‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 31 sur 331 · EPIPHANIE · texte numérisé non relu

EPIPHANIE

en donne pour prétexte qu'au moment de son baptême, le Christ erai incipiens quasi annoram Iriginla '. Nous avons dit que l'Orient et l'Occident procédèrent à un échange, l'Orient accepta la Nativité au 25 décembre, l'Occident accueillit l'Epiphanie au 6 janvier et les deux fêtes commencèrent à être célébrées partout. " On procéda, ou du moins on dut alors procéder à un allégement de la fête du 6 janvier, de laquelle on élimina les allusions à la Nativité, sauf à en tirer parti le 25 décembre '. Sauf toutefois là où la Nativité n'avait jamais obtenu que l'honneur d'une mention tacite; il est possible qu'il en fut ainsi à Antioche et à Constantinople, où saint Jean Chrysostome et saint Grégoire de Nazianze parlent de la fête récemment dédoublée, sans qu'on aperçoive aucun indice d'un changement quelconque de la signification de l'Epiphanie depuis que la Nativité en a été séparée '.

Au nom de baptême ou fête du baptême, un autre vocable fut préféré, •/) 'ETCiçâvôta, rà 'ETricpàveiaou Ta ©Eoçdtvia, et ces termes, qui étaient d'un usage répandu parmi les païens, notamment les théophanies. Ta ÔEOtpàvta, pour désigner la fête de l'apparition d'Apollon, n'impliquaient pas, malgré l'emploi du pluriel, l'évocation de plusieurs objets différents pour la même fête. II ne s'agit pas d'une fête « des Manifestations * », mais de la fête de la manifestation divine. On note cependant quelque incertitude parmi les Pères grecs, qui appliquent le mot èici9âvEta soit à la naissance de Jésus, soit à son baptême, soit à sa mission parmi les hommes. Certains d'entre eux ont maintenu à l'Epiphanie le vocable de xà <pco-a, « les Lumières ' », réservant à la fête nouvellement instituée le mot Ta ©eoçdcvia; mais l'usage a fini par prévaloir, en Orient comme en Occident, de donner à la fête du 6 janvier le nom d'Epiphanie.

L'opinion générale en Orient est que cette fête glorifie la manifestation par excellence. « Nous donnons à ce jour le nom d'Epiphanie ou apparition, dit saint Jean Chrysostome, parce que la grâce salutaire du Seigneur s'est manifestée à tous les hommes. Or, pourquoi n'est-ce point le jour où il est né mais bien celui où il a reçu le baptême que nous appelons Epiphanie? C'est que sa manifestation à tous les hommes ne date pas de sa naissance, mais de son baptême; car, jusque-là, beaucoup l'avaient ignoré ■. » Les Constitutions apostoliques nous redisent par deux fois que l'Epiphanie est le jour où la divinité du Christ a été révélée au monde par le témoignage solennel de Dieu le Père • et saint Jérôme identifie l'Epiphanie avec le baptême du Christ, même il l'oppose à la Nativité, qui demeura cachée et pour ainsi dire secrète ".

Manifestation du fils de Dieu, illumination des fils des hommes, telle est la manière préférée des Pères d'envisager la fête de l'Epiphanie. Cette illumination consiste dans la connaissance de Dieu manifestée par son Fils; on voit le thème que les orateurs dévc-

' Luc,m,23. — 'L'Arménie adopta, vers 440 la fête du 25 décembre, mais s'en repentit et revint par la suite à l'ancien usage de fusionner les deux Ictcs le 6 janvier. F. C. Conybeare, Rituale Aniienorum, Oxford, 1905, p. 512. — ' S. Gréf^oirc de Nazianze, Ora(..xx.vix, l,f . 6'., t. xxxvi, col. 336; S. Jean Chrysostome, Ilumil. de baplismo Clirisli, 2, P. L., t. -xi.ix, col. 365. — 'L. Duchcsnc, Origines <lu culte chrétien, 'i' édit., 1903, p. 259, l'afnrme, à tort. — • S. Gréfçoire de Nazianze, Orat., XXXIX, s!; -x «•■'•» I'"'». 1. !'■ G., t. xxxvi, col. 330; Ural., XL, 1, ibid., col. 360; S. Grégoire de Nysse, liomilia in baptismum Clirisli, P. (.'., t. -XLVi, col. 580; S. Astèrc d'Aniaséc, Iltimiî., iv, P. G., t. xi-, col. 217. Saint Théodore Studite, vers l'an 800, emploie encore le terme H£o;pav!a pour la nativité, mais dit 'l*^7ri;piv'.a pour le 6 janvier. Colelitr, Paires uposlolici, Anvers, 1698, I. i, p. 312, note 30. — * S. Jean Chrysostome, JJomil. de biiplismo Christi, 2, P. C, l. xi.ix, col. 365-366; cf. Ilntnil.. v. III episl. ad Tiliini, P. G., t. i.xn, col. 68'J. — ' Consiil.,

lopperont infatigablement. « Le Christ apparaît au monde, dit Proclus de Constantinople; il l'illumine et le remplit de joie; il sanctifie les eaux et répand sa lumière dans les âmes des hommes. Le soleil de justice apparaît et dissipe les ténèbres de l'ignorance. Le Fils unique du Père nous est manifesté et il nous donne par le baptême la qualité de fils de Dieu ». »

L'Epiphanie demeura, pour l'Église grecque, la fête exclusive du baptême du Christ; le souvenir des mages fut rattaché à la Nativité. L'office de l'Epiphanie est entièrement consacré au baptême. La cérémonie de la bénédiction de l'eau, [iéyaç ôt.yict.c[i6ç, rappelle également le baptême du Sauveur. C'est là un rite ancien, dont on rencontre diverses attestations dès le v= et même dès le i\<> siècle. Dans l'euchologe actuel cette pièce est précédée d'un prologue qui s'y est trop étroitement soudé. Si on se reporte à l'édition du rituel arménien on rencontre un texte complet de cette formule d'après quatre manuscrits anciens, dont l'exemplaire oncial de la bibliothèque Barberini, du ^^^« siècle. Dans l'Église arménienne, cette composition poétique était reçue dès le V siècle et passait pour un chant angélique auxquelles les voix humaines étaient invitées à se joindre. Dans l'Église grecque, on la récitait sur un ton plus solennel que le reste : "ApxETai ô ÎEpeùç [xgyaXoçûvoi;, dit la rubrique : oûx èxçoveï aKX' âpxsTat (XETà çcdvîjç (iEYaXyjç, ou bien : àp^ETat ô IspEÙç Xa(jt7Tpà t^ çtov^j T/jv eùx''1^' TaÙT/ÎV '».

L'hymne avec son prologue factice porte le titre de 7totT][jta LtO(f)pov[ou IlaTpiàpxou 'lEpoacXù|jto)V. Saint Sophrone est l'auteur des idiomèles du jour et l'hymne en question semble avoir si bien été composée pour la bénédiction du Jourdain que, d'après les Arméniens, Basile l'aurait rédigée à Jérusalem vers l'an 377 pendant un pèlerinage qui se rapporterait à la septième année de son épiscopat. D'après le vieux typicon de Saint-Sabas, on constate que cette longue prière n'était pas récitée dans les églises de Constantinople et du mont Athos. C'est encore là une présomption en faveur de son origine hiérosolymitaine, Sophrone étant un des réformateurs des usages liturgiques de saint Sabas. Aujourd'hui l'hymne en question est employée dans toutes les églises du rite byzantin ".

En Occident, l'objet de la solennité ne fut pas conservé tel qu'on le recevait d'Orient. Il fut bien question sans doute d'honorer la manifestation de la lumière divine, mais une commémoraison historique donna à la fête de l'Epiphanie un caractère nouveau, et son écart d'avec la Nativité sembla même prendre une valeur chronologique. Saint Augustin, qui consacre cinq sermons à la fête de l'Epiphanie, ne souffle pas mot du baptême. Pour lui, la solennité n'a d'autre objet que l'apparition de l'étoile et l'adoration des

apostol., 1. V, c. xm; I. VIII, c. xxxni, dans F. X. Funk. Didascalia el Constiluliones, 1900, t. i, p. 269, 540. — • S. Jérôme, In Ezechielem, I, 3, P. L., t. xxv, col. 18-19.

— • S. l'roclus, liomilia in sonda Tlieopliania. i,5, P. G., t. LXV, col. 757, 761. — '° Conybeare, op. cit.. p. 428, 431.

— " La jcle de VÏipiphanie el l'hymne du bupifme au rile grec, dans littsseijna grcfiorianti, 1906, t. v, col. 497-514; A. BaunistariU, Die Wtuiscriveilie an Epiphanie nach der koplischa Jtilus, dans Die Kirchenmusili, 1909, p. 1-5; F. C. Conybeare, Hiluale Artnenorum, Oxford. 1905; Iv. von Aniliurd. Liturgie 2um Xaut/esl der ulhiopischen Kirche, iii-S», Miinclicn, 1886; M. A. Colonna, llydralogia sine de aqua bcnedicla. ln-4», lUiina', 1586, p. 505-528; Bute and F. A. liudue, The blessing <>/ the walers on Uie eve o) Ihe Epiphang. in-18, London, 1901; C. Rcspiglii; La benediziunc dell' acqua, dans Rassvgna gregnriana, Janv.-févr. 1911, col. 51- 58 ; FormiiJairc grec de V {■.piplianie dans une Iraducliiin fad'iic (Uici'ciiiic, dans Itevuc bénédictine, 1912, t. xxix, p. 29-30.

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