‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 2 sur 331 · II. L'eNCEN'S DANS LES RELIGIONS NON CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

II. L'eNCEN'S DANS LES RELIGIONS NON CHRÉTIENNES

ET DANS LE CULTE JUIF. — Chez tous les peuples antiques ayant atteint quelque degré de civihsation, l'encens fut employé comme sacrifice dans le culte public et privé, ou d'une façon purement domestique comme parfum ou fumigation. L'origine de ce rite semble remonter au culte des morts. L'encens offert aux morts était considéré comme une des substances capables d'entretenir dans le cadavre le principe vital

' Deux fois cependant par libanns. Ecclcs., xxiv, 21; XXXIX, 18. — ' Is., LX, 6; Jer.. vi, 20; III Ueg.. X. 2, 10; II Par., IX, 1, 9. — ' O. Celsius, Ilierobolanicon, in-8», Amsterdam, 1748, t. i, p. 240-241. — 'Ch. Jorcl.X-cs plante.i lions l'antiquité, Paris, 1897, t. i, p. 356 sq. ; A. Sprenger, Die alte Geograpliie Arabiens alx Crundlagc der linlwickclungsgesclticlile des Semitisnuis. Hcrnc, 1875, p. 2r)!t-303. — 'A. M. lilackman, '/'/le iigiiilirunce o/ incrnse and

offert 1 933 766 pièces d'encens pendant les trente et une années de son règne '. — b) Avec d'autres offrandes : l'encens, la myrrhe et d'autres parfums étaient placés dans la carcasse du bœuf offert à Isis.

L'encens était largement employé dans les rites funéraires en Egypte. On en offrait cinq grains, deux fois, à la bouche, aux yeux et aux mains du défunt. On ne s'en servait pas cependant pour l'embaumement.

2° Symbolisme. — La fumée d'encens emporte aux ciel les paroles de la prière '. La fumée de l'encens offert pour un mort emportait son Ame au ciel '. Les dieux étaient apaisés par l'odeur agréable de l'encens.

3" Chez les Babyloniens. — L'emploi de l'encens chez les Babyloniens fut très tréquenl. On l'offrait

libations in funeniru and temple ritnal, dans Zeitsclirifl lùr iigyptisclie -S/iruc/ir iind Alterluniskimde, 1912, t. L, p. 69 sq. ; G. Elliut Sinitli, Incense and lituttions, dans Bulle^ tin o/ llie Jnhn Uglands tibrarg, .Manchesler. 1917-1918, t. IV, p. 191-262. - '.(. G. Wilkinson, Manners iind customs n/ ancient lùjmdians, l.uiidres. 1878, t. m, p. 411, 417. — ' Cf. Apocal.. vin. :t. 4. — • !•;. \. T. Wallis Uiidxe, 0.siris and tlw F.qiiiJlian r"viirr«(ioji, l.uiiilres, 1911, I. m, p. "255.

ENCENS

aux dieux '. Les prières, les oracles, les incantations, les rites funéraires étaient accompagnés de roffrande de l'encens '. On l'employait également comme fumigation pour la table des dieux, pour les lieux que les dieux étaient supposés fréquenter, pour les maisons et pour les personnes '.

4° Chez les peuplades cananéennes. — L'emploi rituel de l'encens fut très répandu. On l'offrait à Baal, au soleil, à la lune, aux étoiles. Les Livres saints contiennent de nombreuses références à ce culte '.

5° Chez les Perses. — Dans le culte des anciens Perses l'encens était offert cinq fois par jour. On en brûlait parfois des quantités considérables. Hérodote ' rapporte que Darius en brûla 300 talents sur l'autel. On s'en servait également pour les purifications et les fumigations.

()° Chez les Grecs. — L'encens, dans le sens de résine, est postérieur à Homère. L'idée de plaire aux dieux par des fumées odorantes est cependant antérieure, mais on brûlait des bois odorants. Le 6uoi; d'Homère signifie ces bois. Plus tard, il prit le sens d'encens, d'où le thas des Romains. L'encens proprement dit ne fut employé en Grèce qu'à partir du vin' siècle avant J.-C. Il est probable qu'il y fut introduit avec le culte d'Aphrodite. On le brûlait avec les sacrifices sanglants et non sanglants. On le jetait alors sur l'autel pour le mélanger au sacrifice, ou on en remplissait la victime. Quelquefois on l'offrait avec des sacrifices non sanglants, mais sans le brûler. On l'offrait également seul, soit dans le culte domestique, soit dans le culte public, à Zeus, Demeter, Hermès, etc., soit dans le rituel de certaines sectes, comme le culte d'Orphée. On le brûlait alors sur des brasiers placés sur l'autel ou tout auprès, quelquefois même en dehors du temple. On se servait également d'encensoirs portés à la main '.

L'encens était considéré comme une chose précieuse que l'on donnait en cadeau ".

7° Chez les Romains. — L'encens était une des plus importantes offrandes non sanglantes (libaniina). .Sans son emploi aucun rite n'était complet. Cependant, comme chez les Grecs, on brûlait à l'origine des bois odorants. C'est par le culte de Bacchus que l'encens fut introduit dans le rituel romain. Pour les sacrifices sanglants, on le versait sur l'autel avec du vin, avant d'y mettre la victime. On l'offrait aussi avec le sang et on le brûlait avec les exla. On l'offrait seul, soit dans le rituel public, soit dans le rituel domestique privé. On l'offrait chaque jour au lar familiaris. On l'employait aussi dans les rites funéraires. 11 servait également à éloigner les prodiges ainsi que dans les cérémonies magiques. On le brûlait sur les grands autels des temples, dans des brasiers ou sur de petits autels portatifs (focus, turribulum) '.

8° Chez les bouddhistes. — Le bouddhisme primitif

' M. Jastrow, The religion o/ Baby'.on and Assijria, Boston, 1898, p. 503-66.Î. — = M. Jastrow, op. cit., p. 281, 3'16, 575; A. Jeremias, The Babylonian conception o) lieaven and Itell, Londres, 1902, p. 11. — ' M.-J. Lagrange, Éludes sur les religions sémitiques, 2' édit., Paris, 1905, p. 239 sq. — ' m Reg.,xi,8;Jer.,vn,9;xi,13;xix,13;xxxi!,29;Ezech., VI, 13; vra, 11 ; Osée, n, 13. — ' Hérodote, Hist., VI, 97. — * Darcmberg-Saglio, Dict. des antiquités grecques et romaines, t. IV, p. 964; L.-F.-A. Maury, Histoire des religions de ta Grèce antique, Paris, 1857-1859, t. il, p. 116. — ' .\. Bôckh, Corpus inscript, grœcarum, in-fol., Berlin, t. il, n. 2852; t. m, 5773. — ' J. Hastings, Encijclopœdia o/ religions and etliics, Edinburgh. 1914, t. vu, p. 204; Bulletin archéol. du Comité des travaux liistoriques, Paris, 1888, p. 476-477; Corpus inscrip. lat., t. n, n. 1650; G. Ilenzen, Inscrip. lat., n. 7004. — ' Monier Williams, Buddhisni, Londres. 1889. p. 315, 319. 329, 345, .350, 357; J. Doolittle, Social li/e o/ tlie Chinese, Londres, 1886. — " E. W. Lanc, Moaern Egtjptiuns, Londres, 1846, t. i, p. 186, 217; t. n.

interdisait tout rite extérieur; néanmoins les cérémonies ne tardèrent pas à s'y introduire cl à y prendre une place de plus en plus importante. L'encens fit son apparition vers le ym" siècle et les voyageurs ont souvent attiré l'attention sur ccrlaines ressemblances entre les rites de l'encensement chez les chrétiens et chez les bouddhistes '.

9° Dans le culte de Mahomet. — Dans le culte officiel l'encens n'est pas employé. Mais on l'offre aux tombeaux des saints et on s'en sert dans les funérailles, les cérémonies magiques et les mariages ".

10° Dans le nouveau monde. — L'encens était également employé dans le culte des anciens Mexicains ".

11" Dans le culte juif. — Les critiques et les exégètes ne sont pas d'accord sur l'origine et le développement de l'emploi de l'encens dans le culte juif. Certains d'entre eux prétendent placer très tard (fin du vu» siècle) l'emploi de l'encens proprement dit (lebônâh); et l'érection de l'autel d'encens (Exod., xxx-xxxi) serait encore postérieure'-. Comme dans la plupart des autres rehgions, les juifs olTraient l'encens soit seul, soit avec d'autres sacrifices ou oblations. Dans le premier cas, l'encens n'était pas pur, mais mélangé à troisi autres ingrédients ". Les prêtres seuls étaient cliargés de préparer et de garder ce parfum, exclusivement réservé, sous peine de mort, au culte divin ". Le jour de la fête de l'Expiation, lorsque le grandprêtre entrait dans le Saint des saints, il offrait cet encens ou parfum dans un encensoir. Cette offrande le garantissait contre la mort ". On l'offrait également deux fois par jour, vers 9 heures du matin et 3 heures du soir, sur l'autel des parfums, dans le Saint", Cet office, d'abord réservé à Aaron, fut ensuite confié aux autres prêtres. Celui qui devait l'exercer était désigné par le sort ". Les cérémonies de ce rite étaient minutieusement fixées et toute infraction sévèrement punie ". L'encens offert avec les oblations non sanglantes était pur. Sur l'offrande de farine arrosée d'huile on répandait des grains d'encens ". Pour l'offrande des fruits nouveaux, les épis encore tendres étaient brojés, arrosés d'huile et saupoudrés d'encens -". L'encens était interdit pour les offrandes pour le péché ='. On se servait également d'encens très pur pour les pains de proposition ^■. Dans le culte juif, l'encens est réservé à Dieu seul ". L'offrir à d'autres dieux est une marque d'idolâtrie ". Dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament l'encens brûlant est le symbole de la prière ^.

m. L'encens dans le culte chrétien PRiinTiF.

— Nous n'avons aucune preuve positive de l'emploi rituel de l'encens par les chrétiens avant la deuxième moitié du ivî siècle. L'influence du culte juif et celle de l'.\pocalj'pse, par rapport à l'emploi de l'encens, ne se feront sentir que plus tard, et l'allusion à l'encens dans la prophétie de Malachie -«... et in omni locosacri-

p. 71, 93; t. m, p. 154; T. P. Hughes, Dictionary o/ islam, 2" édit., Londres, 1896, p. 72 sq., 206. — " M. Z. Nuttall, ^4 peniiential rite o/ ttic ancient Mexicans, dans Archœological and ethnological papers o/ the Peabody Muséum, Harvard University, 1904, t. i, n. 7. — **S. R. Driver, An introduction (0 the literature o/ the Old Testament, 6" éd., Edinburgh, 1897, p. 37-38; F. Delitzsch, Der Bâuc/iera!.'ar, dans Zeibichrift far l<irchliche Wissenschaft, 1880, p. 114-121; A. Van Hoonacker, La date de l'introduction de l'encens dans le culte de Jahvé, dans Revue biblique, 1914, t. -xi, p. 161-187; C. F. A. Dillmann, Eiodus und Leviticus, 3» édit., Leipzig, 1897, p. 350 sq. — " Exod., xxx, 34-36.

— " Exod., xxx, 36-38; I Parai., ix, 29. — " Lev., xvi, 12-14. — '• Exod., xxx, 7-8. — " Luc., i, 10. — >' Num., XVI, 17-50; II Parai., xxvi, 16-22; Lev., x, 1. — " Lev., II, 1-2; VI, 15. — =" Lev., ii, 15-16. — " Lev.. v, 11; Num.. v, 15. — '= Josèphe, Anl. jud., 1. III, x, 7, — " Hxod,, xxx, 38. — • " I Mach., n, 15. — " Psal., cxL, 2; Apec, v, 8; vni, 3, 4. — '• Malach., i. 11,

ENCENS

ficatur cl of/eiliir nomini meo oblatio munda, dans le texte grec : Q\>\j.ia.p.a. jrpooâyETai, dont les liturgistes postérieurs ont fait tant de cas, est passée sous silence par les commentateurs des premiers siècles ou expliquée comme sj'mbole de la prière '.

Les textes généralement allégués en laveur de l'emploi de l'encens dans le culte chrétien primitif sont peu nombreux et ne sont pas antérieurs au iv« siècle.

Le langage des Constiltttions apostoliques, comparant les vierges à l'autel d'encens et à l'encens luimême ^ est purement figuré et n'implique aucun emploi rituel de l'encens. 11 en est de même du passage d'un sermon de saint Basile où il est dit : « Les maisons de prières furent détruites par des mains impies, les autels renversés et il n'y avait ni oblation ni encens '. • C'est une citation textuelle du prophète Daniel '. Hosius, écrivant à Constantin, en 335, lui dit : « Il n'est pas permis à nous d'exercer le pouvoir sur cette terre, ni à vous de brûler l'encens ^. » Ces paroles font allusion au sacrilège du roi Osée', et le contexte montre clairement qu'il faut les prendre au sens figuré. L'ordonnance attribuée par l'auteur du Liber pontificciUs au pape Soter (162-170), prescrivant ul nutlns monachiis (d'après certains manuscrits, nulla monacha)... incensum ponerct in sanclam ecclesiam ', est sans valeur comme preuve, puisque la rédaction de cette première partie du Liber ponliflcalis est du vi<> siècle. Il faut également écarter le témoignage emprunté au chapitre xxxiv du De consummatione mundi, attribué à Hippolyte ». Cet ouvrage est apocryphe.

Par contre, toute une série de témoignages, peu concluants peut-être pris séparément, mais dont la force cumulative paraît décisive, semblent démontrer que l'encens, comme symbole rituel, était rigoureusement proscrit du culte chrétien primitif.

Saint Justin et Athénagore, réfutant l'accusation d'athéisme portée contre les chrétiens, admettent qu'ils n'offrent ni sacrifices sanglants, ni libations, ni encens, puisque le Dieu qu'ils adorent n'en a pas besoin» . Tertullien est plus explicite encore. Le chrétien offre à Dieu opiniam et majorem hostiam guam ipse mandavil, oralionem de carne pudica, de anima innocente, de Spiritu Sancto proleclam. Non grana thuris unius assis Arabicœ arboris lachrymas '". Clément d'Alexandrie, comparant le culte chrétien et le culte païen, déclare que le vrai autel est l'âme du juste et l'encens qui s'en élève, la prière ". Origène insiste sur la même idée^^ Arnobe et Lactance raillent les sacrifices d'encens des païens d'une fa^on qui semble exclure son usage dans le culte chrétien ". Citons encore le témoignage de saint Augustin : Non

' S. Justin, Dial. cum Tryplione, c. xli, P. G., t. vi, col. 504; cf. c. .\xvni et cxvii, col. 5.36, 745; S. Irénéc, Contra liicr., 1. IV, c. xvn, P. G., t. vn, col. 1023-1024; Tertullien, A<lu. Marcionem, 1. III, c. xxn, P. L., t. ii, col. 381 ; Adv. Judœos, c. v, P. L., t. il, col. 616-647; S. Cyprien. Test. adv. Judœos, I. I, c. .\vi, P. L., t. iv, col. 715, 011 le texte de Malachie est cité sans commentaire; Eusébe, Demonst. evangel.. 1. IV, c. X, JF'. G., t. xxn, col. 92; cf. S. Jérôme, Corn, in Psal. LXV, où les mots cum incenso du verset Itolocausla niedullaln ol/eram tibi cum incenso arietum, sont accompagnés de cette explication : cum acceptabili oralionis odore. P. L., t. .xxvi, col. 1068. — « F. X. Funlt, Didascalia et Constiluliones aposlolorum, 1. Il, c. XXVI, 1905, t. I, p. 105. — > llom. in Gordianuin murt., P. G., t. XXXI, col. 496. — ' Dan., m, 38. — • S. Athanase, Hisl. arinn. ad monaclios, c. xliv, p. G., t. x.xv, col. 745- 746. — • II Par., xxvi, IG sq. — ' Liber puntificalis, éd. Ducliesne, t. i, p. l.'{5. — • S. Hippolyte. De consummatione mundi. c. xxxiv, P. G., 1. x, col. 936. — • S. Justin, Apol., I,c. xiii,/'. G'.,t. VI, col. 345;cr. ylpo(., II, c. v, i'. G.,t.vi, col. 452; AtliénaKorc, Legatio pro clirist., c. xiii, 1'. G., l. vi, col. 910. — '"> Tertullien, Apol. adv. gcnte.'!. c. xxx, J'. L., 1. 1,

imus in Arabiam thus quœrere, non sarcinas avari negotiatorum excutimus. Saerificium laudis quœrit a nobis Deus '*.

Voilà les principaux textes. On trouvera dans l'ouvrage de M. Atchley " d'autres renseignements encore sur ce sujet, avec renvois aux auteurs chrétiens jusqu'au v° siècle inclusivement. Les liturgistes qui prétendent faire remonter l'emploi de l'encens jusqu'aux origines du christianisme font remarquer que ces divers témoignages ne prouvent nullement que les chrétiens des premiers siècles ne se servaient pas d'encens dans leur culte, mais seulement qu'ils ne s'en servaient pas de la même façon que les païens. Mais cette hypothèse est généralement abandonnée aujourd'hui.

Cette réprobation de l'encens par les premiers chrétiens s'explique par leur aversion pour tout ce qui pouvait rappeler le culte des idoles, surtout les sacrifices d'encens, qui équivalaient pour eux à l'apostasie. Néanmoins, ils n'hésitaient pas à s'en servir dans la vie privée comme mesure d'utilité pratique. Si nie odor alicujas loci oflenderil, écrit Tertullien, Arabiœ aliquid incendo; sed non eodem ritu nec eodeni habita nec eodem apparalu quo agitur apud idola ". De bonne heure, également, comme nous le verrons plus loin, ils employèrent l'encens dans les funérailles.

A partir du milieu du iv« siècle, les témoignages relatifs à l'encens, soit dans le culte public, soit dans la dévotion privée, d'abord rares, deviennent ensuite plus nombreux, mais ils sont en général si vagues qu'il est impossible de fixer avec précision le rituel primitif de l'encens ou l'origine et le développement des divers usages tels qu'on les rencontre plus tard. Tout ce que nous pouvons faire est de grouper avec autant d'ordre que possible les plus importants de ces témoignages.

IV. L'encens dans les rites funéraires. — Les plus anciens textes concernant l'emploi de l'encens par les chrétiens se rapportent aux funérailles. Suivant l'usage commun, les chrétiens se servaient d'encens et d'autres parfums pour embaumer leurs morts ou pour brûler autour du cadavre, ce qui montre qu'on n'attachait plus aucune signification religieuse à ces pratiques : cependant, vers la fin du iv" siècle, comme le prouve le Testament de saint Eplirem ", l'encens et les parfums étaietit considérés comme des marquesde respect et d'honneur envers le défunt, et non plus comme de simples mesures d'utilité pratique.

En outre, pour bien marquer le contraste entre la conception chrétienne de la mort et celle des pa'iens, les chrétiens donnèrent à leurs funérailles tous les caractères d'un cortège triomphal, chants d'allégresse, lumières, palmes, encens. 11 est très probable que

col. 504 sq. — " StromaU, I. VII, c. vi, P. G., t. IX, col. 444; cf. Pa'dag., 1. II, c. VIii; 1. III, c. xu,P. G., t. viii, col. 473, 669. — " Contra Celsum, 1. VIII, c. xvn, XX, P. G., t. XI, col. 1540 sq., I."i48; Ilom., xiii, m Levit., P. G., t. xn, col. .550; Ilom., m, in Lih. Judicum, P. G., t. .\n, col. 962-963. — ".\rnobe, Adv. gentes, 1. VII, c.xxvi, xxvn, xxviii, P. L., t. V, col. 1253; cf. op. cit., 1. VI, c. I, III. P. L.. t. V, col. 1162, 1164; Lactance, Epil. divin, instr., c. Lviii, P. L.. l. vi, col. 1007; cf. Divin, instit.. 1. VI, De vero cuitu, c. i, ii, P. L., t. vi, col. 634. — " S. AuKustin, Enarral. in Ps. XI.IX, c. .xxi, P. L., t. xxxvi. col. 578. — "E. G. C. F. Atclilcy, A Iiislorij o/ tlic lise o/ incense in divine worsliip, Londres, 1909, p. 81 sq. Cet ouvrage est le meilleur et le plus complet qui ait paru jusqu'ici sur ce sujet. L'auteur a réuni en un fort volume de 404 pages une masse impnsanli' île matériaux. Malheureusement l'ordre adopté est ilcinneerlant et rond la lecture ilintcilc. Los références sont sou\fnl inexactes et cerl aines opinions, surtout en matière de iritiquc textuelle ou littéraire, doivent être contrôlées et rectifiées. — *' Tertullien, De corona, c. x, /'. /.., t. ii.col. 110. — " Ouvrage de l'école d'Kdcssc; voir H. Duval. La /i;tt'T((/f(re\(/r/iH/((('.lH99.p. 336.

ENCENS

c'est par les rites funéraires que l'usage de l'encens est entré dans le culte chrétien.

Tertullien, tout en répudiant l'idée d'oflrir des sacrifices d'encens, admet que les cliréliens s'en servaient ad sotatia scpuUune '; et ailleurs il dit : Thura plane non emimus; si Arabiœ queruntur scient Sabœi pluris et diarioris suas merces cljristianis sepeliendis profligari quam dits famigandis ^ Rien n'indique dans ces textes si l'encens servait uniquement pour l'embaumement ou si on le brûlait aussi comme fumigation.

A partir du iv= siècle, les textes sont plus explicites. Voici la description de l'enterrement de saint Pierre d'Alexandrie, mort en 311 : Tune vicirieia signa palmas gerentes flammantibus cereis, concrepantibus hymnis, flagranti busqué thymiamatibus, cxlcslis viclorise Iriumphum célébrantes deposuerunl sanctas reliquias et sepelierunt cas in cœmeterio '. Vers la fin du même siècle, saint Jean Chrjsostome fait également allusion à l'encens dans les cortèges funéraires *. Saint Ephrem, mort en 373, engage les fidèles, dans son testament, à ne pas employer d'encens ni de parfums à ses funérailles, car il n'est pas digne d'un pareil honneur, mais à les offrir à Dieu dans le sanctuaire '.

Ces coutumes ne sont pas particulières à l'Orient. Saint Hilaire d'.\rles, à propos des funérailles de saint Honorât, mort en 429, dit : prœlaia lune anle feretrum ipsius aromata et incensum vidimus '. Au v» siècle, en Orient, l'usage existait d'oflrir de l'encens à l'occasion de la mort de quelqu'un. Au concile de Chalcédoine, en 451, le diacre Ischyrion accusa le fameux patriarche d'.\lexandrie Dioscore, entre autres choses, d'avoir dilapidé les aumônes laissées par la matrone Peristcria, de sorte qu'il ne restait pas même assez d'argent pour faire une offrande d'encens convenable'. Saint Onuphre, sur le point de mourir, demande à son disciple de faire une oblation ou du moins une aumône pour lui : cependant, si guis neque oblationem nec eleemosynam potest of/erre pro charitate mea incensum Domino Deo noslro in odorem suavitalis accendat ». L'abbé Julien, apprenant par révélation la mort de saint Siméon Stylite, dit à ses disciples : Mitiitc Ihymiama in Ihuribulum '. 11 serait facile de multiplier ces exemples ". Citons encore cependant un autre exemple du vu" siècle. Saint Jean Climaque étant mort, son disciple l'enterra et, le troisième jour, il re\int visiter la tombe pour brûler de l'encens au vieillard ". Cette visite au tombeau, le troisième jour, pour brûler de l'encens, serait-eUe une réminiscence de la visite des saintes femmes au tombeau du Seigneur, le troisième jour, portantes quse paraveranl aromata? Notons seulement en passant que cet épisode de l'Évangile fournit, de très bonne heure au moyen âge, aux liturgistes et aux auteurs de drames sacrés, ample matière pour de belles et touchantes scènes et cérémonies, où naturellement l'encens joue un rôle important '-.

Aux funérailles proprement dites, il faut assimiler la translation et la déposition des reliques. Saint Grégoire de Tours rapporte que la translation des reliques de saint Lupicin, vers 488, se fit disposilis

■ Tertullien, De idololai., c. xi, P. L., 1. 1, col. 752. — ■ Tertullien, Apol., c. .\lii, P. L., t. i, col. 9. — 'P. G., t. xvm, col. 465. — ' Hom. i, de S. Pelagia, P. G., t. L, col. 583. — ' J. GwjTin, A selecl library o/ -Vicene and posl- Nicene Falhers, Oxiord, 1898, t. xjn, p. 135. — ' Sermo de vila S. Honorati, c. vin, P. L,, t. L, col. 1269. — ' Mansi, Ampl. coll. conc, t. \i, col. 1013. — • Vitœ Palrum, c. xrn, P. L., t. Lxxni, col. 218. — • Vital Palrum, c. Lvn, P. /,., t. Lxxiv.col. 147. — "Cf. ^na/fda ftoHondiona, 1910, t. xx.x, p. 94. — " F. Xau, Les récils du moine Ana-ilase, dans Oriens chrisiianus. 1902, p. 63. — ''- E. G. C. F. .\tcliley, op. cit..

in itinere psallentium lurmis cum crucibus cereisque atque odore fragranlis Itiymiamalis ".

Une autre cérémonie d'un caractère presque exclusivement funéraire est la dédicace des églises, suivant l'ancien usage romain. Dans les pliLS anciennes descriptions de ce rite (ix"^ siècle) l'encens est mentionné dans la procession des reliques ". L'idée d'embaumement, indiquée dans le rituel primitif par les onctions faites à l'intérieur et à l'extérieur du tombeau, est exprimée plus clairement encore par l'usage postérieur d'encenser l'autel et d'enfermer des grains d'encens dans le tombeau avec les reliques.

V. L'en'cens dans la liturgie e.v Owent. — Les fiturgies orientales font un usage beaucoup plus considérable d'encens que les liturgies occidentales, puisqu'on l'emploie à tous les offices. Néanmoins, les origines de ce rituel si développé sont obscures. Une des plus anciennes mentions de l'encens dans le culte en Orientsetrouvedans le Testament ditdesaint Ephrem, mort en 373. Dans ce passage déjà cité, le saint demande aux fidèles de n'employer ni parfums ni encens à ses funérailles, mais de les offrir à Dieu pour être brûlés dans le lieu saint, afin que tous ceux qui entrent puissent jouir de l'agréable odeur '^. Ce renseignement si sommaire indique néanmoins un usage déjà établi vers le temps de saint Ephrem et familier àses lecteurs.

Comment et à quel moment l'encensement se faisait-il? nous ne le savons pas. S'agit-il d'une simple fumigation par mesure de prudence, sans signification reUgieuse? Quelques auteurs l'ont prétendu. D'autres, mais sans raisons suffisantes, considèrent le passage comme interpolé. Cependant les mots : « Offrezl'encens à Dieu » et le fait que le saint le considère comme un honneur laissent croire que, dès cette époque, l'encens tenait un rang élevé dans la liturgie. Rappelons en passant que saint Ephrem passa les dix dernières années de sa vie à Édesse.Or, il y a une allusion à un usage pareil dans une homélie de saint Jean Ctaysostome prononcée vers la fin du même siècle, à Antioche, centre religieux important dont l'influence s'est tait sentir à Édesse. Reprochant à ses auditeurs leurs conversations lascives pendant les offices, le saint poursuit : • Nous remplissons l'église d'encens matériel, mais à quoi bon! si nous ne nous soucions pas de purifier nos esprits et d'en chasser les impuretés "? •

Les canons apostoliques, écrits également à \ntioche, vers la fin du iv« ou au commencement du v siècle, font aussi mention de l'encens, mais sans indiquer à quel usage il était destiné : Congruo tenipore offcrri non liceat aliquid ad altare prœter... et oleum et luminaria et Ihymiama, i. e. incensum, tempore quo sancta celcbralar oblalio ".

Environ un siècle plus tard (fin du v«), nous avons deux témoignages également d'origine sjTienne, qui nous permettent de préciser le moment de l'encensement. Suivant le pseudo-Denys, l'évèque encensait le chœur et le sanctuaire au commencement de la messe ". Narsai, fondateur de la fameuse école nestorienne de Nisible,en 457, après son expulsion d'Édesse, nous a laissé une explication détaillée de la messe intitulée : L'erposition des mystères. Voici sa description de l'église quelques instants avant la consécra-

p. 294 sq. — " Vitœ Palrum, c. xni, P. L., t. Lxxi, col. 1067; cf. P. L., t. xcvi, col. 371. — " L. Duchesne, Lrx origines du culte chrétien, Paris, 1908, p. 410 sq., 4S4.

— " J. Gwynn, op. cit., p. 135. — " S. Jean Clir>sostome, lliim. m.Ma((/i.,Lxxxvni.a].LXxxix,P. G.,t.Lvni,col. 7S1.

— '" Funl>, Dida-tcalia et Constilutiones apostolorum, t. i, p. 564. — " De eccles. hierarch . c. m, 2, P. G., t. ui, col. 425; cl. F. E. Brightman, Liturgies eastern and western, Oxford, 1896, 1. 1, p. Lm, 487; De eccles. hierarch., c. iv, 1, P. G., t. m, col. 473, prescrit l'encensement préliminaire au début de la cérémonie de la consécration des saintes huiles.

ENCENS

tion : ■ Tout le corps ecclésiastique observe maintenant le silence: tous s'efforcent de prier avec ferveur dans leur cœur. Les prêtres sont immobiles, les diacres sont debout silencieux, tout le peuple est tranquille, silencieux, humble et calme. L'autel est couronné de beauté et de splendeur; dessus, il y a l'évangile de vie et le bois adorable (la croix). Les mystères sont en ordre, les encensoirs fument, les lampes brillent "... ■> Le Commcntarius liturgicus attribué à saint Sophrone, patriarche de Jérusalem (634-638), est apocryphe du xi" ou xn'^ siècle, et par conséquent sans valeur pour le présent travail. Notons cependant que l'encensement pendant le chant de l'alléluia après l'épître, qui y est mentionné -, existait dans le rite sjTien au X' siècle, puisqu'il y a une prière d'encens de cette époque prescrite pour ce moment de la messe '.

Suivant le témoignage d'Etheria (fin du i\' siècle), l'encens était également employé à Jérusalem à la lecture de l'évangile aux vigiles du dimanche : Didis ergo his tribus psalmis et factis orationibus tribus, ecce etiam thymiamataria inferuntur intro spelunca Anastasis, ut tota basilica Anastasis repleatur odoribus. El tune ibi stat episcopus intro cancellos, prendet evangelium '...

Pour les origines de l'encens dans le rite byzantin, nous sommes moins bien renseignés. Au ^V siècle, vers 580, à Constantinople, l'église était encensée au commencement de la cérémonie de la nuit de Pâques ', usage analogue à celui décrit par le pseudo-Denys déjà cité, et qui sans doute ne devait pas être particulier à la cérémonie de Pâques.

Au IX» siècle, à la messe des présanctifiés du rite byzantin, le célébrant encensait l'autel en forme de croix à la prothèse: au commencement de la messe des catéchumènes, il encensait le sanctuaire et la nef, et l'encens accompagnait la procession de la petite entrée '.

En Égj-pte, l'encensement autour de l'autel, probablement au commencement de la messe, est mentionné dans le texte arabe des canons d'Athanase '. La rubrique des Didascalia arabes, de date incertaine, est plus explicite : à la prothèse, l'évêque apportera l'encens et fera trois fois le tour de l'autel en l'honneur de la sainte Trinité; il donnera ensuite l'encensoir au prêtre, qui encensera les fidèles *. Cet encensement préliminaire était également en usage vers 880, à Alexandrie où le patriarche Sanutius commençait la messe circuineundo cum incenso ultare et gradus ejus '.

La version arabe des Constitutions apostoliques prescrit l'emploi de l'encens pour la consécration des évêques: "... les autres évèques et prêtres, debout à l'autel, prieront en silence, et les diacres tiendront le livre des saints évangiles ouvert sur la tête de celui qui doit être ordonné, et tous prieront Dieu pour lui, et l'évêque priera Dieu pour lui, et un des évêques encensera la main de celui qui doit être ordonné ". »

VL L'encens dans la uturgie en Occident. — Comme pour l'Orient, c'est de la (in du iv« siècle que date le premier témoignage sérieux en faveur de l'emploi liturgique de l'encens en Occident.

Commentant le texte de saint Luc, i, 11 : Apparuil

' Dom R. H. Connolly, The lituroical homilies o/ S'arsai, dans Teccls and siudies, Cambridge, 1909, t. viii, n. 1, p. 12.

— > P. <;., t. Lxxxvn, col. 3997. — • F. E. I3rightman, op. cit., p. 3t). — 'P. Geycr, Ilinera II ierosolymitana, clans le Corpus de Vienne, t. xxxix, p. 73. — 'P. G., t. lxxxi, col. 2377; cf. F. E. Brighlman, op. cit., t. i, p. 527, 531, n 3. — • Théodore Studile, De pricsnnctilicatis.P. G., t. xr.i.\, col. 1688; cl. F. K. Urightinan, op. cit.. t. i. p. 308, 345-346.

— ' \V. Itic'del and W. K. Crum, 77ie cawms o/ Atlianasiiis o/ Aleximdria, 1904, p. 16. Le texte copte de ces canons, très mutilé, serait du vi' ou du vir siècle. La version arabe, où se trouve le renseignement que nous venons de citer, est probablement du xi' siècle : le passaiie correspondant dans le manuscrit copte est perdu. Par iilUeurs, In versmn arabe présente de notables divergences avec le texte copte,

aulem illi angélus Domini stans a dexlris allaris incensi, saint Ambroise, écrivant entre 385 et 389, dit : Algue ulinam nobis guoque adolentibus allaria, sacrifîcium deferentibus, assistai angélus, imo prsebeat se l'idendum ".

La validité de ce témoignage est contestée par certains critiques, qui n'y voient qu'un langage figuré. D'autres prétendent que l'expression adolere allaria ne signifie pas « encenser l'autel », mais « charger l'autel de dons », suivant l'usage classique, les mots saciificium deferentibus étant une simple clause explicative, de sorte que le sens serait : « Lorsque nous chargeons l'autel de dons, à savoir, en apportant la matière du sacrifice, au moment de l'offertoire. »

Cette explication n'est pas satisfaisante. D'abord, dans l'expression classique telle que l'emploient Virgile, Lucrèce, etc., Adolere allaria BOA'ts, le complément indirect, qui fait défaut dans le texte de saint Ambroise, est essentiel pour le sens. En outre, cette exphcation ne tient pas compte du contexte. Le verbe adolere, d'un usage fréquent dans le texte latin de la Bible pour indiquer les sacrifices d'encens, a été suggéré par altaris incensi. Par conséquent, même à défaut d'autres preuves, on serait justifié à conclure que saint Ambroise fait ici allusion à l'emploi de l'encens, soit au sens figuré, la prière, soit au sens propre. Mais cette hypothèse est confirmée par deux autres textes de saint Ambroise, qui prouvent, l'un, que l'encens ou des parfums étaient employés dans l'église, l'autre, que l'expression adolere allaria signifie encenser l'autel. Le premier texte, écrit entre 377 et 385, contient une allusion, d'ailleurs assez vague, à l'encens : nec verearis ne in conrivio ecclesiœ aut grati adores libi aut dulces cihi... desint '^ Le deuxième, écrit vers 390, semble avoir échappé à l'attention de ceux qui prétendent qxi'adolere allaria doit être pris au sens classique, car il tranche définitivement la question : Jlli igilur emunt Chrislum gui bonos odores deferunt, thymiama quo adolent allaria piœ mentis. Vnde et David grœce hoc modo ait : KaTcv>6uv6r)TO 7] Tzpoasuxv) HO'j <I)ç 6uij.i!X[ia èvcÔTtiov aoy (Psal. cxl, 2) ". Saint Ambroise nous fournit donc le plus ancien témoignage explicite en faveur de l'emploi <ie l'encens à la messe.

Le v« siècle est pauvre en renseignements relatifs à l'encens. L'ordonnance attribuée par le Liber pontipcalis à Boniface 1" (418-422), défendant aux femmes et aux reUgicuses d'offrir l'encens à l'église, est apocrj-phe ". La notice biographique de Xystus III (432- 440) mentionne le don d'un encensoir d'argent à la basiUque de Sainte-Marie-Majeure >'. Saint Paulin de Noie, dans un de ses poèmes, parle de l'encens et des lumières portées devant l'évêque à une cérémonie de mariage :

Sed guis odor nares allabitur sethere manans? Cnde meos stringit lux inopina oculos"?

Nous reviendrons sur ce sujet.

En 599 saint Grégoire le Grand envoie ù Secondin

de sorte qu'il est difficile de fixer avec précision la date des usages liturgi(iues garantis par la seule version arabe. — • F. i;. Brlghtman. op. ci(.. t. i, p. 510. — • E. Renaudot, Liturgiariim nrieiUnlium coll., Francfort, 1847, t. i, p. 183.

— "G. Horner, Tlir Slulutes o/ tlw apostle.'<. Londres, 1904, p. 113, 274. — " S. .\nibroise, Exposil. in Lucam, 1. I, c. xxvni, P. L.. t. XV, col. 1625. — " S. Ambroise, Ite Cain et .ibel, 1. I, c. v. P. L., t. xiv, col. 311. — " S. Ambroise. Liber de Joseph palriiirclm, c. ni, 17, P. L., t. xiv, col. 679. — '* Lilter pontipcalis. éd. Duchesne. t. i, p. 227.

— " Ibid., p. 233. Parmi les dons faits par Constantin A différentes églises, on trouve également des encensoirs. Op. cil., t. I, p. 174. 177, 183. Voir Dictionn. d'nrch. chrM.. t. v, col. 23, au mot ENCF.NSoin. — " Paulin de

I Noie, Poem., x.w, v. 203 sq.. P. /.., t. LXi, col. 637.

ENCENS

de Ravenne de l'encens : Aloa vero cl Ihijmiama sloracem et balsamum sandorum martyrum corporibas of/frenda. latore prœsenlium déférente Iransmisimus '.

En 66f), à Crémone, de l'encens est brûle, in onorem S. Sisinnii, le jour de sa fête, in odorem saavitalis '.

Vers la même époque, Théodore, archevêque de Cantorbéry (668-690), ordonne que : Incensum Domini incendatur in natale sandorum pro reverentia diei, guia ipsi siciit lilia dcderunt odorem suavitalis '.

Vers la fin du vn= siècle, le pape Serge (681-701) fecit tgmiamaterium auream majorem cum columnis et coperculo quem suspendit anle imagines très aureas beati Pétri apostoli, in quo incensum et odor suavitatis festis diebus dam missarum solemnia celebrantur, omnipotenli Dca opulentius mittitur '. Il s'agit d'un encensoir fixe; donc pas d'encensement de l'autel ni des personnes tels que nous les retrouvons plus tard.

Vers 744, Gemmule, diacre de Rome, écrit à saint Boniface : Transmisimas enim per prœdidum presbyterum aliquanlulum cozumbri quod incensum Domino offeratis, temporibus matutinis et vespertinis, sivc dum missarum celebratis solemnia, miri odoris atque fragrantiœ ^. Mais si tous ces textes attestent l'emploi de l'encens dans la liturgie, ils ne nous donnent aucun renseignement sur le cérémonial suivi. Sur ce point, il faut consulter les Ordines romani. h'Ordo J, qui est du \7n= siècle, mais qui, comme les autres Ordines, suppose des coutumes déjà établies par un usage plus ou moins ancien, décrit une messe solennelle papale. L'encens y est mentionné trois fois. Le pape, se rendant à l'autel, à l'introït, est précédé d'un sous-diacre portant un encensoir d'or garni d'encens et de sept acolytes avec des torches allumées '. Le diacre, se rendant à l'ambon pour clianter l'évangile, est précédé de l'encens et de torches allumées '. Après la messe, à la sortie, le pape est accompagné par le diacre portant l'encensoir et par les acolytes *.

Cette description est conforme au témoignage d'Amalaire, qui dit qu'à Rome post evangelium non ofjcrunt incensum ad altare '. L'encens et les lumières ne servent qu'à accompagner soit le pape, soit le livre des évangiles, mais ni l'un ni l'autre ne sont encensés. L'encensement de l'autel, des oblats, des personnes, n'est pas un usage romain, puisqu'on n'en trouve aucune trace dans VOrdo I, qui représente le rite romain pur. Si nous examinons maintenant les Ordines II, V et VI, qui présentent un mélange du rite romain et du rite gallican, nous trouverons que l'emploi de l'encens à la messe s'est considérablement développé. D'après YOrdo II (début du ix' siècle), l'évêque, à l'entrée, est précédé des sept acolytes et d'un, deux ou trois encensoirs fumants '". Pour le chant de l'évangile, le diacre est accompagné par deux acolytes et deux encensoirs ou un seul ". Pendant le cliant du Credo, thuribula per allaria portanlur et poslea ad nares hominum feruntur et per manum fumus ad os Irahitur '^. C'est l'encensement de l'autel ou i)Iutôt des autels et des personnes.

Après l'offertoire, ponitur incensum super altare ". C'est l'encensement des oblats. A la sortie, l'évêque est précédé des sept acolytes et du sous-diacre portant l'encensoir ". L'auteur de VOrdo II, qui par ailleurs a maladroitement adapté VOrdo I aux usages particuliers de son Église, a oublié qu'au début de la messe

' S. Grégoire, Episl., I. IX, Ind. II, epist. Ln, P. L., t. Lxxvn, col. 989. — ' C. Troya, Sloria d'Italia del mcdio evo, Naples, 1853, t. iv b, p. 513. — ' Haddan and Stubbs, Councils and ecclesiastical documents, Oxford, 1871, t. ïn, p. 190. — • Liber ponlificalis, éd. Duchcsne, t. i, p. 374- 375. — ' P. L., t. Lxxxix, col. 75.î. — ' Mabillon, Muxeum Italicum, Paris, 1689. t. ii. p. 7. S. — ' Ibid., p. 9, 10. — • Ibid., p. 16. — • Amalaire, De ecclesiasiicis officiis, P. L., t. cv, col. 992. — " Mabillon, o/i. cit., t. ii, p. 43. — " Ibid.,

l'évêque était escorté d'un, deux ou trois encensoirs.

UOrdo V (ix«-x* siècle) marque un progrès sur VOrdo II. Le nombre des encensoirs est fixé à deux. Ils sont portés par des acolytes. Ils ouvrent la procession à l'entrée de l'évêque ".De même, pour la procession de l'évangile ". Après le chant de l'évangile, l'évêque baise le livre des évangiles et est encensé ". Pendant le Credo, acolythorum autem gestantium incensoria unus pergat ad altare incensionem exhibere circa illud, necnon et episcopo ac presbyteris atque diaconibus cundoque clero : alius vero pergat ad populum ". 11 n'est pas question dans cet ordo de l'encensement des oblats.

Le cérémonial de l'Ordo VI (x'-xi^ siècle), d'origine germanique, est moins précis. A l'introït, l'évêque met l'encens dans l'encensoir ''. Puis, après avoir indiqué l'ordre de la procession, l'auteur continue : apud quosdam autem in hac processione. aliis subdiaconibus prœcedentibus, ille qui ledionem ledurus est, cum evanqclio rétro diaconos episcopum prœcedil .• coram quem duo acolyti cum candelabris, unusque cum tburibulo antecedant. Quibas utique in hoc consentiendum esse volumus -".

Après le Confiteor et le baiser de paix, le livre des évangiles est porté solennellement à l'autel, minister cum thuribulo subdiaconam evangelium portantem antecedat ad altare. Coram illo incensum pronans '■. Cependant cet usage n'est pas général, car in aliis vero (locis) non incensum ad altare portatur, antequam oblationes altari superponantur '^

Après V Alléluia, l'évêque met l'encens dans l'encensoir, et l'acolyte avec l'encensoir se tient à gauche du diacre pendant le chant de l'évangile -'. 11 accompagne ensuite le livre des évangiles à l'autel, où l'évêque est encensé -*. Après l'offertoire, episcopus benedicens hostias et dicens : Veni sandiftcator... convertat se et sumat incensum a custode ecclesiœ, ponensque in thuribulum o/ferat illud altari, detque archidiacono'^. Pour la sortie, même cérémonial qu'à l'entrée -".

Nous avons donc dans ces quatre ordines tous les éléments particuliers au rituel de l'encensement à la messe, tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, à l'exception de l'encensement au moment de la consécration, qui ne fut d'ailleurs introduit que très tard. Nous pouvons les diviser en deux catégories. La première, d'origine romaine, mais adoptée de bonne heure par la liturgie gallicane, comprend l'emploi de l'encens et des cierges pour l'entrée et la sortie de l'évêque et la procession de l'évangile. La deuxième, d'origine gallicane, comprend l'encensement de l'autel, soit par le célébrant, soit par un ou plusieurs ministres inférieurs. Quelle est l'origine de ces deux usages? Pour le premier, encensoir et cierges sont un signe d'honneur que la liturgie a emprunté aux coutumes de la magistrature romaine. En effet, certains liauts magistrats avaient le privilège, lorsqu'ils allaient rendre justice, de se faire précéder par les insignes de leur autorité, quatre torches et le liber mandatorum"; l'encens était réservé à l'empereur-'. La liturgie remplaça le liber mandatorum par le livre des évangiles. Au tribunal, dont la disposition correspondait d'une façon frappante à celle de la basilique romaine, le liber mandatorum et les torches étaient disposés sur une table devant le juge, comme le livre des évan-

p. 45. — " Ibid., p. 46. — " /fcid., p. 47. — " Ibid., p. 51.

— " Ibid., p. 65. — " Ibid., p. 66. — " Ibid., p. 67.

— » Ibid., p. 07. — '• Ibid., p. 71. — " Ibid., p. 71. — " Ibid., p. 71. — '• Ibid., p. 71. — » Ibid., t. n, p. 12- 73. — =' Ibid., p. 73. — » Ibid., p. 74. — =• IHd., p. 76. — " E. G. C. F. Atchley, op. cit., p. 174 sq. — " J. G. Grœvius, Tliesaurus aiiliquitatiiin romtmdniiii, Trajecti ad Rlienum et Lugd. Batav., 1698, t. vu, p. lo'.i2, 1397,1648,1656,1791,1798.

ENCENS

giles et les cierges sur l'autel devant l'évêque. Certains auteurs pensent que l'encensoir n'est que le réchaud, porté pour rallumer les torches si elles s'éteignaient, que la liturgie aurait transformé en brûle-parfums '.

Dans quelles circonstances les évêques adoptèrentils ces insignes? Nous ne le savons pas. Peut-être sous Constantin, qui leur accorda dans certains cas le droit de siéger comme juges ', droit qui fut confirmé en 408 ^. Il est probable que les évêques ont adopté ces insignes lorsqu'ils se rendaient processionnellement au tribunal et qu'ensuite ils les ont conservés pour leurs entrées solennelles à l'église. La procession de l'évangile à la messe n'est qu'une procession des insignes de l'évêque sans l'évêque. Puis l'idée prévalut que l'encens et les lumières étaient portés comme signes de respect pour l'évangile.

Saint Paulin de Noie, dont nous avons déjà cité le témoignage, mentionne l'encens et les lumières portés devant l'évêque dans une cérémonie de mariage *. Deux mosaïques à Ravenne, l'une dans l'église de Saint- Vital, du milieu du vw siècle, l'autre dans l'église de Saint-Apollinaire, du vi« siècle, nous montrent un évêque accompagné de deux acolytes portant, l'un un encensoir, l'autre le Uvre des évangiles. Dans la Vie de saint Basile par le pseudo-Amphiloque, probablement du vin'= siècle, on trouve un curieux exemple d'un prêtre déléguant sa femme pour recevoir l'archevêque avec lumières et encens : Ecce vadam ad culturam agri, domina mi soror, sed surge et orna domiim taam et circa horam nonam lolle thuribulum et cereos obviam vade sancto Basileo archiepiscopo ^.

Nous ne savons pas à quelle époque fut introduit l'usage de porter les lumières et l'encens pour le chant de l'évangile. Les lumières sont mentionnées par saint Jérôme '. Deux autres témoignages, également d'Orient, attestent l'emploi de l'encens au moment de la lecture de l'évangile : la Peregrinatio Elheriae ', de la fin du iv^ siècle pour l'office des vigiles, et les canons d'Athanase ', document d'origine égyptienne, mais de date incertaine, pour la messe.

En Occident, le sacramentaire gélasien fait mention d'une procession de l'évangile, avec cierges et encens, dans les cérémonies du baptême ". Il semble qu'à l'origine, dans le rite romain, l'encens seul était porté dans la procession de l'évangile, comme cela se fait encore à la messe du samedi saint, tandis que, dans le rite gallican et le rite mozarabe, les lumières seules étaient portées, car ni saint Germain ", ni saint Isidore " ne parlent d'encens. En 852, Hincmar ordonne : ut omnis prcsbyter thuribulum et incensum liabeat, ut tempore quo evangelium legitur, et finito o/fertorio super oblationem, incensum ut in morte videlicet redemptoris ponat ". Un concile tenu à Rouen, vers 878, porte un décret presque identique ".

L'origine de l'encensement de l'autel, soit par le prêtre seul, soit par des clercs inférieurs, doit se trouver, suivant M. Atcliley ", dans le rite gallican de la dédicace. Nous avons vu que la dédicace romaine consistait dans la seule translation et déposition des reliques, suivie de la messe, et nous l'avons rangée parmi les processions funéraires. La dédicace galli-

' W. Lcgg, Cliurch ornaments and thvir civil antécédents, 1917, p. 19 sq.; P. HalitTol, Leçons sur la messe. Paris, 1919, 2'édit.,p. 75 sq. — = Sozomcne, /7i.v(. ccdcs,, 1. I,c. IX, P. G., t. Lxvii, col. 884. — • Codex Justin., 1. I, tit. iv, Icx 8. — • Poem., xxv, vs 2».3 sq.. P. /,., t. lxi. col. 637.

— ' P. L.,t. Lxxni, col. 306. — • S. Jérôme, Adii. Vig., P. L., t. xxm, col. 316. — '.S. Eilieriir peregrinatio ad loca sancta, éd. Geyer, Vienne, 18'JS, p. 73. — ' The canons o/ .Uhanasius, éd. Biodcl and Cruni. Texl aiul translation society, Londres, 1904. p. 68. — ' II. A. Wilson, The gelasian sacramentary, Oxford, 1894, p. 50. — " P. L., t. lxxii. col. 91.

— "P. L., t. Lxxxni.col. 793. — l'P. L., t. cxxv.col. 774.

— "■ Maosi, Ampliss. coll. conc, t. x. col. 1199. — " K. G.

cane est plus compliquée. C'est un rituel de type baptismal par lequel l'église est dédiée au culte ". Ce rituel offre deux particularités importantes : sa ressemblance avec le rite byzantin et avec certaines cérémonies prescrites par l'Exode et le Lévitique ". Voici le texte de la Vulgate comparé à la rubrique gélasienne concernant l'encens :

GÉLASIEN ".

Et opères incensum super altare.

Odorem suavissimum

Domino.

Vulgate.

Et offeres incensum " super altare. (Exod., xxix,13.) Odor suavissimus... Domini.

(Exod., XXIX, 18.) Odorem suavissimumDomino

(Levit., I, 13.)

Nous ne savons pas à quelle époque ce sacrifice d'encens fut introduit dans la dédicace gallicane. Théodore, archevêque de Cantorbérv' (668-690), fait peut-être allusion à une cérémonie de ce genre dans son pénitentiel : Incensum Domini incendatur in natale sanctorum pro reverentia diei, quia ipsi sicut lilia dederunt odorem suavitatis et asperserunl ecclesiam Dei sicut incensu aspergitur ecclesia primitus juxla altare ". Faut-il traduire primitus par le jour de la consécration?

Dans la cérémonie de la dédicace, l'encens est offert par l'évêque consécrateur, mais, vers la fm du vm« siècle, un nouveau développement s'introduisit et l'encensement commencé par l'évêque était continué par un prêtre qui circulait autour de l'autel, pendant les onctions, en balançant l'encensoir.

Or, dans les Ordines II, V et \'I, nous retrouverons cette manière d'encenser employée à la messe. Le célébrant offre l'encens à l'autel, un clerc inférieur encense autour de l'autel. Mais ce cérémonial est encore en voie de formation. Certaines Églises adoptent la première manière d'encenser, d'autres la deuxième, d'autres enfin les deux; même divergence pour le moment d'offrir l'encens. Enfin dans ces ordines apparaît pour la première fois l'encensement des personnes.

Dans ï'Ordo II, nous trouvons les deux encensements. Pendant le Credo, l'encensement autour des autels, par un ministre inférieur, suivi de l'encensement du clergé et des fidèles : après l'ollertoire, l'encensement de l'autel et des oblats par le célébrant.

h'Ordo V ne prescrit qu'un encensement de l'autel fait par un des acolytes pendant le Credo, et suivi également par l'encensement des fidèles. VOrdo VI ne prévoit également qu'un seul encensement de l'autel fait par le célébrant après l'otïertoire.

On aura remarqué qu'il n'est question, dans ces ordines, ni de prières d'encens, ni de bénédiction d'encens. L'une et l'autre sont, en effet, d'une époque postérieure et par conséquent en dehors des limites de ce dictionnaire. Disons brièvement que l'idée générale des prières d'encens est que l'encens brûlant est un sacrifice, une offrande, que l'on fait à Dieu dans l'espoir d'en recevoir en retour sa grâce, son assistance, sa miséricorde. Cette idée de sacrifice est clairement indiquée dans la liturgie grecque de saint Marc, du xu« siècle, qui emploie comme prière d'encens une

C. F. .Vtcliley, op. ci(., p. 159 sq., 188 sq. — " L. Duchesne, /-<;.•>■ origines du culte chrétien, Paris, 1908. p. 420 sq.

— '• Voir DÉDICACE nES églises, t. iv, col. 392; K. G. C. F. Atcliley. op. cit., p. IfiO sq. — " Wilson, op. cit., p. 133.

— '* I*'sl-il besoin de faire remarquer que le mot ineen^iim de la VulRate ne sigiiille p:is encens. I^' erreur s'explique facilement de la part de queliiu'un ignorant le texte hébraïque. De même, le passage Incensi luijus sacripcium ucspertinum, de VExultet du samedi saint, signifie le cierge pnscnl lulm6me. Mais ilc bonne heure on le traduisit par encens, ce qui a donné lieu it la cérémonie des grains d'encens. — '•Haddan and Stubbs, C.'i)iiricilsa/i(/ecc/esiastiVa/(/oriimcn(s, t. m. p.l'.IO.

ENCENS

formule identique, mulalis mulandis, à la prière de l'offertoire de la liturgie de saint Basile. Voici ces deux prières :

Ltturgie de S. Basile. Liturgie de S. Marc.

T,v ■!ipo'7Ôï|i|iôvci; t'.i ■zh ô (Ô'jfJLt'aiiï) irpoTÔE^aiievo;

â^iov xa- O-îf ovipivtov xai si; -b âfiov xai Csîpo-jpivtov

v'jîpôv çou 6j(7!a<7Tr|piov e;; y.ai voEpôv cou (luijtaaTrip'.ov

-— -- -■' -'a; àvTixaxi- àvTi7.aTdii;E|A'!/ov r,|iïv Tr,'

0(T[JIT|V

TT|v vî^pt' TO-j -/ap-.v

lY'.O-J ITO'J ItVî'J

Les prières du missel romain pour l'encensement de l'offertoire sont en usage, à Rome, à partir du xm« siècle, mais on les rencontre dans d'autres sacramentaires et missels à partir du xi= siècle. Per inlercessionem beati Michaelis... Les missels du xi-xn= siècle mettent Gabrielis ' au lieu de Michaelis, par allusion à l'apparition de l'archange Gabriel à Zacharie. C'est vers la fin du xn« siècle que Michaelis fut substitué à Gabrielis. La dévotion à saint Michel fut très répandue au moyen âge. On identifia l'ange de l'Apocalypse (Apoc, \'in, 3) avec saint Jlichel. Ce verset sert d'offertoire à la fête du saint archange, et rien de plus naturel que la mention de son nom dans la prière d'encens. Il y eut même une bénédiction spéciale d'encens le jour de sa fête '. Incensum islud... cette prière, en usage dès le xi" siècle ', est déjà une offrande de l'encens, et n'a aucune relation avec l'encensement des oblats. Accendat in nobis... : prière également employée dès le xi" siècle soit par le prêtre lorsqu'il rend l'encensoir, comme aujourd'hui, soit par le diacre lorsqu'il encense le prêtre et le clergé'. Certains missels du xi" siècle ont également une bénédiction spéciale de l'encens pour le chant de l'évangile, ainsi conçue : odore cseleslis inspirationis suœ accendti et impleat Dominas corda nostra ad audienda et implenda eoangelii sui prxcepla '. Dans un missel d'origine itahenne du commencement du xn= siècle, nous trouvons la formule suivante employée pour la bénédiction de l'encens à l'offertoire : Pro cujus amore cremaris, ab ipso benedicaris *. Un missel itaUen du XI* siècle, provenant d'une abbaye bénédictine, prescrit simplement de bénir l'encens in nomine Palris et Filii et Spiritus Sancti ».

Donnons enfin une longue formule de bénédiction de la fin du x= siècle, d'origine anglo-saxonne ''. Elle est très belle et d'un symbolisme très riche. Le ms. n'indique pas à quelle occasion elle ser\ait. L'éghse de Salisbury l'a adoptée plus tard pour la bénédiction de l'encens le samedi saint ".

Exorcismus incensi sive timiamatis.

Exorcizo te omtiis inmundissime spiritus omne phantasma inimici in nomine Dei Palris omnipotentis et in Jhesu Christi filii ejus et Spiritus Sancti, ut exeatis et recedatis ab hac specie timiamatis. sive incensi, cum omni fallacia ac nequitia vestra, ut sit hsec species sanctificala in nomine Domini noslri Jhesu Christi ut omnes gestantes, tangentes, odorantes ea virtutem et aurilium percipiant Spiritus Sancti; ita ut non ibidem ubi hsec incensa vel timiata fuerint adpropinquare audeatis, nec adversa inferre presumatis. Adjuro te per nomen et per virtutem Dei Palris omnipotentis et Jhesu Christi filii ejus qui venturus est in Spiritu Sancto

' Prière de l'oflertoire, d'après un ms. de la fin du vm' siècle. Brightman, Liturgies eastern and western, 1. 1, p. 319, 308, note i. — * Prière de l'encens, d'après un ms. du xn' siècle. Brightman, op. cit., p. 118, 112, n. i. — ' A. Ebner, QucHen und Forscimngen zur Geschichle... des Missale Romanum im Mitlelalter, Fribourg, 1896, p. 298, 301, 310, 328. — ' \. Franz, Die kirchlichen Benediclionen im .Miitelalter. Fribourg, 1909, 1. 1, p. 423-125, 428. — ' A. Ebner, op. cit.. p. 298, 301, 310, 328. — • Ibid., p. 298, 301. — ' Ibid., p. 297. 301 ; P. L., t. Lxxvra, col. 247. — >.V. Ebner,

judicare uivos et mortuos et vos preoaricalores et seculum per ignem. Amen.

Benedictio incensi sive timiamatis.

JElernam ac justissimam pietatem luam deprecamur. Domine sanctissime Pater omnipotens, seterne Deus, ut benedicere digneris hsec timiamata vel incensi sprciem, ut sit incensum majestati tuas in odorem suavitatis acceptum. Sit a te hsecspecies benedicla, sit per invocationcm sancti nominis lui sanctificala, ita ut ubicumque fumus ejus pervenerit, extricetur et effugetur onme genus demonio- Tum sicut incensu jecoris piscis quem Raphaël archangelus Tobiam famulum tuum docuit, cum ascendit ad Sare liberationem. Dcscendal benedictio super hanc speciem incensi et timiamatis sicut in illo de quo David propheta laus cecinit dicens : dirigatar oratio mea sicut incensum in conspeclu tuo. Sit nobis odor consolalionis, suavitatis et gratise, ut fumo isto effugetur omne fantasma mentis et corporis, ut simus Pauli apostoli voce bonus odor Deo. Effugiant a facie incensi hujus et timiamatis omnes demonum incarsus, sicut pulvis a facie venti et sicut fumus a facie ignis. Presta hoc, piissime Pater, boni odoris incensum ad opus Ecclesias tuse ob causam religionis jugiler permanere, ut mystica nobis significatione, spiritualium virlulum flagrans oslenderet odor suavitatem. Tua ergo quesumus, omnipotens Deus immensse majestatis, dexlera hanc creaturam benedicere ex diversarum rerum commixtione infectam dignare, ut in virtule sancti nominis tui omnes inmundorum spirituum phantasmaticos incursus effugare, omnesque morbos reddita sanitate expellere, ubicumque fumus aromatum ejus afjlaveril, mirabiliter possil atque in odore flagrantissimo tibi, Domine, perpétua suavitate redolere.

L'encens n'est pas réservé exclusivement à la messe dans la liturgie occidentale. Il était employé à matines, ou, plus correctement, aux \-igiles de la nuit, à Rome, dans le courant du ix« siècle. A propos d'Etienne V (885-891), le Liber ponlificalis nous dit que ce pape cum in basilica beati Pétri apostolorum principis, ubi sacro ipse corpore requiescil, cerneret nocturnis laudibus vix semel Ihimiamalis incensum offerri, instituit et per singulas lectiones et responsoria adolealur '-. Il s'agit peut-être d'encens brûlé dans les encensoirs fixes et non d'un encensement pratiqué avec un encensoir portatif à chaînes. D'après le contexte, l'usage existait avant le pontificat d'Etienne V, mais il n'y avait pas de règlement précis. Peut-être mettait-on de l'encens dans les encensoirs une seule fois, au début de l'office. C'est sans doute cet usage qui, au moyen âge, donna naissance à différentes coutumes plus ou moins analogues, relatives à l'emploi de l'encens à matines. En Normandie et en Angleterre, dès le xi« siècle, le cérémonial est fixé : l'autel était encensé pendant le dernier répons de chaque nocturne et au TeDeum ".

L'encens aux laudes et aux vêpres est mentionné par Gemmule, diacre de Rome, qui écrit vers 744 à

saint Boniface : Transmisimus aliquantulum

cozumbri quod incensum Domino offeratis temporibus matutinis et vespertinis sive dum missarum celebratis solemnia ". Ce témoignage encore suppose un usage déjà établi.

op. cit., p. 336. — • Ibid., p. 339. — »" H. .\. Wilson, The benedictional of archbishop Robert. Henry Bradsliaiv Society, Londres, 1903, p. 94-95; cf. .\. Franz, Die kirchlichen Benediclionen im Mittelaller, Fribourg, 1909, t. i, p. 425, note 3, où sont indiqués d'autres missels et sacramentaires qui contiennent ces prières. — ** C. Wordsworth , Cérémonies and processions of Uie cathed^al chiirch o/ Salisbury, Cambridge, 1901, p. 83. — " Liber ponlil'walis, éd. Duehesne, t. u, p. 194; cf. note de Duehesne, (oc. cit. — " E. G. C. F. .\lchley, op. cit., p. 149 sq. — " P. L., t. Lxxxix, coL 755.

ENCENS

L'encensement aux vêpres a été suggéré par le verset Dirigatur, Domine, oratio mea. sicut incensum in conspectu luo, qui est dit après l'hymne. Notons en passant que, dans le rite grec, l'encensement aux vêpres se fait pendant le chant du psaume cxl, dans lequel se trouve ce verset '. Mais lorsque l'influence du culte juif se fit sentir dans la liturgie chrétienne, on identifia l'encensement aux vêpres et aux laudes avec l'encens du matin et du soir prescrit dans l'Exode. C'est ce qui ressort du témoignage d'Ainalaire au IX' siècle : Cum ipso versu (Dirigatur, etc.) of/ertur incensum quod Dominus prœccpit o/ferri, de quo scriptum est in libro Exodi... Post hoc sequitur hynmus sanctœ Maria: '-. Cependant Raban Maur, contemporain d'Amalaire, parlant de l'office de vêpres, rapporte que les Juifs offraient l'encens à ce moment, mais ne dit rien d'un encensement pratiqué à son époque. On peut donc conclure que cette coutume n'était pas encore étabUe partout. Jean d'Avranches, au début du XI' siècle, en parle à peu près dans les mêmes termes qu'Amalaire : et versu dicto, hynmus sanctœ Mariœ... Jncipienle versu, juxta quod Dominus prircepit Moysi incensum super altare a sacerdole offertur \ L'encensement à laudes fut sans doute introduit en imitation de celui des vêpres, ou peut-être est-il dû à une association d'idées entre le Benediclus, Zacharie et l'ange qui lui apparut au moment où il offrait l'encens. Ni Amalaire ni Raban Maur n'en font mention. Jean d'Avranches l'identifie à l'encens du matin des juifs : Versu quoque excitati hymnum Zacharie eoncinimus... Versu incœplo, juxta quod Dominus Moysi priecepit, sacerdos incensum super altare adotebit '.

L'usage de porter lumières et encens dans les processions est très ancien et, au début, ne semble avoir aucun caractère spécifiquement religieux, mais être simplement un emprunt aux coutumes païennes, car l'encens est employé indistinctement dans les processions religieuses et civiles. En 431, saint Cyrille d'Alexandrie annonce la déposition de Nestorius aux fidèles d'Éphése, qui témoignent leur joie en reconduisant processionnellement les évèques à leurs demeures, des femmes portant des encensoirs devant eux '. Suivant Agnellus. Jean, évêque de Ravenne, après la défaite d'Odoacre par Théodoric, vers 493, alla au-devant du vainqueur cum crucibus et turibulis et sanctis evangcliis, paccm petens, cum sacerdotibus et clericis psallendo '. 11 est probable qu'encens et livre des évangiles sont ici les insignes de l' évêque. Ajoutons aussi (lu'Agncllus écrivait au milieu du vm' siècle. En 518, à l'occasion de la ratification des décisions du concile de Constanlinople, le clergé et les fidèles de Tyr se rendirent en procession à la messe, en chantant des psaumes et portant des lumières et des encensoirs '.

L'Itinéraire attribué à Antonin de Plaisance, et datant du vi« siècle, contient la description d'une procession à Mambré, à laquelle chrétiens et juifs prennent part: In quadriporticu atrium in medio discoopertum; et per médium canccllorum ex uno lotere intrant cliristiani, ex alio judui, facicntes inccnsa multa; nom depositio David et Jacob in terra illa die primo post Kalale JDomini devolissime ab omnibus celebralur, ita ut ex onuii terra judieorum convcniat innumerabilis mullitudo

' Goar, nUiinlc grwmnim, Paris, ICI?, p. 3. — • Amnlaire, De écoles, o/pc, I. IV, r. vu, P. 1... t. cv, col. 1181. — " Jean d'Avranchcs,Z,iier(/eecc/cs.o//ic.,P.L.,t.c..\LVii, col. 29-30. — * Jean d'Avranches, Liber de eccles. offic., P. /.., t. c.xLvn, col. 31. — '/;fiis(..xxiv,P. C.,t. Lxxvii.eol. 137. — ' J.ibcr pontificalisseit Vitœ pnntilictim liaucnnntum, dans Miirnlorî, Rer. liai, script., t. ii, p. 67. — ' .Mansi, Amiiliss. conc. mil., t. viu, col. 100] . — • .\ntonlni Placcntliti Itinerarium. P. /,.,

t. LXXii.col. 000 'F. X. Kraiis, Geschichie des chrisilirhen

Kunst, Friboui»;, IS'JO, 1. 1, p. 501, .'j^.'.. — '» L. Diiclusno,

incensa jerentes vel luminaria et dantes munera ac servientes ibidem^, Vn ivoire conservé à Trêves représente une procession. A l' arrière-plan aux fenêtres du palais, des hommes se penchent, balançant des encensoirs' (Diction, t.n, fig. 17(32). MgrDuchesne croit qu'il s'agit de la procession des reliques dans la cérémonie de la dédicace, peut-être la dédicace de Sainte-Irène à Galata, en 551 '\ Iléraclius, à son entrée à Jérusalem, en 619, après la défaite des Perses, fut escorté par les habitants, qui portaient des encensoirs et de l'encens". L'O/'doromanusd'Einsiedeln, du ixs-x* siècle, rapporte que, pour la procession de la vraie croix, le vendredi saint, le pape lui-même portait l'encensoir : Et procèdent de sancto Johanne psallendo Beati immaculali, archidiacono tenente sinistram manum domni apostolici, et ipso pontifice in dextera sua portante turibulum cum incensa et alio diacono post dorsum domni apostolici portante lignum pretiosa; crucis in capsa de aura cum gemmis ornata '^. A ce propos, Mgr Duchesne remarque : « Dans les cérémonies latines, l' évêque ou le prêtre célébrant ne portent pas l'encensoir en procession. 11 en est autrement en Orient. On ne doit pas s'étonner de trouver ici un détail oriental, le rituel de l'adoration de la croix ayant été importé d'Orient à Rome. Du reste, cette particularité ne tarda pas à disparaître ". »

VII. Emplois extra-liturgiques de l'encens. — En dehors de la Uturgie proprement dite, l'encens fut employé, en Orient comme en Occident, dans la dévotion privée, comme accompagnement de la prière, pour être brûlé devant les reliques ou images des saints,et plustard,au moyen âge, comme sacrameiital. Zozime, moine près de Tyr, informé par une révélation divine du tremblement de terre qui détruisit Antioche en 526, prend aussitôt un encensoir, encense le lieu où il se trouve et implore Dieu afin d'apaiser sa colère '«. De même saint Sabas, à l'occasion d'un pliénomène surnaturel, demande des charbons ardents et y jette de l'encens ". Certains saints ermites mangeaient les cendres de leurs encensoirs avec leur pain ". Saint Grégoire de Tours raconte une scène touchante qui se passa au tombeau de saint Martin. Une pauvre femme, dont l'enfant était sourde-muette, apporte la petite fille au tombeau de saint Martin. Après avoir longtemps prié, elle brûle de l'encens, tient l'enfant dans la fumée et lui demande si l'odeur est agréable : l'enfant, guérie, répond : oui ''.

L"n passage de Philostorgc nous permet de conclure qu'au début du v» siècle les fidèles, à Constanlinople, brûlaient de l'encens devant les statues et images du Christ et des saints. Cet historien, en ell'et, accuse les clirétiens de son temps de rendre les honneurs divins à la statue de Constantin en brûlant devant elle lumières et encens ". L'accusation n'est sans doute pas fondée, mais il est probalile que les chrétiens, dès cette époque, observaient ces pratiques envers les statues des saints. Le poète Corippus rapjiorte de l'empereur Justin II :

Iliccl angelici pergens ad limina templi Imposuit pia tura focis cerasque micantes Obtulit, et supplcx lacrimis ita ccepit abortis ".

Évagre cite un fait analogue, à propos de l'eiiipe-

Origines du culte chrétien, l'.lOS, p. 423, noie 2. — " Eiitychiiis. Annales, P. G., t. r.xi, col. 1080. — '• L. Duchesne, op. cil., I>aris, 1908, p. 488.— " 7bii/.,nolc2. — ■• Évauro, //i.vl. eccles.. 1. IV, c. vu, P. G., t. Lxxxvi, col. 2713. — " J.-H. Cotclier, .Moniimenla Eccles. grive, t. m, p. 202. — " .4pophthegmnlii Patnim, P. G., t. Lxv, col. 225. — " S. Grégoire de Tours, De miraculis S. Martini, l. II. c. xxxviii, /'. L., l. Lxxi, col. 058. — " Eccles. hi.it., 1. Il, c. xvii, P. G., t. LXV, col. 180. — » ri. Crcsconlus Corippus, De Idiulihus Jtislini minons, 1. II, vs 8 sq.

ENCENS

ENCENSOIR

reur Maurice à Antiochc '. Au viiii' siècle, cette coutume d'offrir de l'encens aux images fut vivement attaquée par les iconoclastes, et le VII« concile général, en 787, décréta contre eux qu'il était permis de brûler des lumières et de l'encens devant les images du Christ, de la sainte Vierge et des saints, ainsi que devant le livre des évangiles, suivant le pieux et antique usage '. Les décisions du VU' concile, concernant le culte des imaaes, rencontrèrent une vive opposition en Occident, où d'ailleurs elles ne turent connues que par une très mauvaise traduction ^ et les Livres carolins, écrits vers 790, tout en reconnaissant qu'en Occident on se ser\ait de lumières et d'encens dans les églises, trouvent ridicule d'en offrir aux images, qui ne peuvent ni voir ni sentir *. Ce ne fut que plusieurs années après que la juste notion du culte des images se répandit en Occident. A Paris, au début du ix"" siècle, on en était encore aux sentiments des Livres carolins '.

On ne peut pas préciser l'époque à laquelle l'encens fut considéré comme sacramental. D'après l'Itinéraire de Plaisance, que nous avons déjà cité, lumières et encens étaient employés à Jérusalem â la piscine de Siloé, pour la guérison des démoniaques : ... et rursus per scalam ascenditur et ftunt ibi luminaria et incensum et dœmonici mundantar : nam et in ipsa provincia est bealus martyr Georgius ". Peut-être faut-il aussi considérer comme sacramentaux les munuscula, parmi lesquels se trouvait de l'encens, que le Vénérable Bède, sur son lit de mort, légua aux prêtres du monastère '.

La prière du bénédictionnaire de l'archevêque Robert, que nous avons citée plus haut, fait é\'idemment allusion à l'encens comme sacramental, ainsi que l'indiquent les expressions : ut omnes gestantes, tangentes, odorantes ea virlutem et auxilium percipiant Spiritus Sancti, etc.

Au début du vni« siècle, en Angleterre, l'encens est employé dans une cérémonie d'adieux. Le saint abbé Ceolfrid, sur le point de partir pour Rome, réunit ses moines à l'église et ipse, tare incenso et dicta oratione ad altare, pacem dat omnibus stans in gradibus, turibulum habens in manu '. Enfin, pour terminer, donnons un curieux exemple d'incubation d'après l'Itinéraire de Plaisance, où il est question de lumières et d'encens : la scène se passe à Gadara prés du lac de Génésareth : In ipso loco transivimus Jordanem et venimus in civitatem qux vocalur Gaddera quœ et Gabaon dicitur. In ista parte civitatis milliario III ab urbe sunt aqaœ calidœ quse appellantur thermee Eliœ ubi leprosi mundantur. Ibi est xenodochium, delicias de publico habens, et hora vespertina mundantur thermie. Ante ipsam vero clibanum, grande est solium quod dam impletum fuerit omnia ostia claudunlur, et per ostium mitluntur intus luminaria et incensum; et sedeni in isto solio Iota nocte; et dam soporati juerint videl ille qui mandatas est aliquam visionem '.

E. Fehrenbach.

ENCENSOIR. — I. Témoignages. II. Monuments.

I. Témoign-ages. — Une fois adopté l'usage de l'encens par les églises chrétiennes, il va de soi qu'on devait recourir à l'encensoir, qu'on trouve désigné par

' Évagre, Hist. ecdes.. 1. V, c. x.vi, P. G., t. Lxxxvi, col. 2836. — ' Mansi, Ampliss. conc. coll., t. xin, col. 123, 378. — ' Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. m, p. 1061 sq. — ' Libri carolini. 1. IV, c. m, P. L., t. xcviii, col. 1187; cf. sjTiode de Francfort, c. n, Mansi, Ampliss. conc. coll., t. xm, col. 909. — * Mansi, Ampliss. conc. coll., t. XIV, col. 421 sq. — ' Antonini Placentini Itincrarium, P. L., t. lxxu, col. 908. — ' Venrrabilis Bedic Opéra hislorica, éd. C. Plummer, Oxford, 1896, t. i. p. clxdi. — ' Ven. Bède, Viia qiiinqiie SS. (ihbalnm, 1. II. P. ].., t. xciv, col. 72G. — * Antonini Piacenllni llineraTium,P. L.,

les anciens écrivains ecclésiastiques sous les vocables divers de thymiaterium, thuricremium, inccnsorium ou incensarium, lumigalorium.

Le nom de inccnsorium fut plus particulièrement réservé à ce petit vase que les latins nommaient acerra et que nous appelons navette. Une tablette du beau diptyque des Symmaques et des Nicomaques (voir Dictionn., t. iv, col. 1141, n. 58) représente une jeune femme qui se dispose à répandre de l'encens sur les flammes brûlant sur un autel; elle prend quelques grains d'encens dans une acerra de forme cylindrique. Sur beaucoup d'autres reliefs, nous voyons des hommes et des femmes tenant de la main gauche la même acerra ronde. Dans les occasions solennelles un de ces jeunes garçons désignés sous le nom de camillus était

4063-4064. — Mosaïques de Saint-Vital et de Saint-.\pollinaire.

D'après Ch. Diehl, Jusiinien .pi. i; et Ravenne,

chargé de porter et de présenter l'acerra, ce qui est resté la fonction de nos enfants de chœur. Les chrétiens firent usage d'acerrie et adaptèrent à cette destination des pyxides d'ivoire, ainsi que nous pouvons nous en convaincre par les inventaires de l'église de Monza. Dans beaucoup de représentations chrétiennes, nous voyons des prêtres tenant l'encensoir de la main droite et l'acerra cylindrique de la main gauche. C'est le cas pour la figure de Zacharie sur un ivoire de South Kcnsington " et sur un diptyque ancien publié par Paciaudi où l'on voit saint Etienne tenant de la main droite l'encensoir et de la main gauche l'acerra en forme de pyxide ".

Le plus ancien inventaire chrétien liturgique, celui de l'église de Cirta, en 303, ne fait pas mention

t. Lxxii, col. 901-902. — '• E. MoUnler, Histoire générale des arls appliqués à l'industrie. m-4°, Paris (s. d.), t.i.p. 151 ; Fr. Wittc, Thurilmlum und Sanicula in ihrer gescbichtlichen EnlivicMung, dans Zeilschrift jiir chrisUiche Kunst, 1010, t. xxm. p. 101-112; F. Potlier. Élude sur les encensoirs, in-S", Toulouse, 1866; Barraud, .Vod'ce arcliéologique et liturgique sur l'encens et les encensoirs, dans Bulletin monumental, 1860, 3« série, t. vi, p, 389-421, 501-536, 621-638; Roliault de Fleury, La messe, 1887, t. v, p. 149- 169. — " Paciaudi, De cullu S. Joannis Baplisise, ln-4», Romœ, 1755, p. 389.

ENCENSOIR

d'encensoirs ', non plus que celui de l'église d'apa Psoios, à Ibien, en Égj'pte, tandis que l'inventaire copte de l'église de Saint-Théodose, probablement à Ashmunaïn, au viiie siècle, mentionne un encensoir '.

C'est dans le Liber pontificalis que nous lisons la plus ancienne indication relative aux encensoirs. Constantin fait don à la basilique de Latran de Ihymiamateria duo ex aura purissimo, pensantes libras iriginta et encore d'un Ihymiamaterium ex aura purissimo cum gemmis prasinis (émeraudes) el hyacinlhis XLII pensans libras decem '. A la basilique de Saint- Pierre : Thymiamalerum ex auro purissimo cum gemmis ex undique ornatum num. XL pens. libr. XV '.

L'Ordo romanus J nous apprend que, pendant que la

4065. — Miniature du sacrameataire de Gellone.

D'après WI. de Gruneiscn, Sainte-Marie-Antique, 1911,

p. 324, fig. 266.

schola canlorum vient prendre sa place à la messe pontificale, stalim subdiaconus sequens tenens Ihymiamaterium aureum, pro foribus ponil incensum, ut pergal ante pontipcem '.

L'Ordo romanus II nous montre à la messe pontificale, au moment de la lecture de l'évangile, le diacre précédé de deux sous-diacrcs cum duobus tliuribulis siue uno, levantes thymiamatcrium de manu subdiaconi sequentis, mittenles incensum '.

Nous possédons dans l'ivoire de la cathédrale de Trêves (voir Diclionn., t. n, col. 1412, fig. 1762) une intéressante représentation d'une cérémonie liturgique, translation de reliques, et à chacune des fenêtres du palais impérial que côtoie le cortège, un thuriféraire, le coude gauche appuyé sur l'appui, balance un

' F. Cabrol et II. Leclercq, Monum. Eccles. liturg., 1. 1, part. 2, Introii., p. clx-clxi. — ' Ibid., p. cLxm. — 'Liber pond/îcû/ij, édil. Duchesnc, t. li, p. 174. — • Jbid., p. 177. — ' Ordo romanu.i I, dans /->. L., t. Lxxvm, col. !I41. — • Ordo romanus II, dans /*. L., t. lxxviii, col. '.171. —

encensoir de la main droite. Autres attestations monumentales sur les mosaïques de Ravenne. A Saint- Apollinaire in Classe, une mosaïque représente la consécration de la basilique par l'archevêque Maximien, nous y voyons un thuriféraire avec l'encensoir et la navette. L'encensoir a la forme d'un seau de bronze suspendu par trois chaînes qui se rejoignent dans un anneau où l'on passait l'index de la main; il est porté sur trois griffes et décoré de divers ornements; mesuré à l'échelle de la main qui le tient suspendu, il peut avoir environ douze centimètres de diamètre (fig. 4064). Une autre mosaïque à Saint-Vital

4066. — Encensoir de Crikviiie.

D'après Niiouo bullcitino di arclt. crist., r.)OS, p. 99.

montre un encensoir de forme un peu différente, moins élevé et s'élargissant par la base (fig. 4063) ". Sur la pyxide de Minden, aujourd'hui au musée de Berlin, un ange tient de la main gauche une croix et de la main droite une croix de bénédiction *. Une miniature du Cosmas du Vatican nous montre Zacharie tenant l'encensoir '. Une miniature du sacramcntaire de Gellone (Bibl. nal., fonds lat. 120-iS) représente la Vierge avec la croix et l'encensoir '" (fig. 40(i5). Cette miniature et la précédente nous montrent comment on portait ces encensoirs.

En regard de ces encensoirs mobiles, il en existera plus tard de fixes, à qui leurs dimensions, leur poids,

' G. Rohault de rieury, La messe, y-Audes arcliMogiques , ln-4», Paris, 1882, t. v, pi. cnxv. — • Ibid., t. v, pi. cccLXvni. — • Ch. DiohI, Juslinien, in-S», Paris, 1901, pi. ra. — " \V. de Grilnclscn, Sainte-Maric-.lntiquc, in-8«, Paris. 1911, p. :i2l. !!«. 260.

ENCENSOIR

leur position difficilement maniables ne permettent pas évidemment de servir à la liturgie quotidienne. La Bible de Charles le Chauve et beaucoup de manuscrits de l'évangile portant les Canons d'Eusèbe figurent des portiques dont l'arc de décharge contient burettes, couronnes, calices, encensoirs '. Le pape Serge 1'='' (687) jecit Ihymiamaleriam auream majus cum columnis et cooperculo quod suspendit ante imagines très aureas B. Pelri apostoli, in qtio incensum et odor suauitatis {estis diebus, dam missarum solemnia celebrantur omnipotenti Deo opalentius mittitur. Le pape Hadrien (772) offre à Saint-Pierre un encensoir d'or du poids de dix-sept li\Tes pour être placé en avant de l'autel. Un poème du ix« siècle en l'honneur des saints de Lindisfarne s'exprime ainsi - :

Omnibus hic rutilo capitellis undique cinclum Turibulum pendet fabricatum cominus aura.

II. Monuments. ^ Dans la basilique chrétienne d'Hadjeb el Aïoun, au sud-ouest de Kairouan, on a retrouvé entre autres poteries de terre cuite deux

pied circulaire de même métal. Trois oreillons destinés à recevoir les chaînettes qui manquent. Chaque face de l'hexagone présente un buste repoussé, se détachant dans un cadre de palmes. Sur les arêtes, un bouton timbré d'une croix. Les bustes sont disposés de façon à se répondre symétriquement. Le Christ entre saint Pierre et saint Paul, du type connu, le premier crépu, le second barbu. La Vierge Marie entre saint Jean, jeune et imberbe, et un autre apôtre, peut-être saint Jacques (fig. 4007) ^.

Plusieurs encensoirs coptes, qui paraissent dater du vi» au vm« siècle et même de l'époque de l'invasion arabe, sont constitués par les éléments les plus simples, une coupe de bronze posée sur un pied circulaire ou sur trois griffes ou sur trois anneaux. A la partie supérieure, des oreillons, ou, plus simplement, trois trous forés qui reçoivent les chaînettes. L'ornementation est insignifiante : quelques filets circulaires. Un de ces encensoirs est triangulaire (fig. 4068) *. Les dimensions varient assez : hauteurs : 0 m. 058, 0 ra. 074, 0 m. 053, 0 m. 055, 0 m. 063, 0 m. 095, 0 m. 046, 0 m. 063,

tùGT. — Encensoir d'Acheripoetos.

D'après O. Dalton, Catalogue, p. 88, n. 399.

vases grossiers ayant dû contenir de l'huile à brûler et ayant pu servir de lampe à suspension, trois trous existant le long du pourtour; ces poteries, noircies par le feu, ont pu recevoir aussi des cendres chaudes destinées à la combustion de l'encens '.

A Crikvine (Dalmatie) (voir Diclionn., t. ra, col. 3036), des fouilles, exécutées en 1906, ont fait découvrir, dans l'angle extérieur de l'abside d'une église en ruines, un encensoir de cuivre qui peut remonter au vi« siècle. Sans les chaînettes il mesure en hauteur 0 m. 15 et avec les chaînettes 0 m. 30: le grand diamètre est de 0 m. 09. Le couvercle est intéressant, c'est une véritable coupole avec douze arcatures et une calotte. Les six faces de l'hexagone sont lisses et recouvertes d'une belle patine verte. Les trois chaînettes avec l'anneau mesurent 0 m. 25, la patine est moins bien conservée. Dans la cuvette se trouvait encore du charbon (fig. 4066) *.

Près du monastère d'Acheripoetos, dans l'île de Chypre, entré dans les collections du Musée Britannique, cuvette hexagonale en argent, montée sur un

' Hohault de Fleury, op. cil., t. v, pi. cccxcm, fol. 265 et 384 du manuscrit. — * De abbatibus el uiris piis Lindisfamensibus, dans Annal, bened., t. vi, p. 320; ces capilella sont de petites têtes qui exilaient la fumée, comme dans Adhelm : Hic qtioquc Uiiiribulum capilellis undique cinclum \\ Pendel de saiiinio, funiosa foramina pandens. P. L., t. Lxxxix, col. 290. — ' Hannezo, L. Moliiis et A. Laurent, Noies sur une basilique chrétienne découverte à Hadjeb-el- Alonn (Tunisie), dans Bull, archéolog, du Comité des Irav. Iiistoriques, 1894, p. 293, n. 10. — • ' F. Bulié, Un incensiere o turibulo Iruuato a Criliuina pressa Satona, dans Nuovo

0 m. 086; diamètres : 0 m. 113, 0 m. 093, 0 ra. 096, 0 m. 070, 0 m. 086, 0 m. 095, 0 ra. 072, 0 m. 077, 0 ra. 086; diaraètres du pied : 0 m. 083, 0 m. 053, 0 ra. 050, 0 ra. 040, etc. ; longueur des chaînettes : 0 m. 65, 0 m. 20, 0 m. 345, 0 ra. 170.

Encensoir copte en bronze vert, du v«-vi« siècle ' . Une coupe montée sur un pied ajouré, fermée d'un couvercle ajouré, surraonté d'une croix; hauteur avec la croix, 0 ra. 248, longueur de la chaînette, 0 ra. 125; diamètre de la coupe, 0 m. 09; du pied, 0 ra. 079. C'est une œuvre fort intéressante, d'une technique soignée et dont on possède d'autres spécimens '.

Encensoirs en argent provenant de Louqsor, trois exemplaires, du v«-vi« siècle °.

Encensoir en forme de cassolette surmontée d'un couvercle ajouré et tenue à l'aide d'un manche. Bronze, hauteur, 0 m. 077; avec couvercle, 0 ra. 17; diamètre, 0 ra. 083; longueur du manche, 0 m. 165 (peut-être moderne) ".

Encensoir en bronze vert; hauteur, 0 ra. 50; dia-

bull. di OTcIi. crist, 1908, t. xrv, p. 197-203. — ' O. M. Dalton, dans Tlie arcliieologia, t. Lvn, pi. xvn; Catalogue o/ early cliristicm antiquilies, 1901, p. 87-89, n. 399. — * J. Strzygowski, Koptische Kunst, in-t", Wien, 1904, n. 9109, 9110, 9111, 9112, 9113, 9114, 9116. pi. xxxii. — ' Ibid., p. 280-281, n. 9108, fig. 31S. — • Ibid., p. 345, 34G, n. 7205, 7206, 7207, en argent, provenant de Louqsor, pi. XL. — • Note précédente; cl. G. Maspero, d;ms Annales du service des antiquités d'Égijpte, 1908, t. ix, p. 148. un encensoir copte. — " J. Strzygowski, Koptische Kunst, p. 283, n. 9118, pi. x-xxii.

ENCENSOIR

mètre, 0 m. 97: mortaise. 0 m. 027; manche, 0 m. 15 (fig. 4068) K

Encensoir du cabinet Maciâ, à Vich (Catalogne). Cuvette en bronze liexagonale, les faces sont ornées de rosaces concentriques, trois oreillons ayant la forme de deux oiseaux adossés: trois chaînettes; trois

4068, — Encensoirs coptes.

D'après Strzygowski, Koplische Kimsl, 1904, pi. x.wii.

grilles. Cet encensoir en bronze proviendrait d'un cimetière aux environs de Besalu '.

Encensoir en bronze, trouvé à Ksar-Faraoun, près de Moula- Idris (Maroc), dans les ruines de l'ancienne Volubilis (.Maurétanie Tingitane) et dans les ruines d'un édifice qu'on croit être une basilique chrétienne '. Le petit nombre des objets découverts jusqu'à ce jour dans cette partie de r.\frique septentrionale donne à celui-ci un intérêt particulier. Cuvette à bords pleins et couvercle ajouré; haut, totale, 0m.l48. Le récipient, de forme ronde, mesure 0 m. 058 de hauteur, il pose sur trois pieds arrondis, dont un seul a été fondu avec l'objet auquel il appartient. Les deux au-

' Note précédente; et. Mesporo, dans Ann. du seru. des aniiq. d'Ëauple, ItlOS. t. XI. p. 28^1, n. 911i), pi. xxxn.— • J. Giiiggarl, Encenser de l'cpoca roniano cristiana.dans L'Avens,

très pieds, moins bons de forme et plus légèrement trapus, sont soudés au fond après coup. Deux grosses ba\-ures métalliques, visibles à l'intérieur de l'objet, au-dessus de ces deux pieds, permettent de constater qu'ils ont été ajoutés, probablement par suite d'une réparation. Les parois du récipient sont assez épaisses et la profondeur de la cuvette intérieure est de 0 m. 045. De chaque côté de ce petit brasero, aux deux extrémités d'un même diamètre, sur les bords mêmes de l'orifice, sort une double oreillette percée de deux trous qui se correspondent. Deux autres oreillettes simples, également percées, émergeant du couvercle, s'enclavent exactement dans les premières et, à l'aide de petites chevilles de bronze qui les tra-

4069. — Encensoir de Volubilis.

D'après Bull, de la Soc. des antiq. de France, 1891,

t. LU, p. 150.

versent, le couvercle se trouve fixé au-de-ssus de la cuvette. De ces deux chevilles, la première est rivée et forme la broche innnobile d'une charnière sur laquelle on fait manœuvrer le couvercle pour l'ouvrir ou le fermer. La seconde cheville, au contraire, est mobile: elle est suspendue au flanc du petit brasero à l'aide d'une chaînette. Quand on veut fixer le couvercle, on l'abaisse sur le récipient, puis on introduit cette cheville dans les trous des oreillettes(fig. 4069). Le couvercle, de forme ovoïde, mesure 0 m. 09 de hauteur; il est surmonté d'une croix grecque il larges branches égales. La branche supérieure est percée d'un trou qui sert au passage d'une chaînette, dont il reste quelques maillons. Ce couvercle est ajouré de façon à laisser passer la fumée de l'encens. A la base on remarque une série de dix-neuf petites ouvertures présentant l'apparence d'un portique circulaire; on dirait

1889, p. .'38-40. — ' A. Héron de Viilefossc, Drùle-par/um en bronze provenant itii .Maroc, dans [iullctin de la Société nationale des an/rV/imiri-s de l'rance, 1891, l. lu, p. I 19-152.

ENCENSOIR

<les arcades en plein cintre soutenues par des piliers a chapiteaux saillants. La partie supérieure est percée (le trous ronds formant deux motifs répétés et disposés symétriquement en quatre groupes. Le premier motif est une pyramide figurée par cinq lignes de trous superposées, 6, 3, 2, 1, 1; le second motif se compose de cinq trous disposés en croix. Cet encensoir peut remonter au W siècle.

Encensoir en bronze, en forme d'artichaut avec couvercle à charnière; au sommet, un trou de suspension et trois trous d'aération. Tige découpée; provient du Fayoum,ivs-vi« siècle; hauteur, 0 m. 23 '(ng.4070).

Encensoir de hiaBac^oxydé. Cuvette sur pied circulaire avec trois ^eiilpîiSNde très grande dimension. Provient deÇizèh ; haut.V^,jn\054 ; diamètre, 0 m. à rapprocner^d'un autre, pKts'\petit, de même prove-

Nous voulons encore mentionner une importante série dont on connaît déjà un grand nombre d'exemplaires très peu différents les uns des autres quant à leur forme, à leurs dimensions et à leur décoration. Le lieu d'origine est probablement la Syrie, d'où les pèlerins de Terre Sainte rapportaient un peu partout ces encensoirs-souvenirs. On en a rencontré en Syrie, en Egypte, en Italie, et ils peuvent appartenir à l'art du vie au vn" siècle. En voici un exemplaire décrit avec précision.

Vase en bronze, de forme hémisphérique renflée (exactement ce que nous nommons cache-pots et jardinières), ayant à l'ouverture 0 m. 097 de diamètre et 0 m. 077 de hauteur totale. Le pied, creux en dessous, haut de 0 m. 006, est séparé de la panse par une bande sans ornements large d'un centimètre. Vers le haut,

40/1). — Encensoirs divers.

D'après O. Wulff, AUclirislliclie imd Miltelalterliche Bildwerke, pi. XLUi, XLVi, xlmi.

nance, mais mieux conservé et qui nous montre que la panse était côtelée; haut. 0 m. 035; diam. 0 m. 073 ».

Encensoir de bronze patiné, ressemblant à un bassin à larges côtes et avec les trois chaînettes remplacées par des croisillons. Provient de Constantinople; haut. 0 m. 065 *.

Encensoir en bronze, en forme de coupe avec couvercle ajouré, montée sur pied. Provient d'Egypte; haut. 0 m. 19 ^

Encensoir en bronze, un masque humain coiffé d'un bonnet pointu surmonté d'une croix. Provient d'Égj'pte ; haut. 0 m. 20 «.

Encensoir en forme de cassolette ajourée, surmonté d'un aigle. Provient du Caire; haut. 0 m. 16; diam. 0 m. 085 '.

Encensoir à trois anneaux de suspension, à Akhmîn*.

Ces types sont assez variés pour terminer ici l'éimmération, qui serait facilement beaucoup plus longue.

' O. Wulfl, AltcltristUche und Mitlelalterliche byzantinische iind italianische Bildwerke, in-4'>, Berlin, 1909, t. i, p. 205, n. 979, pi. XLm. — ' Ibid., p. 204, n. 973, pi. xLvn. — • Ibid., I>. 204, n. 974. pi. XLvn. — ' Ibid., p. 204, n. 975, pi. XLvn. — • Ibid., p. 205, n. 977. pi. XLVi. — • Ibid., p. 205, n. 978, pi. XLVI. — ' Ibid., p. 205, n. 980, pi. XLVi. — ' R. Fôrrer, Die friihcliristl. Allert. von Achmin, 1893, pi. vi, n. 4, 5. — ■ S. Petridès, Un encensoir syro-by:anlin, dans Jïc/io.s d'Orient,

une autre bande large de 0 m. 015, sans ornements aussi, entre deux simples filets. Sur cette bande font légèrement saillie à l'extérieur trois rivets et trois oreillettes placées, non au-dessus des rivets, mais exactement au milieu de la distance qui les sépare. L'encensoir n'a jamais reçu de couvercle ». Sur la panse sont figurés six épisodes évangéliques : Annonciation. L'ange aux ailes déployées, la main levée, salue Marie.

— Visitation. Marie et Elisabeth s'embrassent. — Nativité. Joseph assis, Jésus couché dans une haute crèche, Marie couchée, le bœuf et l'àne. — Baptême de Jésus par Jean en présence d'un ange et d'une colombe.

— Crucifiement. Jésus nimbé, revêtu du colobiumou tunique longue sans manches, les deux larrons n'ayant qu'une ceinture et liés à un poteau dont l'extrémité supérieure est visible derrière leurs têtes qu'elle dépasse, le soleil et la lune. — Résurrection. Au centre le saint sépulcre, à droite un ange assis, la

1904, t. vn, p. 148-151. Le nombre actuellement connu (le ces encensoirs s'élève à une trentaine; cf. O. Peika, Ein atiro-pala'slincnsisehens Rauctiergefass, <Ians Miliheil. des Cerman.Nal. J\/i;seiims,1906. .1. Strzygowski, dans Byzantinische Zeitschrift, 1906; K. M. Kaufniann, Ilandbuch der clirisll. Arcliivologie, 2" édit., p. 597, note 4; Rohault de Fleury, La messe, t. v, p. 155; Cahier, Mél. d'archéol., t. ni, p. 20, parle de celui de la collection Carraud.

ENCENSOIR

main droite étendue en avant, à gauche une des saintes femmes nimbée. Provient de Medeat ou Midiat, petite ville ancienne au sud-est de Diarbékir. Ancien cabinet de M. Ledoulx à Constantinople.

Même type à Florence, Musée, ancienne collection Louis Carraud; bronze, haut. 0 m. 10; diam. 0 m. 12; quatre oreillettes : Visitation, Annonciation, Adoration des mages. Nativité, Incrédulité de saint Thomas, Jésus dans une gloire adoré par deux anges '.

Même type au Musée Britannique, provient du

4071. — Encensoir de Carthatii'.

D'après Comptes rendus de l'Acad. des inscript, 1900, t.i.

couvent Mar Muza el Habashi entre Damas et Palmyre : Annonciation, Baptême de Jésus, Crucifiement, Les saintes femmes au tombeau '.

Même type au Musée Kaiser Friedrich à Berlin; provient du Caire, coll. Fouquet; haut. 0 m. 095, diam. 0 m. 11 : Annonciation, Visitation. Nativité. Adoration des bergers. Adoration des mages. Baptême du Christ. Son entrée à Jérusalem. Crucifiement. Les saintes femmes au tombeau '.

Le même musée possède d'autres exemplaires '.

Ce sont sans doute des scènes analogues qui or-

4072. — KncdisDir de Thobes.

D'après Rohault de Fleury, La messe, t. v, pi. cdxv.

naient au nombre de six un encensoir d'argent signalé en 1201 àPatmos'.

On a trouvé aussi, dans un lumulus du gouvcrne-

' Gerspach, Un bénitier du Vil" siècle, dans Revue de l'art c/u-élicn, 1903, p. 313 ; l'interprétation des deux dernières scènes est plus que douteuse, mais la reproduction ne reproduit rien qui vaille. L'auteur Imagine avoir alTalre à un bénitier (.sic). Carraud jugeait cet objet du provenance syrienne. — ' Proccedings ni Ihe Sncirlii o/ <in(it;iii(iV.s «/ London, 1872, pi. opposée à la p. 2'JO ; Itoliault de l'Icurj', La messe, t. v, p. 155, pl.CDXVi;0. M. Dalton, Cu(a(of;iie, p. 107, n. 540, flK. — • O. Wuirr. op. cit.. p. 202, n. 9G7, pi. xi-vn. — • Ibid., p. 203-201 n. 968, 969, 970, 971, pi. xLvii. Cf. o. Peika, Ein syro-pal stincnsisclwns Raudterge/ass. dans \litllieilungen des Gorman. Nat. Muséums, 1906. p. 91, n. 1, 7, 8, 9, 10. 11 ; Catilcr. Mélanges d'arcliêolngie, 1853. t. m, p. 20; cf. Roliaultdc Fleury, La messe, t. v, p. 155, pi. CD.wi, donne celui de Crimée dont nous parlons plus loin; il en indique un h Odessa provenant de Kertch. — * Ch. Diehl, Le trésor et la bibliothèque

ment de Kiev, « un encensoir de bronze ayant la forme d'une coupe, avec les ligures en relief des quatre évangélistes, » travail grossier du vm'-ix» siècle '.

Un encensoir de bronze provenant de Soudaka en Crimée, et conservé au musée de l'Hermitage à Pétrograd; ainsi décrit dans le catalogue : « Encensoir de bronze du viie-ix" siècle, avec figures ciselées en relief ; Nativité du Christ, Salutation d'Elisabeth, Baptême, Crucifiement, Résurrection et bustes des douze apôtres '. »

A Carthage, les fouilles de la nécropole voisine de Sainte-Monique ont donné, dans la couche supérieure du sol, de curieux brasero d'argile rougeàtre qui ont peut-être servi d'encensoirs. De forme presque cylindrique, ils sont munis d'une anse destinée à les porter verticalement comme un panier. Leur paroi est percée de quatre petites fenêtres, soit carrées, soit triangulaires. La partie supérieure est complètement fermée. Une dizaine d'exemplaires, presque tous brisés, ont été retrouvés* (fig. 4071).

A Thèbes, en Egypte (Medinet Abou), une série

4073. — Encensoir de ilanniieim.

D'après Rohault de Fleury, La messe, t. v, pi. cd.w.

d'objets liturgiques, parmi lesquels une burette (voir ce mot, flg. 1 748) et un encensoir; réchaud cylindrique pourvu d'un manche, monté sur pieds et orné de rinceaux ajourés. Le dessus, concave, mobile, recevait les grains d'encens". Bronze; longueur, 0 m. 15 (fig. 4072). A Mannheim, encensoir unique en son genre; bronze, de 0 m. 20 de hauteur, se compose d'un cylindre garni d'anneaux, de trois pieds avec feuillage dans le haut

Patmos, dans Bijzaniinische Zeitschri/t, 1892, t. i, p. 513.

— • Tolstoï et Kondakof, Antiquités russes dans les moniimciit.'î del'art (en russe), Saint-l'ètcrsbourB, 1897, t. v. p. 31.

— ' KondaUoI, Ilermilafic impérial. Guide pour la partie du moyen âge el de la lienuissuucc (en russe), Saint-l'èlcrsbours, 1891, p. 2.33. Quant aux inscriptions qu'on lit sur certains encensoirs byzantins, elles sont tirées de In liturKie de saint Pierre. Cf. J. Strzygowski, dans Byzantinisclic Zeilselirill, 1896, t. v, p. 567; 1898, t. vn, p. 29; 1901. t. x. p. 731 ; S. Pctridès, A propos d'encensoirs byzantins de Sicile, dans même rc'v-ue, 1904, t. xni, p. 480-481. — • Dclattrc, Siir les /ouilles de la nécropole voisine de Sainte- Monique à Carihage, diuis Comptes rendus de l'Acad, des inscript., 1900. p. 84-85. pi. I, n. 1-2. — • C. D. F,. Fortnuni. A collection o/ objects o/ bronze jrom Uppcr Egypt, dans 'J'/ie archicological journal, 1868. t. xxv. p. 245. 11g, 5; Rohault de Fleury, La messe, t. v, p. 154, pi. cdxv.

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