‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 241 sur 331 · EXTREME-ONCTION · texte numérisé non relu

EXTREME-ONCTION

engager les apologistes à soutenir le contraire, c'était le fait que l'extrème-onction était devenue l'objet d'une polémique confessionnelle; les protestants disaient n'en rencontrer l'usage en Occident qu'au xn= siècle; naturellement les catholiques eussent pensé compromettre la foi s'ils n'avaient soutenu vaille que vaille que ce sacrement possédait, de siècle en siècle, d'irrécusables attestations.

Les textes relatifs ou supposés relatifs à l'existence et à la pratique d'une onction suprême des malades ont été réunis, confrontés, commentés maintes fois ', sans grand résultat. Les faits invoqués se réduisent à des interventions de caractère médical avec usage d'onctions, de frictions, de massages pour lesquels l'huile est employée. Si une amélioration et une guérison résultent de leur pratique, ce n'est pas à l'onction prescrite par l'apôtre Jacques qu'il faut les rapporter. Ces faits sont assurément curieux et nous aurons occasion d'en parler (voir Didionn., au mot Huile), mais c'est leur faire dire ce qu'ils ne disent pas que d'en tirer parti pour l'histoire d'un rite auquel ils demeurent absolument étrangers -.

En fait de monuments figurés, il n'en existe aucun d'incontestable. Amulette de Beyrouth, du n' siècle, publiée par Lenormant ; ès,oç>y.iC,bi''cse. & SaTavvàç. Il yjxl £Ù[i.s-\iiC,oi II ïva (jtéTïOTe y.(ù \\ laXziTrric, tôv -rôlJTtov aou, ètîItco à|lv6|J.aTt ToùKuHptou ©soû !^côv|1toç. 'Aveyvtùaj'fiÉTov ètïI tû 11 totîcù tt,(;|| -r))v è— t.xéxp.l'î'O'- C'est proprement un exorcisme et la demeure de celle sur laquelle j'ai fait l'onction » ne prouve pas absolument qu'il s'agisse de l'usage de l'extrèmeonction. Assurément l'attestation eût été précieuse, mais si grande envie qu'on ait d'en tirer parti, il faut se soumettre aux règles de la critique et conserver un doute.

Les liturgies anciennes sont d'une utiUsation moins précaire. Les Canons d'Hippolyte contiennent quelques indications utiles touchant le soin des malades. On voit que les évêques de cette époque ne se croyaient pas dispensés du ministère pastoral; escorté d'un diacre bien au fait de la communauté chrétienne, l'évèque commençait la visite, « car c'est une grande chose, est-il dit, que la visite des malades jiar le chef des prêtres; ils se relèvent de leur mal quand l'évèque vient à eux, surtout s'il prie sur eux. » En quoi consistait cette prière? reproduisait-elle la formule jadis rappelée par l'apôtre Jacques? Ce qui est certain, c'est que le texte emprunte la locution de l'apôtre « prier sur le malade. » Nous n'en savons pas plus.

Dans VEuchologc de Sérapion de Thmuis, appartenant au premier quart du iv» siècle, on lit deux oraisons sur l'huile; une fait partie d'une série de prières appartenant à la liturgie du sacrifice de la messe, elle est ainsi conçue : <• Sur l'huile et l'eau présentées comme offrandes. Nous bénissons au nom de votre Fils unique Jésus-Christ ces créatures; que le nom de celui qui a soullert, a été crucifié et est ressuscité et est assis à la droite de Dieu inengendré [soit] sur cette eau et sur cette huile. Donnez une puissance curalive à ces créatures, afin que toute fièvre et tout démon et toute maladie disparaissent par ce breuvage et cette onction et afin que devienne un remède de guérison et un remède de complète santé l'usage de ces créatures au nom de votre Fils unique Jésus- Christ, par lequel à vous appartiennent la gloire et la puissance dans le Saint-Esprit pour tous les siècles des siècles. Amen ". • II n'est pas question

' I^ésumé commode et hibliogniphic sommnire par C. Ruch, dans Divtionnairede Ihéolofiic fn//io/i<)i;i-, l'.HIJ, t. v.col. Iil27l'.IH.'i. — ' l-'ullcr, The (inoinlinn n/ Ihr siii; in Scriplurc ami truitilion with somc consitlcratiotts on tlic nuntbcriny o/ tlie

ici de l'extrème-onction, mais simplement de fioles d'eau et de fioles d'huile présentées au célébrant, qui les bénit et les rend aux fidèles; ceux-ci les emportent chez eux pour s'asperger ou s'oindre les membres en vue de procurer la guérison du corps et la fuite du démon. C'est une pratique pieuse qui n'a rien de spécial à l'Égi^pte, puisque, en pays syrien, les Constitutions apostoliques, 1. VIII, c. xxix, nous font connaître un usage analogue. « Que l'évèque, est-il dit, bénisse l'huile ou l'eau, qu'il parle de cette manière : Seigneur Sabaoth, Dieu des vertus, créateur des eaux et dispensateur de l'huile, miséricordieux et ami des hommes, qui as donné l'eau pour breuvage et ablution, l'huile pour que nos visages s'égajent dans l'exultation de la joie, sanctifie en ce moment cette eau et cette huile par le Christ au nom de celui qui les a oITertes et accorde [à ces éléments] la force de produire la santé, de chasser la maladie, de faire fuir les démons, de repousser toute embûche par le Christ notre espérance. ■

La deuxième prière de VEuchologe se trouve plus loin, après la série des prières de la messe. La voici :

n Prières sur l'huile des malades ou le pain ou l'eau.

« Nous vous invoquons, vous qui avez toute autorité et puissance. Sauveur de tous les hommes. Père de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, et nous vous prions d'envoyer une force curative du haut des cieux du Fils unique sur cette huile, afin que de tous ceux qui sont oints ou qui participent à vos créatures ici présentes, elle éloigne toute maladie et toute infirmité, qu'elle leur serve d'antidote contre tout démon, qu'elle expulse d'eux tout esprit impur, en bannisse tout esprit mauvais, en chasse toute fièvre et froid et toute maladie, qu'elle leur accorde bonne grâce et rémission des péchés, qu'elle soit pour eu.K un remède de vie et de salut, leur apporte santé et intégrité de l'àme, du corps, de l'esprit, constitution parfaite. Seigneur, que toute force satanique, tout démon, toute embûche de l'adversaire, tout coup, tout supplice, toute douleur, toute souffrance ou choc ou secousse, ou ombre mauvaise craignent votre saint nom que nous invoquons en ce moment et le nom du Fils unique; qu'ils disparaissent du dedans, du dehors de vos serviteurs, afin que soit glorifié le nom de celui qui pour nous a été crucifié, est ressuscité, a pris nos maladies et nos infirmités, Jésus-Christ, qui viendra juger les vivants et les morts. Car par lui, à vous la gloire et la puissance dans le Saint-Esprit et maintenant et dans tous les siècles *. »

Il n'est plus ici question d'huile ;\ bénir pendant la célébration du sacrifice et offerte par les assistants qui la remporteront chez eux. Cette série de prières, dont fait partie celle qu'on vient de lire, est un recueil concernant le baptême : consécration des eaux, abrenuntiatio des néophytes, entrée dans la piscine et sortie, onction baptismale et chrismalion; ensuite oraisons pour l'imposition des mains sur les diacres, les prêtres, les évêques: prière sur l'huile des malades; prière pour les défunts. Ainsi, cette prière fait partie d'un rituel destiné à la collation de sacrements et à la célébration de rites publics et olliciels; à la suite des formules de bénédiction à réciter sur l'huile et sur le chrême des baptêmes, une formule ;i réciter sur l'huile des malades ; c'est bien un rituel liturgique. Le titre de l'oraison est formel et le texte ne l'est pas moins. Il s'agit des malades et de l'huile qui, leur étant destinée, est l'objet d'une bénédic-

sacremenls. In-S», London. 1901 , p. 1.18-1118. — ' Wobhcrmln. Altchristliche litiirgisclie Sliickc mis dcr Kirclie .liguplens... des Bisclmls Sérapion imn Tlimuis, p. 7-8. — ' tbid., p. 13-

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tion particulière, alin qu'elle possède une vertu eurative <l devienne véhicule de la rémission des péchés. i:t tout ceci se trouve dans le rituel liturgique ofTiciel d'un évêque. L'attestation est si importante qu'on ne peut l'éluder qu'en imaginant le petit jeu des interpolations, qui témoigne chez celui qui s'y adonne plus d'ingéniosité que de bonne foi '. Au reste, l'idée d'interpoler une formule hors d'usage depuis des siècles est une de ces trouvailles auxquelles on est dispensé de leur faire l'honneur d'une discussion.

L'Euchologe de Sérapion nous met ainsi en présence d'une formule aussi exphcite et aussi complète qu'on la peut souhaiter. L'huile sainte doit remédier aux infirmités du corps et guérir les défaillances de l'âme. Tout ce qu'on pourra argumenter contre un texte si clair n'y changera rien, n'obscurcira rien. Ce texte n'offrant décidément que peu de prise aux échappatoires, il a fallu se rat)attre sur le titre, ce qui n'était pas impossible à condition de le retoucher. Mais ce titre porte : « Prière sur l'huile des malades ou l'eau ou le pain », et pas autre chose. L'oraison est donc faite pour l'huile des malades. Le contexte ne parle que d'huile, d'onction et ceci ne s'applique pas au pain pas plus qu'à l'eau; la prière tut rédigée pour la bénédiction de l'huile. On a pu l'appliquer à l'eau et au pain destinés à divers usages reUgieux, sauf à modifier la formule ou à l'abréger; ce n'était là qu'une adaptation — officielle ou non? — on peut épiloguer sur la destination du pain et de l'eau bénits de la sorte, on ne le peut pas sur celle de l'huile formellement nommée et bénéficiant intégralement des fruits de la bénédiction; cette huile est celle du sacrement de l'extrèmeonction.

La Didiiscalie de Vérone et la version éthiopienne de la Didascalie c/csopô^res contiennent une formule de bénédiction qui doit être prononcée sur l'huile offerte. Celle-ci sert à la fois d'onguent et d'assaisonnement, ce qui ne met guère sur la voie de l'huile sacramentelle. Voici le texte : « Sanctifiant cette huile, ô Dieu, accordez à tous ceux qui en usent et la reçoivent cette onction dont vous avez ointles prêtreset lesprophètes: ainsi donnez la force à ceux qui la boivent et la santé à ceux qui en usent. » Il s'agit donc ici du pichet d'huile que les fidèles faisaient bénir pour leurs besoins privés et qu'ils emportaient chez eux pour en user à leur guise, s'en frotter ou accommoder leur repas.

Le Testament du Seigneur, I. I, n. xxiv, contient cette formule : « Si le prêtre consacre l'huile pour la guérison de ceux qui souftrent, que, posant devant l'autel le vase, il dise à voix basse : Seigneur Dieu qui nous avez accordé l'Esprit, le Paraclet, le Seigneur. le nom sauveur, inébranlable, caché aux fous et révélé aux sages, Christ qui nous avez sanctifiés et qui, par votre miséricorde, rendez sages vos serviteurs que vous avez choisis par votre sagesse, vous qui avez envoyé à nous, pécheurs, la connaissance de votre Esprit par votre sainteté, nous accordant la puissance de votre Esprit; vous qui guérissez toute maladie et souffrance, donnez le don de guérison à ceux qui, par vous, ont été faits dignes de cette faveur, envoyez sur cette huile, image de votre abondance, l'aide de votre bienfaisante commisération, afin (ju'elle délivre ceux qui souffrent, guérisse ceux qui sont malades et sanctifient ceux qui s'en retournent, s'étant approchés de votre foi, car vous

êtes puissant et digne de gloire, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. « Cette fois encore le texte est si clair qu'on ne peut rien y ajouter. Il s'agit d'huile bénite pour la guérison de ceux qui souljrenl, auxquels elle apportera délivrance, guérison et sanctification pour ceux qui s'en retournent vers Dieu, ayant terminé leur pClerinage en ce monde.

Au début du v siècle, en 416, la célèbre lettre du pape Innocent I" a Deccntius de Gubbio contient cet important passage : Stine quoniam de hoc, sicuti de cœleris, consulere volait dilectio tua, adjecil etiam filius meus Cselestinus diaconus in epislola sua, esse n tua dilectione positum illud quod in beati apostoli Jacobi epistola conscriptum est : Si infirmus aliquis in vobis est, vocet presbyleros et orent super eum, unqentes eum oleo in nomine Domini : et oratio fidei salvabit laborantem et suscitabit illum Dominas et si peccalum fecit, remittet ei. Quod non est dubium de fidelibus œgrotantibus accipi vel intelligi debere qui sancto olen chrismatis perungi passant, quod ab episcopo confectum non solam sacerdotibus sed et omnibus uti clxristianis licet, in sua aut in suorum necessilate ungendum. Cuierum illud superftuum esse videmus adjectum ut de episcopo ambigalur quod presbyteris licere non dubium est. Nam idcirco presbyteris dictum est quia cpiscopi occupationibus aliis impediti ad omnes languidos iré non possunl. Cœterum si episcopus ont potest aut dignum ducit aliquem a se visitandum et benedicere et tangere chrismate, sine cunctatione potest, cujus est chrisma conficere. Kam pœnitentibus istud in/undi non potest quia genus est sacramenti. \ani quibus reliqua sacramenta negantur, quomodo unum genus pulatur passe concedi '' ? Le rite décrit ne peut faire l'objet d'un doute. L' évêque confectionne la matière de l'onction qui se fait sur les malades, pourvu qu'ils soient chrétiens, et sur les pénitents reconciliés ou dont fctat est désespéré. Le rite est appliqué si fréquemment que l'évêque seul n'y pourrait suffire. Ladite onction sauve, relève, remet les péchés; c'est une opération spirituelle dont on ne préjuge pas les effets physiques. L'évêque ne pouvant administrer cette onction à tous ceux qui la réclament, les prêtres sont là pour le suppléer, et le texte de saint Jacques le prévoit. A défaut d'évêques et de prêtres les fidèles ont-ils licence de se faire l'onction à eux-mêmes? Le texte du pape Innocent I" le dit sans ambages : sancto oleo chrismatis... quod... non solum sacerdotibus sed et omnibus uti christianis licet, in suo aut in suorum necessitate ungendum. « 11 est permis aux chrétiens d'user de l'huile pour faire l'onction, eux-mêmes, dans leur maladie ou dans celle de leur famille. •

Tel est donc l'usage approuvé ou toléré à cette époque par l'Église de Rome, et la consultation d'Innocent est insérée dans la Collection canonique de Uenys le Petit, qui fait loi en Occident, principalement en Gaule, dès le début du vi= siècle ^ On la trouve également dans la Collection de QuesnelS composée au v= ou vi" siècle et en usage en Gaule, et dans le recueil de l'Af ricai n Cresconius, du vii« siècle K

Pour la première fois, le terme " extrême-onction • apparaît dans les Statuts attribués à saint Sonnatius de Reims (600-631) : « Que l'extrcme-onction soit portée à celui qui est malade et qui la demande et que son pasteur aille le voir souvent à domicile et lui fasse de pieuses visites, l'excitant vers la gloire future et le préparant convenablement '. »

Le Liber ordinum de la liturgie mozarabe contient

' PuIIer, op. fil., p. 95. — • - Innocent I"^', Epi.st. ad Dccentium Eugiihinum. dans P. L., t. xx, col. 559-5G1. — » Collectw decretontm ponti fic-um rnmanorum, P. L., t. Lxvn, col. 240- 241. — * Codex canonum eccîesiasticonim et constituloruni

sanctic Scdis aposlolicœ. P. /.., 1. LVI. col. 517-51S. — 'Crisconii cpiscopi Africani lirevianim canonicum. P. L., t. Lxxxvni. col. 913. — ' Staiuiu, n. 15, P. X... t. Lxxx, col. 4-15; texte dont l'aulhenticilé est douteuse.

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