II. DliCHUlEMENTS U.\NS LES FAMILLES. • — LCS éCrltS
des Pcrcs ne sont pas destinés à raconter à la postérité les mœurs des chrétiens: incidemment on y peut relever un trait, une allusion, mais il ne faut i)as y chercher les cléments d'un tableau de la famille chrétienne. La famille chrétienne existait dés lors, sans aucun doute.
' Annales, l. 111,28. — ' Satires. IX. vs. 82. — • Kphcs., V, 3'2. Cf. P. Lacombe, La lamille dans la société romaine. Étude de moralité comparée, in-8^, l'jiris. ISSl); Ile Roquemont, Discour!:, (la (umillc dans le druit romain et diiiis
mais au sein d'une société païenne, encore pénétrée des usages d'une civilisation que le christianisme amenderait ou éliminerait. Nous avons eu déjà l'occasion de parler des cn.pto-chrétiens. On s'attendrait à rencontrer la trace de fidèles ou de familles dès les origines, et il n'en est rien. Tandis que les païens sont prodigues en généalogies, en indications, les chrétiens observent un silence à la fois inspiré par la prudence et par la mystique. Il ne fait pas bon en ces temps-là de se proclamer affilié à une religion qui, périodiquement, attire la foudre sous forme de martyre et de confiscation. Or, si on sait braver le martyre, qui porte avec lui sa récompense individuelle, on hésite parfois devant la confiscation, qui signifie la ruine^la déchéance et la dispersion de la famille ainsi frappée. A Rome et dans les provinces, les textes épigraphiques sont très rares et volontairement énigmatiques. Le fidèle, désireux de rappeler la nudité ^•olontaire où il se place au sein des joies légitimes de la vie, omet toute mention familiale, il ne nous apprend pas qu'il est fils de tel ou tel, père de tels ou tels, qu'il a été marié et père,et heureux et riche. L'épitaphe n'est plus un état civil et un éloge, mais un simple signe de reconnaissance, une plaque d'identité qui doit provoquer la prière des survivants pour l'àme du défunt. On peut le regretter au point de vue de l'histoire des premières générations chrétiennes. A Rome, en Phrygie, on rencontre quelques épitaphes qui, exceptionnellement, mentionnent des fils, des frères, des soeurs, des épouses, mais toutes ces indications ne mènent pas bien loin: au point de vue de l'organisation de la famille, elles ne nous apprennent rien. Ce n'est également que par des indices que nous pouvons entrevoir la situation de ceux qui, au sein d'une famille païenne, appartenaient à la foi nouvelle et il est plus facile de suj)poser que de décrire les contradictions qu'ils rencontraient, ou même les entraves positives à l'observation des règles morales et rituelles. Sans doute les écrits pseudo-clémentins, les traités de Tertullien recommandent aux fidèles de s'isoler des gentils, des alieni, comme on disait, oL ëÇoiOcv, comme s'exprime Eusèbe *; de s'abstenir de leurs fêtes, de leurs banquets, de leurs réunions, de leurs marchés, autant que le permettaient les exigences de la vie quotidienne; il était recommandé de vivre entre soi, de prendre ses repas ensemble, de converser, de travailler en commun. Règles théoriques, susceptibles d'inspirer de nobles conseils et d'ingénieux développements, mais d'une réalisation à peu près illusoire. Dans un élan de sincérité, Tertullien en conviendra : Nous ne nous séparons pas du monde, dit-il, marins, soldats, laboureurs, négociants,achetcurs, gens d'art ou de métiers, nous vivons comme vous et de notre commerce; l'excès, l'abus, voilà seulement ce que nous fuyons '. »
Comment distinguer la famille chrétienne ainsi plongée dans une société où tout lui conseille de ne pas trop attirer l'attention sur elle? Ce n'est que dans l'intérieur de la vie que nous pourrions y parvenir si les chrétiens avaient pris soin d'écrire leur < livre de raison. » Mais ils ne l'ont pas fait. Des correspondances intimes y suppléeraient peut-être; elles n'existent pas ou bien elles ont péri. Ce que nous apercevons, ce sont les concessions que les chrétiens se sentent obligés de faire pour ne pas se mettre au banc de la société et renoncer à leurs moyens d'existence. Un contact journalier contraignait à entendre, à subir des usage^ c|ue condamnait la croyance. S'agissait-il d'un contrat, d'un emprunt qui entraîne un engagement écrit, le chrétien jurait ou donnait un assentiment écrit; s'u-
Ic droit Kernianique> dans Mémoires de la Société des antiquaires de l*ieardie, 1850, t. xiv, p. ti59 sq. — ' Kusèbo, Hisl.eceles..\. VIII. c. \u. P. L.. t. xx. col. 75G. — 'Tertullien. Apoloyeticus, c. xui, i'. L.. t. i, col. 190.
FAMILLE
gissait-il d'une fête publique imposant des réjouissances extérieures, le clirétien décorait sa maison, assistait aux jeux et faisait acte de jirésence dans les solennités où l'iiommage politique se mélangeait de formes idolàtriques et religieuses. Des artisans, des ouvriers, sous peine de renoncer à leur gagne-pain, travaillent à faire, à décorer des images de faux dieux, des temples d'idoles. Des professeurs de belles-lettres, d'humbles maîtres d'école doivent, ,sous peine de renoncer à leur clientèle, enseigner les généalogies, les attributs des dieux, leurs fables. Il est nécessaire de se rappeler ces circonstances, afin de comprendre les difTicultcs qui assaillaient de toutes parts la famille chrétienne. Et ce n'était pas seulement hors de la maison que surgissaient les difficultés. Elles se montraient au foyer domestique. Le père, écrivait saint Jean Chrysostome, en rappelant les misères d'autrefois, le père repoussait son enfant converti; les frères devenaient ennemis: ce n'était pas la guerre civile, mais le -combat de parents contre parents '. Tertullien, vivant en pleine période de persécutions, nous montre ces divisions avec plus de vigueur : Je connais, ditil, un mari si dévoré de jalousie que le moindre bruit dans sa chambre le jetait en des soupçons. Tout changea, car la femme, trop libre et trop légère, cessa de quitter son foyer ; elle s'était convertie ; mais l'homme lui ollrit alors de tout supporter d'elle et de fermer les yeux sur sa conduite, si elle voulait renoncer au Christ : la chrétienne lui semblant plus odieuse que la débauchée. Un père déshérita son fils qui, lui aussi ■devenu chrétien, avait dès ce moment cessé de le mécontenter par ses désordres. Un maître punit son esclave précieux pour lui par ses services, mais coupable d'avoir abandonné « le vieux culte '. » Saint Justin parle d'une matrone convertie essayant d'arracher son mari à une vie de débauches, et courant le risque d'être dénoncée par lui ^. Ces déchirements dans les familles ne s'arrêtent pas devant la mort. Sainte Perpétue aura à subir les assauts et les sévices de son père qui s'empare de l'enfant, et seul de ma famille, dit-elle, il ne se réiouissait pas de mon martyre '. Un martyr, Éniilien, est rencontré par son frère, qui, loin de s'attendrir,lui demande grossièrement comment il s'accommodait de la prison'. On trouve des combats analogues soutenus contre une famille païenne par Irénée, cvêque de Sirmium et par Philéas d'Alexandrie '.
III. Enseignement de la Didascalie. — Ce qu'on chercherait inutilement dans les écrits des Pères, on le rencontre dans la Didascalie (voir ce mot). Avec ce document nous entrons dans l'enseignement officiel du III' siècle dans l'Église et il est aisé d'entrevoir quelque cliose de ce qu'est alors la famille chrétienne. Le chapitre n" ordonne à tout homme de ne iilaire qu'A sa femme et de n'aimer qu'elle.
" Supportez-vous l'un et l'autre, ô serviteurs et fils de Dieu : que l'hommeneméprisepasetn'humilie passa femme, qu'il ne s'élève pas contre elle, mais qu'il soit bienveillant et que sa main soit étendue pour donner, qu'il ne plaise qu'à sa femme, et qu'il lui procure un repos honorable et ne cherche à plaire qu'à elle et pas à une autre.
• Si tu t'ornes pour qu'une femme étrangère te voie «t te désire et si, pressé par elle, tu pèches avec elle. Dieu te condamnera à la mort dans le feu qui dure éternellement, c'est-à-dire dans un feu dur et amer, et tu seras plein de connaissance et d'intelligence quand tu seras durement tourmenté. Si tu ne commets pas cette impureté, mais si tu l'éloignés de toi et si tu y renonces, tu as péché seulement en ceci que, par ton
^ S. Jean Chrysostome, Jlomitia de gloria in tribulationilnis,n. 1;P. G.,t.i,i, col. 155. — "Tertullien, -td nafiones, 1. I, c. IV, P. Z,., t. I, col. 563. — ' S. Justin, Aimhg.. II, 2,
élégance, tu as amené une femme à te désirer, tu as amené celle qui a ressenti (ce sentiment) à ton égard à commettre l'adultère par sa concupiscence, mais tu n'as pas commis un si grand péché, parce que ce n'est pas toi qui l'as désirée, et les miséricordes du Seigneur seront sur toi parce que tu. ne lui as pas livré ton âme, tu ne lui as pas obéi qu^nd elle a envoyé vers toi, et tu ne t'es pas tourné, pas même par la pensée, vers cette femme qui te désirait. C'est elle qui subitement t'a rencontré, a été frappée dans son esprit et a envoyé vers toi ; en homme craignant Dieu, tu l'as refusée, tu t'es éloigné d'elle et tu n'as pas péché avec elle.
« Mais si son cœur a été frappé parce que tu es jeune, beau et plaisant et si tu es orné et l'as ainsi amenée à te désirer, tu es coupable de son péché, parce qu'il a été causé par ta recherche; prie donc le Seigneur Dieu de ne pas t'inscrire de péché à l'occasion de celle-ci. Si tu veux plaire à Dieu et non aux hommes et si tu attends et espère la vie et le repos éternels, n'orne pas encore la beauté de ta nature, que Dieu t'a donnée, mais dans l'humilité du mépris, abaisse-la devant les hommes. Ainsi, ne laisse pas croître la chevelure de ta tête, mais coupe-la; ne la peigne pas, ne l'orne pas, ne l'oins pas, pour ne pas attirer sur toi ces femmes qui poursuivent ou sont poursuivies par le désir.
« Tu ne te vêtiras pas non plus de beaux habits, tu ne mettras pas à tes pieds des souliers (faits) avec art (pour exciter) de sots désirs, ni à tes doigts des anneaux fabriqués en or, parce que toutes ces choses sont des instruments de fornication, comme tout ce que tu fais en dehors de la nature (du naturel). Car à toi, homme fidèle de Dieu, il n'est pas permis de laisser croître ta chevelure, de la peigner, de l'égaliser, ce qui fait les délices du désir : tu ne l'arrangeras pas, tu ne l'orneras pas, tu ne la disposeras pas pour qu'elle soit belle, tu ne détruiras (couperas) pas les poils de ta barbe, tu ne changeras pas l'expression naturelle de ton visage et ne la modifieras pas autrement que Dieu ne l'a créée; parce que, si tu veux plaire aux hommes et si tu fais tout cela, tu te prives toi-même de la vie et tu es maudit devant le Seigneur Dieu.
. Ainsi comme un homme qui veut plaire à Dieu, prends soin de ne pas faire de telles choses, éloigne-toi de tout ce que hait le Seigneur, ne va pas errer et circuler oisivement sur les places publiques, pour regarder le vain spectacle de ceux qui se conduisent mal, mais sois assidu et attentif à ton métier et à ton travail, cherche à faire ce qui plaît à Dieu et médite constamment les paroles du Seigneur; si tu es riche et n'as pas besoin d'un métier pour vivre, ne va pas errer et circuler oisivement, mais sois toujours en relations fréquentes avec les fidèles tes coreligionnaires, médite et apprends avec eux les paroles de vie, sinon demeure dans ta maison, lis la Loi, le livre des Rois, les Prophètes et l'Évangile, qui est la plénitude de ceux-là. (Il conseille de s'éloigner des livres des païens « qui détournent les jeunes gens de la foi, » de prendre garde au Deutéronome).
« Après cela, lève-toi et va sur la place publique, lave-toi dans un bain d'hommes, et non dans un bain de femmes, de crainte qu'après t'être déshabillé, et avoir montré la nudité honteuse de ton corps, tu ne sois captivé, ou tu n'en fasses pécher quelqu'une qui sera captivée par toi. Garde-toi donc de tout cela et tu vivras pour Dieu. Écoute donc ce que la parole sainte a dit dans la Sagesse : Mon fils, garde mes paroles et cache mes commandements chez toi: mon fils, honore le Seigneur et aie courage, ne crains personne autre en dehors de lui, garde mes commandements et vis bien, et (garde mes lois comme la prunelle de ton oeil, attache-les à
P. G., t. M, col. U'i. — ' H. Leclercq, Les mariyrs, t. i, p. 126. — 'II. Leclercq, op. cit., t. n, p. 128. ^* Ibid., t. il, p. 220, 2'.)5.
FAMILLE
tes doigts et écris-les sur les pierres de ton cœur. Dis i\ la sagesse : Tu es ma sœur, et assure-toi de la prudence pour qu'elle te garde de la femme étrangère et adultère dont les paroles sont caressantes. De la fenêtre de sa maison et de sa terrasse, elle regarde dans les rues, et quand elle voit un jeune homme — de ceux qui sont encore enfants et qui manquent d'intelligence — passer dans la rue h côté des angles des sentiers de sa maison, en parlant dans les ténèbres, le soir et dans l'obscure tranquillité de la nuit, alors la femme sort et va au-devant de lui sous un habit de prostituée qui fait envoler les cœurs des jeunes gens. Elle est impudente, arrogante, luxurieuse, ses pieds ne restent pas en repos dans sa maison, mais tantôt elle erre au dehors et tantôt elle se met en embuscade sur les places publiques et dans les carrefours. Elle le prend et l'embrasse, abandonne toute pudeur et lui dit : J'ai des victimes pacifiques, aujourd'hui je rends mes vœux, c'est pourquoi je suis sortie au-devant de toi, j'attendais pour te voir et je t'ai trouvé. J'ai garni mon lit de coussins et l'ai couvert de tapis d'Egypte, j'ai aspergé mon lit de safran et ma maison de cannelle; viens, réjouissonsnous dans l'amour jusqu'au matin et embrassons-nous l'un l'autre dans la passion, car mon mari n'est pas à la maison, il est parti pour un long voyage; il a pris avec lui le sac où est l'argent, c'est après de longs jours qu'il doit revenir à sa maison, .\insi elle le séduit par le flux de ses paroles, elle l'attire par les flatteries de ses lèvres. Il la suit comme un nourrisson et comme un bœuf qui va à l'abattoir, comme un chien à la chaîne, comme un cerf blessé d'un trait et ellrayé, comme un oiseau vers le filet, et il ne sait pas cju'il va à la mort de son âme. Écoute-moi donc, mon fils, et prête attention aux paroles, de ma bouche. Que ton cœur n'incline pas vers son chemin (de cette femme) et n'approche pas de la porte de sa maison ; ne t'égare pas dans ses sentiers, car elle a couché beaucoup de morts, ses meurtres sont innombrables, les chemins de sa maison sont les chemins du schéol qui conduisent dans les lits de ^mort. Mon fils sois attentif à ma sagesse et incline ton esprit à ma sentence, afin que ma pensée te garde, ainsi que la science de mes lèvres que je te commande (t'enseigne) ; parce que les lèvres de la femme prostituée distillent le miel et ses caresses flattent ton palais. Mais les conséquences sont plus amèrcs que l'absinthe, et plus aiguës qu'un glaive à deux tranchants. Pour ne pas nous étendre et ne pas allonger l'admonition de notre enseignement, si nous avons omis quelque chose, vous, comme des sages, choisissez tout ce qui est bien dans les saints Livres et dans l'Évangile de Dieu, pour vous fortifier et pour repousser tout mal et le rejeter loin de vous, afin de vous trouver sans faute dans la vie éternelle auprès de Dieu. »
Chap. m. — « Que la femme soit soumise à son mari, parce que le mari est la tète de la femme et le Messie est la tête de l'homme qui marche dans la voie de la juslice, à la suite du Seigneur tout-puissant, notre Dieu et le père des mondes, du monde actuel et du monde futur, du Seigneur de tout soufTle et de toutes puissances, et de son esprit vivant et saint, auxquels gloire et honneur dans les siècles des siècles. Amen.
« O femme, crains ton mari, respcctc-le, ne cherche à plaire qu'à lui, sois prête à le servir, que tes mains soient dans la maison et ton esprit au fuseau, comme il est dit dans la Sagesse . Qui trouvera une femme forte? elle est plus précieuse que les belles pierres dont le prix est grand; le cœur de son mari a confiance en elle; il ne manque pas de nourriture; elle est en tout l'aide de son mari et elle ne lui cause aucun tort durant le cours de sa vie; elle a fait de la laine et une tunique, de belles choses avec ses mains; elle fut une bonne procuratrice, comme un navire marchand, et elle réunit toute richesse de loin; elle se leva de nuil et donna de
la nourriture à ceux de sa maison et du travail aux servantes; elle regarda un (champ) cultivé,et l'acheta: elle planta des possessions avec les fruits de ses mains, elle ceignit ses reins avec force et elle affermit ses bras, elle trouva qu'il est bon de travailler, et sa lampe ne s'éteignitpas dans la nuit; elleetenditsesbrasauxchosesutiles et ses mains au fuseau; elle étendit les mains aux pauvres et de ses mains donna des habits; et le maître de la maison n'est pas en souci, car tous ses serviteurs sont revêtus de doubles habits; elle fit à son mari des habits de lin très fin et de pourpre; son mari est remarqué aux portes (de la ville) quand il siège dans l'assemblée des vieillards; elle fit des tuniques dans sa maison et vendit des ceintures aux Chananéens; la force et la gloire forment son vêtement et elle se réjouira au dernier jour; elle ouvrit la bouche avec sagesse et prudence et sa langue parla avec or<lre; les chemins de sa demeure sont étroits et elle ne mangea pas son pain dans la paresse; elle ou\Tit la bouche avec sagesse et ordre et la loi des miséricordes est sur sa langue ; ses fils se levèrent, s'enrichirent et la prônèrent, et elle sera fière d'eux dans ses derniers jours; le grand nombre de ses filles i^ossèdent la richesse, elle fit beaucoup de merveilles et fut élevée au-dessus de toutes les femmes; car la femme qui craint Dieu sera bénie et la crainte du Seigneur la louera. Donnez.-lui de SCS fruits qui can\'iennent à ses lèyres, qu'elle soit louée aux portes (des villes) et son mari sera loué en tout lieu ; et encore : La femme forte est la couronne de son mari. Vous avez appris (ainsi) quelles louanges reçoit du Seigneur Dieu la femme pure qui aime son mari, qui a été trouvée fidèle et qui cherche à plaire à Dieu.
■' Toi donc, ô femme, ne t'orne pas pour plaire aux autres hommes; ne te tresse pas de chevelures de courtisane et ne revêts pas un vêtement de prostituée, ne mets pas des souliers afin de ressembler à celles qui sont ainsi, pour attirer à toi ceux qui sont pris par ces choses. Quand bien même tu ne pécherais pas dans cette œuvre d'impureté, tu pécherais du moins en ce que tu aurais amené de force celui-là à te désirer, et si tu as péché, tu as perdu, toi aussi, la vie de Dieu, et lu seras chargée de l'àme de celui-là. Puis, quand tu auras péché contre un, tu glisseras de toi-même et tu irai aussi contre les autres, comme il est dit dans la Sagesse : Lorsque l'impie est arrivé au fond des maux, il mé- ))rise et glisse, l'opprobre et la honte viennent sur lui. La femme qui est ainsi, qui est complètement blessée et possédée par la passion, captive les âmes de ceux ([ui manquent d'intelligence, l'uis, ne t'arrête pas, ne lève pas les yeux, ne laregai"de pas. El encore, il vaut mieux habiter sur lacorne du toit que dans la maison avec une fetnniebavardeel querelleuse. Toi donc, qui es chrélieiuie, ne ressemble pas à de telles femmes, mais si lu veux être fidèle, ne plais qu'à ton mari et quand lu marches sur la place publique, couvre-toi la tête avec ton habit, afin que le voile cache ta grande beauté. N'orne pas la face de tes yeux .mais baisse les yeux et marche voilée.
« Prends garde de ne pas te laver dans un bain avec les hommes. Quand il y a dans la ville ou dans le bourg des bains pour les femmes, ne va pas, ô femme fidèle, le laver avec les hommes. (;ar si tu caches Ion visage aux honunes étrangers avec un voile de pureté, comment donc pourras-tu entrer aux bains avec les hoinnus étrangers? Mais s'il n'y a pas de bain de femmes cl si tu as besoin de te laver dans le bain conuuun aux hommes et aux femmes — cl c'est en dehors de ce qui convient à la pureté (c'est contre la pureté) — lave-loi du moins avec honte, avec modestie et avec mesure, pas tout le temps ni tous les jours, ni dans le milieu du jour, mais sache le temps o<\ lu le laveras; (ce sera) a dix heures, car il est nécessaire i|ue toi, femme chrétienne, tu fuies de toute n\anière le vain spectacle des yeux <|ui est dans les bains.
FAMILLE
• Supprime et empêche la dispute envers tout le monde et surtout envers ton mari, comme (doit le faire toute) femme chrétienne, de crainte que ton mari, s'il est païen, ne soit scandalisé à cause de toi et ne blasphème Dieu, et que tu ne reçoives une malédiction de Dieu. Malheur à vous, à cause de qui le nom de Dieu est blaspliémé parmi les peuples. Si ton mari est fidèle, il est nécessaire, connaissant l'Écriture, qu'il te dise une parole de la Sagesse : Mieux vaut habiter sur la corne d'un toit que demeurer dans la maison avec une femme bavarde et querelleuse. Il est donc nécessaire que les femmes montrent la crainte de Dieu (la religion), par leur voile de pureté et leur humilité, pour la conversion et l'accroissement de la foi de ceux qui sont du dehors, des hommes et des femmes. Et si nous vous avons un peu réprimandées et instruites, ô nos sœurs, nos filles et nos membres, vous (de votre côté), comme des personnes sages, recherchez et choisissez-vous ce qui est beau, précieux et sans opprobre dans l'habitation de ce monde. Apprenez et sachez ce par quoi vous pourrez arriver au royaume de Notre-Seigneur et vous reposer, après lui avoir plu par les bonnes actions. »
A l'égard des enfants orphelins, le chap. xvn recommande aux fidèles de s'en charger. Si c'est un garçon, on lui apprendra un état; si c'est une fille, on la mariera lorsque son temps sera venu. Le chap. xxn recommande d'apprendre un métier aux enfants, de les instruire, de les fouetter- « Qu'ils n'aillent pas se réunir et se distraire avec ceux de leur âge, car c'est ainsi qu'ils apprennent la vanité, qu'ils sont saisis par la volupté et tombent... Aussi, soyez attentifs à leur choisir des femmes en leur temps et à les marier, de crainte que dans leur jeunesse, par la force de leur âge, ils ne commettent des fornications comme les païens et que vous ne deviez en rendre raison au Seigneur Dieu au jour du jugement .»
IV. Famille romaine et famille franque. — La famille germanique repose sur l'idée de protection, la famille romaine sur le principe de l'autorité. Le chef de la famille germanique exerçait le mundium sur toutes les personnes goupées autour de lui, femmes, descendants, hôtes, serviteurs; ce mundium était surtout une puissance de garantie et recevait une acception très large tandis que le sens de la palria polestas était le plus restreint qu'il se pouvait. Le mundium implique à doses égales autorité et protection et renferme tout ce qu'on met dans la manus, dans le mancipium et dans la dominica polestas; d'ailleurs mundium signifie manuseta, étymologiquement, la même racine '.
La famille romaine ne tenait compte que de l'agnation ou parenté par les mâles; la famille germanique n'établit aucune distinction entre agnats et cognats, parents par les femmes. La famille romaine apparaît comme une création arbitraire du législateur, la famille germanique est, au contraire, conforme au droit naturel. La famille germanique olTrait moins de cohésion,mais elle laissait à l'individu l'indépendance compatible avec l'âge et l'état social.
Tacite a fait un tableau très séduisant de la famille germanique. C'est quelque chose d'à peu près aussi historique que les Thérapeutes de Philon, appelons cela une fantaisie pour ne pas écrire le gros mot de mensonge. 11 s'agissait de faire honte aux Romains de leurs mœurs et Tacite décrivait la vertu familiale en Ger-
* Bluhme, Die Mundschaft nach LangobardenreclU, dans y.eitschrilt fur Rechtsgeschichte. 1873, t. xi, p. 377. — » A. Vétault, Charlemagne, p. 362, ne sait trop comment expliquer cet accroc à la morale. Nous avons signalé dans l'article consacré à Charlemagne son incontinence, ce qui nous a attiré des gronderies, car ceux qui fêtèrent, en leur jeunesse, la Salnt-Charlcmagne ne se résignent pas à ce qui pourrait contrarier leur vénération. — ' Capitulaire de 5y(i, cap. m, édit. Boretius, p. 15. — ' Boretius, Capitiilaria, p. .'56 : capitulairede753,cap. xv. — 'Baluze,Capi(ui(U-ia,t.i,col. ll'JO.
DICT. D'aRCH. CHRÉT.
manie comme La Fontaine l'amitié au Monomotapa. Quand les Germains, sous le nom de Francs.pénétrèrcnt en Gaule et donnèrent aux Gallo-Romains dégénérés l'exemple de ces vertus tant célébrées, on s'aperçut que les Gallo-Romains si corrompus pouvaient s'ériger en professeurs de morale de leurs envahisseurs. Les Francs s'occupèrent bien plus d'ajouter à leurs vices qu'à les corriger. Nous verrons les princes mérovingiens entretenir chacun un petit harem d'épouses légitimes et de concubines. Charlemagne lui-même, cet homme si pieux, fait alterner les épouses avec les maîtresses et inversement '.
C'est qu'il a fallu longtemps pour corriger et transfonner la notion que les Francs se faisaient de l'acte qui institue la famille. Les formes du mariage sont longtemps restées purement germaniques, avec d'autant plus de facilité que, d'après le droit canonique, le mariage se forme par le seul échange du consentement; ce qui explique comment, chez les Francs, le mariage reste pendant un temps encore longexclusivement régi par les lois d'État et étranger à la religion. Le clergé gagne du terrain, mais lentement, et se borne pour l'heure à empêcher les unions outrageusement contraires à la loi divine. C'est ainsi que le capitulaire de Childebert II, en 596, établit divers empêchements de mariage et charge les évêques de veiller à la dissolution des unions contractées en violation de cette loi '. .\insi on espère épurer la famille, mais on n'y arrivera pas avant le début du ix' siècle. Alors s'établit la confusion intentionnelle entre le contrat et le sacrement. Les conciles, les Pères, les papes de Rome n'avaient cessé de proclamer en toute circonstance que le sacrement de mariage consiste dans l'échange du consentemeht mutuel, auquel la bénédiction nuptiale n'apportait (|u'une consécration nécessaire mais non essentielle.
Sous les Mérovingiens, le mariage resta longtemps un acte de la vie civile. Sous les Carolingiens le contrat civil disparaît, éclipsé par le sacrement. Charlemagne s'occupa à plusieurs reprises des formes du mariage. La formation de l'union conjugale par simple consentement avait prêté à des abus, on avait confondu le mariage et le concubinage: la preuve du mariage, en l'absence de toute solennité, était souvent devenue impossible. En 755, un capitulaire de Pépin le Bref prescrit ut omncs homines laïci publicas nuptias facianl, lam nobiles quam inno biles K Charlemagne alla plus loin. Afin d'empêcher les mariages prohibés, il imposa aux futurs conjoints de se présenter d'abord au curé de leur domicile, qui interrogera la paroisse assemblée au prône sur les empêchements possibles. Mais les capitulairesne disent pas si, à défaut de la bénédiction nuptiale donnée dans ces conditions, le mariage sera réputé nul. Ceux qui ne s'y soumettront pas paieront une amende de cent sous ou, à défaut, recevront cent coups de fouet '. On se présentera aussi pour les seconds mariages. Mais tout cela ne dura guère. Dans une célèbre pièce, la consultation du pape Nicolas I" aux Ruigares, dans la deuxième moitié du ix» siècle, il déclare formellement que le seul consentement des époux suffit pour la validité du mariage et qu'on peut omettre de solliciter la bénédiction nuptiale sans se rendre coupable de péché. Adrien II, son successeur ', et plusieurs conciles, reitèrent ces enseignements '.
— ' Baluze, Miscelliuicorum libri V, t. i, p. 402. — ' Beauchet. Les formes de la célébration du mariage dans l'ancien droit français, dans Nouvelle revue liislorique de droil français et étranger, 1882, t. vi, p. 380; L. J. Kœniiiswarter, Études liistoriques sur le développement de la société humaine. L'achat des femmes. La vengeance et les compositions. Le serment, les ordalies et le duel judiciaire, in-8», Pari% 1850; Histoire de l'organisation de la famille en France, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, in-8°, Paris, 1S.")1.
FAMILLE
V. Introduction dans la FA>nLLE par le mariage. — La notion de la vie de famille chez les Francs a subi diverses \'icissitudes et s'est épurce.mais lentement. Le mariage, qui est à l'origine de toute famille, souffrait des circonstances très fâcheuses. On peut, à la rigueur, admettre comme tolorable pour l'époque le mariage par capture. Un prince, un chef, à la suite d'une guerre heureuse, faisait choix d'une captive et lui donnait le titre royal; ceci s'était ^'u chez les Vandales et pouvait bien se voir chez les Francs où Clotaire épousait Radegonde, ramenée d'une expédition en Thuringc'. C'était quelque chose comme un droit de prise consenti au vainqueur. Mais il y avait d'autres méthodes l)lus répréhensiblcs de fonder la famille. Le mariage par lapt était fréquent et les conciles, les capitulaires, la loi salique légifèrent à ce sujet. Tout s'arrangeait avec une somme d'argent : Qui fcminam abalio dcsponsatam rapueril. lit-on dans la loi saxonne (n. 49) : 300 soUdos patri puellœ, 300 sponso componal, et insuper, 300 solidis emat eam. Cette même loi permet au lite du roi d'acheter une femme là où il voudra (n. 65) : lito rcgis liceat uxorem emcre, ubicumque i'o(iieri7,etsiune veuve se marie, c'est son tuteur qui touche le prix de vente (n. 43)- Qui viduam ducere velii, ojlcral iulori pretium emplionis. Il s'agit bien d'un véritable achat qui emporte transmission des droits sur l'objet acheté. Dans la loi burgonde une femme qui a couché avec un homme, de son plein gré,n'en doit pas moins être payée (n. 61) : Quœcumque mulier natione barbara ad viri coîtum sponlanea voluniate jorle convenerit, nuptiale pretium in simplum tantum ejus parentibus dissolvatur et dans la loi des Alamans, il ne sert de rien d'anticiper sur la vente et de consommer le mariage, le père reprendra sa fille et exigera une composition de quarante solidi, même s'il elle meurt, il faudra en payer le prix (n. 54,2) : Si autem ipsa femina sub illo viro morlua fuerit antequam ille mundium apud patrem adquiral, snlvat eam patri ejus quadraginlis solidis. Même disposition dans le droit lombard =, qui fixe un tarif uniforme au prix d'achat, ce qui offre une garantie à la fille contre la rapacité du père qui refusait des partis sortables dans l'espoir d'en trouver de plus avantageux. Les lois barbares fixèrent le prix de la femme à 62 solidi et demi chez les Saliens, 50 solidi chez les Ripuaires, 40 chez les Alamans. C'était un progrès. La loi salique marquera un progrès de plus quand elle transformera ce prix réel en achat sj-mbolique par l'abaissement du prix de la femme àun solidus plus un denier. La loi burgonde aura une autre attention (n. 86, 3) : elle permettra de consacrer une partie du prix d'achat de la femme à sa corbeille de noces : Itu ut de eo quod accepcrit, tertium solidum in ornamentis puella accipiat.
Il veut d'autres accommodements. L'achat tendit à se dissimuler mais sans être supprimé. On rpmplaça de gré à gré la somme fixe i)ar des présents et il est possible que le vendeur n'y perdît rien. Ces présents sont tout autre chose que des futilités, mais de bonnes et solides contributions en nature: des bœufs, un cheval, des annes. Sigebert acquiert le droit d'épouser Brunehaut par un envoi de présents : legutioncm in Hispaniam niiltit et cum mullis muneribus lirunicliildem, peint '. A l'éjioque mérovingienne on avait laissé tomber en désuétude l'achat pour le remplacer par les présents. Ceci n'en rendait les mariages que plus faciles; ainsi ils se multipliaient, aux dépens de la morale. Clotaire V' avait épousé Ingonde, qui le pria de faire quelque chose pour que sa sœur Arégonde, de très
' Grégoire de Tours, Ilisl. Francor., I. UI, c. vu. ' Simonnf^, 1^ mundium. In-S», Paris, 1898, p. 81 sq. ' Ilisl. Franc, 1. IV, c. xxvii. — ' Ilisl. Franc, 1. IV, c. m. — ■ ' Ilist. Franc. 1. IV, c. xxvi. — • I->*dé(inlrc, Clironicon, Lv. - ' Ibid.. \i.\iii.- 'Ilisl. Franc, \. Ill.r. vu.- •l'ortiimil.
humble origine, ne fût pas indigne du rang de sa sœur. Clotaire épousa Arégonde, ainsi Ingonde n'eut plus rien à désirer; elle semble même en avoir pris facilement son parti : « Ce qui paraît bon aux yeux de mon maître, dit-elle, qu'il le fasse; seulement que sa suivante vive toujours en sa bonne grâce *. » Ingoberge, femme de Caribert, s'était montrée de moins facile composition et, en conséquence, avait été répudiée et remplacée par une des deux maîtresses du roi, Méroflède, à laquelle il donna une rivale, Théodehilde '. Peut-être avait-on meilleur miirché de ces filles de peu de naissance que d'une Brunehaut. Ingonde et Arégonde, simples paysannes; Méroflède et INIarcowiève, filles d'un cardeur de laine ; Théodehilde, fille d'un berger : Frédégaire nous dit que Dagobert avait trois reines et beaucoup de concubines ° le riche Samo eut jusqu'à douze femmes '.
On comprend sans peine que les tempéraments plus affinés ressentissent une appréhension et même une répugnance marquée à subir l'admission dans ces familles. Radegonde n'éprouvait que dégoût pour Clotaire, qui attendait l'instant où la fillette aurait atteint l'âge nubile ; elle prit la fuite, mais dut se résigner à son sort *. Galswinthe,en apprenant qu'elle était destinée à Chilpéric, " saisie d'un mouvement de terreur, courut vers sa mère, jetant ses bras autour d'elle comme l'enfant qui cherche un refuge, et la tint embrassée pendant plus d'une heure sans pouvoir articuler une seule parole'. ■ La jeune fille ainsi livrée s'achemine vers le mari qu'on lui destine avec les plus sombres pr:?ssentiments. Quant à sainte Salaberge, non seulement elle n'a pas été consultée, mais parentes ejus . . contra puellœ volunlalem eam cuidam... in matrimonio tradiderunt i". On usait de pression ou de violence pour arracher à la femme son consentement, mais le défaut de celui-ci n'entraînait pas de nullité à son avantage. C'estsurcette base que s'élevait la famille mérovingienne, mais il est plus facile d'être instruit de ce qu'était la famille des souverains et des grands que de savoir à quoi s'en tenir sur la multitude. Peut-être ne serait-il pas moins abusif de conclure d'après ce que les écrits de Grégoire de Tours nous apprennent, que de supposer la bourgeoisie et le peuple de France au x\ii'' et au xvm» siècle pratiquant les exemples que leur donnaient Louis XIV et Louis XV.
VI. Rapt,\iolence, fuite, répudiation. — A l'origine de certaines familles se place un enlèvement par consentement ou par violence. Une formule explique (|ue dans le premier cas l'union était valable et produisait tous les efiets du mariage : Viventibus palribus inler filios familias sine voluniate eorum malrimonia non légitime copulanlur sed contracta non solvunlur ". - Du vivant des parents, lesenfants ne peuvent se marierlégitimement sans leur consentement : mais l'union une fois contractée, elle ne peut plus être dissoute. » Si l'enicvement était accompagné de violence, le mariage ne résultait pas même de la consommation du .stupre. Une décision de Childebert en 596 porte que : si ipsa mulier postea ruptori ronsenserit. ambo pariler in exiliu transmitlantur '-. Résignation d'une part et repentir d'autre partnc suffisaient pas,il fallait encore de hautes interventions pour purifier ce qui avait été souillé et rendre à un foyer la sécurité et la dignité qui lui eussent toujours fait défaut : Dileclissimc atqiie amantissime coniugi mce. lit-on dans une formule ". J.iccI ergo ego raptu scclcre nbsque voluniate parcntum tuorum le milii ronjugiiim visus suni sociassc, unde vilœ pcriculum incurrcre polui, lumen intcrccsscrunl pro me
Ciirm.. 1. VI. — " Mabillon, ^Irla sanct. O. S. B., 1. 1. p. loi,. - " De Kozièrc, liecueil général des /ormules, t. i, p. 2'.in, 11. 211. — " Waltcr, Corpus juris jJTrmo/iicï, t. il, p. 10. - " Euh. De Rozière, liecueil général des /ormuln, 1. 1, p. 291 , n. 212.
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sttcerdotes. " fipouse clicrie et bien aimée, comme il est (le notoriété publique que je t'ai enlevée contrairement il ta volonté et à celle de tes parents, et que par le crime (le rapt je t'ai associée à mon sort, ce qui aurait pu mettre ma vie en péril si des prêtres et des personnages distingués n'avaient rétabli l'entente et la concorde, il a été convenu que : » Une transaction intervenait donc entre le ravisseur et la famille dans laquelle il avait jeté le trouble et la désolation, mais on exigeait de lui la constitution d'une dot: Dnnique convenu no bis ut ilc rébus proprietatis meœ libi uliquid in donalionis lilulum condonare dcbercm. Ideoque par honc carlulam composilionis,sii>c pcr feslucam atquc per andelangum, donu tibi... L'allusion faite au péril de mort couru par le ravisseur est une aggravation singulière, mais devenue nécessaire, de la loi salique qui se contentait d'une amende de 62 solidi S ou de la loi ripuaire qui demandait 200 solidi'. Déjà le concile de Paris en 557, dans son canon 6', frappait d'excommunication celui qui enlevait une jeune fdle ou une veuve; en 596, Childebert portait la peine de mort : Pari conditione convenu Cal. Mari, omnibus vobis adunatis ut quicumque admodum raptum lacère prœsumpserit, unde impiissimus vilius adcrcvcral vilœ periculo ferialur; et nullus de optimulibus nostris de tam turpissimo vilio pnesuniat pro ipso precare, sed unusquisque admodum inimicum Dei persequatur '. Si la femme a consenti à s'unir à son ravisseur, on les exilera tous d'eux; si l'homme s'est réfugié dans une église, on l'en arrachera; s'ils y sont tous deux et qu'ils en sortent, on les mettra à mort. Pénalité énergique et qui semble n'avoir pas été applicable. En 615, Clotaire II, décrète encore la peine de mort contre le ravisseur d'une jeune fille ou d'un veuve, mais si c'est une religieuse, l'union, même consommée, sera inexistante et les deux conjoints seront séparés •.
Toutes ces précautions sont l'objet de tant de décisions qu'on est porté à admettre que les désordres étaient fréquents. Il s'ensuit que la famille était assez troublée. Mais tandis que le rapt admettait des réparations, l'inceste ne pouvait qu'amener des ruptures. Au v\' siècle, il est presque impossible de citer un concile qui ne se préoccupe des mariages incestueux : Agde 506, can. 6t; Orléans, 511. can. 18; Épaone, 507, can. 30; Lyon, 517; Orléans, 533, can. 10; Auvergne, 535, can. 11; Orléans, 538, can. 10; Paris, 587, can. 4. Le 61" canon d'Agde, qui sera adopté par les évèques réunis à Épaone, décide qu'on ne doit pas pardonner aux unions incestueuses avant qu'il y ait eu réparation. Sans compter les unions qu'on ne peut nommer, on doit regarder comme incestueuses les unions suivantes : lorsque quelqu'un épouse la veuve de son frère ou la sœur de sa femme décédée, ou sa belle-mère ou cousine germaine et issue de gennains. Ces mariages sont défendus, mais nous ne cassons pas ceux qui ont été contractés. De plus si quelqu'un se marie avec la veuve de son oncle du côïé paternel (et du côté maternel) ou bien avec sa belle-fille, quiconque contractera ù l'avenir une pareille union, qui doit être dissoute, aura la liberté d'en contracter ensuite une meilleure.
La dignité et les droits de la famille avaient d'autres périls à courir mais d'ime nature très différente. La consommation du mariage pouvait faire l'objet d'une dispense dans un seul cas : lorsque l'accomplissement du devoirconjugal mettait enpérilcelui qui s'y soumettait '. Dans le cas d'une horreur insurmontable soulevée par une maladie répugnante, telle que la lèpre, la .séparation était admise. C^'étaient là des cas, somme toute, exceptionnels. La famille avait également à souffrir de certaines façons de considérer l'état de mariage. Nous verrons (au mot Femme) l'inlluence cxer-
' XIV, 4, dans Walter, op cit., 1. 1, p. 24. — = XXXIV, 1, ibid., 1. 1, p. 174. — ' Ibid.. t. ii, p. 9. — ' Ibid.,t.u, p. 13.
cée par saint Ambroisc sur une multitude de jeunes filles, qu'il attirait à la virginité non seulement par l'estime de cette vertu, mais par une dépréciation du mariage et de la maternité. Cette veine futexploitée parfois avec peu de discrétion par des évêques et contribua à jeter dans les monastères des nonnes dont la vocation n'offrait peut-être pas toutes les garanties désirables lorsqu'il s'agit d'une détermination si grave. Des jeunes filles ne savaient pas ou n'osaient pas prendre à temps la détennination de consacrer leur virginité, se laissaient marier et se dérobaient alors aux devoirs de leur état. Des récits comme ceux qui firent la vogue des actes des saints Nérée et Achillée, de sainte Cécile, de saint Alexis, encourageaient cette disposition. Grégoire de Tours recueille un fait qui semble historique, lorsqu'il raconte qu'une jeune lille mariée contre son gré, n'entra dans la chambre nuptiale que pour pleurer et gémir. Ses lamentations ont peut-être été un peu retouchées par l'évcque de Tours, mais sa décision ne se laisse pas ébranler par les arguments du jeune mari, qui lui rappelle son désir de perpétuer leurs familles à tous les deux. Finalement c'est le mari qui se laissa persuader et ils partagèrent longtemps le même lit sans jamais enfreindre la règle de continence qu'ils s'étaient imposée d'un commun accord '. Ce qui est certain, c'est que cette règle risquait de trouver peu d'imitateurs, mais l'éloge dont on entourait ceux qui l'avaient adoptée ne laissait pas que de jeter le trouble dans les foyers chrétiens. Le mariage et la maternité devenaient, aux regards des imaginations peu mesurées, un état inférieur, presque indigne et une fausse mysticité représentait l'état consacré par un sacrement de l'Église comme peccamineux. C'est encore Grégoire qui rapporte l'épisode suivant : « Ingeltrude ayant commencé à former un monastère de filles dans le voisinage de la basilique de Saint-Martin à Tours, elle envoya à sa fille (Berthegunde) des recommandations dans lesquelles elle lui disait : « Quitte ton « mari et viens, que je te fasse abbesse de ce troupeau « que j'ai rassemblé. » Celle-ci écoutant ce conseil de l'imprudence, vint avec son mari à Tours, et étant entrée dans le monastère de sa mère, elle disait à son mari : « Retire-toi d'ici, et prends soin de nos biens et de nos enfants : car je ne m'en retournerai par avec toi, parce que celui qui vit dans le mariage ne verra pas le royaume de Dieu. » Le mari vint me trouver, dit Grégoire de Tours, et me rapporta tout ce qui avait été dit par sa femme. Je me rendis alors au monastère et j'y donnai lecture des canons du concile de Nicée où se trouvent ces mots : « Que si une femme « abandonne son mari et méprise la couche dans « laquelle elle aura vécu avec honneur, en alléguant » qu'il n'y a pas de part dans la gloire du royaume « céleste pour celui qui vit dans le mariage, ana- « thème sur elle. «Berthegunde entendant cela et craignant d'être privée de la communion par les prêtres du Seigneur, sortit du monastère et retourna avec son mari. — Mais trois ou quatre ans après, toujours sur les conseils de sa mère, elle profita de l'absence de son mari pour s'enfuir de nouveau. Elle alla se réfugier chez son frère Berthchramn, évêque deBordcau.x. Le mari l'y suivit; mais l'évcque refusa de livrer sa soeur. Le roi Contran, auquel le mari était venu se plaindre, ordonna à Berthchramn de rendre Berthegunde. » F-lle est ma « parente, dit-il, si elle a commis quelque chose de mal • dans la maison de son mari, c'evt moi qui en tirerai « vengeance. S'il n'en est rien pourquoi réduire un mari « à toute sorte de honte et lui enlever sa femme? ■• l.'évêquc favorisa alors la fuite de sa sœur et lui conseilla de cherrher un asile dans la basilioue de Saint-Martin.
— * Ksmein. I.c mariage en droit canoniqitCt t. il, p. 13. " Ilisl. Franc, 1. 1, c. xLii.
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Elle s'y rendit et, quand son mari vint pour l'en retirer, elle refusa de le suivre. Mais, quelque temps après, Berthchramn mourut et Bertliegunde se sentant seule et san« appui, retourna au foj'er conjugal '. »
L'histoire de Monegonde montre un autre exemple de cette hantise féminine de se soustraire aux obligations conjugales. Cette Monegonde perdit deux filles et se claquemura dans sa maison, où son mari, désireux de la surveiller sans la contrarier, la laissa en repos. La recluse fit ou crut faire des miracles, sa tète n'y résista point et s'égara tout à fait, dès lors elle n'imagina rien de mieux que de quitter sa maison et d'aller vivre dans un monastère, où on lui fit une grande réputation de sainteté. Le mari, impatienté de tout ce bruit, rassembla ses amis et ses voisins, cerna le monastère, y entra, en tira sa femme, qu'il ramena chez hii et à qui il rendit la cellule dont elle s'était auparavant contentée '. Il y avait dans tout cela un peu de déséquilibre, mais la pureté des moeurs excusait tout, recouvrait tout. Il n'en allait pas toujours ainsi.
Tetradia, femme du comte de Clennont Eulalius, trouva mauvais d'être délaissée pour des courtisanes et n'imagina rien de mieux que de rendre la pareille à son époux infidèle. Elle se réfugia chez le duc Desiderius et l'épousa. Eulalius fut enchanté de cette solution, enleva une nonne dans un monastère de Lyon et, à son tour, se remaria ^. Tetradia ayant emporté les biens, Eulalius ne tarda pas à la réclamer et un concile se réunit in confinio lermini Arverni, Gabalitani alque Ruleni^ sinodas episcoporum fada est contra Tetradiam, relictam quondam Desiderii, eo qiwd repclerel ad eam Eulalius cornes res, quas ab eo jugiens secum lulissel. Sed hanc causam vel qualitcr Eulalium reliqueritvel quemadmodum ad Desiderium con/ugerit allius memorandam pulani. Tetradia fut condamnée à restituer le quadruple et les enfants nés de son union avec Desiderius furent déclarés bâtards. Mais Eulalius garda sa nouvelle femme; la répudiation de Tetradia l'y autorisait.
tette répudiation, c'est le droit au divorce, qui existe aussi par consentement mutuel. On lit dans une formule franque : Dum inter illo et conjugia sua illa non caritas secundum Deo, sed discordia régnât inter illos etob hocpariter conversare minime passant, plaçait utriusque Doluntas uldehoc consortio severare deberanlK « Comme entre un tel et une telle, son épouse, ce n'est pas la charité selon Dieu, mais la di.scorde qui règne et que par suite ils ne peuvent pas du tout s'accorder, il leur a plu à tous deux de se séparer, ce qu'ils ont fait. C'est pourquoi i)ar ces lettres d'une seule teneur, ils ont décidé que chacun d'eux aurait la liberté ou bien d'entrer au service de Dieu dans un monastère ou de contracter un nouveau mariage. » On divorce par incompatibilité d'humeur et on aura chacun de son côté la faculté de se remarier. Juridiquement on ne sait pas comment était réglée la situation des biens de la femme; il est probable que, la communauté ainsi dissoute, elle reprenait ce (|u'elle avait apporté, mais s'il y avait des enfants, le mari devait sans doute garder l'administration des biens.
La répudiation n'était établie qu'au bénéfice du mari, lui seul pouvait rompre à son gré le lien conjugal et céder A l'intérêt ou au caprice, sans se soucier de celle qu'il repoussait. L'abus est si manifeste dans la dynastie mérovingienne <iu'il est peu de ])riMces <|ui ne .se livrent au plaisir de répudier une épouse et de la remplacer. L'Église tendit à empêcher ces excès cl parvint
'Ilisl. Franc, 1, IX, c. xx.xiii — ' Vite Pairum, c. xix, n. 1, 2. — ' Hisl. J''ranr., I. X, c. viii. — * I.ongnon, Oéograf>hie de la Gaule au vi" siècle, p. ô."!! : vraisemblablement dans les montaiçnes U'Aubrac (lui sont limitrophes de rAuvcrpnc, du Clévaudan et du llouerKne. — ■ Uc Ho/ièrr, Hccueil. n. 112; if. ii. 110, 111, llll, 111. —
dans certains codes barbares à introduire des garanties jugées efficaces. La loi burgonde décide qu'en dehors des trois cas prévus : adultère, sortilège et violation de sépulture, le mari qui répudiera sa femme devra abandonner, ainsi qu'à ses enfants, sa maison et sa fortune '. La loi des Wisigoths établit la séparation de corps, divortium quoad thorum et habitationem, qui relâche le lien conjugal sans le dissoudre '. La femme n'avait qu'un seul recours pour faire rompre son union, c'était l'impuissance du mari. En 743, le concile de Leptines confirme ce qui se lisait déjà dans le Pénitentiel de Théodore de Cantorbéry : Si vir et mulier confuareril se in matrimonio et postea diieril mulier de viro non passe nubere cum ea, si guis poteril probare quod verum sit, acceptât alium. Quant au mode de preuve, le concile de Compiègne, en 757, n'admettait que l'aveu du mari.
Le droit du père n'était pas moins excessif que celui du mari. Chef de la famille, c'était à lui d'en ouvrir l'accès au petit être qui semblait en faire partie de droit. Le père avait le droit de désavouer l'enfant qu'il déclarait n'être pas sien, droit de le vendre. Plus tard, il avait encore le droit de désavouer celui qu'il tenait pour un intrus. Chlothachaire fait couper les cheveux du jeune Gondevald en disant : « Ce n'est pas moi qui ai enfanté celui-là '. » Le jeune homme propose de justifier .son origine en recourant ,au jugement de Dieu. Ce qui est plus extraordinaire encore, c'est, en présence du refus de Contran de reconnaître le fils de Frédégonde pour fils de son frère Chilpéric, cette reine rassemblant trois évêques et trois cents personnes qui jurent que l'enfant a bien été engendré par Chilpéric. Et sic suspicio ab animo régis ablala est, dit Grégoire de Tours '. On se demandera .sur quoi les trois évêques et les trois cents jureurs appuyaient leur serment.
VII. Bâtardise. — Quant aux bâtards, leur situation était particulière et leur nombre semble avoir été considérable. 11 n'y avait pas que Dagobert pour avoir trois épouses et une multitude de concubines dont les chroniqueurs renoncent à donner les noms. Childéric, père de Clovis, avait été détrôné parce qu'il déshonorait toutesles filles '°. Bagnacaire n'épargnait pasméme les femmes de sa famille; Caribert et bien d'autres se conduisaient de même. Ces unions irrégulières constituaient des séries de bâtards qu'il fallait établir et. parfois, au détriment ou aux dépens des enfants légitimes. L'enfant issu de concubinage etiiit considère dans la famille du père comme un étranger. Le droit romain admettait la légitimation qui l'introduisait dans la famille; ce que le droit barbare n'admettait pas, mais il semble (|u'à défaut de textes formels, l'usage admettait l'adoption suivant certaines formes. Le père prenait l'enfant sur ses genoux, le plaçait sous son manteau, le chaussait de son soulier. Quoi qu'il en soit, la tendresse paternelle lui ménageait parfois un fort bon lot. Théodoric, fils aîné de Clovis, était né d'une concubine et il hérita d'une part égale à celle de ses demi-frères. Sigeberl, aulre bâtard, celui-ci de Dagobert, hérite au même titre que les fils légitimes. Les enfants naturels des particuliers étaient-ils admis à l'héritage paternel? Ou n'a pas une seule raison solide de le nier. Sous l'inllucncc combinée du droit romain et du droit canonique, la législation franque touchant les enfants naturels ne larda pas à se modifier ,iu\ dépens des enfants. A l'époque carolingieiuie, ils sont exclus de la succession de leur père. V^nv formule " montre que l'enfant né des rapports d'un homme libre
* Ltx Btirgond., XXXIV. 3. 4. cf. Vnlenlln Snillli, De lu famille clicz les Burgondes, dans Mémoires lus ù la Sorboniir. Histoire, philologie et sciences morales, 180;!, p. 1-18.
' Lex Wtsigoth., III, vi, 1, 2. - - • Ilisl. Franc. , l.W, c. x.xiv.
• Ilisl. Franc., l. VIII, c. ix. "Ilisl. Franc. 1. U.c. xn. - " De noziùrc, liecucil. n. 2lil.
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n'a aucun droit héréditaire. Une autre décide' que le l)ère ne pourra valablement disposer en faveur de ses bâtards que s'il n'a pas d'enfants légitimes. Un capitulaire prescrit de ne contracter que des unions légitimes, les seules qui donnent des enfants aptes à hériter. On a ^'u, par la 52" fonnule de l'Appendice de Marculf, que le père pouvait, à défaut d'inxtrumenlum dotale, constatant le mariage, reconnaître ses enfants nalnrales et les instituer héritiers in legitimam successionem; mais il est toujours douteux que les enfants ainsi introduits dans la famille de leur père pussent hériter ab intestat des parents paternels.
VIII. Adoption. — n y avait encore un mode d'accession dans la famille, la voie d'adoption. Le titre .\L^'ra de la loi saUque, De afjatomia, en parle avec détails. Il existe des formules d'afTatoraie -. Au jour marqué par le ttinginas, en présence de témoins et par le jet de la feslwa, l'adoptant transfère son droit au patrimoine à l'adopté. Ensuite il le conduit en sa maison et le met en possession de sa fortune. L'adopté s'installe, reçoit des hôtes devant témoins et, les héberge pendant plusieurs jours, mais l'adopté n'est qu'un héritier présomptif à qui on fait jouer un rôle; il doit se rendre ante rcgem aut in mallo légitima et, dans le délai de douze mois, restituer la fortune qui lui a été transférée. Toutes ces fonnalités étaient imposées aussi bien pour le choix d'un héritier privé que pour le choix d'un héritier à la couronne. Grégoire de Tours nous en offre un exemple^. Le roi Contran, n'ayant pas d'enfants, adopta son neveu Childebert. Il rassembla les grands de son royaume, leur dit: « Il m'est arrivé, à cause de mes péchés, de rester sans enfants, je prie donc mon neveu de devenir mon fds. » Et, le plaçant sur le trône, il fit tradition de tout son royaume par ces mots : • Qu'un même bouclier nous protège! qu'une même lance nous défende I S'il me vient des fils, je ne te regarderai pas moins comme un d'entre eux et tu conserveras l'amitié que je te promets aujourd'hui en présence de Dieu. » Les grands de Childebert firent la même promesse en son nom. Ils mangèrent et burent ensemble, s'honorèrent mutuellement de présents magnifiques et se séparèrent en paix. C'est en réalité l'affatomie avec un supplément de pompe. Au lieu de transmettre le royaume per/cs/uca/n, Contran procède per hastamel Childebert n'accepte pas lui-même : ce sont les grands qui acquiescent en son lieu et place, ce qui prouve qu'il n'avait pas encore atteint sa majorité, c'est-à-dire la majorité royale. Dans la suite, cette manière d'entrer dans la famille disparut, mais on continua à instituer héritier sous forme d'aliénation contractuelle entre vifs. En d'autres termes, l'affatomie contenait deux opérations combinées : l'adoption et l'institution d'héritier par contrat. La première est tombée dans l'oubli, mais la seconde a subsisté.
Plusieurs formules nous font connaître les formes, les conditions et les effets de cet acte, qui était à la fois une adoption et une institution d'héritier. En général, ces adoptions étaient faites par des personnes qui n'avaient pas d'enfant. Certaines lois barbares font même de l'absence d'enfants une condition de la validité de l'affatomie; telles sont les lois des Ripuaires et des Lombards *; la loi salique n'en dit rien, peut-être le sous-entend-t-elle. Assez souvent ces mêmes personnes étaient hors d'état de gérer leur fortune '. Si l'adopté était encore placé sous la puissance de son père naturel, il fallait le consentement de celui-ci ". L'adoptant transmettait son patrimoine à l'adopté per carlolam sivc pcr festucam utgue per anselangum '; en d'autres
' De Rozicrc, Recueil, n. 130. — ' Rozière, Recueil général, t. I, p. 171, n. 134. — ' Hisl. Franc., 1. V, c. xvra. — ' Loi ripuairc, tit. XLvni;loi de Rotharis,ch. 168,170,171. — ' Rozière, liecueil général, t. i, p. 1-12, form. 115. —
termes, on employait pour le transport du patrimoine les formes ordinaires de l'aliénation. Parfois cette aliénation produisait immédiatement effet et l'adoptant se réser\'ait seulement le droit d'exiger ce cjui serait nécessaire à sa vie : In ea vero ralione ul, quantum vixero, victum mihi et potum, vestimenta et calciamenta, in omnibus su/ficienter procurare dcbeas, et ut exinde mihi omnibus diebus vitsemex nihil deficiat. Quod si hoc non /eceris, ipsas res, quas tibi delegam, ad integrum perdas '. Enfin, on faisait intervenir, comme dans tous les contrats, des stipulations pénales qui garantissaient l'adopté et ses héritiers contre toute entreprise de la part des héritiers naturels de l'adoptant ou de toutes autres personnes '.
IX. L.\ SORTIE DE LA FAJULi.E. — La loi sallque, tit. Lxni, indique la procédure à suivre pour rompre tous les liens avec la famille: De eo qui de parentilla tollere se voluerit. — • Si f/ii(s de parentilla tollere se volueril, in mallo ante tunginam aut centenarium ambulet, et ibi qualluor fusles alninos super caput suum frangat; et illas qualluor parles in mallo jactare débet, et ibi dicere, ut de juramenlo et de hœreditate et de Iota illorum se ralione tollat. L'impétrant se "présentait dans le mail, rompait quatre branches d'aulne sur sa tête '° en jetait les débris aux quatre coins de l'assemblée et cessait désormais d'appartenir à la famille. Cet acte était grave, il permettait à celui qui s'y décidait de se soustraire à toutes les responsabilités collectives si nombreuses à cette époque; s'il n'avait pas d'héritiers directs, ses biens iraient au fisc. C'était une procédure qui rappelle, par ses effets, la mise hors la loi, et elle fut abandonnée de bonne heure.
X. Monuments. — Les monuments relatifs à la famille sont nombreux. A ne considérer d'abord que l'épigraphie chrétienne, pous pourrions reprendre plusieurs titres de la dissertation sur la Bonté chrétienne (Di'c/ion., t.u.col. 1108), tels que alTection entre époux, affection des parents et des enfants, les témoignages des serviteurs eux-mêmes devraient être recueillis, car beaucoup d'entre eux portaient à juste titre le titre de famuli, de domcstici et appartenaient dans une certaine mesure à la famille. Mais nous ne pouvons que renvoyer à cette étude déjà faite. Nous avions concentré plus particulièrement notre attention sur les monuments épigraphiques des trois premiers, plus concis, moins verbeux et sinon plus sincères du moins plus proches du sentiment familial.
Voici un éloge débordant d'une épouse incomparable sur une inscription de Carthage. Plaque de marbre blanc veiné de bleu, à revers lisse, longue de 0 m 255, haute de 0 m 165 à gauche, de 0 m 190 à droite, la partie inférieure étant brisée obliquement. Épaisseur : 0 m 011 en bas, 0 m 02 en haut, où le sciage a laissé une bande en léger relief. Le côté droit est irrégulièrement taillé " :
D-M-S-TANNONIAANNI BONIACONIVNXDVLCISSI MA-ETKARISSIMA-INCOMPA RABILIS-FEMINACASTITATIS 5 ET-FRVGALITATISETPUDICI TIAEET • DISCIPLIN AE • ET OMNIVM BONORVM-EXEM PLVM VIX- A N NX XX I l-ET- HICCVMSVASOCRVSIMI- 10 Ll CASV EREPTA-BENEQVIES cil >■ VS • VICTORICVS
• Ibid. — ' Ibii., p. 110, n. 118. — ' Ibid., — ' Ibid.. p. 143, n. 115. — '° Quelques-uns disent: de saule. — ■ " A. L. Delattre, Inscriptions chrétiennes de Carthage, 1906-1907, in-8», Tunis, 1907, p. 26, n. 1, 3.
FAMILLE
Hauteur moyenne des lettres : 0 m 012. Elles sont inégales et peu soignées; un certain nombre de A ne sont pas barrés. Les lignes ne sont pas très droites. L'avant-dernière et la dernière sont coupées par la cassure. Avant Vicloricus il reste le sommet de quelques lettres. Au commencement et à la fin de l'inscription,
4267. — Fond de coupe.
D'après Biionarotti, Ossenazioni sopra aîcuni frammcnli
di vasi di uetro, 1716, pi. xxiii, fig. 1.
on a tracé à la pointe une ligne verticale indiquant l'espace que devaient occuper les lettres. Le premier éditeur de cette inscription, le P. Delattre, conclut du fait que cette jeune femme mourut de la même maladie qui emporta sa belle-mère que ce sont deux victimes de la peste de Carthage en 252-254. La forme des caractères n'y contredit pas, mais il nous semble fort difficile d'admettre cette interprétation. Rien, sans
■1268. — l'ond de coupe.
D'après Buonarotti, op. cit., 1716. pi. x.xv, fig. .'!.
l'épigraphic africaine du m'^ siècle h Carthage n'invite It admettre ces formules, qui appartiennent bien probablement au IV siècle.
A la même époque se rapporte une inscription de
' Fabrctti, Inscriptioniim domest. qiiiv in œdibiix paternis asservanlur. ezplicalio, p. 740. — ' Cimetière de Snint-llermès, Odcrici, Disserlationes el adnnlal Innés in aliquot incditas mieres inscriplionex, in-4°, nomie,1705, p. 260, n. 101 ; Lomi,
Tolentino qui rappelle l'étroite union d'un ménage chrétien • :
QVOS PARIBVS MERITIS IVNXIT MATRIMONIO DULCI OMNIPOTENS DOMINVS TVMVLVS CVSTODIT INAEVVM CATERVI SEVERINA TIBI CONIVNCTA LAETATVR SVRGATIS PARITER CHRISTO PRAESTANTE BEATI QVOS DEI SACERDOS PROBIANVS LAVIT ET VNXIT.
Au musée d'Avignon, une inscription provenant d'Aoste-en-Diois et que nous avons déjà fait connaître (voir /)ic/ionn.,t.i,col.249S, fig. 822) porte la formule suivante : In Chrisli nomene in hac loco qiiiescunt in pace ftdelis famulus Dei Ampelius el Singenia qui oixerunl inconjugali adjectii cl carilale annis circiler LX aal a. . iniis in pace dominica permansenmt quorum vita talis fuil ut linqucna conjux marilum XX annos... excedens in caslatite perpétua perduraret. Obicl venerabilis memoriie Ampelius sub die xv ikl. dccembris Fisto et Marciano consulibus. Transiet bone recordalionis Singeniasub die
4269. — Fond de coupe.
D'après Garrucci, Vetri, pi. xxxiii, n. 3.
VIII A-/, ianuarias posl consulatuni Vinloris + inChrisli nomine. — " Au nom du Christ. Ici reposent en paix le fidèle serviteur de Dieu Ampelius et Syngenia, qui vécurent dans l'alTection et la tendresse conjugale environ soixante années, ou... demeurèrent dans la paix du Seigneur. Telle fut l'excellence de leur vie, que la femme, se séparant de son époux pendant plus de vingt ans, garda une continuelle chasteté. ■• f'.ette confidence, qu'on peut trouver indiscrète, montre bien que les idées se modifiaient de plus sur la sainteté du mariage. Ampelius mourut en 472 et sa femme en 490.
Un siècle plus tôt, en 3G2, à Rome, une inscription ' nous montre un mari donnant ;\ sa femme, en souvenir du récit biblique de la Genèse n, 2 le nom unique de
Novell, letler. di Firenze. 1768, p. 394; De Rossl. Inseripl. christ., 1. 1, p. 85, n. 151 ; Cavedonl. nell'elù dette nozic deuti anticlii cristiani, p. 9, el Mcniorie di Modena, série II, t. vu.
FAMILLE
FAMILLE (SAINTE
cuslu u ma cote » , comme il eut dit : « lachair de ma chair » :
VISCILIVS NICENICOSTAESVAE QVAE FVITANNORPMXXXIEX QVIBVS DVRABITMECVM ANNOS XVFECIINSE SI EO DONOSIM-EXIBIT DE SAECVLO 5 VIIDVSIVLMAMERTINOET-NEVITA...
Cavedoiii avaitsuggérélenom N ice Costa, ce qu\ ferait deux cognomina et c'est un de trop. Ce qui suit est obscur : feci in se si co dono sim. Lami, Oderici, Danzetta ont proposé leurs interprétations assez peu satisfaisantes. Rossi est plus heureux en suggérant : feci in se (c'est-à-dire j'ai passé quinze ans avec elle) .si tamen eo dono dignus lueris, ou fui (si toutefois je m'en suis montré digne).
Les monuments figurés nous consers'ent quelques scènes de famille. On peut d'abord rappeler toute la série des fonds de coupes (voir Fonds de coupes) sur lesquels nous voyons si fréquemment un ménage chrétien;.mais il semble bien que ces sujets étaient exécutésVn séries, ou du moins d'après des modèles arrêtés
partie de l'inscription qui n'apprend rien d'utile, peutêtre pouvait-on lire :
cum
om N i
BVS VE
STRIS
Buonarotti a disserte longuement sur la coiffure des deux petits garçons qui portent une grosse touffe de cheveux sur l'oreille droite, c'est là une particularité que nous avons déjà rencontrée et signalée (voir Dictionn., t. I, col. 1478, fig. 337); il n'y a pas lieu de s'y attarder ici, puisque, à la suite d'un examen attentif, le dessinateur de Garrucci à constaté que cette particularité n'existait pas et que les deux petits garçons portent leurs cheveux également répartis de chaque enté. Comme cette coupe de cheveux s'inspirait d'une superstition païenne, on en peut induire une raison de plus pouravoirici,Iesportraitsd'une famillechrétienne.
■ df (:allistc. D'aprèb Wilpert. PMun. pi. '.Ki.
d'avance auxquels le client faisait simplement ajouter une inscription avec les noms des époux... On pourrait même étendre cette fabrication aux pièces sur lesquelles les époux sont figurés avec un enfant: oh ne risquait pas beaucoup en se promettant à tout le moins un rejeton; mais nous serions, au contraire, porté avoir des mémoriaux de famille, exécutés sur commande et • à la pièce >> lorsque plusieurs enfants sont représentés. Un de ces fonds de coupes donné par Buonarotti, montre un jeune ménage avec trois enfants, une fillette de cinq ou six ans et deux garçons de trois ou quatre ans (fig. 4267) la mère porte les cheveux ondes à la mode de Mammée ou d'Otacilia Severa. Un autre verre publié par le même antiquaire montre une famille composée du père, de la mère et d'un petit garçon, mais il est manifeste qu'on a voulu ici atteindre k la ressemblance. La mère et l'enfant sont travaillés en or, tandis que le visage du père est en argent (fig. 4208), particularité qui s'observe également sur le grand fond de coupe représentant une famille de quatre enfants, deux petits garçons, des filles leurs aînées et les parents (fig. -J'^fig). Le père et les deux garçons sont vêtus d'argent rehaussé de traits rouges tandis que la mère et les filles portent des étoffes ornées d'arabesques. Le père semble porter un vêtement qui se rapproche du pallium, les garçonnets portent la chemise ou la tunique. La brisure du verre a enlevé une
Les fresques des catacombes ne nous offrent qu'un petit nombre de scènes dans lesquelles il est possible de reconnaître une famille. Cependant vers la fin du m' siècle, au cimetière de Calliste, nous voyons cinq person' nages dans le jardin du paradis, les cinqae sanli, qui semblent bien appartenir à une même famille '; dans le même cimetière et à la même époque im anosolium sur lequel on voit encore une mère, son fils aîné et ses deux petits enfants (fig. 4270) =.
H. Leclercq.
FAMILLE (Sainte). L'imagerie catholique, en prenant la succession de l'iconographie chrétienne, a altéré un certain nombre de symboles et de types vénérables auxquels elle en a substitué d'autres réputés plus édi fiants! Le bon Pasteur, seule statuette dont on ait retrouvé après dix-sept ou dixhuit siècles plusieurs exemplaires presque intacts, n'est plus connu que des archéologues. Le crucifix ne s'est parfois défendu devant l'invasion de la pacotille dévote que par son droit inéluctable à se dresser au centre de l'autel chrétien. L'imagination italienncpoussaplus loin ses ravages, elle prétendit découvrir dans l'antiquité des modèles aux types qu'elle voulait accréditer : ce fut ainsi
' De Rossi. Roma sollerranea, t. m, pi. i, n, ui.: Wilpert, Le pilture délie catacombe romane, pi. 110, 111. — ' Wilpert, op. cit., pi. 90. n. 2.
FAMILLE rSAINTE)
qu'on vit sortir des catacombes la » sainte famille. » Bosio était trop pénétré de l'antiquité pour ouvrir cette voie, aussi ne songea-t-il pas un seul instant, pas plus d'ailleurs que Aringhi ni Bottari, à transformer une représentation de trois défunts, père, mère, et enfant en une ■• sainte famille. » Le jésuite italien, Raphaël Garrucci n'hésita pas et commenta en ces termes le dessin de Bottari : Beata Virgo, amplo pallio involuta caput,gestu se ad Dei volunlatem accomodantis.
un personnage qui serait un prophète. Cette peinture et cette interprétation furent admises par J.-B. De Rossi et par l'abbé Martigny; alors, Garrucci déclara que l'interprétation ne valait plus rien. De Rossi se replia en bon ordre dans le Bullettino et, dans la Romci sotterranea déclara l'opinion insoutenable. Garrucci fit mieux, il observa que la fresque du cimetière de Priscille ne contenait pas d'enfant, car il n'en restait que les jambes. Grimouard de Saint-Laurent mesura
La Sainte Famille sur un couvercle de sarcophage de Sutri. D'après Garrucci, Storia, pi. r.cccLxxx, n. 4.
Sancliis Joseph in medio est, et ad ejus sinisiram puer, qui datus est nobis, habita orantis, indiita campagis utiaque tibia, ad modum pastoram, quibus per loea senlicosa sœpe iter agendam est. Quanti prœtii hœe pictural[sit, reipsa manifestalur. Si qui probationes quœrunt, has sciant non déesse; me tamen differre in aliud tempus, quo primas origines iconographie ehristianœ Iractabo. M. Martigny, souvent mieux inspiré, adopta cette fantaisie en essayant de se rassurer sur son compte : « Les savants de nos jours, 4it-il, ont admis les appréciations que suggère le simple bon sens, ainsi que le témoignage des yeux; ils se sont prononcés
ces jambes et décida qu'elles ne pouvaient avoir appartenu à un adulte; seulement, nouvel embarras, ce Jésus enfant se trouvait être une fillette portant déjà la robe longue. On l'abandonna décidément ': mais comme il fallait, coûte que coûte, une » sainte famille » catacorabale, ce fut pour revenir vers celle du cimetière de Domitille. Si l'enfant se trouvait représenté en orant. ce qui n'est pas le cas pour le Christ. Garrucci di.sait : ce n'est pas lui; De Rossi, corrigeait : pourquoi pas; et Grimouard répondait ; vous faites erreur, et il invoquait un sarcophage du iv« siècle où le Christ est représenté en orant' I Enfin, il se rencon-
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4272. — Adoration des bergers. D'après Manicchi. / Moniimenli. pi. Lvii, n. 1.
pour la sainte famille. » Mais, depuis, ils ont changé d'opinion '. La frescjue du cimetière de Domitille a changé d'interprétation; elle est redevenue ce qu'elle a été dès l'origine ; la représentation d'une famille chrétienne et c'est le I'. Garrucci lui-même qui, dans son Histoire de l'art chrétien, a reconnu que les « saintes familles » sont toutes modernes.
Garrucci avait découvert une autre » sainte famille » dans un groupe du cimetière de Priscille composé d'un homme, d'une femme, d'un enfant, et en regard
' Bosio. lionm solterrimea, 1632, p. 279; Bottari, Seuil, e pitliire, 1737, pi. Lxxxii; R. Garrucci, Jlaginglypia sive pictune et sculpturœ sacrw antiquiores prœserlim qutv Jinnue reperiuntur, explicatœ a Jounne L. Heureux (Macario), in-S", l'arisiis, 1856, p. 171, (Ig., p. 242; .Martigny, Dictionn. des anliq. cttrét., 2' édit., p. 313; Garrucci. Storia dclVarie crislinna, t. ri, p. 40. — ■ Garrucci, Storia, pi. Lxxxi; De Rossi, Imagini scelle delta B. \'ergine, in-fol., Ronia;. 1803, pl.iv, p. 8; Martigny, l)ieli„nn..->' édit., p. 313-311; De
Ira un humoriste, qui, désespérant d'y découvrir une « sainte famille » proposa d'y voir des juifs revenant de Babylone '.
Martigny, à qui ce sujet portait malchance, voit une « sainte famille • dans le .sarcophage de Pérousc qui représente .lésus parmi les docteurs ' : « Nous croyons reconnaître ce sujet, écrit-il encore, dans quelques tombeaux d'Arles. » Ici, enfin, il a raison, bien qu'il faille réduire ces « quelques tombeaux • ii un uni(|ue sarcophage ser\'ant aujourd'hui de fonts
Rossi, Roma sotterranea, t. in, p. 70; Dnvin, dans lievue de fart clirélien, 1877, avril-Juin. p. 302. pi. viii, ng. 1; Grimouard de Saint-Laurent, Étude sur l'Iconogrupliie de saint .fosepli, dans Kevue de l'art clirétien, 1883, 3' série, 1. 1, p. 300. — ' De Rossi, Buttettino, 186.">, p. 31; Grlmoiiard, op. cil., p. 360. — ' Davin, dans nevue de l'art clirélien, 1877. p. 300. — » Garrucci, Bull.. 1871, pi. vu. p. 127; Garrucrl. Storia. pi. i c.cxxi. Ilg. 4. I. v, p. 4.'i; De Rossi, Bull, dlarrli. crisl., 1871, pi. vMi, p. 127.
FAMILLE (SAINTE
baptismaux dans l'église Saint-Trophime. Les deux faces latérales ofîrent un intérêt exceptionnel puisqu'on y voit représentée la scène de la malédiction du figuier (voir ce mot) et la scène de l'adoration des mages avec la présence de saint Joseph derrière le fauteuil sur lequel la Vierge est assise (voir Diclionn., t. I, col. 2057, fîg. 597) '. La Vierge, représentée sans voile, est assise sur un rocher; sur ses genoux, le Christ, déjà grand, lève la main droite en regardant les mages; un personnage dont le vêtement court laisse une épaule nue ne peut être que saint Joseph. « l^aulc, raconte saint Jérôme, me protestait que, venue à Bethléem, elle voyait, des yeux de la foi, le divin enfant, enveloppé de langes et vagissant dans la crèche, les mages en adoration, l'étoile brillant au ciel, la Vierge mère, le père nourricier l'assistant, les bergers arrivant dans la nuit -. » Voilà le thème dont les artistes seront inspirés.
Ce monument ne fait d'ailleurs que représenter une «érie assez longue de bas-reliefs sur lesquels saint Joseph est figuré à cette place dans l'adoration des mages. Il faut remarquer cependant que nous ne le voyons sur aucune des adorations des mages peintes dans les catacombes, c'est une innovation de la sculpture et no\is la retrouvons, en dehors du sarcojjhage d'Arles sur :
1» Un sarcophage du musée de Latran : G. Marchi, dans Civiltà caHolica, 1854, t. vm, p. 571; Didron, Annales archéologiques, t. xxiv, p. 266, De Rossi, Bull, di archeol. crist., 1865, p. 68. fig. ; Garrucci, StoTia dell'arle ciistiana, t. i, p. 46, pi. ccclxv, n. 2; Revue de l'art chrétien, 1876, p. 145 ; F. X. Kraus, Roma sotterr., p. 354, pi. vm; Rcal-cncylilop., t. i, p. 595, fig. 210; Lehner, Die Maricnverchning in den ersten Jahrhunderten, 2« édit., Stuttgart, 1886, p. 312, pi. v, n. 45; O. Marucchi, / monumenti del museo cristiano l'io Laleranense, in-fol., Roma, 1911, pi. xiv, n. 3.
2° Un fragment de sarcophage au musée de Latran : signalé par Garrucci, Storia, append. au tome v, n. 37; Lehner, op. cit., p. 313, n. 38; H.-F.-J. Liell, Die Darslellungen der allcrscligsttn Jungfrau und Goltesgebarerin Maria au/ den Kunsldenkmàlcrn der Kalakomben, Freiburg-im-Br. 1887, p. 256, n. 40, fig. 31.
3° Un sarcophage à Saint-Ambroise de Milan : Allegranza, Monum. crisliani di Milano, pi. iv; Ferrari, Monumenti delta basilica Ambrosiana, p. 101; Garrucci, Storia, pi. cccxxix, n. 1 : Lehner^ op. cit., p. 312, pi. v, n. 46 ; Liell. op. cit., p. 269, n, 67, fig. 43.
4° Un couvercle de sarcophage à Sutri (fig. 4271) venant du cimetière de Domitille et ayant été vu par Aringhi à la villa Borghèse. C'est l'adoration des bergers et l'adoration des mages se faisant suite, dans cette deuxième scène, la sainte famille se trouve représentée. Bosio, Roma sollerranca, p. 287 ; Aringhi, Roma subterranea, t. i, p. 347; Bottari, Scullure e pillare, pi. Lxxxv; Gori, Osscrvazioni sopra IV monumenti degli antichi cristiani rappresentanti il presepio del nato Saluatore, dans Sannazar. De partu virginis libri très; De Rossi, Bull, di arclieol. crist., 1865, p. 27, fig. ; Garrucci, Storia, pi. cccLxxx, n. 4; Lehner, op. cit., p. 319, pi. VI, n. 59; Liell. op. cit., p. 271, n. 70. fig. 46.
5" Couverture de l'évangéliaire d'Etschmiadzin, dans J. Strzygowski, Bij:anlinische Denkmûlcr, 1892, t. I, Das Etschmiadzin Evangcliar, pi. i; L. von Sybel, Die Magier aus Morgenlanil, dans Miltheilungen des kais. deutscb. Archàologixtlien Instituts, Rom, 1912, t. xxvn, p. 135, fig. 3; Diclionn., t. ii, col. 6812, fig. 2231.
6» Pâte de verre au British Muséum, F. Venuti,
' E. Le Blant, Étude sur les sarcopliages clirétiens de la ville d'Arles, in-fol., Paris, 187G, p. 42, pi. xxvi. — 'S. Jé-
Sopra alcune gemme letlerute, 1758; O. Dalton, Catalogue 0/ early Christian antiquities, Londres, 1901, p. 18, n. 116, pi. m; Dictionn., 1. 1, col. 2051, fig. 593.
7» Pâte de verre du musée Vettori. Vettori, Kummus aureus veterum christianorum, 1737, p. 37; Dictionn., t. I, col. 2052, fig. 594.
8" Épitaphe au musée de Latran (pilier xiv, n. 1). Buste de la défunte, épitaphe en forme d'acclamation : Sei'tra in Deo vivas et adoration des mages avec la sainte famille. Le tout n'est ni sculpté, ni gravé, mais tracé à la pointe, et vient de la catacombe de Priscille (flg. 4272), m= siècle : Seroux d'Agincourt, Histoire de la décadence de l'art; Sculpture, pi. vn, n. 6 ; L. Perret, Les catacombes de Rome, t. v, pi. xii ; De Rossi, Immagini scelle delta beata vergini Maria traite delta catacombe romane, in-fol., Rome, 1863, pi. 6, p. 11 ; Bull, di arch.