II. Leclercq
FAUX-BOURDONS, voir Harmonie.
FAVARIC. I-'avaric est le nom d'un domaine incorporé actuellement à la commune de Rousset, dans l'arrondissement d'Aix (Bouches-du-Rhône). Ce lieu a été vraisemblablement habité dès une haute antiquil é. Il n'est guère séparé que par la rivière d'Arc, limite de son tènement au nord, de l'ancienne voie aurélienne qui conduisait d'Italie en Espagne. Des substructions fortuitement mises à jour par des travaux agricoles y laissent supposer une ancienne agglomération. Au XI» siècle, le domaine appartenait au chapitre de Saint-Victor de Marseille; de nos jours, il n'existe qu'une maison de plaisance et des bâtiments d'exploitation de construction moderne. On a voulu
' R. Ilenninî, Die deubichen Runcndenkmàler, in-fol., Strasbourg, 1889, p. 156, (reproduction peu exacte). — ' L. r. A. Wimmer, Die Riinenschri/t, Berlin, 1887, p. 203. — ' l-'ndset, dans Verbandlungen der Berliner antltropoL Oesellscliall, séance du 18 janv. 1890. — • L. !■'. A. Wimmer. Les moniiitwnts runiques de l'Allemagne, trad. E. Beauvois, dans Mémoires de la Société royale, des antiquaires du Xord, Copenhague, 1893, p. 233-233.
FAVARIC
voir une ancienne chapelle dans une grande cave voûtée avec un soupirail en forme de baie allongée, mais elle se présente, paraît-il, avec des caractères trop indécis pour qu'on puisse établir un lien rationnel entre elle et l'autel chrétien exhumé dans le voisinage. Cet autel, néanmoins, ne permettra pas de mettre en doute l'existence, en ce lieu, à une époque reculée, d'un édifice affecté au culte. Il est, au surplus, mentionné explicitement sous le nom d'ecclesia Sancli Pétri et Sanctœ Mariœ, dans le cxive titre du cartulaire de Saint-Victor de Marseille, intitulé : Carta de Favarico. et relatant, à la date du 27 avril 1050, la donation au monastère, par un groupe important de cohéritiers préoccupés du salut de leurs âmes, de la dite Église et du territoire en dépendant.
L'autel (fig. 4317) en pierre dure de la localité se présente sous la forme d'un parallclipipède monolithe
plan oblique où s'appuyait le biseau de la petite dalle de recouvrement.
L'ornementation de la face, qui parait avoir été tournée vers l'assistance et être ainsi devenue la principale, se compose de deux éléments distincts. Elle a été obtenue par ce procédé d'affouillement de la pierre, particulier à l'époque mérovingienne, qui, sans modifier le plan de parement , ni procurer un bas-relief dans le vrai sens du mot, projette néanmoins en saillie le motif ornemental. L'afTouillement a été interrompu de distance en distance pour ménager des languettes de soutènement aux parties que leur peu de largeurexposait davantage aux détériorations.
A la partie supérieure, deux petites arcades de Oni. 16 de hauteur sur 0 m. 12 de largeur enfermaient chacune, sous leur voussure, un sujet trop altéré aujourd'hui pour qu'il soit possible d'en déterminer la.
^- . '-"■-^iVi fBmr y.
4317. — Autel de Favaric.
D'après BuUeUn de la Société des antiquaires de France, 1882, p. 187.
ayant, dans son état actuel, 0 m. 76 de hauteur et 0 m. 40 de côté. Les quatre faces verticales, indubitablement ornées de sculptures à l'origine, le désignent comme un de ces autels placés isolément vers le milieu du sanctuaire, sur lesquels l'olTiciant célébrait en faisant face aux fidèles. Deux des faces de l'autel, se touchant à angle droit, ont été, au cours des siècles, l'objet d'un travail de ravalement qui en a fait disparaître l'ornementation. Ce travail est attesté par un rejet très sensible vers l'arête marginale de gauche de l'axe de la décoration principale, qui devrait normalement partager ce bloc en deux parties égales.
La base reposait sur un stylobate. La feuillure entamant son bord antérieur pourrait même faire croire qu'elle s'y engageait, mais il est plus naturel de la rattacher aux remaniements postérieurs. L'intervention d'un socle ne peut pas d'ailleurs être révoquée en doute, puisqu'il eOt été impossible sans se baisser outre mesure, de dire la messe sur la table ou face supérieure. Celle-ci porte à sa partie centrale un évidement carré de 0 m. 12 de côté sur 0 m. 05 de profondeur, formant - tombeau • pour les reli(|ues. Un épanelage ménagé sur les bords, à son orifice, fournit un
nature. Elles sont à plein cintre, de bonnes proportions et reposent sur des pilastres à chapiteau évasé. Audessous se montre une rose ou grande roue dont les huit rais produisent huit compartiments pcntagonaux en creux dans deux desquels sont inscrits, en ligne horizontale et en relief, un alpha du côté gauche et un oméga du côté droit. On peut, dès lors, voir dans cette apparence de roue une dégénérescence du monogramme du Christ, et, par le grand écart existant entre elle et le type primordial, elle ne permet guère de faire remonter l'autel au delà du vn" siècle. L'artiste qui a sculpté ce chrisme abâtardi semble n'avoir pas eu une notion bien nette de sa valeur réelle et s'être plus préoccupé de tracer une figure géométrique régulière que de traiter un symbole religieux avec le scrupule voulu. Il s'est trouvé beaucoup plus à son aise et mieux inspiré en procédant à la décoration de là face voisine. Un vase à large orifice, à anses évidées, légères et assez élégamment contournées, à panse rebondie et parée de longues feuilles saillantes groupées en corolle y sert de récipient au tronc d'un vigoureux cep de vigne, dont les rameaux, les pampres cl les grappes, très fermement accusés s'élancent jusqu'au sommet du dé et le recouvrent partout de gracieux festons.
FAVARIC
FELICISSIME ET AGAPIT
I-e dessin symétriquement harmonieux de ce cep I symbolique et sa belle exécution attestent chez leur auteur un savoir réel et des connaissances techniques. Us n'en font que soulever plus de regret pour les deux faces qui ont été ravalées; ntanmoins, tel qu'il existe, l'autel rie Favaric mérite d'être compté parmi les plus intéressants vestiges de l'époque mérovingienne ^
H. Leclercq.
FÉCONDITÉ. Sur un marbre trouvé dans le domaine de Masassy, près de Béziers, on lit, au revers d'une inscription païenne, l'épitaphe suivante ' :
D VI VE AITI "t — M TITVLVM QVI VIXSIT ANNOS XLV MESIS V- DIES XXVIII ■ LIBER •' RELIQVII PITTATVM
COIVS PIENTISSIMA FECIT MEMORIA OVATO^R FILIORVM MATER
Celte pierre portait déjà le D M avec Vascia (voir ce mot), mais on n'y a pas pris garde et on a logé dans l'espace libre le nom du défunt Viventius qui, par testament laissa la liberté à l'esclave Pittatus. Tel est le sens certain du mot rdiqail suivi d'un ou plusieurs noms propres. On lit, en effet, dans le Code Justinien : Si quis condito teslamenlo vel sine Icstamenlo moriens, libertates reliqacrit '. Le Digeste contient un titre relatif à l'affranchissement par testament * (Voir
AFFRANCmSSEMENT).
Vivent! titulum qui vixsit annos J/.r, me(n)s(ejs Y, dies xxvill; liber leliquit Pittatum. Co (n) iu (x) pientissima fecit memoria; quatuor filiorum mater. Cette mention finale, ainsi que le fait obser\'er E. Le Blant, témoigne de la haute estime que les anciens professaient pour la fécondité '. En racontant les miracles de saint Hilarion, saint Jérôme parle d'une femme que son mari tenait en mépris parce qu'elle ne lui avait pas donné d'enfants : Mulier quiedam Elcutheropolitana cernens despectui se haberi a viro ob sterililatem '; dans les éloges qu'il adresse ailleurs à sainte Faule, figurent les paroles : fœcundidate ac pudicitia probata '. L'hommage rendu sur une tombe aux vertus d'une femme africaine se complète par le mot FECVN- DAE '• Nombreuses sont, dans les épitaphes, les mentions de cette sorte : païens et chrétiens y inscrivent lesformules:TRIVM LIBEROR'; — FILIOS PROCRE- AVIT Vll'°; — SEPTEM CIRCVM DATA NATIS " ; — SVPERSTITIBVS TRIBVS LIBERIS TOTIDEMQ-NE- POTIB"; — GENVIT FILIOS III ET FILIAS II"; — DVODECIM FILIORVM MATER"; — EX QVA HABEO NATOS "; — MHTHP HAIAIOON A".
H. Leclercq.
FELICISSIME ET AGAPIT. Les fouilles exécutées en 1857 à l'est de la voie Appienne firent découvrir la spelunca magna et la crypte devenue célèbre de saint Janvier. En 1872, de nouvelles recherches mirent au jour des monuments insignes de ce même cimetière de Prétextât, entre autres une grande
' A. C. N. Flouest, A'o/e sur des sculplures religieuses... de Favaric, près Roussel (BoucItes-du-Bhone), dans Bull. delà Soc. nat. des anliq. de France. 18S2, p. lSG-189; G. Rohault de Fleury, La messe, 1. 1. p. 152, pi. xxxvni. — ' Noguier, dans Bullelin de la Société arcliéol. de Béziers. 1878, p. 315; La colonie romaine de Béziers, p. 77; Allmer, dans Revue épigrapliique du Midi de la France, 1879, n. 123; E. Le Blant, Nouveau recueil des inscriptions de la Gaule, 1892, p. 347, n. 305. — > Code Justinien, 1. VII, lit. il, lex 5. — * Digeste, 1. XL, lit. iv : De manumissis testamento. — ' Heineccius, Antiq. rom., 1. I, lit. xxii, n. G; Griller, Corp. inscr., p. 1081, n. 1. — 'S. Jérôme, Vita S. Ililarionis, c. iv, P. L., t. xxm, col. 29. — ' S. Jérôme, Episf., cvni,4 : Epitapliium Paulse, P. L., t. x.xii, col. 880. — ' Héron de Villefosse. dans Archives des missions scientifiques, 3" série, t. il, p. 475. —
DICT. d'akch. chrét.
sépulture décorée d'un arc en briques sur lequel se voyaient encore les traces d'une riche décoration en marbre. Sur le sol gisaient deux colonnes de porphyre brisées, mais dont on pouvait voir l'empreinte sur la chaux de chaque côté de l'arc, d'ailleurs leurs base étaient encore en place encastrées en avant du plan formé de dalles de marbre blanc. Sur les tombes du pavement se trouvaient deux grosses colonnes d'albâtre et en arrière avait été creusée une sorte de niche dont les dimensions étaient presque celles d'une abside afin de recevoir la foule des pèlerins. C'était, en effei, une crypte historique. Les dévastateurs de cette tombe n'avaient pu tout enlever ni tout détruire et c'est ainsi qu'on retrouva de nombreux fragments de la décoration primitive et j'espère, écrivait J.-B. De Rossi, en 1870, qu'un examen attentif permettra de rétablir au moins en partie cette crypte. Une des colonnes, quoique brisée se trouvait encore complète et pouvait être reconstituée. On rencontre fréquemment dans les récits des martyrs romains la mention de colonnes de porphjTC servant à orner leurs tombes " ; cependant ni Bosio ni ses successeurs n'avaient jamais pu vérifier l'exactitude de ce détail au cours de leurs explorations. Ce fait indiquait l'importance de la
4318. — Inscription de la crypte de Félicissirae. D'après Wilpert, La cripta dei papi, 1910, pi. n, n. 9.
tombe et cette importance était confirmée par toutes les trouvailles subséquentes. Il n'était pas jusqu'à cette niche à proportions d'abside, unique dans la topographie souterraine, qui ne justifiât ces conjectures. Au fond de cette abside pouvait être placée une chaire épiscopale et s'ouvrir l'accès à une longue galerie donnant accès au tombeau. Sur l'enduit assez fruste de cette abside, se trouvaient des gralTites tracés par les pèlerins. Le plus important de ces grafiites est tracé sur deux lignes et interrompu par une aspérité du mur. les lettres sont de grande taille et cependant la lecture en est malaisée. La première ligne est certaine, la deuxième l'est moins, on peut croire que le grafTite était celui-ci :
SVCVRIT !' VT VINCA • , IN CIE IVD
Sucurite ut vincam in die judicii, ou bien cum judicabitis.
' Orelli. Inscript, latinar. seleclar. ampliss. coll.. in-8", Turini. 1828. n. 2674. — " Passionei, Iscrizioni anticipe, in-toL, I.uca, 1763. cl. vni, n. 19. — " Burmann. Anilinlogia ueterum latinorum epigrammatum et poematum, in-4». AnislelEEdaml. 1759, t. n, p. 231. — " P. Visconti, Cenin aniicite iscrizioni Ostiensi lornate in luce, in-l", Roma. 1860. p. 13. — " S. MalTei, Muséum Vernnense, in-tol., Veronae, 1749, p. 464. n. 6. — " Boldelti, Osservazioni sopra i aniiclii cemeleri cristiani. in-fol., Roma. 1720, p. 429. — " Carrara, Die .iusgrahungen oon Salona im Jahr ISSO, in-S». Leipzig, 1854, p. 244. — " Lecmans, Animadversiones in Stusœi Lugd. Batav. inscriptiones. p. 29; G. .Marini. Iscrizioni délie ville e de palazzi Albani, in-4». Roma, 1785, p. 194. — " De Rossi, Roma soiterranea, in-fol., Roma, 1867, t. n, p. 218-219.
iiife
.4' ■im-
•1319. - Crypte de la catacoml). I ..ntuna.
D'après Bullctliiiu di archcoloytii irisliuna, lî(7a. pi. iv.
FELICISSI.ME ET AGAPIT
L'invocation aux saints avocats ou assesseurs devant le tribunal de Dieu semble évidente.
Comme toutes les principales crjptes historiques.
4320. — Plan de la catacombe de Félicissime. D'après Nuovo buUettino, 1895, p. 173.
celle-ci a eu son inscription monumentale rédigée par le pape Damase. On en a la preuve dans trois fragments d'un long et étroit morceau de marbre, sur lequel se lisent quelques beaux caractères; mais pas du type
toujours orthograpliié [lap-rj; dans le Nouveau Testament. Il ne faut pas, écrit J.-B. De Rossi, supposer que c'est une abréviation pour marty[re]s afin de pouvoir appliquer ce mot aux diacres .\gapitus et Felicissimus. Ce serait trop arbitraire et on ne peut croire qu'un lapicide ait oublié deu.x lettres sur une inscription d'une facture si soignée. Il renonçait donc à voir ici la tombe de ces deux martyrs et se rejetait sur celle d'Urbanus '. Mais revenant sur cette question en 1872, il admettait qu'on se trou%'ait probablement en présence d'une inscription dans ce genre » :
Felicissimus martyr
Agapilws MARTYS
qui rappelle d'ailleurs une inscription publiée par Bosio et ainsi libellée => :
SIMPLICIVS MARTYR SERVILIANVS MARTYR
Enfin, il donnait un croquis intéressant de Fontana montrant l'état des lieux avec un essai de reconstitution, les colonnes remises en place et un fragment de transenna en marbre trouvé au pied de l'arcosoliam et logé, il faut le reconnaître, un peu au hasard, en se guidant d'après ce qu'avait vu ailleurs Boldetti. (fig. 4319).
Nous savons par les Itinéraires du vn» siècle qu'on vénérait dans ces parages plusieurs martyrs. Ibi intrabis in spelancam magnam, dit l'Itinéraire de Salzbourg, et ibi inverties S. Urbanum episcopum et confessorem et in allero loco Felicissimam et Agapitum martyres et diaconos Syxti et in tertio loco Cyrinum marlyrem et in quarto Januarium martyrem. Et in ter-
4321. — Coupe en élévation de la crMJte de Félicissime. D'après .Veiouo buHeltino, 1S95, p. 175.
damasien. Ce fragment ne nous donne pas le nom du martyr, on y lit ceci (fig. 4318) ;
VS MARTYS
Martys est la forme grecque régulière du mol que l'usage latin à transformé en martyr et qu'on trouve
' De Rossi. BuUel. di archeoU cristiana, 1870. p. 44-47.^ — ' De Rossi, Biillet. di arclwol. crisliana, 1872, p. 77. — ' Bosio, Roma sollerranea, p. 299. — ' II. Armellini, Scope-
tia ecclesia sursum S: Synon (Zenon) martyr requiescit. L'hésitation aurait pu se prolonger si, en 1874, Mariano .\rniellini ' n'avait découvert un grafTite trace par un prêtre visiteur de la crypte sur une plaque de marbre, trouvée prés de ce lieu et en outre retrouvé l'empreinte laissée par ce graffite sur la chaux humide
rta d'un grafjïio siorico net cimitero di Pretcstato, Roma, 1874; De Rossi, BulleU., 1S74, p. 35-37; Armellini, Anticlii riniiliTi cristiani di Ilnniii. 1SX4, p. 370.
FELICISSIME ET AGAPIT
où cette plaque avait été posée; il lut donc ceci
FELI FELICISSIMVS ET AGAPITVS STI PRESB
EGOLEO PRESB PETRIS VV
C'était donc en ce lieu qu'avaient été enterrés les martyrs Félicissime et Agapit, diacres de Sixte II.
On a dit et écrit que les reliques des deux saints reposaient sous un grand arcosolium dont l'arc en briques marquait le contour, restait à déterminer la position du locus bisomus dont on ne retrouvait aucune trace. On peut voir par la figure 432Û-4321 donnant le plan et l'élévation des lieux que dans l'arc A le tuf a été gratté, ce qui a fait croire d'abord que la sépulture des martyrs se trouvait dans l'arcosoliura G. Mais cet arcosolium G formé par une murette d'éclats de pierres fait simplement partie d'une abside dont la portion inférieure est encore visible en M. Cette abside appartenait à une crypte ayant accès à une galerie parallèle à la spelunca magna et qui n'est pas encore déblayée. L'examen du tuf au point le plus rapproché de l'arc en briques a permis de relever les traces de deux loculi, marqués B sur le plan et distingués sur l'élévation d'après leur position, en B et C. La présence de ces deux loculi confirmerait, si besoin était, le fait d'une tombe élevée aux deux martyrs, mais il expliquerait aussi comment il a pu se trouver sur chaque loculus une inscription distincte dont un débris aura été retrouvé et ayant appartenu à l'une des deux tombes :
^';:!;iT\^S MARTYS
La paroi de la galerie avait reçu primitivement beaucoup de loculi -.plus tard et probablement à raison du peu de consistance du sol, ces parois furent revêtues d'un mur composé de briques et de moellons de tuf, c'est ce mur qui est indiqué par une teinte sombre sur le plan. Mais ce qui montre bien la disposition primitive, c'est que sous les deux loculi des martyrs qu'on entoura du grand arc se trouvait un troisième loculus qui fut obstrué par le parapet de la mensa, tandis que plus haut, tout au-dessus, un autre loculus a gardé encore sa plaque de marbre.
C'est en 258 que Félicissime et Agapit souffrirent le martyre. Le 8 août, le pape Sixte était venu offrir le saint sacrifice dans une des chapelles souterraines de la voie Appienne, au cimetière de Prétextât. Cette nécropole n'était probablement pas encore entrée î dans le domaine ecclésiastique : propriété privée, elle échappait au séquestre. Néanmoins le cimetière fut envahi, l'évêque saisi et emmené devant un des préfets (du prétoire ou de la ville), condamné à être décapité sur le lieu même où il avait été arrêté. Ainsi fut fait, ses diacres furent exécutés après lui. Ces diacres étaient au nombre de sept : Janvier, Magnus, Vincent, Etienne décapités avec l'évêque. Laurent qui était encore en liberté et ne périt que deux jours plus tard, Félicissime et .Agapit qui moururent le 8 août, mais séparément de leurs compagnons. Quand les chrétiens eurent recouvré l'usage de leurs cimetières, le corps de Sixte fut transporté dans le caveau des papes, au cimetière de Calliste; on enterra près de lui les quatre compagnons de son martyre, et, au fond de la chapelle papale, derrière l'autel fut déposée la chaire ensanglantée. Quant à Félicissime et Agapit, on ne les déplaça point '.
Au iv« siècle, le pape Damase entreprit la décora-
' Paul .\llard, Ilist. des perséciilions, t. m. p. 90-92. — » R. Kanzler, Rcstitii:ionc archileltonica drlla cripla dei 35. Felicissimo ed Agapito nel cimitcro di Prelestalo, dans .
tion de la crypte où reposaient les deux martyrs. Les parois furent revêtues de grandes plaques de marbre violacé dont on a retrouvé beaucoup de fragments ' (Og. ■1.'Î22). Un seul petit morceau, désigné par la leltre H sur l'élévation, est resté en place sur la muraille. La chaux des parois a conservé un peu partout l'empreinte des plaques de marbre (voir E sur l'élévation). Une des colonnes de porphyre s'est conservée entière, mais en trois pièces; deux petits trous à peu de distance du sommet de la colonne gardent la trace des grifles de bronze qui retenaient les chapiteaux disparus. Par-dessus ces petits trous (en F), on voit l'encastrement de l'architrave que soutenaient les deux colonnes de porphyre hautes chacune (en ne mesurant que le fût) de 1 m. 70. Le dessous de l'arc était revêtu de douze plaques de marbre dont les empreintes sont visibles, percées dans leur milieu pour laisser passer les attaches ou oreillons de la Iransenna qui sont tous restés attachés au mur. Un seul fragment minuscule
4323. — Fragments de la transenna de la crypte. D'après Nuovo biillelUno, 1895, p. 17S.
de cette Iransenna a été retrouvé, son épaisseur est de 0 m. 025 et il coïncide exactement avec le morceau resté engagé dans la chaux. Pour la transenna inférieure, on voit son empreinte dans la partie interne du mur ce qui a permis de la reconstituer, .\insi chaque loculus avait sa ^ronsfnna' derrière laquelle les pèlerins savaient que se trouvaient les reliques de l'un des martyrs. L'architrave qui les séparait servait probablement à accrocher les lampes, les unes suspendues, les autres posées a plat.
L'arc était fermé dans le bas par un parapet revêtu de marbre (lettre I) et par-dessus devait être appliqué le tihilus portant l'inscription damasienne, qui ne nous est connue que par la transcription dans le manuscrit de Closterneubourg et celui de Tours :
ASPICE ET HIC TVMVLVS RETINET CAELESTIA MEMBRA SANCTORVM SVBITO RAPVIT QVOS RECIA CAELI HIC CRVCIS INVICTAE COMITES PARITERQVE MINISTRI RECTORIS SANCTI MERITVMQVE FIDEMQVE SECVTI .i AETHERIAS PETIERE OOMOS RECNAQVE PIORVM VNICA IN HIS CAVDET ROMANAE GLORIA PLEBIS QVOD DVCE TVNC XYSTO CHRISTI MERVERE TRIVMPHOS FELICISSIMO ET ACAPITO DAMASVS
La grande niche absidale dont nous avons parlé, était séparée de la tombe p,<ir une épaisse Iransenna de marbre Niolacé dont il subsiste quelques fragments (fig. 4323). La position exacte de cette Iransenna se
.Vuopo bulleltino di archeol. cristiana, 1S93, p. 172-180. pi. ix-x ; II. Grisar, Histoire de Rome et des papes au moyen âge, in-8°, Paris, 1906, 1. 1(>, p. 228, ng. 201.