‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 20 sur 331 · IV. L'ÉPICLÈSE DANS LES LITURGIES DU V" AU · texte numérisé non relu

IV. L'ÉPICLÈSE DANS LES LITURGIES DU V" AU

x° SIÈCLE. — Les textes des Pères et les documents liturgiques antérieurs au V siècle, que nous avons cités dans les paragraphes précédents, nous ont permis de déterminer la nature et l'antiquité de l'épiclèse. Nous ne citerons ici qu'un nombre restreint d'exemples tirés des liturgies, parce que ces textes, d'ordinaire, sont faciles à trouver.

1° Liturgies orientales. — Après les deux formules classiques d'épiclèse des liturgies de saint Basile et de saint Jean Chrysostome, nous citerons de préférence quelques épidèses nouvellement publiées et moins accessibles.

AEÔjjteOa xal <jè TtapaxaXoOjxev âytc aYÎuv eûSoxla -nfi CTY)Ç aYaOÔTYjToç èXOeïv tô nveG(j.à ctou xè Tiavâytov èç' •?l(iàç xai ÈTri tx 7vpox.£ijj,£va Swpœ xaÙTa xal EÛXoyTJoai aùxà xal àyiadai xal àvaSEÎÇa!. t'jv \xh> SpTov toOtov aÙTO t6 Ttfjiiov <îû[xa toù Kuptou... tô 8è ttottjpi'jv toOto aiixb xô xî(jtiov aljia xoû Kuptou... ïiiiôcç Se Tiàvraç xoùç èx xoû bioQ Spxou xal xoG 7TOX-r)ptou [iExéxovxaç èvôxiai àXXTjXoiç Etç évùç IIvEÙ|ji.axoç àytou xotvojvlav xal |x-/]- Séva ïjjicôv EÎç xp[[xa yj eIç xaxâxpijia... x. x. X. '".

napaxaXoOjxEV xal SEÔiXEÛa xal îxEXEÙOjiEV xaxà7te|xij/ov x6 IIvEÛixa aou xà "Aytov kf' i\\Mc, xal èrel xà xpo-

.Elhérius répètent siir l'épiclèse la phrase nifmc <le saint Isidore : Sexta succedil, etc. Cf. Ad EHpandum cpislota, I. I , P. L., t. xcvi, col. 939. — ' De exposilione iiiissir, P. L., t. cxix, col. 52 sq. ■ — ' Liber gralissiimis.^. Ce texte a été cité pour la première fois par Mgr Baliftol, dans Krviic du clergé /niiiçais, 1908, t. Lv, p. 528. -- * Lor. ril.. col. 205 sq. — '" UrÉghlnian, Lidirjic de saint liu-iilc, p. 329.

ÉPICLÈSE

xstfjisva TotÛTa xxl 7:otyi<jov riv (xè^j àprov toûtov TÎ|Xtov CTÔifjia XptCTTOû CTOU neTaXxp&iv tû 7TV£Ù|xaTi. cjou Tci àytoj, To 8s CT Tôi 7rOT-/)pîfc) toûtco TÎ[i.iov aîfxa toû Xpi- OTOÛ oo'j [XîTapaXwv Toi TrvïùjjiaTi ao'j Tqi àytto, ûote ysvsoÔat toïç jj.£TaXa[x[3àvou<7!.v clç v^']»'''' '{''•'X')'? '<-'^-^- '•

Sacerdos... submissa voce et secreto dicat : Precamur le. Domine nosier, li precamur misericordiam tuam immensam ctrogamus Ihcsauram bonilalis luse inftnilœ, ut Spiriium Sanctum rêvera libi consubstantialem procedenlem a le et nunquamdiscedentem,iUum, qui tecum esse nullo tempore desinit, œternam scilicct et item firmum et, qui perpétua est, socium qaoad definilionem et socium destinalum una cum te et cum Filio luo unico in omnibus et socium in agendo, quem, cum ipse neminem participel neque a quoquam perfeclior reddatur, semper digni participant, qui sanctiftcat, cum non sanctificetur, potentem scilicet per semetipsum omnia jacere semper, secundum beneplacitum bonilalis luœ miltere digneris super nos et super has hostias ante le posilas casque mundare, hune panem et hune ealicem.

Hic sacerdos clamcl et dicat : Ut hune panem facias corpus vivificans Doniini nostri Jesu Christi.

Populus dicat : Amen.

Sacerdos dicat: El hune ealicem sanguinem vivificanlem item ejusdem Dei noslri el Salvaloris nostri in remissionem peccatorum nostrorum et vitam seternam eis, qui eum parlicipaverint.

Populus dicat : Amen '',

D'une liturgie syrienne :

Sacerdos inclinatus (dicit) invocationem Spiritus Sancli : Miserere noslri, Deus pater omnipolens, et mille nobis Spiriium Sanctum et vivificanlem perfectum omnino el libi Filioque luo unigenito consubstantialem, qui omnibus dona dispertil et unicuique, prout vult, assignat el dal, qui omnibus prope adest neque ullo loco circumscribitur, qui vivenlibus rector vilœ exstitil el sanctos reddit perfectos, hune mille nobis. Domine, cl per nos peccalores ad hiec mijsleria coram te (posita) pertingat non administrative, sed proprie, non typice, sed perfecte.

ORATlO: Exaudi me. KYRIE ELEISON. Kyrie eleison. Kyrie eleison.

SACERDOS : El hune panem facial + corpus unigenili Filii lui, -r corpus prseparans remissionem peccatorum nostrorum, + corpus prœstansincorruptibilitatem futuram in siecula sœculorum. Amen.

El hune ealicem facial nobis + [ealicem] remissionis peccatorum, + ealicem communionis adoptionis, + ealicem arrhabonis hœredilalis fulurse in ssecula sseculorum. Amen '.

D'une autre liturgie syrienne :

i.yrocATio SPIRITUS SANCTI : Miserere noslri, Deus pnter omnipolens, el mille super nos el super has oblaliones ante nos posilas Spiriium luum Sanctum, ttjv oÙGÎav etseternitale libi el Filio luo unico œqualem, illum. qui Slà TOÛ v6jji.ou el per pruphetas el per apostolos loeutus est, illum, qui super Dominum noslrum Jesum Chrislum in Jordane flumine apparuit, illum qui in linguis igneis super apostolos requievit — exaudi me. Domine —

' Brighmann, Liturgie de saint Jean CItrysostome, p. 330.

— - Eine œgyptische AIcss und Tau/lititnjie verniutlicli des VI ïahrh. verôffentlich von Dr Anton. Bauinstark, dans Oricns c/iris/ianiis, 1901, 1. 1, p. 17-19. — ' Eine syrische « liturgia sancii Athanasii i> uerôffentlicti vonDr .^nton Baumstark, dans Oriens civistianus, 1902, t. il, p. 109, 111. — ' Die syrische liturgie des Kyriakos uon Antiocheia, uerôffentlich von Karl Kaiser, dans Oriens christianus, 1905, t. v, p. 187. — > Denkmàler altarmenischer Messliturgie, ùbersetz von P. Petrus Fehrat, diins Oriens christianus. N'eue série, liill, t. i,p. !207.

— ^ Ditangebliche Liturgie des Id. Katholikos Saliak Ubersetz von P. Pclrus Feiwat, dans Oriens christianus, Neue série, 1913, t. III, p. 23. Voir encore une épiclèse étliiopienne dans le Bessiu-ione, 1910, t. vu, p. 181-209; et une épiclèse copte dans la Revue de l'Orient clu-étien, 1912, t. xvii, p. 223-243.

— ' Hoppe en cite un bon nombre, op. cit., p. 38, 71-92.

ut obumbransefjtciat hune quidem panem -f- corpus -(- -f- Christi Dei nostri -|- -f c/ hune ealicem -f- -}- sanguinem 4- ejusdem Christi Dei noslri -f , ut, cum digni fiamus communione horum sanctorum mysleriorum animseque nostrœ et corpora nostra puritiile et illustri luce sanctilalis resplendeanl '....

D'une liturgie arménienne :

A LIA 0 RATIO : Te adoramus et imploramus te, Deus ineffabililer miserieors : mille de edueanlibus descensibus luis (?) cum gratta cœlesli innovuntem el amalorem hominum Spiriium Sanctum luum super nos -f- et super hoc sacrificium -f-.çiio nune proposito facias panem hune corpus preliosum < et vinum hoc sanguinem pretiosum > Domini noslri et Salvaloris Jesu Christi '.

Il est à noter que l'épiclèse précédente est avant la préface.

Une autre liturgie arménienne donne cette épiclèse après la consécration : Et nunc procidenles rogamus le Domine : transmitte zh nveûn-ot cto'j t6 ay-ov èç' rniyir -\xai eTrl Ta 7Tpoxet[;teva Sûpa TaÛTa -f , ut tôv fibi âpTOv TOÛTOV sanctificans ostendat corpus salutis Christi lui, TÔ 8è TTOTTjptov toOto -^ songuincm venise peccatorum ostendat Christi lui — signât panem el ealicem (et) ter adorai — el /jfiâç TtàvTaç toûç èx toû évoç àpTou xai TOÛ TTOTTjpîo'j jXETÉ/ovTaç indissolubiUter uniat inamorem proximi '....

2° Épiclèse mozarabe. — C'est l'épiclèse morazabe qui, pour le moment, est la mieux documentée parmi les épiclèses occidentales. 11 n'est guère de messe qui n'ait son épiclèse exprimée dans la prière appelée Posl pridie et quelques-unes sont des plus curieuses '. Le Liber ordinum et le Liber mozarabicus, édités récemment par dom Férotin, ont apporté une riclie moisson ».

Nous ferons, à propos de cette épiclèse, les remarques suivantes :

Dans cette oraison Post pridie, qui correspond à l'oraison Posl sécréta, Post myslerium des gallicans, la liturgie mozarabe commémore la mort, la résurection, l'ascension et les autres mystères de la vie du Christ; on offre à Dieu (le Père) le Christ présent dans les espèces; on demande à Dieu de recevoir cette offrande, de bénir les espèces consacrées, pour que ceux qui les reçoivent soient comblés des biens célestes. Ces quatre éléments ne sont pas toujours présents dans tous les Post pridie, mais on y trouve toujours l'un ou l'autre '.

La place de cette oraison est toujours après les paroles de l'institution, comme du reste l'indique son nom de Post pridie. Ce titre est d'autant plus curieux que, comme l'ont remarqué dom Cagin et dom Férotin, le récit de la cène mozarabe ne contient pas ces paroles : qui pridie quam paleretur, mais bien celles-ci : In qua nocte. Ce n'est pas le lieu de nous arrêter ici sur cette singularité '". En tout cas, ce titre indique bien la place de l'épiclèse comme celui de Posl myslerium, ou Post sécréta, pour les liturgies gallicanes ".

Beaucoup de ces oraisons ne font aucune allusion à la transformation des éléments, mais expriment seulement l'action du Saint-Esprit sur les lidèles par la

L'invocation du Saint-Esprit est quelquefois, mais plus rarement, dans le Post sanctus. — * Cf. nos Monumenta liturgica, t. V et VI. Nous avons donné plus haut le texte de saint Isidore sur l'épiclèse. — ' Missale mixtum, P.L., t. lxxxv, col. 519 sq. Lesley, à qui l'on doit cette remarque, ajoute que l'on a, à tort, attribué aux mozarabes l'erreur des grecs; il alTirme qu'ils ont toujours cru, comme les gallicans, que les paroles de l'institution ont seules la force consécratoire; que les textes invoqués ù rencontre peuvent s'interpréter d;ms un autre sens. Sur ce point, les documents apportés par dom Férotin ne permettent pas de douter, nous l'avons déjà dit, que plusieurs épiclèses mozarabes demandent par l'opération du Saint-Esprit la transformation des éléments. — "Voir le mot Institution euciî.vristique. — " Cf. l-"érotin. Liber mozarabicus Sacramenlonim, iii-4, Parisiis, 1913. p. xxii.

EPICLESE

communion, conformément au sens des plus anciennes épiclèses. Cependant on peut en citer un certain nombre qui attribuent à rinter\ention du Saint-Esprit la conversion des éléments '.

Ces exemples sont d'autant plus curieux que souvent, au contraire, les termes du Post pridie mozarabe, comme ceux du Post sécréta ou Post mystcria gallicans, supposent que la conversion a eu lieu aux paroles de l'institution ; il ne faut pas s'étonner de ces contradictions en liturgie. La logique, comme nous l'avons déjà remarqué, n'\- est pas toujours appliquée, et, du reste, ces formules sont souvent d'origines très diverses =.

Ce qui est vrai, c'est que l'épiclèse mozarabe, dans la variété de ses Post pridie ou Post sandus, présente les combinaisons les plus diverses et il y aurait à faire une étude sur ces formules. Le Post pridie est adressé au Père, parfois au Fils ou au Saint-Esprit, ou à la sainte Trinité '.

11 est un certain nombre de ces prières qui, au contraire, supposent que la transsubstantiation a eu lieu par les paroles de l'institution. Plusieurs autres ne font aucune mention de la sanctification des éléments par le Saint-Esprit. Lesley conclut de son étude que les mozarabes ne considèrent pas l'invocation du Saint-Esprit comme nécessaire à la transformation des éléments et que cette épiclèse diffère essentiellement en ce point de l'épiclèse orientale '. Enfin la formule de l'épiclèse mozarabe varie à chaque jour ou à chaque fête, tandis que l'épiclèse orientale est invariable, comme du reste toutes les formules des liturgies orientales \

On signale avec raison, parmi les épiclèses mozarabes les plus curieuses, la suivante :

Post Pridie.

Memores sumus, eierne Deus, Pater omnipotens, gloriosissime pnssionis Domini nostri Jliesu Ctiristi Filii tui, resurrectionis etiam et ejus ascensiortis in celum. Petimus ergo majestatem tuam. Domine, [ascendant] preces humilitalis nostre in conspeclu tue démentie et descendat super hune panem et super hune calicem pleniludo tue divinilatis. Descendat etiam. Domine, illa Sancti Spiritus tui incomprehensibilis majestas, sicut quondam in Patrum hostiis mirabiliter descendat. Ac presta, Domine, ut hujus panis vinique substantia sanis custodiam adhibeat, languentibus medicinam infundat, discordantibus insinnet reconciliationem, etc. '.

Le Post pridie suivant s'inspire de l'anamnèse romaine :

Recolentes Domini nostri Jhesu Chrisfi beatissimam passionem, necnon et ab in/cris resurrcctionem, scd et in celis ascensionem, of/erimus prcclare Majestati lue hostiam panis et vint : quam sereno vultu respicias et acccplam eam habere jubeas. Descendat ituque super hoc Spiritus tuus Sanctus allare, qui et munera populi lui sanc- ■ lificel, et sumenlium corda placatus emundet '.

On a, non sans raison, attiré aussi l'attention sur l'épiclèse suivante, qui rappelle une doctrine souvent enseignée par les Pères orientaux, rapprochement entre l'opération du Saint-Esprit dans l'incarnation et dans l'épiclèse ; Post pridie. liée tibi. Domine, tua ser-

* Cf. dom Férotîn. op. cit., p. 265; notez en particulier le Post pridie, p. 430. — ' Le Dr Ncale, Essays in liturgiology, 2° édit., p. 161, et \V. C. Bishop, TItr mnzarabic rite, dans C/mrch quiirterïu rcuiew, janvier lUU", p. lxih, p. 317 sq., supposent que quelques-unes de ces formules ont reçu des interpolations. .Mais le fait, s'il existe, ne peut être qu'une exception. On peut s'en convaincre par l'étude du Liber nvtziwabictts, non encore édité A l'époque où l'on pouvait songer à interpoler les textes. — ' Missate mixttim, P. L., t. Lxxxv, col. 520 sq. — * Nous avons dit plus haut les réserves qu'il y avait lieu de faire sur cette nHirmation. — ' Lesley, op. cit., col. 521 sq., 727, 486, 507. — • Liber ordinum. p. 265. Ce genre d'invocation au Sainl-Ksprit sur les espèces consacrées est, dit l'éditeur, très rare dons lu

vantes precepta : in altare tuum panis et vint holocausta proponimus : et in commemoratione sancti lai Matlxei apostoli suscepta populi tui per has oblationes te jubente vota deferimus non nostris meritis: sed obsequio sascepti ofjicii. Rogantes profusissimum tue misericordie pietatem omnipotens Deus : ut eodem Spiritu quo te in carne virginitas incorrupta concepil : has hostias Trinitas indivisa sanclificet. R. Amen *.

La suivante, qui s'inspire si visiblement du canon romain, a été aussi justement remarquée :

Post pridie '. Caxon ro.m.vin.

Credlmus, Domine saucte. Te igitur, clemcntissime Pater eterne omnipotens Pater, Deus, Jhesum Christum Fi- per Jesura Christum Filiuni lium tuuni Doininuni nos- tuuni Dominum noslruni, trum pro nostra salute incarnatum fuisse, et in substantia deitatis tibi semper esse sequalem. Per quem te petimus et rogamus, omnipotens supplices rogamus ac pcli- Pater. ut accepta habeas et mus uti accepta Iiabeas et benedicere digneris benedicas hec miuiera et hec sacrificia hîec dona, ha*c munera, haîc inlibata, que tibi in priinis sancta sacrificia iUibata : in ollerimus pro tua sancta priniis qu» tibi ofTerimus Eccicsia catholica, quam pro Ecclesia tua sancta capacificare tholica,quam pacificai'e.cusdigneris todire, adunare et regcre per universum orbem digneris terrarum, in tua pace diflu- toto orbe terrarum una cum sura. Jamulo....

Memorare etiam, qusesu- Mémento, Domine, famu-

mus. Domine, servoruni tuo- lorum...

rura

qui tibi in honore sanctorum tuoruin (illorum) reddunt vota sua Deo vivo et vero pro reniissione omnium deUctorum. Quorum oblationem benedictam, ratam, rationabilemque lacère digneris. que est imago et sirnilltudo corporis et sangulnis Jhesu Christi Filii tui ac Redemptoris nostri '".

tibique

reddunt vota sua aîterno Deo, vivo et vero comnumicantes.... Hanc igitur oblationem... Quam oblationem tu, Deus... benedictam. adscriptam, ratam, rationabilem... facere digneris : ut nobis corpus et sanguis fiât dilectissimi Filii tui Domini nostri Jesu Christi.

3° L'épiclèse gallicane. — La plupart des remarques faites sur l'épiclèse mozarabe peuvent s' appliquer à l'épiclèse gallicane. Celle-ci est appelée tantôt oraison Post sécréta, tantôt oraison Post mysterium. Le titre même indique que l'épiclèse gallicane n'a pas la portée de l'épiclèse Orientale et que les gallicanes ne lui attribuent pas la vertu consécratoire. Le mystère, le sacrement (mysterium, sécréta) est accompli par la consécration; l'épiclèse vient comme complément. Les quelques épiclèses galUcanes qui semblent attribuer a l'invocation du Saint-Esprit la transformation des éléments sont donc en contradiction avec leur titre. L'épiclèse est souvent absente dans les liturgies gallicanes.

Le missel de Bobbio n'a pas de Post sécréta ou Post mysteria; il n'y en a qu'un petit nombre dans le missel gallican; le missel gothicc-gallicam en compte au contraire un grand nombre; cependant quelques messes

liturgie visigothique. Nous avons fait remarquer ailleurs que cette formule si5 retrouve dans les Oratione.t mile missani (foria vi) du missel romain, cf. col. 167. — ' Op. cit., p. 209. — ■ Cette épiclèse se présente encore nu moins trois fois, à savoir pour la messe de saint Matthieu, pour le commun d'un martyr et pour la messe de Noël. Ln formule ci-dessus est A la messe de saint Mathias. Voir les remarques de Lesley sur cette oraison, P. L., t. Lxxxv. col. 727 et 519. Voir une autre épiclèse dans un sens an;ilugue, avec l'explication de Lesley, col. 597. — • Liber ordinum, col. 321 sq. — " Cf. dom Cagln, Euclmrixliii, p. 62, 63. Il y aurait lil, selon l'auteur, l'indice d'un dépliiccinenl de l'épiclèse, conmic aussi dans un autre exemple qu'il donne ù la suite. Cf. p. lU.

EPICLÈSE

en sont privées '. Les formules de ces oraisons varient à chaque messe et elles présentent la même diversité que les épiclèses morazabes, adressées tantôt à la Trinité, tantôt à l'une ou l'autre des personnes. Elles varient également dans l'objet de leur demande, qui est d'ordinaire la sanctification des fidèles par la communion.

On peut citer encore, parmi les plus curieuses épiclèses gallicanes, la suivante, qu'il faut ranger parmi les épiclèses du Verbe (cf. plus haut, col. 117) :

Descendat, precamur, omnipotens Deus, super bœc quœ tibi offerimus, Verbum luum sanclum ; descendal instimabilis gloriœ luee Spirilus, descendiit antiquse indulgentise donum, ut fiât oblalio hœc hosiia spiritalis in odoremsuavilatis accepta : cliamnos famulos luos persanguinem Christi tua manus dexlera invicia cuslodial *.

Cette autre, tirée des messes de Mone, a été justement rapprochée des épiclèses orientales, avec lesquelles elle offre des analogies singulières :

Recolentes igilur el servantes prsecepta unigeniti. Deprœcamur, Pater omnipotens, ut his creaturis altario tuo superposais Spirilus sanclificationis infundas, ut per transfusione cœlestis,adque invisibilis sacramenti, panis hic mutatur in carne, et calix translalus in sanguine, sil lotius ( offerentibus ?)gralia, sit sumentibus medicina '. Le Post mysterium suivant du Missale gothicum est tiré de la messe de rAssoniplionrDtfscenrfa^Domine, in his sacrificiis luse bencdiclionis coœternus el cooperator Paraclitus Spirilus, ut oblationem, quam tibi de tua terra jructificante porregimus, cselesli permuneratione (permutatione) ,te sanclificante, sumamus : ut translata fruge in corpore, calice in cruore, propciat meritis quod obtulimus pro deliclo *.

Les Livres carolins ont deux allusions, qu'il faut citer, à l'épiclèse : Cum scilicet corporis et sanguinis dominici sacramenlum ad commemorationem passionis et nostrœ salulis nobis concessum ab eodem mediatorc Dei et hominum, per manum sacerdotis el invocationem divini nominis conficialur... Cum videUcet illudcfficiatur, opérante invisibiliter Spiritu Dei ... consecratur a sacerdote divini nominis invocations ^

L'allusion de Paschase Radbert, en plusieurs passages de son traité De corpore et sanguine Domini, n'est pas moins claire : Unde nec mirum Spirilus qui hominem Chrislum in utero virginis sine semine creavit, etiam | ipse panis ac vini substanlia carnem Christi et sanguinem invisibili potentia quotidie per sacramenti sui sanctiflcationem operatur... lia per eumdem [Spirilum] substanlia panis ac vini mystice idem Christi corpus et sanguis consecretur, etc. '.

Dom Cagin fait justement remarquer, dans certaines épiclèses galUcanes et dans d'autres épiclèses occidentales, des allusions à la fraction. Car épiclèse et fraction sont, dans ces Uturgies, étroitement unies. En voici deux exemples :

Post sécréta. Credimus, Domine, CREDIMVS IN HAC CONFRACTIONE CORPORIS, et effusione lui sanguinis nos esse redemplos : confidimus ctiam quod spe hic intérim jam lenemus, in œlernum pcrjrui mereamur, Per '.

Post sécréta. Credimus, Domine, advenlum luum : reco-

■ Dom Cagin en a fait le compte : 18 épiclèses pour 68 messes du gothicum; 6 pour les 11 messes de Mone; dans Bobbio aucune. Euch(u-istia, p. 59. Cf. Paléographie musicale, t. v, p. 85. Par contre, presque autant d'épicléses que de messes mozarabes. Eucharistia. p. 59. Nous avons cité plus haut l'épiclèse attribuée à tort par Bunsen .'i saint Ililairc, mais qm est un fragment d'épiclésegaUicane. — ' j\Iissale gallicanum velus. Tommasi, Opéra, Romae, 1751, t. vi,p. 375. — ' Hoppe, qui lait ce rapprochement, attire l'attention spécialement sur crcalun'ssupfrposids, rrv'j/.efusvct ômm. Op. cit., p. 71, note 138. — ' P. L., t. Lxxn, col. 245. Hoppe, op. cit., p. 71-92, cite un grand nombre de ces épiclèses. — ' Lib. II, c. xxvn,P. L.,t. xcvm, col. 1094, 1095. — *f. Z.., t. cxx, col. 1277, 1278. — 'Missa!e9oUiicum. Tommasi, Opéra, t. VI,

DiCT. d'arcii. chrét.

limus passionemluam, corpus luum in peccatorum nostrorum remissione confractvm, sanguis sanctus luus in prelium nostree redemptionis effusus est. Qui cum Paire '.

4" Épiclèse milanaise. — Le canon de la messe ambrosienne est étroitement apparenté à celui de la messe romaine. Ce que nous disons de l'épiclèse romaine s'applique donc en partie à l'épiclèse milanaise '. Le texte du De sacramentis que nous citons est un extrait de la liturgie milanaise ". D'après Rauschen, l'épiclèse aurait disparu de la messe ambrosienne au vin' siècle ". Mais nous retrouvons dans la liturgie milanaise au moins deux formules anciennes d'épiclèse. La première est dans la fameuse messe du jeudi saint, qui porte toutes les marques d'une haute antiquité et qui, dans un manuscrit du ix» ou du x= siècle, nous présente cette formule d'épiclèse :

Hœc facimus, hœc celebramus, tua. Domine, prœcepta servantes, et ad communionem invisibilem hoc ipsum, quod corpus Domini sumimus, mortem Domini nuntiamus. Tuum vcro est, omnipotens Pater, miltere nunc nobis unigenitum Filium tuum quem inquœrentibus sponle misisli. Qui cum sis ipse immensus et inœslimabilis, Deum quoque ex te immensum et inœstimabikm genuisti, ut cujus passione redemptionem humani generis tribuisli, ejus nunc corpus tribuos ad salulem. Per eumdem Chrislum Dominum ncstrum, per quem hœc omnia. Domine, semper bona créas, sanclificas, viviflcas, benedicis, et nobis famulis luis largiter prœslas ad augmentum fidei et remissionem omnium peccatorum '^

Cette oralio super oblala du codex Bergomensis est aussi à noter : Altari tuo Domine superposila munera Spirilus Sanclus assumât qui beatœ Marise viscera sui splendoris veritate rept vit, per Dominum ".

V. L'ÉPICLÈSE rom.\;ne. — La question de l'épiclèse romaine nous place tout de suite en face de sérieuses difficultés. Elle est si obscure que cinq systèmes différents ont été imaginés et sont encore soutenus aujourd'hui ; 1" pas d'épiclèse romaine; 2" épiclèse Quamoblationem; 3° épiclèse Supplices te; 4° deux ou plusieurs épiclèses romaines; 5° épiclèse par l'imposition des mains.

1" Il est certain que, si l'on s'en tient à la définition stricte de l'épiclèse telle que nous l'avons donnée et telle qu'elle se trouve dans la plupart des liturgies orientales et dans quelques-unes des messes mozarabes et gallicanes, à savoir, une invocation au Saint-Esprit afin qu'il transforme les cléments du pain et du vin au corps et au sang du Christ, il n'y a rien dans la messe romaine qui ressemble, même de loin,à une telle formule. Le Saint-Esprit n'est même pas nommé à cette place.

Mais nous l'avons dit, en dehors de cette épiclèse entendue au sens absolu, il y a d'autres formes d'épiclèse plus antiques et d'un sens plus vague, par exemple, une prière au Saint-Esprit, sans allusion à la transsubstantiation.

Mais, dit-on, s'il n'existe pas aujourd'hui d'épiclèse romaine au sens strict, cette épiclèse a existé autrefois au canon romain. On en trouve encore des traces aujourd'hui. Voilà, en effet, ce que nous lisons dans un texte de Gélase du v siècle :

p. 335. — ' Missale gothicum, loc. cit., p. 236; dom Cagin, Te Deum ou illatio, p. 218 sq. Saint Germain de Paris, dans son Expositio,P. L., t. Lxxii, col. 94,etsaint Isidore,De£cc/. offici is I, 15, notent aussi cette union de la fraction et de l'épiclèse. — • Cf. col. llil, et aussi AAmnosiEN (Rite), t. i, col. 1407 sq. — '"Voir, col. 164 et t. i, col. 1047 — " Eucharistie u. Bussakramenl, Frib. i. Br. 1908 ; cl. Schermann, dans Rôm. Quartahch., 1903, p. 248. — "Muratori, Liturgia romana vêtus, t. i.p. 133; cf. yiissale Ambrosianum, Milan,1831,p. 142-143; Hoppe, op. ci/., p. 92-93; Duehcsnc, Origiue.^ du culte cla-élicn, 1898, p. 208, note 2. — " Auctarium Solcsmense, codex sacranientorum Bergomensis, 1900, p. 12. Le rapprochement entre l'action du Saint-Esprit dans l'eucharistie et dans l'incarnation est aussi à signaler.

ÉPICLESE

Et cerle imago et similitudo corporis et sanguinis Christi in actione mysteriorum celebraniur. Satis ergo nobis evidenlcr ostenditur hoc nobis in ipso Christo domino sentiendam, quod in ejus imagine profiiemur, celebramus et sumimus: ut sicut in hanc scilicet divinam transeunt Sancto Spiritu perficiente substantiam, permanentes tamen in sua proprietate naturse : sic illud ipsum mysterium principale, cujus nobis efficientiam virtutemque veraciter reprœsentant, ex quibus constat proprie permanentibas, unum Christum, quia integrum verumque permanere demonstrant '.

Il est fait allusion ici, incontestablement, à une invocation du Saint-Esprit, qui, à la manière de l'épiclèse orientale, opère la transformation du corps et du sang du Clirist.On a cherché à contester la valeur de ce texte en disant que Gélase, dans tout le traité De duabus natwis, d'où ce témoignage est tiré, s'inspire de l"EpavtCTTTjÇ de Théodoret; il eut par ailleurs de nombreux rapports avec l'Orient; il est donc possible que Gélase se référé dans le passage cité à l'épiclèse des grecs '. Mais il faudrait encore expliquer le texte suivant dans une lettre du même pape à Elpidius, où se lit de même une allusion à l'épiclèse :

Sacrosancta religio quse calholicam tenet disciplinam, lantam sibi reverentiam vindicat, ut ad eam quilibel nisi pura conscientia non audeat pervenire. Nam quomodo ad divini mysterii consecrationemceelestis Spiritus invocalus adveniet, si'sacerdos, qui eum adesse deprecatur criminosis plenus actionibus reprobetur '.

Ce passage, nous dit-on, viserait une liturgie dont se ser\'ait Elpidius, évêque de Volterra, laquelle pouvait contenir une épiclèse '. Voilà bien des hj-pothèses, et l'on trouvera que c'est se débarrasser à bon compte de deux textes, dont le second surtout paraît probant.

Même si on les rejetait, nous pourrions en citer un troisième, celui-ci décisif, et qui a été peu remarqué. Paul Warnefried (Paul Diacre), dans sa Vie de saint Grégoire le Grand, se sert de ces paroles : Prœscius conditor noster infirmitatis nostrx ea potestale, qua cuncta fecit ex nihilo et corpus sibi ex carne semper virginis, opérante Sancto Spiritu, fabricavit, panem et vinum aqua mixtum, manente propria specie,in carnem et sanguinem suumadcatholicam precem ob reparationem nostram Spiritus tui sanctificatione convertit ', qui sont à rapprocher de nombreux textes des Pères anciens sur le parallèle entre l'incarnation et l'eucharistie. L' une et V autre par l'opération de l'Esprit; il semble bien qu'il y ait là encore une allusion à une épiclèse romaine.

L'argument que l'on apporte contre l'existence d'une épiclèse romaine est la conformité du canon romain avec le De sacramentis. Or le De sacramentis, dont l'existence au i\' siècle n'est pas douteuse, n'a pas plus d' épiclèse que le canon romain, au sens strict du mot. Il paraît peu probable, ajoute-t-on, qu'entre 400 et 492, époque de Gélase, la hturgie ait admis une formule d" épiclèse qui aurait disparu ensuite. Mais cette objection n'a pas grande valeur. 11 y a eu dans la messe romaine du v= au vu' siècle des changements importants

' Thiel, lipistolœ RR. PP. genuiniv, t. i, p. 77; cf., sur ce texte, UatifTol.i.'cuchariide.S'èdil., p.322;Varaine, op. ci/., p. 122 sq., et 75. — * Cf. SaJtct, Les sources de l'Kpxv'.TTc,;, de Théodoret. Extrait de la Revue d'Iiistoire ecclésiastique, Louvain, 1005, p. 52; Kpavi<7Tr,;, P. G., t. Lx.xxiii, col. 55 sq. ; Varaine, op. ci(., p. 122 sq. . — » Epislolœ RR. PP., t. I, p. 486. — • Varaine, op. cit., p. 127-128. — ' Vita Cregorii papa:, c. xxiii, P. L., t. Lxxv, col. 53. • C'est l'opinion de W. C. Bishop, dans Church quarlerly reoiew, 1908, t. Lxvi, p. 303, 309. Cependant, Srawley repousse cette hypothèse, op. cil., p. 185, 200. Nealc, après Grabe, reprochait déjà à l'Église romaine de n'avoir pas d'épiclése,£as(<;rnC/iurcA,Introd..t.I,p. 485. C'est aussi la thèse de Varaine, non seulement qu'il n'y a pas, mais, ce quJ est

dont nous ne connaissons pas le détail, mais dont l'existence est affirmée par saint Grégoire, notamment sur la place du Pater, sur la finale du canon, sur la fraction, dont la formule a disparu aussi.

En tout cas, certains liturgistes admettent l'hypothèse d'une épiclèse romaine plus expressive, que l'on aurait fait disparaître pour lui substituer une forme plus anodine, le Supplices te, qui laisse aux paroles de l'institution toute leur force '.

La thèse de Buchwald, que nous exposons ailleurs, revient un peu à celle-là, à savoir : Rome avait d' abord une épiclèse du logos, que l'on remplaça ensuite par celle du Saint-Esprit, laquelle disparut à son tour. Le Per quem hsec omnia est un reste de l'invocation du logos, comme le Supplices te est un reste de l'invocation du Saint- Esprit. C'est sous Léon (440-461) que l'épiclèse du Saint-Esprit aurait été substituée'à celle du Verbe, et sous saint Grégoire I" que l'épiclèse du Saint-Esprit aurait fait place à la forme actuelle '.

2''L'épiclèse romaine QCAM oblatioxem. — Unbon nombre de liturgistes anciens ou modernes voient dans le Quant oblationem l'épiclèse romaine. 11 est certain, en eflet, que la terminologie, surtout la clause finale : ut nobis corpus et sanguis fiât dilectissimi Filii tui Domini nostri Jesu Christi, a les allures d'une épiclèse. Parmi les anciens qui se sont ralliés à ce sentiment, on peut citer Innocent III, Alexandre de Halés, Albert le Grand, saint Thomas, etc. *; parmi les modernes, Lebrun', dom P. de Puniet, mais surtout Ed. Bishop, qui se prononce énergiquement pour cette opinion et condamne ceux qui voient l'épiclèse romaine dans les prières Supra quœ et Supplices te. Il prouve sa thèse par plusieurs raisons, notamment par des rapprochements avec les liturgies orientales, avec les Clémentines, avec la liturgie d'-\daï, etc. ".

Nous donnons ici ce texte, comparé à celui du De sacramentis.

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