‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 30 sur 331 · EPINGLE · texte numérisé non relu

EPINGLE

constamment sur la tftc des femmes. Dans une tombe de dame tranque au Jardin-Dieu de Cugny, l'épingle en argent doré, à tète conique ornée -de filigranes, reposa't sous le crâne de la défunte '. Opinant d'abord pour l'épingle à cheveux. J. Pilloy s'est rangé ensuite à l'opinion de Haigneré, qui y voit l'épinglebroche, mais en gardant néanmoins un doute '.

« Frédéric Moreau rencontra soixante-quinze épingles dans une sépulture de femme à la villa d'Ancy, il la regardait comme une tombe de coiffeuse '. L'abbé Haigneré, qui a fouillé plusieurs nécropoles dans le Boulonois, est d'un avis différent, et cela s'explique par la place occupée par ce même objet sur les corps qu'il a exhumés. L'épingle était toujours posée en travers sur la poitrine. C'étaient, selon lui, des épingles-broches destinées à fixer une sorte de fichu ou saie croisé sur la poitrine ; car Tacite dit que les femmes germaines attachaient leur saie au moyen d'une llbule où, à défaut, avec une épine -.sagum fibula aut, si desii, spina consertum'. Toutes ces épingles, écrit l'antiquaire boulonois, étaient placées en travers sur la poitrine, au-dessous du cou ^ ». Quichcrat, sans entrer dans plus de considérations à ce sujet, dit ; Une grande épingle, située tout près de la fibule du manteau, semble indiquer que quelque chose comme un fichu leur couvrait le cou el la poitrine ". » Enfin, M. D. Van Bastelaer propose, pour Tépingle, une double attribution et M. C. Barrière-Fla\'j' estime que sa manière de voir peut parfaitement être prise en considération, a Les styles rencontrés fréquemment dans les tombes franques, écrit-il, étaient des styles romains importés ou compris dans le butin de la guerre et que les femmes barbares utilisaient soit pour leur chevelure, soit pour leur vêtement. La plupart des auteurs regardent ces petits objets comme épingles à cheveux, d'autres comme épingles à attacher les vêtements. Nous pensons que ces deux usages (l'occasion étaient admis. Nous l'avons même constaté dans nos fouilles, ayant trouvé le style parfois sur la poitrine, parfois sous la nuque de la morte '. »

« Il est rationnel d'admettre, pour ces épingles, deux usages distincts. D'une part, il est certain qu'on éprouva la nécessité de rattacher sur la tête les boucles abondantes d'une chevelure qui pouvaient, en bien des cas, devenir gênantes, et alors des épingles de moindre dimension, moins ornées que les autres étaient suffisantes. On devait ensuite ajouter à l'édifice quelques-unes de ces riches épingles, telles que certains cimetières francs nous les ont révélées, à Caranda (cc/llection F. Moreau, au Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye) et Ambleny (musée de Soissons), dans l'-Msue; à Douvrend", Envermeu, Londinières, Nesle-Hodeng (musée de Rouen), dans la Seine- Inférieure; à Éprave, Samson, La Buissière (musée de Namur), Fontaine Valmont (musée de Charleroi), Harmignies (collection du baron de Loë, à Bruxelles), et autres lieux, en Belgique; à NesIes-lez-Verlincthun, à Hardenthun (musée de Boulogne-sur-Mer), dans le Pas-de-Calais; à ChalTois (musée de Besançon), dans le Doubs ; à Charnay (musée de Saint-Germain), dans la Saône-et-Loire; ù Andernach (musée de Bonn), à Bingen (fig. 1142) (musée

* J. Pilloy, Études sur d'anciens lieux de sépulture de VAisne, 1886, t. i, p. 56-86-88-90; 1895, t. il, p. 23-251. . — ' Ibid., t. I, p. 112. M. Mathon, Épingle à clieveux de l'époque mérovingienne trouvée à Marseille (Oise), dans Mémoires de la Société acailémiijue d'archéologie, sciences rt arls du département de l'Oise, 18.'>(), t, m, p. 44. — ' I". Moreau, Album Caranda, nouv. sùrie, pi. Lxxv. — ' Tacite, Dcmorib. (ierman., c. xvii. — ' Haigneré, Quatre cimetières mérovingiens du Boulonois, 1866, p. 21. — * .J. Quichcrat, Histoire du costume en h'rance, 1875, p. 47. — ' U. Van Bastelaer, Le cimetière franc de la Buissiire,

central de Mayence) et dans maint autre cimetière des bords du Rhin.

I D'autre part, le port de ces brillants colliers en perles de verre émaillé autorise à penser évidemment que le haut du corsage de la femme était suffisamment ouvert pour laisser voir la parure reposant sur la gorge nue. Or, bien que la coquetterie soit de tout temps pour la femme une impérieuse loi, elle devait bien se trouver dans la nécessité de l'enfreindre durant la mauvaise saison en plaçant sur ses épaules une sorte de fichu d'étofîe plus ou moins riche, selon sa condition, lequel était alors croisé et fixé sur le milieu de la poitrine par une belle épingle argentée ou dorée, à double ou triple renflement ciselé, tandis que les diverses fibules rondes ou à rayons, d'un luxe parfois surprenant, étaient principalement affectées à retenir les pans d'un vêtement de dessus, ou à donner et à maintenir sur la robe des plis souples et gracieux ". »

« Plus l'on se rapproche des premiers temps de la conquête franque, et plus simple, plus sobre d'ornementation se présente l'épingle à cheveux. En général, elle est alors pourvue d'un renflement médial, oblong. cubique ou polyédrique, avec quelques traits gravés, quelquefois incrustés de grenats. Avec les bijoux gothiques, les fibules à rayons ou byzantines, les beaux colliers, les remarquables boucles d'oreilles, apparaissent les épingles sans renflement, mais dont la tête est formée parfois d'une boule d'or ou de cristal, comme à Andernach, à Alzey, à Charnay et autres; mais, le plus souvent, d'un bouton en or, soit polyédrique avec verroteries, semblable à celui des boucles d'oreilles, soit en forme de calice ou de cône renversé et cannelé, délicatement ciselé ou filigrane, supportant une pierre de couleur tantôt seule, tantôt entourée de perles de verre ou de nacre lui donnant l'aspect d'une minuscule fibule ou broche byzantine, comme à Pincthun,à Hardenthun (musée de Boulognesur-Mer), à Barleux (collection Th. Eck), à Nesle- Hodeng (musée de Rouen), àNceux, etc. '°. D'ailleurs, les formes de la boule varient beaucoup, mais la décoration, le style sont toujours les mêmes, cabochons et filigranes.

« Il faut citer quelques épingles à têtes ornithomorphes qui ne sont que la reproduction des fibules de cette catégorie, comme celles d'Herpès (Charente) entièrement cloisonnée", et celle de Samson, en bronze avec œil de grenat '=, et celle d'Envermeu, qui représente plutôt un griffon (musée de Rouen); de Cliaffois (Doubs). en argent doré (musée de Besançon) ( fig. 1142). de Sigmaringen, de Bassecourt (Suisse) ", plus grossières, moins délicates. Enfin, nous signalerons, à titre d'exception, l'extrémité de trois épingles à cheveux figurant des haches et des croix. Elles sont en bronze et le sujet n'est pourvu d'aucune ornementation. L'une est une simple francisque, elle provient de 'Wancennes (musée de Namur), les deux autres, recueillies à Eprave " (Belgique), ont l'une une hache à marteau et à double développement, l'autre une arme toute semblable à la précédente, surmontée en outre d'une belle francisque ". »

H. Leclercq.

1890, p. 14; Le cimetière franc de Fontaine- Valmont, 1895, p. 34 sq. • — • Cochet, La Normandie souterraine, p. 401, pi. XVIII, n. 3 ; l'épinRlc de Douvrcnd longue de Om. 20, présente un animal [antasliquc, urgent doré, orné (le grenats et de rubis. — * C. 13urrlérc-I'"Iavy, Les arts industriels des peuples barbares de la Gaule, 3 vol. in-4", Paris-Toulouse, 1901, t. i, p. 81-83. - " tbid.. Album, pi. LXII, LXIII, I-xiv, Lxv. . — " Ibid., AIhuiii, pi. LXIV, ng. 1.— '" /ftid.. Album, p]. i.xn, ng. 10. " Ibid., Album, pi. LXIV, ng. 11. — " Ibid., Album, pi. i.Mii. Ilg. 2, 3. — " Ibid., t. I, p. 101-102.

EPIPITAMF.

EPIPHANIE.— I. Histoire. II. Liturgie. III. Archéologie.

I. Histoire. — L'Epiphanie est une fête d'origine orientale. Les grecs et les latins se sont ingéniés à lui appliquer différents noms, mais aucun n'a prévalu contre celui qu'a adopté la piété chrétienne. Saint Fulgence de Ruspe l'appelle « la manifestation ' » et saint Léon le Grand « la déclaration », les grecs ne sont pas en retard et leur trouvaille : « fête des lumières», est charmante, c'est tout ce qu'on en peut dire.

La plus ancienne mention de la fête de l'Epiphanie nous est donnée par Clément d'Alexandrie '. La secte gnostique des basilidiens célébrait le jour du baptême du Sauveur par une solennité précédée d'une vigile; mais tandis que les uns la fixaient au 15 Tubi (= 10 janvier), les autres préféraient le 11 du même mois (6 jan\ier). On ne sait où Jean de Nicée a pris, à moins que ce ne soit dans sa cervelle, que l'établissement de cette fête remontait aux disciples de saint Jean '. Nonobstant cette origine très recommandable, la fête rencontra d'abord peu de faveur chez les orthodoxes, car vers le milieu du ra« siècle, à Alexandrie, Origène la passe sous silence '. En l'année 304, nous savons que l'Epiphanie était célébrée en Tlirace. La Passio de saint Philippe, évèque d'Héraclée, écrite à une date très rapprochée du martyre, fait mention de cette fête : De Ecdcsia non recedens, et ad tolerandi patientiam singulos fratresdocta oralione confirmans. Epiphaniœ dies sanctus incumbit '. Vers la même époque, saint Grégoire de Néocésarée prononce un sermon sur cette fête -. Enfin, on peut rappeler le papjTus du Fayoum que nous avons déjà publié et commenté (voir Diclionn., t. i, col. 2440-2443). Le Teslamenlam Domini est trop tardif pour être utilement appelé en témoignage ', et si l'auteur nomme à deux reprises l'Epiphanie sur le pied des fêtes les plus solennelles de l'année, il n'y a pas lieu d'en être surpris, vu la date à laquelle il écrit.

Le choix du 6 janvier pour commémorer la fête du baptême du Christ combinée avec la fête de sa nativité, n'est pas assez évident pour s'imposer. Les basilidiens n'avaient en vue que la commémoration du baptême : toû pa7CTta[xaT0c; aù-roû t/jv 7)[j.épav sopT(xÇouot. La « manifestation » n'était pas selon eux l'apparition du Christ dans la chair, mais le début de sa mission publique parmi les hommes, lorsqu'une voix se fit entendre : « Tu es mon fils bien-aimé, je me suis complu en toi '. » C'est aussi le baptême qui faisait l'objet principal de la solennité dans la plupart des Églises orientales.

Il n'y a pas trace de solennité du 6 janvier en Occident avant le iv^ siècle. L'Occident avait, de bonne heure, célébré l'anniversaire de la Nativité; l'Orient s'en arrangea et, de son côté, amena les latins à adopter la fête du baptême. Dans le courant du iv» siècle, i une date qui ne peut être précisée, il y eut échange et les deux fêtes commencèrent alors à être célébrées partout. Le calendrier philocalien de 354 ne fait

' S. Fulgence, Sermo, P. L., t. lxv, col. 732. — = Stromata, l. I, c. XXI, P. G., t. vra, col. SS8. — ' Combefls, Hisloria hœres. nwiiotlielit., 1648. — ' Origène, Contra Celsum, I. VIII, c. .\xn, P. G., t. XI, col. 1549. — ' Passio, n. 2, dans Monum. Ecoles, liturg., 1. 1, n. 3812. — ' Ibid., 1. 1, n. 1546. — — ' Testamenlum D. N. J. C, édit. Ralimani, 1899, p. 28, 07, 101. — * Marc, i, 11. — ' Carmen xxvii, Natate, ix, vers 47, P. L., t. LXI, col. 649. — "> Ammien Marcellin, 1. XXI, c. II. — " S. Augustin, Serm., ccii, P. L., t. xxxviii, col. 1035. P. Monceau.x, Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, t. iv, p, 458, attribue aux donatistes une inscription de Sétif qui porte, dit-il, une mention oisive et même absurde de la part d'un catholique; cette mention revient à ceci : F/// kal. jan. natale Domini, ce qui doit se lire ; 25 décembre, fête de Noël. Il n'y a rien là qu'un catholique ne puisse écrire sans absurdité. — " M. Bornemann, Die Taii/e

aucune mention de l'Epiphanie; on ne saurait dire avec certitude sous quel pontificat elle obtint à Rome droit de cité, mais elle est sûrement postérieure à 243 et antérieure à 336. Cependant on la célébrait en Italie aux environs de l'an 400, saint Paulin de Noie y fait allusion ". En Gaule, elle est attestée quarante ans plus tôt; .-\mmien Marcellin rapporte que, en 361,- Julien César, déjà en hostilité avec l'auguste Constance, mais dissimulant encore ses sentiments païens, assista publiquement au service religieux chrétien à Vienne, le jour de l'Epiphanie : feriarum die quem célébrantes mcnse januario chrisliani Epiphania dictUanl '".

Au début du ivs siècle, l'Epiphanie était inconnue en Occident, notamment dans l'Église d'Afrique, où les donatistes se séparent des catholiques en 313. Un siècle plus tard, saint Augustin leur reprochait une dissidence qui les entraînait à écarter une fête que leurs fondateurs n'avaient pas célébrée du temps où ils étaient dans l'Église. S'ils n'ont pas l'Epiphanie, disait-il, c'est « parce qu'ils n'aiment pas l'unité et ne sont pas en communion avec l'Église orientale ". » Mais, dès 380, le concile de Saragosse réglemente l'Epiphanie comme une des fêtes les plus solennelles de l'année : sxi a xri kal. jan. usque in diem Epiphanise qui est viii id. ]an. continuis diebus, nulli liceal de ecclesia absentare. Vers la fin du iv^ siècle et le début du siècle suivant, à l'exception des donatistes, les fêtes de Noël et de l'Epiphanie étaient acceptées partout en Occident '".

En l'an 400, .\rcadius et Honorius interdisent les jeux du cirque le jour de la fête de l'Epiphanie et Justînien lui donne le caractère de jour férié. Vers les dernières années du iv= siècle, Etheria assiste à Jérusalem à la fête de l'Epiphanie, qui jouit d'un éclat particulier et s'enrichit d'une octave. L'évêque et son clergé remplissaient ces huit jours par des processions dans les différents sanctuaires et de pompeuses cérémonies. On visitait successivement les basiliques dites de Bethléem, de la Croix, de la Résurrection pendant trois jours, ensuite, le quatrième jour, la procession se rendait à l'Eleona, le cinquième au Lazarium, le sixième à l'église de Sion, le septième à l'Anastasis, le huitième à la Croix.

A partir du v« siècle, la fête de l'Epiphanie est devenue une institution universellement adoptée dans l'Église, en sorte que l'histoire de ses origines prend fin vers cette date.

Nous avons vu que la coutume de célébrer le baptême du Christ apparaît au n» siècle parmi la secte basilidienne " et il n'est pas impossible que, dès cette époque, semblable commémoraison ait été pratiquée dans quelques Églises orientales. Dès le iv« siècle, l'Epiphanie rappelle le baptême de Jésus dans les Églises de Palestine, de Syrie, d'Asie Mineure. A cette époque, il règne encore une incertitude générale sur la date de la Nativité, tandis que presque partout le baptême est rattaché au 6 janvier ".A Jérusalem, on réunit les deux fêtes le même jour, 6 janvier 'S et on

Christi durch JOtiannes in der dogmatischen Beurtlteilung der cliristlichen Theologen der 4 ersten Jahrhunderte, in-S", Leipzig, 1896 ; H. L'sener, RetigionsgeschictUlictie Untersucliungen. I. Dos Weilmaclis/est, Bonn, 1889 ; L. Duchesne, dans Bulletin critique, 1890, p. 41-47; G. Braendli, La /été de l' Epiphanie, son origine et ses rapports avec le baptême de Jésus, in-8°, Genève, 1899; E. V^candard, Les fêtes de Noël et de l'Epiphanie, dans Revue du clergé français, 1907, t. Ln, p. 593-615; 1907, t. Liu, p. 5-24, et dans Éludes de critique et d'hist. relig., 1912, t. m, p. 3-56; Gassisi, L'Epifania nella Chiesa greca, dans Roma e l'Oriente, t. v, p. 23-31, 167-178, 286-302. — " Clément d'.Vlcxamirie, Stromala, 1. 1, c. XXI, P. G., t. viu, col. 888.— " Ibid. ; S. Épiphane, Adv. hœres€s,c. L!,rixe le TheophaniaAu 6 janvier;il y voit la fête de la Nativité. — "S. Jérôme, Homilia de nativilate Domini, dans .4necdo(a Maredsolana, t. in, p. 396-397.

Page 1