‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 271 sur 331 · QVAE VIXIT ANNOS PM · texte numérisé non relu

QVAE VIXIT ANNOS PM

XXX DEPOSITA PRIDIDVS MAR

Q FLRICIMERE CONSS C5

Tous les éditeurs se sont demandé si cette inscription appartenait à l'année 384 ou à l'année 459. Mais, en 384, toutes les inscriptions romaines tombent d'accord pour mentionnerles deux consuls Ricomer et Cléarque" que toutes les inscriptions de cette année appellent Ricomerem ou Ricomedem et aucune Ricimerem. Or, dans l'inscription qu'on vient de lire il s'agit bien du suève FI. Ricimer, cjui prit les faisceaux avec son collègue d'Orient Fatricius. Le nom de ce dernier fut-il proclamé en Occident? Nous l'ignorons; certainement ce ne fut pas pendant les premiers mois de l'année. Les fastes d'Idace ignorent son nom et se bornent à dire : Ricliimero el qui de Oriente "; une lettre du pape saint Léon, datée de pridie nonas martias, ne connaît

' DeBoissieu, Inscr. antiq. de Lyon, p. 563; E. Le Blant, Recueil, t. i, p. 153, n. 72, pi. n. 44. — ' De Rossi, op. cit., 1. 1. n. 528-536. — • Ibid., 1. 1, p. 226, n. 530. — * Muratori, Thés., p. 398, n. 4. — ' Jouannet, Statistique de la Gironde, t. II, part. 1, p. 375, pi. i; E. Le Blant. Recueil, t. i, p. 384. n. 591. — 'Coleti, Conciiia, t.n, col. 1324. — ' Dom P. Coustant, EpistoUe romanorum pontificum, in-fol., Parisiis, 1721, p. 758. — ^ Ibid., p. 740; Tillemont, Mêm. pour sernir à l'hist. eccl., t. X, p. 828. — ' Coustant, op. cit., p. 7d5. —

'• Code Théodosien, I. VIII, lit. v, lex 65 ; 1. VII, til. v, lex 2. — " Bosio, Romasotterranea,p. 302;.^Vringhi,iîon!aî:uft/<'rranea, t. ii, p. 20; Reinesius, Syntagma, cl. .xx, n. 342; Fleetwod, Sylloge inscriptionum. p. 442; Relandus, Fa.'iU, p. 483, ad ann. 384; p. 640, .«>d ann. 4.Î9; Uitter, Chron., adcod. Theod.,ann. 384;Giorgi.o;). ri(., ad ann. 384; ad ann. 459;De Rossi, /«.■icr. c/iris(.,t.i.p.34y.n.SlM. — "De Rossi. op. cit.. 1. 1, n. 336,337. 3;i9,340,:ui, 342. 343, 344, ,345, 346. 347,348,349,355. — " Ronealli, Vet. Lat.chron.,t.u,p. 102.

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que le seul Bicimer', ce qui se trouve d'accord avec les deux inscriptions romaines de 459: enfin, la loi de l'empereur Majorien dans les Kovelles porte cette date : dal. XV kal. maii Arelato, Richomerc et Clearcbo vv. ce. coss. % Ainsi, voilà une loi de Majorien (457-464), datée de quatre-vingts ans avant ce prince, avec les consuls de 384. Cette fois le flagrant délit est constaté. La loi de Majorien portait la date du consulat de Ricimer, les compilateurs des Kovelles ont entrepris de compléter cette date et ont cherché dans les fastes ce nom barbare. Mais avant d'arriver à 459, où ils eussent rencontré Ricimer et Patricius, ils ont lu en 384 : Ricamer el Clearchus, qui leur ont semblé faire leur affaire et ils n'ont pas cherché plus loin.

Le même procédé a été employé par les compilateurs des collections canoniques; en effet, en 418,

leur introduction dans le codex canonum), nous lisons simplement : Honorio Augusto XII consule '. Et voilà prouvé jusqu'à l'évidence comment la mention fut complétée lorsque les compilateurs accueillirent ce texte dans leur collection. Il y a plus. Non seulement le concile de Carthage de 418 avait adopté la mention qu'on vient de lire; mais il n'en pouvait employer une plus complète puisqu'à la date où il s'est réuni on ignorait en Afrique le nom du consul Théodose. En effet, sur les actes du concile de Telepte nous lisons : post consulatum gloriosissimi Honorii XI et Constantii II, vi kalendas maitias '.

Qu'on n'objecte pas que les lettres des papes et plus particulièrement celles de saint Léon, portent tantôt un nom de consul, tantôt deux noms, suivant qu'il a pris aux collecteurs la fantaisie de compléter les dates;

HECDATlUAEHEfDOMVS E STI,YCIS CYIVSKNIMANPPPCASTOSANT NEN01)YBITATCKEiyMÈ

SYlFAKT1^etM5K,

tusse.

cfis.

epio vc.

4312. — Insciiplicm conservée à Saint-I'aiil-hors-lts-Mur D'après De Rossi, Inscript, christ., t. i, p. 320, n. 7.37.

nous lisons sur une inscription romaine, trouvée à Ter Marancia sur la voie Ardéatine, en 1821 ^ : BENEMERENTI p OPILIONIOVI VIXIT es AN XXXV DEP p X KAL es MAIAS HONORIO XII (5 CONS es

Or, en 418, Théodose prit, en Orient, son huitième consulat dont il n'est pas plus question sur cette épitaplie que sur une lettre du pape Zozinie, datée du XII l;al. apriles*, d'où il ressort qu'au mois d'avTil on ignorait à Rome le consulat de Théodose et cependant voici qu'il existe deux lettres du même pape Zozime, datées respectivement du \nii des calendes (le mars et du m des nones de mars avec celte mention : Ilonorio XII et Thcodosio VIII consulibiis '-. Cette mention si complète paraît bien être l'œuvre des compilateurs de canons, car on ne comprendrait pas que Zozime eût supprimé en avril le nom du consul qu'il avait écrit dès le mois précédent. Ce .soupçon touchant les compilateurs n'est pas gratuit puisque nous les savons coutumicrs du procédé, .\insi, cette année-là un concile se tint à Carthage aux calendes de mai, dont les canons sont entrés dans la Cnllcctio canonum Ecclcsiœ Africaniv, nous cette mention: (iloriosissimi.s imperatoribus Ilonorio XI I el TheodosioVl 1 1 Augusli.-! constilibu.i '; or sur un manuscrit qui ne garde que les seuls canons du concile de 418 (avant

'S. Léon, Opéra. édit.BnlIcrini, 1. 1, col. 1431. — •Majorien. Nooelte. iv, 9. — ' De Rossi, op. cit., t. i, p. 259, 'n. 606. — * Colctl, Concilia, t. m, col. 416. — ' Colcti.ConcHia. t. m. col. 399, 417. — * Colcll, Concilia, t. ii, col. 1.337. — ' Colcli.

les compilateurs des codes .Tustinien et Théodosienont procédé avec la même liberté, tantôt conservant le qui erit nuntiatus. tantôt le remplaçant par le nom qu'ils croyaient convenable, et ainsi on voit quelle valeur prennent les inscriptions pour l'étude des fastes et la date de promulgation des consuls ordinaires et pour la criti(|ue (les lettres des papes. Voici encoie une inscription qui mérite une particulière attention; elle est conservée dans le cloître de Saint-Faul-horsles-Murs, après avoir été retirée du pavement de la basilique (tig. 1312) ': Usée Datillse b(onestic ) Il emina; ) domus es/ lucis c(lmo spirndore carens?) ciijus animant pro easto sancto (vilif proposilo ) ncmo duhitut ciilum petiisse : (longo cdhue tempcre) [orlassis Imneret sepulcrum (lerrena) sui parte, tola cum sanclis (demum resurgel : deposila ) v halendas martia.i consule Cal(epio v. c.). Un de ceux ([ui transcrivirent ce texte (roi/. Marucell. XIV. un, p. 121) prit sur lui d'écrire Callopio et Ardacb. mais cette conjecture est gratuite et fautive puisque nous savons que le nom du consul Ardabur ne fut connu à Rome que tardivement. Toutes les inscriptions romaines de cette année, même une épilaphe datée du début du mois d'octobre, ignorent encore ou du moins passent sous silence le collègue de Calepins. De plus, nous lisons sur une inscription lyonnaise, trouvée en 1806 dans la rue des

Concilia, t. ni, col. 425. — ' Colcll. Concilia, t. n, col. 427. - • MarKorini, op. cit., n. 226; MuratorI, ï'/ics., p.407,n.5: Clinton. Fauli mm., t. il. p. 2(12; NIcoIni, o/i. cit., p. M7, n. 226; De Rossi. op. ci(., 1. 1, p. 320, n. 737.

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use

l'argues à Saint- JusL et conservée au musée de Lyon' : hic îACET DECORA MERCVRINA QVE VIXIT ANNOS XX OVIIT XIII KAL MA 5 lAS VIGEIIA PASCE CALLPIO VC CONS

On voit que l'Occident a, peut-être pendant l'année <-utière, ignoré le consul Ardabur; par contre une Norelle nous apprend que Constantinople n'avait pas encore reçu le messager annonçant le consulat de Calepins, aux calendes d'octobre. Et cependant la correspondance du pape saint Léon semble lui donner un démenti; une Icttrelait mention du consul Calepins, d'autres lettres citent les deux consuls et, celles-ci sont les plus anciennes en date. Il faut donc y regarder de plus près. Les lois de Valentinien, conservées au code Théodosien, sont datées de Rome le m des ides de mars et le vu des calendes de mai avec ces mots : Calypio v. c. cons. -; mais la sixième Xovelle de Valentinien de libcrtis, donnée le ra des nones de juin, porte Calipio et Ardabure cons. Ce serait donc — sauf le cas d'une interpolation, entre mai et juin qu'on sut à Rome le nom d' .Ardabur. Ceci serait pleinement d'accord avec les lettres de saint Léon, du xii des calendes d'août et du xn des calendes de novembre, qui citent les deux consuls; seulement une autre lettie du xn des calendes de novembre unii'crsis cpiscopis per Siciliam constitatis, ne dit plus rien d'.\rdabur. Le P. Quesnel s'est trop hâté de la tenir pour suspecte, les Ballerini l'ont défendue et on voit par les inscriptions que jusciu'à la fin de l'année, malgré la proclamation officielle de son nom, on n'en tint pas compte. Ces faits, minuscules en apparence, ne laissent pas que d'être instructifs. Les Romains avaient commencé l'année avec Calepius et depuis tantôt un demi-siècle, avaient pris l'habitude de n'avoir plus qu'un seul nom de consul. Quand on ^^nt leur dire que le collègue de cette année se nommait Ardabur; soit que le nom leur parut drôle ou laid ou barbare, ils n'en tinrent pas compte et les êpitaphcs gravées jusqu'à la fin de l'année ne l'écrivirent jamais ^. Le xu des calendes de novembre le pape avait deux lettres àécrire;sur l'une il fit comme tout le monde et passa sous silence Ardabur; mais sur l'autre il se ressouvint du nom et le mentionna.

l'endant le v« siècle, la formule post consulatum est fréquente à Rome sur les inscription de la première moitié de l'année '; on en aurait sans doute plus de preuves si, au cours de ce siècle, tant d'années n'offraient aucune inscription pour le premier semestre; ic sont les années ; 402, 403, 406, 409, 412, 414, 415, 417, 418, 420, 426, 427, 428, 433, 434, 436, 437, 438, 439, 440, 442, 443, 444, 445, 44S, 450, etc.'. D'ailleurs, il en est de même hors de Rome où le posl ccnsulalum est également fréquent sur les inscriptions du premier semestre; souvent, dans les provinces, la proclamation des consuls n'avait pas lieu avant le milieu de l'année et de cette promulgation officielle dépendait leur mention dans les actes officiels et sur beaucoup d'autres.

Sur trois monuments seulement la formule post consulatum peut sembler avoir été adoptée sans motif : ce sont une inscription romaine avec post consulatum

' Mém. de l'Acad. des inscripl., 2' série, t. i, p. 248; .Artaud, 1" Notice, p. 81; 2" Notice, p. 26; Montfalcon, Hisloire de Lyon, p. 1358, n. 10; Dictionnaire d'épigrapl\ie, 1. 1, p. 780; De Boissieu, Inscript, antiq. de Lyon, p. 559; E. Le Blant, Recueil, t. i, p. 74, n. 35, pi. n. 14; Cardinali, dans Atti delta pontif. accad. d'archeot., t. m, p. 352 sq. — • Novell. Tlicodos., I, 27, et 45; Valentiniani, II, 5. — * De Rossi, Inscripl.. t. i. p. 323. n. 739, 740; p. 324, n. 741. — ' Ibid.. t. I, n. 604, 660, 665, 706. 707, 764, 798, 812, 851. — » Sauf

DICT. d'abch. chrét.

Sliliconis secundo '; une inscription de Milan avec posl consulatum Bassi ' et une lettre du pape saint Léon datée posl consulatum Opilionis '.

Parlons d'abord de celle-ci. Apres avoir, au cours de l'année 454, daté dix lettres Aetio et Studio consulibws, au mois de juillet, Léon adopte la formule post (onsulalum Opilionis sur une onzième lettre, sauf à revenir ensuite sur toutes les lettres suivantes de cette année à la première formule. Quare non dubiam quin hoc mère arbitrium fuerit, écrit Pagi *. Mais au lieu d'arbitraire, n'y a-t-il pas ici une raison. Plusieurs témoins nous montrent qu'à Rome les noms d'Aëtius et de Studius ne furent connus que tardivement et, en conséquence, on y fit usage du post consulatum Opilionis dont on usait encore en Gaule au mois d'août. Les dix premières lettres de saint Léon auront sans doute porté cette mention et le collecteur du registre a pris sur lui de remplacer ce post consulatum par le consulat d'Aëtius et Studius; la onzième Kttre, datée du V des calendes d'août lui a échappé, car précisément au mois d'août, une inscription romaine donne pour la première fois CONS AETIO ET ISTVDIO VV CC '"; mais s'il est singulier de voir qu'au moment où la formule disparaît c'est alors qu'elle se lit sur une lettre du pape, peut-être en trouvera-t-on la raison dans le fait que celte lettre du v des calendes d'août est adressée aux évéques de la Gaule où le pape savait que le post consulatum Opilionis n'avait pas encore cessé d'être employé, comme le prouve cette inscription de Lyon " :

FAMVLVS DEI PRIMVLVS VIXIT ANN S LXXA IN BONO

HIC DEDITVS IN RELIGIONE REQVIEVI VDXSI KL SEPTEMB PC OPILIONIS VCC

En adoptant la formule, déjà désuète à Rome, mais encore en vigueur dans les Gaules, saint Léon voulait éviter toute chance d'hésitation sur l'authenticité d'une lettre importante puisqu'elle donnait la date de l'indiction pascale pour l'année suivante. Mais la formule tout entière de la lettre papale est ainsi conçue : data posl consulatum Opilionis quinto kalendas Augiistas. Valentiniano VIII et Anthemio consulibus Pascha nii kalendas ma/as. Ici il est clair que cette deuxième mention est ajoutée après coup, car le pape pouvait bien, le v des calendes d'août, donner l'indiction pascale de l'année suivante; mais il lui itait matériellement impossible de donner les noms des consuls de cette année-là. puisqu'ils n'étaient pas encore choisis. L'interpolation est ici bien évidente.

Passons à l'inscription de Milan sur laquelle nous lisons :

POST CONSVLATV BASSI III IDVS OCTOB ■

Il n'a pas manqué de consuls ayant porté le nom de Lassus, mais ici il ne peut être question que du Passas de 408 ou de celui de 431, les autres sont trop anciens pour qu'on leur applique la formule post confulatum et le style de Tinscription, d'ailleurs, ne s'y prêterait pas. .lean Labus, qui édita l'inscription, adopte le Bassus de 431, supposant que le rédacteur de l'inscription, composée en octobre 432, avait pris plaisir à omettre A ëtius et Valerius, alors dûment promulgués, afin d'avoir la satisfaction de nommer Bassus, mem-

peut-être quelques inscriptions de ces millésimes qui ont pu être trouvées dans ces dernières années. — • De Rossi, op. cit., 1. 1, n. 558. — ' J. Labus, Moniim. cpigr. gentiteschi e cristiani scoperli nella basilica di S. SimpUciano, dans Giornale dclV Istitulo Lomhardo, t. m. p. 7-10. — 'S. Léon, Opéra, édit. Ballerini, t.i, col. 1284. — ' Vafîi. Dissert, 'itfpatica, part. III, cil. il, n. 4. — ■ " De Rossi, op. cit.. t. i. p. 337, n. 765. — " De Boissieu, op. cit., p. 561 ; E. Le Blant, Recueil, 1. 1, p. 117, n. 57.

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bre de l'illustre gens Anicia. Cette explication relève de l'imagination pure, à moins que ce ne soit de cette légende, forgée par Pagi, d'après laquelle chacun pouvait inventer un posl consulatum de son choix afin d'en faire honneur à un personnage préféré. A y regarder de plus près, on n'hésite pas à attribuer l'inscription au Bassus de 408. Vers la fin de l'année 409, date de l'inscription, l'empereur Honorius était combattu par Alaric, son pouvoir aboli à Rome et transféré à Attale; vers la fin de cette année, Alaric était maître de l'Emilie et de la Ligurie (sauf Bologne) soumises à Attale. Ceci explique pourquoi, au mois d'octobre, le rédacteur de l'inscription de Milan n'y voyant plus très clair et ne voulant surtout pas se compromettre en nommant un consul en mauvais arroi, se rejetait en arrière et imaginait un posl consulatum Bassi. Bien lui en prit; à la fin de l'année Alaric était maître de Milan et Attale reconnu auguste dans cette ville. Mais alors pourquoi n'avoir nommé que Bassus et avoir omis son collègue Philippe? Dèsle mois dejanvier 408, les deux consuls avaient été connus partout et leur magistrature promulguée par toute l'Italie avant les calendes de jan\ier, suivant l'antique usage. Peut-être tout simplement pour simplifier.

Enfin l'inscription romaine dont il nous reste à parler est ainsi libellée ' :

pos/ CONSVUTVIV! F STILICHONIS r^, SECVNDO ce DEPOSITVS PVER 'V,7- HELIAS ARCENTARIVSSEPTIMV - -- KAL NOBEMBRES DIE BENERIS ORA QVARTA

5 OVl BIXET ANNIS TRICINTA ET QVINQVE ET DIES VICINTI ET TRES BENEMERENTI IN FACE

Ainsi donc, au mois de novembre de l'année 406, sous le consulat d'Arendius auguste et de Probus, un chrétien a préféré rappeler le souvenir du deuxième consulat de Stilicon, ce qui a entraîné bien des bouleversements. Sur la foi de cette seule épitaphe, Scaliger a changé toute la série des fastes consulaires afin de transporter le deuxième consulat de Stilicon de 405 à 406. Le P. Petau se tira d'embarras en supposant une distraction du lapicide '; Th. Lydiat, plus catégorique, a déclaré la pierre fausse^ ; Bimard de laBastie a suggéré la restitution du mot posl, afin que l'épitaphe pût désigner l'année 406 et non 405. Car là était le nœud de rafiaire : en 405, Stilicon fut sans doute consul pour la deuxième fois, mais cette année-là le sept des calendes de novembre tombait un jeudi et non pas un vendredi, en sorte qu'il fallait que la date consulaire fut 406. Le P. Lupi survint qui fit obser\cr qu'en l'an 400, Stilicon avait été consul et que cette année le sept des calendes de novembre tombait un vendredi. Il y avait bien le mot SECVNDO, mais toujours P. Lupi soutint qu'il ne visait pas le

' Smetius, Inscripliones antiqtiw, in-fol., Lugduni Batavorum, 1588, p. 142, n. â; Gruter, op. cit., p. 1053, n. 4; Scaliger, De cmend. lemp., p. 29; Flcetwood, op. cit., p. 4i:i; Lupi, Epiliiiih. S. Severœ, p. 19; Bimard de la Bastie, dans Muratori, 7 lies, vêler, inscr., 1. 1, p. 29 ; Keland, Fasli romani. p. 551; Giorei, op. cit., ad ann. 400; Bittcr, Chronol. cod. Tlieod., ann. 405; Lami, De eruditione apusioloriim, p. 211; Marini, dims Ciorn. J'i.H., t. vi, p. 10; (Clinton, Fasti rom., t. i,p. 502; MartinclU, Ronincx etlinico sacra.p. 52<>;Kosttus, dans les indice.<> de Cudius, Aniiquœ inscriptioncs, in-Iol., Lcovardlac, 1731, p. 64; De HossI, Inscript, christ., t. i, p. 236, n. 558. — ' Petau, De doctrina tcmporiim, 1. XI, ch. .\Lvni, édit. Vérone, t. ii, p. 207. — 'Th. Lydiat, Canones chronol., I. III, p. 196. — ' Atti délia ponti/. accad. d'archeol., 1. III. p. .369. — ' De Rossi, op. cit., 1. 1, n. 50G. 507, 543. — * Apianus, Inscr. sacr. i;c(.,Ing<>lstadii,1534, p. 485; A. Ortel et J. Visian, Itinerar. per nonniill. Culliiv Belg. parles. Anlwcrpiac, 1584. p. 60; Scaliger, De enundat. tempor., p. 483; Griller, op. cit., p. 1052, n. 6; Willhcra, Luciliburti-

deuxième consulat de Stilicon et, qu'associé aux deux lettres suivantes, ce mot voulait dire secundo comitis clarissimi ou bien (car on avait le choix) secundo consularis Campaniœ, ou encore secundo cœmeterii (ubiculo, comme renforçait le P. Lcsley. Ce fut un succès. Giorgi, Marini, Cardinali ' et d'autres érudits suivirent le P. Lupi et il fut entendu que l'inscription était de l'an 400 et on n'y pensa plus. Toutefois il était sans exemple qu'un con.sul se fut paré, avec ce titre, d'une autre dignité, et les lettres CC, en ce début du v« siècle , signi fiaient couramment clarissimi ou consulis ou consalibus ^ Cependant Borghcsi et J.-B. De Rossi ne pouvaient admettre la suggestion de Lupi et revenaient à celle de Bimard, trop sommairement écartée, bien qu'elle eût pour elle toutes les vraisemblances. L'accusatif de début, le sciage de la pierre qui avait fait tomber le mot de la première ligne débordant sur les autres lignes ne doivent pas être dédaignés. Resterait à savoir le pourquoi de ce posl consulalum en octobre ; mais, à vrai dire, on n'en sait rien.

Après avoir tant de fois menacé et attaqué l'empire, les barbares l'envahirent enfin. Alors, l'une après l'autre, les provinces, abandonnées par Honorius l'abandonnèrent. La Bretagne donna l'exemple en 407, puis la Gaule et l'Espagne suivirent son exemple et se donnèrent pour prince un certain Constantin, qui, vers la fin de l'année 408, se sentit assez fort pour proposer à Honorius, terrifié par les progrès d'Alaric, de l'associer à l'empire. Naturellement, en pareil cas, il recevait les faisceaux dès le mois de janvier suivant; or nous possédons une inscription de Trêves qui montre qu'il en fut bien ainsi '; Apianus nous apprend qu'elle fut trouvée in ccclesia S. PauUni posl allure, et Brower ajoute : Legilur in choru basilicat^ ubi lumulus marmoreus S. Paulino inscriptus, rudi insislens lapideœ basi, cui deformibus hisce littcris yrœcum esl inscriplum :

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"Ev0a xeÏTE EùdEp'.a èv EÎprjvy] oijaa. 'IepoxojjiY)Ti(?) ino xtôjjf»]!; 'ASSâvov, ÇY)CTaCT[a) (Xixp6(v) Ttpôç èTûv t. È[v ûlTraTia 'Ovcoptou [tjùt) xal KwCTTJajvTÎvou tô à (J.7jvl nav7j(xou iP 'hy^épcf. xip (xupiaxf)) èv ctpévi)-

Voici le huitième consulat d'Honorius associé au premier consulat de Constantin et nous savons maintenant que ceci aiTÎva en 409. Mais Honorius subissait ce collègue sans l'accepter; il lui envoyait la pourpre, mais il lui contestait les faisceaux, ainsi que nous le savons par les inscriptions romaines, sur les-

p. 144, fig. 71; Brower, Annal. 'J'revirenscs, t. i, p. 63; IJouche, Clironogr. de Provence, p. 568; Klcetwood.op. cil., p. 396, n. 3 ; Art de vérifier les dates, p. 358. note 6; Scaliger. op. cit., édlt. 1629. p. 516; Lami, ne eruditione apostolorum, p. 1003; Sirmond, Notœ ad Sidon. Apoll., v episl., p. 58; Ilugenbucli, Epistolir epigrapliictr, in-l", Tiguri, 1747, p. 325; Kcland, Fasti consul., p. 563; Code Théod., édlt. Rittcr, t. I, p. ci.xxu. ci.xxxiv; Pngi. ad liaronius, t. vi, p. 550; Dissert. hgpul.,p. 173; Th. S.Baicr.OpiKciifa. p. 407; Corsini, Notiv grœcoriim, part. I, p. 36; II. Noris, Annus et epochie Syro-Maccdonum, p. 317; Suxi. Pontificium Arelalense, p. 27; Maffei, Onctur. siglie, p. 57; l'iacontiniis. De siglis veter. Crwcnr, p. 105; Bandtiri. A'iiniism. imperii, t. ii. p. 550; Lcrsch. Central muséum, t. il. p. 29. n. 53; Honcll Smith. CoHcc(,«/i(i(/.. t. ii.p. 104; Schiiiitl. Die liirche d. Ilcil. Paulin, p. 432,n.6:K. LeBInnt. Hccueil,t. i,n.248: Slelner, Altchr, Inschri/ten, n. 83; I". X. Krniis, Die altchristlichcn Inscliri/len drr IVieinUmde, iii-l°, l-Ycibiirg In Brlsgau. 1890, n. 163.

FASTES CONSUI.AIKKS

quelles Honorius se donne, non plus l'intrus Constantin pour collègue, mais un consul de son choix, Tli6odosius. De cette répugnance, nous possédons plusieurs témoins : cinq, et on peut dire six, inscriptions romaines sur lesquelles nous lisons : DD. NN. Honoriu. VIII el Theodosio III Augg CC. SS », en sorte que la formule Honorio III cl Constanlino consulibus ne se lit que sur les inscriptions de la Bretagne, de la Gaule et de l'Espagne. Comme nous venons de le voir par le marbre de Milan, l'empereur Honorius, à la suite des victoires d Alaric, pendant le dernier trimestre de 409, eut à sulnr Attalc, un nouveau collègue impérial ; aussi pour échapper aux vengeances certaines, on imaginait de ne plus même nommer son consulat. Tout ceci n'était encore qu'un jeu en comparaison de ce qui allait arriver, car l'année 410 apporterait les pires calamités et des perturbations sans exemple. On sait l'impression de stupeur que causa aux contemporains la prise et le pillage de Rome. Les monuments épigraphiques devaient s'en ressentir au point que, désormais, les fastes consulaires sont parfois malaisés à établir.

En cette lugubre année 410, les inscriptions romaines font défaut et une période nouvelle s'ouvre pour l'épigraphie chrétienne de Rome : plus rares, séparées par de plus longs intervalles, les années même qui n'en sont pas privées en comptent à grand'peine quelques-unes. En 411 et en 412, à peine deux ou trois *; en 413 et 414, peut-être pas une seule '; en 415, 416, 417, 418, une à peine chaque année *; trois en 419 et probablement aucune en 420 ', mais certainement en 421. Les événements historiques en disent assez la raison. C'est alors que saint Jérôme écrit : Clarissimum terrarum omnium lumen exlinclum esse. Romani imperii Inincatum capul, el in una L'rbe lolum orbem inleriisse '. Ces paroles ne sont presque pas exagérées. L'infortune de Rome et des Romains fut sans mesure. Après un siège, une famine et une épidémie, la ville conquise et pillée, la plus grande partie de sa population fugitive et gagnant avec mille dangers l'Afrique, l'Egypte ou l'Asie Mineure '. Dans ces conditions, qui pourrait s'étonner de ne pas rencontrer d'inscription ou presque pas. Peut-être cette rareté des inscriptions a-t-elle permis une controverse singulière sur la date exacte de cette catastrophe '. Les anciens auteurs disaient 410, d'autres, d'autorité moindre, disaient 409 '. Pagi prit parti pour cette dernière date avec une si belle ardeur qu'on n'osa plus guère la contester", sauf toutefois le P. Garzon qui soutint l'opinion ancienne ". Celui-ci montra que Pagi n'avait pas su reconnaître les trois sièges successifs de Rome par Alaric et n'en avait connu que deux '-. Entre le deuxième et le troisième siège, Rome fut au pouvoir d' Alaric qui abolit le pouvoir d'Honorius et le donna à Attale, de qui Tertullus reçut les faisceaux. Quand Alaric, lassé d'Attale, eut fait sa pai.x avec Honorius, puis reprit Attale, puis encore le rejeta; en sorte que, comme écrit Orose : Altalus imperalor faclus injeclus, re/ectus ac dejeclus, ciliusque his omnibus aelis, paene quant diclis, mimum egeril el ludum imperii speetanti Alarico prsbucrit ''. Les fastes d'Idace nous montrent que Tertulius fut bien consul en 410 ", l'année même

' De Rossi. op. cit., 1. 1, p. 24S-249, n. 590-595. — ' Ibid., 1. 1, n. 596, 598, 600. — » Ibid., t. i, p. 250. — 'Ibid., t. i, n. 601, 602, 604, 606. — ' Ibid., 1. 1, n. 611, 612. — ' S. Jérôme. Prolog, in libr. I Ezcchiel, P. L.,t. xxv, col. 15. — ^Prolog, in libro 111 Ezecliiel, P.L.,t. .KXV,col.75. — ' Muratori, Annali d'Italia, ann. 409, édit. Rome, t. il a, p. 51. — • Cf. Petau, De doctr. tcnipor., 1. X I, c. L, édit. Veron, t. il, p. 208; Tilleiiiont, Ilist. des enipcrciirs. Honoré, note 29, t. v, p. 811 sq. — " Pagi. Crilic. ad Baronium, ann. 410, n. 1 à 13. — " Idatii cfjî.'icopi cbronicon correctionibiis, scfioliis el dissertationibus illustratiim, tiiict. .Jo. .Mat. (iarzon.S. J.,Rru-

où la ville fut prise et pillée. Les inscriptions romaines confirment ces faits. En 409, nous trouvons des épitaphes mentionnant le con.sulat d'Honorius VIII et Theodosius III, qui n'ont certainement pu être gravées pendant qu'Attale exerçait son autorité dans Rome. En 410, plus rien, et outre que les circonstances ne s'y prêtaient guère, si, comme on peut le croire, toute l'année ne s'est pas écoulée sans qu'on gravât une seule épilaphe, ne doit-on pas croire que leurs auteurs ont renoncé à les dater vu l'impossibilité de se reconnaître au milieu de toutes ces entrées et sorties successives où l'on apercevait Honorius, Théodose, Constantin, Attale, Tertullus. Non seulement à Rome on renonçait à savoir sous quels consuls on vivait en 410, mais une inscription de 411 nous apprend qu'en Italie, en 411, au mois de juillet, on n'était pas plus avancé, puisque nous lisons sur une inscription d'Eclane ces mots significatifs :

DEP-D-XII-KAL- AVGVSTARVM ITERVM • POST- CONS- HONORI-VIII ET THIVDOSI- III- AVGG ■>'

Les épitaphes romaines, en 409, du mois d'avril

au mois d'août, portent la mention d'Honorius et

Theodosius '°, période pendant laquelle Attale n'avait

pas encore occupé Rome, ce qui ne se produisit que

vers la fin de l'année, entre le mois d'août et le mois

de décembre. Dans les derniers jours de l'année 409.

nous voyons reparaître les noms d'Honorius et de

Theodosius sur une épitaphc '• :

ANCHISI . INNOCENTI • QVl • VIXIT ■ ANN ■ I. . . . rf

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