Chronique pascale (voirDiV/., t. m, col
H. Lf.ci.ercq.
FAUCILLE. Une épitaphc conservée au musée épigrapliiquc de Latran nous montre sous les mot : Flaoia Caril... un oiseau qui semble vouloir
Doctr. tenipor., p. 05 sq. — • De Itossi, Inscript., 1. 1, p. O.*»-!. note 5 (lu comment. — '" Honralli. <ip. ri(., t. il. p. .lÔO-llli. • — " Honialli, op. cit., t. i, p. 722-73.Ï. — " De RossI, Juscriptioncs chistianie urtiis J{onm\ in-Iol., Itoiiic, 1801, t. i. p. LXV. — "Roncnlli. op. c«., t.ii.p. 338-379. — " Disserl. Cyprian., npp., p. 11, 31. — "Op. ci(., p.753, 754.
FAUCILLE
FAUX
figurer la perdrix, une grappe de raisins à terre et, au-dessous, une faucille. Cette petite scène semble tout imprégnée des souvenirs de l'automne. Est-ce une indication chronologique de la date de la mort de Flavia (fig. 4315) '?
Une inscription trouvée dans l'arénaire d'Hippolyte,
4316. — Inscription du cimetière de Callistc. D'après De Rossi, Roma sotlerranea. t. m, pi. xxx, n. 28.
au cimetière de Calliste (ambulacre 5) montre une faucille, symbole de la profession agricole du défunt (fig. 4316) K
H. Leclercq.
FAUX. — I. Faux actes de martyrs. II.
Fausses lettres. III. Fausses vies de saints. IV. Fausses décrétales. V. Fausses liturgies. VI. Faux canons disciplinaires. VII. Fausse assemblée conciliaire. VIII. Faux actes juridiques. IX. Faux diplômes. X. Fausse charte. XI. Fausses chroniques. XII. Faux testaments. XIII. Faux trésor. XIV. Fausses inscriptions. XV. F'aux gralTites.
I. Faux actes de martyrs. — La falsification des documents est tout ensemble un art et une industrie qui s'exercent non seulement sur les textes mais encore sur les monuments. On fabrique de fausses ruines comme de fausses chartes et de fausses inscriptions; de nos jours, ce commerce est à peine moins actif et peut-être plus intéressant qu'autrefois. On a mis des siècles à tomber d'accord sur la fausse donation de Constantin et des années à faire la preuve de la fausse tiare de Saïthapharnès, Déjà, au xvm'^ siècle, les auteurs bénédictins du Nouveau traité de diplomatique consacraient près de 200 pages à l'étude des documents faux, et il s'en fallait de beaucoup que leur sévérité critique découvrît et dénonçât tous les textes falsifiés. Il serait utile de posséder un catalogue tenu au courant des pièces que la critique expulse définitivement du domaine de l'histoire, mais un ouvrage de cette nature ne peut être entrepris ici, tout au plus peut-on essayer de montrer par quelques exemples la nécessité d'une extrême vigilance.
Il existe une série imposante de textes et une série de monuments notoirement faux et qui gardent nonobstant le privilège d'alimenter l'imagination ou la piété des chrétiens, ce sont tous les apocryphes. Nous avons déjà montré combien souvent les artistes
' Marucchi, / Moniimenti dcï musco crhtiano latcrancnsc pi., ï.ix n. 31. — ^ De Rossi, Borna sotterranea, t. m, 227, 228, pi. xxx, n. 28; cf. Bosteaux, Paris, A propos
de l'antiquité ont cherché leurs inspirations et interprété des épisodes évangéliques ou apostoliques dénués de tout fondement (t. i, col. 2555, fig. 8.30-851). La littérature apocrjphe, une des plus abondantes et des plus ingénieuses, a ainsi popularisé des scènes et des épisodes dénués de toute réalité si on entend n'accorder créance qu'aux écrits canoniques, ou bien aux ouvrages d'une authenticité incontestée. Les idoles qui s'écroulent sur le passage de Jésus fuyant en Egypte, l'intervention de Véronique sur le chemin du Calvaire n'ont pas d'attestation évangélique. Combien d'actes des martyrs interpolés ont donné naissance à des types que l'art a vulgarisés et qui, néanmoins, ne peuvent s'autoriser d'un récit historique acceptable. Des remaniements ont maintes fois corrompu un texte primitif. Nous avons eu déjà l'occasion de rappeler les destructions d'archives des Églises accomplies pendant la persécution de Dioclélien. Après la tempête, et le calme revenu, les évèqucs et le clergé s'employèrent à restaurer ces ruines; on fit appel à des copies, à des souvenirs, à ce qu'on nomme tradition orale et ainsi on reconstitua un fonds d'acta et de passiones qui n'étaient pas intentionnellement mensongers, mais où la broderie avait couvert la trame plus que de droit et souvent plus que de raison. Les temps avaient marché et ceux qui étaient préposés à la réfection des archives semblent n'y avoir pas songé un instant. De là des anachronismes suffisants pour dénoncer les textes restaurés. Ainsi, dans un grand nombre d'actes, le titre de proconsul est remplacé par celui de eonsularis qui cependant n'a fait son apparition qu'après le triomphe du christianisme. Les noms des empereurs, leur titulature complitfuée sont d'autres pierres d'achoppement, quelques-uns s'en rendent compte et persuadés de l'inattention ou de l'ignorance de leur clientèle, ils imaginent un persécuteur typique, toujours le même et le même partout. Il existe en particulier un Anulinus qui pourchasse leschrétiens à Lucques, à Milan, à Ancône, sous Néron, sous Valérien, sous Gallien, sous Maximien, sous Dioclétien et qui n'est autre que ce féroce Anulinus qui ravagea l'Église d'Afrique sous Dioclétien et qui, pour les narrateurs de seconde main, devient le type même du magistrat persécuteur.
« Une fraude naïve a altéré, sur plus d'un point, la pureté des originaux dont procèdent les Acta martyrum. Souvent, pour exalter la gloire d'un saint, une piété mal entendue s'est appliquée à en embellir la légende; on a étendu les réponses du fidèle, on a même introduit dans son histoire des épisodes imaginaires ou simplement tirés d'autres écrits. Les exemples de ce dernier fait sont nombreux.
« Il est, dans les Acta sincera de Ruinart, un morceau que l'on s'accorde à reconnaître comme excellent, c'est la relation du martyr de saint Tarachus et de ses compagnons. Quelques points peuvent éveiller la défiance, mais tant d'autres traits le recommandent, surtout jn ce qui touche le rôle des appariteurs et la marche du procès qu'on ne saurait reprocher à Dom Ruinart de l'avoir inséré parmi les pièces de choix.
» C'est en Cilicie que se passe le drame. Le gouverneur se nonune Maxime; autour de lui sont groupés les agents du tribunal, le centurion Demctrius, le corniculaire Athanase, Pégase le comnicntariensis; ce sont les soldats de son Officium, de sa TâEtç, comme le dit un autre texte grec. Traînant avec lui les martyrs dans sa tournée judiciaire, Maxime se les fait présenter à Tarse, à Siscia, à Anazarbe. .\ndronicus, l'un des chrétiens, avait, au sortir de la torture, été jeté tout
d'une luucille en silex trouvée en Egypte, dans .15.10010(1011 jrançaisc pour l'aueincement des sciences, 1893, t. xxn, p. 758.
FAUX
sanglant dans un cachot, et défense était faite de lui donner aucun secours. Quand vient la deuxième comparution, les plaies du martjT sont guéries. Le juge s'étonne et s'irrite ; « Mauvais soldats, dit-il à ses agents, n'avais-ie pas défendu qu'on l'approcliàt et que l'on pansât ses blessures? » Le commentariensis proteste que nul n'a pénétré près du chrétien rigoureusement enfermé dans la custodia interior. Des vins, des viandes du sacrifice offert aux idoles sont violemment introduits dans la bouche d'un troisième martyr. Voilà quelques-uns des principaux traits de nos actes. Ceux de 'Patien Dulas reproduisent les mêmes circonstances. Le même gouverneur de Cilicie, Maxime, est assisté des mêmes appariteurs, le comiculaire Athanase, Pégase le commentariensis; il traîne le martyr à sa suite et d'une ville où sont tenues les ))remières assises, il l'emmène à Tarse; bien qu'exceptionnelles les tortures mentionnées dans la passion de baint Tarachus se retrouvent dans celle de saint Tatien Dulas ; des idnlotbyta' sont aussi introduits par violence dans la bouche du chrétien, et, lorsque après une première question, celui-ci enfermé dans la prison intérieure, reparait guéri de ses plaies, nous voyons également le magistrat accuser les appariteurs de lui avoir désobéi en assistant le captif; le commentariensis Pégase proteste de même que personne n'a pénétré près de cet homme '.
Les actes de saint Tarachus ont donc été exploités pour ser\ir d'actes à Tatien Dulas : en outre, ces mêmes actes ont servi à la rédaction de ceux du martyr (^alliope '. Ce n'est pas tout. Dans les actes du martyr Longin ' (dont on a fait ce soldat qui aurait ouvert le côté du Christ d'un coup de lance), on lit un interrogatoire ainsi conçu :
— Quid vocaris?
~- Christianus sum.
— Qui ante te juerunl nihil lucrali sunt de hoc nomine. Or ces mêmes mots se lisent précisément dans les actes de saint Tarachus et de ses compagnons, où on lit ceci :
— Quid vocaris?
— Christianus sum.
— Qui ante le fuerunt non sunl consecuti de nomine islo nihil *.
Cet exemple n'est pas isolé. Sans aller jusqu'en Orient, nous rencontrons en France des légendes hagiographiques produites en série par un seul et même travailleur, c'est le cas pour les légendes de Valence, Besançon, Langrcs-Dijon et Autun-Saulieu.
Le premier groupe débute par le même récit. ■ Saint Irénée, évêque de Lyon, envoie à Besançon le prêtre l-'crrtol et le diacre Ferjeux, pour fonder l'cglisc, ad fundendam ccclesiam ; en même temps, il dirige sur Valence, pour la même fin, le prêtre Félix et les deux diacres Achillée et Fortunat. Ces missionnaires s'installent modestement aux environs de leurs villes respectives — ceux de Besançon in crypta parimla latcrc solebanl; ceu.x de A'alence extra civitatem Valentiam contra Orienten sibi tuguriunculum de lignis contextum in locumorulorii dedicavcrunt — et là, ils se livrent aux travaux de l'apostolat. Au bout d'un certain temps ils ont des visions, dont ils s'informent mutuellement l)ar lettres (en style des v'-vi» siècles), ce sont des avertissements divins qui leur annoncent que l'heure du martyre est arrivée. A Valence, on voit cinq agneaux paissant dans une prairie émaillée de lys, une voix céleste les appelle : » Venez, disciples d' Irénée, venez
' Huinart, Acta sinccra, 1713, p. -122; Acla S. Tatiani Dulcc, n. 7, dans Acla sanct., 15 juin. — ' Acta S. Calliopi. dans Acla sanct., 7 avril. — ' Acla S. Longini, 2, dans Acla sanct., 15 mars. — * La légende de Longin Ira cns'cnrlchissant. — * ylc(asanc<.,l "novembre. — ' Acla sanct., 24 sep-
recevoir le prix de vos peines, » etc. ; à Besançon, cinq couronnes d'or, brillantes de pierres précieuses, apparaissent dans les airs et le même appel se fait entendre : « Venez disciples d' Irénée, » etc. Suit, dans chacun des deux textes, le récit de la passion, qui a eu Ueu sous l'empereur Aurélien.
« Entre les passions de saint Bénigne ' et des saints de Saulieu S Andoche, Thyrse et Félix, la parenté littéraire n'est pas moins évidente. Le P. van Hoof l'a signalée en rapprochant des phrases, des expressions tout à fait identiques ".
S. Andoche. S. Bénigne.
Ligatis post lergum mani- Vinctns in conspeclu imbus, ducii simt in conspectum peraioris esl exhibitus. Qui iniquissimi aesaris. Quibus ait illi : Ex qua regionc es, o Aurelianus ait: Cufus regio- crucicola, et quod nomen est nisliominesestis.autquodno- tibi? Ille respondit : Ab men veslrum, aut quem Deum oriente venimus fjo et fratres colère Dullis ? S. Andocliius mei, quos tu jam occidisli, a ait : Orientales homines su- sancio Polycarpo missi, ut mus, a sancto pâtre nostro verbum Dei gentibus prsedi- Polycarpo episcnpo missi; a cemus.
Cbristiadmoniti.cujus verbum incorruptum gentibus prœdicamus.
Aurelianus ait: Sacrificale Aurelianus ait: Si sermodiis nostris, ut ex srrario pu- nibus mets prsebeas famulablico remuneratos primas vos tum, magnum te sacerdotem in meo palatio esse constituam deorum meorum constiluam ... Ab liac voce, bi très cla- et remuneratum ex arario pumantes dixerunt : Aurum et blico, primum te in palatio argentum tuum tecum sit in meo esse jubebo. Sanctus Bepcrditione lupus rapax. nignus respondit: Aurum et argentum tuum tecum sit in perdilione, lupc rupax.
A'om nos non mutas a Sam me non mutabis a
Chrisli con/essione, qui et Ciiristo meo,cui ego servio...
tuam detergere habel perfl- gui et tuam detegere habet in-
diam. saniam.
Nisi liodie sacrificaverint, \isi hodie sacripcaverit,
diversis pœnis cas adfligite. divcrsis cum pœnis a/Jligile.
Et lia tamen erant integri, lia pristinic redditus est
quasi necunam plagam accc- sanitali quasi nec unam pfa-
pissent. gam corporis accepissel.
« On peut même dire que ces deux histoires ont dû être disposées d'abord exactement comme les deux précédentes : un début commun, des finales spéciales. Le début est ordinairement rattaché à la passion des saints .Vndoche et Thjrse. La nuit d'après son martyre, saint Irénée apparaît à saint Polycarpc encore vivant '. Il lui apprend que tes massacres de la persécution de Sévère ont désorganisé le personnel ecclésiastique de la Gaule et le presse d'y envoyer un renfort de missionnaires. Saint Polycarpc s'empresse de désigner deux prêtres. Bénigne et Andoclie, avec un diacre, Thyrse. Les trois apôtres débarquent bientôt à .Marseille et arrivent à .\utun, où ils sont reçus chez le sénateur Fauste. Après avoir baptisé son fils Symphorien, ils se séparent : Andoche et Thyrse demeurent sur le territoire d'Autun, Binigne s'en va à Langres. Alors on entre dans l'histoire spéciale des deux apostolats et des deux passions.
• Ces légendes de Saulieu et de Dijon ne sont pas seulement parentes entre elles; elles sont du même auteur que deux autres compositions hagiograiihi(|ues du même pa>s; nous voulons parler des riceiisions locales de la passion de saint Symphorien, d'.Vutun et de celle des Trois Jumeaux honorés à Langrcs.
• La passion priniilivc de saint Symphorien est
tcmbrc. — ' Acla sanct., 1" novembre, t. i, p. 1.18 — * L'anachronisme est de taille, suint Polycarpe, t|ui subit le martyre en 155, est représenté comme n>'ant survécu il saint Irénée, lequel vécut Juscju'aux onviiuns de l'on 200.
FAUX
une pièce rtu v siècle, notablement antérieure à tout ]e cycle que nous considérons. Dans son meilleur texte, celui que Ruinart a inséré parmi ses Acia sincera,e\\e n'offre pas la moindre allusion aux saints Bénigne, Andoche, etc. Mais, dans certains manuscrits, on la trouve pourvue de compléments, manifestement rapportés, qui ont pour efict de la raccorder aux légendes postérieures. Saint Bénigne y intervient pour célébrer le baptême du jeune Sympliorien.
" La légende actuelle ' des Trois Jumeaux de Langres est le produit d'une adaptation analogue, mais bien autrement hardie. Dans le récit primitif, attesté par toute la tradition du texte grec et même par une version latine -, tous les événements se passent en Cappadoce. Nous avons évidemment affaire à un groupe de martyrs cappadociens dont le culte, par une voie ou par une autre, s'introduisit à Langres au IV" ou au v« siècle. Le légendaire a imagine de déplacer le théâtre de l'histoire et de le transporter à Langres même. Dans son adaptation qui n'est pas toujours très adroitement exécutée, il a conser\é l'ensemble de la rédaction cappadocienne; mais il a donné un rôle à saint Bénigne. C'est le même qu'il joue à Autun à l'égard de saint Symphorien, celui de baptiseur '. A ce propos reparaît le récit de la mission envoyée par saint Polycarpe dans les circonstances rapportées plus haut. 11 n'est donc pas possible de méconnaître la parenté des quatre légendes (ou remaniement des légendes) des saints de Saulieu, de Dijon, Autun et Langres et celle des deux légendes de Besançon et de Valence.
« Maintenant, que les deux groupes soient apparentés entre eux de la manière la plus étroite, c'est ce qui résulte de la comparaison des textes *.
Passion de S. Bénigne Passion des SS. Ferréol ET Ferjeux.
Si eum dimiseriniiis ma- O inuictissimi dei, ut quid
gnuni maUim patriœ nostrœ virtutes vestrœ ad nihihim re-
accrescei et deonim nostro- diguntur, ut fam n»/ïu.s" locus
nun despectio sublevatur... .sîM'n quo despectiovestra per
Nooeritis quod dits nostris Iiujus chrîslianitatis tilulum
non placet isla conversio,nec non sublevetur?... Nec lex
miscetur ex illa christiano- illachristianorum aliquando
rum legibus deorum nostro- commisceri potesl Icgibus
rum. deorum nostrorum.
« Il est du reste à noter que, dans les deux groupes de légendes, s'est toujours par l'empereur Aurélien que l'on date. L'ancienne passion de saint Symphorien aura fourni ce détail. Ainsi, nous sommes en présence d'un ensemble de légendes sorties de la même plume, et ces légendes ont une même prétention : celle de raconter les origines d'églises importantes, situées à diverses distances autour de Lyon.
« L'auteur de cette collection de faux était sûrement bien Intrépide dans le mensonge. On conçoit qu'il ait osé « retrouver », c'est-à-dire fabriquer de toutes pièces les histoires des saints de Saulieu, Dijon, Besançon, Valence; il ne se heurtait ici à aucune tradition et surtout à aucun texte. Mais transporter dans la cité gallo-romaine de Langres toute une histoire arrivée
' C'est celle qui fut envoyée à l'évêque de Paris, Céraune, vers le commencement du vii*^ siècle par un clerc de Langres, appelé Warnachaire, Acta sanct.. 17 janvier. — ^ Texte SH'ec, publié par IL Grégoire. Saints jumeaux et dieux cavaliers, 1905, p. 10 sq. ; texte latin, ibid., et Acla sanct.. 17 janvier; cf. Anal, boll., t. il, p. 379. — 'La légende originale suppose que les trois saints sont morts catéchumènes. — ' Acla sanc(., p. v, t. i, p. lâG; jun. t. m, p. 8; comparez encore les chapitres vi et viii de la passion du saint IJénigne avec les chap. vi et vu de celle des saints Ferréol et Ferjeux. — ' L. Duchcsne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, 1907, t. I, p. 51-57. — • L. D'Achéry, Spicitegium, ^1-4°, Parisiis, 1675, t. xii, p. 545 sq. — ' P. Baliflol, L'épttre de
DICT. d'aRCH. CHRÉT.
en Cappadoce, et, cela, alors que cette histoire n'était nullement à l'état de tradition orale plus ou moins vague, alors que depuis longtemps elle avait été fi.xée par l'écriture, traduite en latin et répandue dans le pays, c'était là une entreprise tout à fait audacieuse. Four l'aborder, il fallait être doué d'une rare confiance dans son propre talent de persuasion et dans la crédulité de ses semblables. Cette confiance ne fut pas trahie; le légendaire du temps des rois burgondes créa une tradition qui dure encore '. »
II. Fausses lettres. — Le Spicilège de dom Luc d'Achéry a inséré parmi les trouvailles dont il devait communication au P. Jérôme Vignier, un document attribué à la fin du m" siècle et mis sous le couvert d'un évêque Théonas écrivant à Lucien, préfet des cubicularii ". Voir Dictionn., au mot Ch.\mbellans, t. m, col. 140-150. On y trouve des conseils sur la manière dont un chrétien doit s'acquitter de la charge de chambellan. « Qu'en toutes choses ils soient désintéressés et craignant Dieu; que le trésorier du prince tienne ses comptes avec une irréprochable et éclatante probité; que le conservateur du vestiaire et du gardemeuble fasse de fréquentes inspections; que le bibliothécaire ait un soin éclairé de ses livres; que les officiers de la chambre impériale soient réguliers et empressés. Lucien, enfin, devra faire de pieuses récollections, de pieuses lectures, car cet exercice sert beaucoup et on doit le pratiquer souvent, etc. ' ». Ce document était universellement attribué à ïhéonas, évêque d'Alexandrie de 288 à 300. Voir Dictionn., au mot Alexandrie, 1. 1, col. 1908. D'Achéry, après une courte hésitation sur l'attribution, admettait l'authenticité de la lettre: les bénédictins, ses confrères, qui préparèrent l'édition in-folio du Spicilège, Tillemont l'admettent à leur tour; les boUandistes, enflammés d'un beau zèle, réfutent les hésitations de d'Achéry; Galland, Routh, Migne se la transmettent de main en main '.
M. P. Batiffol a fait observer que dom d'Achéry tenait la copie du P. Quesnel •. Avant luî personne n'a fait mention de cette pièce que ne contient aucun manuscrit, dont ne parle pas Eusèbe dans ce qu'il dit de Théonas, ni saint Jérôme, qui n'est pas seulement tributaire d'Eusèbc, en sorte qu'à supposer qu'elle existât quelque part, le P. Quesnel est le premier et le dernier à l'avoir vue. Au reste l'identification de Théonas reste arbitraire et Lucien reste inconnu.
Quant au texte même de la lettre, il offre matière à d'autres observations : « Le prince n'est nulle part appelé Auguste, toujours princcps, et, ce qui est une grave inexactitude, il est une fois appelé César. Ce César Dioclétien nous est donné pour « un prince qui n'est pas encore chrétien. » A-t-on jamais pensé qu'il dût le devenir? — L'impératrice a une suite composée de comités et de pedisequse : le terme de comités est inacceptable étant donné le sens officiel et exact de ce mot, à l'époque où l'on veut placer la rédaction de notre texte. — Lucien est prarposilus ciibiculariorum, titre dont on ne trouve aucune trace ni dans les auteurs, ni dans les inscriptions. — Les fonctions sont
Théonas à Lucien. Note sur un document chrétien attribué au JTl* siècle, dans Bulletin critique, t. vu, 15 avrillSSG, p. 155- 160; réimprimé dans Bibliothèque de VEcolc des chartes, 1S86. t. xi-vii, p. 336-340, et dans Œuvres de Julien Havet, 1896, 1. 1 . p. 83-88. — 'Spici/offium, 1723, t. m, p. 297; Tillemont, A/i-, moires pourservir à l'hist. ece/és., 1698, t. v, p. 7; ^lc(a sanct., 23 août; M. Koutli, Reliquiœ sacrœ antenicivna' . t.in,p. 439- 445; Galland, l'clcriim Patrum bibliotheca, t. iv; P. G., t. x, col. 1567; V. Duruy, Histoire des Ronuiins, 111-4°, t. vi, p. 592; F. X. Kraus, Real Enctjklopadie, 1. 1, p. 337: Smith and Wacv, Dictionary of Christian biographij, t. i, p. 834: t. ni, p. 7 19. — ' Spicilegium, 1675, t. .xii, p. xxix : communicnvit R. P. J'aschasius Quesnel, oratorii D. I. Presbyter.
FAUX
donc confusément indiquées; Lucien a pour toute mission de diriger et de former les autres cubicularii fPotenses omnes regulare et insiruere), et c'est tout '. A ce titre, Lucien, semble-t-il, eût dû avoir quelque autorité sur le pœdagogium où s'élevaient tous les patîiXtxol TratSeç. Mais il n'y est fait aucune allusion. — Pour les autres cubicularii {l'qui privatas pecunias principis deiind; 2" qui vestes et imperialia ornamenta detinet; 3° cui crédita sunt vasa argentea, aurea, clirystallina vel murrliina, escaria vel potoria; 4" qui corpus principis curare habet) rien ni dans les inscriptions du haut Empire, ni dans les Notilia dignitatum, ne correspond exactement aux charges mal définies qu'on leur attribue ici. Leur hiérarchie, en outre, et leur nombre n'impliquent rien que de très simple et de très restreint ", conception faclice et contraire à ce que nous savons de la pompe et de la complication des services palatins, surtout à dater de Dioclétien. — On nous parle enfin d'une bibliotlièque et d'un bibliothécaire du prince: or, il n'a jamais dû exister au palais autre chose que des archives sous la direction d'un magister scriniorum: si des empereurs, en effet, comme Tibère, Trajan ou Vespasien ont fondé des bibliothèques, c'a été pour le public. Voir Dictionn., t. Il, au mot Bibliothèques '. »
A ces observations, on ajoutera encore que cette pièce latine traduite sur le grec n'offre pas trace d'un hellénisme, que la version latine est correcte et facile pour une époque où ces qualités deviennent rares. Bien plus, les citations scripturaires sont empruntées à la "Vulgate hiéronymienne et un passage semble inspiré par saint Jérôme. Celui-ci dans son Commentaire sur Job s'élève contre les éditions de luxe; sur ce point, il est le premier parmi les Pères de l'Église à parler des manuscrits pourpres. Habeant qui volunl veleres libros vel in membranis purpureis aura argcntoque descriptos vel uncialibus ut vulgo aiunl lilteris, onera magis exarata quam codices «. Théonas dit de son côté : Vctercs codices ressarciri procuret ornetque non (antum ad superstitiosos suntplus quantum ad utile ornamcntum : itaque scribi in purpureis membranis et litteris aureis totos codices... non a/fectet. Comme dernière considération, on signalera la parenté qui semble exister entre le latin du début de la lettre de Théonas, et celui de l'auteur d'une lettre prétendue de saint Loup à Sidoine Apollinaire, Jérôme Vignier :
TnÉoNAs, Vignier.
Gratias aRo omnipotenti Gratias ago Domino Dec Dec et Domino Jesu Christo nostro Jesu Christo per Spiqui fidem suam per unioer- ritum Sanctum qui te in fiac sam orbem... manileslare ac gencrali titubatione et prcseiiam in tyrannorum perse- suradilectissimiesponsœeccleciitionibn.'i ainpliare non des- siir suw ad ejiis suslcntalilit, immo... ejus verilas tionem et consolalioneni in magis ac magis splcndtiit, ut saccrdotem vocauit, ut sis lujam pace per boniim princi- cerna in Israël, et siciit am-' pem ecclesiis conce.ssa, Chris- bitiosos tionores miindanœ tianorum opéra etiam coram miliUiV ciimsumma lande excinfidelibus luceant, et glorift- qniilus es, ita mililiw cirlestis cetur... operosa miiniaet Iwmilia mi-
nisteria alacriler pcrcurras nec rétro..,
• Dans les deux pièces, nous retrouvons, avec le même début, la mime contexture de périodes. Ce style nombreux et cicéronicn qui altaclie le lecteur et surprend agréablement l'érudit, peu habitué ù rencontrer ce mérite littéraire dans des documents
' Cf. Wilmanns./Jxcmp/a m.scrip(. latin., n. 2098, au sujet de Narsès, et n. 1285 épitaphc de Prosénès. — * Comparez le train de la maison d'un simple ai?cnt du fisc. Wlllmanns, n..'i86.— 'P.UallITol.o;;. ci7.,p.:i.'i8. — * .S. Jérflmc, /^rup/al, in Job, P. t., t. xxvni.col. lOSIl. — 'Expressions de M. Ju-
d'une pareille date =, » comme aussi « ces exhortations banales, introduites toujours de la même façon, u en un mot ces tours, cette manière que l'on a signalés dans la rhétorique du P. Vignier, tout cela se retrouve dans Théonas '.
Voici l'exemple d'un autre faux introduit par Aug. Boullier dans le dialecte et les citants populaires de la Sardaigne ' d'après une découverte du cavalière Pietro Martini. « Nous avons, disait-il, une lettre écrite par l'un des évoques de l'île aux fidèles de son diocèse pour les exhorter à rester fermes dans leur foi et à suivre l'exemple de leurs pères et de leurs pasteurs, qui, dans les guerres contre les Sarrasins n'ont jamais reculé devant le martyre. Cette lettre nous fait assister aux premiers bégaiements de la langue et aux premiers efforts de la nationalité. Éditée pour la première fois en 1846, dans un petit recueil « introuvable », réimprimé en 18G4 par son inventeur dans les Pergamene codici e jogli carlacei di Arborea, raeeolti ed illustrati du même Martini, elle est typographiquement disposée de manière à faire croire à l'existence de lacunes dans le manuscrit original, la fin surtout paraît avoir beaucoup souffert; les lignes de points y occupent plus de place qu'ailleurs r par bonheur, il s'est con.servé quelques lettres de la dernière ligne et ces lettres contiennent précisément la date : domini DCCXXXX...
Les diplomatistes trouveront sans doute fort extraordinaire un document de 740 daté par l'année de l'incarnation, mais les philologues seront encore plus surpris de rencontrer dans un texte qu'on prétend du \Tii« siècle, des formes telles que celles-ci : pasquiri (pascere), des locutions aussi modernes que : « triompher de » (hat semper iriumphadu de issos Maumetanos) ',
III. Fausses vies de saints. — Suspecter la véracité d'auteurs « dont la vérité éclate à chaque ligne «est, paraît-il, un acte irrespectueux: cependant cette véracité cache souvent le mensonge et s'il est morti fiant d'en convenir, il est plus coupable de s'y exposer t|uc de le faire voir. Quel but ont donc poursuivi ceux qui assaisonnent d'épisodes merveilleux et de miracles des événements dont ils ont tout au plus appris l'existence, des personnages dont ils ont su, au plus juste, le nom et quelquefois le pays et l'époque? On qualifie les écrits rédigés dans ce but, de littérature édifiante, d'où il est permis de conclure que tout le monde ne s'édifie pas de la môme façon. Ces auteurs ont un premier but, triompher; ils sont des hagiograplies, mais par dessus tout ils sont des faussaires, ils veulent falsifier la vérité et ils y parviennent, ce qui ne mérite certes pas les circonstances atténuantes.
Voici du moins un hagiographc anonyme qui a eu la pudeur de ses mensonges; il a écrit la vie des saints Romain, Lupicin et Oyant ". Les deux premiers ont fondé, dans le Jura, les monastères célèbres de Condal (Saint-Claude), de Saint-Lupicin et de Romainmolier. Le cloître principal prit un nouvel essor au déliut du VI» siècle .sous l'abbé Oyant (Eugendus) dont l'école est célèbre. L'auleur anonyme des Vies des trois abbés » y a été poussé, dil-il, par deux de ses confrères du monastère d'Agaune (voir ce moi), ses amis .lean et Armentarius. t II se vante d'avoir connu Eugendus, se réfère assez souvent à ses propres expressions el prétend s'être trouvé à son lit de mort. On l'a donc pris pour un contemporain et on l'a mis
lien llavct. — • P. BatlITol op. cit., p. 340. — ' In-8°, Paris, 18G4. — ' P. Meyer, Une supercherie tilttrairc, ùans La correspondance littéraire, 23 Juillet 1804, t. viii, p. 2r.l-268. — ' Acia sanct., Jnn., Vila Eiigcndi, l. i, p. 50; fébr.. Vita Romuni, t. m, p. 710; mart, Vila l.upicini, t. m, p. 263. —
FAUX
au début du vi« siècle '. Mais déjà le P. Quesnel avait soupçonne en lui un faussaire *, et bien que toutes ses raisons ne soient pas décisives, l'une au moins est écrasante pour le biographe. Il appelle le célèbre évêque de Besançon supradiclse metropolis patriarcha; et pourtant cette ville n'était point métropole à l'époque mérovingienne ' : le titre patriarcal était alors donné tout au plus à l'évêque de Lyon *. Quesnel, qui tenait ce passage pour interpolé, accordait d'ailleurs peu de confiance au reste de l'ouvrage. Le biographe raconte sur les deux fondateurs à peu près les mêmes histoires que Grégoire de Tours dans son ou\Tage des Vilie Palrum, mais dans les détails il s'en éloigne avec une sorte de souci scrupuleux. Chez qui, Romain est l'ainé des deux frères, il est le premier à se rendre dans la montagne et Lupicin est célibataire, tandis que chez Grégoire celui-ci est l'aîné et marié; chez lui, Romain guérit deux lépreux; chez Grégoire, il en guérit neuf: tandis que Grégoire donne comme motif d'une audience obtenue par Lupicin du roi de Bourgogne Chilpéric, la misère des moines, chez le biographe il s'agit de libérer de pauvres gens du joug de la servitude. S'il en vient à parler de l'époque de la transmission du pouvoir des Romains aux Eurgondes, et s'il fait la description de la division entre les partisans de l'ancien et du nouvel ordre de choses, il traite de questions du plus haut intérêt politique, que les écrivains ne se sont pas posées alors seulement pour la première fois. Il est d'autant plus à regretter que le chapitre suivant laisse paraître sous un jour faux sa véridicité. L'histoire du comte Agrippinus — le soupçon que conçut Egidius sur son projet de livrer par envie le domaine romain au.x barbares et la découverte de son innocence — est à peu près en contradiction flagrante avec le renseignement donné par Idace ' sur la remise, par trahison, de Narbonne aux Goths faite par le comte. En parlant d'envie : Romanis fascibus livens, le biographe semble avoir utilisé non ce chroniqueur, mais plutôt son copiste, Frédegaire.
« Grégoire n'a point écrit la vie d'Eugendus; d'après le biographe, le saint, depuis sa septième année jusqu'à sa mort, n'aurait point franchi le seuil du monastère de Condat, sans doute pour faciliter à son prétendu disciple le récit de sa vie. Celui-ci y cite une lettre de Grégoire de Xéocésarée qu'il connaissait par Rufin ', mais il l'a pris pour l'auteur de la lettre Grégoire le Grand : Gregorius quondam Magnas, et un véritable écrivain du début du w siècle ne l'aurait pas mieux connu ' ? Il aurait cependant pu savoir le nom du précédent abbé de Condat, et justement, sur ce point, il ne satisfait pas notre curiosité, s'en tenant à des expressions générales, pater ille, decessor, et tourne la ditTicullé. Nous aurions appris volontiers quelque chose de plus précis sur la règle de Romain et de Lupicin. A la fin de son premier li\Te, il se réfère au troisième; et dans celui-ci, il énumère les règles que les frères ne suivaient pas : celle de saint Basile, celle de Lérins, celles de Pakhôme et de Cassien, et pense qu'en considération du climat gaulois, ils se seraient dirigés d'après celle-ci, isla, plutôt que d'après celles d'Orient. Il semble donc prendre les habitants de Lérins et Cassien pour des orientaux, et il ne donne aucune description de la règle jurassienne, et il se ré-
* Rettberg, Kirchengeschichtp,t.i,p. 96 ; Bindîng, Gescbichte des burgundisch. rôm. Kônigreichs, p. 65; Stober, Zur Krilik der Vila S.Johannis Reoniensis,p. 14; Br. Ivrusch, Script, rer. merov., t. i, p. 663. — • Disserlatio V seu apnlogia pro S, Hilario Arelatensi, dans Opéra S. Leonis, édit. Ballerini, t. n, p. 754. Les Ballerini n'admettent pas le doute de Quesnel, mais Henschenius l'admet, Acla sanct., maii t. vu, p. 596. — * \eiics Archiv, t. xvni, p. 516. — * Hinschius, Kirchenrechl, 1. 1, p. 573, note 1. — ' Muniim. Germ. hislorcia.
jouit d'avoir si habilement évité l'écueil : igilar quia oraliuncula hœc noslra. inslar gubernaloris trepidilanle, inslilutionis pelagus contemplata circumspiciens andique, portum silentii gaudel adtingere; le lecteur miséricordieux comprendra sa joie. Il loue fort l'éducation des moines au temps de son héros et déplore les erreurs de son temps à lui. Les moines vont à cheval, l'abbé tient table à part, tout l'eUort des religieux vise à obtenir les places d'honneur du clergé séculier. Qu'une jeune moine distingué arrive heureusement au sacerdotium, il ne s'élève pas seulement au-dessus de ses contemporains par l'âge, mais audessus des moines plus âgés et plus dignes, sans avoir rien appris, sans connaître ses premiers éléments; c'est par la férule, dit-il, qu'il faudrait châtier l'arrogance de la jeunesse. Cela n'est pas convenable, mais l'indignation morale du biographe n'est certes pas injustifiée. Combien les anciens étaient dillérentsl Lupicin déclina la prêtrise et Eugendus, dont le père était in presbylerii dignilate sacerdos, avait tant de respect pour cette dignité qu'il préféra rester libre du sacerdolium et gouverner les moines absque sacerdolali eminenlia; il ne permit même pas que les prêtres administrassent le sacrement, ne mettant pas, à son avis, assez de prudence dans l'examen des hommes. A l'époque du biographe, les points de vue s'étaient donc considérablement altérés : ce qui était autrefois redouté était aujourd'hui désiré, et c'est ainsi que le contemporain semble se rejeter lui-même à une époque postérieure. A l'époque ancienne, le prêtre ne s'appelle sacerdos qu'avec l'addition des mots secundi ordinis. En l'appelant simplement sacerdcs. et la préirise sacerdotium, le biographe se conforme à l'usage du IX» siècle. A cette époque, d'ailleurs, la plupart des moines avaient reçu le sacerdoce ou le diacojiat ' et il nomme aussi un diaconus ejusdem monaslerii.
« C'est aussi à cette époque que se rapporte son éducation. Il a un style affecté et, sans être tout à fait maître de la grammaire, il laisse voir dans sa langue des traces d'une éducation classique et il étale des expressions grecques. Il n'avait, au contraire, aucun sens du celtique: il dérive condalisco de condere et quand il explique Isarnodorus comme un mol de la lingua gallia, par ferreum hoslium, les anciens Gaulois auraient dû parler allemand pour arriver à la porte de fer (eisernes thor) '. Le biographe comprenait donc l'allemand et aussi le français, car il écrivait sermonem aut muttum (mot) et venire ad mansum (venir à la maison), ce que n'aurait pu faire un contemporain d'Eugendus, car ces mots n'ont pénétré dans le latin qu'au ix= siècle comme le montrent les exemples de Du Cange. Les trois Vilse Romani, Lapicini Eugendi, que Adon paraît avoir eu déjà à sa disposition sont une pure falsification et doivent être rayés de la liste des documents historiques >". •
IV. Fausses décbét.\les. — A lui seul, le nom de Fausses de'crélales éveille le souvenir de contestations acrimonieuses et d'interminables polémiques. Il n'y sera pas fait allusion ici. Dans l'histoire des falsifications célèbres, les fausses décrétâtes tiennent un rang mémorable parce qu'elles ont été exploitées en vue d'intérêts positifs; mises sous le nom de pontifes romains, elles ont longtemps influencé le jugement des historiens soucieux avant tout de se ménager les
AucloTcs antiquissimi, t. xia, p. 35. ' — ' Hist. eccles., I. III, c. XI. — ' Anal, botl., 1896. t. xv, p. 91. — * Par exemple, en 838. il y avait à Saint-Denis Irente-trois sacerdote.'i et dix-sept diaconi: et à Saint-Gall, sous l'abbé 5valumon, quarante-deux sacerdotes et vin'it-quatre diaconi. Cf. Mabillon, -Uina/i'.s". t. il, p. 608. — * Ci. D'.\rbois de Jubainville, Hfchcrclies sur l'origine de la propriété foncière, p. ISt. — '" Ur. Ivrusch. La /alsification (ie.s- uies de saints burgnndes, dans Mélanges Julien llavet, in-8°, Paris, 1896, p. 42-44.
FAUX
applaudissements et les récompenses. Cependant il n'existe pas de documents auxquels les papes de Rome soient plus complètement étrangers. Leur origine s'explique par un calcul qui ne fut peut-être que naïf à une époque où la probité littéraire semble ne pas exister. Un certain Isidore faisait métier de fournir de pièces fausses les corporations ou les individus dans l'embarras. Était-il fort estimé de ses contemporains? On voudrait pouvoir en douter. En tout cas, les produits de son officine gagnaient à ne pas laisser deviner la main du fabricant. C'est ainsi que, pour donner le change sur la source d'un de ses produits les plus travaillés, Isidore n'hésita pas à recourir aux grands moyens, il changea de nom et adopta le sobriquet, que d'ailleurs il rendit fanieux, de Mercator •. Ainsi grimé, Isidore donna corps à son idée. Il avait obser\'é dans les notices du Liber ponlificalis romain, le soin apporté à rappeler et à résumer les décisions canoniques des papes, décisions importantes mais perdues ou considérées comme telles. Cette perte était assurément regrettable, aussi quel accueil ne réser\erait-on pas à celui qui les retrouverait et les donnerait au public? Il suffisait de s'y appliquer, c'est ce que fît Isidore- Mercator.
Un premier point, et capital, consistait à ne rien omettre de ce qui pouvait donner crédit à l'ouvrage et, pour cela, il fallait rechercher quelques épaves d'une authenticité certaine qui ser\'iraient de pierre de touche pour tout le reste. Isidore retira du Liber ponlificalis quelques sentences indubitablement anciennes et leur fit un sort dans sa collection. La notice du pape Évariste contenait cette phrase : septem diaconos ordinavil qui custodirent episcopum prœdicantem, propler slilum vcritalis -. Isidore s'empara de ces paroles et composa sous le nom d'Évariste une décision dans laquelle il intercala l'obligation d'instituer dans chaque cité un corps de sept diacres qui custodiant episcopum ^ Même procédé à l'égard du pape Alexandre dans la notice duquel Isidore prélève deux lambeaux . Hic passionem Domini miscuit in prsedicalione sacrrdotum quando missae cclebranlur. — Hic conslituit aquam sparsionis cum sale benedici in habitaculis hominum'; autour de ces phrases, Isidore composera sa décrétale ''. Une fois en possession de cette facile méthode, l'auteur s'y complaît. Sixte I" lui fournira aussi matière à une décrétale ' et aussi le pape Télesphore. Ici, le faussaire procède avec prudence; il commence par emprunter à la notice trois décisions relatives au jeûne qui précède la fête de Pâques, à la messe de minuit, à l'heure de la célébration des messes, à la récitation solennelle du Gloria in cxcelsis; cela fait, il produit sa contrebande à laquelle nul ne refusera crédit '. Lorsqu'il arrive au pape Jules, Isidore introduit dans sa trame des passages que les érudils reconnaîtront sans peine et retrouveront facilement parmi les renseignements contenus dans VHistoria tripartila de Cassiodore '.
On a vu la méthode, maintenant voici le but auquel tend l'auteur.
Ce but est strictement celui que peut se proposer un faussaire qui se préoccupe beaucoup moins du passé que du présent. Au temps d'Isidore, c'est-à-dire
' Ce (lui put lui donner l'idée de ce sobriquet ce tut, d'après Ilinschius, l'utilisation qu'avait faite Isidore de deux passafïes de Marins .Mercator, Ilinschius, dans Zeitschrift tur Kirchenrechl. ISCiO, t. vi. p. MS sq. — ' Liber ponlilicalis, èdit. L. Duclicsnc, t. i, p. 120. — ■ Ilinschius. Decrelalcs pseudo-Isidoriaiuv, ln-8°, Berlin, 1863, p. 87. — ' Liber ponlificalis, t. i, p. 127. — ' Decrelales pseudo- Isidoriante, p. 99. — • Liber pnntifîcalis, t. i, p. 128. — ' Liber ponlificalis, t. i. p. 129 ; Decrelalcs pseudn-Isidorlana\ p. 109 sq. — ■• Ilinschius, op. cit., p. cxxiii. — • V. Foumicr, Élude sur les /ausses décrilales, dans Revue d'histoire eceli-
au ix= siècle, la puissance de l'Église était assez redoutable et ses richesses assez considérables pour provoquer maintes entreprises de la part des pouvoirs laïques. Les évèques occupent dans la société du temps une situation morale et matérielle avec laquelle il faut compter; dès lors, le procédé le plus efficace pour lutter contre eux est de les mettre en accusation, de les priver de leur siège et, à la faveur du trouble qui en résulte, s'emparer d'une partie de leurs biens, sinon delà totalité; en sorte que «les règles destinées à combattre l'abus des accusations se retrouvent, on peut le dire sans aucune exagération, à toutes les pages de la collection '. « La défense des droits des évèques dépossédés, tel est le but principal vers lequel convergent toutes les théories de l'auteur et la plupart des textes qu'il assemble ou fabrique '". » C'est par là que lu situation à laquelle il s'agit de remédier nous instruit sur l'état de l'Église franque au début de l'époque carolingienne.
Isidore se soucie peu des redites parce qu'il sait que c'est à ce prix qu'il inculquera la conviction qu'il veut faire pénétrer. Il ne nie pas absolument la culpabilité possible des évèques, ce qui pourrait jeter eu d'autres embarras; mais il soutient que l'inférieur ne doit pas accuser son supérieur, et que le laïque ne doit ni peut s'attaquer au clergé et à l'épiscopat. De tribunaux laïques il ne saurait être question ", pas plus que de tribunaux ecclésiastiques improvisés et incompétents : Pcregrina judicia generali sanclione prohibemas, quia indignum esl ul ab exlernis judicelur, qui comprcvinciales cl a se eleclos débet habere judices ". Le clerc relève de son évêque, l'évèque relève du concile provincial, présidé par le métropolitain, à moins qu'on ne s'adresse directement au pape à qui appartient l'appréciation sur la sentence rendue par le concile provincial. Une fois la juridiction établie, il s'agit d'exposer la jurisprudence. Aucun procès ne peut être poursuivi en l'absence de l'accusé " à qui l'on doit, jusqu'au jugement, épargner toute vexation, exil ou incarcération. C'est en inculpé libre qu'on doit s'offrir à ses juges, et s'il arrive que l'inculpé est reconnu coupable, une fois sa pénitence faite et sa faute expiée, il reprendra sa situation précédente ", et, si de graves difficultés y font obstacle, l'évèque sera transféré sur un autre siège '^ : ce qui est alors une grave innovation '*.
Pénétré des principes du droit romain, Isidore soutient que c'est à l'accusateur à fournir la preuve objective de ce qu'il avance, que les témoins qu'il produit offrent toutes les garanties, enfin il avance, d'après un apocrjTjhe ancien, (pie la condamnation d'un évèque réclame la déposition de soixante-douze témoins ". L'aveu même de l'accusé ne suffit pas, il peut avoir été extorqué, surtout s'il est fait par écrit.
Afin de défendre efficacement le patrimoine ecclésiastique, Isidore s'efforce de mettre ses protecteurs naturels, les évèques, à l'abri des convoitises déguisées sous forme d'accusations juridiques. Pour garder les biens, il faut mettre les évèques et les clercs audessus des manoeuvres extérieures et des tentations de la cupidité, et c'est pourquoi Isidore recommande la vie commune; à cinq reprises différentes, il rappelle
siasiique, 190G. t. vn, p. .18. -- '• Ad. Tardif, Histoire </<■.•. sources du droit canonique, in-8°, Paris, 1887, p. 156. — " Decrelalcs pseudo-Jsidorianw, p. 95. — ■ " Decrelalcs pseudo-Lsidorianœ, p. 202. cf. p. 7.3, 11». 167, etc. — " De crtiales, p. 131, 171. — " Decrelalcs, p. Itl , 112. — " Décri'lales, p. 152. — '* P. rournlcr, op. cil., p. 40, note •!, fait observer que l'idée était nouvelle au ix" siècle. A la fin de ce siècle, on sait les dinicultés que provoqua l'élection du pape Formosc transféré du siège de l'orto à celui (U- Ponic et la rancune qu'on lui en garda. — " Constilutuin Siluestri, p. 411).
FAUX
l'exemple de la primitive Église de Jérusalem, c'est l'unique remède qu'il préconise, nulle part il ne parait se douter que les maux produits par la ricliesse seraient guéris peut-être si l'Église renonçait à acquérir sans cesse de nouveaux domaines, si elle partageait ses biens immenses pour ne garder que l'indispensable aux frais du culte, à l'entretien du personnel et des édifices, au soulagement des misères urgentes. Ce point de vue ne l'a pas cflleuré. Isidore compte peu sur la résistance de l'Église franquc, c'est dans l'Église romaine qu'il place sa confiance, ce qui l'entraîne à rappeler complaisamment les privilèges, les grandeurs de celui qui succède à saint Pierre et possède la juridiction universelle, sur ses collègues isolés ou réunis en conciles. • Il est absolument vrai de dire qu'Isidore, désireux de dégager l'Église franque de l'étreinte du bras séculier, a bien plus besoin du pouvoir du Saint-Siège pour y appuyer les évèques, que les papes n'ont besoin d'Isidore pour étaycr leur propre pouvoir. Jamais les fausses décrétâtes n'eussent été rédigées dans les termes où nous les possédons, si le Saint-Siège n'eût été, au temps de leur rédaction, en possession d'un pouvoir dont il était indispensable d'obtenir le concours afin d'assurer l'indépendance nécessaire à l'Église dans l'Empire franc ". »
Désireux d'aiïirmer le pouvoir des évèques, Isidore n'hésite pas à mettre les curés sous leur entière dépendance; ce n'est pas à lui qu'il faudrait parler de l'institution divine des curés, dans lesquels cependant il découvre les successeurs des soixante-douze disciples désignés pour seconder les apôtres ". Il 'n'a eu en vue, en posant cette affirmation, que d'ébranler les chorévèques qui réclamaient pour eux-mêmes cette filiation et de rehausser le prestige des curés. A l'égard de ceux-ci, il a ses exigences. Il ne consent pas à ce que le culte soit exercé, tantôt dans un lieu tantôt dans un autre, ni dans la demeure des particuliers '. Isidore veut des églises consacrées où on célébrera le service divin.
Les évèques seront élus par le clergé et par les fidèles : boni sacerdoles el spiriluales populi ', en présence du métropolitain et des comprovinciaux de l'élu, ou tout au moins, avec leur agrément. Chaque Église n'aura qu'un seul évèque et se rattachera à une cité, civilas; il sera élu, sacré, publiquement proclamé et reconnu; c'est-à-dire que les chorévèques, ces nomades au titre vague, à l'ordination contestée, font tous les frais de cette organisation. Ce sont des paresseux, des gêneurs et des inutiles auxquels Isidore est impitoyable. Ces chorévèques ont été consacrés non par trois prélats mais par un seul, celui qui comptait utiliser leurs services'; leur autorité est usurpée, leur pouvoir épiscopal nul. S'ils ont été consacrés par trois évèques et non par un seul, leur cas n'est pas meilleur, puisqu'ils ont été ordonnés sans titre ou sur un titre partiel qui ne suffit pas (Voir Chorévèques). Ainsi déblayé de ces intrus, le terrain n'en sera que plus convenable et plus ferme pour établir le pouvoir épiscopal qui a droit à la vénération, à l'obéissance incontestée.
La réunion de plusieurs diocèses constitue la province ecclésiastique modelée sur les divisions administratives de Rome ancienne '-. Elle comprend dix ou douze Églises. Le texte célèbre de pseudo-Pelage II sur la province ecclésiastique : scitote certam provinciam esse quse babel decem vel undecim civitatcs el unum regem et totidem minores poteslales sub se et unum episcopum
' P. Fournier, op. cit., p. 43. — = Décrétâtes, p. 79,'82, 5t2. — Décrétâtes, p. 698. — ' Décrétâtes, p. 178. — ' Décrétâtes, p. :>11. — • Décrétâtes, p. 79, 121. — ' S. Grégoire, Epist., 1. XI, n. :«i, (dit. Ewald, t. n, p. 312. — " Wasserschleben, Cct'cr dus J-'atertand der fatsclien Dekretatcn. dans Historiselie Zeilscttrift, 1890, t. Lxiv, p. 238, 239. — ' l.esne, La hiérarcliie en Oaute et en Germanie (74i-8S2J ,\n-S", Lille, 1905,
aliosque suf/ragalores decem vel undecim episcopos judiccs, procède d'une lettre de saint Grégoire J" à saint -Augustin de Cantorbéry sur la composition des provinces anglaises ' et d'un texte de la collection irlandaise '. La province ecclésiastique est gouvernée par le concile provincial, car, à lui seul, le métropolitain ne serait pas compétent. Selon Isidore, le pouvoir du métropolitain doit être contenu et cette opinion lui est commune avec son époque où il ne manquait pas de gens pour blâmer et pour redouter les empiétements des métropolitains '.
Au-dessus des métropolitains prendront place les primats et patriarches '", entre lesquels Isidore ne fait pas de distinction. Toujours préoccupé de calquer l'administration ecclésiastique sur l'ancienne administration civile, il place des primats dans les primx civiiales qui possédaient jadis des primi flamines. « Quant à la désignation plus précise du siège des primaties, elle ne se déduit pas facilement des fausses décrétales. Un textç du pseudo-Anaclet cite parmi les sièges primatiaux de Rome, Alexandrie et Antioche; pour les autres cités, qui ont reçu des primats soit des apôtres, soit de saint Clément, soit d'Anaclet lui-même, le pape dit qu'il en joint la liste à sa lettre ". Malheureusement, Isidore n'a point fabriqué cette liste, qui n'eût pas peu Contribué à fixer ses idées. D'autre part un canon apocryphe placé dans une lettre de pseudo- Jules est ainsi conçu : Qaod non aliœ metropolilanœ ccclesias vel primates sint, nisi illœ quae prius primates eranl et post Chrisli adventum auctoritate apostolica el synodali primalem habere meruerunl ■'. Un canon apocryphe cité par pseudo- Jules est ainsi conçu : Primates non alii sunt (nisi) gui in prxdicla Nicena synodo sunt conslituti ". La même idée est exprimée par pseudo- Isidore dans une lettre attribuée à Félix II ". Est-ce à dire que, pour Isidore, il n'y ait d'autres primaties que celles mentionnées dans le vi« canon de Nicée, c'est-à-dire les primaties de Rome, d'Alexandrie et d' Antioche? Je ne le crois pas; il admet sûrement d'autres primœ civiiales, sur lesquelles il ne s'explique pas. D'ailleurs, il ne semble pas favorable à cette institution. Pour lui, la primatie est de droit étroit. Pseudo- Anicet déclare qu'il ne faut plus créer de primats, à moins qu'une nation tout entière ne se convertisse à la foi chrétienne, car, en ce cas, il pourrait être utile, de donner un supérieur unique à de très nombreux évèques ". Sur les attributions des primats, qu'Isidore envisage surtout au point de vue judiciaire, il y a longtemps qu'on a remarqué l'incohérence de ses décisions '° ; visiblement c'est une institution qui n'a qu'une importance secondaire dans sa conception pratique de l'organisation de l'Église ". »
V. Fausses liturgies. — La plus célèbre est celle qui fut mise sous le nom de saint Clément le Romain et qui compose les chapitres v-xv du livre VIIIs des Constitutions apostoliques. Composée au seuil du v= siècle, mais devant faire figure dans un recueil où rien n'est admis s'il ne peut se réclamer du nom d'un apôtre, c'est déjà presque une concession d'avoir choisi Clément alors qu'on avait autant de motifs de prendre Pierre, Paul, Jacques ou Jean, ou tout autre; mais Clément jouissait d'une large réputation d'écrivain, d'organisateur, son nom estampillait déjà beaucoup de productions douteuses, la raison fut sans doute jugée suffisante pour mettre sous son patronage une liturgie qui d'ailleurs se réclamait des apôtres
p. 193. — " Décrétales, p. 38. 79, 82, 83, 121, 185. 468. 480, 4S7. — " Ihid., p. 82-83. — '= Ibiil., p. 468. — " Ibid., p. 487. — " Ibid., p. 480. — " /6i<i.,p. 121. — "Hinschius. 17». cit., p. ccxi.x; Lurz, Ueber die Ilcimat Pseudo-lsidor, p. 16 sq., SecUel, Pseudn-Isidor. dans lieatencylitopddie, 3' édit., t. XVI, p. 281. — " P. Fournier, dans Rci'iie d'Iiistoire ecctésiastiqiie, 1906, p. 49.
FAUX
André (chap. vi) et Jacques le Majeur (cliap. xnV L'auteur nous est connu; c'est le même qui a manipulé les épîtres de saint Ignace d'Antioclie, la Didascalic, la Didaché. Gonflant ces deux derniers ouvrages jusqu'à en faire les sept premiers livres des Constitutions apostoliques. S'(5tant ainsi fait la main, l'auteur a pensé avec raison qu'il pouvait risquer une liturgie et il s'est mis à l'œuvre. Il a abouti à une « liturgie de fantaisie; » simple distraction, une gageure peut-être, destinée au délassement de son auteur, correspondant à quelqu'une et même à plusieurs des liturgies en vigueur vers la fin du iv8 ou le début du v« siècle. Voir Dictionn., t. m, col. 2748-2792.
Il suffit de parcourir les deux volumes de Renaudot, Liturgiarum orientaliam coltectio pour s'administrer la preuve que les liturgies n'ont pas été moins suggestives aux faussaires que les autres branches de la littérature ancienne.
"VI. Faux canons DisaPLiNAiRES. — On en peut dire autant de la littérature considérable mise sous !e nom de • canons apostoliques » et dont nous avons déjà parlé. Voir Didionn., t. ii, col. 1910-1950.
VII. Fausse assemblée conciliaire. — Le document en question est, au jugement de Julien Havet, « un chef-d'œuvre de falsification » et « on ne doit pas s'étonner beaucoup qu'il ait fait illusion à tous les savants qui l'ont étudié. C'est la relation d'un colloque, ou d'une discussion solennelle sur les dogmes chrétiens, qui aurait eu lieu à Lyon, en 499, en présence du roi bourguignon et arien Gondebaud, entre les prélats catholiques et ariens du royaume de Bourgogne. » Le texte publié par d'Achéry, Spicilegium, in-4°, t. v, p. 110 ', a été reproduit par J. Havet, dans Bibl. de VÉcole des chartes, 1885, t. xlvi, et Œuvres, 1896, t. i, p. 46-51 -. Ce long morceau peut se résumer ainsi : Au temps où saint Rémi travaillait avec succès à détruire partout le culte des idoles et à propager le christianisme, le clergé bourguignon songeait de son côté aux moyens de combattre l'hérésie arienne et de rétablir l'unité de foi parmi les chrétiens. Dans cette pensée, Etienne, évêque de Lyon, invite un jour les antres évêques du royaume à se réunir en cette ville, à l'occasion de la fête de saint Juste (2 septembre), qui y attirait chaque année un grand nombre de fidèles. Plusieurs prélats se rendent à cette invitation, et parmi eux le célèbre saint Avit, évêque de Vienne. Ils arrivent à Lyon, l'avant-veille de la fête, le 31 août par conséquent, et vont aussitôt saluer le roi dans un domaine des environs de Lyon, où il résidait alors. Dès les premiers mots, Avit, au nom de tous, demande au roi une discussion publique avec les principaux prélats ariens et promet de démontrer contre eux la vérité du dogme catholique : le roi diflère d'abord sa réponse; mais, dès le lendemain de retour à Lyon, il accorde aux évêques leur demande et fixe au jour suivant, c'est-à-dire à la fête même de saint Juste, le débat entre les prélats des deux Églises. Les évêques catholiques passent la nuit en prières auprès du tombeau du saint; ils écoutent la lecture de (juelques paragraphes de l'Écriture sainte, pris successivement dans les divers livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, et chaque fois le lecteur tombe sur des passages où paraît prédit l'insuccès des tentatives qui vont être faites pour convertir le roi. Attristés, mais non abattus par ce présage, les évêques catholiques se rendent à la conférence et Avit porte la parole en leur nom, en présence du roi. des prélats ariens et de plusieurs grands de la cour. Il parle avec éloquence pour le dogme catholique : le chef du parti arien, Boniface, ne trouve rien de probant
' Réimprimé : Spicilegium. tn-fol., 1723, t. m. p. 301; Uouquel. Hecuell dex historiens, t. iv, p. 99; Alclml Ecdicii Aviii Viennensis cpiscopt Opéra, édit. l'cipcr, dans Aiiclons
à lui répliquer, et le roi remet la discussion au lendemain. Le 3 septembre, Avit parle de nouveau, et Boniface lui répond, non par de arguments, mais par des injures, qui excitent la colère du roi. Avit se croit alors sur du succès, il presse Gondebaud de se déclarer catholique; il propose aux Ariens de se rendre avec lui au tombeau de saint Juste et assure que, là, le Seigneur ne manquera pas de se prononcer, par quelque miracle évident, pour sa foi contre la leur. Mais le roi. fatigué ou indécis, prend le parti de renvoyer l'assemblée sans rien conclure. L'entreprise avorte ainsi, comme l'avait fait prévoir le présage de la nuit d'avant la fête. Tou tetois, plusieurs particuliers ariens se convertissent et, au bout de quelques jours, reçoivent le baptême catholique.
Il est facile de déterminer l'année où ces faits sont supposés se passer. A deux reprises, Gondebaud, dans ses conversations avec saint Avit, parle du roi des Francs, qui, dit-il, le menace d'une guerre et cherche à soulever contre lui son propre frère. Or, c'est en 500. que Clovis, roi des Francs et Godegisèle, frère de Gondebaud, s'unirent pour attaquer celui-ci; la même année, Gondebaud réussit à vaincre son frère et le fit périr. Le colloque, qui eut lieu, dit-on, le jour et le lendemain de la saint Juste, 2 et 3 septembre, ne peut guère être rapporté qu'à l'année qui précéda cette guerre, c'est-à-dire à l'an 499 de notre ère. C'est, en elïet, la date à laquelle l'ont fixé tous les historiens.
La relation du colloque est écrite en un style simple et clair qui attache le lecteur et surprend agréablement l'érudit, peu habitué à rencontrer ce mérite littéraire dans les documents du v» et du vi« siècles. De plus, on y remarque des traits de caractère qui donnent au récit une assez grande apparence de vérité. Saint Avit, théologien convaincu et controversiste passionné, croit ses arguments irrésistibles et ne cherche que l'occasion de les produire. A peine a-t-il salué le roi dans sa maison de campagne, qu'il l'interpelle et le somme en quelque sorte d'ordonner une discussion entre les représentants des deux sectes chrétiennes; et il n'attend pas l'ordre royal pour entamer cette discussion contre Gondebaud lui-même. Plus tard, quand il voit les docteurs ariens embarrassés de répondre à ses raisonnements, il s'écrie, avec une confiance naïve : Si vous n'avez rien à répondre, pourquoi ne vous convertissez-vous pas à mon opinion? Gondebaud, au contraire, se montre uniquement occupé des soucis de son gouvernement. Aux prélats qui lui parlent de théologie, il parle politique : Si votre religion est vraie, dit-il, pourquoi le roi des Francs, qui la professe, m'attaque-t-il injustement? Il consent à la discussion demandée, mais il ne veut pas quelle soit publique de peur d'agiter le peuple. F.n séparant l'assemblée, il renvoie les évêques avec de belles paroles, leur dit de prier pour lui et se montre touché de leurs arguments, mais il n'a garde de choquer son peuple en embrassant leur foi. Un autre type de politique est le courtisan Arédius, qui professe le catholicisme, mais favorise l'arianisme pour plaire au roi, et qui essaie d'arrêter la conférence en représentant aux évêques que ces disputes aigrissent les esprits sans utilité. Rien n'est plus ordinaire et plus vraisemblable aussi que le procédé de discussion imputé au docteur arien Boniface qui, au lieu de répondre au\ raisons de son adversaire, se borne à lui poser des questions subtiles et difficiles, dont il semblait, dit le narrateur ([u'il voulait fatiguer l'esprit du roi. Tous ces traits sont d'un naturel parfait et composent un tableau plein d'agrément et de vie.
andV/uissimi, l. vi, purt. 2. p. 101. — ' Nous doiuions ici le commentaire de J. Havet, Œiwres, ln-8, Paris, 1890, t. i. p. 51-01.
FAUX
Mais ces qualités n'empêchent pas que celte relation, si on la soumet à un examen critique, n'ofire des difficultés sérieuses.
D'abord le document est trop précis, trop complet, tout y semble trop prévu pour satisfaire la curiosité historique. Un contemporain n'avait guère d'intérêt personnel à rapporter avec ce détail une conférence sans résultats. Yignier qui avait laissé sans un mot d'explication les neuf pièces rencontrées parmi ses papiers et publiées après sa mort, déroge à son silence pour celle-ci qu'il a trouvée, dit-il, dans un ouvTage inédit sur les miracles de saint Juste. Mais ce livre a péri, personne ne l'avait ^^l auparavant, personne ne l'a vu depuis.
L'évêque Stephanus qui convoqua la conférence succéda à Ruslicus ou Raslicius dont l'épitaphe nous apprend qu'il mourut le 25 avril 501 ou 502. Son successeur n'a pas dû faire acte d'épiscopat avant cette date et par conséquent en 499. Il est vrai que l'épitaphe de Rusticus était encore inconnue en 1656 et Vignier est mort en 1661, il a dû se croire en règle avec la chronologie, n'eût été la malencontreuse trouvaille ' :
OBIIT VII KAL MAIAS ABIENO CONSVLE
Trois autres cvêques sont nommés, ceux d'Arles, de Valence et de Marseille, sous cette forme : De Aretale .Enius, de Valentia... de Massilia...ius; cette double lacune s'explique par le fait que la succession des cvêques de ces deux derniers sièges n'est pas connue à cette date -. De plus, il est douteux qu'un évêque d'Arles ait consenti à se rencontrer avec son collègue de Vienne, car on sait le conflit aigu entre ces deux sièges; plus aigu que jamais en 499. Depuis un demisiècle, saint Léon I"' s'était flatté d'apaiser ce différend en divisant la province romaine de Viennoise en deux provinces ayant chacune leur métropole, l'une à Vienne, l'autre à Arles, mais Anastase 11 (496-498) avait cassé cette décision et mis le siège d'Arles sur le pied de sufîragant de Vienne : c'était saint Avit qui avait obtenu ce succès dont saint Eone payait les frais, et ce dernier s'empressa de circonvenir le pape Symmaque, successeur d' Anastase, de qui il obtint, en l'an 500, la restitution de ses droits de métropolitain. Ainsi, au moment du prétendu colloque, les deux évèques de Vienne et d'Arles avaient toutes les raisons pour ne pas se rencontrer et même pour s'éviter. Mais, il y a plus encore. Pourquoi l' évêque d'Arles, Eone, serait-il allé à Lyon, chez le roi des Burgondes, alors que son siège appartenait au royaume des ^Yisigoths.
Le colloque prétendu aurait été projeté lors de la visite faite par les évèques à Gondebaud, dans sa maison de campagne appelée Sarbiniacus, d'où le roi revint à Lyon par la Saône (rex per Sagonam rediens urbem).
n ne peut s'agir de Savigny, près de l'ArbresIe, car la Saône n'y coule pas; mais d'Albigny, autrefois Arbigny. La suppression de l'S initiale est une irrégularité que rien n'autorise et que tous les exemples contredisent. Pareille erreur se rencontre dans un autre document faux, probablement du même faussaire, le testament de Perpetuus.
Enfin, s'il est vrai que beaucoup de détails du récit se disting\ient par un air de vérité assez séduisant, la règle n'est pas sans exception, et il faut signaler vers la fin un trait d'une invraisemblance choquante. Saint Avit, pour avoir raison de la résistance des Ariens, s'engage publiquement à obtenir du ciel un miracle qui les confonde : Si nos raisons, dit-il à Gondebaud, ne peuvent convaincre ces gens-là, je ne doute pas
que Dieu ne fasse un miracle pour confirmer notre lois ordonnez-leur d'aller avec nous au tombeau de saint .Juste; nous interrogerons le saint sur notre foi. Boniface l'interrogera sur la sienne et le Seigneur prononcera par la bouche de son serviteur. Un procédé aussi simple, pour trancher les difTicultés théologiques aurait sans doute été souvent mis en usage s'il était admis par l'Église; mais l'Église ne peut admettre qu'un homme, fut-ce un évêque, promette de son chef une intervention miraculeuse du ciel, et semble ainsi vouloir contraindre en quelque sorte la Divinité d'obéir à ses commandements. Les Ariens sont à leur aise pour répondre, comme ils le font dans le récit q\i nous occupe : Nous ne voulons pas recourir aux incantations et aux maléfices, comme Saiil, qui a été maudit; nous nous en tenons au témoignage de l'Écriture, qui est plus forte que tous les prodiges 1 Les paroles prêtées à saint Avit sont, de plus, imprudentes : si, après une pareille promesse, le miracle annoncé venait à manquer, quel eflet désastreux sur ceux que l'on prétendait convertir! Il n'est pas possible de croire qu'un prélat éminent et éclairé, comme l'était saint Avit, se soit laissé entraîner à p rler aussi légèrement et il suffirait de ce trait pour faire suspecter la pièce entière.
Voilà les raisons de douter de l'authenticité du récit en question. Mais, dira-t-on, si c'est une fabrication, où le faussaire en a-t-il trouvé les éléments? A-t-il eu assez d'imagination pour inventer les faits qu'il rapporte? Non; il a pris l'idée de ces faits dans divers passages des œuvres de saint Avit et de quelques autres textes anciens. 11 n'a eu qu'à recueillir ces traits épars et à les coordonner.
L'idée d'une conférence théologique entre l'évêque de Vienne et le roi Gondebaud était fournie par une lettre qui fait partie des ouvTages de saint Avit. L'évêque, écrivant au prince catholique. Sigismond, fils de Gondebaud, lui rend compte des efforts qu'il a faits, dans une discussion suivie, pour détacher le roi de l'hérésie arienne. H résulte des premières lignes de la même lettre que cette conférence avait eu lieu au moment d'une fête ^ L'idée que les prêtres ariens avaient pris part au débat pouvait encore être tirée du même texte *. Celle de placer la conférence dans la ville de Lyon et d'y faire figurer plusieurs évèques catholiques, assemblés en une sorte de concile, a dû être suggérée par une autre lettre du même recueil '. Une fois le lieu de l'assemblée fixé, il était assez naturel de choisir, pour l'occasion de cette réunion, la fête de saint Juste : plusieurs passages, tant dans la correspondance de saint Avit que dans celle de Sidoine .\pollinaire, font allusion au concours de fidèles que cette fête amenait chaque année à Lyon '. Quant au choix de la date, il convenait qu'elle fût rapprochée de l'époque de la guerre entre Gondebaud et Clovis, pour permettre des allusions liistoriques qui donneraient plus d'intérêt au récit; mais il fallait aussi que le royaume bourguignon ne fût pas envahi, pour que le roi eût encore le loisir de s'occuper de discussions théologiques : on satisfait à ces deux conditions en admettafit que la conférence avait eu lieu à la veille des hostilités, au moment où Clovis menaçait la Bourgogne, mais ne l'attaquait pas encore.
Dans le détail même, on retrouve aisément les passages qui ont inspiré telle ou telle phrase du récit apocrvphe. Quand Gondebaud dit aux évèques : Mes prêtres, saccrdotes mei, sont prêts à vous prouver que, etc., cette expression rappelle celle de saint Avit écrivant à Sigismond que le roi lui a demandé par
' Corp. inscr. 7a/., t. xiii. n. 2393. — - Gallia chrisiicma. de 1G5G, t. III. p. (>44, 1109. no fournit aucune indication précise sur les évèques de Marseille et de Valence en 499. — ^ Avili arclïiepiscopi Vienncnsis Opéra, édit. J. Sirmond.
in-S", Parisiis. 1643, (seule édition qu'ait pu connaître le faussaire) epist. xxi, p. 64. — ' Ibid., p. 66. — * Jbid., epist. xxvm, p. 73. — ' Ibid., epist. i.ix, p. 117; cf. epist. Lvn, p. 116; i.n. p. 114.
FAUX
cent plusieurs passages de l'Écriture pour les soumettre à ses prêtres, sacerdotibus suis •. L'ordre que Gondebaud donne ensuite de ne pas tenir la conférence en public, mais seulement devant un petit nombre de personnes, fait penser à un autre passage de cette lettre, où saint Avit semble louer le roi d'avoir ordonné que la discussion qui a eu lieu entre eux restât secrète ^. Toujours dans la même lettre, Avit se plaint des questions embrouillées que les docteurs ariens ont imaginées pour l'embarrasser : dans le colloque on représentait l'arien Boniface appliqué à entraver la discussion en proposant des questions faciles dont il semblait vouloir fatiguer le roi ". Grégoire de Tours aussi a été mis à profit. Il a fourni l'histoire de l'union de Godegisèle avec Clovis contre Gondebaud, qui motive les plaintes de celui-ci ^ l'épisode des présages tirés de la lecture des li\Tes saints ^; l'éloge de l'éloquence de saint Avit, reproduit en termes plus vifs dans le récit du colloque ' ; le personnage épisodique du courtisan Arcdius, qui, dans ce récit, comme dans une occasion racontée par Grégoire, met au scnice des intérêts de son roi les ressources de son esprit délie et de son caractère peu loyal ". Enfin, un passage d'Ennodius, dans la vie de saint Épiphane de Pavie, aura suggéré l'idée de la visite que les évêques catholiques font au roi Gondebaud dès leur arrivée à Lyon *. L'époque de la fabrication peut être déterminée à quelques années près. Les lettres de saint Avit auxquelles le faussaire a fait des emprunts, ont été publiées pour la première fois en 1643; la fausse relation elle-même a été imprimée en 1661; le faussaire l'a donc composée après 1643 et avant 1661.
VIII. Faux actes juridiques. — Le cas le plus ordinaire que nous rencontrons est celui d'un acte faux inspiré par l'intérêt. Tantôt l'intérêt consiste à se soustraire à une obligation onéreuse, tantôt à imaginer un droit fictif, tantôt à exploiter l'ignorance ou la passion des intéressés en les fournissant d'actes favorables à leurs prétentions; il est rare qu'on se livre à la fabrication des faux par dilettantisme et sans en attendre une rémunération. Les supercheries les plus grossières, celles d'un Vrain-Lucas par e.xemple, peuvent trouver créance, acquéreurs et défenseurs '; néanmoins, il nous paraît superflu d'accorder un instant d'attention à de semblables productions. La falsification des actes peut être envisagée à un point de vue moins épisodique.
Tout acte onéreux peut faire l'objet d'une action de la part de celui qu'il atteint; action juridique, s'il est honnête, action violente s'il est malhonnête, c'està-dire qu'il peut tenter de supprimer l'acte, de le falsifier ou enfin de le renier. Dans ce dernier cas, on allègue la falsification et c'est pour prévenir celle-ci dans la mesure du possible que, dès l'antiquité, on multiplia les précautions. Celles-ci n'étaient pas superflues à une époque où les dominations étrangères en se succédant prenaient peu de souci de la transmission du droit; par contre, les bureaux veillaient et pour avoir un motif de durer et de retenir leur personnel, ils multiplièrent les copies, les expéditions, les transcriptions auxquelles chacun trouvait son compte puisqu'on y voyait une garantie, une sécurité qu'on ne pouvait se plaindre de payer un peu cher.
' Avili arcliiepiscopi Viennensis Opéra, édit. J. Simiond, in-8°, Parisiis, 1653, (seule édition qu'ait pu connaître le faussaire) cpist. xxi, p. 66. ' Ibid., cpist., xxi, p. 6.5. — ' lbi<l., cpist. XXI. p. 67. ' Hislor. Fruncor., 1. II,
t. xxxn. — 'Hislor. Francor., I. IV, c. xxxi. * Hislor. Francor.,\. U.c. xxxiv. — ' IHslor. Francor., I. II. c. xxxn; cf. Hislorin epilomata, 18-19, dans A. Diicliesnc. Hislor. Francor. scripiores, t. i, p. 728-729. — ' Magni Felicts Ennnilii cpisropi l'irinrnsis Opéra, éclit. J. Sirniond, in-S", l'nris. 1011. p. 102. • II. liorilicr et E. Mnl>ille. ['ne
Voici, pour l'antiquité, principalement en Egypte et en pays helléniques, les principales mesures de précaution adoptées : 1° le signalement des personnes coopérant à l'acte donné par le tiers rédacteur ou — plus rarement — par la personne signalée elle-même: — 2° l'apposition de leurs cachets; — 3° leurs autographes (sous forme d'une phrase plus ou moins développée); — 4° la confection de l'acte par devant témoins; — 5" sa confection par une personne ayant (plus ou moins) foi publique : banquier, notaire ou fonctionnaire; — 6" la déposition de l'acte en lieu sûr : auprès d'un simple particulier (auYypa909JXa5) ou d'un personnage public; — 7° l'enregistrement public des actes; S" la conservation officielle de leurs copies '". Tout ceci se rencontre à peu près communément, et sans distinguer les époques, sur les papyrus et on n'en trouve presque aucun dans le s>stème romain qui se fait remarquer par l'absence d'intervention officielle sur les actes et affaires privés pendant la République et le Haut Empire. L'intervention officielle n'apparaît que pour l'ouverture du testament et pour l'affrancliissement jiar un maître mineur de 20 ans ou d'un esclave de moins de 30 ans. Tout le reste se fait devant les testes signalores et non devant l'autorité; même le notoriat proprement dit s'est développé tardivement et lentement chez les Romains. Sous l'Empire la bureaucratie gagne sans cesse du terrain mais ne parvient pas à égaler l'absolutisme bureaucratique de l'administration royale d'ÉgjTitc.
Chez les Grecs, nous le voyons par plusieurs testaments des philosophes, on mettait l'acte en dépôt chez un tiers; cet usage semble rare et tout à fait exceptionnel chez les Romains, où la forme la plus fréquente d'authentication est la testalio rédigée en deux doubles au nom des testes signatures, qui ferment ensuite de leurs cachets la scriptura interior.
Chez les Babyloniens, on avait trouvé mieux encore. Les deux doubles de l'acte étaient écrits sur des plaques d'argile dont l'un s'emboîtait dans l'autre formant étui. Le notaire qui les a rédigés se nomme et appose son cachet, le contrat est introduit dans l'étui qui porte la copie et que l'on ferme en repliant ses bords, puis le tout est cuit au four. Désormais, pour lire l'acte, il faudra briser l'enveloppe extérieure qu'on ne peut réparer sans laisser des traces visibles. Impossible de falsifier l'écriture après la cuisson, impossible aussi d'opérer des grattages. L'unique ressource consistait à forger un acte entièrement apocryphe, mais la falsification d'un acte cxistantétaitimpossible.
Pour les actes grecs et romains, toute la garantie de la fermeture consiste en un fil noué autour du papyrus ou des tablettes de cire et sur ce fil et son nœud les parties ou les témoins ont posé leurs cachets d'argile ou de cire. Pour éviter la violation de fermeture, on recourait à trois systèmes : le fil simplement noué autour de l'acte, ou bien passant par deux entailles assez profondes, ou bien traversant l'acte. Pour les papynis on le coud au travers, pour les tablettes on le passe par deux trous ad hoc, percés au milieu des bords. Pour les tablettes de cire, le sénatus-consulte néronien prescrit (avec triple fil) ce procédé sous peine d'invalidité; aliter tabulie prolatœ nihil mvincnli hat>cr\t ".
tabriquc de /aux aulograplies ou récit de l'allairr Vrain- Lucas, accompagne de quatorze lac-simités des principaux documenti mis en cause dans le procès, in-A°. Paris, 1870: et. J. Bertrand, P.loge historique de Miclicl Cliasla, ln-4"'. Paris, 1892. — "> .Mittcis, Reiclisrrclit und Volksreclit, p. 95 sq.. 173 sq. ; le mCmc, dans Hernu's. t. xxx, p. 601 sq., t. x.x.xiv. p. 9t ;i;radenwltz, l-'cslgabe /ùr R. Koc/i.p. 26Ssq. :r.crlinrd, dans l'Itilologus, t. lxiii, p. 498 sq. — "II. ICrmnn, La /alsipcalion ries actes dans l'antiquité, cinns Mélanges jVtcoIr. in-8°, (lenèvc, lUO.i. p. lll-i:il.
FAUX
Le passage du fil de fermeture à travers l'acte était destine a emiièclicr l'enlèvement des cachets, cependant les faussaires se servaient d'une épingle chaulTée pour détacher et recoller les cachets de cire, ainsi ce mode de fermeture ne donnait pas une sécurité absolue. Alexandre d'Abonotique faisait adresser à son dieu des demandes d'oracles dans des lettres cachetées sur le fil cousu a travers, et pourtant, au dire de Lucien, il savait les ouvrir et refermer à peu près toutes. Cependant, Lucien ajoute qu'Alexandre n'osait pas s'attaquer à des fermetures trop compliquées. Si un faussaire éniérlte comme Alexandre reculait devant un cachet unique pour les lettres traversées par un fil, un hésitait sans doute bien plus devant les sept cachets (plus encore parfois) d'une testalio romaine conforme au senatus-consulte Néronien.
Pour les actes gravés sur bronze, l'altération était impossible sans laisser un vestige toujours reconnaissable. L'emploi du parchemin est rare dans le haut Empire el un texte écrit sur parchemin avec de l'encre non métallique s'enlève avec une facilité absolue, mais précisément, en vue du parchemin, les anciens paraissent avoir inventé et ordinairement employé une encre métallique à base d'oxyde de cuivre '. Pour les papyrus, l'enlèvement sans laisser aucune trace du texte était donc difficile, mais non impossible. Avec l'encre non métallique, il suffisait de laver à l'éponge, au pinceau ou simplement au doigt mouillé '. Ce lavage, qui ne laisse pas de traces sur notre papyrus bruni, se trahissait -il peut-être sur le papyrus neuf, blanc et brillant? Ce n'est pas impossible, mais à l'appui de cette remarque, on ne peut citer qu'une phrase d'Ausone qui accompagne sa poésie d'une éponge pour l'effacer ' :
cnil candis pariter versibus oblimat fulvam laclicolor spongia sepiam.
La caria est nettoyée, sans doute, mais ne laisse pas que d'offrir des vestiges, des nuages dont on se préoccupe peu, mais qu'un faussaire ne doit pas tolérer.
Ammien Marcellin raconte l'histoire d'un faux qui favorise l'opinion sur la facilité des faux sur papyrus : Pour ruiner un grand personnage, on lui demande de nombreuses lettres de recommandation (lillenr ad amicos, cpistolas; hune fascem; epistolœ) et après avoir lavé leur texte : peniculo série litlerarum abstersa, sola incolumi relicla siibscriptione, on y écrit des sollicitations révolutionnaires adressées à de nombreux amis de la victime. L'accusation de haute trahison trouve des contradicteurs et est discutée avec passion au consistoire impérial, sans que le faux soit remarqué et ce n'est que longtemps après qu'un juge le découvre : contemplons diligenlius scripta apicumque prislinoriim rcliquias qaasdam repérions '.
Pour les tablettes de cire le faussaire pouvait remplacer on entier la couche de cire d'une tablette à la condition de donner à la cire la composition ou la couleur de l'original. Mais ce remplacement intégral était impossible, dans certains cas, par exemple, dans les pages d'un registre 'ou dans le cas d'une tablette qui, outre le texte en question, portait des autographes ou des cachets, que le faussaire n'entreprenait pas de contrefaire. Il est à peu près impossible d'effacer l'ancienne écriture sans laisser de traces. Déjà l'enlèvement total des lettres est difficile si elles sont tracées avec un style mince et pointu; en tout cas, à force de frotter on fera disparaître le mat qui caractérise la cire fondue. Pour rétablir l'aspect primitif de la cire, il faut fondre à nouveau la partie à retou-
cher et ceci entraîne une dépression et des inégalités. Pour empêcher la falsification, on recourait au cachet et à l'autographe. Le cachet dans les actes était accompagné de l'indication (plus tard autographe) du nom : adsrripHo. Le cachet ferme l'acte, il en garantit soit le secret, soit la sincérité. L'usage et la possession des cachets diminuant sous l'Empire, les juristes classiques déclarent valable l'apposition faite en son propre nom, d'un cachet d'autrui, mais ils ne disent rien du cas inverse où le cachet est imposé au nom du possesseur mais par un tiers. Si c'est en présence du possesseur du cachet, on n'a pu mettre en question l'authenticité; mais si c'est en son absence, le cas devient douteux. C'est le cas du « garde du sceau » byzantin ou mérovingien.
En droit romain, l'apposition du cachet faite au nom du consentant, mais absent, peut toujours être arguée de faux, peu importe que ce soit un mandataire infidèle qui abuse du cachet ou un tiers qui l'a volé et trouvé ou en fait un usage abusif. Dans les deux cas c'est un faux.
La contrefaçon des cachets bien gravés était difficile, mais n'était pas impossible à un faussaire; c'était au possesseur du cachet à faire la preuve et à obtenir la vérification du faux. Les cachets romains ne portaient pas le nom du possesseur, ni son image, mais un symbole, d'où une extrême incertitude. Au contraire, nous voyons sur le cachet de Childéric le portrait et le nom du roi. Afin de parer à cette sorte d'anonymat, on plaçait le cachet tout contre la signature autographe; ou bien on indiquait dans le corps de l'écrit, la gravure du cachet. On lit dans Flavius Josèphe, la lettre d'un roi de Sparte aux Juifs où il indique l'image de son cachet et le nom du porteur de la lettre, et surtout dans deux testaments gréco-égyptiens du II» siècle après J.-C. où chaque témoin, dans sa subscriptio autographe, indique la g^a^'ure de son cachet en même temps que son propre signalement. Au moment où le cachet devait sortir ses effets, on le faisait reconnaître comme authentique et intact : soit par le possesseur, s'il était présent, soit par des tiers ayant intérêt et qualité pour faire une telle reconnaissance: tels \escosignalores d'un témoin absent (par exemple dans les ouvertures de testaments des papyrus de Ravenne). ou encore le destinataire d'une lettre (par exemple dans les comédies de Plante). On ne rencontre aucun témoignage certain qu'il fut procédé à une confrontation du cachet contesté avec d'autres authentiques. Le cachet était appelé sinon à disparaître du moins à devenir de moins en moins fréquent, à mesure que se vulgarisait l'usage de l'écriture; aussi, l'autographe va se substituer assez généralement au cachet. On en a la preuve dans les papyrus ptoléméens, puis dans le • droit romain. L'autographe et le contenu détaillé sont exigés, tandis que le cachet devient presque dérisoire par l'autorisation de prendre un cachet quelconque, fût-ce celui du testateur.
La loi Comelia rfe/a/s(S de Sy lia réprime le faux commis dans unesi^niT/io, mais sous l' Empire on va plus loin et la loi atteint même le falsum sine consignatione, en particulier au cas si qùis alienum chirographum imitetur. IX. Faux diplômes. • — On s'est livré activement au moyen âge à la fabrication des faux; églises et monastères n'hésitaient pas à s'attribuer des droits imaginaires et des privilèges profitables, en invoquant les noms des plus célèbres souverains. Clovis, Dagobert, I Charlemagnc furent principalement exploités. Nous j avons déjà donné la liste plus ou moins complète des ( diplômes attribués à Dagobert I (voir ce mot). Quoi-
' cil. Grau X, dans Hcinie de philosophie, 1880, p. 82-85. — sono, Epist.. vu. — • ' Ammien Marcellin, Ilistor., 1. XV, c. v. = Waltenbach, Schri/twesen, 3« édit., p. 234 sq., p. 300; — • Cicéron, In Verrem. I, n. 92: II. n. 104, 187-191; Pro Gardtliausen, Griechisclic l'aheographie, p. 43 sq. — ' Au- I .4rc/iia, n. 9; Suétone, Clauditts, n. 16.
FAUX
qu'il en soit de la probité et de la loyauté que font entrevoir la confection de pareils documents, ceux-ci restent intéressants, quoique faux, parce que la plupart remontent à une période très ancienne.
Les faux ne sont pas seulement fabriqués dans un intérêt de cette nature; on fabrique également, et dès une époque ancienne, des fausses généalogies susceptibles pour les uns d'accroître leur situation dans l'État, ou même de leur faire entrevoir l'éventualité d'une couronne, pour les autres de leur procurer des prérogatives, des privilèges et des franchises fort enviables. Enfin, l'intérêt politique a provoqué la fabrication de nombreux documents.
« Lorsque les adversaires des Bénédictins tentaient, aux deux derniers siècles, de jeter le discrédit sur les archives monastiques, en donnant à croire qu'elles ne contenaient guère, en fait de chartes du haut moyen âge, que des pièces fausses, ils exagéraient sans doute, mais les Bénédictins n'exagéraient pas moins en cherchant à défendre la plupart de leurs anciens titres. En réalité, il semble bien qu'il n'y ait pas d'abbayes d'ancienne fondation qui n'ait, à un moment donné, de manière ou d'autre fabriqué de fausses chartes. Saint-Germain-des-Prés se targuait de posséder un prétendu diplôme de Childebert I", de 558, qui a longtemps passé pour l'acte original de la fondation de l'abbaye ^. Deux fois saccagée par les Normands au ix« siècle, l'abbaye avait perdu son titre fondamental et ne possédait plus sur les circonstances de sa fondation que des traditions douteuses que recueillit à la fin du même siècle un religieux du nom de Gislemar pour écrire une vie de saint Doctrovée, le premier abbé. Ce fut cette vie qui servit de modèle au moine qui entreprit de reconstituer le diplôme du roi Childebert.
• Saint-Denis qui devait au roi Dagobert sa fondation et de nombreuses libéralités, voulait lui en attribuer davantage encore et ne fabriqua pas moins de quatorze ou cjuinze diplômes de ce prince, refaits pour la plupart sur la foi des Gesta Dagobcrli. L'un d'eux, dont le prétendu original s'est conscr\'é ~, peut donner une idée de la manière dont on s'y prenait. La plus ancienne confirmation d'immunité, que l'abbaye possédât encore au x« siècle, él ait un diplôme de Chilpéric U, de 716 '. qui mentionnait, il est vrai, des concessions antérieures, mais dont la plus ancienne ne remontait qu'à Thierry IIL Cette antiquité ne sembla pas sufiisante aux moines du x« siècle qui jugèrent qu'un tel privilège devait remonter au fondateur de l'abbaye, et entreprirent de le fabriquer. Pour cela, comme leurs archives mêmes témoignaient que les anciens préceptes royaux étaient écrits sur papyrus, matière qui, à celte époque, ne devait point abonder sur les bords de la Seine, on sacrifia deux documents, jugés sans doute de peu de conséquence,
* Quicherat, Critique des deux plus anciennes chartes de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, dans Bibliotltéque dt l'École des chartes, 1864-1865, sér. VL t. i, p. 513-5.55; A. Giry, Manuel de diplomatique, in-S», Paris, 1894, p. 8G9- 870. — ' Arch. nat.. A'. J, n. 7; Tardif, Monum. histor.. n. 8: A. Giry, op. cit., p. 874-875 — ' Tardif, op. cit., n. 46.
- 'Tardif, op. ci(.,n. 16. — ' Tardif, op. ci(., n. 4. — • J. Havet. Questions mérovingiennes, V. Les origines de Saint- Denis, appcnd. II, n. 5. — ' Orif». Arch. nat., K. 3, n. 1. J. Tardif, n. 10, l'écriture de ce document ressemble singulièrement 1\ celle de la prétendue immunité de Dasobert et parait bien trahir le même scribe. - ' W.-H. Stevenson, The old English chartes (o .'iaint-Denis, dans English hislorical review, 1891, t. vi, p. 730-742. — ' La collection des conciles d'E-spagnc du cardinal d'.\Rulrre est remplie de pièces fausses, de chartes et (l'inscriptions supposées. Aussi ne doit-on consulter ce recueil qu'avec la plus grande réscr\-e. M. Rahanis, après avoir rappelé Kdéplorable penchant des Espagnols, aux xvi* et xvii* slé-
un jugement de Clotaire III de 658 ou environ, sur une affaire de succession *, et une donation de Clotaire II de 625 '; on les cousit bout à bout et l'on transcrivit au verso, en une grosse et lourde écriture qui trahit le X* siècle, le diplôme d'immunité de Chilpéric II. On se contenta d'y changer le nom du roi, de substituer une formule de concession à la formule confirmative, d'en modifier la date et d'y ajouter un grand nombre de souscriptions pour en faire un diplôme de Dagobert du 4 des kal. d'août de la 10= année de ce règne, soit du 29 juillet 632. Un tel acte renferme bon nombre d'énonciations inexactes, et il est même improbable qu'il ait pu exister à cette époque, puisque ce fut seulement en 654 que, en vertu d'un privilège de Clovis II, l'abbaye posséda des biens distincts de ceux de l'Église de Paris et fut soustraite, quant à leur gestion, à l'administration épiscopale '. Et cependant, le prétendu diplôme de 632 ne manque guère d'être couramment invoqué, même par des savants informés, comme type d'une immunité concédée par Dagobert 1". Ajoutons que la même abbaye ne se contentait pas de forger ainsi des diplômes royaux; elle se constituait tout un chartrier composé des titres les plus variés; c'est ainsi, par exemple, qu'elle refaisait, vers le même temps et par le même procédé, un privilège d'exemption perdu de l'évèque Landry ' attribue au 1" juillet 652 et se hasardait même à fabriquer des documentsanglo-saxons '. »
X. Fausse charte. — Un des faux les plus célèbres en histoire est la charte d'Alaon qui se rapporte aux prétentions de la maison d'Espagne-Autriche à la couronne de France. Publiée pour la première fois par le cardinal d'Aguirre, en 1698, reproduite et mise en œuvre moins de quarante ans plus tard par les auteurs de VHisloire générale du Languedoc, la charte dite d'Alaon n'a cessé d'avoir pendant tout le x\Tn" siècle la plus étonnante fortune et d'être considérée par l'érudition française comme un document d'une grande valeur. Le système qu'elle révélait sur les mérovingiens d'Aquitaine devint, après l'adhésion que lui donnèrent les bénédictins, comme un fait certain, une vérité historique qui passait pour incontestée. H fut accepté par l'Arl de vérifier les dates, et à sa suite par tous les ouvrages d'histoire classique. M. Fauriel s'emparant à son tour des données qu'elle fournit, en fit le fondement et la base essentielle de son Hisloire de la Gaule méridionale. La publication de cet ouvrage et le succès ([u'il obtint tout d'abord attirèrent l'attention des érudits sur la charte d'Alaon. Défendue par M. Fauriel, trop intéressé dans la question pour être impartial, elle fut vivement attaquée par le savant Benjamin Guérard, qui, se phiçant au point de vue diplomatique, dut conclure à sa f.iusseté. Depuis lors, un érudit, M. Babanis, a de nouveau soumis ce trop célèbre document à l'examen de la critique *.
des, pour la falsification des textes historiques et on avoir cité un ou deux exemples tirés de la collection des conciles, ajoute : • Et qu'on ne croie pas que ce fut la iléllance qui manqua au cardinal d'.\guirre; au contraire, personne n'a pris plus de peine pour se tenir en garde contre les surprises. C'est même ce qui donne un côté piquant il son rôle d'éditeur si souvent trompé. Dans son indignation contre les faussaires dont les productions le débordaient de toutes parts, il invoquait le secours du bras séculier et s'écriait : • Quand donc ceux qui sont les plus « Intéressés dans ces questions, prinripalenirnt nos seigneurs
■ les évéques et les membres des conseils royaux de justice et
■ de foi, extermineront-ils ces honteuses notions avec ton*
■ les pseudo chroniqueurs? Quanil Imposeront-ils un frein
■ aux fabricateurs de semblables impostures'.' • (Concil., t. II, dissert. m. excurs. 7). Mais II avait beau (aire, au moment même oii il écrivait ces lignes désespérées, le premier venu lui glissait dons la main une pièce apocryphe et dans sa candeur, il se liûtait de l'Imprinicr. >
FAUX
Laissant de côte la question de diplomatique, déjà traitée par Guérard, et pour laquelle il se sentait moins d'aptitude, M. Rabanis s'est surtout attache à mettre en contradiction les allégations de la charte et les données de l'histoire, telles qu'elles sont fournies par les chroniqueurs les plus dignes de foi. Il a également fait ressortir les impossibilités chronologiques auxquelles le système généalogique qu'elle renferme conduit forcément. Il en a conclu que la pièce était fausse, et il a été amené à en rechercher l'auteur. A la suite de cette dissertation, la cause était entendue et la charte déconsidérée.
L'objet apparent de la charte d'Alaon, c'est la sanction donnée par Charles le Chauve aux libéralités faites par un certain comte Wandregisile à l'église d'Alaon, un des plus obscurs monastères du diocèsed'Urgel. Rien de plus ordinaire que cette sorte d'actes : il y a pour le règne de Charles le Chauve des centaines de confirmations de cette espèce, toutes conçues dans les mêmes termes, calquées sur le même formulaire; mais celle-là n'y ressemble en rien. Au lieu de tenir comme les autres dans une page ou deux, elle renferme une longue et lourde narration où sont racontés, dans une langue qui n'est d'aucune époque, les événements de deux siècles et plus. Ce que veut le roi, c'est empêcher le comte Wandregisile de disposer d'une quantité de domaines, qu'il pouvait être tenté de regarder comme siens, tandis qu'ils ne lui appartenaient pas réellement. Et, pour mieux spécifier ce qui appartient légitimement à Wandregisile, le roi se met à détailler longuement et pesamment ce qui ne lui appartient pas. Dans cette intention, il remonte à l'origine de la famille du donateur; il la suit de génération en génération, faisant au fur et à mesure l'histoire de chacun de ses membres, et exposant par quels motifs, chacun d'eux sans exception, avait par félonie mérité de perdre ses biens, ce qui ne permettait à Wandregisile d'y prétendre aucun droit. Il passe donc en revue les propriétaires à propos des propriétés et ne parle des propriétés que pour dire qu'il les excepte de la donation. A chaque article, il rappelle une confiscation, d'où un refus formel de reconnaître le droit de Wandregisile, refus fondé, selon l'expression même du prince, sur l'intérêt des tiers détenteurs. Quant aux domaines qu'il permet de donner, ils ne valent pas beaucoup la peine qu'on s'en occupe : ce sont de pauvres métairies situées dans les gorges les plus âpres du diocèse d'Urgel, au bord de la Ribagorçana: elles ne sont désignées là absolument que pour la forme. Ce qui reste en réalité, après cette interminable fin de non-recevoir, donnée pour une confirmation, c'est une généalogie; mais une généalogie comme jamais chroniqueur du ix" siècle ne s'est avisé d'en écrire aucune, parce qu'il eût été hors d'état d'en recueiUir les éléments.
Ce point établi, il n'est pas difficile de démêler le but véritable que s'est proposé l'auteur de la ch.irte : c'est d'éclaircir une des questions les plus compliquées, les plus insolubles des annales espagnoles, l'origine des premiers rois d'Aragon; accréditer un nouveau système relativement à la fondation des plus anciens royaumes chrétiens de la péninsule, et représenter les souverains qui s'y sont succédé comme les héritiers eu ligne directe de Clovis, comme les ayants droit des mérovingiens, tel est l'unitiue sens de la charte. Imaginée dans un intérêt espagnol, elle n'a pu être écrite que par une plume espagnole. C'est donc en Espagne qu'il faut chercher le nom de son auteur.
Mais, ce ne sont pas seulement le plan général de la charte d'Alaon et ses dimensions insolites qui la rendent suspecte; ce sont surtout les formes inusitées de sa rédaction, la constante impropriété des termes et les nombreuses disparités qu'elle présente pour le
style et les idées. L'auteur, oubliant qu'il est censé écrire en 845, insiste à chaque instant sur les conditions de légitimilé, d'hérédité des fiefs, de primogénilure, de succession en ligne directe ou en ligne collatérale, idées ou institutions qui, loin d'appartenir à cette époque, ne sont nées que beaucoup plus tard. Il sait ce que c'est qu'un fief (en 845!) et pour lui les comtes ou ducs de Vasconie sont propriétaires de leurs fiefs à litre héréditaire; le roi qualifie Asinarius, fils de Wandregisile, de noire cousin et homme lige, « consanguineus noster ac homo ligius, » expressions qui n'appartiennent pas plus à la langue du ix" siècle que les suivantes : patentes litterœ, — hœreditaria, emptitia, seu dotalitia ratione. — ■ regnum Francise immédiate, — Vasconiœ ducamen, — regnum Gothicum, — secunda Eudonis linea, — advocatiam, — Gageriœ titulo. Ces anachronisraes de langage, et bien d'autres que l'on pourrait signaler, trahissent l'époque où la charte a été écrite et suffisent à eux seuls pour en dévoiler la supposition.
Convaincue de fausseté par la diplomatique, la charte d'Alaon ne paraît pas moins suspecte aux yeu.x de l'histoire; il suffît, pour s'en assurer, de comparer ses allégations aux données des chroniqueurs. Parmi les personnages qu'elle mentionne, il y en a qu'elle a inventés de toutes pièces, d'autres dont elle a puisé les noms à des sources historiques, il est vrai, mais d'une autorité fort contestable. Les personnages qu'elle a inventés, qui n'ont jamais été cités que par elle, sont: la reine Gisèle, femme du Charibert; Waldtrude, femme du duc Eudes; Adèle, femme de Waifre; Lupus II; Walchigise ; Wandregisile; Wandrade, femme d'Hatton; Artalgarius; Ermiladius; Imitarius; Marie, femme de Wandregisile; Antonius, vicomte de Béziers; Bernharthus, comte des Marches de Gascogne et sa femme Theude; Atton, comte de Paillas, et sa femme Eysseline; Barchard ou Bouchard de Montmorency (en 845 1) et sa sœur Gcrberge, etc. Les noms qu'elle a empruntés à divers documents et appartenant à des personnages réels, mêlés de près ou de loin aux affaires de la Gaule Aquitanique, mais dont elle a baptisé le plus souvent des personnages de son invention, sont : Sérénus, Amantia, Sadrégisilc. Amandus, Charibert, Childéric, Boggis, Bertrand. Eudes, Hatton, Hunald, Waifre, Lupus, Adalgarius, Adalaric, Garsimire, Centullus, Asinarius, Totilus, Sighuinus, etc.
C'est ainsi qu'elle fait de Sérénus, qualifié par elle duc d'Aquitaine, le père du duc Amand ou Amandus, et qu'elle donne Amantia pour femme à ce dernier. Ces noms ont été puisés dans la légende de S. Amand, mais la légende ne dit point que Sérénus ait jamais été duc de Gascogne; il habitait le pays d'Herbauges, et était simplement de condition noble. Il était mari d' Amantia et non son beau-père. 11 était père de saint Amand, qui n'eut jamais rien à démêler avec les comtes ou ducs d'.\quitaine, et non du duc Amandus qui n'a jamais existé. C'est ce qui nous prouve que la reine Gisèle est aussi un personnage fictif. L'histoire, en effet, ne nous a pas révélé le nom de la femme de Charibert; elle nous apprend seulement que Childéric, son fils, mourut tout jeune, peu de temps après lui, et qu'alors Dagobert rentra en posses.-.ion des domaines qu'il avait abandonnés à son frère.
Les ducs Boggis et Bertrand ne sont pas moins imaginaires que le duc .'\mandus. Ce sont les légendes de saint Hubert et de saint Ode, légendes du xn» sièclequi ont fourni à l'auteur de la charte les noms de plusieurs de ces personnages. Bertrand est le père de saint Hubert : la légende le donne comme un noble aquitain; la charte, d'après les conunentateurs, mais sans aucune raison, en fait un duc. Il y a bien eu un duc nommé Boggis, c'est le père de saint .\rnoult: mais il est démontré que ce duc a vécu entre les années 540-
FAUX
et 610, et non en G81, comme le veut la charte, et d'après elle, les auteurs de l'Histoire de Languedoc. Les chroniqueurs ne nous ont point révélé le nom de la femme du duc Eudes, c'est un oubli que lient à réparer la charte. D'après elle, Eudes aurait épousé Waldtrude, fille de Walachise. C'est en combinant la légende de saint Arnaud avec celle de saint WandriUe, fondateur de l'abbaye de Fontenelle, que le faussaire a fabriqué ce mariage et la filiation de la femme d'Eudes. Il est impossible de ne pas reconnaître dans ce Walachise, allié à la dynastie carolingienne et père de Waldtrude, un des fils que certaines légendes donnaient à saint Arnoult, celui qui fut père de saint WandriUe, fondateur de l'abbaye de Fontenelle; du moins les auteurs de Vllisioirc de Languedoc, loin de mettre en doute cette identité, l'ont alléguée comme une preuve de la vérité de la charte. Il n'y a à cela qu'une petite difficulté, c'est que les temps sont loin de s'accorder. D'après tous ses hagiographes, saint "Wandrille naquit au plus tard en 601 et fut, dans sa jeunesse, attaché au roi Dagobert (628-638), dont son père, saint Arnoult, devint le tuteur. Comment alors Waldtrude, sœur de saint Wandrille, aurait-elle pu devenir la femme d'Eudes, qui, d'après les bénédictins, ne commença à régner qu'en 681 au plus tôt, c'est-à-dire quatre-vingts ans après la naissance de celui qu'il aurait eu pour beau-frère : même en supposant Waldtrude plus jeune que son frère de vingt ans, ce qui est beaucoup: elle n'en aurait pas moins eu soixanteun ans quand son mari aurait été âgé de vingt-cinq ans environ.
Ce n'est pas là, malheureusement, le seul point sur lequel la charte est en désaccord avec la chronologie. Par moment, elle fait vi\Te ses personnages au delà des limites qui peuvent être raisonnablement assignées à la nature humaine; d'autres fois, elle multiplie tellement les générations, qu'elle n'accorde à chacune que dix ans d'existence en moyenne. Ainsi, en donnant pour héritier à Lupus II Adalaric, ce Vascon qui, au dire des chroniques, s'était révolte contre Louis, roi d'Aquitaine, en 787, et en le faisant périr cette annéelà dans un combat avec un de ses fils, nommé Centulle. fils qui, treize ans seulement après la mort de son prétendu trisaïeul, aurait été en état de combattre et de se faire tuer aux côtés de son père, la charte compte cinq générations pleines et entières entre Eudes mort en 73.5 et Centulle tué en 787. Cinq générations dans un espace de cinquante-deux ans, savoir : liunald, Waïfre,Lupus II, . adalaric et Centulle, tous se succédant immédiatement les uns aux autres et laissant postérité! Il est vrai que les bénédictins et Fauriel, frappés de l'invraisemblance que ce calcul donne aux assertions de la charte, ont prétendu que ce n'était pas en 787 qu'Adalaric et Centulle sont morts, mais dans un combat livré en 812 seulement; ce qui n'ajoute en sonunc qu'une moyenne de quatre ans à celle de dix précédemment accordée aux cinq générations comprises entre Munald et Centulle. On ne sort par ce moyen d'une difficulté (qui n'cbt pas résolue) que pour tomber dans une autre encore plus laborieuse à expliquer. Entre le dernier combat livré par le rebelle Adalaric en 812, et l'époque du diplôme de Louis le Débonnaire qui a confirmé à Garsimire, au dire de la i charte, la cession ou dévolution du Bigorre et du [
' J. Bladé, La cliuric d'Aluon ei ses neuf confirmcdions, dans Revue de l'Agenais, 1891 , t. x vin, p. 286-295 ; H. Fierez, i:spanasagradn,\Ki6,t. XLVi, p. 206-216; de La Fontenelle, Lettre à Faiiriel sur ta eliarle d'Alaon, dnns lliillelin de la Soc. des antiq. de l'Ouest. 1838. t. n, p. 119-12.1; l'ragmentum hisloricum ex eartulario Alannis, dans Floroz. op. cit., p. 323-329; E. Mnbille, Lu charte d'Alaon, dans De Vie et Vaissetc, Histoire générale du Languriloc, in-l", Toulouse. 1875, t. II, p. 19i;-201; du l'ons et Lu ClmtalRncrayc. Dfs-
Béarn, il n'a pu s'écouler au plus que vingt-huit ans. Louis le Débonnaire qui donna la ratification, étant mort en 840, on ne peut comprendi-e alors comment à la date de 840, les descendants de cet Adalaric, tué en 812, pouvaient en être à la quatrième génération, et comment ses arrières-petits-fils se trouvaient déjà d'âge à conquérir non pas de simples châteaux, mais de véritables royaumes en Espagne. Ces quatre générations d'hommes, tous arrivés à niaturité, tous laissant à leur mort des fils dans la force de l'âge, auraient tenu en vingt-huit ans, ce qui donnerait sept ans pour chacun. Il suffit de citer de tels faits pour juger de la valeur de l'acte qui nous les a transmis.
Xous n'insisterons pas davantage sur les erreurs de fait que présente la charte d'Alaon, qui semble être l'ouvrage d'un faussaire célèbre, Tamayo de Salazar, émule et compère de Roman de la Higuerra '.
On pourrait citer un nombre considérable d'autres faux, principalement parmi les chartes. En plus de ceux que signale A. Girj", dans son Manuel de diplomatique, nommons encore, pour ainsi dire au hasard : J. Finot, Dissertation sur Vauthenticilc de la charte altribuée à Cliarlcmagne et accordant les terres du haut Jura à l'abbaye de Saint-Claude (datée de 790, forgée au x« siècle), dans Mémoires de la Société d'émulation du Jura, 1869-1870, t. xxxv, p. 130; L. Delisle, Fausseté de la charte de Louis le Gros pour Amédée Laiguesin, bourgeois de Paris [1115], dans Bulletin de la Société iChistoire de Paris et de l'Ile-de-France, 1874, t. i, p. 23-24; le même, Procédé employé par un faussaire contemporain, dans Bibliothèque de TÊcole des chartes 1888, t. XLix. p. 304-306; Une fabrique de manuscrits, dans même revue, 1889, t. L, p. 503; Faux manuscrits, ibid., 1889, t. l, p. 693-678; W. Wattemb.ich, La genealngia karolorum, dans Nenes archiv der Gesellscliaft fur altère deutsche Geschichlskunde, t. xi, p. 631 ; Bibl. de l'École des chartes, 1886, t. XL^^I, p. 341; Les (aux de J.-B. de Goué, dans même revue, 1896, t. Lvn, p. 268.
Il y a aussi une question des faux cartulaires, par exemple : J. Ollivier, Notice sur les cartulaires de saint Hugues de Grenoble aux J/= et Xll' .siéc/es,dans Bulletin de la Société d'histoire de France, 1835, t. n, p. 294; Trépier, Notes et observations sur l'origine de la domination des comtes Guignes à Grenoble et dans le Graisiraudan, et sur la valeur historique des Cartulaires de saint Hugues, dans Bulletin de l'Académie dclphinale, 1863, 2« série, t. n, p. 535, 656, 688; in-S«, Grenoble, 1863; Observations, dans même recueil, 1865-1866, .3» série, t. i, p. 54-57; Garicl, Réponse, dans même recueil, p. 94-116; Trépier, La vérité sur saint Hugues il ses cartulaires. Saint Hugues était-il, oui ou non, un faussaire? Les cartulaires sont-ils, oui ou non, de simples dossiers de procureurs, dans même recueil, 1866- 1X67, 3° série, t. ii, p. 204-276; A. de Barthélémy, dans Itivue des questions historiques, 1867, t. m, p. 563-566; \ alentin-Sinitli, dans Revue des sociétés savantes, 1868, 1- série, t. vm, p. 249-253.
XI. Fausses chroniques. — Elles sont en nombre infini: cf. R. Reuss, Un faussaire du XVl' siècle dans Rivue critique 1868, t. inft, p. 111-112, à propos lie MatU'o di Giovenazzo; et il suffit de rappeler les faussaires espagnols des x\i" et wii" siècles groupés :Lutour du grand chorège. le R. P. Jérôme Roman de
serlation critique sur la charte d'Alaon, fragment, ln-8', Paris, 1841; J. Ilabanis. Essai historique et critique sur 1rs mirol'ingiens d'Aquitaine et la charte d'Alaon, dans Actes de I' .Icadémie des sciences de Bordeaux, 1891 , t. in, p. 2tl9, 365 ; l.cs mérovingiens d'.lquitaine, essai historique cl critique Mir la cliarte d'Alaon. in-8", Paris, 1856; J. Tardif, Compte rendu, dans Bihliolhéque de l'tieole des chartes, 185r>, p. 281-283: Villaniicva, Muge litcr. Iii.pana. 1851, t. x\ii, p. 121-127.
FAUX
la Higuerra S. J. auteur d'une Chronique fameuse attribuée à Flavius Dexter; avec lui ou après lui, viennent Lorenço Ramires de Prado, le bénédictin Argaiz et toute une légion que dénonçait vigoureusement et pourchassait mollement, en 1721, l'Académie de Lisbonne. Parmi ses confrères, Dom Argaïz n'a pas trouvé de défenseur; plus heureux le P. Roman de la Higuerra a trouvé des apologistes, entre autres ses confrères M. Luchofer, Epistolœ B. Mariée virginis ad Messanenses verilas vindicata, Messanœ, 1629, p. 262-267; Ayraerich, Nomina et acla episcoporum Barcinonensium, p. 122-144.
XII. Faux testaments. — Il existe toute une littérature de testaments falsifiés, un des plus intéressants est celui de Perpetuus évêque de Tours '. Nous aurons occasion d'y revenir ainsi que sur quelques autres parmi ceux qu'a publiés Pardessus et (jui appartiennent également à la littérature falsifiée.
XIII. Faux trésoh. — Il a existé quelque temps un trésor qui prit le nom de son propriétaire : i7 lesoro sacro di Giancarlo Rossi. On lui fit l'honneur d'une description copieuse et de reproductions soignées, mais non d'après les originaux, simplement d'après (les dessins. La description comptait cinq cents pages in-folio ', et les trois auteurs de ce fatras promenaient leur encombrant trésor à travers les siècles : l'un l'attribuait à l'époque apostolique (p. 359); l'autre au ivs siècle (p. 123); le troisième au règne de Constantin (p. 83), sans parvenir d'ailleurs à démontrer le bien fondé de telle ou telle de ces prétentions. Le bruit mené autour de cette découverte laissait supposer des merveilles aux archéologues de bonne foi ', qui cependant, proposaient d'abaisser l'époque jusqu'au vm" ou au ixiî siècle. Vite on découvrit que tout cela avait appartenu à l'archevêque Serge, de Ravenne, qui l'avait reçu en guise de « dragées » d'une princesse baptisée par lui; cette personne avait poussé la prévenance jusqu'à se faire représenter deux fois : une fois recevant le baptême, une autre fois offrant son petit présent *, aussi on ne manqua pas de découvrir que cet inestimable trésor devait rester à Rome où il proclamait l'intégrité dogmatique de la chaire de S. Pierre'. La suggestion était si claire, qu'onnepouvait s'y tromper; le Icsoro sacro se laisserait acheter pour le Musée chrétien du Vatican! Mais Jean-Raptiste de Rossi veillait et découragea ce pieux espoir. En Italie, en Allemagne, en France, tous les naïfs s'attendrissaient à la pensée de cette merveilleuse découverte qui équivalait à une apologie du catholicisme. Cette petite fête édifiante fut troublée par les démentis formels du P. Hartmann Grisar S. J. qui déclara tout net en allemand, en italien et en français " que « le trésor tant au point de vue de la découverte qu'à celui de ses caractères intrinsèques, présente des indices certains de falsification; sa fabrication n'est guère postérieure à l'année 1880. » Ce jugement était d'autant moins inattendu qu'il- n'est pas d'archéologue qui ignore que l'Italie est la terre classique et le paradis d'élection de toutes les duperies et de toutes les friponneries qui
' Julien Ilavet, Œuvres, t. i, p. 21, 35. — ' Alcuni cenni sopra ignote suppcUettili sacre di argento e d'oro ap~ parteniite ai primi tenipi délia Cliiesa, pubblicati, etc., e dedicati ai cultori di areheologia cristiana da Giancarlo Hossi, in-fol., Roma, 188S (non mis en vente); Commenli sopra suppellettili sacre di argento ed oro apparlenenti ai primissimi secoU délia Ctiicsa, etc., 2" eclîz., con dilucidazioni di Giancarlo Rossi, di Carlo e De Vecchi Pieralice, Floma, 1890, avec tavole XXV riproducenti il sacro icsoro Rossi, — ^ E. Le Blant, dans Comptes rendus de l'Académie des inscriptions, 1SS6, p. 255; A. de Waal, Rômisclie Quarialschri/t, 1887, t. i, p. 272. — ' Rëmisclie Quarlalsclirift, 1887, 1. 1. p. 272 sq. ; 1888, t. il, p. 86, 148 sq., 277 sq..; 1889, t. ni, p. 66 sq. Cf. O. Manicchi, dans Osseruatore rnmano, 1893, 17 marzo; F. Gori, Sul Icsoro... del Cau. Giancarlo
emplissent les « cabinets » privés et les musées d'Europe. En 1880, un paysan inconnu, propriétaire d'un terrain inconnu, dans une localité inconnue, découvrit une tombe épiscopale contenant tout ce mobilier; mais, au premier contact de l'air, tout s'évanouit, sauf les métaux et les manuscrits que l'inconnu vendit à un franciscain inconnu et, peu à peu, les pièces furent proposées aux amateurs, à des intervalles plus ou moins rapprochés. Ces circonstances suffiraient, à elles seules, à provoquer les plus graves soupçons, mais l'inventaire de la trouvaille montre que c'est tout le mobilier d'une cathédrale qu'on aurait enfoui : des livres liturgiques, des croix, fibules, mitre, burette, vases, etc.
Tout ceci est plus ou moins conforme aux hideux produits de l'art barbare en Italie pendant la période longobarde. Voir Dictionn., au mot CmDALE. La technique est à peu près celle de cette époque et le faussaire, qui n'a pas ménagé l'or ni l'argent, avait certainement étudié celle des bijoux longobards des vrae-ix" siècles. Mais il s'est avisé de transporter à cette date tout le symbolisme des quatre premiers siècles de l'Église, produisant ainsi la chose du monde la plus choquante et la plus impossible, des symboles du 11= siècle, tels que l'ancre ou le poisson, rhabillés à la mode du ix« siècle. Cette impossibiUté est évidente pour quiconque connaît les produits du ix« siècle : fresques, ivoires, mosaïques, bas-reliefs. Quelques symboles, tels que le poisson, sont devenus simplement des motifs ornementaux, tandis que, dans le trésor Rossi, ils prennent une valeur symbolique encore plus démonstrative qu'à l'origine ; le poisson est couché sur la croix, posé sur la vigne, porte un navire contenant une orante ou bien décore un calice; dressé sur sa queue, il offre le pain eucharistique aux douze apôtres et ses nageoires lui servent de mains pour présenter une coupe et une hostie! Le poisson sert à tout. On lui met une ancre sous le ventre, et deux naufragés qui s'accrochent à l'ancre, et deux agneau.x qui s'offrent les plaisirs de l'escarpolette sur chaque branche de l'ancre et un loup, qui fait hou! la gueule ouverte mais n'attrape pas les agneaux. Un autre agneau sert de pichet pour verser à boire à douze invités (pgs un de moins). Bref, tout ceci est à tel point ridicule et grotesque, qu'il semble superflu de s'y attarder. Nimbe, monogramme, crucifix, tout se vaut, et de cette mésaventure archéologique il ne reste pas même un monument à citer pour une interprétation originale, ingénieuse, pour un effort subtil; c'est l'ouvrage d'un faussaire qui s'est approprié la technique des orfèvres barbares du ix° siècle et qui s'y est diverti à tort et à travers.
Xr\'. Fausses inscriptions. — Léon Renier signalant, en 1855, une inscription du musée de Beauvais disait qu'elle « présente un mélange de lettres grecques et latines de toutes les époques; immédiatement après la formule chrétienne CREDO QVIA REDEIVIPTOR IVIEVS ViVIT, on y lit la dédicace païenne IVIPAKAEI APXHTETEI ; l'authenticité de ce monument n'est pas
Rossi, in-8*', Spoleto, 1892; ••• dans Revue de l'art chrétien, 1893, t. XXXVI, p. 157, 520. — ' Le trésor d'ornements et d'instrnnients liturgiques de la coll. du clieii. G. Rossi à Rome, dans Revue de l'art clirétien, 1893, p. 89-97. — * H. Grisar. Di un pretcso /e.soro cristiano de' primi sccoli (il « /p.soro sacro » del cav. Gianciwlo Rossi in Roma). Studio archeologico, in-4'', Roma, 1895; le même, dans Zeitschri/I /ur katholisclie Tticologie, 1895, t. xix, p. 306-331 : trad. française, par .1. W'ettcr. Cf. Vna rarita del secolo XIX ossia un opuscolo in-S" grande di 37 pagine e 17 righe scrilto contro il Sacro re.soro del Cav. G. Rossi conlenente 150 contradizzioni, 14i bugic c certc altre inezie a carico d'Italiani e di Stranieri. di vivi edi morti, di sacre e di profane cose, ecc, ecc, conciata per le fcste e per i giorni di lavoro da Giacinto de Vecchi Picralice..., in-8«, Roma, 1896.
FAUX
même douteuse; on peut hardiment en afTirmer la fausseté '. »
Cette inscription faisait partie de la collection de l'abbé de Tersan, qui a été vendue en 1819; la voici :
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5 AOOOY ■ CREAO
QYlARhAbMT •
RMSSVI ■ HPAKAEIAPXHTETEI Tout a été copié, même la forme des lettres, dans le Novus thésaurus veterum inscriplionum de Muratori ; le faussaire se défiant de son habileté à tracer des lettres qui eussent une apparence d'antiquité a pris ses modèles dans trois monuments reproduits dans ce recueil, au moyen de gravures sur bois. Le premier est une inscription chrétienne qui provient d'Aquilée ': CISI THC APABIAC
eicûNneNTe & gtiaa
CCYHPA ©VrATePZHNOB 5 OVMHNO NZ AHOAV
THC THC nOAeOOÊNIACOOY
..Tïjç Apaêiaç, ÈTÔiv tcévte- sti... Ssuîîpa SuyaTEp Zy)- •Joè{l)0M (jtYjvôv Ç' àTTÔ aÙTTJç Trjç z6Xeco(<; )èvl Atôou.
Au-dessous des symboles fréquents dans les inscriptions chrétiennes : colombe, palmes, orantes. Ces figures montrent que l'inscription a été gravée pour perpétuer la mémoire de deux jeunes filles ou plutôt d'une femme et d'une fillette, car leur taille et leur vêtement diiîèrent.
Le faussaire a pris les lignes 3 à 6 de cette inscription pour en faire les quatre premières de la sienne et le commencement de la cinquième, et comme il ne savait probablement pas lire le grec, il a pris pour un A le A qui termine la première des deux lignes qu'il a copiées. La fin de la cinquième ligne et les deux suivantes ont été formées de la première ligne d'une autre inscription chrétienne, gravée dans le recueil de Muratori ' :
CREAOQYIA REAEMTOR M-SVI VIT ET INNOVISSIMOAIE SVSSITA VIT ME ■
Credo quia redemlor m(eu)s vivit, et in novissimo die sascita[b]il me
Les O de cette inscription étant très petits, relativement aux autres lettres, le faussaire, qui ne savait pas beaucoup plus de latin que de grec, les a pris poiu des points; c'est ce qui explique pourquoi après avoir
' Rapport lait à la section d'arcliéologie, le .30 avril 1855, par M. Léon Itenier, sur des inscriptions, dans liutletin du Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, 1855- 1856, t. III, p. !)6. — ' Muratori. h'ou. tlies., p. 1941, n. 5; et déjà p. 10G4. n. 4, d'après Montfaiicon. Aniiq. expliq., Suppl.,l. v.pl. xxxi;Bcrloli, .4jilic/ii/a d'AquiUja, p.XV.i; Corsini, Nolw grœcoruni, p. 21 ; G. Kaibcl, Inscripl. griieie, n. 2360. — ' Muratori, op. cil., p. 1955, n. 1 ; Gcrvasonius. Miscellanca vend., t. v, p. 357; Jacu/.io./> tilulo lionosw et Mennœ, p. 57. — ' Muratori, op. cit., p. 1982, n. 3. • — * Corp. inscr. grœc, t. m, n. 5753. — • tlrivaud de La Vinccllc. Catalogue des objels d'antiquité et de curiosité composant Ir cabinet de M. de Tersan. in-S', Paris. 1819, n. 76 p. 10; voir Tersan et Grivaud de la Vinccllc, Arts el métiers des anciens représentés par les monuments, Paris, 1819-1832, p. 34, pi. 132; MatlKin, .1/('m')ircs de la Sociùlé académique de l'Oise,
imité celui du mot CREA-, il a cru pouvoir supprimer celui du mot redemlor et le remplacer par un point. Enfin, il a trouvé sa dernière ligne toute faite dans la dernière ligne d'une inscription bilingue, phénicienne et grecque, gravée également dans le recueil de Muratori et dont la partie grecque est ainsi conçue* AIONVIIOI KAI ZAP AniONOlZAPAniONOITYPIOl HPAKAEIAPXHTETEI
Dans la gravure de Muratori, la barre transversale du r de APXErETEl dépasse un peu, vers la gauche, la barre verticale; aussi cette lettre a-t-elle été prise, par le faussaire, pour un T. Le texte donné par Muratori est d'ailleurs inexact, ou sur le monument, qui est, au plus tard du i' siècle de notre ère ' :
Aiovûtîioç xal Sapantcov.'ol SapaTcttovoç. Tûpioi, 'HpaxXeî àp^^iyÉTY).
On voit que le faussaire s'est donné peu de travail; il a feuilleté quelques pages de Muratori, (p. 1941, 1955, 1982) et dès lors il tenait son atïaire, aussi on se fait facilement une idée de l'absurdité du résultat produit par un tel assemblage, nous ne dirons pas de phrases, ni même de mots, mais de lignes empruntées au hasard à des inscriptions différentes. Ce qu'on ne comprend pas, c'est que ce résultat ait pu figurer dans une collection comme celle de l'abbé de Tersan, et qu'un antiquaire comme Grivaud de la Vincelle ait pu le publier, sans paraître en suspecter l'authenticité dans le catalogue de cette collection \ •Il ne serait pas difficile de glaner dans les recueils scientifiques de nombreux exemples d'inscriptions fausses'; les oflîcines italiennes et orientales toujours dénoncées, toujours découvertes, travaillent infatigablement '. Mommsen dénonçait Luigi Biraghi, docteur de la bibliothèque Ambrosienne dont toutes les productions devaient être accueillies avec soupçon. .4 Biraghio quse profiriscuntur quam caille aecipienda sint,... dcmonslravi; il faut y ajouter ses commentaires sous forme d'interpolation quœ modo indignationcm moveal, modo risum, par exemple cette inscription d'Agliate sur le chapiteau de la première colonne de l'église à droite, en entrant • :
SVIS OMNIBVS V ■ S • L • M Biraghi ne s'est pas aperçu que l'inscription était renversée et il a lu bravement :