eûOuç Trpôç tô (Jûi(xa toù Aôyou jxsTà 7roioû[i.£vo; xaGùç EÏp'^- Tat ÛTtô TOÙ Aôyou, 3ti toùto saTt tô acôixa [iou '.
Ailleurs il fait une allusion au Saint-Esprit, qui opère la consécration du pain et du vin dans l'eucharistie, comme il sanctifie l'huile du chrême et le bois l'autel. 'O âpToç TràXiv àpTOç èotI téwç xotvôç' àXX' ÔTav aÙTÔv TÔ [xuCTT/ipiov ÎEpoupy/icf), aôjfxa XpioToù XÉyETat TE xal y IvsTai. Oùtojç tô (xucttixôv sXatov, oûtoç ô oïvoç' ôXtyou Tivôç âÇta ôvTa Tcpô TÎji; EÙXoylaç, (/.ETà TÔV âytaCT|jiôv tôv toû IIvEÙjxaToç, ÉxaTEpov aÙTciv ÈvspyEl Stacpôpaç '.
Grégoire de Nazianze, comme Grégoire de Nysse, semble subir l'influence alexandrine. Il dit au prêtre que, par sa parole, il fait descendre le Verbe, sa parole est un glaive... ÔTav Xôyco xaÔÉXxyiç tôv Aôyov, ÔTav àvatjiâxToj Topiï) ccôfjta xal altia T£[ivjf]ç AEOTTOTtxôv, çfoVTjV 'éx<>>'^ ~ô Çîçoç '.
Malgré ces expressions des deux Grégoire, Srawley '" ne croit pas qu'il soit prouvé qu'il y eut dans les Églises de Cappadoce une épiclèse du Verbe. Il pense que cette épiclèse du Verbe, au iv« siècle, n'avait sur\écu qu'a Alexandrie, et dans le delta du Nil; encore fut-elle remplacée à .\lexandrie par celle du Saint-Esprit.
Quant à saint Jean Chrysostome, ses témoignages ne semblent pas concordants et ont donné lieu à bien des controverses. Ed. Bishop a pu dire que saint Jean Chrysostome, comme saint Ambroise, aurait hésité entre la doctrine de l'invocation du Verbe et celle du Saint-Esprit". Dans deux passages au moins de ses œuvres, il enseigne nettement que la consécration a lieu parles paroles de l'institution ".
Rien de plus formel que les paroles suivantes pour montrer que la conversion des éléments est opérée par les paroles de l'institution : oùSè yàp àv6pco7r6; ÈaTtv ô TTOiôiv Ta 7rpox£l(i£vay£vÉ<j9ai. crcôfjia xal aljioc XpiTTOù, àXX' aÙTÔç ô CTTaupcùOEtç ÙTTÈp ïi[iôjv XptaTÔ;. 2x'ii^°' ttXtjpcûv ecttyjxev ô lEpEÙç, Ta pïjjiaTa çâE-i-yôfXEvo; exeîva 7) Se Sùvafjiiç xal q X'^P'-'i '^°^ Qzo^ ècsri, ô XpicjTÔç « ToÛTÔ jjiôu Èarl TÔ dcôjxa » 9Y)<jL Toùto tô p^^a jiETappu9[jiiî^£t. Ta TrpoxEÎjjLEva ".
Dans d'autres passages, au contraire, il semble attribuer les effets de la consécration au Saint-Esprit, appelé sur l'autel par l'épiclèse. Dans le traité De sacerdolio, il dit que ce n'est pas l'cvèque qui fait descendre le feu du ciel (sur les oblats), m;iis le Saint-Esprit.
— 'Oral, catechetica. c. xxxvn, P. G., t. xlv, col. 96-97. Ct. L. Méridier, Grégoire de Nysse, Paris, 190S, p. 180. — 'In baplism. Clvisti, P. G., t. XLVi. col. 5S1. — • Episl., CLXxr. P. G., t. xxxvn, col. 280-281. — '"Op. cil., p. 126. — " TIte liturgical liomilies of Narsai, toc. cit., p. 142. — "P. G., t. .\Lix, col. 380; t. i,xii,col.G12. — -^'Inprod.Judiv, hora.1,6, P. G., t. xLix, col. 380. Même pensée In Malli., homil. Lxx.xn, 5, P. G., t. Lviii, col. 744. Sur le sens du verbe aitacaj'Jaihr-/, ct. BalilTol, op. cil., p. 414,15.
EPICLESE
L'évêque appelle le Saint-Esprit etcélèbre le redoutable sacrifice '.
A propos de la réponse : ci cum Spiritu tuo, il rappelle que le pontife n'opère pas lui-même, mais bien la grâce du Saint-Esprit -.
Ailleurs, nouvelle allusion à l'invocation du Saint- Esprit, qui touche les oblats et opère la conversion : Tt 7toi£Ïç, âMÔpwTCE; ÊTav ÉaTYjXY) Tipô -rfiç ■zpa.Tzé^^TiÇ à leptûç, Taç yeipixç âvaTsîvtov etç t6v oùpavév, y.aXôJv tô — VEÛjxa TÔ âyiov fOÛ TrapayEMÉaÔa!. y.at a.<\i(x.aQ<x.<. tcov 7vpox£i|i£vcov, ■ko'/XT) T^ouxla, tioXXt) cstyr]. "Oxav SiSôJ T'/jv X'^P'-^ "^ô TTvsûfjLa, ÔTttv xaTÉXÔT), ÔTav â(j;ir)Tai Tciv — poxet(ji£vcov'.
'O SpTOç 8ià TÔ ÈîTiçoiTâv aÛTÔi Trveùjia àpxoç oùpâvioç yivETai *.
Il insiste avec beaucoup de force, comme la plupart des Pères grecs, sur l'œuvre de sanctification opérée par le Saint-Esprit =^.
Le dialogue De recla in Deum fide (anonyme syrien, vers 300-310) contient aussi une allusion, d'ailleurs assez vague, à l'épiclèse. Le marcionite avec qui dispute Adamantins lui dit à un moment : L'Esprit vient sur l'eucharistie, èm tî^ç EÙxapiaxtaç ipyzTOii, que Rufin traduit : Spirilus pcr eucharistiam venit. Mais Struckmann fait justement remarquer qu'il faudrait traduire is eucharistiam. Nous aurions donc là un témoignage nouveau sur l'épiclèse '.
On a versé récemment au débat le témoignage d'un successeur de saint Jean Chrjsostome, Sévère, patriarche d'Antioche, en 512, qui se déclare nettement pour la consécration en vertu des paroles de l'institution, sans même mentionner l'épiclèse. Voici ce texte :
« Dans la célébration de l'eucharistie, ce n'est pas le ministre qui,usant comme d'une puissance qui lui appartiendrait en propre, transforme le pain en le corps du Christ et la coupe de bénédiction en son sang; c'est la vertu divine et elTicace des paroles que le Christ, auteur du sacrement, a commandé de prononcer sur les éléments offerts. Le prêtre qui se tient à l'autel n'y remplit que la fonction d'un simple ministre; prononçant donc les paroles comme en la personne du Christ, et reportant l'action qu'il accompUt au temps où le Seigneur institua le sacrifice de la messe en présence de ses disciples, il dit en désignant le pain : Ceci est mon corps qui est donné pour vous, faites ceci en mémoire de moi; de même sur la coupe il profère ces paroles : Ce calice est le nouveau testament en mon sang qui est répandu pour vous. Ainsi est-ce- le Christ qui continue à olïrir le sacrifice et, par la parole divine, sanctifie les éléments qui sont apportés pour être cliangés en son corjjs et son sang '. •
Saint Ephrem, (t 373), en plusieurs passages, parle de l'invocation du Saint-Esprit : Sacerdolium aadacter e terra suraum in aelum volitans, ascendit ad Dtum, mise-
' De sacerdotio. m, -1; vi, 4, P. C, t. xLvni. col. 642, 681. — ' fie Penlecosie, i, 4, P. G., t. L, col. 458; cf. col. 432. — ' Hom. decœmet. et de cnice, 3, P. G., t. xi-ix, col. 397-398. ■ — * In Joh., hom. XLv, 2, P. 0.,t. lix, col. 253. Cf. Bisliop, Liturgicul liomilies o/ Aarsai, p. 143. — * Voir un essai d'harmonisation de CCS textes dans Salavillc, L'épiclèse dans saint Jean Clirusostonie, dans Èclws d'Orient. 1908, p. 101 sq., et aussi Varainc, /oc. cit., p. 45, 4G, et A. Na'gle, Die euc/iaristietelire des Iteil. Clirysvstonius des Doclor eitcliaristiw, Strasbourg, 1900, et P. de I'uniet,I,csp(U'o/p.v de la consécration et leur oaleur traditionnelle^ dans Pcuue d'histoire ecclésiastique, 1912, t. XMi, p. 33 sq. MgrHatiffolnc voit pus le moyen de réduire ces contradictions de saint Jean Clirysostomc. Eucltaristic,ô' é(fit.,p. 417. — • Adawantius, ii, H. é<i. Van de Sande liaclihuyscn, p. 74, 75; Struckmann.fiiV (ii(jenu>urt Cliristi in der ht.liuclmristic nacli denschri/llicheri (JuclUndcr vurniziinischcn Zeit, Wlcn, 1905; et Mgr UatilTol, L'eucharistie, 5' édit., p. 294. — ' K. W. lirooks, The sixl, ImoU o/ llie Select letters o/ .Sevcrus, patriarch o/ Antiuch, I.oiiilun, 1904, t. ii.p. 237-238 (trad. du syriaque par K. \V. liraol<s).
ricordiam et irdulgentiam a rege miséricorde postalans, ul Spirilus Sanctiis pariter descendat, sanctificetque dona in terris propos ila.
Ne reputes, dit-il ailleurs, quem hic panem qiwdque viniim vides, eadem hœc exislere: minime, f rater, nolilo hoc crcderc. Precibus sacerdotis, Sanctique Spirilus adventu, panis fit corpus, vinum sanguis... Quœres quomodo panis corpus Christi fiât? En sic habeto Spiritum Sanctum adventu suo hoc efficere, quod humana mens capere non potest '.
Narsai (t 502), un des représentants les plus fameux de l'école d'Édesse, puis de celle de Nisibe, et aussi de l'hérésie nestorienne, dit très nettement que le Saint-Esprit descend surl'oblation au moment de l'invocation. L'Esprit descend sur l'oblation sans changer (de place) , et par la puissance de sa divinité, il habile dans le pain et complète le mystère de la résurrection de Noire-Seigneur... Le Saint-Esprit descend (sur l'oblation) à la prière du prêtre... Aussitôt que le pain et le vin sont placés sur l'autel, ils offrent un siimbole de la mort du Fils et aussi de sa résurrection; c'est pourquoi l'Esprit qui l'a ressuscité des morts descend alors et célèbre le mystère de la résurrection de son corps... Le prêtre appelle l'Esprit et il descend sur l'oblation... c'est le moment où le mystère est accompli par la descente de l'Esprit. En même temps, les signes de croix et les génuflexions du prêtre prouvent que le mystère vient de s'accomplir '.
Dans Jacques de Sarug, postérieur de peu à Narsai, on lit ces assertions, assez déconcertantes au premier aspect : « Tout le peuple en union avec le prêtre supplie le Père d'envoyer son Fils, afin qu'il descende et habite dans l'oblation. Et le Saint-Esprit, sa puissance, descend dans le pain et dans le vin et les sanctifie (les consacre), oui, il en fait le corps et le sang ".» Un peu plus loin il attribue la consécration au Saint-Esprit : « Le Saint-Esprit vient du Père, il descend et habite dans le pain et en fait le corps "...»
La doctrine de saint Jean Damascène est très claire. Pour lui, tout en admettant que les i)arolcs de l'institution sont une condition si'nc qua non de la transubstantiation, il enseigne cependant qu'elle se produit par l'épiclèse. 11 étabfit le parallèle que nous avons déjà trouvé dans l'enseignement de certains Pères entre l'incarnation et l'eucharistie. De même que le Saint- Esprit a opéré dans Marie le mystère de la conception, de même il opère dans l'eucharistie la conversion des éléments '=. U rattache cette doctrine à sa théorie sur l'antitypc, qui chez les anciens pères désigne le sacrement du corps du Christ, mais dans lequel Damascène ne voit plus qu'une figure désignant les éléments avant la consécration. Cet enseignement, que les derniers interprèles de saint Jean Damascène n'hésitent pas à qualifier d'erreur, devait exercer une influence consi-
• Kd. Lamy, 1. 1, p. 20, 22. Dans l'appendice de sou livre
Konsel<rationsmoment, etc., Wattericli cite un certain nombre de passages de saint Ephrem. Mais il faut remarquer que quelques-uns de ces textes (In Ezceh., cap. x,Opera, t. n, p. 173; Scrmo de sanctissimis sncramentis. Opéra, t. m, p. 608, sont apocryphes. Cf. Ed. Bisliop, The liturgical liomilies o/ Narsai, p. 147. — • Texts and studics, vol. in, Tlie liturgical liomilies of Narsai, dom n. H. i:onnolly, Cambridge, 1909, p. 20-23, et les remarques d'Ed. Uishop sur ces textes, p. 126 et 148. — '• Bcdjan, lloni. Select. Mar-Jacobi Sarugensis, Parisct Leipzig, 1907. t. m. p. 657; traduit dans fioionsirierewiViu.nov. 1908. p. 282. — " Dnwnside review, toc. cit., et aussi K<I. Uishop, ï'/ie liturgical liomilies of Narsai. p. 149, qui voit dans ces contradictions un souvenir de deux traditions opposées sur l'épiclèse (épiclése du Verbe et épiclèsc du Siiinl-Espril). — '■ De fide orthodoxa, P. G., 1. xciv, cul. 1140-1145. Uans Vllomilia in sabbala saiicto, I>.G.,\. xc.vi, col. 637-640. il dit encore que le pain et le vin sont transformés vraiment au corps cl au sang du Christ, par l'invocation.
EI'ICLESE
dérable sur les écrivains byzantins postérieurs et jusqu'à nos jours '.
Les Pères d'Occident s'expriment sur l'épiclèse dans un sens souvent différent. Dans ce texte de Césaire : Quando benedicendie verbis cœleslibus crealurœ sacris ciUaribax imponuntar, antcqaam invocatione sancli nominis consecrentar, subslantia illic est partis et vini, poil eerba aiilem Christi corpus et sangnis Chrisli, Bunsen voit la preuve que la consécration n'est opérée que par l'épiclèse. Il est clair au contraire que post verba désigne les paroles de l'institution. Le terme invocatio sancli iiominis désigne, comme dans d'autres textes que nous avons cités, non pas l'épiclèse proprement dite, mais la prière eucharistique en général du canon ^.
Saint Ambroisc, dans plusieurs passages, attribue aux paroles de la consécration l'eflet de la conversion des éléments au corps et au sang du Christ : Quod si tanlum valait hamana benedictio ut naturam conver- Icrel, quid dicimus de ipsa consecratione divina, ubi verba ipsa Domini salvatoris operantur ? Nam sacramentum isliid qucd accipis Christi sermone conficilar. Quod si lantum ualuit sermo Elise ut ignem de cœlo déponent, ncn valcbit Christi sermc ut species mulet elcmenloram ?.. . Sermo ergo Christi qui potail ex nihilo lacère quod non eral, non potest ea quse sunl in id mutare quod non erat. . . Ipse clamât Dominus : Hoc est corpus nieum. Ante benidictionem verborum cœleslium alla species nominatur; post consecralionem corpus significalur ". Le texte du De fide, IV, ix, 124, P. L., t. x\i, col. 641, que l'on invoque parfois, parle du sacrée orationis myslerium qui désigne d'une façon générale la prière eucharistique, et non l'épiclèse, comme le veut Lebrun, pas plus qu'il ne vise spécialement les paroles de l'institution, comme le prétendent quelques autres *.
Le P. SalaviUe voit une allusion à une invocation du Saint-Esprit sur les oblations dans ce texte : Quomodo igitur non omnia habet quœ Dei sunl, qui cum Pâtre et Filio a sacerdotibus in baptismale nominatur et in oblationibus invocatur, cum Paire et Filio a seraphim in csi-leslibus prsedicatur, cum Pâtre et Filio habitai in sanclis, injunditur justis, inspiratur prophetis^.
Mais il semble que cette épiclèse, si épiclèse il y a, s'adresse au Père et au Fils, aussi bien qu'au Saint- Esprit *.
Les textes de saint Jérôme, cités quelquefois au sujet de l'épiclèse, ne nous apportent aucun éclaircissement. Le premier que nous avons déjà donné appartient à Théophile d'.\lexandrie, dont saint Jérôme n'est que le traducteur. Dans le second, Jérôme blâme les diacres qui veulent s'élever au-dessus des prêtres, ad quorum preces Christi corpus sanguiiqae conficilur '' . .■\illeurs il condamne les prêtres qui impie agunt in legem Christi, pulanles èu/apioTtav imprecantis jacere
* Cf. M. Jugie, L'épiclèse et le mot antittjpe dans la messe de saint Basile, dans Échos d'Orient, juillet 1906, p. 143 sq.; Salaville, Dict. de théologie, t. v, col. 247 sq. ; Varaine, op. cit. , p. 53 sq. — * Césaire, Homil., vu, dans Bunsen, Analecta antenicœna, t. m, p. 264. Au même endroit, le texte suivant: Per Dominum nostrum qui pridie quain pateretur. Fiat nunc quœsumus, indulgentis.'iime Pater, per inuocationem nominis iui atque infusioncm Spiritas lui Sancli creaturis omnibus ha'c creatura..., que Bunsen attribue sans preuve à saint Hilaire,est au contraire une épiclèse consécratoire. Ce fragment, du reste fort corieux, de messe gallicane appartient à un manuscrit du vii^ siècle. — ' De mijsteriis 50-54, P. L., t. XVI, col. 406-407. Cf. De hened. patriarch., ix, 38, P. L., t. XIV, col. 686, même doctrine; et Ennar. in Ps. XXXI II, 25, P. L., t. XIV, col. 1052. Sur le texte du De mysteriis, dont l'authenticité est parfois contestée, cf. I.oofs, Abendmahl, dïuis Real-Encyc., t. il, p. 61, et MgrBatiffol, /oc.c(7., p. 340. — * Eiplicalion de la messe. 1860, t. m, p. 202. — ' De Spiritu Sanclo, I. III, xvi, 112, P.L.,t. xvi.col. 837; cf. Échos d'Orient, mars 1908, p. 104. — • Saint Ambroise, selon Bishop, aurait, comme saint Jean Chrj'sostome,
verba, non vilam, et necessariam esse tanlum solemnem orationem et non sacerdotum mérita '. Preces sacerdolis. verba imprecantis, oratio solemnis sont des termes généraux qui désignent la prière eucharistique, mais non pas spécialement l'épiclèse.
Parmi les Pères africains, saint Augustin semble admettre que les paroles de l'institution ont la force consécratoire, dans les textes suivants :
Panis ille quem videtis in altari, sancli ftcatus per verbum Dei corpus est Christi. Calix ille, imo quod habet calix sancti ficatus per Verbum Dei, sanguis est Christi \
Norunl fidèles quid dicam : norunt Chrislum in fractione panis. Non enim omnis panis, scd accipiens benediclioncm Clu'isti fit corpus Christi '".
El inde jani quie agunlur in precibus sanctis qaas audituri eslis, ut accedente Verbo fiai corpus et sanguis Christi. Nam toile Verbum, panis est et vinum : adde Verbum, cl jam aliud est... Toile ergo Verbum, panis est et vinum; adde Verbum et fiel sacramentum ".
On convient d'ordinaire que ces expressions et d'autres analogues dans saint Augustin visent les paroles de l'institution '-.
Un autre texte vient à l'appui du précédent : Hoc quod videtis carissimi, in mensa Domini, panis est et vinum, sed iste panis et hoc vinum accedente vero fit corpus et sanguis Verbi (Chnslil) ".
Cependant le texte suivant fait allusion à une épiclèse: (Corpus) quod ex jruclibus lerrœ acceplum et prece myslica consecratum rite sumimus ad salulem spirilualem. Quod cum per manus hominum ad illam visibilem speciem perdacalur, non SANCTIFICatdr ut sit lam magnum sacramenfumn nisi opérante invisibiliter Spiritu Dei '*. Je ne vois donc pas comment certains auteurs peuvent s'appuyer sur le silence prétendu de saint Augustin pour dire qu'il n'y avait pas d'épiclèse de son temps dans l'Éghse d'Hippone. Du reste, les textes de saint Optât et de saint Fulgence, que nous allons citer, prouvent clairement l'existence de l'invocation au Saint-Esprit.
Saint Optât parle de l'autel quo Deus omnipotens invocatussit quo postulatus descenderit Spiritus Sanctus^'. Fulgence de Ruspe, un siècle plus tard, ne désigne pas moins clairement l'épiclèse: Cum temporesacri/icii commemorationem mortis ejus faciamus, charilatem nobis tribal per advenlum Sancti Spirilus poslulamus : hoc suppliciter exorantes ul per ipsam charilatem qua pro nobis Christus crucifigi dignalus est, nos quoque, gratta Sancti Spiritus accepta, mundum cruciftxum habere et mundo crucifigi possimus,etc. ". Le passage suivant est plus expressif encore : Car scilicet si omni Trinitati sacrificium of/erlur, ad sancti ficandum al. (sacriftcandum) oblationis nostrœ munus, Sancti Spirilus tanlum missio poslulelur : quasi vero (ut lia dicam) ipse Pater
hésité entre deux traditions, consécration par les paroles de l'institution et consécration par la venue du Saint-Esprit, The iiturgical homilies o/ Narsai, p. 143. — ' Epist., c.VL^^, P. L., t. xxn, col. 1193. — • In Soph., ra, P. L., t. xxv, col. 1375. — • Serm., ccxxvn, P. L., t. xxxviii, col. 1099. — '° Serm.,ccx.xxiv, P. i., t. xx.xvin, col. 1116.^ — ■ " Scrm. medi(.,vi.3,P. L.,t. xlvi, col. 836. — '= Cf. Batiffol, op. cit.. p. 431. — " Serm. inédit., vi, 1, P.L., t. xlvi, col. 834. L'authenticité en est discutée, mais la doctrine est bien de saint Augustin. Cf . Bardenhewer, Pa!ro/ogie, p. 434 ; .\dam. op. cit., p. 107; BatiftoI.Euc/iorisde, p. 428-429; P. Schan7..DieLelire des A. liber die Eucliaristie, dans Theologische QuiwtaLsclir. 1896, p. 79-115; O. BlanU, Die Lettre des h. A. imm .SaAromenle der Eucliaristie, 1907 ; K. .Vdain, Die Eucharistc Ichrc des h. /lugusl. .Paderborn, 1908. — "Pour la discussion de ces textes, cf. L. Tarchier, Le sacrement de l'eucharistie d'après saint Augustin, 1904, p. 104-105; Pourrai, La Utéotogie sacramentaire, p. 55; Varaine, op. cit., p. 66 sq. — " Cf. Srawley, foc. cit., p. 209. — " De schisntate donatist., vi,l. P. L., t. XI, col. 1065. — " Fragmentant XXVII/, P. L., t. Lxv, col. 789. Diclionn. t. i, col.636.
EPICLESE
Deus, a quo Spiriliis Sondas procedil, sacrificium sibi oblalum sandificare non possil; aut ipse Filius sandificare nequeal sacrificium corporis sui, quod of/erimus nos, cum corpus suum ipse sanctificaverit, quod obtulit, ni redimeret nos; aut ila Spirilus Sandus ad consecrandum Ecclesiœ sacrificium mittendus sit, ianquam Pater aut Filius sacrificantibus desit ' ... Dum itaque Ecclesia Spiritum Sandum sibi cselilus postulai milti, donum sibi carilalis et unanimilatis postulai a Deo conjerri. Quandoautem congruenliusquamad consecrandumsacrificium corporis Chrisli sancla Ecclesia (quare corpus est Chrisli) Spirilus Sandi deposcat advenlum '■?
Et plus loin : Cum ergo Sancti Spirilus ad sandifîcandum lolius Ecclesiœ sacrificium postulalur adventus, nibil aliud mihi poslulari videlur, nisi ut per graliam spiritalem in corpore Chrisli, quod est Ecclesia, carilalis unilas jugiter indisrupta servdur '.
Saint Isidore semble s'inspirer de la pensée de saint Augustin dans les textes suivants :
Sacrificium didum, quasi sacrum faclum, quia prece myslica consecralur in memoria pro nobis dominicse passionis; unde hoc eo jubenle, corpus Chrisli et sanguinem dicimus, quod, dum sil ex fruclibus terrse, sancti ficalur et fil sacramenlum, opérante visibililer Spirilu Dei. De substantia sacramenii sunt verba Dei a sacerdote in sacro prolata minislerio, scilicel : hoc est corpus meum *.
n revient sur la même pensée dans le De eccles. offic, 1. I, c. xvni, n. 4 :
Hœc aulem (panis et vinum) dum sunt visibilia, sandificala lamen per Spiritum Sandum, in sacramenlum corporis Domini transeanl^.
Plus loin il décrit ainsi la préface (appelée illalio en Espagne) et l'épiclèse :
Quinlu dcinde (oratio) infertur illalio in sandificalione oblationis, in qua eliam et ad Dei laudem terres- Irium crealurarum virtutumque cœleslium universilas provocatur et Ilosanna in excelsis cantalur,quod Salvatore de génère David nascenle salus mundo usque ad excelsa pervencrit.
Porrosexta (oratio) exhinc succedilconformalio sacramenii, ut oblatio quse Deo offertur sandificata per Spiritum Sandum, Chrisli corpori ac sanguini conformetur.
Harum (seplem oralionum) ultima est oratio qua Dominus nostcr discipulos suos orare instiluit dicens : Pater nostcr... ll.F.c sunt aulcm septem sacrificii oraliones commendalœ evangclica apostolicaque dodrina, cujus numeri insliluta ratio viddur vel propter seplenariam sandœ Ecclesiœ universilalem, vel propler sepliformem graliœ Spiritum cujus donc ea qux injeruntur sanctificantur '.
Florus de Lyon attribue la vertu consécratoire aux paroles du Christ : Chrisli virlule el verbis semper consecralur et consecrabitur. Mais il insiste sur l'opération du Saint-Esprit : Ipse ca Spirilus paracldi virlule el cœlesli benediclione sandum suum corpus el sanguincm suum esse per/ccit. Et sur les i)arolcs Quani oblalionem, il fait ce commentaire : Oratur omnipolcns Deus ut oblalionem suis sacris allaribus impositnm et tanlis precibus commendritam, ipse per virlutcm Spirilus descendenlis, ila Icyitimam d perivdum eucharisliam efficiat... ut quamvis de simplicibus trrrœ fruclibus sumpla, divinse bcnedidionis inejjubUi polcntia, efficialur fidelibus corpus et sanguis unigenili Filii Dei... Cum panis el vini creatura, in sacramenlum carnis et sanguinis ejus ine/labilis Spirilus sanctificatione transferlur '.
' Ad Monimum, I. U.c. vi, P. L., t. Lxv, col. 181. — 'Op. cit., col. 188; cf. col, iyO-l'J2, et Contra Fabiumim. col. 789- 791,795 — MrfA/onimum,l. U.c. ix, P. L., t. i.xv, col. 187. — ' iî((/moJ.,l. VI,cxxxviin-xi.i,P.I..,t. lxx.\xii,co1.255. — ' Lettre à l'arcliiiliacrc Redcniptus; cf. nausclicn, Eucharistie II. Bussakranwnl. p. 104. — 'P. L., t. LXXXiii, col. 755. — >De eccl. offlc, I. I. c. xv, (oc. cil., col. 752-753. Ueatus et
Le texte suivant de saint Pierre Damien ne manque pas d'importance, car il insiste tout d'abord sur l'action du Saint-Esprit dans l'eucharistie, et, sans s'exprimer très clairement sur le moment de cette action, il attire l'attention sur ces paroles : Per quem omnia. Domine, bona créas, sandificas, vivificas, benedicis, qui expriment cette action et constitueraient par suite une sorte d'épiclèse. Constat procul dubio, quia corpus Domini, quod in sacris allaribus per sancti sacerdolis dedicalur officium, concepta Sancti Spirilus virlule l'ivificatur el sandificalur, ut nos vivificare valeal el sandificare sicut in ipsis vencrandis missarum secrelis dicitur : Per quem hœc omnia. Domine, bona créas, sanclifiicas, vivificas, benedicis. Ncque cnim aliter vivificari passe creditur, nisi per Spiritum Sandum, cum, teslanle verilatc, Spirilus sil qui vivificat. Quero ergo, cum sanctus sacerdos eœlestc illud munus, quod virlule Sancti Spirilus viuificcatum est el sandi ficntum alque, ut confidenter loquar ejusdcm divini Spirilus gratia veraciter plénum, scelerato forte cuilibel porrigil, numquid propterea Spirilus Shnclus corpus dominicum descrit, etc. '.
Quant aux autres écrivains du moyen âge, Pascase, Radbert, Alcuin, Agobard, Tlicodulphe d'Orléans, Rhaban Waur, Ratramne, leur témoignage n'a pas pour nous la même Importance et nous nous contenterons de renvoyer sur ce point à l'article si complet du P. Salaville '.
Tels sont les principaux textes des Pères sur l'épiclèse du iv" au vni« siècle. On y remarquera les mêmes divergences que dans les textes liturgiques. Quelquesuns attribuent la vertu de la consécration aux paroles de l'institution, d'autres à l'invocation du Saint-Esprit. Souvent ces textes peuvent s'interpréter en ce sens, que l'une et l'autre formule sont essentielles et concourent à l'opération du sacrement.
Après cette époque, tandis que l'Occident établira avec une précision de plus en plus grande la portée des paroles de la consécration, l'Orient, sous l'inlluence de la théorie de saint Jean Damascène sur Vantitype ( cf. col. 152), donnera au contraire à l'épiclè-se une part prépondérante et exclusive dans l'accomplissement du mystère.