VIII. L'OKATOIIIE DE SAINTE FÉLICITÉ. Avanl
de poursuivre ce qui regarde la catacombe, il nous faut aborder la description d'un autre monument. Près de l'antique sanctuaire de Saint-Clément, on voyait souvent, jadis, des groupes de femmes pieuses sur le chemin qui monte aux thermes de Trajan; cette route conduisait à un oratoire consacré à la martyre Félicité et à ses sept fils. Cet oratoire fut découvert en 1S12; sous un amoncellement de décombres, on reconnut une construction composée de trois pièces : celle du milieu disposée en forme d'oratoire et terminée par une niche semi-circulaire, ornée de peintures cl d'inscriptions, tracées les unes à la couleur rouge, les antres à la couleur noire. Aussitôt les archéologues étudièrent cet édicule dont il parut d'abord un croquis assez sommaire ". l'eu de temps après, Stefano l'ialc donna un dessin plus fidèle et une notice de plusieurs
p. 307-370. — ' O. Mnrucchl, dans Nuova aniologia di sclenxe c Icltere ed arli, 1" février 1880. — ' De Rossi, niilMiIno di nrclieologia crisliana, 1884-1885, p. 1.52. noie 2. — " Trolnno Marulll. Leilcra sopra un' aniica caiiiwllacrislina scoperla di /reico in Romancllc terme di Tilo, ln-4», Napoll,
FÉLICITÉ (PASSION ET CIMETIÈRE DE
fresques pareilles à celles des catacombes, disparues presque aussitôt après leur découverte par la chute de l'enduit, il ajoutait un calendrier tracé à la pointe sur une paroi et quelques particularités relatives à la découverte '. On fit alors plusieurs copies de la fresque. Garrucci en a retrouvé deux en couleurs conservées : l'une à la bibliothèque Vaticane, l'autre au musée Kircher et venant de C. Fea ^ Garrucci a reproduit en le réduisant le dessin conservé à la Vaticane. Doulcet a donné celui de Piale^; enfm J.-B. DeRossi a fait reproduire un dessin de Ruspi, arlisla di grande perizia nel dclineare le anlichila ' (fig. 4327). Ce même Ruspi en avait fait une aquarelle pour le cardinal A. Mai, qui jiarle maintes fois de cette fresque'. Enfin Fea et Amati" ont discuté les leçons douteuses des inscriptions'. « Il ne reste plus rien de ces peintures aujourd'hui, »
frise représente les douze agneaux (les apôtres) sortant des deux villes, (Jérusalem et Bethléem) et se dirigeant vers l'agneau divin monté sur le tertre d'où s'écoulent les quatre fleuves du paradis (voir Agneau). Dans la niche, à la partie supérieure, était figuré un rideau vert que soulevait le donateur; un homme barbu, peint en pied, à droite, sous le rideau. Une bande rouge portait cette inscription dédicatoire en lettres blanches :
VICTOR VOTV SVLVIT ET PRO VOTV SVLVIT
Ce rideau écarté laissait apparaître le Christ en buste en plein ciel, tenant une couronne destinée à sainte Félicité. Au-dessous, la martyre, vêtue en matrone romaine, tunique rougeâtre et manteau blanc. Ses sept fils, en deux groupes de trois et quatre, chacun
4326. — Fresque de la crypte de Sainte-Félicité. D'après Bulletlino di archeologia crisliana, 1884-1885, pi. ix-x.
écrivait H. Doulcet *; ceci n'est pas tout à fait exact. « La chapelle encore existante, de dimensions fort modestes, a une niche d'autel ornée d'une peinture du v ou du commencement du vi^ siècle. La fig. 4328, est un dessin de l'architecte F. Mozzanti, exécuté d'après les restes subsistants. On peut encore reconnaître sur les parois les imitations en couleur du marbre qui d'ailleurs n'atteignent pas partout la hauteur de l'abside. Quant à la fresque elle est presque détruite par l'humidité '. » La scène qui entoure les saints, centre du tableau, était tout à fait dans le goût des mosaïques du temps qui ornent les grandes églises et mérite une attention spéciale. Tout au sommet une
' S. Piale, dans Guattani, Memorie enciclopediche di antichilà belle arti per l'a. 1S16, Roma, 1817, p. 153 sq., pi. XXI. — ' R. Garrucci, Storia deW arte crisliana, in-fol. Prato, 1876, t. in. pi. 154, n. 3, p. 87; X. Barbier (de Monlault), La bibliothèque Vaticane et ses annexes, p. 120; n. Marucchi, ÉlémenUi d'arctiéologie chrétietine, in-S", Paris, 1903, t. m, p. 310, fig. — " H. Doulcet Essai sur les rapports de l'Ëglise chrétienne, 1883, pl. en regard de la
DicT. d'arch. chrét.
d'eux tenant en main sa couronne. La scène se passait dans le paradis figuré par deux arbres et, sur l'un de ces arbres, un oiseau orné de rayons lumineux, le phénix, emblème de l'immortalité. Tous ces traits se trouvent soit combinés soit isolés sur les mosaïques de Rome du iv« au vn<^ siècle. De chaque côté des arbres, deux personnages plus petits, des gcôliei-s tiennent en main leurs clefs. Détail caractéristique et qui semble refléter la tradition locale que l'on croyait se trouver ici sur le lieu même où Félicité fut emprisonnée avant de souffrir le martyre hors de la ville. » Sur les différents dessins qui nous sont parvenus la disposition générale est identique, mais le dessin de
p. 216. — « De Rossi, Bull, di archcol. crist., 1884-1885, p. 158, pl. xi-xn. — ' Mai, Spicileg. rom., t. ix, p. 400-463: préface aux Pictural codicis Virgiliani bibl. Vaticante. — • De Rossi, Bull., p. 158; Cad. Vatic., 9776. loi. 517. — ' Corp. inr.cr. lai., t. vi, p. lxv. — 'H. Doulcet, op. Cl/., p. 209. — • II. Grisar, Histoire de Rome et des papes au moyen ûge, trad. E. Ledos. 1906, t. I, p. 177, fig. 46; dans l'édit. allcm., p. 169, fig. 47.
jlnfatAAifc^^
•lliU". — Fresque de l'oraloirc de Sainte-Félicité, dessin de Kuspi. D'après Biilleltino di arehmlogia cristiuna, 1884-1885, pi. xi et xii.
FÉLICITÉ (PASSION ET CIMETIÈRE DE
Ruspi outre l'aspect et les proportions plus sveltes des personnages, donne quelques autres particularités qui ne semblent pas être de pure invention pour l'embellissement ou le complément du sujet. Les deux petites figures des extrémités portent l'une des clefs, l'autre un bâton. Garrucci voyait dans ces individus les gar-
détail, le vêtement du Christ porte la bandelette ou clavus. La barbe à deux pointes du Christ, les oreilles de sainte l'clicité semblent également des détails emp;eints de sincérité.
Quant au donateur Victor qiii tire le rideau vert, n'est-ce pas une imagination ; il est impossible de l'afTir-
4328. — Oratoire do Sainte-Félicité, dessin de F. Mozzanti. D'après Grisar, Ilisloire de Rnme et des papes, 1906, t. i, p. 176, fig. 46.
diens de l'oratoire et Pialc avait déjà proposé d'en faire des osliarii. Hypothèses. Le dessin de Ruspi permet (l'y voir un argousin, armé de son bâton, et un claviculiiriiis. Firmicus nous parle, en effet, des ctavicularii (•(uceris custodes et une inscription du musée de Lyon mentionne le CLAVK [u'«r(us] CARC(cri.s] Plubhri] K La couronne que tient le Sauveur est ornée d'une gemme et ceci encore est bien conforme aux mosaïques, tandis que les autres dessins donnent un bandeau uni; le nimbe crucifère est également plus analogue que les nimbes fantaisistes des autres dessins. De plus, autre
mer, mais il faudrait pour décider le fait autre chose que la description qui nous en est donnée et qui présente un type sans analogue dans les peintures chrétiennes.
Abordons les inscriptions. Sur la figure 4327, les inscriptions tracées en rouge sont représentées par le pointillé, les inscriptions tracées en noir par le trait plein.
Au sommet :
VICTOR VOTVm SULVITE PRO VOTV SVLVIT
* .\llmer, dans lieuue épigrapbique du midi de la France, août 1882, p. 302.
FÉLICITÉ (PASSION ET CIMETIÈRE DE