‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 284 sur 331 · FECIT · texte numérisé non relu

FECIT

« Consacré par Damase, évêque, au bienheureux martyr Janvier. » L'identification est donc certaine et la crypte découverte en 1857 et qui offre les caractères architecturaux des constructions de l'époque do Marc-Aurèle ou des temps voisins, est celle dans laquelle a été déposé, très probablement en l'an 162, le corps de l'aîné des fils de sainte Félicité. Ce monument célèbre sera décrit et figuré en son lieu, mais il était indispensalile d'en rappeler dès maintenant et à cette place le souvenir et la signification chronologique qui s'y rattache.

Le pape Damase avait consacré des compositions métriques à jilusieurs des fils de la martyre Félicité. Les vers d/,sci7e... étaient gravés au-dessus de la porte d'entrée de la basilique.

Au cimetière des Jordani se trouvait une inscription en l'honneur du groupe Martial, Vital et Alexandre. Elle a péri, mais elle n'a pas péri tout entière. Dir mois de mars 537 au mois de mars 538, les Goths conduits par Vitigès, assiégèrent Rome et dévastèrent les alentours de la ville; leur camp se trouviit sur la via Salaria, presque au-dessus du cimetière de Priscille qui ne fut pas épargné. Lorsque l'ennemi eut levé le siège, le pape Vigile s'occupa de relever les ruines el de restaurer les monuments chrétiens; il fit recopier les inscriptions chrétiennes et notamment les inscrip-

' De Rossl. Bull, di archcol. irisl., 180:i, p. .3. — «Dp Rossi,/îoma sollirranra, t. il, p. 87-97. — ' Voir Dicdonn.. t. IV, col. 170, n. 22. — ' De IVossi, Inscript, christ, uri'. Roniœ, 1888, t. il, p. 100, n. 18; voir Dictionn., t. i\ ,

tîons damasiennes. Le ms. épigraphique de Lorsch nous a conservé un poème dont un fragment sur marbre a été retrouvé en 1804, au cimetière ad duas Lnuros sur la voie Labicane, d'où il est entré au musée du Latran. Voir Diclionn., t. iv, col. 157, fig. 3549. Voici le texte du ms. de Lorsch ■" :

Sci Vitalis m et sci Martialis et sci Alexandri Dum perilura geihœ posuissent castra sub urbe

moverant scis bella nefanda prias Istaque sacrilego verterunt corde sepulcbra

martyribus quondam rite sacrata piis Quos monslrante dô damasus sibi papa probalos

affixo monuit carminé jure coli Sed periit tituliis conjracto marmore ses nec tamen his iterum passe latere tait Diruta vigilibus nam mo.r hœc papa gemescens hcstibus expulsis omne novavit opus.

Saint Symmaque, pape (498-514) accordait une particulière dévotion à un de ces trois martyrs, .\lexandre, et nous savons que fecit coemeterium Jorda-

4324. — Fragment d'une épitaphe provenant du cimetière. D'après Bii!/e/. diarcheologia cristiana, lS73,p\. vi, n. 3.

noTum in melius propter corpus sancti Alexandri. Seraitce un débris des ornements qu'il lui consacra qui nous serait par\'enu dans un fragment épigraphique trouvé sur l'emplacement du cimetière en 1873. On a suppléé ainsi ce débris (fig. 4321) ' : Reddil Alexnnd^Q SEP^lMOZ/ratribus uni Synimachus obscrvMS HVNC carminé prxsul honorent RIS lACTV ra . . . .

Dans la basilique construite au-dessus du cimetière de Priscille et dont les ruines ont été récemment reconnues, se trouvaient les tombes de Philippe et de Félix avec un éloge du pape Damase " conçu en ces termes ' : Cultures domini Félix paritcrque l'hilippus Hinc virtute pares contempto principe mundi clernumque peticre domum regnaquc piorum sanguine quod proprio Cbrisli merucre coronas Ilis Danutsus supplcx volait sua rcddere vota

A la ligne 3, il faut corriger etcrnum en œternani peticre domum.

.\u groupe de Félix et Philippe se trouve rapproché le groupe de Vital et Martial dans un moaumcut que nous allons décrire.

Tout ce qui se rattache à la mémoire des martyrs du 10 juillet ne sort de terre que peu A peu. Kn 1888, Edmond Le Blant fit connaît rc une base de colonnelte,

col. 157, note 2. — 'De KossI, Biillcll. iti (irchnil. erisl., 187.'î, pi. VI, n. 3, p. IG; Douicct. op. cit.. p. 207. — * De Rossl, Biillill.. 1880, p. 24. — ' De Rossl. Inscripl. clirisl., t. II, p. 62, i:i2, 1.38.

FKl.ICITE (PASSION ET CIME'JIÈRE DE)

malheureusement fendue par le milieu dans le sens de sa hauteur, et dont le revers manque. Elle porte, distribuée sur ses trois faces, l'inscription suivante qui, d'après la forme des caractères, ne saurait être postérieure aux premières années du v= siècle (fig. 4325) :

. . . IVLIAS MARTYRVWl VITA

. . . ANCT FILICIS FILIPPI MAR

Un simple coup d'oeil jeté sur cette inscription permet d'en reconnaître la signification et la valeur. On ne peut hésiter à y voir deux et puis deux autres des martyrs du 10 juillet; elle doit donc être complétée ainsi :

Sexlo idus IVLIAS MARTYRVM VITA'i's

Kalak s ANCToruni FILICIS FILIPPI MkRli'ilis

La face postérieure de la base mutilée pouvait porter les trois noms qui manquent; ceux d'Alexander, Silvanus et Januarius.

Deux questions se présentent ici : de quelle nature

fait de la priorité donnée sur notre marbre aux noms de ces deux jeunes liomraes a fait penser qu'il a pu se trouver autrefois dans la catacombe de Priscille, sauvagement ruinée et dévastée par les Goths, comme les autres cimetières de la via Salaria. Je ne saurais toutefois, ajoutait E. Le Blant, tenir, pour ma part, la chose comme certaine, car dans les trois textes antiques qui nous donnent la liste des frères martyrs, celui du chronographe de 354, du sacramentaire Léouien et du kalendarium romanum, édité par Ruinart, Félix et Philippe sont nommés les premiers, ainsi que dans notre inscription '.

J.-B. De Rossi admet la provenance de cette base d'un ancien ciborium et estime que cette particularité convient parfaitement à la sépulture formant autel, non pas dans la basilique même de Saint-Sylvestre, mais dans une chapelle contiguë à son abside et marquée B dans le plan '. En 1916, un accord intervenu entre les gouvernements français et italien a permis l'échange du fragment étudié ici et donné au musée

IVUAS

'flLCïSHUPFI M MA"

432j. — Inscription des saints Félix et Plulii>pe, Vital et Martial. D'après Mélanges d'archéologie el d'histoire, 1888, t. VIII, pi. vu.

était le monument d'où provient ce débris, et où se trouvait-il aux temps antiques? Chercher où on l'a découvert, si l'on pouvait parvenir à le savoir, ne nous apprendrait rien ou peu de chose, car le marbre n'était plus alors en sa place première : englué de chaux sur toutes ses faces, il a été évidemment tiré, comnae l'inscription damasienne de saint Valentin, de quelque mur dans lequel on l'avait emploj'é parmi des débris sans valeur. C'était, selon toute apparence, la base d'une colonnette de l'un de ces ciboria qui surmontaient les autels (voir Cirorium).

L'ordre dans lequel sont mentionnés les noms a paru pouvoir, sur l'autre point donner quelque lumière.

Le calendrier de l'an 354 porte l'indication des lieux divers où ont été ensevelis les sept frères. On y lit : Felicis et Philippi Prisiillœ, et in Jordanoram, Marlialis, Vilalis, Alexandri et in Maximi Silani... et in Prœtextali, Januarii. On voit ainsi que les saints Félix et Philippe reposaient dans le cimetière de Priscille. Le

' E. Le Blant, D'un nouveau monument relatif aux fils de sainte Félicité, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1888, t. vui. pi. vn; Romische Quarlalschrift. 1889, p. 393; De Rossi, Bull, di archeol. crist.. 1888-1889, p. 18; 1890, p. 111-113. — • De Rossi, Bullett., 1890, pi. vi-vn, B, /,

du Louvre en 1896 par E. Le Blant, avec un bas-relief provenant d'un sarcophage d'origine française et représentant l'épisode de Jonas ^

VIL Le cimetière de Maxime. — A une distance d'un demi-mille de la porte Salaria se trouvait anciennement une vigne et un domaine appartenant à l'hôpital des Antonins. Un inventaire des biens de cet hôpital rédige en 1580 et trouvé à Lyon n'en fait pas mention *, mais dès le milieu du siècle suivant cette vigne était devenue la propriété de la communauté des Antonins qui se faisaient un devoir d'expédier à leur maison-mère, à Vienne en Dauphiné, les reliques et les souvenirs ou inscriptions extraits d'un ancien cimetière souterrain dont ils se trouvaient propriétaires, mais dont on ignorait le vocable et que, pour cette raison, on nommait le cimetière de Saint-Antoine ''. Le musée de Vienne, en Dauphiné, conserve quelques inscriptions chrétiennes romaines dont l'origine n'a pas d'autre explication que ces envois.

p. 111. — ' Le Temps, 4 avril 1916. 11 février im-. Revue archéologique 1917, p. 248-249. — * Tomassctti. dans Bull, di archeol. communale di Roma. 1882. p. 91-92. — * Martènc et Durand, Voyage littéraire de deui bénédictins. in-4°, Paris, 1717, t. I, p. 262; De Rossi, Bullet., 1863, p. 45.

FÉLICITÉ (PASSION ET CIMETIÈRE DE

Ces incursions dans les parties alors accessibles de la cataconibe anonyme n'eurent pas pour résultat d'en améliorer la situation, d'autant que les ambulacres et les tombes ayant été creusés dans un terrain de nature très friable, les anciens fossores avaient déjà commencé à combler certaines galeries avec de la terre '.

En 1856, on découvrit l'entrée de ce cimetière dont il s'agissait de déterminer le nom. Bosio avait admis que sainte Félicité reposait sur la voie Salaire Neuve, mais il la croyait enterrée dans le même cimetière où étaient inhumés trois de ses fils : le cimetière Jordanorum ^ Ciacconio avait donné le nom de Félicité à un cimetière décoré de peintures fort curieuses, qui semblent se retrouver sur la voie Appienne. C'est d'ailleurs ce qu'il dit dans ses Vies des papes où il place le cimetière de Félicité sur la voie Appienne près du cimetière de Calliste'; s'appuyant sans aucun doute sur ce renseignement contenu dans les Mirabiliu urbis Romœ : ...ccemelerium de Felicitatis prope cœmcterium Callisti. Ciacconio avait pour s'égarer, comme il l'a fait, outre ce texte corrompu le calendrier dit de Fronton *, qui indique la station ad sanctam Felicilaiem de manière si obscure qu'on peut se demander si elle se trouve sur la voie Appienne ou sur la voie Salaire; c'est ce qui explique qu'à la fin du xvm« siècle, l'opinion de Ciacconio avait encore des partisans même à Rome '.

Aucun des documents dont Bosio faisait un si ingénieux usage ne parlait d'un cimetière de Jlaxime ; ceux qui vinrent après lui n'en savaient pas plus que lui-même. Cependant les livres liturgiques disaient ceci : SI idus Julias natale sanclorum martyrum Felicis et Philippi in ccemelerio Priscillœ, Vitalis et Marlialis et Alexandri in cœmeterio Jordanorum, et Silvani in ccemetcrio Maximi via Salaria; et Januarii in ccemelerio Frselextati via Appia '. Dans les livres liturgiques composés après que les catacombes étaient abandonnées, on lit au 10 juillet : Hac die olim erant quatuor staliones : via Appia ad sanctum Januarium in Prœtexlali : item via Salaria prima missa ad aquilonem in Priscillse : secunda missa ad S. Vitalem in Jordanorum : item tertio missa ad S. Felicitatcm '. Ainsi, il y avait ce jour-là trois stations sur la voie Salaire et une sur l'Appienne. Celle de Priscille, et celle des Jordanorum sont identiques, celle de Janvier ne fait pas question, il reste dans un cimetière de Maxime la station à Silvanus qui disparaît et on trouve à la place une station à sainte Félicité. Mais nous avons vu que, d'après le catalogue deSâi, hune, Silvanum marlyrem Xovati (ani) furati sunt. Donc vers le milieu du i\" siècle, le cimetière de Maxime ne possédait plus le martyr et lorsque le pape Damase consacra des inscriptions aux sept frères et à leur mère, il omit Silvanus, mais il nomma Félicité qui avait son culte et sa station dans ce même cimetière, que pour cette raison on appelait ad S. Felicilalem.

D'après le catalogue de 354, on ne peut deviner sur quelle voie se trouvait cet hypogée; heureusement d'autres martyrologes et livres liturgiques le complètent sur ce point et mentionnent la voie Salaire. C'est d'abord le martyrologe hiéronymien dans lequel nous lisons : Homœ in cœmcterio Maximi via Salaria depositio lionijatii episccpi ad S. Felieilalem et, au 23 novembre : Homœ démentis episcopi, et in cœmelerio Maximi Felicitatis '. D'ailleurs, l'histoire de l'Église de Borne atteste que le pape Boniface I", ainsi que I-Ylicité et son fils Silvanus furent tous hihumés au

'Boldetti, Osseruazioni sopra i cimiteri, 1720, p. 570; De Rossi, Bullclt., 186.3, p. 45, a lu dans la catacombc la date 1714 lors des explorations dirigées par Boldetti, et les dates 1740, 1747 qui se rapportent aux explorations diriKécs par Marani;oni. — 'Bosio, Honia snllcrruncn. 1G:î2, p. 4S8.

' Ciacconio, Vitwpimli/kum lio

même lieu sur la voie Salaire et ne laissent plus aucun doute sur l'existence du cœmeterium Maximi. Cependant Fiorentini ne laissa pas que de remarquer que le cimetière n'était pas connu des anciens historiens tels que Bosio, Ciacconio et les autres et il imagina, pour tout accorder, que le cimetière en question était contigu à celui de Prétextât sur la voie Appienne et faisait partie du cimetière de Callixte '. Cette façon de transporter un cimetière d'une voie sur une autre bouleversait non seulement la topographie, mais rendait inintelligibles les documents liturgiques.

Le personnage nommé Maximus qui donna son nom à ce petit cimetière n'est pas autrement connu et il est tout à fait impossible, à défaut de traits particuliers, d'entreprendre de le distinguer parmi la foule des chrétiens qui portèrent le même nom. Les bollandistes, lisant ce nom dans le catalogue de 354, imaginèrent que s'était le chef d'un groupe de soldats et de martyrs, enseveli avec ses compagnons au lieu dit ad clivum cucumeris sur la voie Salaire vieille '°. Mais les lieux ne concordent pas. Au reste, rien ne permet de croire que ce Maximus fut un martyr, il est même plus probable que c'était un fidèle opulent à qui ses moyens permirent d'ouvrir un cimetière souterrain à l'usage de ses frères. Les cimetières de Domitille, de Balbine, de Calliste portaient ainsi des noms de propriétaires du sol, et même il est remarquable que ces personnages ne furent pas enterrés dans le souterrain qui portait leur nom. Maximus se trouve d'ailleurs ni plus ni moins favorisé que Prétextât, Apronianus, les Jordani, Novella, Pontianus sur lesquels nous ne savons rien. S'il lui arriva d'être dépossédé par sainte Félicité, il se trouva encore en cela dans une situation commune à d'autres. Vers le temps de la paix de l'Église, lorsque le culte des martyrs prit une extension et un éclat considérables, on se déshabitua de nommer les souterrains par un vocable dont la signification échappait et on préféra les désigner sous le nom des principaux martyrs qu'on y vénérait, t/est ainsi que le cimetière de Domitille prit le nom de cimetière des saints Nérée et Achillée; celui de Balbine s'appela cimetière de Saint-Marc; celui de Callixte fut connu sous le nom de saint Sixte et de sainte Cécile.

Entre l'année 251, date de la séparation de Novat de l'Église de Rome, et l'année 354, date de la rédaction du calendrier, nous ne savons qu'une chose sur ce cimetière de Maxime, c'est que les novatiens y dérobèrent le corps du martyr Silvanus. Pendant la deuxième moitié du iv« siècle, marquée par les grands travaux du pape Damase dans les cimetières romains, le corps de Silvanus n'ayant pas été recouvré, le pape composa trois hexamètres en l'honneur de la seule Félicité : Discilc quid meriti... F.utre le pontificat de Damase et la fin du pontificat de Zozime, en 417, on ne rencontre aucune mention du cœmeterium Maximi, tandis que sous le pontificat de Boniface F', successeur de Zozime, nous avons rencontré et tiré parti d'un renseignement très précis concernant notre cimetière. Pendant les contestations soulevées par son élection, le pape se retira et habita au cimetière de Sainte-Félicité, sur la voie Salaire. C'est la première fois que nous rencontrons le nouveau vocable substitué à celui de .Maxime. Quand on nous dit qu'il y habita, ce ne fut pas évidemment que le pontife se cacha dans qucl(|uc cubicule, il devait se trouver là une habilation à ciel ouvert. Le préfet Symmaciue écrit préciseinenl à l'empereur que le pontife demeure à peu de dislance

1. 1, p. 280. — • Fronloni, Epislolic et disseriationes, in-4°; IIaniburgi,1720, p. 211. — * Luchinl, /l/(i «inceri de' ninrlirl, 1. 1, p. 284, 285. — • Murntorl, Liliiri/ia mmana ueliis. I. i, p.:!l5. — 'Toinmasl.Opcro, t. il, p. 50l;ct. t. v, p. 47S. — 'Florentin!, Wdi.'ïl. orciVi. Ecctcs., marturolug., p. 807, O'.'l. - ■

,in-fol..Itoin;i-,]077, ' lbid..y>. 002,807,003. — 'Vlc/asan('(or.,iuillot, t. iii, p. 11.

FELICITE (PASSION ET CIMETIÈRE DE

de la ville : extra murum deduclus non longe ab Vrbe remoralur '. Ainsi le cimetière de Maxime, devenu cimetière de Sainte-Félicité était peu distant de Rome et possédait des abris à l'usage du clergé et probablement des lossores. Après son retour à Rome et lorsqu'il occupait désormais tranquillement son siège, Boniface n'oublia pas le temps où il vivait réfugié à Sainte-Félicité. Il fit construire un oratorium et embellit le tombeau de la martx re et de son fils Silvanus dont les reliques avaient été récupérées. A l'entrée de l'oratoire se lisait le poème épigrapliique déjà rapporté : Intonuit metuenda dies...

Nous n'avons pas de détails sur le recouvrement des reliques du martyr Silvanus, mais nous savons que le pape Innocent I", enleva aux novatiens beaucoup de leurs églises et de leurs lieux de réunion ^; il mourut en 416. Son successeur Zozime ne fit que passer et en 417, Boniface occupa la chaire pontificale. C'est donc en 418 ou peu de temps après que Boniface décora les tombes de Félicité et de Silvanus dont Innocent I'' avait recouvré les reliques. Boniface voulut même reposer en ce lieu et il fut le seul pape enterré à Sainte- Félicité. C'est à tort qu'on a dit que le pape Libère avait été enterré ad s. Felicitalem ' ; nous savons qu'il fut enterré au cimetière de Priscille. De l'épitaphe du pape Boniface I", qui, suivant l'usage du temps, était en vers, il ne reste pas une syllabe. Baronius, Bosio et d'autres à leur suite n'ont pas hésité à publier deux épitaphes métriques d'un pape Boniface, mais ces pièces concernent Boniface II et Boniface III et se trouvaient à la basilique du Vatican *. L'inhumation du pape Boniface I", au cimetière de Sainte-Félicité, est désignée sous le nom in cœmelerio Maximi, ce qui montre que le nom primitif du cimetière n'était pas complètement oublié; nous le retrouvons du reste dans le sacramentaire léonien du manuscrit de Vérone : ... et Siivani in cœmeterio Maximi via Salaria '... Toutefois c'est probablement la dernière mention que nous en rencontrons. Désormais dans les livres de la liturgie grégorienne, on lit que la station et la messe de Silvanus ont lieu via Salaria ad S. Felicitatem. Le calendrier de Fronton ne connaîtra, lui aussi, la messe de Silvanus que ad S. Felicitalem qu'il semble même transporter sur la voie Appienne. La confusion s'établit et s'épaissit avec le papyrus de Monza qui n'observe plus l'ordre topographique et écrit : (oleum) S. Felicitatis cum scptcm filios saos. S. Bonifati *.

Les Ilineraria ne tombent pas dans cette erreur, mais sauf l'Itinerarium Einsiedlense, sont d'accord sur le site du cimetière de Sainte-Félicité.

Index cœmeteriorum et Notifia regionum : Cœmeterium Priscillse ad S. Silvestrum via Salaria, Cœmeterium Jordanorum ad S. Alexandrum via Salaria. Cœmeterium Thrasonis ad S. Saturninum via Salaria.

Itinéraire de Salzbourg : Deinde ventes ad S. Felicitatem altéra via, quse similiter Salaria dicitur, ubi illa pansai in ecclesia sursiim et Bonifacius pp. et martyr in altéra loco et filii (i. e. filius) ejus sub terra deorsum. Deinde eadem via pervenies ad ecclesiam S. Saturnini papse et marlyris : in altéra eeelcsia Daria virgo et martyr pausal et Crisanti martyr. Postea pervenies eadem via ad speluncam ubi S. Hilaria martyr : deinde eadem via ad S. Alexandrum martyrem, ubi pansant Theodulus et Eventas et longe in interiore spelunea Alexander martyr requiescit. Postea ascendens eadem via ad S. Silvestri ecclesiam ibi multitudo sanclorum pausal ; primum Silvester sanclus papa et confessor et ad pedes ejus S. Syriens papa et in dextera parle Cclestinus papa et Marcellus episcopus: Philippus et Félix martyres et

' Symmaque, Epi.'^l., édit. Parei, I. X, n. 73. — • Socrate, Hist.eccles.,l.\'ll,c.ix, P. f;., t.i.xvn, col. 753. — 'Vignoli. Liber ponlificalis, t. i, après la Préface. — ' De Rossi.

multitudo sanclorum sub altare majore et in spelunea Crescenlius martyr et Fimilis pausat in cubiculo quando exeas et in altéra S. Polenciana martyr et Praxedis.

De locis SS. martyrum : Juxta viam Salariam ecclesia est S. Felicitatis ubi ipsa jacel corpore, ibi et Sillanus filius ejus de VII est sepultus et Bonifacius cum multis sanctis ibi dormiunt. Juxta eamdem viam S. Saturninus cum mullis martyribus dormit (d'une autre main : in alia quoque ecclesia. .S. Clirisantus et Daria virgo et LXII martyres) : propeque ibi S. Alexander et S. Vilalis, sanclus que Martialis, qui sunt très de seplem filiis Felicitatis, cum multis martyribus jacenl. Ibi et VII virgines id est S. Saturnina et S. Hilarion, S. Dominanda, S. Serotina, S. Paulina, S. Donala, S. Roganlina requiescunt. Juxta eandem viam Salariam S. Silvester requiescit, et aliiqaamplurimi, id est S. Cœlestinus, S. Potenliana, S. Praxedis, S. Marcellus, S. Crescenlianus, S. Mourus, S. Marcellinus, S. Prisca, S. Paulus, S. Felicis unas de septem, S. Pfiilippus unus de septem, S. Semetrius et, in una sepullura CCCLXIII. Per eamdem quoque viam venitur ad ecclesiam S. Michselis sepiimo milliario ab urbe.

Itinéraire de Guillaume de Malmesbury : Deinde basilica S. Felicitatis, ubi requiescit illa et Silanusfilius ejus et non longe Bonijatius martyr. Ibidem in altéra ecclesia sunt Crisantus elDaria et Saturninus et Maurus et Jason et mater eorum Hilaria et alii innumerabiles. Et in altéra basilica S. Alexander, Vitalis, Martialis filii S. Felicitatis. Et sanctœ seplem virginis Saturnina, Hilarina, Dominanda, Rogantina, Serotina, Paulina, Donata. Deinde basilica S. Silvestri ubi jaeet marmoreo lumulo coopertus et martyres Cœlestinus, Philippus et Félix et ibidem martyrs CCCLXV in uno sepulcro requiescunt, et prope Paulus et Crescenlianus, Prisca et Semetrius, Praxedis, Potenliana pansant.

Itinéraire d'Einsiedeln : In via Salaria extra civitatem in sinistra S. Saturnini : in dextera S. Felicitatis cum septem filiis.

^■ita Hadriani I : Cœmeterium S. Felicitatis via Salaria una ecclesiis S. Siivani marlyris et S. Bonijacii confessoris atque pontificis uno cohsrentes solo mirse restawavit magnitudinis. Sedet basilicam S. Saturnini in prœdicla via Salaria positam una eum eœm. SS. Chrysanti et Dariœ renovavit atque cœmeterium S. Hilariœ innovavit. Immo et cœmeterium Jordanorum, videlicet SS. Alexandri et Vitalis et Martialis martyrum, seu SS. septem Virginum a nqvo reslauravit. Pariter in eadem via Salaria ccem. S. Silvestri confessoris atque pontificis aliorumque sanclorum multorum in ruinis positum renovavit.

Index cœmeteriorum e libre Mirabilium : Cœmeterium Priscillse ad ponlem Salarium. Cœmeterium ad clivum Cucumeris. Cœmeterium Tlu'asonis ad S. Saturninum. Cœmeterium S. Felicitatis.

L'Itinéraire de Salzbourg, qui aime à noter les petites particularités locales a soin de faire remarquer que le corps de Félicité pausat in ecclesia sursum, et que le pape Boniface et les fils (pour le flls) de la martyre sub terra deorsum. Cet itinéraire, celui d'Einsiedeln et le papyrus de Monza, réunissent ainsi les fils et cette erreur de leur part s'explique parce que ces topographes ont vu les monuments qu'ils ont mal interprétés. C'est ainsi que l'un d'eux a écrit que saint Corneille, pape de Rome, et saint Cyprien de Cartilage reposaient ensemble parce qu'il avait été induit à le supposer en voyant la fresque, encore existante de nos jours, qui montre ces deux personnages martyrs à côté l'un de l'autre. Une circonstance analogue a induit en erreur au sujet de sainte Félicité dont l'oratoire était décoré

Inscripi. christ, urb. Romœ, 1. 1, p. 467. — ' Muratori, Lilurgia romana netus, t. i, p. 345. — * Marius, / papiri diplomatici, p. 378.

FELICITE (PASSION ET CIMETIÈRE DE

d'une peinture représentant la martyre au milieu de ses sept fils; un des vers de saint Damase, pouvait favoriser cette explication : femina non timiiit gladhim cum natis obivil. Une autre circonstance favorisait encore l'erreur. On conserve à Sainte-Marie du Transtcvère une grande dalle en partie recouverte par les sièges du chœur et portant une longue épitaphe de deux enfants '. Elle commence par ces mots : Vos equidem nali cœkslia régna videtis : cette épitaphe se trouvait primitivement dans l'église de Sainte-Félicité et des pèlerins ignorants se dispensèrent de lire les noms des deux défunts et attribuèrent cette pièce aux fils de Félicité. Dans le manuscrit de Verdun, elle est conservée avec cette mention : Item epilaphium filioTum ejus • et dans une ancienne anthologie : De filiis S. Felieitatis. On voit ainsi de quelle manière a pu s'accréditer l'erreur que les topographes ont accueillie et répandue. La notice d'Hadrien 1'^^ au Liber pontificalis, rappelle la restauration du cimetière de sainte Félicité et des églises de Silvanus et de Boniface placées sur le même site, uno cohaerentes solo. Cette église dite de saint Silvanus est la même dans laquelle reposait sainte Félicité et qui portait plus communément son nom. L'oratoire du pape Boniface était tout proche mais distinct.

Cette mention de deux églises dans la notice d'Hadrien I" avait égaré Bosio qui chercha le cimetière, au delà du premier mille et à gauche de la voie, vers le point où se trouvait un oratoire double. Boldetti, Marangoni ne furent pas plus éclairés. Cependant, en 1 78.5, on découvrit un indice, mais qui passa inexpliqué. Dans la vigne des Antonins, on fut amené à démolir un petit édicule d'où un escalier mettait en communication avec le cimetière. Tout autour de cet édifice et de cet escalier, on releva des plaques demarbre et des inscriptions, chrétiennes. La forme, l'épaisseur et l'époque de ces plaques de marbre montrent qu'elles se trouvaient dans un cimetière à ciel ouvert. On rencontra l'épitaphe d'un individu nommé Antimione, mort en 392, dont on imagina assez plaisamment de faire un pape; un fragment d'inscription daté de l'année 377; un autre fragment porte une croix qui doit être du v» ou du vi« siècle; un autre est daté de l'indiction VII ce qui ne nous reporte pas avant le vi« siècle. Il existait donc ici, au ive siècle, et jusqu'au vi« siècle au moins, un cimetière à ciel ouvert autour d'un édifice qui communiquait par un escalier avec le cimetière souterrain. Ainsi nous avons le cœmetcriam Maximi et l'oratorium avec le cœmcterium ad S. Felicilalem.

En avril 1856, l'entrée fut découverte et J.-B. De Rossi pénétra dans le souterrain; il retrouva un fragment épigrapliique opislhographe détaché du loculas primitif et rejeté dans un cubicule avec d'autres débris. La partie la plus ancienne était une épitaphe (?) en langue grecque, au revers, en caractères du iv" ou du v siècle la mention, qu'on ne pouvait désirer plus formelle : ad sanctam Feliciiatem ' :

TeiMOAAO ç xal TABeiNIA va(?)

VARIVSETS ; CVM BISOM um

c MITATSANCTAFEL inVa/cm

C'est en s'autorisant de cette inscription que dans le tome i des Insiripliones chrislianœ urbis lioma; J.-B. De Rossi parla, au sujet de l'inscription de l'an 407. dont il sera question plus loin, de sa présence

' De Rossi, Iwicript. clirixt. urbis nomœ, t. i, p. 534, n. 1180. — ' Ibid.. t. ii, p. 90. n. 53; p. 117, n. 9G; p. 122, n. 10; p. 130. n. 14. — ' De Rossi, BiilMl. di arclieot. crixl.. 1803. p. 21, 40; 1884-1885. p. I.iO, note 1. — • Inscrit}!, chrisl. iirb. liomœ. t. i, p. 242. n. 574. — * E. Le BInnt. dans Comple-s rendus de l'Académie des in^crifttions, 1885.

ancienne in coemeterio S. Felieitatis in via Salaria *.

Enfin, au mois de novembre 1885, en creusant le sol pour faire les fondations d'une maison, on découvrit par hasard la crypte historique, à peu de distance du point où avait été retrouvée l'inscription al sanclafel... On se trouva en présence d'une peinture représentant sainte Félicité avec ses sept fils, mais couverte de terre et fort détériorée. Cette peinture occupait le fond d'une crypte, la basilique du iv« siècle; on reconnut les bases de trois colonnes, un escalier qui devait aboutir à la basilique supérieure, enfin une grande peinture d'époque byzantine où l'on pouvait voir encore dans la partie supérieure le Christ bénissant et au-dessous la martyre et ses fils. Cette découverte fut signalée aussitôt en France par Edm. Le Blant ', en Italie ' et ailleurs. J.-B. De Rossi la publia en 1885 et dut constater à regret que, sauf la fresque en question, la crypte avait perdu ses titres épigraphiques et sa décoration.

Dans l'escalier qui conduit à cinq plans ou niveaux différents, à la partie la plus élevée se trouvait un loculas encore fermé portant celte épitaphe ' :

CITONATA es IN PAGE QE VEXE es ANV CS ET QATOR MESES C5 POSTERV [5 CALEDAS NOBEBES es

Sur le côté d'un arc de soutien des parois de la voûte de cet escalier, au second niveau, on voit la trace d'un bon pasteur avec les jambes croisées suivant le tj'pc connu vers le iv« siècle. Près de cet arc, mais au premier niveau, une paroi avait reçu anciennement des loculi qui furent renforcés d'une muraille e1 là on voyait des traces d'images de saints. J.-B. De Rossi et le P. Tongiorgi y reconnurent le groupe de sainte Félicité et ses sept fils. Une copie dessinée et peinte sur place par Gregorio Mariani conser^'e le souvenir de ce qui subsistait alors de cette fresque (fig. 432fi). Au sommet de l'arc, on voit le Sauveur à mi-corps, portant le nimbe crucifère, bénissant de la main droite; la main gauche a péri, mais il semble qu'elle devait faire le geste de soulever le pallium. Cette figure est empruntée aux mosaïques byzantines, mais le manque d'espace n'a pas permis de figurer le Christ debout ou assis; il a fallu loger huit personnages dans un espace fort resserré. Félicité et ses sept fils. On peut encore distinguer quelques noms : Ja NVA rius,.. l'/i(7i'PPVSMARTIAlis et probablement au-dessus du troisième buste Silvanus placé à côté de sa mère.

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