‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 22 sur 331 · ORDRE DES SYMBOLES · texte numérisé non relu

ORDRE DES SYMBOLES

Credo in Deiim, Pairem, etc.

Et in Jesum Chrislum qui passas est,

Moriuus est, sepullus, descendit ad inferos, resurrexil, ascendil in cselos.

Et in Spiritam Sanclum, etc.

Ainsi l'ordre logique, naturel, chronologique, semble demander que le rôle du Saint-Esprit, dans l'eucharistie comme dans l'incarnation, vienne après l'œuvre du Père et celle du Fils. Mais il ne faudrait pas attacher trop d'importance à cette considération, car nous savons que l'inspiration liturgique ne suit pas toujours un développement logique ou historique. Ce qui est plus remarquable, c'est la constatation du fait que, dans la plupart des liturgies, l'épiclèse vient en effet à cette place. Elle semble même faire souvent partie de l' anamnèse '.

Le P. Salaville résume ainsi ses vues : « On peut aflirmer, d'une façon générale, que toutes les Uturgies ont le récit de la cène et les paroles du Sauveur (Hoc est corpus... Hic est sanguis) avant l'épiclèse. En outre, malgré la difficulté des problèmes concernant les origines liturgiques et bien que la lumière soit encore loin d'être complète en ces matières fort complexes, nous pouvons, avec un groupe assez nombreux de liturgistes (Renaudot, Hoppe, Probst, Duchesne, Funk, Cagin, Cabrol, Rauschen, etc.), admettre l'existence de l'épiclèse, à la place que nous avons dite, dans toutes les liturgies anciennes d'Orient et d'Occident, au moins à partir de leur période de fixation — la première où nous puissions les constater — c'est-à-dire au IV' siècle '. »

Aux articles Anamnèse, Anaphore et Canon, nous avons montré, en eff e 1 , que l'épiclèse est un des éléments du canon, et qu'elle vient à peu près invariablement après l'anamnèse. Cependant il y a quelques exceptions notables, dont il faut nous occuper maintenant. La première est l'anaphore de Balyzeh (voir ci-dessus, col. 146); la seconde est l'épiclèse romaine, dont l'étude fait l'objet d'un paragraphe spécial. Dans l'anaphore deBalyzeh, l'épiclèse est avant le récit de la cène. Dans le canon romain, la place de l'épiclèse, comme nous l'avons vu, est encore contestée, mais de bons liturgistes la voient dans la prière Quant oblalionem '.

Il faut remarquer en outre que, dans certaines liturgies, il semble qu'il y ait deux et même trois épiclèses eucharistiques, ou au moins des prières qui, par le sens général, rappellent l'invocation du Saint-Esprit. Salaville appelle ces formules préépiclèscs, proépiclèses, ou prolepses et métale|)ses de l'épiclèse '.

La raison de cette divergence dans les liturgies sur la place de l'épiclèse n'a pas encore été expliquée d'une façon satisfaisante. Peut-être faut-il y voir, après Ed-

' si bien qucBrightman. comprend l'uncct r.iiitrc sous le titre d'invocatio. Doiii Cu^in remarque que répiclésc est liée aussi à la fraction Te Dciim. p. 220. — ■ Oicl. de Ihéol. calli., t. V, col. 201. — ' Le Brun rcinur(|ue déjA que les rt«lisi-s des nestoricns cl celles dt^s Gaules incitent l'épiclèse iniJidérciument avant ou après les paroles de l'inslitutiun. Op.ci(.,t.v, p. 270. NVooilpy.de sou coté, ilil (pie ri-;Klisc d'Alexandrie

de l'épiclèse. Certains auteurs présentent l'épiclèse comme un fait universel et d'origine apostolique. Voyons en quel sens on peut l'entendre.

En ce qui concerne l'universaUté de l'épiclèse, avant tout il faut distinguer. S'il s'agit de ce qu'on peut appeler l'épiclèse consécratoire, c'est-à-dire l'épiclèse avec invocation au Saint-Esprit pour la conversion des éléments, cette forme d'épiclèse n'est sûrement pas universelle. Il suffit de rappeler qu'elle n'existe pas dans la liturgie romaine, et, d'une façon générale, qu'elle ne se rencontre dans les liturgies latines qu'à l'état d'exception. .\u contraire, dans les liturgies orientales, elle est presque universelle et les nouvelles liturgies qui ont été mises au jour dans ces dernières années apportent un nouveau témoignage.

S'il s'agit d'une invocation du Saint-Esprit, d'une allusion à son action sanctificatrice dans l'eucharistie, elle se retrouve, sous une forme ou sous une autre, à peu près dans toutes les liturgies; et l'on peut parler d'un fait hturgique universel. Et si on ne la retrouve pas aujourd'hui dans certaines hturgies, c'est probablement que, pour une raison ou pour l'autre, cette prière a été modifiée ou retranchée. Mais ces exceptions très rares ne sauraient modifier la loi, de même que les quelques cas que l'on peut citer où les paroles de l'institution sont absentes, ne constituent qu'une anomalie liturgi(|ue, et s'expUquent parfois par l'erreur d'un copiste ou par quelque autre accident ".

Pour l'origine de l'épiclèse, il faut avoir recours à la même distinction entre une invocation du Saint- Esprit en général et l'épiclèse dite consécratoire. La première est certainement très ancienne, on peut même dire, en un sens, primitive et apostolique, car, dès les temps les plus anciens, l'opération sanctificatrice du Saint-Esprit est reconnue, surtout si l'on admet le sens du texte de l'épître aux Hébreux que nous citons dans le paragraplie Fondements scripturaircs.

Quant à l'épiclèse consécratoire, si l'on n'en peut fixerdélinitivement rorigiiic, il est facile d'établir tout au moins qu'avant le milieu du iv» siècle, il n'y en a pas d'exemple. Le plus ancien témoignage, d'une date indiscutable est celui de saint Cyrille de Jérusalem, vers 350. Au contraire, les épiclèses que l'on peut considérer comme antérieures sont une prière au Saint-Esprit, sous des formes diverses, mais sans allusion à la conversion des éléments (épiclèses gnostiqucs, épiclèses de la Constitution égyptienne, etc.).

avait l'épiclèse aitant le récit de la cène, celle d'Antloche, apràs. Op. cil., p. 119. — • Salaville, Dicl. de tMol.. t. v, col. '204, 200, 214, 215, 220, et Le notnieaii fragment de Balyzeh, dans lâchas d'Orienl, 1909, t. xn, p. 329 sq. Cf. aussi Macican. o(). cil., p. vi et 22. — ' The liturg. hom. of Narsai, dans Texisand studies, 1909, t. viii.p. 144 sq. — • l^xcmplcs deliturglcs sans épiclèses, dans Varaine, loc.ci7.,p. 82. SI). 92.

EPICLESE

A l'aide de ces distinctions, les opinions divergentes des llturgistes peuvent se concilier. Il est vrai, comme le pensent Salaville, Moureau, Drews, W. C. Bishop, entre autres, que IV-piclèse, au sens large, peut être considérée comme un fait universel et primitif.

Si, au contraire, on veut parler de l'épiclèse au sens strict, on a raison, avec Ed. Bistiop, avec Batiflol, avec dom Cagin, Varaine, Scherman et d'autres, de lui assigner une origine postérieure, et d'en limiter l'usage aux liturgies orientales et à certaines liturgies occidentales.

Est-ce à dire que, par là, tombent toutes les objections soulevées dans la controverse entre orientaux et latins, comme le ditVaraine» ? Ce n'est pas exactement le cas. Il restera toujours ce fait, que des liturgies reconnues, officielles, ont une épiclése qui attribue à l'action du Saint-Esprit, après les paroles de la consécration, la transformation des éléments.

X. Style et évolution de l'épiclèse. — L'épiclèse, telle qu'on la trouve d'ordinaire dans les liturgies orientales et quelquefois dans les liturgies occidentales, peut se décomposer ainsi : a) une invocation à Dieu; b) supplication pour qu'il envoie le Saint-Esprit ; c) que le Saint-Esprit transforme le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ : d) qu'en même temps le Saint-Esprit opère, sur les fidèles qui recevront ce pain et ce sang, une transformation ou sanctification par la communion.

Mais ces quatre éléments réunis forment ce que nous avons appelé l'épiclèse consécratoire. Ils ne se rencontrent au complet qu'à partir du iv« siècle et non dans toutes les liturgies. L'épiclèse, avant cette date, est plus simple, et ne retient souvent que l'un ou l'autre des éléments que nous avons énumérés.

Quelle fut à l'origine cette épiclése ou invocation eucharistique? il est difficile de le savoir. L'improvisation étant à cette époque la loi de la liturgie, elle a dû varier et, en effet, les prières eucharistiques les plus anciennes, comme celles que nous avons citées, ont toutes une forme différente.

Quelques critiques prétendent que l'invocation primitive fut une épiclése du Verbe. Il est certain qu'on retrouve des traces de cette invocation en Égj-pte, et même, comme nous l'avons vu, dans des liturgies gallicanes. Mais de là à y voir la forme primitive de l'épiclèse, il y a loin et cette hypothèse n'a pas de fondement sérieux.

L'h\-pothèse de Buchwald n'est pas plus solide; d'après lui, Jésus bénit le pain et le vin selon la forme juive, la Barakhah, une prière eucharistique ou d'action de grâces. La première génération chrétienne garda cette forme au moins substantiellement. C'est notre anaphore,d'où le nom d'eucharistie. La Barakhah tout entière était considérée comme forme de la consécration. C'est à cette forme que fait allusion Justin, / apol., Lxvi, 2.

Plus tard, on oublia quelque peu cette forme primitive, ou du moins on la crut insuffisante, et on y ajouta une prière à Dieu pour qu'il voulût consacrer et envoyer son Verbe. C'est à cette nouvelle forme que ferait allusion Irénée, Adi>. hœr., v, 2, 3. Il en est resté quelques traces en Espagne, en Gaule, dans l'Orient. Au i\' siècle, le Saint-Esprit remplace le Verbe et produit l'épiclèse de la troisième personne *.

11 paraît incontestable qu'au iv siècle les discussions trinitaires — et en particulier les controverses sur

' Op. cit., n. 142, 143. — = Buclnvald, Die Epiklese in der Rom. Messe, dans Widenauer Studien, 1906, t. i, p. 21-56. Cette thèse a été justement contestée par Sala\iUe, L'épiclèse, dans Rcuue aiigustinicnne, 15 mars 1909, et surtout par Ed. Bishop, The liturgical homilies of Norsai, p. 133, 147, 148, et Journal of theological studies, p. 594. — ' Cf. en particulier Woolley, (oc. cit.. p. 90-118, et Srawley. loc. cit..

le Saint-Esprit — eurent pour effet de taire préciser cette doctrine et l'on affirma plus vigoureusement dans l'épiclèse l'action vivifiante et transformatrice de la troisième personne. C'est le Saint-Esprit qui est désormais à peu près partout nommé dans l'épiclèse; on le prie, non plus seulement de sanctifier les fidèles par la participation au sacrement, mais encore on lui attribue la transformation des éléments.

Sous cette dernière forme, l'épiclèse se trouve dans toutes les liturgies orientales, presque sans exception, se glisse même dans des liturgies latines. Rome résiste à cet entraînement et la forme de son épiclése a si peu de relief qu'on peut soutenir encore que l'épiclèse est absente dans la messe romaine; en tout cas, le Saint- Esprit n'y est pas nommé et aucune allusion n'est faite à son action sur les éléments.

Étudier le style des épiclèses serait se lancer dans une étude comparative de toutes les liturgies. Cette étude serait assurément utile et instructive, mais elle dépasserait le cadre de cet article. On pourrait alors se rendre compte des imitations, additions ou modifications que l'épiclèse présente à travers les âges et les liturgies diverses. Cette étude sera faite quelque jour, nous l'espérons, et amènera à des conclusions intéressantes. Dès maintenant les grandes lignes en ont été tracées, l'on peut se rendre compte de son évolution '.

XI. Fondements scripturaires de l'épiclèse. — D'après Salaville, ces fondements scripturaires se réduiraient à trois, et encore, sur les trois, il en est deux dont les applications sont douteuses *. Commençons par ces derniers.

Probst, dans le discours de la cène, Joan., xiv-xvn, cherche des rapprochements avec la prière eucharistique ou l'anaphore ancienne qui se serait inspirée de ce discours (souvenir de la passion, de la mort, de la résurrection, de l'ascension et de la Pentecôte). Il y est fait mention de l'opération du Saint-Esprit et de son œuvre de sanctification. Ce serait la partie correspondant à l'épiclèse. Mais ces rapprochements sont vraiment trop subtils, ou plutôt ils sont trop vagues pour qu'on puisse y voir autre chose que des idées générales dont la liturgie a pu s'inspirer, mais qui ne sont qu'en relations assez indirectes avec les formules '.

Cependant Salaville rapproche de ce discours une épiclése svriaque qui s'inspire d'un texte de saint Jean, K\i, 14. "

Le second fondement scripturaire de l'épiclèse serait les passages de saint Matthieu et de saint Luc 'qui expriment l'opération du Saint-Esprit dans la conception surnaturelle de Jésus. Dans ces textes, l'œuvre de l'incarnation est appropriée à la vertu du Saint-Esprit. Or l'eucharistie est comme le prolongement et le renouvellement de l'incarnation. On voit donc comment on était amené en quelque sorte logiquement à attribuer le mystère de la transsubstantiation à l'opération du Saint-Esprit. Ce parallèle entre l'incarnation et l'eucharistie, opérées l'une et l'autre par la vertu du Saint-Esprit, se rencontre très fréquemment chez les Pères. Ce qui est intéressant pour nous, c'est qu'on le trouve aussi indiqué dans quelques épiclèses. Le P. Salaville cite les cas suivants: Spiritastui Sancli...QVl ly s/.\v^J punuii visaisissA.YCT.EBi;scE.\Di Tel corpus

FORilAVIT VERBO TCO EJVS SOCIO ... ut ipse iUeDES-

CENDAT ETIAM NUXC supcT hœc mysteria... cl illa- SEiVS facial panem guident istum corpus sanctum Chrisli lui... '.

p. 206-209. — * Les fondemenls scripturaires de l'épiclèse, dans Échos d'Orient. 1909, t. xii, p. 1-14; cf. aussi son article Épiclése, dans Dict. de iliéol. calli., t. v, col. 222 sq. — » F. Probst, Liturgie des vierten Jahrh. und der Rcform, Jlunster, 1893, p. 9-16. — ' Mattli., i, 18-20; Luc. i, 35. — ' lîenaudot, Lilurgiuruui orientalium collectio. t. ii, p. 512,

EPICLESE

...Tu oereille ignises...qui inlibaltevirginis in utero quondam membra, in qua verbum caro fierct quibus hoc rite sacrificium competeret, immaculata formasii, in cu- JUS SIMILITVDIXEM hœc munera corporis et sanguinis ingerimus... '. Nous avons nous-même, dans le présent article, souligné quelques autres cas semblables dans les formules liturgiques.

Enfin on peut citer encore, comme fondement scripturaire, l'Épitre aux Hébreux (ix, 14) : Quanta magis sanguis Christi, qui per Spiritum Sanctum (le grec porte Sià TTVEÛjjiaToç atcùvîou) semetipsum obiulii immaculalum Deo, emundabil conscientiam nostram ab operibus mortuis ad serviendum Deo viventi ': c'est donc par r Esprit-Saint (et non par le feu ou le fer, comme les victimes de l'ancienne loi) que Jésus s'est offert à son Père. Mais c'est là même l'idée qui fait le fond des épiclèses, le sacrifice du Christ, par l'opération du Saint- Esprit. Le P. Salaville cite aussi quelques épiclèses qui mettent mieux en lumière ce rapprochement :

Domine, venial Spiritcs Turs SA.vcrns requiescalque per gratiam tuam, sanctipcet et perficiat sacri- FICl VM HOC quod coram nobis proposiium est, ET XOBIS

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