‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 239 sur 331 · I. DÉFINITION ET CARACTÈRES. « ExpOSÎtlOn · texte numérisé non relu

I. DÉFINITION ET CARACTÈRES. « ExpOSÎtlOn

est pris ici dans un sens strict : le sens fixé dès l'époque patristique à propos des écrits dont les besoins de la catéchèse obligeaient à expfiquer ou préciser la lettre. Tels étaient, avant tout, les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, qu'il fallait commenter, « exposer », soit de vive voix, soit par écrit, non pas seulement pour l'instruction et l'édification des fidèles, mais aussi à cause des difficultés qui provenaient de leur nature même. Un genre littéraire fut ainsi constitué de bonne heure, le plus fécond de ceux auxquels s'adonnèrent les anciens auteurs chrétiens. Par extension, et dans un dessein évident de catéchèse, les chefs d'Église commentèrent les demandes de l'oraison dominicale et les articles du symbole de foi. Cette tradition se continua nécessairement pour des raisons d'ordre pratique, au début du moyen âge, si, parallèlement, l'exégèse proprement dite ne produisit plus d'oeuvres vraiment originales. En outre, à côté du s>-mbole baptismal, on entreprit d'expliquer le nouveau symbole, bientôt célèbre sous le nom de saint Athanase. Les commentaires du Quicumque sont trop nombreux, à l'époque carolingienne et dès avant ', pour ([u'on ne doive pas leur attribuer quelque influence sur l'habitude qui s'établit, au ix» siècle, d'expliquer aussi sous une forme didactique les prières de la messe.

and stndies, vol. iv, n. 11; An inlroduction (f> the creeds, Londres, 1899, p. 162-172.

EXPOSITIO MISS

Avant même de noter les autres circonstances qui concoururent, autant qu'on peut voir, à déterminer la nature et les formes de l'exposilion liturgique, il semble avantageux de présenter l'un des recueils qui nous ont conservé des écrits de ce genre. Rien n'est plus significatif qu'un pareil contexte: il fait constater que la relation, tout à l'heure indiquée, entre commentaires et commentaires ne procède pas simplement de l'esprit de système. Si nous travaillons à des classements, dont l'apparence est parfois fac- Uce, nos ancêtres nous ont eux-mêmes induits à ces essais, qui satisfont un désir inné de disposer les faits en bel ordre. Voici donc, dans sa réalité, un manuscrit qui sera encore cité plus loin, dans la revue des principaux textes : le manuscrit de Troyes SOi, première partie (à savoir fol. 1 à 79), dont la rédaction peut se placer vers la fin du ix« siècle '. On le décrit en abrégé, sans autre souci que de marquer ses principales articulations :

1° La lettre de Théodulphe sur les cérémonies du baptême, véritable opuscule, occasionné, comme on sait, par la circulaire de Gharlemagne (en 811 ou 812)=;

2" Une pièce analogue, point encore identifiée, semble-t-il : Deo primas cathicuminus efflcitur... confcssio fit ad salulem ^;

3° Le commentaire de Rcmi sur le rituel de la dédicace des églises ' ;

4° h'exposilion du même Rémi sur la messe;

ô" Autre exposition sur la messe : celle de Florus, beaucoup plus développée;

6° La formule de foi de Pelage, sous le titre fictif, mais traditionnel : Explanatio fidei sancti Hieronimi frd Augustinum et Alipium episcopos missa ';

7" Trois expositions « de oratione dominica, » la première attribuée à saint Augustin, bien qu'apocryphe (sermon lxv de l'Appendice)';

8° Trois expositio symboli, la première attribuée de même à saint Augustin, et cette fois authentique (.sennon ccxn)';

9° Deux expositions du symbole dit de saint Athanase';

10° Quatre autres pièces de supplément relatives encore au Pater et au Credo ';

11° L'exposi7(on d'Adrevald sur les bénédictions de Jacob (publiée sous le nom de Paulin de Milan) ".

Cet agrégat de textes parallèles ou analogues a donc incorporé deux compositions liturgiques dont les auteurs sont connus par ailleurs, Florus et Rémi. Le manuscrit 9i (116) d'Orléans, provenant de Fleury et formé, en fait, de deux volumes, l'un et l'autre du i.\° siècle ", pourrait être présenté de même avec profit, si sa complexité ne le rendait quelque peu rebelle à l'analyse '^ 11 suffît d'indiquer qu'on y rencontre, située dans son milieu naturel, une des expositions anonymes les plus répandues, celle qui commence par les mots : Dominus robisciim : suintât sticerdos populum, etc. Cet ouvrage se présyite, en cllct, dans les deux collections successivement : tout d'abord, dénommé Jnterpretatio misse, après diverses expositions

' Sur ce manuscrit, voir Revue bénédictine, 1920, t. xxxii, p. 60. — 'P. L., t. cv, col. 223; le manuscrit de Troyes adresse fautivement : fratri Jolianni, de nifnio que le Corbeiensis de Simiond. — 'Cf. J. M.Heer, Ein l<iirolingisclier

Missions-Kalecliismus, Fribourg, 1911, p. 50, ii. I ' Ibid.,

t. cxxxi, 845. — 'Ct. .V. Ilalin, BiblioUwU der Symbole, 6' éd., Brcsiau, 1895, § 2U9, p. 288. — ' I'. 1... t. xxxix, «ol. 1870. — ^ Ibid., t. xxxviii, col. 1058. - - 'Cf. G. Ommanney, A critical dissertation on llic Allumiuiian ereed, Oxford, 1897, p. 478 ct 492. — «Cf. Calaloguc général des manuscrits des biblioUiéques des déparlcmenùi, Paris 1855, t. II (série 4»), p. 336; niais noter que cette description est incomplète. — '• Ct. Revue bénédictine, ibid., p. 57 sq. — "I.c second doit Otre complété par le manuscrit de Flo-

du Quicumque'^, du Pater et du symbole baptismal; de nouveau, sous la rubrique Expositio in missam, à la suite de capitula sur le ministère ecclésiastique, que L. Delisle a publiés d'après le manuscrit d'Orléans, sans reconnaître leur origine '*.

Ce capitulaire, provenant de l'entourage de Charlemagne et attribuable à l'année SO'2 '^ donne précisément à la présente enquête sa vraie direction. Uexposition liturgique procède, sans doute, de modèles littéraires fournis par l'anlicpiité; mais elle s'explique immédiatement par une puissante influence séculière, préoccupée d'établir la discipline d'Église, pour le plus grand avantage de l'État. C'est ce qu'il est aisé de vérifier, sans introduire de longs développements d'ordre historique. L'action souveraine de Gharlemagne en matière de culte et l'acquiescement des évêques à cette politique de protection sont des faits généraux qui ne sont plus contestables '*, mais dont on n'a pas lini de découvrir les conséquences; témoin, si l'on ne s'abuse, ce qui s'est passé pour l'exposition de la messe.

Le capitulaire mentionné enjoint aux prêtres de « prêcher l'Évangile du Christ » les dimanches et jours de fête ( § 4) — entendez : par un commentaire ' de la péricope appropriée; d'expliquer aussi l'oiaison ! dominicale et le symbole (§5) — en vue du baptême j et de ses obligations: et, pour le reste, d'accomplir j convenablement les cérémonies du culte (§3,8, 10, etc.) ; et d'être fidèles aux devoirs particuUcrs de leur charge. 11 est complété, d'une manière qui nous importe davantage encore, par un autre capitulaire du même temps " : que les évêques aient grand souci, quant aux prêtres pourvus de paroisses, « de la foi, du baptême et de la célébration des messes» ; à savoir que ces prêtres « gardent la foi orthodoxe (celle du SNTiibole), administrent le baptême catholique, aient l'intelligence des prières de la messe (missarum preces bene intelligant), récitent les psaumes dignement...» (§28); en outre, qu'évèques et prêtres entendent et expliquent « la foi catholique » (le symbole, probablement celui de saint Athanase), ainsi que l'oraison dominicale (§ 29). Aussi bien, les fidèles eux-mêmes doivent savoir par cœur (memoriicr) et « la foi catholique » et l'oraison dominicale (§ 30). Or, la source de ces injonctions si fermes se laisse déterminer : les articles 28 et 29 qu'on vient de rapporter s'accordent exactement avec le texte du grand capitulaire du 23 mars 789 i§ (31 et 70) '•, document authentique, s'il en est, connu sous le nom A' Admonitio gencralis. Celte loi d'empire, fonnulée en 789 et reprise par deux fois vers 802, fut si peu lettre morte qu'elle reparait telle quelle dans le recueil codifié par Anségise en 827 ( § 58 et 66) '•.

Mais surtout, nous avons, pour constater les elîcls de la volonté impériale, les instruments qui émanent des évêques. 11 suffira de citer quelques exemples choisis. Théodulphe d'Orléans (t 821) exhorte son clergé à savoir par cœur (memoriter) et d'ailleurs à Iden entendre (corde intclligere) le doul)le symbole de « la foi catholique » (Credo et Quicumqne), tout de même

rencc, Asliburnham 29 (alias S2,32); cf. L. Delisle, Notices et extraits des manuscrits de la Bibliotl\éque nationale, 188G, t. xxxii, 1" part., p. 39 sq. — ".Mais voir ime notice de L. Delisle, ibid., 1884. t. xxxi, 1 " partie, p. 306 sq. — " Sur ce commentaire particulier, cf. A. E. L'urn, The Alhanasian crced, p. 7 sij. — "Op. cit., p. 421 sq. Il est curieux que Uorct n'ait pas employé ce ninnuscrit; cf. A. Uoretins. Capitularia regum I-rancorum, dau» Monuntvnta Ccriiiania-

liistorica, ISSU, t. i, p. 105 sq "Ibid., p. 106. — '• Voir

en particulier l'étude d'E. Blsliop, La réiurinc liturgique de Cluu-lema'gne (édition française <lan9 /-a nie cl les arts /ilurBil/iic.s. noùl-octobrc 1920). — " liorelius, dans A/oniimenlaCeriuanin hislurica, t. i. p. 102 -.q.— " Itiid., p. 58 sq. >• Ibid, p. 401 , 403.

mi}

EXI'OSITIO MISS^

le « canon de la messe ou Te icjilur. » ' Hatto de Bàle (t 830) s'exprime en termes à peu près équivalents -. Le témoignage d'Hincmar de Heims, dans une pièce datée du 1" novembre 852, est plus remarquable qu'aucun autre, à cause du succès qu'il obtint : Ul uimsquisque prcsbylerorum exposUiuncm symboli (ttque. oralionis dominicœ jiixta tradilionem orthodoxorum Palrum plcnius discal, exinde priedicando popiilam sibi commissum scdulo instrucU; prssfalionem quoqiie canonis et eumdem cunonem iniclligat cl memoriler ac distincle projerre valcal; el oraliones missaraw, Aposlolum quoquc el Evangclium bene légère possil; psalmorum eliam verba el dislincliones regulariler el ex corde cum cunlicis consucludinariis pronunliare sciai; necnon el scrmonem Allmnasii de fide, eu jus initium esl a Quicumque vull salvus esse », menwriiv quisquc commendel el sensum illius inlelligal et verbis communibus enuntiare queal^.

Ce morceau complet, qui met en cause toutes les catégories prévues d'expositions, occupe, pour ainsi dire, une position centrale dans la série des pièces justificatives. On connaît les documents antérieurs dont il réitère l'énoncé et auxquels, pour autant, il doit sa signification. En deçà, trois textes apparaissent, qui montrent la victoire de la pensée carofingienne au x« siècle : Vlnquisilio de Réginon du Prum (vers 906) S l'homélie pastorale attribuée faussement au pape Léon IV * (écrit gaUican dont certains historiens ont fort abusé, dépendantsùrement de Réginon)'. la Synodica ad prcsbylcros de Rathier de Vérone (de 966) '. Il est évident que Réginon, le pseudo-Léon et Rathier se sont contentés de transcrire les décisions d'Hincmar; ils n'en ont pas moins travaillé à établir ou à maintenir une pratique dont le point de départ est, comme nous l'avons observé, le palais d'Aix.

Un dernier texte, d'une espèce particulière, mérite d'être indiqué, pour compléter cet aperçu. Dans un questionnaire en vue de l'ordination, con.servé par un manuscrit de Sainl-Emmeran du ix" siècle ', l'évêque demande, entre autres choses, aux candidats à la prêtrise : Missam vestrom sccundum ordinem romanum quomodo nostis vel inlellegilis'?

C'est donc toujours la même préoccupation : le prêtre ne doit pas seulement savoir les prières de la messe, il doit surtout les comprendre. A cette fin, on écrira donc des expositions de la messe, c'est-à-dire de ses parties essentielles et invariables. Notons ici la différence de situation du clergé et des fidèles. Les paroissiens ont droit à une exposition, à un commentaire explicatif du Pater, des symboles de foi, des sections de l'Écrilure lues en public; il s'agit de les catéchiser, de leur donner l'instruction religieuse : lotius religionis ffudium cl chrislianilatis cultum eorum menlibus oslendere, comme dit l'un des capitulaires de 802 ". Les chefs de paroisse ont besoin, pour euxmêmes, d'une exposition du canon de la messe, du fait qu'il leur est fait un devoir de comprendre le formulaire liturgique.

De là, le caractère originel et précis des compositions que nous énumérerons tout à l'heure. Elles visent, à cette période, im but tout pratique et proprement ecclésiastique. Pour cela, une glose s'attachant à la lettre, une sorte de mot à mot suffisent. Le

'P. L., t. cv, col. 209. — ' Ibid., col. 763, § 2-5. —

— 'P. L., t. cxxv, col. 773, § 1- — ' P- L., t. cxxxii. col. 190 sq., §81-85.— 'P. X..,t. ex v, col. 675 sq. (d'après rédition de Martène) : § 18, 31, 47. — • Cf. Revue d'histoire et de littérature religieuses, 1914, t. v (nouv. série), p. 117- 137 : article signé « Robert Lawson % mais d'ailleurs sensé.

— 'P. Z.., t.cxxxvi,col.563sq., §12. — 'Boretius,op.ci(., 1897, t. n, p. XIX. — 'Ibid., t. i, p. 2'M, § 4. — " Ibid., p. 106, § 5. — "Die Messe im deutsclien Mitielalter. Bcitràgezur Gcschiclite der Liturgie und des religiosen Volkslebens,

genre pourra se développer plus tard, s'enrichir de réflexions théologiques ou de raffinements symboliques, s'adresser même finalement au peuple; d'aventure et selon les tempéraments, chez un Amalaire par exemple, incapable d'apprécier les choses sans y mêler de l'allégorie à tort et a travers, il pourra, dès le ix'= siècle, anticiper les plus sensibles défonnations, ou d'ailleurs flotter entre le directoire riluel, le traité didactique de liturgie el le commentaire doctrinal. Néanmoins — et c'est pourquoi nous avons estimé nécessaires les indications qui précèdent — la véritable exposilio missœ ne doit être confondue ni avec un Ordo des cérémonies ni avec un ouvrage De ofjicio missff, encore moins avec un traité£>esucraz7!cn<ooHari.'î. Toutes ces espèces qui intéressent de près ou de loin la hturgie restent en dehors de notre e.xamen ; et pour la même raison devons-nous limiter cette étude sommaire aux ix" et x» siècles, sous peine de tout confondre.

Adolphe Franz, trouvant une riche matière dans les exercices théologiques et allégoriques des xju'-, XIV8 et xv siècles et voulant traiter son sujet avec ampleur, n'a pas craint de remonter jusqu'à l'époque patristique et de tracer un vaste tableau, dans lequel les diverses productions du moyen âge viennent s'encadrer. Cette synthèse élargie, qui fonne la moitié d'un gros livre très érudit ", a son utilité et des mérites incontestables. Consciencieuse, judicieuse le plus souvent '-, courageuse même par sa dénonciation des excès de la méthode allégorisante, on regretterait qu'une main aussi experte ne l'ait pas tentée, et elle reste un répertoire de faits indispensable. Il en résulte pourtant que l'auteur ne s'est pas rendu compte des débuts certains ni de la physionomie originale de l'exposition liturgique. Nous renvoyons à ce travail pour les écrits du moyen âge postérieurs au x» siècle, avec la conviction que ces écrits n'ont plus de Vexposilion que l'apparence, s'ils semblent en tenir heu.

Bernon de Reichenau, Bernold de Constance. Jean d'Avranches, Sicard de Crémone, Durand de Mende sont des liturgistes de plus ou moins d'envergure, qui examinent la messe à divers points de vue, mais qui ont aussi la prétention de connaître, sinon de parcourir, le cycle entier des questions liturgiques. Ils continuent, à cet égard, une tradition de savoir encyclopédique dont saint Isidore s'est fait l'initiateur dans le monde latin. Ils recueillent avidement et remâchent, bien ou mal, tout ce qui se trouve à leur portée. L'exposition carofingienne est un produit particulier dont l'histoire leur importe peu, pourvu qu'ils tirent parti de sa matière; ils l'ont absorbée en effet, pour la plupart, soit par le canal d'Amalaire, soit autrement, par influence générale d'ambiance. En analysant leurs ouvrages, on remarque donc à peu près sûrement des traces nettes ou dilTuses d'exposition; sous cette forme impersonnelle et imprécise, vraie déformation, le phénomène n'a plus d'intérêt au regard de l'historien.

De même en est-il encore, s'il s'agit d'écrits moins étendus qui, à première vue, paraissent rentrer dans le cadre de l'ancienne exposition : tel le Liber Dominas vnbiscum de saint Pierre Damien ", tel surtout le Libellus de canone mystici libaminis de Richard de Wedinghausen ". L'analogie est toute de surface; de

Fribourg, 1902, p. 331-740 (deuxième partie : Die mittclalterlichen Messerklarungen). — "Peut-être, en dénnitive, le plus grave tort (le Franz est-il d'avoir, par un titre inexact, laissé croire qu'il étudiait l'exposition de la messe au moyen âge, le genre littéraire et ses manifestations successives; on n'aurait pas querelle avec lui, car on ne lui demanderait pas ce qu'il ne nous domie pas, s'il avait présente son long travail comme une histoire des théories de la messe au moyeu âge. — "P. L., t. cxLv. col. 231-252. — "Attribué souvent à Hugues de Saint-Victor. P. L., t. cxxx\^I, col. 455-470,

EXPOSITIO MISS.E

l'exposition, un souvenir peut-être subsiste, au point de départ, dans le choix du sujet. La diflerence complète des développements est la meilleure preuve que le genre lui-même a disparu dans sa réalité, ayant cessé d'être utile, de répondre à des besoins réels. On aborde l'étude de la messe par d'autres côtés, qui satisfont davantage la théologie et la piété.

II. PRINCIPAUX TEXTES. — Ces courtes notes d'érudition n'ont guère pour dessein que d'introduire à la lecture de textes délaissés et mal connus, presque tous du moins. On indiquera donc les éditions, parfois trop nombreuses, de ces textes; on signalera aussi, chemin faisant, quelques manuscrits, en vue d'une étude plus approfondie. On ne prétend pas à produire de l'inédit, ni à classer définitivement le matériel déjà accessible, ni même à analyser chacune des compositions mentionnées pour faire apprécier ses qualités intrinsèques. Un recueil soigné de ces opuscules est désirable; on voudrait donner l'idée de ce qu'il pourrait être et des services qu'il rendrait. Le savant Dominique Giorgi l'a ébauché dans l'Appeniiix monumenlorum de son troisième volume '; l'examen des manuscrits permettrait de renouveler cet essai.

1" Les expositions anonymes. — • 1. L'exposition Dominas vobiscum peut être regardée comme le type du genre : une glose toute simple de VOrdo missse du sacramcntaire grégorien, c'est-à-dire depuis la « salutation » de la préface jusqu'à la réponse à Vite missa est. Le texte canonique est transcrit et suivi pas à pas, avec des remarques étymologiques, grammaticales et explicatives sans prétentions, tout juste littéraires, parfois bizarres; des cérémonies, il est à peine question. L'auteur s'adresse évidemment à des prêtres, ou plutôt s'exprime en leur nom (noter l'emploi fréquent de la première personne du pluriel); il paraît bleu luimême être un simple prêtre (voir la glose sur les mots anteslite nostro), et ceci suffirait à écarter l'attribution récente à Tliéoduiphe. La forme est décidément trop pauvre, pour qu'on puisse songer sérieusement à la parer d'un nom si distingué -. .^u contraire, rien n'est plus sage que de rapporter l'opuscule au temps de Charlemagne. Imprimé tout d'abord à Paris en 1548 (Exegcsis in missœ canonem, Cliarles Guillard, in-S")^, il a fait l'objet de cinq autres éditions successives, dont chacune ignore sa devancière, et trois de ces textes reparaissent dans la Palrologie latine : a) à la suite du Liber de officis ecclesiasticis de Jean d'Avranches, Rouen, 1679 (éd. Prévost)' : d'où P. L., t. cxLvii, col. 191-200; b) dans l'appendice du troisième volume de Giorgi (art. vu), 1744 '; c) parmi les Monumcntu veteris liturgise alemannicx de Gerbert, 1779 ' : d'où P. L., t. cxxxvm, col. 1163-1173; d) à la fin de l'édition des œuvres de saint Isidore par Arevalo, 1802 • : d'où P.L.,t. Lxxxni, col. 1145-1154; f) dans le Théodiilphc, évêque d'Orléans de Charles Cuissard, Orléans 189'2 '. Ce dernier, utilisant le manuscrit d'Orléans V4 (116) indiqué plus haut, accepte, sans même ladis-

'De Utiirgia romani pontificis, Rome, 1744. — = Voir d'ailleurs la juste remarque de Franz, op. cit. .p. 345. On est surpris de voir qu'Ebncr aRréait l'attribution à ïhéo- (lulphc (Iluridbuch der katholisclien Litnrqie de V. Thalhofcr, 2° édit., 1804, p. 72, et cl. lier i(a(iciim,'l80G, p. 398, n. 5); mais rélo«c même qu'il fait de ce texte déconcerte. — ' Cf. Arevalo, S. laidori lli.tpalensis episcopi opéra omnia, 1797, t. II, p. 44 (Isidoriana, c. Lxxxiv, P. I,., t. Lxxxi, col. G08). — ' Cf. Histoire litUrairc de la France, 1747, t. viu, p. 71. — ' Op. cit., p. 394-412. — • T. il, p. 270-282. — ' Op. cit., t. VII. p. 221-231. — ' P. 332-.'î43 et cl. p. 73 sq. — • Histoire lill^raire de la France, 1738, t. iv, p. 473. — »" Miscellancorum /;/>(T primiis, 1 078, p. 491 sq. (cf. R/,., t. cxxxix, col.. ")79sq.). L'aluze a tiré le catalogue ex unicri codice ms. bihliottiecw Colberlinw, qui s'idcuUllc avec le manuscrit de l'aris, 13. N. 1720 dx-x" sitele);Culssard.aynnt lu lialuzc de travers, ■renvoie à une copie d'Allutlus cpii n'a rien ù faire Ici. —

cuter, l'attribution de l'écrit à Théodulphe. Mais on s'aperçoit, parmi le désordre des références, qu'il a reçu cette thèse toute faite de dom Rivet, à propos du même manuscrit de Fleury ', qui présente, dans un ensemble assez complexe, comme nous l'avons noté, l'exposilion Dominus vobiscum et une exposition du symbole de saint Athanase. Rivet rapprochait ingénieusement une notice sur Théodulplie qui achève le catalogue des abbés de Fleury publié par Baluze ". Cette notice, en efïet, rédigée par un moine de Fleury peu de temps après la mort de Théodulphe apparemment ", assigne à celui-ci deux ouvrages seulement : explanacionem edidit simboli sancli Altianasii..., sacramentum quoque misse seu eorum que in ea gerunlur, quid mislerii conlineant, aliqaaque qaamplura saccinclo narrundi génère luculenlissime digessit. 11 est pins qu'étrange que l'œuvre littéraire de l'évêque d'Orléans soit réduite à si peu de chose. Rivet parait donc avoir eu raison d'expliquer la notice du catalogue par le manuscrit 94 d'Orléans. Le moine de Fleury, ayant ce volume sous les yeux ", aura conjecturé, on ne sait pourquoi, que les principales pièces appartenaient à "Théodulphe. Son témoignage est, dès lors, sans valeur positive; nous n'avons plus qu'à compter sur notre propre jugement pour décider si les deux opuscules sont dignes de Théodulphe. Or, le cas de l'exposition du Qtiicumque n'est pas meilleur que celui de l'exposition Dominus vobiscum ". Toute celte dispute ne revient, donc à rien et nous devons nous résigner à laisser anonymes l'une et l'autre exposition. Aussi bien, expositio missœ (ou in missam), c'est le seul titre que lui donnent les manuscrits les plus anciens. Outre Orléans 94, fol. 11 et 88, on peut citer : Autun, G. ///, fol. 123 (provenant de Saint-Symphorien); Pétrograd, Q. /. 34, fol. 33 V (provenant de Corbie); Saint-Gall, 40, p. 305; Einsiedein, 110, p. 93 (employé par Gerbert); Escurial, L. III. 8, fol. 14 (employé, semble-t-il, par .arevalo) ; Bibliothèque vaticane, Palatinus 485, fol. 27 v» (de Lorsch, employé par Giorgi), et Vaticanus 1146, fol. 13. Cette liste pourrait être beaucoup allongée. L'opuscule figure incme dans des collections tardives, telles que : Avranches, 86, fol. 125 v»; Paris, Bibl. nal. 1008 et 15.612'*.

2. L'exposilion Primum in ordine voisine avec la précédente dans plusieurs manuscrits qui viennent <rctre indiqués : Pétrograd, fol. 23 v°; l-;insiedcln, ]). 57; Palatinus 485, fol. 17 v". On ajoutera le Valicanus 1148, fol. 13 v»; Rouen 26, fol. 126, provenant de Jumièges, cl surtout le manuscrit de Cambrai, 600 (558), fol. 1, au sujet duquel Molinier hésitait entre le viii« et le ix= siècle ". Elle a clé puliliéc par Giorgi (art. vi) ", d'après les deux manuscrils du Vatican : d'où /'. L., t. cxxxvm, col. 1173-1186; puis par Gerbert ", d'après le manuscrit d'Einsiedeln; et récemment encore par .\. Slaerk ", d'après le manuscrit de Pétrograd. Le titre ordinaire est, comme précédem-

"Cf. I loldcr-Ejîscr, i\/onunicn(a Germuniie historien. Sertptores, 1887, t. xv, p. 500. — "Ou peut-f-tre l'archétype, qu'on pourrait supposer avoir été donné par Théoditl,>he a Fleury; ce serait une explication satisfaisante de In notice. ^ "Cf. A. F.. lîuru. ï'/ic .4(/i(ma«iuii crced, p. xlvii et un; An introduclion lo Ihc crccds, p. 103. — "La prétendue exposilio misxœ imprimée par Gerbert, op. cit., p. 209-276 (d'après le manuscrit de Zurich 102, fol. 59 v°), n'est pas autre chose qu'une critique innli|j:ne et pètUmtc de l'exposition Dominus uobiscum; voir à ce sujet les remarques lie Franz, 0/1. cit., p. 345-.348. — "Calatogne général dct bibliothèques publiques de Frurtce, 1891, t. xvii.Sur la collection du manuscrit de Cambrai, voir .Maaasen, (leschichle lier Qiiellcu iiiirf (/<T Liieraliir de.i canonischen Itcchis, 1870. p. 442 (n. 24). — '• 0/1. cit.. p. 371-392.— " Op. cit.. p. 282- 290. — " Les manuscrits latins lin V'.an Xllt' siiclecnnsrrufn .1 la Bibl. imiiértalcdeSaint-IVtersbourg, l'.llO,i.i,{>. 181-lflO.

EXPOSITIO MISS.E

ment, tipusilio missie, exceptioimelleiiient, Iraclatus super missam (l'étrograd). La pièce est donc anonyme et l'on ne peut songer, avec quelque probabilité, à désigner son rédacteur. Du moins, serait-elle moins indigne de Théodulphe que la première. Le manuscrit d'Eiiisiedeln l'introduit par une rubrique qu'il est ■toujours bon de consigner : Expositio hœc a cenobio Dionisii venit '. Elle serait tout à fait parallèle à l'exposition Dominas vobiscum, sans un exorde de deux pages qui énumère et définit les divers éléments de la messe depuis l'antienne d'introït jusqu'à l'oraison secrète. Cet e.xorde s'inspire incontestablement des chapilies correspondants du traité de saint Isidore sur les offices ecclésiastiques ^ L'auteur, en outre, achève son développement par un emprunt a la lettre cxLix de saint .\usustin sur les différentes espèces de prières"; mais pour le reste, il est fidèle, comme le précédent anonyme, à expliquer, terme pour terme, au moyen d'une glose littérale, le texte du canon. Cependant, une certaine tenue littéraire le distingue, un tour de phrase plus soigné et des e.xpressions mieux choisies, outre des citations de l'Écriture, assez nombreuses, voire quelque étalage d'érudition'. De plus, il n'échappe pas a une lecture attentive que les deux opuscules offrent çà et là des points communs, des co'incidences textuelles qui ne peuvent être fortuites '. Une étude de détail serait nécessaire pour déterminer d'une manière pertinente le sens et l'étendue de ces relations *. On ne s'avance pas beaucoup, toutefois, en désignant l'exposition Primum in ordine comme l'appui, sinon le modèle, de l'exposition Dominas vobiscam. A foriiori sera-t-elle plus ancienne, de quelques années à tout le moins. On verra plus loin que Raban s'est servi de l'une et de l'autre.

3. L'exposition Quoliens conlra se a été trouvée par Martène dans un manuscrit de Saint-Aubin d'Angers qu'il plaçait au X'^ ou au xi« siècle, tandis qu'il proposait de regarder l'opuscule comme un monument de la période qui précéda le triomphe de la liturgie romaine en France — • entendons au vra» siècle — tout cela principalement sous le prétexte que le titre donné est celui (l'expositio missœ romane '. De l'ouvrage de Martène, De anliquis Ecclesix riiibus ', le texte est passé dans P. L., t. xcvi, col. 1481-1502. Le manuscrit de Saint-Aubin remonte, en fait, au ix« siècle; on le conserve à la bibliothèque d'Angers sous le n. 277, et l'exposition se Ut au fol. 33, dans un contexte médiocrement intéressant. Un manuscrit qui n'a pas encore été signalé est celui de Troyes, 1165, fol. 99, du ix= siècle également ', l'exposition, sous le même titre que celui de Saint-Aubin, précède une collection d'ouvrages authentiques d'Alcuin, en tète desquels le nom d'Alcuin est omis. Martène s'est sans doute abusé sur les circonstances de cet opuscule: mais il reste certain qu'il le faut placer à l'époque de Charlemagne '° avant le mouvement organisé par Amalaire ". A ce titre, il est précieux. 11 est d'ailleurs d'un écrivain, et bien composé. Alcuin, osera-t-on dire, ne l'aurait pas renié; malheureusement, la preuve de cette hypothèse est à faire, faute d'une attestation directe. Après un beau morceau sur la prière, l'auteur commente longue-

' Cf. G. Mêler, Catahgus codicum manuscripiorum qui in bibliotlieca nionasterii Einsidlcnsis O. S. B. seroantiir, 1899, p. 90. — ' Voir, par exemple, pour l'oftertoire ; cf. P. L., t. Lxxxm.col. 751 sq. (1. J, c. xiv). — ' Cf. P. L., t. .xxxni, col. 636. — ' Cassiodore est expressément employé, avec saint Aujîustin. — ' Voir notamment, de part et d'autre, l'explication des mots vcre dignum et inlibalam. — ' Franz a déjà noté ce rapport d'ordre littéraire : op. cit., p. 349. — ■ Voir la réplique de Franz, op. cit., p. .349 sq., à Martène, à laquelle on peut souscrire. — 'L. I, c. iv, art. 11 : éd. d'Anvcrs.l732,t.i,p.442;éd. deEassano,1788.t. I, p. 1.59. — ' Les fol. 99-212 forment un manuscrit distinct des deux

ment, et en larges périodes, la préface et le Sanclus, très brièvement le canon, et de nouveau avec am|)leur le Paler, enfin la paix, l'Agnus et le renvoi. Le point (le vue est constamment celui de l'édification, d'une dévotion saine et traditionnelle qui caractérise la pensée carolingienne de la première époque, réfléchissant sur la hturgie reçue de Rome et décidément implantée. Si les expositions Dominas robiscum et Primum in ordine répondaient aux besoins immédiats d'un clergé qui devait saisir avant tout la lettre de ce qu'il lui fallait réciter, celle-ci reflète, pour ainsi dire, l'âme de la renaissance religieuse favorisée par l'era- IJereur; ou est désormais romain à bon escient et avec conviction.

4. L'exposition Alissa pro mullis n'est signalée ici que pour donner un exemple des progrès du genre au x« siècle. Elle est peut-être la plus connue, grâce au recueil liturgique d'Hittorp. Ce titre prolixe l'annonce communément '^ : Ordo missse a sancto Petro inslitulas cam eiposiiione sua. Franz, qui l'a analysée rayjidement '^, établit qu'elle dépend d' Amalaire, et notamment des Eclogœ, qui sont un texte déjà dérivé; on le savait déjà ". Une sorte de prologue donne les raisons bien comptées (il y en a sept) '^ de la célébration de la messe, puis celles, encore dénombrées (quatre), de la célébration quotidienne. L'exjjosition proprement dite débute ensuite, avec un sous-tilre qui met en évidence son caractère : exposilio lolius missœ ex concordia scripluraram divinaram. Les cérémonies et les prières de la messe sont présentées, chacune en particulier, d'après Amalaire, comme un rappel et une figuration de l'Ancien et du Nouveau Testament. Le canon n'est guère expfiqué que par rapport aux séries des signes de croix qui le partagent; mais le Pater est commenté article par article. La forme est parfois celle du questionnaire; d'où il appert que l'opuscule a été composé pour l'enseignement ecclésiastique. Le souvenir de l'ancien style d'exposition n'est pas tout à fait effacé; c'est néanmoins, comme l'indique bien le titre général, un ordo missœ, un rituel qu'on a rédigé aux fins de l'exégèse allégorique. Ce courant dom.inera en effet toute la suite du moyen âge, en dépit de la protestation d'Albert le Grand; la lettre ne suffit plus; on l'enveloppe de mystères, pour s'édifier à tout prix, avec un zèle que les réalités directes ne saiisfont pas et qui, dans ce pieux dérèglement, n'a plus d'autre sauvegarde que la pureté même de la foi. Cette composition doit avoir une origine allemande. Le premier éditeur (1540) ", Jean Cochlée, l'a reproduite d'après deux manuscrits; l'un saxon (de Meissen?) trouvé à Stolpe, l'autre d'Eichslaedt en Bavière, qui parait être le pontifical de Gondechar, écrit en 1071 "; en même temps, il en mentionnait la présence à Worms. Melchior Hittorp l'inséra, en 15C8, dans son recueil De diuinis catholicœ Ecclesiœ ofjiciis ", en utilisant deux autres manuscrits, probablement de la région de Cologne. Enfin Giorgi la donna de nouveau d'après le Reginensis 73 du Vatican, p. 44 ". Elle n'était pas en efiet tout à fait inconnue en France, témoin encore le manuscrit de Paris, Bibl. mil. 11S79, fol. 20 v°, provenant de Corbie. Mais le plus

premières parties, commençant aux loi. 1 et 86 ; l'ensemble provient de Pithou. par l'Oratoire de Troyes. — '"Cf. Tha- Ihofcr-Ebner, op. cit.. p. 72. — " Cf. Frantz.op. ci'/., p. 349. — "Il a été suggéré, évidemment, par un texte de saint Isidore : De ecclesiasiicis n/pdix, I. xv, § 1. — "Op. ri(., p. 408-410. — "Giorgi, op. cit.. 1743, t. ii, p. I9;ïhalliorer- F.bner, op. ci(., p. 72. — "Ceci est encore démarqué <i' Isidore, même chapitre, § 1-3. — "Spéculum antiquie devolionis circa missam, Maycncc, p. 134-142. — '' Cf. Franz, Dos Hituale uon St. Florian. Fribourg, 1904, p. 6-S: voir aussi P. L.. t. cxLvi, col. 985 sq. — '" Dans l'édition de Paris, 1624, col. 1169-1176.— "Op. ci(., t. m, p.413-l23(.irt.vm).

EXPOSITIO miss.î:

ancien exemplaire qu'on en ait indiqué ' est le manuscrit de Munich 14690,iol. 174, copié au x« siècle. Cette date fournit un terminus a qito.

2° Les expositions déterminées. — 1. Raban peut être mentionné le premier, puisqu'il est tributaire des deux anciennes expositions anonymes : Primum in ordine et Dominus vobiscum. Bien plus, sa rédaction n'ajoute que peu de chose à ces deux textes. Ce fait n'a pas encore été énoncé en termes exacts '. Le De institutione clericorum, qui compte pamii les écrits de jeunesse de Raban, au temps où il professait à Fulda sous l'abbé Eigil (f 822), comprend un court chapitre De ordine missœ, dans lequel les principales parties de la messe sont examinées méthodiquement, d'accord avec le titre ^ On se convainc facilement que l'exposition Primum in ordine a fourni des élément<i importants, à peine modifiés, à cette honnête compilation. C'est la manière habituelle du disciple d'Alcuin : sa science est vaste, mais d'emprunt, et portée avec modestie, habillée d'ailleurs en bon style à l'occasion. Ici, à côté des emprunts certains, il offre quelques développements qui semblent originaux et où l'on constate avec intérêt des exphcations inspirées par un allégorisme modéré ■•. Ce chapitre du De institutione clericorum est repris, sous le même titre, dans le De sacris ordinibus, composé plus tard, au cours de l'abbatiat de Raban (entre 822 et 842) ', pour le moine Thiotmar, mais aussi à l'intention de fous ceux gui ad sacerdotium ordinati sunt et minis- Icrium sacerdotale agere debenl ^ Nous avons cette fois une exposition proprement dite de la messe ". Or, la nouvelle rédaction se prête à une amusante analyse. Tout le début, qui décrit la messe depuis l'introït jusqu'à la préface «, est gardé du De institutione clericorum sans aucun changement et, par suite, correspond à l'exposition Primum in ordine. A ce lambeau est rattaché d'une manière inattendue un commentaire prolixe du canon qui diffère très peu de l'exposition Dominus vobiscum. Cette juxtaposition de deux textes rivaux demeure une curiosité littéraire, l'un étant introduit au point précis où il semblerait que l'autre dût avoir partie gagnée. Cependant, elle s'exiilique naturellement, dès lors qu'on a pris garde que l'opération s'est faite en deux temps : tout d'abord par la composition du chapitre du De institutione clericorum, au moyen du morceau Primum in ordine; plus tard, en ajoutant à ce même chapitre la majeure partie de l'exposition Dominus vobiscan:. pour proposer aux prêtres un commentaire plus complet des prières de la messe. On a donc là, dans un cas bien délimité, un exemple caractéristique des procédés de Raban.

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