FÉLICISSIME ET AGAPIT -- FÉLICITÉ (PASSION ET CIMETIÈRE DE
trouve dans le plan aux points NX'. Les pilastres figurés ne sont pas autorises par un vestige quelconque mais d'après un pilastre trouvé à la spelunca magna. En ce qui regarde les colonnes d'albâtre, M. R. Kanzler ne croit pas qu'elles soient jamais entrées dans la décoration de ce lieu. On aura précipité ces colonnes par un lucemaire, ce qui défonça le sol de la crypte; en tous cas il est certain qu'elles n'ont pas soutenu la voûte de la niche absidale, puisque une fouille opérée près de la transenna a montré l'absence sur ce point de fondations de maçonneries et la présence de tombes.
La restauration dessinée par M. Kanzler est des plus heureuses : elle offre à peu près l'aspect de la crypte damasienne : la forme de l'arc sur lequel la dislance entre les deux pieds-droits est moindre que la corde, l'arc de l'imposte confirme ce qui se faisait alors. Mais la crypte eut à subir d'autres restaurations. Sous l'arc, outre le revêtement de marbre déjà décrit, on voit les empreintes d'un autre revêtement semblable qui lui a été superposé. De plus la plaque sur laquelle Armellini lut les noms des martyrs était placée sur la mensa, par dessus le parapet; mais elle appartenait à la deuxième restauration qui ne dut pas être antérieure au v« siècle.
Les corps des deux martyrs furent transportés sous le pontificat de Léon IV, en 848, dans la basilique des Quatre-Couronnés. La décoration aura été saccagée à cette époque afin d'enlever les reliques.
H. Leclercq.
FÉLICITÉ (Passion et cimetière de). — I. Positions critiques. IL La Passio. IXI. La langue de la Passio. J\. La date du martyre. V. Le lieu. YL Les monuments. VIL Le cimetière de Maxime. VIII. L'oratoire de Sainte-Félicité. IX. Comparaison des deux fresques. X. La basilique souterraine. XL Épigraphie. XII. Le canon de la messe. XIII. Bibliographie.
I. Positions cmtiques. — Dans le chapitre ix de son Essai sur les maurs, Voltaire a écrit ceci : » Sainte Félicité et ses sept enfants — car il en faut toujours sept — est interrogée avec eux, jugée et condamnée par le préfet de Rome dans le champ de Mars où l'on ne jugeait jamais personne. Le préfet jugeail dans le prétoire; mais on n'y regarda pas de si près. » Voltaire avait pris le Forum Martis pour le campus Marlis et il ignorait que le Forum Martis avait été construit par .\uguste pour qu'on y rendît la justice. Suétone en témoigne : Fori exslruendi causa fuit homiiuim cl judiciorum mulliludo, quœ videbalur, non sulficientibus duobus, etiam lertio indigere. llaquc jcstinanlius, nccdum perfecta Marlis scde, publicatum est caulumque ul separatim in eo publica judicia et sorliliones judicum fièrent '. Sous les Antonins, le Forum Martis reçut le secretarium de la préfecture urbaine ^ qui à une date postérieure alla occuper un autre édifice. La chicane de Voltaire se trouvait détruite, mais le document allait avoir à affronter d'autres critiques.
En 1875, B. .\ubé " rejeta comme légendaire la partie narrative de la Passio dans laquelle il tolère un minimum historique qui consiste en ceci : les noms dos martyrs, leur interrogatoire, la pluralité des Augustes, dont l'un est Antonin; mais il place l'épisode sous Septime-Sévère et Antonin Caracalla, entre 198-203. Renan, en 1883, se borne à une ligne, en note : Les Actes de sainte Félicité sont sans valeur historique*.» J. B. Lightfoot n'admet pas le renvoi sous Caracalla.
• Suétone, Oclav., c. xxix. — • II. Jordan, Topographie der Sladt Rom. im AUerlhiim, in-8», lierlin. 1871-1878, t. Il, p. 489. — ' B. Aube, Du marlyre de sainte /V/iciW et de ses sept fils, dmis Comptes rendus de l'Académie des inscript., 1875, p. 125-i:i8: et Histoire des pcr.séculion.i, t. i, p. :145, 4.38-465. — • K. Honan, Marc Aiiréle, 1883, p. 58, note 1, — ' J.-n. Lightfoot, S. Ignalius and S. Polucarp, in-S",
Cette date, selon lui, est insoutenable; les termes employés parla Passio supposent qu'un seul des Augustes était présent à Rome lors du martyre; or, Septime- Sévère ayant passé en Orient presque toute la période indiquée, reste Caracalla, qui aurait eu dix ans, douze au plus, ce qui ne peut guère s'accorder avec la place qu'il tient dans l'interrogatoire. Lightfoot admet la date de 162 et place, avec le mart>Tologe hiéronyinien, l'exécution des sept martjTS au 10 juillet, anniversaire de l'élévation d'Antonin le Pieux à l'Empire : cet anniversaire était probablement fêté sous son fils adoptif et sera devenu l'occasion d'une réjouissance signalée par un massacre de chrétiens. Mais Lightfoot, qui admet le supplice des sept martjTs en ce jour, ne croit pas qu'ils fussent frères et il n'admet pas que Félicité, dont la fête est célébrée le 23 novembre, appartienne à leur groupe. Selon lui, elle peut .ivoir été martyrisée, elle peut avoir eu un ou plusieurs de ses fils martyrs, mais la préoccupation de créer un groupe parallèle à celui des sept frères Macchabées et de leur mère a seule inspiré la combinaison opérée entre les martyrs du 10 juillet et du 23 novembre ^
En 1890, J. Fiilirer entreprend de démontrer que la Passio de sainte Félicité est de basse époque, du W siècle environ, et sans grande valeur historique. On n'y trouve nul indice qui permette de dater les événements. Les sept frères martyrs honorés à Rome, le 10 juillet, dès le iv<^ siècle, n'ont aucun lien de parenté avec Félicité, fêtée le 23 novembre; celle-ci a cependant eu sept enfants qui furent martyrisés avec elle, mais le groupe du 10 juillet est arbitraire et inspiré par riiistoire des Macchabées ". Ceci paraît convaincant à V. Schulze ', mais non à L. Duchesne ' qui estime que 0 l'opinion commune résiste parfaitement à ces arguments. Autant que l'on peut remonter la tradition du culte de sainte Félicité, c'est-à-dire jusqu'au temps du pape Damase pour le moins, cette sainte se présente à nous comme la mère de sept fils martyrs. Pour le culte des saints du 10 juillet, on a une attestation plus ancienne encore, celle du calendrier philocalien (336), qui remonte aux derniers temps de Constantin. Maintenant les sept saints du 10 juillet sont-ils identiques aux sept fils de sainte Félicité? Dans le calendrier philocalien, il est vrai, il n'est plus question de sainte Félicité; mais le martyrologe hiéronjTnien la groupe, au 9 et 10 juillet, avec les sept frères qu'il présente comme ses fils; il nomme aussi la sainte à son jour propre, au 23 novembre. Rien ne prouve que ces mentions ne soient pas primitives et que le martyrologe hiéronymien ne représente pas ici le calendrier romain dans un état de texte plus complet et plus ancien que le document philocalien de 336. La distance de deux jours de fête, 10 juillet et 23 novembre, ne va pas contre le fond de l'histoire; on a très bien pu exécuter les fils en juillet et laisser la mère en prison, ou même en liberté, pendant quatre ou cinq mois. •
En 1894, Kiinstlc reprend le texte de la Passio et fait connaître un manuscrit du ix» siècle, le Codex Augicnsis. n. -ï.ï.Y//, de la bibliothèque de Karisruhe, contenu dans un passionnairc de Reichcnau ([ui ofTrc des affinités avec le ins. S06 de Chartres •. Il y voit l'écho d'une tradition hagiograpliique ancienne, peutêtre celle du passionnairc signalé en 598 par Grégoire le Grand '". Le nouvel éditeur suppose que le texte latin n'est qu'une traduction d'un texte grec ". Et peu de semaines après, .1. Fiilirer montre que la conjec-
Oxford, 1889, t. i, p. 511-515. — ' .T. Fiilirer, Ein Beitrug sur Lcesung der Félicitas Fragc, FrcisinR. 1890. — ' V. Scliulzc, dans I.c moyen iige, décembre 1890, p. 266. — • L. Duchesne, dans Bulletin critique, 15 novembre 1890, p. 425. — • Anal. bail.. 1889, t. viii, p. 125. — '» ,^Jon^m. Germ. hist.. Epist.. t. ii, pnrt. 1, p. 128. — ■■ Ktlnsllc, Hagiographische .'itudicn liber die Passio l'elicitatis, 1894.
FELICITE (PASSION ET CIMETIERE DE
ture sur le passionnaire grégorien de Reichenau est insoutenable, n s'en tient donc à ses conclusions admises par L. Duchesne ' : « La passion de sainte Félicité et de ses fils est de basse époque, du vi» siècle environ: elle est dépour\-ue de valeur historique; on n'en peut rien tirer pour déterminer la date des événements racontés. » A quoi il ajouta, en 1894 : « Je n'ai jamais compris pourquoi on attache tant d'importance à la Passion de sainte Félicité. Le culte de la sainte et de ses sept fils, et non seulement leur culte, mais encore les linéaments essentiels de leur histoire, s'établissent sur des données épigraphiques, liturgiques, archéologiques, d'une autorité autrement claire que celle de cette petite pièce hagiographique ^. »
Une opinion différente contredit celle qui vient d'être exposée. En 1883, H. Doulcet consacra à la Passio une dissertation dans laquelle il publia le texte déjà connu par des extraits insérés dans le Martyrologe d'Adon % dans le recueil de Mombritius *, et par les éditions de Ruinart * et des Acta sanctorum '. Le nouvel éditeur avait coUationné trente-quatre manuscrits ' et adopté la leçon du plus ancien, n. 5299 de la Bibl. nat. de Paris du ix« siècle '; mais on sait assez qu'eùt-on collationné tous les manuscrits, pesé toutes les variantes, il échappe toujours un dernier manuscrit qui fourmille de leçons nouvelles et importantes. Ce fut le cas dums. de Karlsruhe,n. ZJ.Y/z.dont tout le mérite consiste à n'avoir pas été employé ou cité par l'éditeur précédent, qui adopte purement et simplement la Passio, et la place à l'année 162. Cette même date est admise par M. A. Dufourcq, qui voit l'indice d'un lien de parenté dans la communauté d'anniversaire des sept saints enterrés sur quatre points différents : le fait que Félicité, commémorée le 2'J novembre, est indiquée aussi par le martyrologe hiéronymien, comme honorée en même temps que les sept frères, le 10 juillet, rend probable que son histoire est réellement associée à la leur; mais il n'en résulte pas qu'elle soit leur mère : le texte (plus ou moins altéré) du martyrologe, au 7 des ides de juillet porte à croire que Félicité est vierge et que les sept martyrs sont prêtres '. Enfin, en 1911, dans la quatrième édition de son Histoire des perséculions , P. .Mlard se plaçait, écrit-il, « sur le terrain d'une authenticité au moins » relative de la Passio '°.
II. La Passio. — « Au temps de l'empereur Antonin, il y eut de l'agitation (sedilioj parmi les pontifes, et Filicité, femme illustre, fut frappée, avec ses sept fils très chrétiens. Demeurée veuve, elle avait consacré à Dieu sa chasteté. Nuit et jour, livrée à la prière, elle était un grand objet d'édification pour les âmes pures. Les pontifes voyant que, grâce à elle, la bonne renommée du nom chrétien s'était accrue, parlèrent d'elle à Antonin Auguste, disant : » Dangereusement pour notre salut, cette veuve avec ses sept fils fait outrage à nos dieux. Si elle ne vénère pas les dieux, sache Votre Piété, que nos dieux s'irriteront tellement qu'on ne pourra plus les apaiser. » Alors l'empereur Antonin ordonna au préfet de la Ville de la contraindre avec ses fils d'apaiser par des sacrifices la colère des dieux. »
' BuUetin critique, 1S90, p. 425; Anal, boll., 1894, t.xin, p. 404. — ' Bulletin critique. ISQi. p. 341. — • Adon, Martyrologe, édit. Giorgi, p. 590, au 23 novembre. — * Mombritius, Vitœ sanctorum, t. i, fol. 306. ■ — ' Ruinart, .4c(« sincera, 1713, p. 20; édit. Ratisbonne, p. 72. ■ — ' Acta sanctor., édit. d'Anvers, juillet, t. in, p. 12. — ' Paris, Bibl. nat.. anc. fonds, 3278,5271,5274, 5278, 5280, 5296b, 5206d, 0209, 5306, 5308. 5310, 5312,5324. 5577, 5593, 5666; fonds Int., supplem., 9739, 10862, 10872; tonds Saint-Germain, 11753, 11758, 11759, 11884, 12611; fonds Saint-Victor, 14363, 14365; fonds de la Sorbonne, 15437; fonds Saint- Martin-dcs-Champs, 16734, 16734; tonds des Feuillants, 17005. 17007; nouv. acq. (Silos), 2169; Bibliofh. Sainte- ■Gcncvièvc, fonds des Génovétains, n. /i.S'; Bibl. de l'.Arsenal,
Ij'empereur de la famille Antonine, ici désigné, ne pourrait être que Marc-Aurclc, si les actes se rapportent à l'an 162, ce qui est précisément en question. Le préfet de la Ville qu'on entrevoit, et qui sera nommé dans un instant, Publias, serait alors Publius Salvius Julianus, le célèbre rédacteur de l'édit perpétuel, qui succéda, dans les derniers mois du règne d'Antonin le Pieux, au préfet L'rbicus et géra la préfecture urbaine, pendant l'année 162, sous Marc-Aurèle et Lucius Verus. Marc-Aurèle séjourna à Rome pendant cette même année 162, où Lucius Verus guerroya en Orient contre les Parthes. Outre la guerre sur cette frontière, on signalait des révoltes en Bretagne et en Germanie et des fléaux plus rapprochés, notamment une inondation du Tibre qui perdit les récoltes et annonça la famine qu'il était dès lors facile de prévoir : urgentis annonœ difficultales ". C'étaient là bien des motifs de découvrir la colère des dieux, moyen toujours efficace pour déguiser l'incurie administrative. Le fiéau de l'inondation avait été particulièrement grave nous apprend Jules Capitolin : prima Tiberis inundalio... nmlla Crbis œdificia vexavil et plarimum animalium interemit, cl jamen gravissimam peperit '-. Dès lors une sedilio et une requête des pontifes n'ont rien de très surprenant; ils ont choisi pour la présenter le moment où on célébrait l'avènement d'Antonin. Nul doute que du vivant de cet empereur on ne fêtât ce jour, nous le savons par sa réponse à Fronton qui s'excusait de n'avoir pu prendre part à la solennité ". En fut-il de même sous son successeur? On n'a aucun indice, qu'à partir de la mort d'.A.ntonin, cette festivité soit tombée en oubli et comme Antonin n'était pas disparu depuis deux ans, les pontifes ont pu saisir cette occasion et cette date anniversaire pour se réunir et préparer leur requête à Marc-Aurèle qui, en sa qualité de ponlifex maximus, était en droit d'intervenir dans tout ce qui touchait à l'observation et au mépris du culte ofTiciel. C'est à « Sa Piété » qu'on fait appel pour provoquer plus sûrement son intervention.
« Publius, préfet de la Ville, se fit amener Félicité en particulier, et tantôt par de douces paroles, tantôt en la menaçant du dernier supplice, l'engageait à sacrifier. Félicité lui dit : « Tu ne pourras ni me séduire par tes caresses, ni m'ébranler par tes menaces. Car j'ai en moi l'Esprit-Saint, qui ne pennet pas que je sois vaincue par le diable; c'est pourquoi je suis assurée que, \ivante, je l'emportcnii sur toi, et, si tu me fais mourir, morte, je triompherai de toi mieux encore. — Publius dit : « Malheureuse, s'il t'est doux de mourir, au moins laisse vivre tes fils. » — Félicité répondit : « Mes fils vivent, s'ils ne sacrifient pas aux idoles. Mais s'ils \iennent à commettre un tel crime, ils iront dans la mort éternelle. » Le lendemain, Publius siégea au Forum de Mars et ordonna qu'on la lui amenât avec ses sept fils. »
Sur ce Forum Martis, ainsi nommé parce qu'il entourait le temple de Mars Vengeur, nous avons ce texte catégorique de Suétone '* : Fort exslruendi causa fuit hominum et jadiciorum mullitudo, qux videbalur, non
n. 996. — ' iMs. 5299, fol. 32r» et 34 v», dans H. Doulcet, Essai sur les rapports de l'Église chrétienne avec VÊtat romain pendant tes trois premiers siècles suivi d'un mémoire relatif à la date du martyre de sainte Félicité et ses sept fils et d'un appendice épigrapliiquc, in-S», Paris, 1S83, p. 187- 217. — 'A. Dufourcq, Ê/iidesiir (es Gesta marlyrum romains, in-8», Paris, 1900, t. i, p. 223-224. — "> P. AUard, Histoire des persécutions, in-8°, Paris, 191 1 , p. 384, note 3. — " Borghesi, Œuvres complètes, t. v, p. 383-422 : Wilmanns, Exempta inscript, latin., n. 1187; C. Jullian, Les translormaiions politiques de l'Italie sous les empereurs romains, p. 123. — " Vita Anton, pliil., c. vm. — " Fronton, Epistul., édit. Leipzig, 1867, p. 167. — " Suétone, Oc(ai>.,c xxix; les deux forums sont le forum romnin et le forum <le Jules César.
FÉLICITÉ (PASSION ET CIMETIÈRE DE
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sufpcientibus duobus, etiatn tertio indigere. Itague festinantius, necdum perfecla Marlis lede, publicatum est cautumque ut separalim in eo publica judicio et sortitiones judicum fièrent. « Auguste le construisit après avoir reconnu que, h cause de la multitude des plaideurs et des procès, les deux forums déjà existants ne suffisaient pas et qu'il en fallait un troisième. C'est pourquoi, afin de se hâter, il fut ordonné que, même avant l'achèvement du temple de Mars, les jugements publics et le tirage au sort des juges se feraient en ce lieu. » Dans l'inscription d'Ancyre on lit à ce sujet : PRIVATO SOLO COMPARATO MARTIS VLTORIS TEMPLVM FORVMQVE AVGVSTI EXSTRVXI. Sous les Antonins, le préfet urbain y eut son tribunal, secretarium. Ce nouveau forum, on le voit par l'inscription d'Anc\Te porta d'abord le nom d'Auguste, son fondateur; au iv« siècle, on le nommait couramment forum Martis, comme nous le voyons par un collier d'esclave ', et il est impossible de déterminer l'époque à laquelle ce nom s'était substitué au précédent.
Il Publius dit : Aie pitié de tes fils, braves jeunes gens, et encore dans la fleur de la jeunesse. — Félicité répondit : Ta miséricorde est impie, et ton exhortation est cruelle. » Et, se tournant vers ses fils, elle ajouta : «Portez les yeux au ciel, mes enfants, et regardez en haut, là où le Christ vous attend avec ses saints. Combattez pour vos âmes et montrez-vous dans l'amour du Christ. » Entendant cela, Publius ordonna de lui donner des soulTlets, disant : « Tu as osé conseiller, en ma présence, de mépriser les ordres de nos maîtres.»
Cette expression dominoruni nostroruni statuta ou instituta, ou monita et en forme de variante, dans Ruinart, fussa, a préoccupé Aube. « L'expression dominoruni nostrorum jussa, les monuments épigraphiques ne nous la montrent employée, écrit-il, qu'à la fin du ii« et au commencement du ui" siècle. Or, on la rencontre « placée dans la bouche du préfet de la Ville, et dans l'hypothèse où ce préfet serait Publius Salvius Julianus, dans la bouche du plus illustre jurisconsulte du temps, d'un homme qui devait savoir à fond les tours du langage officiel et qui n'était pas de caractère à innover dans l'adulation ^. » Cette expression, on la retrouve fréquemment dans les lettres de Fronton et jusque dans la correspondance de Pline avec Trajan. En outre, il semble établi qu'on trouve le DDNN ou le DN. sur des monuments antérieurs à Domitien '. Marini l'atteste pour les inscriptions * ; Descemet pour les estampilles doliaires ; Letronne pour les papyrus '; Eekhel pour les monnaies '.
« Alors Publius appela le premier des fils, nommé Januarius, et lui promit tous les biens possibles, en même temps qu'il le menaçait des verges s'il refusait de sacrifier aux idoles. — Januarius répondit : ■ l.a sagesse du Seigneur me soutient et me fera surmonler toutes ces choses. « Aussitôt le juge le fit battre de verges et reconduire en prison.
« Il donna ordre d'amener le second fils, Félix. Comme Publius l'exhortait à sacrifier aux idoles, celui-ci répondit avec courage : « Nous adorons un seul Dieu, à qui nous offrons le sacrifice d'une pieuse dévotion. Garde-toi de
' H. Jordan, Topographie die Sladt Rom., 1878, t. il, p. 489, 490; Tliédenat, Le Forum romain et les forums impériaux, 1898, p. 21. S sq.; 4' édit.. 1908, p. 181 s<i.; De Rossi, Bullelt. di arclteol. crist., 1874, p. 41, 51-55, voir Diclionn., au mot Coi.i.iiîns d'iîsci.wes, t. m, col. 2147, ng.3097 — 'B. Auhè. Histoire des persécutions, 1. 1, p. 455. — " G. Lacour-Gayct, d-ins lîeuue critique, 27 décembre 1880, p. 514; cf. Labus, Marmi aniichi Bresciani, p. 96, n. 4. — • G. Marini, Atti degli fratelli Arimli, In-tol., Uonia. 1795, p. 508. — ' Letronne, Im statue vocale de Memnon, in-S"; Paris, 1830, p. 189. — * Kckliel, Doctrina nummor, ueler., t. vni, p. 3frl. — ' Silvanus de préférence ù Silaniis adopté par Hiiinart, et. De Itossl, Huit, di archenl. crist., 1884-1885, p. 1(>8. • — • Jlumbcrt, Aniiei Auyusli, diins Darcnibcrg-
croire que tu pourras m' éloigner, moi ou quelqu'un de mes frères, de l'amour du Seigneur Jésus-Christ. Même sous la menace des coups, et en présence de tes injustes desseins, notre foi ne peut être ni vaincue ni changée.
» Quand celui-ci eut été emmené, le juge ordonna de faire monter le troisième fils nommé Philippe. Comme il lui disait : Notre seigneur l'empereur Antonin a ordonné que vous sacrifiez aux dieux tout-puissants, » Philippe répondit : • Ils ne sont ni dieux, ni tout-puissants, mais des simulacres vains, misérables, insensibles et ceu.x qui auront consenti à leur sacrifier encourront un péril éternel. »
« Philippe ayant été éloigné, on fit comparaître le quatrième fils, Silvanus '. Le juge lui dit : « A ce que je vois, vous vous êtes concertés avec votre misérable mère pour mépriser les ordres des princes et courir tous ensemble à votre perte. » — ■ Silvanus répondit : « Si nous avions craint une mort passagère, nous encourrions un supplice éternel. Mais conune nous savons quelles récompenses sont préparées pour les justes, quelle peine établie pour les pécheurs, nous méprisons avec sécurité la loi romaine pour obéir aux préceptes divins; méprisant les idoles afin qu'eu servant le Dieu tout-puissant nous obtenions la vie éternelle. Ceux: qui adorent les démons iront avec eux dans la mort et le feu éternel. »
« On éloigna Silvanus ; le cinquième fils, Alexandre, fut amené. Le juge lui dit : » Aie pitié de ton âge et de ta vie encore dans l'enfance. Ne sois pas rebelle, et fais ce qui sera le plus agréable à notre roi .\ntonin. Aussi, sacrifie aux dieux afin de pouvoir devenir l'ami des Augustes, gagner la vie et leur faveur. » — Alexandre répondit : o Je suis le serviteur du Christ, je le confesse de bouche, je lui reste attaché de coeur, je l'adore sans cesse. Cet âge si faible, que tu vois, a la prudence de la vieillesse et adore un seul Dieu. Tes dieux et leurs adorateurs périront. »
Cette proposition de devenir l'ami des Augustes • n'est pas une promesse vague. On la rencontre souvent parmi les offres faites aux chrétiens ' et ce titre conférait à celui qui le recevait une situation ambitionnée. Les Romains, nous dit Epictète, y attachaient un prix extrême, et il décrit la vie si enviée, mais si peu souhaitable à ses yeux de l'homme devenu « Ami de César "". » Les historiens, les archéologues leur ont consacré de longues recherches " et sur un marbre de Milan, nos trouvons un personnage ainsi qualifie " :