FERMOIRS DE BOURSE — FEROTIN (M
Charles de Linas a présenté une explication ingénieuse et vraisemblable sur l'adoption de la bourse dans le haut empire. Après la so])aration définitive sous les fils de Théodose entre l'Orient et l'Occident, l'élément oriental déjà prépondérant sur le costume des hautes classes, domina seul à Constantinople. L'amour ellréné des Byzantins pour le luxe et la parure les força d'étriquer robes et manteaux, car il eût été impossible de soufîrir le poids des anciens vêtements, s'ils avaient été constellés de joyaux et de broderies. Or, la tunique étroite, la raide chlamyde, le pallium rétréci, peints ou sculptés sur les eiïigies impériales n'admettant aucune espèce de sinus, il fallut bien, pour éviter l'embarras de tenir à la main bourses et tablettes, se servir habituellement du paXâvTtov, moins toutefois la bandoulière. Un bas-relief de
4348. — Fragments de bourse provenant du cimetière
de Fontenil.
D'après Bulletin archéologique duComité, 1910,p.302,fig. 2.
la colonne de Théodose (voir Colonnes historiques) présente deux conducteurs de bêtes de somme ayant, passés dans leur ceinture, des sacs à opercule rabattu, identiques aux gibecières ; l'un de ces sacs paraît fermé avec des cordons, l'autre est boutonné. Dans une mosaïque de Saint-Vital de Ravenne, un long et étroit rectangle arrondi par le haut, orné vers le centre d'un énonne gland d'or, tranche en blanc sur la chlamyde pourpre de l'empereur Justinien, à laquelle il est attaché par une agrafe de rubis. Cet objet, pendant le long de la cuisse, doit être un PaXâvTtov.
Nous revenons maintenant à la bulga. Festus dit positivement que c'était un mot gaulois décrivant un petit sac de cuir ou de peau, bulgas Galli sacculos .icorteos appelant. On a vu Xonius confondre bulga et crumena; la bulga gauloise est le prototype de l'escarcelle et de toutes les formes d'aumônières, bouges,
' Vita S. Eligii. 1. II, c. xii, dans d'Achery, Spicileg., t. V, p. 167. — ' Histoire de la vie, vertus, mort et miracles de sainct Eloy, evesque de Noyon, par Louis de Montigny, Paris, 162R; Vie de saint Eloi par saint Ouen, trad. de Ch. Barthélémy, Paris, 1847, p. 344. — ' Cochet, Sépultures gauloises, etc., p. 183. — * L. de Vcsiy, Le cimetière franc du
bougettes, bourses, gibecières, aloières, tasses, etc. De la bulga vient la bouge ou bougette, vaste sacoche arrondie qu'on portait à la ceinture ou bien chargée sur l'épaule, comme nos garçons de recettes font d'un sac d'écus. La bursa, bourse, bourset, bourselet, bourselot, se portait à la main ou se mettait en poche. Dans la vie de saint Eloi par saint Ouen il est tait mention d'une bourse ornée de pierreries : necnon cl bursas eleganter gemmatas^,.. peram auro gemmisque complam. On conserva longtemps à Noyon une bourse attribuée à saint Éloi : « Quant à la gibecière, elle est pareillement très agréable à voir et d'une belle invention, le fond étant d'une panne de soye cramoisie rose saiche, parsemée de perles et recamée d'or, où vous voyez un oyseleur avec plusieurs oyseaux relevez en broderie et tissus à l'esguiUe, qui rendent témoignage de la grande industrie et expérience de ce siècle. Saint Eloi portoit ceste riche escarcelle encore à la cour du roy, car comme il estoit magnifique en ses habits et vestements, aussi estoit-il curieux d'avoir une belle bourse '. » A Envermeu, en 1855, on trouva des morceaux de cuir paraissant venir d'une bourse^; au Fontenil, autre cimetière de la Seine-Inférieure, fut trouvé, en 1899, un débris de bourse composé de deux morceaux de cuir découpés en croissant et réunis par une couture sur le contour apparent. Deux oreilles avaient été conservées sur la partie du sac touchant le corps. Une boutonnière ouverte dans ces oreilles, laissait passer la courroie de suspension, laquelle était terminée par un nœud coulant à chacune de ses extrémités; ce genre de nœud est encore pratiqué par les selliers. L'aumônière était fermée au moyen d'une languette, de forme triangulaire, fixée par trois clous de bronze ' (fig. 4348). H. Leclercq.
FÉROTIN (M.). — I. Notice IL Le Liber, ordinum. III. Le Liber sacramenlorum. IV. Le Liber aniiphanorum. V. Le Libellus orationum. VI. Elheria. VII. Bibliographie.
L Notice. — Marius Férotin, né à Châteauneufdu-Rhône (Drôme), le 18 novembre 1855, entré au monastère de Saint-Pierre de Solesmes en 1874, prof es le 8 septembre 1876, envoyé au monastère de Saint- Dominique de Silos de 1881 à 1892, passé en 1895, au monastère de Saint-Michel de Farnborough, auquel il appartint jusqu'à sa mort, le 15 septembre 1914 '. Existence modeste, remplie par la prière et l'étude, et que jalonnent quelques ouvrages du premier mérite. Une mort trop prompte a privé le Diclionnaire de l'honneur et de l'avantage que lui eût valu un travail promis sur le rite mozarabe, travail dont les principaux éléments sont dispersés dans les publications qu'on va mentionner. Après quelques années utilement perdues à explorer les différentes sciences, qu'il n'apercevait d'ailleurs que d'un peu loin et comme du chemin de ronde, Dom Férotin sut faire son choix, s'y tenir et employer les dons d'un esprit ingénieux, d'une critique éveillée et l'effort d'une appUcation de tous les instants à l'étude du moyen âge espagnol. Possédant l'originalité débordante d'un autodidacte, il sut s'imposer les disciplines austères de l'érudition la plus sobre et se forma une compétence incontestée de chartiste, de liturgiste, et de paléographe sans autre secours que le De re diplomalica de Mabillon, le Noureau traité de diplomiitique de dom Tassin et de dom Toustain
Fontenil, commune de Saint-Martin-Osmonville, Seine-Inférieure dansBull. archéol. du Comi(é.l910,p.302. VoirCottcl. Briquets ou fermoirs, dans ïicvue archéologique, 1002, p. 135- 13('). — ^ I". Cabrol, Dom Marius Férotin. L'histoire de l'Espagne chrétienne et de la liturgie mozarabe, dans Tlie Journal 0/ theological studies, l'J15, t. xvi. p .305-313.
FÉROTIN (M.)
et la Bibliothèque de l'École des- chartes. Mais ces guides — qui étaient des maîtres — avaient rencontré cette fois un disciple exceptionnellement favorisé, car dom Férotin avait un chartrier admirable confié à sa garde et pouvait à toute heure du jour, et fort tard dans la soirée parfois, vérifier les enseignements contenus dans les écrits auxquels il recourait habituellement.
Ce chartrier était oublié et presque inconnu dans le monastère de la Vieille-Gastille, Silos', où, sauf de rares exceptions dom Férotin ne rencontra que des documents inédits, parmi lesquels plusieurs d'un grand intérêt historique : bulles pontificales depuis Gélase II (1118) jusqu'à Jules II ; chartes, diplômes, vidimus royaux. Depuis les débuts du royaume de Castille, il n'est presque pas de roi ou de reine qui ne soit représenté par un acte dans les archives du monastère de Silos. On y rencontre les noms de Ferdinand I*', de Sanche le Fort, d'Alphonse VI, d'Alphonse VII, de la reine Uracca, de saint Ferdinand, de Pierre le Cruel, de Henri de Trastamarc, de Ferdinand et d'Isabelle, de Jeanne la Folle. Ce bel ensemble fut transcrit, critiqué et annoté dans un Recueil ou cartulaire auquel l'éditeur se réservait d'écrire une préface qui mit en valeur les matériaux inédits. La préface se développa en introduction suivant une méthode à laquelle on a paru renoncer depuis, peut-être parce que la présentation brute d'un texte présente moins de difficultés que son explication. Dom Férotin appartenait à une génération qui croyait encore, à l'exemple de Guérard, de Deloche, que l'interprétation des textes n'est pas superflue, au moins pour tous ceux qui n'ont pas eu le loisir de se livrer à l'étude directe d'un sujet particulier. C'est ainsi que l'introduction alla en se développant peu à peu et devint un deuxième ouvrage qui reçut le titre distinct, d'Histoire de l'abbaye de Silos. L'auteur y fait preuve d'une érudition toujours en éveil et d'une critique jamais en défaut, pour écarter les documents suspects ou les témoignages légendaires. C'est l'histoire d'un monastère dont les origines remontent à l'époque wisigothique et qui dut sa célébrité à un de ses abbés, Dominique, à partir duquel (xi' siècle) l'abbaye joua un rôle important dans l'histoire de l'Espagne catholique.
II. Le liber ordinum. — Outre son chartrier. Silos avait possédé au moyen âge une collection de manuscrits formant une bibliothèque wisigothique à laquelle aucune autre ne pouvait être comparée dans la péninsule. Cette collection unique se conserva jusqu'en 1877 ; elle fut alors mise en vente à Madrid et revendue à Paris l'année suivante. Le lot le plus considérable et le plus précieux fut acquis par la Bibliothèque nationale, grâce à l'initiative de L. Delisle (voir ce nom) ; un autre lot vint enrichir le fonds des manuscrits du British Muséum ; seuls quelques manuscrits revinrent à Silos S au nombre de trois ou quatre et reprirent leur place dans un trésor en partie dispersé'. Parmi ces manuscrits se trouvait le Liber ordinum; c'est-à-dire le riluel en usage dans l'Église d'Iispagne avant la conquête musulmane de 712 et qui ne fut abandonné que dans les dernières années du xi° siècle. Depuis longtemps, les érudits, les lllurgistes surtout, considéraient comme à jamais perdue cette partie si imporlanlc de l'ancien rilc mozarabe. Un silence de plus de huit siècles et des recherches en vain renouvelées depuis près de deux
'V.Cabro], L'altbaiic bénédictine de Silos en Espagne, dans Reuue des questions historiques, 1897, t. Lxii, p. 187-198. — = L. Dellsic, Mélanges de patéograpliie et de bibllograpliie, iii-8", Paris, 18S(), p. 5:)-lH); Hachelln-Dcnorennc, Cataliiguc des livres rares et de nmnuscrits du ix*" au xvni*' siècle, in-8°, Paris, 1878; ICdw. .Maun<lc Tliompson, Catalogue
cents ans semblaient leur donner définitivement raison. Il était réservé à dom Férotin de retrouver deux manuscrits en caractères wisigothiques de ce rituel : l'un à Madrid, dans la bibliothèque de l'Académie de l'histoire, l'autre à Silos.
Vers le milieu du xi« siècle, alors que l'existence du rite mozarabe était menacée, quatre manuscrits, choisis entre tous par les évêques d'Espagne, et renfermant, dans leur type le plus parfait, les formules principales de l'antique liturgie nationale, furentprésentés à Rome et approuvés par le pape Alexandre II. Le premier était le Liber ordinum, le second le Liber orationum, le troisième le Liber missalis, le quatrième le Liber antiphonarum. Dans ses prolégomènes aux œuvres de saint Isidore *, le très docte Arévalo écrivait, vers 1795, au sujet des quatre livres : Utinam quatuor illi codices alicubi inveniri passent .' Son vœu est enfin en partie réalisé, et dom Férotin pouvait ajouter : « C'est en elTet le premier de ces manuscrits, l'original lui-même, soumis à l'examen personnel du pape, que je crois avoir découvert. »
Ce manuscrit est un volume de 305 millimètres de hauteur sur 220 de largeur ; il se compose de 42 cahiers formant 344 folios à marges très amples d'un beau et fort parchemin dont le grain est d'une grande finesse. Sa conservation (sauf quelques pages coupées avant le xvm« siècle) est parfaite: sa fraîcheur ferait croire qu'il vient de sortir de l'atelier du copiste, ce qui s'explique non seulement par le soin qu'on en a pris, mais encore par le peu d'usage qu'on en a fait, puisque le rite romain vint remplacer le rite wisigothique un demi-siècle environ après qu'il eût été transcrit. L'écriture, tracée d'une main sûre est une belle wisigotliique largement espacée et les abréviations y sont relativement rares. Les rubriques sont, ainsi qu'il convenait, tracées au minium, d'une minuscule plus fine et plus serrée que le texte courant qui est tracé à l'encre noire. Pour les titres, le scribe ajoute volontiers le bleu foncé.
Au folio 331 v" et au recto de 332, on lit l'inscription suivante :
Exaratam esl hune ordinem librum per jassionem domino Dominicus prcsbiter qui et abba ex ccenobio sancti Prudentii amminiculantc Santio Garseiz de monte Albo simul cum sua uxore liizinnina ut liai remediu illorum anime ego Hartolomeus livet indignus presbitcrii tamcn ordine lunctus
hune ordinum cxaravi brebi formula compactum sed valde ordi nibus ecclcsiasticis ablum /cliciter currente cra llxla XV kalendas junias unde humiliter precamur presentium et juturorum piam in Christo dilcctionem qui in hoc libello sacriftcium Deo obtulcritis predictos nos ftagiliorum mole grabatos memorare non drsistatis qualiter adiuti precibus veslris eruis mereamur 1(6 ardorc averni et l'iuere cum Christo in seculis scmpilcrnis amen.
Le Liber ordinum fut donc écrit de la main du I)rèlre Barthélémy, par ordre de Dominique, alibé du monastère de Sainl-Prudem-c. Les dépenses exigées inir ce travail et pour l'achat du parclicmin furent
0/ additions la tite manuscripts in llic Uritish Muséum in Oie ycars, 1S76-1SH1, n. 3081l-.'10857; Bond, dnns Allieniiiini, 27 juillet 1H78 ; M. Férotin, Histoire de Silos. p. 257-288: les manuscrits de Silos. — ' K. Uoullii. L'ancien trésor de l'uhliuyc de Silos, In-l", l'arls. l'.IOl. ' 'l'omc n, p. ini.
FÉROTIN (M.!
pavées par un certain Santius Garveiz d'Albelda et (le sa femme Bizinnina. Le manuscrit fut tenniné le 18 mai 1052, qui correspond à l'an 1090 de l'ère espagnole alors en usage.
Dom Férotin estimait que le manuscrit avait été présenté vers 1065 au pape Alexandre II, alors que ses légats en Espagne voulaient supprimer la liturgie mozarabe. Voici comment il était amené à cette induction : Le monastère de Saint-Prudence de Laturcc, dit-il, dont l'abbé fit écrire notre Liber ordinum était à l'époque qui nous occupe une simple dépendance de la célèbre abbaye de Saint-Martin d'Albelda, située dans le voisinage. Au xi^ siècle Albelda (ou Albcyda, nom arabe) avait la réputation de posséder quelques-uns des textes les plus purs de la liturgie mozarabe '. Aussi, peu après 1064, lorsque les évêques d'Espagne, voyant l'existence de leur liturgie nationale menacée par les légats du pape, voulurent pour sa défense présenter à Alexandre II un ensemble très fidèle de ces fonnules, s'empressèrent-ils de recourir à la bibliothèque de cette abbaye. C'est de là que fut tiré le Liber ordinum, un des quatre volumes du rite wisigothique envoyés à Rome, et le seul qui fut examiné par le pape lui-même. Le résultat de cet examen fut l'approbation sans réserve de la liturgie mozarabe, déclarée légitime et parfaitement orthodoxe. Voici le récit contemporain de cet événement * : Pro qua re (le projet de la suppression du rite mozarabe) Ispaniarum episcopi vehemenler irati, consilio inito. Ires episcopos Romam miserant, scilicet Munionem Calagurritane et Eximium Auccensem (l'ancien évêché d'Auca, alors transféré à Burgos) el Forlunium Alabensem. Hi ergo cum libri ofpciorum Lspanarum Ecclesiarum se domino pape Alexandre presentaruni, libros quos portaverant obtulerunt, id est : Librum ordinum, et Librum missarum, el Librum orationum, et Librum antifonarum. Quos libros domnus papa et omne concilium sascipiens, diligenler perscrutantes el sagaci studio perquirentes , bene culholicos et omni heretica pravitale mundos invenerunt : et ne quis amplius officiuni 7spane Ecclesie inquietarel, vel damnarel, vel matare presumeret, aposlolica auctoritate proibuerunt et eliam inlerdixenint. Et data benediclione super prejatos episcopos eos, ad propria redierunt. — Ex libris quos portaverunt ad Romam unum luit Ordinum maioris Albaldensis cenobii, ubi continetur baplismum et seputtura, et lenuit papa Alcxandrus, et fuit bene laudatum. Alium librum Orationum de monasterio Iraze (Hirache, en Navarre), et tenait abba sancti Benedicti cl fuit bene laudatum. Et librum Missale fuit de Sancta Gemma. Et librum Antifonarum de Iraze. lia diviserunt, decem et novcm diebus tenuerunt et cuncti laudaverunt.
Des trois évêques députés à Rome, l'un, Eximius de Burgos, fut pendant de longues années l'ami dévoué de saint Dominique abbé de Silos (t 20 décembre 1073). Le monastère de Silos était à cette époque un centre de culture littéraire et tout semble indiquer que le Liber ordinum, resté entre les mains de l'évèque de Burgos, fut confié par lui au saint abbé ou à quelqu'un de ses disciples. Entré dans la bibliothèque de Silos dès le xi* siècle, le Liber ordinum est mentionné dans la plupart des catalogues anciens et modernes des manuscrits du monastère. Au xjx« siècle seulement, il dut sortir à trois reprises
' Les manuscrits copiés dans le scripiorium monastique d'Albelda sont regardés comme contenant le type le plus parfait de l'écriture wisigothique. — = Codex Aemilianus conciiiorum, à la bibliothèque de l'Escurial, d. I, fol. 395 v"; cf. Florez. Espafia sagrada, t. in, p. 390. — ' Hefele- Leclercq, Histoire des conciles, t. m, 1" part., (1909), ann. 653, p. 2S0-291 ; ann. G55, p. 291-294; ann. 656,
de cet asile, mais ce fut pour échapper au pillage pendant les guerres dites ce l'Indépendance et, un peu plus tard à la main mise de l'État sur les propriétés monastiques (après 1835). Près de vingt ans après, les deux ou trois moines castillans autorisés par le gouvernement à demeurer à Silos pour régir la paroisse, ayant disparu, le précieux manuscrit resta chez le neveu de l'un d'eux, alors propriétaire de l'ancienne pharmacie de l'abbaye. C'est dans cette vénérable botica, que dom Férotin eut la bonne fortune de le découvrir.
Le contenu liturgique du manuscrit sera analysé et étudié plus loin, voir Moz.vrabe (Rite); mais il reste à dire ici que le rituel contenu dans le Liber ordinum paraît être celui d'une église de Tolède, placée sous le vocable des saints apôtres Pierre et Paul, et désignée sous le nom de basilica Prœloriensis dans laquelle plusieurs conciles se réunirent de 653 à 702'. C^'est là que les rois wisigoths venaient à la tête de leur année recevoir la croix d'or de la main de l'évèque, au moment de partir pour la guerre. Le détail de cette cérémonie se trouve contenu dans l'Ordo quando rex cum exercilu ad prœliumegreditur'. La basilica Prsetoriensis était l'église officielle de la garde royale des souverains vvisigoths. Là se fit oindre de l'onction royale le roi W'amba, en 672 '. Outre le cérémonial du départ de l'armée royale et de sa rentrée à Tolède : Orationes de regressu régis et VOratio de susceptione régis quando de vicino regreditur^ qui montre clairement que cette église était celle du quartier général ou de la résidence royale, le manuscrit parle encore de cette église dans la bénédiction du Primicier quem in clero primum in ecclesia sanctorum Pétri et Pauli preesse volumus. Tous ces textes sont copiés à la lettre, sans aucune modification pas même dans les rubriques, et apparemment sans autre souci de la part du scribe que celui de nous conserver une collection d'anciens textes liturgiques.
Voilà donc datée une partie du Liber ordinum. Elle remonte aux rois v\isigoths catholiques et à la seconde moitié du vn" siècle. Une partie de l'ordo quid conveniat observare clericis civitatis illius' a dû être composée vers le même temps. Il en est de même de VOratio post nomina offerentium dicenda in quacumque missa ', du moins quant à l'obUgation de la réciter à toutes les messes. Il est des formules plus anciennes, rédigées à l'époque du "Wisigoths ariens et remontant tout au moins au siècle précédent. La Missa orrmium tribulantium', la formule rédigée pour la réconcihation des ariens, celles de l'ordination du diacre {ut sanctus Stephanus speciali gratia preditus, semper adversarios fidei catholice superet et vincat). d'autres textes encore, peuvent être rangés dans cette catégorie. Un nombre beaucoup plus considérable semblait appartenir à une époque antérieure à l'invasion des barbares, sauf quelques additions de peu d'importance. Et dom Férotin inclinait à compter parmi ces formules tout le rituel du baptême (à l'exception de quelques cérémonies) , la plupart des ordinations et des bénédictions, la pénitence pubUque, l'oncticn des infirmes, une bonne partie du long et magnifique cérémonial de la sépulture, l'ensemble des offices de la semaine sainte, la tnissa omnimoda et plusieurs messes votives; en somme, une portion considérable du manuscrit et la plus importante.
p. 294-296; ann. 675, p. 311-314, 540; ann. 6S1, p. 540, 546; ann. 683, p. 547-549; ann. (jS4, p. 550-551; ann. 688, p. 552 ; ann. 693, p. 582-586 ; ann. 694, p. 5S6 ; ann. 701 . p. 590. — ' Liber ordinum, loi. 149. — ^ H. Leclercq. L'Espagne chrétienne, in-12, Paris, 1906, p. 336. — ' Liber ordinum, col. 154-1.55. — " Ibid., col. 139. ■ — ' Ihiri, col. 331. — ' Ibitl.. col. 344.
FEROTIN (M.
Quelques parties sont évidemment moins anciennes. Tout ce qui concerne l'état monastique par exemple, ne peut guère remonter au delà du -vu' ou du ^T siècle : il parait certain que tous ces passages sont antérieurs au vin« siècle et à la chute de l'empire wisigoth. On ne saurait en dire autant du premier exorcisme par lequel débute le copiste du xi' siècle et de quelques autres formules très rares. Leur rédaction détonne avec l'ensemble du manuscrit et porte la marque d'une époque plus récente. Le texte du rituel a été étudié dans son ensemble au point de vue du cursus, si important parfois pour fixer la date de certains documents. S'il était vrai, comme on l'a prétendu, que les règles du cursus n'aient guère été connues de la fin du vn^^ siècle jusqu'au commencement du xii», ce serait une nouvelle preuve de l'antiquité du Liber ordinum. Ces règles y sont, en effet, presque partout fidèlement suivies. Par malheur, cette théorie est loin d'être à l'épreuve d'une analyse attentive des textes de cette période et il semble prudent de n'en tirer aucune conclusion précise en faveur des manuscrits wisigothiques.
Dans une étude sur Alcuin (voir ce mot), on a eu ici l'occasion de signaler ce fait curieux que le célèbre liturgiste, l'adversaire déclaré de l'adoptianisrae, et, par suite, de la liturgie mozarabe, ne s'était fait aucun scrupule, dans des ouvrages liturgiques postérieurs, de faire des emprunts à celte même liturgie. L'étude du Liber ordinum vient apporter de nombreux faits; voici quelques rapprochements:
Liber Sacramentorum (P. L., t. CI.)
Ignosce mihi, queesumus.
Domine, quem maeulate vitiv.
(col. 449).
Memores sumus... gloriosissimœ passionis filii lui, resurrectionis eliam... (col.
Qui novit te novit seternitatem, o œterna veritas... (col. 447).
Ol/erentes iibi. Domine, Iiostiam jubilationis pro delictis nostris... (col. 450).
Doce me scientiam scripturarum... sic cantine ut non cadani... (col. 447).
Si mala respexeris mca tarlarea tormenta vix sufficiunl... (col. 447).
Liber Ordinum (Êdit. Férotln) Ignosce, Domine, quod maeulate vite (col. 263).
Memores sumus... gloriosissime passionis D. N. J. C.
resurrectionis etiam... (col.
Qui novit te novit eternitatem, o eterna veritas...
(col. 268).
Offerentes tibi,Domine, hostiam jubilationis pro delictis mets... (col. 270).
Doce scientiam scripturarum... sic contine ne cadam...
(col. 278).
Si mala mea respexeris tartarca vix tormenta sulficiun(...(col. 279).
On ne peut mettre en doute qu'Alcuin a puisé à pleines mains dans le Liber ordinum ou dans un document qui lui est apparenté de très prés. Ce qui est intéressant à constater c'est que ces emprunts se trouvent dans des messes intitulées par Alcuin Missœ sancti Augustini. La question de l'origine de ces messes était jusqu'ici un problème pour les liturgistes. Ces rapprochements en donnent, croyonsnous, la solution. C'est Alcuin qui a donné à ces emprunts, on ne voit pas trop pour quelle raison, ce titre de Missœ S. Augustini, leur origine est mozarabe.
Les messes votives, disséminées dans difl'érents sacranientaires sous le titre de Missœ sancti Augustini, ne se rencontrent généralement pas dans les livres antérieurs au ix" siècle. Tantôt on n'y trouve qu'une seule de ces messes, tantôt deux, ou bien une pour chaque jour de la semaine ; ce dernier cas est celui de Liber sacramentorum de Pamelius '. Une seule de ces messes, la première, renferme
' Pamelius, Liturgica Latinorum, t. ii, p. 517 sq., réimprimé dans /,. P., t. CI, col. 446 sq. — * Pamelius, op. cit., t. II, p. 520-521. — ' Fol. ccciii; cf. P. Cagln, Le sacramentaire de Gellone, dans Mélanges de littérature et d'Iiisloirc religieutet o/lerts à M. de Cabriére.^, Paris, IS'J'J, t. i. —
quelques extraits des oeuvres de saint Augustin, circonstance qui aura pu valoir à tout le groupe des sept messes le titre sous lequel il est désigné.
La première missa sancti Augustini ^ a été seule conservée dans le sacramentaire de Gellone ', et le texte de ce manuscrit qui s'accorde avec celui du Liber Sacramenlorum de Pamelius n'offre que des points de contact, mais non pas un parallélisme continu avec une messe du missel mozarabe *, il semble donc impossible de rapporter à ce rite la missa en question. Cette même messe reparait dans \e Liber ordinum, sous le titre de missa qua se sacerdos Deo commendat in angusliis^, avec quelques variantes dignes d'attention. En outre, dans une autre messe quam sacerdos pro se dicere debeat\ la formule Jnlatio nous oftre des textes dans lesquels on avait un peu prématurément pensé découvrir l'indépendance totale du Gellonensis à l'égard du rite mozarabe. On peut s'en convaincre par le rapprochement des textes :
Liber ordinum
Ex missa quam sacerdos pro se dicere debeat .
Inlatio (col. 267).
Dignum et justum est, equum plane et salutare est, nos tibi gratias agere, eterne omnipotens Deus; qui ita dignus es cui agitur, quo ita dignum nos ita quo agitur.
Quid enim dignum agat te indignus tecum, etiam si id quod indigne agimus digne ageremus? Ita quoque tibi deberemus dignitate facti, ut digne predicemus, te laudare tactorem indigne, te lacimus cum digna tibi opéra facientes nos ipsos facimus indignos, quos dignitatis tue similitudini condignos facere dignatus es, et rationabili inditos intellectu te nosse voluisti.
Sacra H. Gello.nensis Ex missa b. Augustini epi . in natale sacerdotis.
Contestaia (fol. cccvn).
Invoco ergo tuam miserieordiam, qui fecisti me, ut non obliviscaris oblituni tui, et exquirentem tenedeseras.
Quis enim similis tibi? Quia iperj mortem onuiis erroris revocas nos (ad) vitam qui numquam moreris. Qui novit te, novit eternitatem, caritas novit te.
Oeterna veritas! et vera caritas! et cara eternitas!
Deus une, Deus Trinitas, in cuius magnam confldo misericordiam, miserere met proptcr nomen tuum, et nequaquant deserens precepta tua, consumma imper/ecta mea (propter) spem miscricordie tue. Polens est enim dextera tua augere magis magisque in me munera tua, est anima mea sequatur te, ut ingrediar sine macula, sine ruga.
Tu es enim honor meus, et laus mca, et fiducia mea, Deus meus. Gratias ago tibi in (lonis tuis sed mllii eas scrva.
Ita enim scrvabis me et augebuntur et pcrncicntur que dcUisti mihi, et eris mccuin
ita dignus es pro quo agitur, et ita dignus es cui agitur, ut ita dignus non sit a quo agitur quod enim agat indignus tecum, etiam si id quod digne agimus digne egerimus, id quoque tibi debuerimus, tibi digne a te facti ut digne predicemus, te laudare factorem, sed indigne te facimus cum indigna tibi opéra facientes, nos ipsos facimus indignos, quos dignitas tuœ similitudinis condignos facere dignatur et rationabili inditos intellectu le nosse voluisti quœ fecisti \
Invoco ergo te niisericordia mea, quai fecisti me ut non obliviscaris oblituni tui, et exquirentem le ne deseras, Quis enim similis tibi qui a morte omnis erroris revocas nos. Vita quœ nunquam morieris. Qui novit te novit eternitas. Charitas novit te.
Eterna veritas et vera caritas et cara :i>ternita»l Deus unitas,Deus Trinitas in cujus magna confldo valde misericordia, miserere met propter nomen tuum et nequaquam deseram prœcepta tua, cum sum imper/ectus, mea spes misericordia tua. Potena est enim dextera tua.
Et anima nwa sequatur le ut ingrediaris et coaptcr tibi et possideas eam sine macula et ruga. Tu es enim honor meus et laus mea Deus meus.
Grattas ago tibi de donls tuis sed mihi ca serva. Ita enim servabis me et augcbunlur et pcrncicntur qusc dedisti mihi, et eris inccum In omni-
' P. L., t. LX.xxv, col. 988-991. — * Op. cit., col. 277 sq. — * Op. cil., col. 266. — ' Les textes latins en caractères romains Indiquent les passages empruntés aux Confessions de saint Augustin; cf. /'. L., t. xxxn, 1. Mil, c. i; I. Vil, c. X ; 1. I, c. XX.
•in omnibus, quia et ut sim
et quocl sum tu dedisti milii.
El ego lonfttebor tibi in eccle-
sia magna; in populo gravi
taudabo te. Per ipsum, cui ■confltentur onmes anime, ut
miserearis et sanes eas, et cuni
Angelis et Arcangelia, Thro-
nis et Dominationibus, ym-
num glorie proclamemus hu-
mili confessione dicentes :
^anctus.
Quelque raison qu'ait pu avoir le rédacteur de cette messe au Liber Ordinum pour ne pas l'intituler missa sancti Augustini, on voit que ce n'est pas faute d'en avoir au moins autant le droit que le rédacteur de la messe du Gellonensis. Et ce n'est pas seulement aux Conicssions qu'elle fait ses emprunts, mais encore à un écrit pseudo-augustinien, le Liber medilalionum ' que le Gellonensis a pareillement utilisé.
FÉROTIN (M.)
bus quia et sira et quod sum tu dedisti mihi. Et ego confdebortibiin ecclesia magna; in populo gravi laudabo te.
Per ipsum cui confttentur omnes animœ, ut miserearis et sanes eas et cum Angelis et cum Archangelis, Thronis et Dominationibus liymnum gloriœ tue proclamamus humili confessione dicentes : Sanclus Conclus, Sanctus.
Liber ordinum
Ez missa quam sacerdos pro se dicere debeat (col. 266).
Parce animée niese, parce malis meis, parce peccatis meis, parce factis meis atque criminibus.
Visita inûrmum, cura egrotura, sana languentum. Da cor quod tlmeat, sensum qui jntellegat, oculos qui te videant.
Liber meditationum (P.L.,t. XL, col. 939.)
Miserere mei :
Respice ad me de sancta sede Maiestatis tuœ et tene-
Parce animas meae, parce raalis meis, parce peccatis meis, parce criminibus meis.
Visita me inOrmum, cura me segrum, sana me languentem et suscita me mor^ tuum. Da mihi Domine, cor quod te timeat, mentem qui intelligat, aures qui te audiant, oculos qui te videant.
Miserere mei Deus :
Et respice me de sede sancta Maiestatis tuae et tenebras cordis radio splendoris bras cordis mei radio spleninlumina. doris tui illumina.
De ces rapprochements, il ne s'ensuit pas que la missa sancti Auguslini du Gellonensis soit empruntée au Liber ordinum, mais il n'est pas contestable que ces deux monuments de la liturgie ont exploité une source commune ; s'ils ne dépendent pas d'une source commune, alors c'est le Gellonensis qui serait tributaire du texte mozarabe. Le rite gallican était, géographiquement, assez rapproché du rite mozarabe, pour qu'on ne doive pas écarter à priori toute idée d'échange entre eux. Les messes votives du Liber ordinum offrent matière à des rapprochements avec les messes votives des autres sacramentaires; par exemple, la missa omnimoda présente une concordance parfaite avec la missa voliva omnimoda du sacranientaire gaUican de Bobbio, mais cette concordance n'existe que pour les formules du Liber ordinum, il n'en est plus ainsi pour la missa omnimoda du missel mozarabe -.
La missa quam sacerdos pro se dicere debeat se sépare de la missa sancti Augustini du sacramentaire de Gellone pour les trois dernières pièces. Mais la postcommunion se rattache au type du liber Sacramenlorum de Pamelius, c'est l'ancienne bénédiction gallicane démarquée afin de devenir une postcommunion.
Liber ordinum Liber sacramentorum
Ex missa votiva pluralis Ex missa sancti Augustini
(col. 315).
Benedictio Votum vestrum Domimis clementer intendat et peccata dimiiiat. — Amen.
(t. Il, p. 521).
Posl communionem.
Vota nostra Dominus clementer intendat, et peccata dimittat.
' P. L., t. XL, col. 939. — = Liber ordinum, col. 229 sq. : Missale Bobbiense, P. L., t. lxxii, col. 539; Missalemozurabicum, P. L., t. lxxxv, col. 983 ; cf. P. CaRin, dans Paléographie musicale, t. v, p. 146 sq. — ' M. Havard, Les messes de saint Augustin, dtms F. Cabrol, Les origines liturgiques.
Quœ optalis adtrtbuat, et que pavescitis procul repellat. — Amen.
Ut cum uniuersitate fidelium, VQvendo et reddendo Deo sacrificium taudis, ac fructum justitiec pervenire possitis. — Amen.
Ipso auxiliante Deo nostro qui cum Deo Pâtre et gloriatur in Sancto Spiritu unus Deusseculaseculorum.
Quœ optamus, Irlbuai, et quœ pavemus, procul repellal:
Ut cum uniuersitate fidelium, tfovendo et reddendo Deo sacrificium laudis, ad fructum fustiliœ pervenire possimus, concedente clementia divlnitatis ejus.
Per Dominum nostrum Jesum Ch. eius unigenitum filium, cum que in unltate Spiritus Sancti vivit et régnât Deus. Per omaia (col. 265).
Pour les six autres messes dites de Saint-Augustin, on n'a plus de termes de comparaison qu'entre les monuments mozarabes et le Liber sacramentorum de Pamehus. La seconde missu sancti Augustini dans le Liber sacramentorum n'a que trois formules et pas de préface, les deux premières oraisons offrent un nouveau rapprochement avec le Liber Ordinum (missa pro sacerdote, col. 263); la troisième missa, encore trois formules et pas de préface, présente encore un parallélisme avec deux oraisons d'une missa quam sacerdos pro se dicere debeat du Liber ordinum (col. 270) Les quatrième et cinquième messes n'ont pas d'équivalent dans le Liber ordinum; pour la sixième messe, c'est au missel mozarabe qu'il faut recourir ^ La septième et dernière messe ramène au Liber ordinum qui contient, dans ses messes votives les quatre formules de la missa S. Auguslini. L'emprunt, si emprunt il y eut, est fait à la missa quam sacerdos pro se in egriludine positus dicere debeat et à la missa de tribulatis.
Il y a plus encore. Parmi les passages empruntés par Alcuin au Liber ordinum ou aux autres livres de la liturgie mozarabe, il en est plusieurs qui se retrouvent dans la célèbre messe latine dite de Flacius lUyricus, sur laquelle on a tant disserté au xvn» et au xvm» siècle * (voir au mot Flaous). Dans cette messe nous rencontrons plusieurs emprunts aux écrits d'Alcuin et d'autres auteurs ou ouvrages liturgiques et notamment au Liber ordinum, ainsi : Messe d'Illyricus Liber ordinum
(Bona, p. xxn) Memores sumus œterne Deus, Pater omnipotens,glorios iss imœ passionis filii lui, etc.
(p. XI) Si ante oculos tuos.
Domine, culpas quas fecimus, etc.
(p. XV) Dimitte, Domine
(col. 356) Si ante oculos tuos. Domine, culpas quas fecimus.
(col. 283) Dimitte Deus
Deus omnipotens, quidquid quidquid per inlemperanciam per intemperantium mordacis mordacis lingaœ.
linguee.
(p. xy) Prœbe, Deus, aurem sacrificiis noslris.
(p. XV) Pecalum redde, Deus, nostrorum cordium habitaculum, etc.
(p. XV) Foc ergo quaesusumus nos, pie Deus, adspicientes,
(p. XV) Suscipe Deus borum Ubaminum... Ablue nos, omnipotens Deus et alieno et proprio delicto.
(p. xvm) Ante conspectum divinœ majestatis tux, reus assista.
(col. 283) Prtvbe, Deus, aurem his sacrificiis nostris.
(col. 283) Pœcatum redde, Deus, nostrorum cordium habitaculum.
(col. 284) Fac nos ergo.
quœsumus. Domine.
(col. 284) Suscipe, Deus,
horum Ubaminum vota
Ablue nos. Domine a nostris peccatis.
(col. 249) .-Infe conspectum divinœ majestatis tuse reus adsisto.
Avec une modestie sincère, quoique excessive,
in-8°, Paris, 1906, p. 243-280. — * F. Cabrol, La messe de Flacius lllyricus, dans Revue bénédictine, 1905, p. 151-164; cf. S. Brami, dansSd'mmen aus Maria- Luach, 1905, fasc. 6. p. 143-155, suppose que cette messe a été composée au .XI» siècle. (VoirZJicliomi. au mol Fl.\cius Illyricus).
FÉROTIN (M.)
Dom Férolin écrivait : « On ne saurait tout exiger d'un éditeur. De plus doctes viendront après lui qui sauront, grâce à des études spéciales sur tel ou tel point de la liturgie, faire la pleine lumière là où il a dû se contenter, parfois bien malgré lui, d'une douteuse pénombre : » il eut pu ajouter qu' « un des mérites de l'éditeur serait d'avoir fourni aux liturgistes un texte préiieux sur lequel ils pourront travailler longtemps sans l'épuiser. »
La liturgie représentée par le Liber ordinum est sans contestation possible celle de Tolède. Un passage de lofflce des funérailles, cité par saint Euloge, nous prouve qu'au ix= siècle notre document était, pour cette partie du moins, en usage parmi les mozarabes de Cordoue. Pour la partie de notre ritueltqui nous vient de la basilica Prœlûriensis, la preuve de l'origine toletane n'est pas à faire. Pour le reste, nous sommes réduits à des indices qui conduisent avec une force probante plus ou moins grande à la même conclusion. Ainsi, à VOraiio post nomina offerentium dicenda in quacumque missa, la rubrique ajoute ceci : hec oratio recitaia est per ordinationem sancti Juliani a dnmno Felice metropolitano Toletano. Une des rubriques du samedi saint ordonne que l'eau destinée au baptême soit tirée non de cisterna, sed de fluminibus. Tolède, ramassée sur un haut plateau, n'avait pour l'usage ordinaire que l'eau de ses citernes. C'eût été un rude travail que d'aller puiser celle du Tage qui coule au pied de l'énorme rocher portant la ville ; tout au plus pouvait-on y songer une fois l'année. Ailleurs au vendredi saint, il est question d'une relique de la vraie croix que l'on transportait ce jour-là vers l'heure de tierce de l'église cathédrale ad ecclesiam Sanclx Crucis, et que le clergé de la ville ramenait dans l'après-midi en chantant des psaumes, ad thesaurum principalis ecclesiœ. L'église de la Sainte-Croix, dont il est fait ici mention, pourrait bien être la petite église appelée de nos jours El Crislo de la Liiz, mais dont le vrai nom est El Cristo de la Cruz.
Préparé par les études d'histoire générale et d'histoire locale rendues nécessaires pour la publication du Cnr/u/aj'rf et de l'Histoire de Silos, dom Férotin a possédé dans le commentaire du Liber ordinum un avantage sur beaucoup d'éditeurs de textes liturgiques ; il n'ignorait rien ou très peu de chose de tout de qui pouvait illustrer » son texte au point de vue historique et archéologique. La liturgie jouissait d'un traitement presque aussi favorisé quoique, sur ce terrain difficile, l'éditeur avouât avec bonne grâce • l'horizon très limité de ses connaissances. » Parmi tant de richesses accummulées, il est d'ailleurs malaisé de choisir, et on est presque réduit à signaler, au hasard des faits curieux ou nouveaux révélés par le Liber ordinum. C'est ainsi qu'on y trouve une prière sur rr//umnus ou sur l'enfant quem parentes ad doctrinam oflerunl. Il s'agit ici <lcs écoles cléricales qui furent florissantes en Espagne au temps des rois wisigolhs '. Un peu plus loin, nous lisons une ordination faite par l'évèque de celui à qui est confié le soin de la bibliothèque ; Ordo in ordinalione cjus, cui cura librorum et scriborum committitur -. Les rites de Vordinalio d'un archidiacre, d'un archiprèlre et d'un primicier sont, dit dom Férotin, une des parties les ]ilus intéressantes de ce livre. Peut-être n'en trouve-t-on pas d'analogues en Occident^ Le Icxlc qui constate que la crosse est conférée aux abbés est peut-être le plus ancien qui existe dans l'Église latine .sur la tradition du bâton pastoral à l'abbé •. La formule de l'ordi-
' Libtr ordinum, col. 38. — ' Op. cit., col. 43. — • Op. cit., col. 50, 51. — • Op. cit., col. 00. — • Op. cit., col. C7.
nation des abbesses n'est pas moins curieuse. Peut-être ne serait-il pas inopportun de signaler, à propos de l'égalité des femmes, cette formule liturgique : Omnipotens Domine Deus, apud qaem non est discretio sexuum, nec ulla sanctorum (sic) disparilitas animarum, qui ita viros ad spiritalia certamina corroboras ut feminas non relinquas, etc '. La tradition à l'abbesse de la mitre des vierges, et surtout de la crosse, enfin l'accolade qui lui est donnée par lévèque à la fin de la cérémonie, sont aussi des rites qui, par l'antiquité de leur date, méritent d'attirer l'attention °. L'oratio super convcrtente judeo est aussi probablement unique en Occident, remplie d'élévation, de modération et de douceur; on peut rapprocher ce texte des décrets des conciles de Tolède qui défendent les conversions forcées des .Juifs et qui exigent qu'on leur laisse toute liberté'. La mention de la cloche sonnée pour le trépas est peut-être aussi la plus ancienne que l'on connaisse*. A côté des cérémonies célébrées à l'occasion du départ du roi pour la guerre, on peut rappeler la messe votive pro rege, dans laquelle on prodigue aux souverains des conseils dont ils s'écartèrent presque constamment'. Une prière semble garder l'écho de cette anxiété profonde qui dut saisir l'Espagne au début du v^ siècle, lors des premières invasions barbares: Medellam sceleribus nostris exposcimus et ut infidelibus verissimam doncs fidem expetimus : ut aul convertantur et vivant, aul conjundanlur et amplius de ruina nostra non gaudcant... satis est. Domine, quod tibi banc fortiludinem gloriantes adscribunt, et de se presumentes sancta secrcta despiciunt ; in suo sperant arcu, et de tuo nil trépident bracbio... ut secura mens tibi serviat libertateque in nullo modo hereticorum jam dominari senserit pravitatem ".
Somme toute, le Liber ordinum offre une combinaison de deux livres liturgiques distincts : un rituel proprement dit et une sorte de sacramcntaire contenant des messes votives, et dont la plupart correspondent aux cérémonies du rituel. Du rituel on peut dire qu'il ne le cède en rien comme importance au pontifical d'Egbert (voir ce mot).
La collection des messes votives apporte non seulement des éléments de solution à certains problèmes liturgiques, comme on l'a vu à propos des misae .S. Augustini, mais elle offre quelques indications utiles pour la «[uestion discutée des origines du canon romain. Quelques points sont encore particulièrement intéressants pour l'histoire liturgique.
La première des messes votives est désignée sous le titre significatif de Missa sancti l'etri aposloli romensis. Ce titre correspond à celui de missa romensis employé dans d'autres sacramentaires. Malheureusement le texte est mutilé, et le canon commence avec les mots : cl accepta liaberc sicuti accepta liabrre... La missa qui vient ensuite est la missa omnimoda ou messe commune, elle est des plus intéressantes. Elle donne l'ordinaire de la messe, le canon mozarabe et l'oraison super ;iom;»a, conçue dans un style très ancien, avec la liste détaillée des noms de ceux qui oITreiit. Les formules super nomina du Liber ne sont pas, du reste, une de ses particularités les moins remarquables. Celle de la m/'ssn singularis,n. xv (col. 307), fait mention des diptyques sur lesquels on lit les noms de ceux qui olîrent. Les fidèles s'excusent de donner si peu; ils demandent que Dieu regarde surtout l'intention. Ces diptyques correspondent au Livre de vie écr'il au ciel, et si les fidèles n'ont pas la prétention d'être inscrits aux ]>remières pages avec les saints, ils se contenteront de la mention de leur nom dans les
— • Op. cil., col. 68.— ' Op. c((.,col. 105.— ' Op. cil., col. l-JO.
— • Op. cit., col. 293. — " Op. cit., COI. 315.
lÉROTIN (M.
dernières. Cette oraison et quelques autres de même nature jettent une vive lumière sur la nature de l'oflcrtoire, des diptyques, du mémento. La formule de consécration qui se présente sous deux formes différentes est aussi à noter, ainsi que l'absence de la prière (idesto, confirmation de l'opinion qui la regardait comme une interpolation. Les deux formules du mémento sous forme litanique et après le Pater, la formule de fraction, l'oraison ad accedentes, tous ces rites anciens, entremêlés de fonnules romaines, ouvrent des perspectives nouvelles.
Le rituel de la semaine sainte ne présente pas un moindre intérêt. Si cette partie du rituel, dit Dom Férotin, est de même date que l'ensemble du reste des fonnules, nous avons là le plus ancien texte de la bénédiction des Rameaux et de la procession.
Les fonnules du Ljfcfrord/num diffèrent de celles du missel mozarabe imprimé, elles sont bien plus anciennes et bien plus riches. Voici un exemple de ce grand style liturgique : Aime Pater, omnipotens Pcx, omnium creator et domine, cujus super ethera sedis est. quem nullus cernit, et omnis laudat in excelsis celica dulcium jragore poteslas : qui ut genus humanum a cremine mortis erueres, et paradisi gaudiis parlicipem lacères. Unigenitum Filium tuum, Dominum nostrum Jhesum Cliristum inef/abili pietate plénum ad terras mittere es dignatus, ob prisée legis sacramenta et profrtica adimplens, sedens super pullum asine Jherusalem civitatem intraret, et ab omni populo taudis concentum consona voce Osanna clamantis audiret : ob hoc et nos indigni laudes ejus omni cum letitia concinnentes. Te supplices quesamus, te liumiles flagitamus, ut nos adminiculo dextere tue a cunctis malis liberatos, ab omni etiam desiderio averlas erroris et suffragiis lue gratte circumseptos perenniter jubeas conservare timoris '.
C'est au dimanche des Rameaux que se fait la tradition du symbole aux catéchumènes comme chez les gallicans. Le texte du symbole qui est donné est celui du symbole des apôtres avec des variantes dignes d'attention : notons seulement celle-ci : qui naius est de spirilu Sancto et Maria virgine... descendit ad in/erna... resurrexit vivus a mortuis... remissionem omniu.m peccatorum. L'explication du symbole qui suit est tronquée.
Le jeudi saint il y a un ofTice pour les Tituli ou é'glises éloignées, un autre pour l'église principale, avec dépouillement des autels, lavement des pieds, etc.
L'office du vendredi saint possède une longue hymne inédite ab ore Verbum prolatum, qui vient enrichir l'hjTiinaire mozarabe. Le rite pro indulgentia est ici décrit tout au long.
L'office du samedi saint diffère du missel mozarabe imprimé et nous offre aussi une riche collection de fonnules. Celles pour la bénédiction du cierge pascal sont assez éloignées de la romaine. C'est à ce jour que se trouve aussi Vordo baptizandi (voir B.\ptème).
Le rituel funéraire est remarquable par l'abondance de ses formules et la richesse de ses rites. La première partie du Liber ordinum contient un ensemble de psaumes, d'oraisons, de bénédictions, d'acclamations et de supplications pour la mort et la sépulture des fidèles. Les messes pro dejunctis sont renvoyées à la seconde partie.
Dom Férotin terminait sa publication par sept appendices : L Étude sur neuf calendriers mozarabes, dont six publiés pour la première fois. — IL Le sacre des rois de Tolède. — lU. La dédicace des églises. —