‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 219 sur 331 · SIS · texte numérisé non relu

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EVANGILES

91li

Pour la sexagésime, Luc, vm, 4-15, montre la nécessité de la purification; cet évangile donne le moyen de suivre l'exemple que saint Paul a proposé dans l'épitre.

Pour la quinquagésime, Luc, xvni, 31-43, est une annonce générale de tous les grands événements qui vont suivre. Férié IV et îérie \'l (W) sont des préparations au carême.

2. Du premier dimanche de carême au dimanche des Rameaux. — On peut rappeler ici un passage de YEpistola Hieronijmi ad Constantium dont nous avons parlé plus haut (col. 249) et qui peut dater du \T siècle : In cupite quadragesimœ (lectiones) de abstinenlia escarum et sohriclale ; item in quadragesima de pœnitenlia, de pudicilia. de remissinne inimicitiarum, vcl alia multa '. Au premier dimanche, l'épître et l'évangile expliquent et justi fient les quarante jours de pénitence par l'exemple du Christ. .\ la férié II, il y a corrélation certaine entre les deux lectures. De même à la férié III, Isaïe prêche la pénitence qui sera suivie de récompense, et l'évangile montre par un symbolisme évident, le devoir de la purification morale.

Puis viennent les quatre-temps, dont les lectures sont en accord avec celles de la période quadragésimale en cours. Pendant la seconde semaine, le lundi, Daniel donne un modèle de \Tai repentir par la prière et la pénitence et l'évangile en montre la nécessité, car l'humanité pécheresse ne pourra être sauvée que par la foi au Christ.

Le mardi, ce que la veuve de Sarephta, dans sa pauvreté, était prête à accomplir, tous les chrétiens, riches et pauvres, doivent être aussi prêts li l'accomplir avec patience et confiance; l'évangile dénonce l'hypocrisie et l'ostentation des pharisiens et recommande par contraste la sobriété et la douceur, la sincérité et l'humilité: le mercredi, l'exemple de Mardo- <;hée montre que, dans le danger, les chrétiens doivent, comme les juifs, recourir à la miséricorde et à l'aide de Dieu; l'évangile est en relation avec les évangiles qui l'entourenl : à la mère des lils deZébédée, le Christ répond paruneleron d'humilité qui rejoint celles des jours précédents, avec cette différence, que le Christ se pose ici lui-même comme exemple d'humilité et annonce que sa mort opérera le salut du monde. A remarquer que cette péricope contient une annonce de la passion.

Le vendredi, l'histoire de Joseph trahi par ses frères, et en reg. rd la parabole des vignerons. Ces deux péricopcs sont en purfaite relation : l'une est prophétique, l'autre allégorique de la même réalité, le Christ rejeté par ses frères. Il y a ici une preuve évidente du choix : aucun passage de l'Ancien Testament n'était mieux indiqué pour faire face à cet évangile; — le samedi, l'histoire d'I-^saii et de Jacob s'explique en «et endroit par son parallélisme avec la parabole de l'enfant prodigue : Jacob et le fils fidèle d'une part, Esaii et le prodigue d'autre part. La bénédiction paternelle n'est pas refusée mais elle est donnée à Esaii et au prodigue comme récompense des larmes et du repentir, ce qui justifie l'insertion de ces péricopcs en carême.

Au début de la troisième semaine, dominica in Trigesima, l'épître dit : Soyez saints et purs, ut fûii lacis; l'évangile raconte l'expulsion d'un démon et Tommasi remarque avec justesse: ab hac dominica III, incipiebant olim scrutinia catechumenonim... hinc co die ci'angclium Icgilur ubi de eieclione dcemonii, de forli arm<il(i, (etc.)... quw umnia ad exorcismos re/erunlur '.

Le lundi, un rapport étroit relie les deux pérlcopes: la première relate la guérison île Xaaman le lépreux «t sa conversion; la seconde fait un rappel précis de ce miracle : Jésus reproche a ses compatriotes leur

incrédulité. La lèpre est le symbole du péché, la guirison de la lèpre est la rédemption, le bain de Naamaii est le baptême que vont bientôt recevoir les catéchumènes.

Le mardi, la veuve et son créancier, le miracle de l'huile : de même ceu.x qui font pénitence doivent avoir confiance que Dieu peut transformer en richesse leur pauvreté spirituelle; dans l'évangile, le pardon des injures, la charité fraternelle, le pouvoir des clefs. On ne voit pas que ces deux lectures soient en relation l'une avec l'autre, tandis que celles du jour suivant, le mercredi, visent toutes deux le même but: les devoirs envers le prochain.

Le vendredi, les Hébreux dans le désert souffrent de la soif et se soulèvent contre Moïse, qui fait sortir du rocher une source; en face de ce récit, l'évangile de la Samaritaine : la correspondance entre les deux est manifeste. Détail curieux : dans le texte Num., xx, 2-13, les versets 3-5 sont supprimés et remplacés par une courte phrase de l'Exode, xvii, 2 : date nobis aquam ut bibamus. Cette altération ne s'explique que par l'intention de faire correspondre la prophétie et l'évangile.

Le samedi, le choix de la péricope de Suzanne peut s'expliquer par la station, mais l'explication inverse est aussi vraisemblable. Cette péricope semble faire suite à celle de la Samaritaine : elle montre la bienveillance de Dieu envers les purs et les fidèles; puis l'évangile de la femme adultère confirme le même enseignement : pureté du cœur devant Dieu.

.\u cours de ces trois premières semaines, on constate donc que le programme tracé dans l'epislola Hieronymi ad Constantium est assez ficlèlement suivi : abstinenlia, pœnilentia, pudicilia. Les choix ont été faits avec soin et les deux lectures de chaque jour forment le plus souvent un groupe liabilement composé.

Au dimanche Lietare, le récit de la mutiplication des cinq pains et des deux poissons se raccorde avec les lectures du vendredi précédent; le pain matériel multiplié est le symbole du pain spirituel que sera l'eucharistie. 11 n'est pas facile de trouver un rapport entre ce récit évangélique et l'épitre du jour, les deux fils d'Abraham. L'un et l'autre sont bien à leur place en carême, c'est tout ce qu'on peut dire.

Pour les deux semaines qui suivent, c'est-ù-dire jusqu'au dimanche des Kameaux, une remarque générale s'impose ; toutes les péricopes evangéliques sont empruntées à saint Jean (W 77-80, M 49-60). Cette sélection n'est pas due au hasard. Le dimanche des Rameaux, ouvre la grande semaine, et les deux semaines qui précèdent en sont l'introduction. Dies Passionis Domini eomputuntur duabus hebdomadibus anle Pascha Domini. dit Amalaire '. Les péricopcs johanni<iucs ont ])our but de montrer l'hostilité croissante des juifs contre Jésus en même temps que la manifestation de sa divinité.

Le lundi, le jugement de Salomon. Les raisons du choix de cette lecture en carême n'apparaissent pas bien clairement; elle vise sans doute les catéchumènes qui re^'oivent le sal sapienlin- et ce jugement fameux est précisément un modèle — le plus célèbre • — de sagesse. L'évangile, expulsion des vendeurs du temple, s'explique mieux, comme déjà au mardi de la i>remière semaine, mais outre l'enseignement moral qui s'en dégage, il faut y voir aussi une intention historique : c'est la peinture d'un acte retentissant du Christ, et des sentiments mêlés de foi et d'incrédulité du peuple envers lui. C'est la préparation aux événements de la passion.

' Tommasi, éd. Vczzosl. t. v, p. 320. — • Ibid.. t. v, p.449, n. B. — 'De ecclesia.il.ofpeiis,\.iv,c.20, P.L., l.cv,co\. US)9.

EVANGILES

Le mardi, le récit de l'Exode fait appel à la pénitence et à l'intercession fies justes pour les coupables, et l'évangile est une introduction à la passion en montrant l'attitude indécise du peuple envers le Christ dont « l'heure approche. » On ne voit pas de rapport entre les deux.

I.e mercredi avait lieu le troisième scrutin et les deux lectures de l'.^ncien Testament s'adressent clairement aux catéchumènes : renouvellement, transformation de l'honune par la foi; l'évangile raconte la guérison de l'aveugle-né. On sait que, pour saint Augustin et pour beaucoup d'autres Pères, cet aveugle est le symbole de l'humanité païenne, illuminée dans le Christ par le baptême. Cette péricope s'applique donc de façon spéciale aux catéchumènes; mais la guérison de l'aveugle n'occupe (lu'une partie et la moindre, du récit; les conséquences du miracle, recrudescence de la haine des uns et de l'inquiétude des autres, continuent de préparer à la semaine de la passion.

Le vendredi, les deux péricopes sont étroitement unies : Elle ressuscitant le fils de la veuve de Sarephta est le prototype du Christ ressuscitant Lazare. II parait i)robable que le passage III Reg. a été choisi pour faire pendant au récit de saint Jean, et, à son tour, le récit de la résurrection de Lazare a été choisi pour accentuer toujours davantage les preuves de la puissance et de la grandeur du Christ, à la veille de ses soulTrances et de sa mort ignominieuse. C'est encore cette même intention qui a dicté le choix de l'évangile du samedi : ego sum lux miindi, où se manifeste la transcendance du Christ malgré l'attitude de ses ennemis.

Les péricopes évangéliques de cette semaine ont donc pour but de montrer les doutes et les hésitations des juifs en présence des signes de la divinité de Jésus.

Au dimanche de la Passion et durant la semaine qui le suit, les évangiles vont montrer le développement de l'hostilité et des violences contre Jésus : le dimanche, tulerunt lapides; le lundi, ut appréhendèrent eiim; le mardi, quxrebant eam interftcere... neque jralres eius credebant in eum: le mercredi, Jésus se déclare clairement Fils de Dieu, alors snstulerunt lapides ut lapidarcnt eum; le vendredi, cogitaverunl ut interftcerent eum; le samedi (la péricope est douteuse) ses disciples l'abandonnent et même, parmi les douze, il y a un traître.

Ainsi est préparée la grande semaine de la passion; la série des évangiles de ces deux semaines forme un tableau des événements qui vont précipiter la tragédie; la première semaine, outre des indications générales sur les sentiments du peuple, met en relief la puissance et l'amour du Christ; dans la seconde, les attaques des pharisiens se succèdent dans un ordre tel qu'on arrive au point où les fidèles eux-mêmes abandonnent Jésus et un des douze le trahit.

3. La semaine sainte. — .\u dimanche Indulgenlia l'usage le plus ancien ne connaît que la lecture de la passion selon saint Matthieu. A la férié II, le missel romain lit Joa., xii, 1-9; les listes anciennes indiquent que la péricope était jadis beaucoup plus longue : 1-23 ou 1-3G. Les premiers mots commencent le récit historique de la grande semaine : ante sex dies Paschœ. Il paraît probable que cette péricope fut coupée au v. 9 quand s'établit l'usage délire la veille, dimanche des Rameaux, le passage de saint Matthieu, xxi. A la férié III, le missel romain lit la passion selon saint Marc; les listes anciennes indiquent soit le lavement des pieds et la trahison de Judas, soit une prédiction de la passion. Le mercredi, la passion selon saint Luc; le jeudi saint, le récit de l'institution de l'eucharistie d'après saint Paul et d'après saint Jean; le vendredi saint, la passion selon saint Jean.

On voit <[ue cette semaine est consacrée tout entière à l'histoire proprement dite de la passion. Les l)éricopes assignées à ces jours se présentaient d'ellesmêmes, en raison de leur valeur historique : le dimanche, début de la semaine décisive; le mercredi, jour de la trahison; le jeudi, jour de la cène; le vendredi, jour de la mort. Pour le lundi et le mardi, le choix n'est pas aussi clair et les passages en question ne s'expliquent que parce qu'ils contiennent des paroles du Seigneur annonçant le sens et la valeur de sa passion.

4. Pâques et la semaine in albis. — La messe célébrée dans la nuit du samedi au dimanche marque le passage de la semaine de la passion à la gloire de la résurrection. Saint Léon dit qu'on y devait lire la passion selon saint Marc, et la résurrection selon saint Matthieu. Mais déjà les plus anciennes listes romaines ne connaissent que le récit de la résurrection.

Le jour de Pâques, la résurrection selon saint Marc, et le lundi, selon saint Luc, les disciples d'Emmaûs: le mardi, suite du précédent; le mercredi, apparition près du lac de Tibériade, selon saint Jean; le jeudi, apparition à Marie-Madeleine, et le vendredi, apparition aux onze en Galilée et fm de l'évangile de saint Maltiiieu; le samedi, Joa., xx, 19-23 ou 19-31, apparition à Jérusalem, ou bien Joa., .xx, 1-9, récit de la résurrection, qui paraît un peu hors de place, après les récits des jours précédents. Le dimanche octave, ou in albis, apparition aux apôtres en l'absence de Thomas, et huit jours plus tard (octave) en sa présence, les deux faits réunis en un seul texte.

Comme on le voit, les lectures de la semaine in albis présentent le récit de la résurrection d'après les quatre évangélistes qui se suivent dans l'ordre traditionnel, Matth., Marc, Luc, Joa. 11 semble aussi qu'on ait cherché à classer les apparitions dans l'ordre chronologique. Mais la péricope du jeudi rompt ce déroulement, et il ne faut pas trop insister sur l'existence d'un plan bien méthodique dans la disposition de ces péricopes.

Avec la préparation et la suite de Pâques, nous venons (le parcourir la partie la mieux élaborée du lectionnaire.

5. De l'octave de Pâques à la Pentecôte. — Il est remarquable que tous les évangiles de cette période sont empruntés à saint Jean, comme ceux des deux semaines qui précèdent le dimanche des Rameaux, dans les listes les plus anciennes, comme celle de Wurzbourg : n. 105-118. Le premier, n. 105, reporte la pensée sur la semaine du baptême qui vient de s'achever. Le dimanche, les nouveaux baptisés ont déposé l'aube blanche, ils sont entrés dans la vie ordinaire de la communauté chrétienne : d'où la prière serua eos, ego servabam eos... non rogo ut tollas eos de mundo sed serves a main. Les quatre suivants (106, 108, 109, 112), dans l'ordre normal des chapitres de saint Jean, montrent dans le Christ le Fils de Dieu. Durant la seconde moitié du carême, les péricopes ont montré à la fois la divinité de Jésus et l'hostilité des juifs; dans la série présente, on ne pense plus qu'à la puissance et à l'amour du Christ.

Les évangiles des trois dimanches qui suivent (n. 113,117,118) forment une section distincte. Ils parlent d'un temps prochain où le Seigneur va quitter les siens et retourner vers le Père. Dans le contexte original, les paroles de Jésus visent sa mort prochaine sur la croix. Mais l'Église, en les plaçant entre Pâques et la Pentecôte, les prend dans un autre sens et les applique à l'Ascension. La première péricope parle du départ en général; les deux autres annoncent les suites heureuses de ce départ, l'envoi de l'Esprit. Cette disposition des textes a été si bien étudiée par l'ordonnateur du lectionnaire qu'on s'explique aisément ainsi la transposition des versets : Joa., xvx, lG-22, 5-15, 23-30.

EVANGILES

Pour la férié IV avant l'Ascension, on trouve parlois Joa., m, 22-29, les relations entre Jean-Baptiste et Jésus; cette pcricope devait être originairement celle du mercredi; plus tard on lui a substitué celle de la vigile (n. 120), prière du Christ quittant ce monde.

Au jour de l'Ascension, on lit naturellement le récit historique de l'événement d'après saint Marc (n. 121).

U reste maintenant à passer à la Pentecôte. Le dimanche et le mercredi après l'Ascension (n. 122, 123), l'assemblée chrétienne se trouve dans les mêmes sentiments que les disciples après l'Ascension; comme eux, elle attend dans l'obéissance et la charité l'effusion de l'Esprit. Ainsi donc l'Eglise se prépare à la Pentecôte en répétant la suite historique des événements depuis la résurrection d'après le récit de saint Jean, mais en y introduisant de nombreux changements de sens. A part deu.\ cas, mercredi après l'octave de Pâques, et 2" dimanclie, les épîtres de cette période ne présentent pas de rapport appréciable avec les évangiles correspondants.

Pour la vigile de la Pentecôte et pour le dimanche, les évangiles sont naturellement en rapport direct avec lafètedu jour. On a déjà noté ci-dessus (col. 331), l'accord parfait entre l'épitre et l'évangile du jour. A remarquer aussi avec quel soin la péricope a été coupée après sic facio (v. 31), laissant tomber trois mots inutiles en la circonstance.

Comme aucun évangile ne parle de la Pentecôte, il était difficile de trouver des péricopes pour les jours qui suivent. Celles du lundi et du mardi parlent de la foi au Christ en général ; les suivantes sont celles des quatre-temps.

Pour l'octave de la Pentecôte, devenu désormais le dimanche de la Trinité, les sources varient : les unes indiquent l'épisode de Nieodème (2= naissance) qui s'adresse aux catéchumènes, les autres, la paille et la poutre, en rapport avec les quatre-temps.

C. De Voclave de la Pentecôte à la fête des apôtres. — Cette période est d'une durée fort variable; certaines listes y comptent deu.\ dimanches (Wurzbourg); d'autres en comptent jusqu'à six (Murbach). Il est remarquable que, dans toute cette série, saint Jean n'est plus utilisé : on ne, lit plus que les synoptiques, et spécialement saint Luc. Les péricopes ne présentent aucun lien ni entre elles ni avec les fêtes passées; elles sont plutôt morales qu'historiques; elles rapportent l'enseignement du Christ en général, sans référence aux événements de la rédemption. Le plan de leur disposition, les raisons de leur choix nous échappent.

2" De la fêle des apôtres à l'averti. — • Cette série remplit l'espace libre entre les deux grandes périodes du cycle annuel : Pâques et Noël.

On sait que le vieil usage romain subdivisait cette longue période de la Pentecôte h l'Avent en tranches séparées par la fête des apôtres, celle de saint Laurent, celle de saint Michel et celle de saint Cyprien. Entre les apôtres et saint Laurent (Wurzbourg 148-175, .Murbach 112-120'), puis entre saint Laurent et saint Cyprien (\V 177-204, M 122-128'), enfui de la fête de saint Cyprien à l'Avent (\V 205-235, iM 1 29-147) c'est-à-dire pendant toute la série des semaines après la Pentecôte, on trouve une liste de péricopes formant une collection de paroles et d'actions du Christ; mais il ne semble pas possible de découvrir dans leur succession un plan méthodique, ni entre elles aucune liaison. L'intention qui a présidé à leur choix et à leur disposition nous échappe, soit qu'on examine les péricopes dominicales et les péricopes férialcs en deux lignes parallèles, soit qu'on les considère sur une seule ligne. Elles ne peuvent être une sorte de prolongement de la Pentecôte, puisque l'usage romain ancien les subdivisait en séries dépendantes des fêtes (|ue nous avons indiquées. D'autre part, ces fêles, placées comme

des bornes sur une longue route, ne paraissent pas non plus avoir exercé une influence directrice sur les semaines qu'elles commandent.

D'ailleurs, le haut moyen âge n'a pas eu connaissance d'un plan quelconque dans cette section, sinon, il n'y aurait pas laissé introduire les altérations nombreuses que l'on relève dans les listes anciennes.

Il nous reste pourtant à consigner deux observations précises et fermes : la première, c'est que toutes ces péricopes sont empruntées aux trois synoptiques, pas une seule à saint Jean; la seconde, c'est que la plupart de ces péricopes ont été puisées dans les chapitres qui forment la seconde moitié de chacun de ces trois évangiles. Cette deuxième observation sera reprise et complétée au paragraphe suivant.

3° L'Avent, A'oël, l'Epiphanie. — Sur les caractères de cette période, vois ci-dessus, col. 333.

1. Période préparatoire : l'Avent. — L'évangile du V« dimanche, multiplication des pains, se termine par la phrase : hic est vere prophcla qui venturus est in mundum, qui se raccorde bien avec la péricope de Jérémie.

Au 1\<' dimanche, on lit le récit de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem; cette scène est transposée ici et appliquée à l'entrée du Christ dans le monde.

Au IIP dimanche, l'évangile précise comment se fera la parousie solennelle du juge dont l'épitre annonce la venue comme homme, et aussi le second avènement glorieux.

Au II'' dimanche, l'épitre ICor., IV, parle de la parousie du Seigneur comme juge suprême; l'évangile semble être, au contraire, une préparation à Noël en rappelant la mission du Baptiste. Il n'y aurait donc aucun rapport entre les deux lectures. Saint Jérôme et saint Grégoire, interprétant ce passage, Matth., xi, 2-10, voient dans la question de Jean une allusion à la descente du Christ aux enfers; en ce sens, la péricope évangélique se raccorde bien à l'épitre : l'une et l'autre ont pour but de préparer la communauté chrétienne au jugement final, à la parousie du Seigneur.

L'évangile du I^' dimanche est une préparation historique à la vie publique du Christ par le ministère du Baptiste. L'accord entre l'épitre et l'évangile montre que le sens principal des deux jiéricopcs ]iorte sur les faits dont on va célébrer l'anniversaire, plutôt que sur la parousie.

Eu résumé, ces évangiles de l'avcnt, empruntes aux quatre évangélistes indistinctement, ont été choisis en raison de leurs rapports avec la période liturgique en cours.

2. De Noël à l'Epiphanie. — A la veille de la Nativité, l'évangile Matth., i, 18, enseigne que la conception de l'Enfant a été pure.

Les deux premiers évangiles de la nuit sont des récits d'ordre historique; celui de la troisième messe expose le point de vue dogmatique.

Les trois jours suivants sont occupés par les fêtes de saint Etienne, de saint Jean, des saints Innocents. La suite directe de Noël reprend au dimanche octave dont l'évangile est le récit historique des faits (|ui ont suivi la naissance de Jésus. A la Théophanic, récit historique. Les fériés qui suivent sont pourvues d'évangiles, mais les sources ne sont pas d'accord sur leur identité; en général, ce sont des péricopes rcla tives au baptême de Jésus.

3. De l'Epiphanie à la Sepliiagésime. — Le type Murbach présente ensuite l'ordre suivant : Epiphanie, les mages; 1" dimanche après l'Epiphanie, Jésus au milieu des docteurs; octave de l'Épiph., baptême de Jésus; 11° dimanche, les noces de Cana (n. 11, 12, 13, 14). Cet ordre, conservé dans le missel romain, mar(|ue une gradation très bien ménagée.

Les listes les plus anciennes présentent cette parti-

EVANGILES

cularité qu'elles comptent jusqu'à dix dimanches après l'Epiphanie. Cette série • n'a jamais été en usage, vraisemblablement, qu'à une époque où le temps de la septuagésime était encore inconnu à Rome, c'està-dire vers le milieu du \T^ siècle '. » Nous nous trouvons là en lace d'une collection de vingt-sept péricopes (Wurzbourg, n. 17-51, en défalquant bien entendu les fêtes de saints), qui composent une sorte de tableau de la vie et de l'œuvre du Christ pendant son ministère public. On n'y peut saisir aucun plan méthodique: tout au plus peut-on discerner un certain groupement de péricopes de contenu analogue : celles des paraboles, et celles des repas miraculeux. On peut remarquer de plus, que dans toute cette section, il n'est fait aucune allusion à l'hostilité des juifs contre Jésus; ce souci a même dicté, semble-t-il, la coupe de certaines péricopes fériales. Les manifestations de la haine contre Jésus ont été réservées à une autre période du cycle : la seconde moitié du carême. Ce temps après l'Epiphanie est doté de passages évangéliques où se manifestent surtout la puissance, la sagesse, l'amour de Jésus depuis le début de son ministère jusqu'à son plein développement. Mais l'extension de la préparation au carême a mutilé toute cette section qui ne compte plus que six dimanches au maximum et un au minimum, et, là comme ailleurs, le missel romain a supprimé toutes les pièces propres aux fériés.

Il nous reste maintenant à taire ici la même observation que ci-dessus pour le temps après la Pentecôte. Toutes les péricopes depuis l'Epiphanie jusqu'à la septuagésime sont, elles aussi, empruntées

I E pitres Pour les deux grandes périodes : Pâques )

et Noël ; Evangiles

groupé en deux blocs : l'un formé par les chapitres 1 à 7, l'autre par les chapitres 8 à 12.

4° Résumé el conclusion. — Après avoir parcouru tout le cycle annuel, nous voyons se dessiner les grandes lignes de l'organisation des lectures évangéliques. L'évangile de saint Jean est spécialement n-servé au temps pascal : il est utilisé tous les jours depuis le dimanche Lœtare jusqu'à la Pentecôte. Les extraits de cet évangile sont disposés de manière à présenter d'abord le développement historique des événements qui aboutissent à la passion; puis les preuves de la grandeur de la personne et de l'œuvre du Christ. Cette lecture de saint Jean est interrompue seulement pendant les jours qui précèdent et qui suivent immédiatement la fêle de Pâques : au cours de ces journées solennelles, on lit le récit de la passion, puis le récit de la résurrection, selon les quatre témoins canoniques.

Durant le reste de l'année, on se sert des synoptiques; on en commence la lecture après l'Epiphanie; le temps pascal vient l'interrompre; puis on la reprend après l'octave de la Pentecôte jusqu'à l'avent.

Le lectionnaire établit donc une distinction très nette entre les dilïérents évangiles, et nous avons pu apercevoir comment la répartition de leurs extraits avait été opérée. A la fin de l'article sur les épitres (col. 334), nous avons pu dégager une conclusion assez ferme sur le mode de distribution des épitres au cours de l'année.

Rapprochant maintenant ces deux conclusions, nous croyons pouvoir dessiner les grandes lignes de l'organisation foncière du lectionnaire romain dans le schéma suivant :

Historiques ou doctrinales, en rapport

avec chaque fête.

Saint Jean , et Synoptiques pour les récits

historiques.

De Pâques à la Pentecôte ..

De la Pentecôte à r.\vent

l Épitres.

I Évangiles.

( Epitres.

/ Evangiles.

De l'Epiphanie à la Septuagésime ^ ÉvangUes.

Catholiques.

Saint Jean.

Fin des catholiques, puis les pauliniennes. Fin des synoptiques.

Suite des pauliniennes.

Début des synoptiques.

aux trois synoptiques, à l'exclusion de saint Jean; de plus, ces péricopes sont puisées en majorité dans les premiers chapitres de chacun de ces trois évangiles.

Le petit tableau ci-dessous (qui indique les chapitres auxquels appartiennent les péricopes) m.ontre par un simple rapprochement comment la lecture simultanée des trois synoptiques commence après l'Epiphanie, est interrompue par le carême et le temps pascal, reprend après la Pentecôte et se poursuit jusqu'à l'avent.

De l'Epiphanie à la Sepluagésime,

I, n, II, in, vm, vm, i IX, xin, xn, xr\',j XV, xxn, XV. I

I, VI, m, IV, IV. II, n, n, rv, v, xiv , v, VI, n, VI, VII. vu, vu, IX, vni.

De la Pentecôte à VAvcnt.

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