ROMAIN
Domlnus vobiscum...
Sursum corda...
Vere dignuiu et justum est
Sanctus.
Te igitur.
Mémento Domine.
Communicantes...
Hanc iRitur oblationem...
Quam oblationem tu Deus in omnibus benedictam, adscriptam, ratam rationabilemque facere digneris ut nobis corpus et sanguis flat D. N. J. C. qui pridie quam pateretur....
Unde et memores. Domine, nos servi tui...
tam beatœ passionis, necnon et ab inicris rcsurrectionis sed et in ca^los gloriosx asccnsionis, offcrimus prxclarœ majestati tuce de tuis donis ac datis... bostiam immaculatam, panem sanctum
De sacramentis.
(Vis scire quia verbis cfelestibus consecratur [sacramcntum]7 accipe quse suai verba :)
Fac nobis hanc oblationem
adscriptam, ratam, rationabilem, acceptidjilem, quod figura est corporis et sanguinis Domini N. J. C. Qui pridie quam pateretur...
Hrgo memores gloriosissimaï ejus passionis,
et ab inferis resurrectionis et in ca4um ascensionis, offcrimus tibi
hanc immacuialam liostiara, rationabilcm hostiani.
incruentam hostiam, hune
plus fort et parait une gageure, qu'il n'y a jamais eu d'épiclèse romaine. Op. cit., p. 117, 137. — ' liuchwald. Die Epiklese in der rotn. Messe, Widenaucr ùitiulien, 190G, t. i, p. 21-50. .Sur les liypotlièses de Buchwald et les jugements justement sévères de Ed. Bishop et de Salaville, voir plus loin, col. 177. — ' Dans sa dissertation 7Vic liturgicat Iiomilies o/ S'arsai, p. 150 sq.. Ed. Bishop s'est donné lu peine de réunir toutes les opinions des théologiens anciens et modernes sur ce point. — 'Op. cil., p. 263, 278, etc. — 1° Op. cil., p. 132-134. Il laut remarquer que dom Cagin, qui voit l'épiclèse dans le Supra qua: et le Supplices le, admet cependant que le Quam oblalionem est aussi une épiclèse. Cf. liucharislia, p. 63, 67, et Paléographie musicale, t. v, p. 05, 95.
vit3P îeternœ et calicem salutis perpétuée.
Supra qute propitio ac sercno >ailtu respicere digneris, et accepta habere sicuti accepta habere dignatus es munera pueri tui justi Abel et sacrificium patriarchae nostri Abrahse et quod obtulit summus sacerdos tuus Melchisedech, sanctum sacrificium, immaculatam hostîam.
Supplices te rogamus, omnipotens Deus, jubé haec perfeni per manus sancti angeli tui in sublime altare tuum in conspectu divinse majestatis tuîc : ut quotquot et hac altaris participatione, sacrosanctum Filii tui corpus et sanguincm sumpserimus, omni benedictione cselesti et gratia repleamur. Per eumden C. D. N. Amen.
EPICLESE
panera sanctum et calicem vitae œternœ
et petimus et precamur ut hanc oblationem suscipias in sublimi altari tuo per manus angelorum tuonim, sicut suscipere dignatus es munera pueri tui justi Abel et sacrificium patriarcha? nostri Abrahae et quod tibi obtulit summus sacerdos Melchisedech.
3° Épidèse supra qu.e et supplices te'. — Plusieurs anciens et un bon nombre de modernes, surtout depuis Mgr Duehesne, ont adopté ce sentiment '. Une des raisons qui militent en faveur de ce système, c'est que la place naturelle de l'épiclèse, comme nous le dirons § VIII, est ici, et que ces prières correspondent, au moins dans une certaine mesure, aux formules orientales ou latines d'épiclèse =. Il est vrai qu'il n'est pas question ici du Saint-Esprit, mais, d'après ces critiques, le saint Ange, per manus sancti angeli tui, serait le Saint-Esprit '.
4° Deux ou plusieurs épicléses romaines. — Certains auteurs, tout en voyant dans la prière Quam oblatio-
nem une épiclèse, n'excluent pas celle du Supra qum et du Supplices te. D'autres proposent la prière Veni, sancti ficator omnipotens œterne Deus, etc.
5° Épiclèse muMc pur V imposition des mains. — Mgr de Waal a émis, au sujet de l'épiclèse romaine, une autre hj'pothèse. L'imposition des mains sur les oblations qui précède la consécration, avec la prière Ilanc igilur oblationem, serait un souvenir de l'ancienne épiclèse, en quelque sorte une épiclèse muette. Primitivement, selon lui, au moment où l'évèque prononçait les paroles consécratoires, les prêtres concélébrants étendaient les mains sur l'oblation, comme ils le font encore à l'ordination sacerdotale. Aujourd'hui l'imposition des mains à la messe n'est plus qu'une épiclèse muette; autrefois, devait s'y joindre une prière d'invocation implorant la sanctification des éléments par le Saint-Esprit, au même instant où les paroles du Christ prononcées par l'évèque opéraient cette sanctification '.
VI. Anoennes épicléses latines et épiclèses DÉSAFFECTÉES. — On trouvc daus les antiphonaires anciens, à la messe du jour de Noël, ou à celle de l'Epiphanie, ou à Pâques, ou à la Pentecôte, une antienne sous la rubrique In fractione ou Dum frangitur corpus, ou Ad corpus Domini sumendum, elc, qui n'est autre qu'une épiclèse, comme l'a reconnu dom Cagin, et qui doit être notée ici, parce que cette antienne se trouve surtout dans les manuscrits d'ItaUe. Si c'était l'indice d'une origine latine et surtout romaine, le cas serait doublement Intéressant, étant donné, comme nous l'avons dit, qu'on a pu se demander s'il y avait une épiclèse romaine, et qu'en tout cas, la formule que l'on désigne sous ce nom ne présente que des éléments incomplets d'épiclèse °.
En voici le texte, d'après les trois leçons principales des manuscrits jusqu'ici connus :
Einilte angelum tuum Domine,
Corpus et sanguinem tuum.
Nos frangimus, Domine,
Tu dignare bcnedicere.
Ut immaculatis manibus illud tractemus.
O quam beatus venter ille qui Christum meruit portare.
0 quam pretiosa gemma et margarita,
Quam lucis mundi illustrât gratia.
O quam beati pedcs illi qui Christum meruerunt sustinere,
Cui angeli et archangcli offerunt munera,
Sempiterno et excelso régi, alléluia.
Emitte Spiritum Sanctum tuum.
Domine.
Corpus et sanguinem luum.
Nos frangimus. Domine,
Tu dignare benedicere
Ut immaculatis manibus illud tractemus.
O quam beatus venter ille qui Christi corpus meruerit digne percip ère.
O quam pretiose esce comestio
Quam lucis mundi illustrât gratia.
O quambeali pedes illi qui Christum meruerunt sustinere,
Cui angeli et archangeli offerunt munera,
Sempiterno et excelso régi, alléluia.
Emitte Spiritum Sanctum tuum Domine,
El dignare sanctificando mundare corda et corpora nostra ad percipiendum
Corpus et sanguinem tuum.
Nos frangimus, Domine.
Tu dignare tribuere.
Ut immaculatis manibus illud tractemus.
O quam beatus peclus illud quod Christi corpus meruerit digne percipcre.
O quam pretiosa hujus esce comestio
Quœ esuricntem satiat animam..
O quam beati viri illi qui Christum meruerunt sustinere,
Cui angeli et archangeli munera offerunt.
Inunortali et selerno régi, alléluia'.
* C'est surtout le Supplices te qui est considéré dans ce système comme la vraie formule d'épiclèse, mais en réalité les deux formules ne sont qu'une seule prière. — * Pour les anciens, voir Bishop, op. cit., p. 150 sq. Parmi les modernes, citons en dehors de Mgr Duehesne : \V. C. Bishop. article cité, Salaville, dom Cagin, Maclean, loc. cit., p. 23, 24, etc. — 'Cet argument a été développé surtout par dom Cagin, Paiéographie musicale, t. v, p. 88 sq. De même Salaville, L'épicZése dans te canon romain, dans Revue augustin., loc. cit. Varaine, au contraire, trouve que les passages correspondants des liturgies orientales ne sont pas des épiclèses, op. cit., p. 117. — * Dom Cagin, op. cit. Les interprétations les plus diverses sur le sens de ces termes, Sancti angeli tui, ont été données. Ed. Bishop en a réuni quelques-unes dans le passage déjà cité. Les uns y volent un ange, saint Michel
ou l'ange de l'Église, l'ange de r.\utel, ou le Christ, l'ange du Grand Conseil, ou le Saint-Esprit, etc. Cf. aussi Varaine, loc. cit., p. 113, et Smid, dans l'article Epiklese du Kirchenlexicon,p. 690. Voir le § suivant sur l'antienne Emitte angelum tuum. — * Arcliàologische Elrorterungen zu einigen SlUcken in Canon dcr heiligen Messe. IV. Die Epiklesis, dans Der Kalholik, mai 1896. Le P. Le Bachelet Cons<icra(ion et épiclèse, dans les ËUnles, 1898, t. Lxxv, p. 482, semble se rallier à cette hypohèse, qui, expliquerait fort bien la coopération du Saint-Esprit dans l'œuvre de la transsubstantiation.
— ' Dom P. Cagin, Te Deum ou illatio, Paris, 1906, p. 215 sq.
— ' Cette antienne a été donnée avec le chant, suivant deux versions différentes, dans la îievue du chant grégorien, lô déc. 1896, p. 65-70, mais avec quelques erreurs, soigneusement relevées par dom Cagin, op. cit., p. 216, note 1.
ÉPICLESE
L'intérêt de cette formule est qu'elle nous présente en même temps les termes d'Une épiclèse et ceux de la fraction (nos frangimus. Domine). Voir Fraction. Or, dans les liturgies occidentales, l' épiclèse est souvent, comme ici, en relation avec la fraction. Dom Cagin en donne plusieurs exemples parmi les Post sécréta, Post mysteria, Post pridie gallicans et mozarabes, qui sont autant de synonymes de l' épiclèse '. D'ordinaire, eUes conservent quelques-uns des éléments principaux de l'épiclèse, invocation, ofirande, descente du Saint-Esprit, fruits de la communion, etc.
Dom Cagin montre encore, dans ce passage et dans d'autres parties de son œuvre, que Vangelus auquel il est fait allusion dans l'épiclèse Emilte, et dans plusieurs autres formules, à commencer par la formule romaine Supplices te... jubé hœc perferri per manus sancti anyeli tui, n'est autre chose qu'une désignation de l'Esprit- Saint '.Enfin en poursuivant l'histoire et l'évolution de cette^p!e(cse désaffectée, il montre que plusieurs autres traits qui se rencontrent dans VEmilte sont encorecommuns à un grand nombre d'épicléses, et nous ramènent à un état du canon romain antérieur à saint Grégoire '.
C'est encore dom Cagin qui appelle l'attention sur la formule suivante, où il reconnaît une ancienne épiclèse :
MlSSALEGALLICANUMVETUS SECRÈTE DE L'EPIPHANIE.
Post mysterium.
Sacrificils prjcsentibus. Ecclesiœ tuae, quaesumus.
Domine, quaesumus, intende Domine, dona propitius in-
placatus, quibus non jarn tuere,quibusnon jamaurum,
aurum, thus et myrrha pro- thus et myrrha profertur,
fertur, sed iisdem muneribus sed (quod) (de) eisdem nm-
declaratur, offertur, immo- neribus declaratur, immola-
latur.sumitur. PerDominum tur e suraitur(JesusChristus
nostruni. Dominas noster). Pcr Dominum nostruni. etc. *.
On peut trouver les éléments d'une ancienne épiclèse dans la prière suivante, qui est conservée dans la prière Summe sacerdos, aujourd'hui encore dans nos missels comme préparation à la messe, et attribuée à saint Ambroise :
Descendal etiam, Domine, illa sancti Spirilus tui invisibilis incomprehensibilisque majestas, sicul quondam in patrum hostias desccndebat, qui et oblationes nostras corpus cl sanguinem tuum efficiat, et me indignum saccrdotcm doccat tantum Iractare mysterium cum cordis puritale, et lacrymarum devotione, cum reverentia et timoré, ita ut placide ac bcnigne suscipias sacrificium de manibus mets ad satulem omnium lam vivorum qaam defiinctorum {oraliones ante missam).
Le même texte est donné par Alcuin et se retrouve dans les livres mozarabes :
Descendat etiam. Domine, illa sancti Spirilus tui incomprehensibilis invisibilisque majestas, sicul guonduni in patrum hostias desccndebat. Per eumdem D. '.
Voici le texte dans le Liberordinum et dans Alcuin :
LiBEK OBDINV.M
Post pridie Mcmores sumus....
Petimus ergo majestatem tuam...
Sacramentobum i.iber,
AUCTORE ALCUINO
; sumus....
l'etimus ergo majestatem
tuam..
' Cf. Duchesne, Origines du culte clirélien, 4" édit., p. 220, et dom Cagin, Puléogruphie musicale, t. v, p. 87-90. — ' Te Deum, p. 221 ; Paléographie iiiusicule, t. v ,[>.{)0. — • TeDeum, p. 221 sq. ; cf. aussi p. -ISîi sq. — • Dom Cagin, Eucharistia, p. (il. — 'P. L., t. CI, col. 41!». Cf. dom Oibrol, Les origines liturgiques, p. 260, et nos articles Alcuin, t. i, col. 1072; .\uousTiN (Messes de S.),l.i,col. 3148; ^U>olocies, col. 259ît. — • Liberordinum, p. 2G5. — ^Origines liturgiques, p. 259, 260. — ' Sacramentarium Leoniaiium,éd. Fcltoe, Camiiridgc, 1896. p. 74. Klle est aussi dans le missel de Léofric, p. 177, et ailleurs. — • Xolammcnt au.\ ouvrages de Lebrun et à ceux plus récents de Iloppe,l"ortescue,Varaine,Salaville: cf. la bibliograpiiie. — "> Voir Élévation. — "O. Balillol,
et descendat super hune panem et super hune calicem plenitudo tue divinitatis.
Descendat etiam. Domine, illa sancti Spiritus tui incomprehensibiHs majestas sicut quondam in Patrum hostiis mirabiliter desccndebat.
Ac praesta. Domine... *.
et descendat super himc panem et super hune calicem plenitudo tue divinitatis.
Descendat etiam. Domine, illa sancti Spiritus tui incomprehensibilis majestas, sicut quondam in patrum hostias desccndebat. Per eumdem '.
On ne peut méconnaître non plus la formule d'une épiclèse dans cette secrète du Léonien : Mille, Dne, quœsumus, spm scm qui et hœc muncra prsesentia nostra tuum nobis efficiat sacramenlum et ad hoc percipiendum nos-tra corda purificet, per ^
VII. Discussions thêologiques sur l'épiclèse. — Nous n'avons pas ici à discuter la question de l'épiclèse au point de vue théologique. Nous nous contenterons de renvoyer aux travaux fort nombreux écrits en ce sens '. 11 nous faut néanmoins résumer la question en quelques lignes. Sans ces éclaircissements, l'exposé historique lui-même demeurerait incomplet.
La doctrine catholique nous enseigne que la forme de l'eucharistie est constituée par ces paroles que le prêtre prononce à la messe: Hoc est corpus meum... Hic est calix sanguinismei. La transsubstantiation s'opère à ce moment; c'est pourquoi, dans la liturgie romaine, les paroles de l'institution forment en quelque sorte le point central et le plus solennel de la messe. On l'appelle le moment de la consécration, et il est facile de voir aujourd'hui, par exemple, à l'ensemble des cérémonies qui entourent ce rite, élévation de l'hostie et du calice, génuflexions, prostrations, son de la clochette ou des cloches, et. aux messes solennelles, encensement et procession de torches ou de flambeaux, que c'est là le moment le plus important de la messe *°.
Bien que cette doctrine n'ait pas été formellement définie par l'ÉgUse, elle est considérée par les théologiens comme une vérité certaine et proxima fidei ". Salaville nous raconte comment elle fut sur le point d'être définie au concUe de Florence et au concile deTrente "; elle est affirmée dans le décret d'Eugène IV aux Arméniens " ; des condamnations récentes l'ont remise en vigueur ".
Or plusieurs des formules d' épiclèse ou des textes des Pères que nous avons cités ci-dessus viennent donner à cette doctrine un démenti plus ou moins catégorique et affirment, plus ou moins clairement, que c'est par la vertu du Saîiil-Esprit et par la prière d' épiclèse, conséquemment assez longtemps après les paroles de l'institution, que s'opère la transsubstantiation.
Cette divergence entre les latins et les grecs ne fut relevée qu'assez tard. 11 n'en est pas question au temps de Photius, ni au temps de Michel Cerulaire, alors cependant que les discussions entre les deux partis étaient si ardentes ". C'est au xn» siècle, semble-t-il, qu'elle fut soulevée pour la première fois par Théodore, évêque d'Andide. Au xiv siècle, Théodore de Mclitène puis Nicolas Cabasilas, et au xv, Siniéon de
Bulletin delitléralureeccUs. ,lSS^,t. i, p. 78; Dcnzinger-Banwart,i;'nc/iiridions|/nibo/or»ni.n.698, 870; Salnvillc, Dic(. de tbéol. callial.,t. v.col. 197 et 199. — 'MIarilouin, .Irtaconcil., t. IX, p. 977; Mansi. Concilia, t. xxxi. col. 1045; Motcle-LccliTcq, Histoire des conciles, t. vu. p. 10i;t, 1(124 sq. Le cuit— cliismo ilu concile de lYonte se prononce nettenient dans le mcnie sens. De sacra/n. cuc/utris/ia*. Cf. cependant Le Hrun, op. cit., p. 240-241 . — " Dcnziiiger-Uanw art , op. cit., n. 64(8. — '* Pensées sur ta question de l'union des Églises, dans Ronm « l'Oriente, a. 1, nov. 1910. Voir la lettre de Pic X. du 26 décembre 1910. dans Actaapostolfcu'Sedi's.t.iii. p. 119. Cf. £c/ius d'Orienf, janv. 1911. t. .\iv. p. 7. — "Cf. Ilergcnrrtther.P/iotîus, t. m, p. 601-769.
EPICLESE
Thessalonique, portent sur ce point leur attention '.
Mais c'est surtout au concile de Florence que la question fut déliattue, alors que les deux Églises, cherchant un rapprochement, s'efforcèrent de trouver sur ce point, comme sur les autres, un terrain de conciliation. Isidore de Kiev, Jean de Torquemada, et Bessarion se distinguèrent dans la discussion, sans arriver à un accord sérieux -.
Torquemada admet que l'épielèse participe à la confection du corps du Christ, mais à condition qu'on entende, par corps du Christ, son corps mystique. Le cardinal Bellarmin adopte cette opinion.
L'opinion du cardinal Bessarion, suivie encore de nos jours par quelques théologiens (Gutberlet, Lingens), reconnaît que la consécration est opérée par les paroles de l'institution, mais elle suppose que l'Éghse veut manifester l'intention qu'elle a de consacrer, et c'est le rôle de l'épielèse. Dès lors, peu importe sa place '.
Ambroise Catharin, dominicain, qui assista au concile de Trente, et fut fait évèque ensuite, a imprimé deux traités Quitus verbis Christus consecraveril en 1 552, dans lesquels il soutient que la forme de la consécration ne consiste pas dans les paroles de l'institution, mais que la transsubstantiation est opérée avant que ces paroles ne soient prononcées, à savoir, par la bénédiction Benedixit. Ce sentiment, dit-U, est celui des papes Innocent III, Innocent IV, et d'Eudes de Cambrai*. Christophe de Cheffontaines (Chrislophorus de Capitefontium, en breton Kerpenfentenio). qui fut général des cordeliers, en 1571 et plus tard archevêque de Césarée, soutint le même sentiment dans plusieurs ouvrages et chercha même à l'appuj'er sur le concile de Trente ^.
Bossuet dit de son côté : « L'esprit des hturgies et en général de toutes les consécrations n'est pas de nous attacher à de certains moments précis, mais de nous faire considérer le total de l'action pour en entendre aussi l'eflet entier... C'est donc pour rendre la chose plus sensible que l'Église parle en chaque endroit comme la faisant actuellement, et sans même trop considérer si elle est faite ou si elle est peut-être encore à faire *. » On verra que cette explication a été reprise par quelques liturgistes modernes.
Au xvn« et au xvm« siècle, la controverse reprit de plus belle parmi les savants catholiques. Combe fis, Lequien, Renaudot et Touttée, furent amenés, par leurs travaux sur la liturgie et sur les Pères de l'Église, à examiner de nouveau la question de l'épielèse '. Tout en
' Cf. Varaine, op. cit., p. 9, 10; Salaville, dans Dict. de titépl.yt. V, col. 256; Renaudot, op. cit., t. i, p. 226. — ' Voir l'histoire de ces discussions dans Hardouin, .4c(a concilior., t. IX, col. 977 sq.; Mansi, Concilia, t. xxxi.col. 1014 sq; Hefele-Leclercq, Hisloirc des corici7es, t. vu, p. 1073, 1024 sq.; Salaville, loc. cit., col. 258 sq. — ' Cf. Mgr Batiffol, dans Revue du clergé, 1908, p. 513, 524 sq. — * Salaville, Ëpiclése eucharistique, loc. cit., col. 231. — ^ De la vertu des paroles par lesquelles se fait la consécration du Saint- Sacrement de l'autel, Paris, 1585. Un autre ouvrage de lui. De necessaria correctione theologiœ scholastiav. Paris, 1586, ne traite que de la forme de la consécration. Sur ces deux ou\Tages aujourd'hui très rares, cf. Lebrun, op. cit., t. v, p. 232, 233, et Hurler, Nomenclator litterarius, Œjiiponte, 1892, 1. 1, p. 61 sq. — ' Explication de quelques difflcultés sur les prières de la messe, xlvi. Œuvres complètes, éd. Bloud, t. IV, p. 476, 477. Cf. Salaville, loc. cit.. col. 279-282, qui expose bien toute la doctrine de Bossuet. — ' CombeQs et Lequien, édition de saint Jean Damascène, P. G., t. xciv, col. 1140 sq.; Renaudot, Lilurgiarum orientalium collectio, Paris, 1715-1716 ; dom Toutée, édition de saint CjTille de Jérusalem, P. G., t. xxxiii; cf. Hurter, Nomenclator litterarius, Œniponte, 1893, t. il, p. 808; sur Renaudot, cf. Ant. Villien.L'nbfcéJEusébefîcnaudoi, Paris, 1904, p. 237, 253. — • Cf. Salaville, dans Dictionnaire de théologie, t. v, col. 274, 275. Remarquons que Hoppe, dont nous avons cité l'ouvrage, arrive à peu prés à la même conclusion; cf. notamment p. 316 sq. et p. 283. — ' Explication historique, etc., des prières de la messe, 1778. t. v, p. 266. Cette opi-
admettant que la forme de l'eucharistie est bien dans les paroles de l'institution, ils refusent de condamner la doctrine de l'épielèse professée par certains Pères ou formulée dans les liturgies orientales. L'efllcacité des paroles de l'institution, au moins pour les Églises orientales, serait conditionnée par l'épielèse. Dans la liturgie latine, la cause impétratoire précède (c'est l'oraison Quam oblalionem) : c'est pourquoi, après les paroles du Sauveur, tout le mystère est terminé. Dans les liturgies orientales, la cause impétratoire suit (l'épielèse après les paroles de l'institution): c'est pourquoi la cause efficiente attend, pour agir, que l'épielèse soit prononcée. L'épielèse, comme partie du Canon, possède une sorte de nécessité liturgique ". Mais c'est surtout à l'occasion de l'ouvrage de Lebrun sur les Cérémonies de la messe que la discussion se ranima.
Il traite longuement la question dans son livre sur la messe, et incUne vers l'opinion qui veut que l'épielèse soit nécessaire, dans une certaine mesure, à la consécration '.
Xaturellement, protestants et anglicans ont pris vivement parti à ce sujet contre l'Église catholique. Grabe, dans son ouvrage De forma consecrationis eucharislicœ, a defence oj Itie Greek Church againsl Itie Roman in Ihe article o/ the consécration oj the eacharistical éléments, Londres, 1721, s'efforce de justifier, comme le titre l'indique, l'usage de l'Église orientale contre r Église romaine et même contre l'Église anglicane, qu'il accuse d'avoir sacrifié l'épielèse ". Neale fait un grief à l'Église latine d'avoir laissé disparaître ce rite de l'épielèse, essentiel à la liturgie de la messe ". Dans un article de la Church quarterly revieiv, W. C. Bishop pense aussi que l'Église romaine, pour donner aux paroles de l'institution plus de relief, aurait supprimé l'épielèse". La question de l'épielèse continue encore de nos jours à diviser les théologiens des deux Églises, et, en 1895, le patriarche Anthime opposait l'obstacle de cette divergence aux efforts de Léon XIII pour tenter un rapprochement avec l'Orient ",
De leur côté, les théologiens cathoUques ont essayé une explication ou une conciUation. » Ils (les Pères orientaux) ne paraissent pas avoir jamais insisté sur l'instantanéité du changement de substance. Ils ont pris le drame liturgique dans son ensemble; ils ont fait ressortir la suite harmonieuse et progressive des rites sacrés, tous importants et solennels, depuis la doxologie et le commencement de l'anaphore jusqu'à la communion ". »
nioQ donna naissance à une polémique dont nous ne citerons que quelques titres : Lettre d'un curé de Paris touchant le sacrifice de la messe, Paris, 1718; Ré/lexions surla lettre d'un curé de Paris, dans Mémoires de Trévoux, août 1718, p. 213-225; Réfutation de la dissertation du P. Le Brun, sur la forme de la consécration, par le P. Bougeant, S. J., Paris, 1727f Défense de l'ancien sentiment sur la forme de la consécration parleP. Le Brun, Paris,'l727; le P. Hongnaut.S. J., Apologie des anciens docteurs de la faculté de Paris..., contre la lettre du P. Le Brun, Paris, 1728; le P. Bougeant, Traité théologique sur la forme de la consécration de Veucharistie,Ly on, 1729. Cl. Sommervogel, Bibliotliéquede la Société de Jésus .art. Bougeant. — '» Cf. doni Cabrol, Le canon romain et la messe, dans Revue des sciences philosophiques et théologiques, 1903, t.in.p. 511sq.^ " J. M. N'eale, ,-1 history of the holy Eastern Church, London,1850, p. 492 sq., surtout p. 498. — "\V. C. Bishop, The primitive form of the eucharist, dans Church quarterly revieiv, 190S, t. lxvi, p. 385 sq. J. Watterich.dans sa dissertation (cl. la bibliographie), formule la même accusation. Le P. Le Bachclet, dans son article Co;i.sccra(ion et épiclése, dans les Études, 20 mai et 20 juin 1898, t. Lxxv, p. 805, expose et réfute la thèse de Watterich. — " Lettre encyclique et synodale, Constantinople, 1895 (publiée en grec et en français). Cf. aussi l'article du P. Le Bachelet, loi-. ci(., p. 466 sq. — " E. Bouvy, Les Églises orientales. Traditions et liturgies eucharistiques, dans Congrès eucharistique de Reims, 1894, p. 756. Cf. Revue augustinienne. 1902, t. i, p. 469, cf. Salaville, La liturgie de saint Ju.stin et l'épielèse, dans Échos d'Orient, 1909, t. xn, p. 224 sq.
ÉPICLESE
Dom Cagin est convaincu que l'étude comparée des liturgies peut apporter sur l'épiclèse des éléments nouveaux de solution, et qu'il faut interpréter dans l'ensemble liturgique des expressions qui, prises à la lettre, nous induiraient en erreur. Il montre, par exemple, que des épiclèses mozarabes, gallicanes ou même orientales, qui semblent placer dans l'invocation du Saint- Esprit la force de la conversion des éléments, n'admettent pas moins dans les paroles de l'institution l'efficacité consécratoire. Ces apparentes contradictions, dans une même liturgie, s'expliquent par l'infirmité du langage humain. » 11 est clair que la valeur théologique (de certaines expressions liturgiques) doit être prise dans un sens rétrograde et concomitant avec les paroles de l'institution. . les actes humains ne pouvant être que discursifs, l'explication, par l'homme, de tout de qui est contenu dans l'unité sacramentelle de la consécration ne peut se développer non plus que successivement. Il arrivera ainsi que l'essence de l'acte sera déjà posée, que l'esprit de l'homme, à plus forte raison sa parole, en seront encore à détailler tout ce que cet acte est destiné à contenir, tout ce que le prêtre a l'intention qu'il contienne, et qu'il contient déjà'. »
11 reconnaît, il est vrai, que cette explication n'est que partiellement exacte. Il y a un autre point de vue qui atteint plus intimement les intentions et le contenu objectif des formules et des rites. 11 y a vraiment une opération distincte et particulière attribuée au Saint- Esprit dans cette partie du canon. Le propre de la consécration, c'est d'avoir posé le mystère, l'élément divin du sacrifice, le principe de sanctification. 11 reste à dispenser ce mj stère suivant toutes les applications de culte et de sanctification, auxquelles la messe doit pourvoir. La sanctification des membres fidèles du Christ et leur incorporation au mystère par la communion n'épuisent pas cette application; il y a encore à réaliser extérieurement l'oJîrande de la victime, à consommer le sacrifice. Cette partie du canon serait donc la part d'opération appropriée au Saint-Esprit, l'œuvre sanctificatrice, de même que la partie s' étendant du Sandus à l'épiclèse était celle du Fils accomplissant l'œuvre rédemptrice comme l'cùxapiaxia jusqu'au Sandus (l'anaphore de la Cène juive) était le sacrifice de louange de f ancienne Loi à Dieu le Père, la reconnaissance de l'œuvre créatrice et conservatrice.
Tout cela d'ailleurs se succède suivant une progression historique évidente, surtout dans les anaphores non abrégées. L'incarnation arrive ainsi à son rang, à sa date relative, puis l'institution de la cène et la consécration du corps et du sang du Seigneur, le précepte donné aux apôtres de perpétuer représentativeraent et efficacement ce qui s'est accompli sous leurs yeux, enfin la résurrection, l'ascension, la Pentecôte, le second avènement. L'inter\ention du Saint-Esprit est appelée précisément au moment où le mémorial arrive à son terme, et s'arrête à la Pentecôte... La confirmation, voilà le mot qui définirait le mieux le propre de l'opération du Saint-Esprit dans le cas présent ^
Dans ses études postérieures, il est revenu plusieurs fois sur la question de l'épiclèse. 11 est arrivé à cette conclusion, avec d'autres liturgistes, que l'épiclèse, au moins, au sens strict du mot, n'est pas d'origine apo-
• Paléographie musicale, t. v, p. 84, 85. — • Paléngr. musicale, t. v, p. 8G. — • On sait aujourd'hui, après la savante dissertation de dom Connully, que celte anaphore est probablement de saint lUppolyte (première moitié du m" siècle) et donnée dans sa Traditiii aimslolica. Cf. Tlic so-callect Egtjplian CImrch oriUr, dans Texts arulsliiilicx, Cambridge, 1910, t. viii, et dom Wilmart, La t Tradition apuslulique . de saint Ilippolgle, dans Hevue du clergé /riinçais, 15oct.iyi8, p. 81 sq. — 'Voyez cette thèse exposée en divers passages, notamment Eucharistia, p. 15, 53, 09, 183. r.)0, 192, 195, 202, 209, 231, 289, etc., et aussi le fragment pré-
stolique et n'est pas universelle. L'action eucharistique forme un ensemble dont le centre est constitué par les paroles de l'institution. Primitivement, l'épiclèse est une invocation au Saint-Esprit pour qu'il applique aux fidèles le fruit de la communion. Elle ne contient même pas d'allusion à la conversion des éléments. C'est ce que nous pouvons constater dans les épiclèses les plus anciennes, notamment dansl' anaphore des Sto/ii/s ecclésiasliqacs de Vérone, pour laquelle on réclame un droit d'aînesse '. La place que l'épiclèse occupe dans la plupart des liturgies orientales est une place usurpée; l'épiclèse est une interpolation dans l'anaphore primitive; elle a pris une importance exagérée par rapport aux paroles de l'institution, qui sont le centre de gravité de l'action eucharistique. Tout cela est le fait d'une déviation Uturgique et d'un contresens '.
Le P. Thurston, comme Bouvy, comme dom Cagin, est porté à croire que la prière eucharistique ne forme qu'un tout et que la consécration dépend de l'ensemble de cette action ^. Pour le P. Lebreton, l'épiclèse a été tenue dans l'Église grecque comme élément essentiel de la forme eucharistique ^
Rauschen, rejetant les solutions des anciens théologiens, comme Torquemada et Bessarion.et celles des modernes, pense que la consécration aurait pour forme traditionnelle toute la prière proprement eucharistique du canon de la messe; cette prière aurait deux points culminants : l'un, l'anamnèse (dans laquelle Rauschen comprend les paroles de l'institution), l'autre, l'épiclèse: en Occident la coutume a prévalu de voir dans l'anamnèse le moment de la consécration; au contraire, en Orient on a vu dans le prononcé de l'épiclèse l'achèvement de la consécration : le moment de la consécration se règle sur l'intention du prêtre, mais l'ÈgUse a le pouvoir de diriger cette intention. C'est, selon lui, la seule solution possible à la question de l'épiclèse '.
Schell est d'avis qu'il y a deux formes pour le sacrement de l'eucharistie, celle des latins, les paroles de l'institution, et celle des grecs, l'épiclèse '.
L'opinion du P. Salaville, assomptionniste, que nous avons déjà cité souvent, dans son magistral article sur l'épiclèse, peut se ramener à ces quelques points principaux : a) la consécration s'opère uniciuetncnt par les paroles de finstitution; c'est la doctrine catholique, et l'auteur s'efforce de réunir tous les témoignages des conciles ou décrets des papes qui ne laissent aucun doute sur ce point •; b) bien plus, la consécration est instantanée; il y a donc un instant de la messe, instant précis, ou s'opère le changement du pain et du vin, en vertu des paroles de la consécration. Ces paroles constituent la forme unique du sacrement '"; c) coiiséquemment, toute épiclése qui ne tient pas compte de ce principe doit être condamnée. Une autre conséquence serait, semble-t-il, que tout système qui ne concorde pas avec celui-ci devrait être également condamné. Toutefois, le P. Salaville admet comme possible et comme acceptable l'opinion qui considère toute la prière eucharistique comme formant un tout . dont l'épiclèse fait partie, la consécration dépendant ainsi de toute l'action {loc. cit.,col. 203). Il cherche néanmoins une conciliation qui permette d'expliquer et de justi-
senté au congrès de Lourdes ; L'Eucharistia, fragments of/erts au congrès eucharistique, 1914, p. 10, sq., et enfln l'anaphore apostolique, passim. — ' Cf. Revue du clergé /rancais, 1908, t. Liv.p. 536. Cf. aussi nos articles Amen, Anaphorb, .Ana- M.NÈSE. — 'Revue d'apologétique, 1907, t. iv, p. 430, noir 1. — 'G. Mauschcn, Eucharistie u. Busssakramcnt In dcn crsten sechs Jalu-hundcrtcn der Kirche, Frciburg i. Ur., 1908, p. 100. Cf. Mgr UatilTol, Nouvelles études documentaires sur la sainte eucharistie, dans Revue du clergé, 1908, t. LV, p. 524. — • Schell, Katholische Dogmatik, 1893. t. m, p. .'i39. — • Dicl. dethéol.t.v.col. 197 sq. — " Op. c«., col. 201.
ÉPICLÈSE
fier l'existence de l'épiclèse ou plutôt des épiclèses en général. Il la trouve dans ce fait, que la consécration eucharistique, comme une œuvre de la toute-puissance divine, est commune aux trois personnes de la Trinité, ainsi que toutes les œuvres ad extra. Cependant en vertu de l'appropriation, la transsubstantiation comme l'incarnation, comme toutes les œuvres de sanctification, est attribuée au Saint-Esprit. Le Saint-Esprit est considéré comme l'opération divine, la vertu et l'opération vivante du Fils, l'action vivante du Père par le Fils. 11 pense que l'épiclèse n'est qu'une application de cette doctrine générale à la transsubstantiation. Œuvre commune aux trois personnes, la transsubstantiation n'est spécialement attribuée au Saint-Esprit qu'en vertu d'une appropriation. C'est l'opération du Père, par le Fils, dans le Saint-Esprit. Reste cependant ce fait, que l'épiclèse, expression de cette opération divine du Saint-Esprit, est postérieure au moment où s'est accomplie la transsubstantiation. L'auteur ne peut expliquer cette apparente opposition qu'en faisant intervenir le principe de Bossuet : « Tout cela est un effet du langage humain, qui ne peut s'expliquer que par partie. » L'invocation du Saint-Esprit ne pouvant avoir lieu en même temps que la prononciation des paroles du Christ, elle a été placée à un autre moment '. Nous n'avons pas à discuter cette explication, mais ne revient-elle pas purement et simplement à celle de Bossuet, de Bouvy, de dom Cagin et autres?
Ed. Bishop, ici comme souvent, ne conclut pas; il montre la difficulté sans la résoudre. Il arrive à cette conclusion : malgré tous les efforts, on ne réussira pas à concilier ces deux faits : l'Église romaine a l'épiclèse avant les paroles de l'institution, l'Église orientale l'a après; ce sont choses irréductibles.
Pour résumer, nous dirons que les liturgies autorisées, qui ont été en usage pendant des siècles, possèdent des formules d'épiclèse qui attribuent à l'invocation du Saint-Esprit la conversion des éléments et la considèrent, par suite, comme essentielle au sacrifice. Des Pères de l'Église, comme saint Cyrille de Jérusalem, saint Jean Damascène, et quelques autres que nous avons cités, professent la même doctrine sur l'épiclèse. Voilà le fait qui est établi aujourd'hui de façon indubitable. Pour résoudre l'objection, il ne suffira pas de démontrer, ce qui est une tâche facile dans l'état de nos connaissances liturgiques, que l'épiclèse ainsi entendue n'est pas primitive, ni universelle. Cette démonstration peut réduire, dans une certaine mesure, la portée de l'objection, pourtant elle ne la supprime pas.
Accuser purement et simplement ces liturgies et ces Pères d'erreur en cette matière est un procédé radical devant lequel reculent bien des théologiens. Nous ajouterons même que les papes ont, à plusieurs reprises, notamment au concile de Florence, usé de conciliation et cherché à trouver un terrain d'entente. Certains théologiens ont admis que l'épiclèse aurait, comme les paroles mêmes de la consécration, une certaine nécessité, ou que l'action eucharistique étant une, c'est sur tous ses éléments, l'épiclèse comprise, que portait en général l'efficacité de la consécration.
D'autres controversistes en ont pris occasion d'accuser les scolastiques d'avoir sur ce point voulu trop préciser, et de s'être prononcés sans une connaissance suffisante des faits liturgiques. N'a-t-on pas récemment étabU qu'en matière d'ordination l'imposition des mains seule était essentielle, et que la thèse de la nécessité de la porrection des instruments, soutenue par les mêmes théologiens, n'était pas suffisamment démontrée? Or c'est précisément le décret d'Eugène IV
'Dict. de Ihéol, t. v, col. 293, 294, 296, 297. — »Cf. Insti- TimoN (Paroles de /'), et les thèses de dom Cagin, dans
qui, dans un cas comme dans l'autre, a été pris comme point de départ.
Peut-être peut-on dire que, sur ce point, il y a eu progrès dans le dogme eucharistique et précision sur certaines formules. A l'origine, on ne s'est pas demandé si la consécration s'opérait à tel ou tel moment. Le canon était considéré dans son ensemble comme la formule eucharistique qui opérait sur les éléments. Plus tard, la division de chacune des parties du canon s'étant accentuée, on a cherché à mieux définir leur rôle, quelques-uns accordant à l'invocation du Saint-Esprit l'efficacité qu'ils retiraient aux paroles de l'institution.
En tout cas, la liturgie apporte dans cette discussion une contribution de première importance. L'Invocation, une certaine invocation, du Saint-Esprit est fort ancienne, primitive, si l'on veut, et à peu près universelle. A en juger par les plus anciens textes (avant le i\' siècle), c'était une prière à Dieu le Père d'envoyer le Saint-Esprit et parfois le Verbe sur les dons offerts, pour opérer l'union et la sanctification parmi les fidèles. Ce n'était sûrement pas une épiclèse demandant que l'Esprit-Saint transformât le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ. L'épiclèse, conçue en ces termes exclusifs et absolus, est un fait liturgique qui n'est ni primitif ni universel. On voit naître cette formule vers le milieu du iv» siècle, et on la retrouve sous des formes analogues dans la plupart des liturgies orientales. Elle est absente dans la liturgie romaine; et les autres Uturgies latines, la fiturgie gallicane et la liturgie mozarabe n'ont qu'un certain nombre d' épiclèses qui ont le sens exclusif de l'épiclèse orientale. On peut donc dire que cette dernière se présente plutôt à l'état d'exception; en tout cas, ce n'est pas un fait universel.
L'étude de la liturgie primitive nous conduit encore à cette conclusion, que le point central de l'anaphore, c'est le récit de la cène. Certaines liturgies, comme la liturgie mozarabe, dont les épiclèses paraissent parfois exclusives, et même souvent les Uturgies orientales, trahissent l'extrême et capitale importance qu'elles donnent aux paroles de l'institution '.
VIII. La place de l'épiclèse. ^Une autre question qui n'a guère moins d'importance que celle de l'universalité, c'est la question de la place de l'épiclèse dans le canon. Il est clair que, quand l'épiclèse précède les paroles de l'institution, la difficulté disparaît en partie. Entre théologiens et liturgistes, la discussion porte aussi sur ce point.
Dans les Uturgies de saint Chrjsostome et de saint Basile, que nous avons citées et qui sont les plus universellement employées dansl'ÉgUse grecque, la question ne peut faire doute un instant : l'épiclèse vient à la fin de l'anamnèse, c'est-à-dire après la formule qui suit les paroles de l'institution. C'est aussi le cas pour la plupart des Uturgies orientales, comme on peut s'en convaincre par un simple coup d'œil jeté sur les collections de Renaudot, de Swainson, de Brightman, et, sur ce point les Uturgies mozarabes et gaUicancs suivent le même ordre.
La question est de savoir si, dans quelques Uturgies, notamment dans la Uturgie romaine, eUe n'est pas avant les paroles de l'institution au Ueu d'être après, et si celte place ne serait pas la place naturelle et primitive de l'épiclèse.
Disons d'abord que le système qui place l'épiclèse après l'anamnèse est plus logique.
L'anaphore grecque ou orientale suit une marche parallèle au canon des Uturgies latines. Le pontife s'adresse, dans la préface, à Dieu le Père, à qui le sacrifice est olïert. C'est le Fils qui s'offre en victime, rcnou-
Eucharistia, p. 71, 73, 100, 101; Paléographie musicale, (oc. cil., p. 85, se.
EPICLESE
vêlant la cène et le sacrifice de la croix. Alors intervient le Saint-Esprit, qui, dans l'épiclèse, parachève l'œuvre de sanctification. Cette progression répond au développement historique des mystères, et à l'ordre de la confession de foi, comme on le verra par le tableau suivant :
mond Bishop, un de ces cas irréductibles, comme celui des traditions dans le récit de l'institution ^