IV. L'annonce des fêtes dans la liturgie mozarabe
V. Un Horologium mozarabe. — VI. Doxologies diverses. — VIL Additions.
Ce monument offrait une amorce à d'autres
édifices scientifiques. J'espère, disait l'éditeur, pouvoir publier quelque jour le Liber anliphonarum.
III. Le liber SACRAMtXTORCiî. — On eut, au lieu du Liber anliphonarum, le Liber sacramentorum. C'était encore d'un manuscrit de Tolède que dom Férotin entreprenait la publication, d'après le seul exemplaire connu et qu'il avait eu l'heureuse fortune de rencontrer en parcourant bibliothèques et archives sans un but nettement déterminé, sinon d'augmenter son bagage de textes inédits. Cette publication une fois décidée, il lui fallut examiner tous les manuscrits qui renferment des formules appartenant au sacramentaire proprement dit, ce qui permet d'ajouter au coder Toletanus des messes, en assez grand nombre, dispersées dans d'autres manuscrits. = On comprendra sans peine, écrivait-il, que cette série de recherches, de comparaisons, de collation de textes, m'ait, quelque peu familiarisé avec les vieux parchemins du vin* au ix= siècle qui renferment ce qui nous reste de la liturgie de saint Léandre, de saint Isidore et des conciles de l'ancienne Espagne. Aussi ne m'en suis-je pas tenu au seul texte du sacramentaire. Dans la mesure de mes moyens et selon que les circonstances l'ont pennis, j'ai analysé tous ces manuscrits, copié toutes les rubriques, noté les incipit de toutes les prières et parfois même reproduit dans leur intégrité des passages inédits d'une valeur particuUère. Une fois sur ce terrain, il n'était plus possible de se borner à l'ensemble du missel, quelque considérable que soit son étendue. Le Bréviaire tout entier, avec ses nombreux offices du jour et de la nuit, a pris place dans cette analyse minutieuse qui doit porter sur un ensemble d'environ dix mille formules. »
Le manuscrit 3-53, de la bibliothèque capitulaire de Tolède est le seul exemplaire du sacramentaire proprement dit qui soit arrivé jusqu'à nous. Il est composé de 234 feuillets en parchemin, mesurant .350 milhm. de long, sur 280 de large. Chaque feuillet est divisé en deux colonnes et réglé à la pointe sèche. Deux copistes ont travaillé à la transcription de ce manuscrit. Le premier s'est fait connaître. .\u folio 07 (V col. 1) dans la lettre majuscule D qui ouvre la missa de cathedra sancti Pétri apostoli, on lit ces mots : Elenus abba acsi indignas scripsit; le second copiste n'a pas signé son ouvrage. Le manuscrit est en bon état de conservation, l'écriture partout très ferme et très nette, remonte probablement au ixi" siècle; rien n'indique à quelle église le manuscrit fut destiné; mais il n'est pas douteux qu'il appartenait à l'église de Sainte-Euialie à Tolède dès le xiv^ siècle. On lit en effet sur le folio 1 du volume, en écriture de cette époque : Este libro es de ta eglesia de sancta Olalta. (L'église de Sainte-Eulalie appartient encore de nos jours aux mozarabes de Tolède.) Cette brève mention est la preuve certaine que le premier cahier du manuscrit manquait dès le xiv siècle. Il renfermait, entre autres pièces liturgiques, la messe de saint Aciscle et celle de saint Romain dont la plus grande partie se trouve au folio du second cahier. A ce premier même folio commence le premier dimanche de l'avent. Il est mal aisé de dire par quelles formules s'ouvrait le manuscrit entre le titre cl la messe de saint Aci.scle. Peut-être y lisait-on comme dans le Liber Ordinum de Silos, la table des matières ou brèves des offices que renfermait le volume et un marlyrum legium ou calendrier liturgique. Ce manuscrit d'une si exceptionnelle valeur n'a pas été utilisé dans les dernières années du xv« siècle par les éditeurs du missel mozarabe. Cette néghgence est d'autant plus remarquable que le recours à ce manuscrit eût fait éviter beaucoup d'erreurs et permis aux éditeurs de compléter les
' Op. CI/., col. 180.
FÉROTIN (M.)
formules, dont ils ne retrouvaient que des fragments •dans les autres manuscrits, et cependant des trois prêtres qui aidèrent Alfonso Ortiz dans la publication du missel, l'un se trouvait être curé de Sainte-Eulalie. Probablement le sacramentaire avait alors cédé la place à quelque missel plénier et gisait inconnu dans un coin des archives de la paroisse.
Dom Férotin eut quelque hésitation au sujet du titre à donner à ce livre, puisque la disparition du premier feuillet ne permettait plus de savoir celui que le copiste lui avait donné. D'après lui, il est à peu près certain que ce n'était pas un des titres que portaient jadis les recueils de ce genre : Liber sacramenlorum. Liber mysteriorum. Sacramenlarium. Après avoir parcouru les catalogues et les chartes où il est question de manuscrits liturgiques espagnols entre le vn' et le xi'' siècle, il n'avait jamais rencontré ni l'un ni l'autre de ces trois titres. Au contraire le nom •de Missale apparaît six ou sept fois au x« siècle, une fois au XI'; celui de Missaruni liber ou Liber missalis trois fois au xi=, et il est peu probable qu'il faille voir le sacramentaire dans le Liber precum souvent cité au X» siècle et deux fois au xi«. Néanmoins l'éditeur se décida pour un titre qui offrait l'avantage de définir nettement son objet, « et un titre, disait-il avec raison, ne doit pas être nécessairement une énigme. • Au xvin= siècle, le jésuite André Burriel projeta une édition du manuscrit de Tolède auquel il comptait infliger le titre de Missale Mozarabicum.
Le sacramentaire surpasse tous les autres livres de la liturgie mozarabe par la profusion et la magnificence de ses formules. Le cadre seul demeure immuable, le texte qui le garnit change avec chaque nouveau mystère, chaque nouveau martyr, chaque nouveau saint qu'il s'agit d'honorer. Ainsi le canon de la messe qui dans le rite romain et le rite ambrosien, est presque entièrement rétractaire aux modifications et se ramène à quelques pages, ollre dans la hturgie mozarabe, les proportions d'un gros volume. Cette surabondance rendrait aujourd'hui redoutable aux fidèles et au clergé la rénovation d'un rite d'où les redites ne sont pas absentes.
Le manuscrit de Tolède offrait des lacunes, des erreurs de transcription, qui ont été en grande partie comblées ou corrigées par l'éditeur, grâce à d'autres manuscrits. Les principaux sont au nombre de sept et •remontent tous à une date antérieure à la fin du XI" siècle. Trois d'entre eux proviennent de Silos et appartiennent aujourd'hui au British Muséum (codd. addit. 30.S44, 30.845, 30.S46. Quatre autres appartiennent à la bibliothècjue du chapitre de Tolède (num. 35,4; 35,5; 35,6; 35, 7). Enfin dom Férotin a recouru au Missale mixtam, imprimé à Tolède en 1500, d'après des manuscrits aujourd'hui perdus, d'autres sont encore ù Tolède et tous diflérents de celui actuellement coté 35,3 et qui sert de base à la publication. .\ la suite de cet énorme recueil de GG6 colonnes in-4". Dom Férotin donna une étude sur les manuscrits mozarabes; il passe rapidement sur les leclionnaires, homiliaires, martyrologes ou passionnaires, pour s'en tenir aux manuscrits qui renfennent des pièces liturgiques proprement dites, et les rubriques qui les accompagnent, dix chapitres sont consacrés : i" aux manuscrits de Tolède; u, aux manuscrits de Silos; m, aux manuscrits de San Millan de la Cogolla; iv, aux manuscrits de la cathédrale de Léon; v, aux manuscrits de la bibliothèque du roi d'Espagne; vi, au manuscrit de Compostelle; vu, à celui de Cardena; viii, à celui de l'Escurial; ix, à celui de Vérone; x, à celui de Tuy en Galice.
IV. Le /.lB£n ASTlPiio.\ARUil. — Au seuil du Liber ordinum, dom Férotin annonvail le projet de publier le Liber anliphoitarum. Il a pris soin de nous
apprendre ce qui l'empêcha de donner suite à ce dessein. Le manuscrit de Léon est, pour la liturgie mozarabe, le seul manuscrit complet de ce genre qui soit arrivé jusqu'à nous; celui de Madrid est lamentablement mutilé. Le plus grand nombre des antiennes et autres morceaux neumés que renferme ce beau volume se rencontrent, il est vrai, épars, çà et là dans plusieurs des manuscrits wisigothiques, mais aucun de ceux-ci n'offre cet ensemble et une conservation irréprochables. En 1897, dom Férotin fut admis « avec une bonne volonté déjà très insuffisante » à pénétrer dans la salle « modeste et poussiéreuse » où sont enfermés les manuscrits; il ne put que feuilleter le livre, prendre quelques notes et déguerpir. L'hospitaUté n'est pas la vertu favorite des chanoines du lieu. « Ce fut bien autre chose en 1904, « lorsqu'il fut question d'une copie du texte, car dom Férotin ne comptait pas s'attaquer à la notation. Cette fois, il fut éconduit sans politesse. Les détenteurs du trésor ayant pour maxime que ce joyau perdrait toute valeur dès l'instant qu'il serait exposé à la curiosité des savants. Devant cette crasse bêtise , dom Férotin eût perdu ses raisons; il essaya de la séduction avec le bibhothécaire et lui présenta des cigarettes, ce fut en vain. Du projet de publication il ne resta donc rien que quelques notes consignées dans le Liber sacnimentorum, col. 916-92'2, et dont nous transcrirons le début, afin que l'intention de l'éditeur ne périsse pas tout entière :
L'antiphonaire de Léon fut transcrit en 1066 sur un texte remontant, d'après toute apparence, à la seconde moitié du vn" siècle. Un comput placé en tète du manuscrit porte la mention suivante : Ab incurnaiione Domini usque ad presenlem et primum gloriosissimi Wambanis principis annum, qui est cra VCCX, sunt anni VCLXXIL — Il compte 306 feuillets (numérotation moderne au crayon), de 330 millimètres de long sur 240 de large.
Au verso, on lit l'inscription suivante, d'une facture nettement barbare, mais qui a le mérite de nous dire le nom du personnage auquel nous devons ce magnifique volume : O merilum magnum quidem donum sumsisti, abbate Totmundc. Et hic habitas cum omnibus bonis, el in futuro leteris cum Angelis, aguslior promicans mente Ikilani abba tue — Jam nunc volum ul ceperas tuum cerne per/ectum utilitcr librum deauratum conspice pinctum. Sic mercar prccibusve tuis esse su/jultum. Me scriptori in mente abete qui hoc pati pro uesiro honore — Au-dessous : Illc, avec le portrait du copiste ; à côté : Abba avec le portrait de l'abbé Tolmundus ou Ikilanus.
V Le libellvs ORA.Tioxuii. — C'est encore ici un projet que la mort est venue anéantir. Dans le c. ix de la seconde partie du Liber sacramentorum, dom Férotin décrit rapidement le Libellas orationum, d'après le manuscrit conservé à Vérone, qu'il n'avait pu étudier directement et ne connaissait que d'après l'excellente édition de Bianchini (1741). Le manuscrit est du vin", peut-être de la fin du vu" siècle. Grâce à une communication bienveillante, une collation du texte du Libellas exécutée sur l'original était venue à la connaissance de dom Férotin, i)eu de mois avant sa mort; ellenousaété transmise el pourra venir ajouter un nouveau travail ù l'oeuvre du fervent liturgisle.
D'autres copies faites sur les manuscrits du British Muséum touchaient :'i leur terme lorsque la maladie interrompit la transcription.
VI. ÉTiiiiniA. — Au début de son séjour en Angleterre, à peine sorti du travail que lui avait demandé le préparation du liccuiil des chartes et de VUistoirc de l'abbaye de Silos, dom Férotin se trouva un peu désorienté dans ses études, au milieu d'un monastère dont In bibliothèque se composait des rayons d'une
FÉROTIN (M.) — FESTUCA
grande armoire. Quant aux livres, il n'en était pas question alors. Par un sentiment de bienveillance, il voulut bien consentir à la transcription d'un texte alors difficile à se procurer, ayant été publié dans un recueil académique italien sous le nom de Peregrinalio Silvise. Ce fut cette circonstance qui lui fit connaître un document célèbre depuis quelques années et aaqiiel l'éditeur Gamurrini avait donné un état-civil fort respectable et accepté de tous. Lorsque, quelques années plus tard, la préparation du Liber ordinum imposa à l'éditeur diverses recherches, il fit connaissance — non pas avec Florès, qu'il pratiquait depuis longtemps — mais avec un personnage dont Florès s'était occupé, le moine Valère, de Vierzo, et dont l'érudit espagnol a conser\"é une épître. La lecture de cette pièce rappela à dom Férotin certains traits descriptifs qu'il avait lus dans la Peregrinalio ad loca sacra; il fut ainsi amené à restituer ce récit de pèlerinage à son véritable auteur. Mais cela a été exposé plus haut (voir Diclionn., au mot Etheria).
Entre temps, dom Férotin occupait ses loisirs à de moindres publications : un commentaire d'Apringius <le Béjà, sur l'Apocalypse, une lettre de saint Hugues de Cluny, quelques autres broutilles indiquées plus loin dans la bibliographie. Les travaux de longue haleine ne l'efïrayaient pas. » Le 3" volume du Mozarabe est commencé, • écrivait-il dès 1912, mais tout labeur prolongé lui était devenu une fatigue au-dessus de ses forces déclinantes. Les heures de la matinée pouvaient seules désormais être employées à l'étude. Dès le printemps de l'année 1913, il fallut déposer la plume et s'abandonner à des précautions et des soins qui ne pouvaient restaurer une santé désonnais perdue. Deux grandes joies couronnèrent une existence si bien remplie. Le titre de membre d'honneur de l'Académie de l'histoire de Madrid, où il comptait des amis et, dès lors, des collègues; la nouvelle de la victoire de la Marne où tel, qui portait son nom, avait bien besogné. La mort n'attendait que ce moment, semble-t-il, pour s'approcher.
Vn. Bibliographie. — Catalogo de los manuscrilos del Padre Sarmisnlo exislenles in Silos, dans Indice de una coleccion manuscrila de obras del Rmo Padre F. Martin Sarmienlo, benediclino, in-8°, Madrid, 1888, p. 122-126. — Saint Dominique de Silos et un critique moderne (M. Dolfus), dans la Science catholique, 1891, t. V, p. 1081-1086. — Dans le Dictionnaire de la Bible de Vigouroux (1892-1893, t. i : Antonio de Aranda, col. 714; Aponte, col. 781; Aprosio, col. 796; Aquaro, col. 796; .\rauco, col. 878; Avendano, col. 1288; Avila, col. 1291 jAyllon, col. 1295; Azevedo, coi. 1305; Azitores, col. 1305; Beatus, col. 1531. — Dans Le mois bibliographique, t. i (1893), p. 11, 17, 40, 58, 71, 72, 85, 119, 123; t. u, (1894),p.5, 7, 87; t. m, (1895), p. 197, 257; t. v, (1897), p. 172. — Recueil des chartes de l'abbaye de Silos, in-4'', Paris, 1897. — Histoire de l'abbaye de Silos, in-8°, Paris, 1897. — Apringius de Béja. Son commentaire de l'Apocalypse, écrit sous Theudis, roi des Wisigoths (531-548), in-8", Paris, 1900. — Une lettre inédite de S. Hugues, abbé de Cluny, à Bernard d'Agen, archevêque de Toulouse, dans Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 1900, t. lxi, p. 339. cf. ibid., 1902, t. Lxui, p. 682-686. — Deux manuscrits wisigothiques de la bibliothèque de Ferdinand I" roi de Castille et de Léon, dans Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 1901, t. Lxn, p. 374-381. — La légende de sainte Potamia, dans Analecta bollandiana, 1902, t. XXI, p. 40-42; p. 401-402. — Le véritable auteur de la Peregrinalio Silvim, la vierge espagnole Etheria, dans Revue des questions historiques, octobre 1903,
' Mart., X, 62. — ' Jullicn, Les professeurs de littérature de rancienne Rome, Paris, 1883, p. 190. — ' Horace, EpisL
t. Lxxiv, p. 367-397. — Le Liber ordinum en usage dans l'Église wisigothique et mozarabe d'Espagne du v« au XI' siècle, in-4"', Paris, 1904; dans Monumenta Ecclesiœ liturgica, t. v; cf. F. Cabrol, La liturgie mozarabe et le Liber ordinum, dans Revue des questions historiques, 1900, t. Lxxvn, p. 173-185; réimprimé dans L«s origines liturgiques, in-8», Paris, 1906, p. 211-224; E. Bishop, Spanish Symploms, dans Journal of Theological studies, 1907, t. viu, p. 278-294; Mercati, More Spanish Symploms, 1907, t. vni. p. 423-430. — Le Liber Mozarabicus sacrameniorum et les manuscrits mozarabes, in-4°, Paris, 1912; dans Monumenta Ecclesise liturgica, t. \i; cf. de Bruyne, De l'origine de quelques textes liturgiques mozarabes, dans Revue bénédictine, octobre 1912, t. xxix, p. 421 sq. ; W. Mayer, Die preces der mozarabischen Liturgie, dans les A bhandlungen, de Gôttingue, 1914.
F. Cabrol et H. Leclercq.
FERTUM, voir Oblation.
FÉRULE. La férule est une grande et belle plante herbacée à tige creuse, souple et que sa flexibilité fit sans doute choisir pour le châtiment des enfants et des esclaves. La férule était le sceptre des pédagogues' :
Ferulaequc tristes, sceptra psedagoyorum ..
A Rome, les maîtres d'école frappaient les enfants à tour de bras S tantôt sur les mains =, tantôt sur les fesses, c'était ce qu'on nommait catomidio, que décrit Apulée : Quam altissime sublato pucro ferula notes ejus obverberant '. La férule, dans l'échelle des peines, représentait un minimum. Saint-Augustin nous fait connaître ce qu'il pensait, enfant, de ces méthodes. « Je fus envoyé à l'école pour y apprendre à lire. Pour mon malheur, je ne comprenais pas l'utilité de ce travail. Cependant si j'étais paresseux à apprendre, j'étais battu, ce que les grandes personnes trouvaient fort juste. Je commençais tout enfant, à m'adresser à vous, ô mon Dieu, comme à mon appui, à mon refuge. Tout petit encore, mais avec une grande ardeur, je vous priais de ne pas me laisser donner le fouet à l'école. Et quand vous ne m'écoutiez pas, mes maîtres et même mes parents, qui cependant ne me voulaient pas de mal, se riaient de ces coups qui me paraissaient à moi le malheur le plus granc" et le plus terrible '. '
Les écoliers des monastères n'étaient pas autrement conduits « à la baguette. » L'article 97 de la règle de saint Pakhôme recommande la fustigation des enfants : Omnes pueri qui non liment confandi pro peccato, et correpti verbo non emendaverint, verberentur quandiu disciplinam accipiant et timorem. La règle dite du Maître, c. xiv, prescrit de fouetter les enfants jusqu'à l'âge de quinze ans : In/antulus usque ad quindecim annos non excommunicari, sed prœcipimus vapulari pro culpis. La règle de saint Benoit de même, c. XXX : ... quotiens pueri vel adolescentiores eetate (ce qui laisse une marge même au delà de quinze ans) ... dum délinquant, ... acribus verberibus ccerceantur. Cette rigueur ne se trouvait pas cependant dans la règle de saint Basile, qui interdisait de battre les enfants, mais en Occident saint Benoit trouvait des imitateurs dans saint Fructueux : ... ab ipso suo decana virga cmendctur (c. vi), dans saint Isidore : ... pro qualitale negligentiœ congruis emendandi sunt plagis
FESTUCA. Moins les hommes sont capables de saisir et d'exprimer une idée abstraite, plus ils sont enclins à recourir à des objets matériels pour énoncer et préciser dans la mesure du possible les idées par des choses. C'est ce qui explique l'iniportance
II, I, 71 ; Juvénal. 1, 15. — ' Apulée, Melam.. 9. — ' Saint Augustin, Conlessinnes,[. 1. c. ix. P. L., l. xxxii.col. 667.
FESTUCA
et l'emploi fréquent des symboles dans l'ancien droit germanique'. La fesiuca joue ainsi dans le droit franc, un rôle considérable; il importe de bien la distinguer du wadium avec lequel on l'a confondue^ Tous deux sont des objets mobiliers de valeur insignifiante. On trouve fréquemment dans les textes, d'une part, WADIUM dare, donare, in manu donare. commendarf. adhramirr, suscipere et d'autre part, festucam ienerc. adprehendere, projiccre, jaclare. !Mais tandis que le wadium se rencontre dans presque toutes les coutumes des peuples germaniques^, la festuca paraît particulière aux coutumes franques. On ne rencontre la festuca que dans la loi salique et la loiripuaire*. Dans les formules et les documents judiciaires, celui qui se sert de la festuca est Franc d'origine : unde taie sacramenlo per suam fistucam visus fuit adhramirc et taliter dédit in suo responso quod de pâtre Franco fuissel generatus et de maire franca fuisset natus '. Nousvoyons les Francs déclarer, en jetant la /esiuca qu'ils ne se soumettent plus à Charles le Simple' : Proceres Francorum congrecjaii in campo, festucas manibus projicientes rejecerunt eum, ne essel eis ultra senior. La festuca est particulièrement employée, au moyen âge, dans les pays où la Lex Salica et la Lex Ripuaria, statuts personnels à l'origine, sont devenus droit territorial; voir par exemple le privilège de Frédéric I" pour Aix-la-Chapelle en 1166 et l'ordonnance des maieurs de Metz (xii' siècle). La Lex Salica devint droit territorial dans l'étendue de pays occupé parles Francs Saliens', mais il est possible que, par la suite les Alamans aient adopté certaines coutumes franques, car nous avons un texte où la festuca est employée conformément à la loi des Alamans, c'est dans le testament de l'évèque Rémi de Strasbourg, en 778 : ... germant Rtiperli, de ipso monastierolo nobis (nos) revestierunl et per festucam sibi (se) exinde exiti fecerunt — sicut lex Alamannorum fuit '. Les Alamans ont-ils dans la suite emprunté la festuca aux Francs, cela est probable, car on ne la rencontre pas dans les divers textes de la Lex Alamannorum. En ce cas, sa présence dans les textes postérieurs à la Lex Salica et son emploi par des personnes non franques de naissance s'expliquent pas l'influence du droit franc sur les coutumes des populations germaniques incorporées à l'empire franc.
Les textes distinguent nettement entre l'emploi du wadium et l'emploi de la festuca. Dans la formule de Marculf, II, 18, un accord est intervenu entre un meurtrier et le frère de sa victime : ... nos (le frère) ad pacis concordia ob hoc visi fuerint (les arbitres) rrvocasse, ita ut pro ipsa causa solidos tanlos in pugalia (en paiement, litt. : en apaisement) ;jii7ii dure debercs, (juos et in prxsente per wadio luo visus est transalvisse. Ainsi le meurtrier ne paie pas immédiatement la somme convenue, il s'engage seulement à la payer; de son côté nos (le frère), ipsa causa per festuca contra te visus sum verpasse'. Dans cet exemple l'un des deux emploie le gage, l'autre emploie la festuca.
Le mot wadium n'éveille pas dans l'esprit une idée purement concrète, mais déjà l'idée abstraite de
' Grinim, Ueiiùiclie Hechtsallprlliûmer, in-S", Oôltingen, 1851; Zœpll, Alterlliiirner des deuts. Ueiclis iind Recitts t. in, p. .357, et neuUche RechOiaeschlcIile, 1872. !• ùdit.. t. III, p. 152. — ' Notamment pnr Val de Lièvre, I.aum- (jild imd Wadia, ln-8°, InnsbrOck, 1877, p. ll'J; Stobbe. fteureclil und Verlanxsclduss niirh àllerem ileuLiclien liecltl, dans Xeilsclirill for RecliLigrschiclUe, Wcimar, 1877, t. xiii, part. 2, p. 218; R. Sohm, RcclU. iler Eliesclillrxsiinn, 1870, p. 34 sq. — ' Val de I.ièvTC, Laiincgild und Wddia, p. 9G. — ' Lex- .Salica, xlvi, 1-2; i., .1; /.<r Ripuaria. x.xx, 1 ; Lxxi. — ' De nozitre, Rec. de /iTinulcs. n. 481 ; cf. n. 470 (append. ad Marculf, 2). SI l'on objecte que Francus siKnilio Ici libre de naissance (ingcniius), il est Incite de citer des
gage; en quoi consistait le gage? Nous lisons dans Muratori : per cultcllum et wantonem seu andilanc et sic... justa legem meam salica vindo'°. LTne série de formules présente per festucam atque perandelangum^^; la fonnule 391 porte : per meos vadios andclangosve. Était-ce le gant qui servait de gage? Il est certain qu'il était le gage ordinairement donné.
Quant à la festuca, c'est un morceau ou tige de bois, le premier qui tombe sous la main; le sens de fétu est moderne.
Enfin, la différence fondamentale entre les deux symboles est que le wadium est transmis et reçu, ce qui suppose le concours de deux personnages, tandis^ que la festuca est saisie ou jetée, jamais transmise, ce qui ne suppose qu'une personne. La festuca pouvait être tenue ou bien tenue puis jetée.
Et d'abord tenir la festuca. On lit dans la loi Salique titre L, 3, dans le cas du créancier qui veut poursuivre son débiteur contumace : ... ambulel ad grafioncm loci illius in cuius pago manet, et adprehendal festucam et dicat verbum : lu grafio homo ille mibi fideni fecit qucm légitime habeo jaclivo aut adnvdlalum in hoc quod lex saligu continci; ego super me et fortuna mea, porro quodsecurus mille in furtuna sua manum, c'est-àdire : Qu'il aille trouver le comte dans le canton duquel il habite, qu'il saisisse le fétu et dise : toi, comte, un tel m'a donné sa foi (est mon débiteur),^ il est contumace, et c'est conformément à la loi salique; moi,j'oflre comme garants moi et mon bien que c'est en toute sécurité que mets la main sur mon bien. < Voici une autre circonstance dans laquelle on tient, la festuca, c'est dans Vedicluyi Chilperici, c. vi, que nous lisons : Quicumque admallatus fuerit et in veritatem lestimonia non habueril unde se seducal, et n-cesse est ut mitium fidcm faciant et non habueril similo modo cui pro cum fidem facial; ut ipsc in sencxtra manu festucam teneat et dextera manu aufcrat, c'est-à-dire : n Dans le cas où un individu appelS en justice ne peut vraiment fournir des témoins, si d'ailleurs il est nécessaire que des cautions promettent (pour lui) et s'il ne peut pas non plus en présenter; que cet individu tienne le fétu dans sa main gauche et étende la main droite (pour prêter serment). Au titre lxxi de la Lex Ripuaria on lit encore : De quucumque causa fesiuca interccsserit, lacina inlerdicatur sed cum sacramenlo se idoneare sludeat. C'est une défense de « s'opposer \ dans tous les cas où sera intervcnje la festuca, au serment de l'adversaire. La festuca est encore tenue dans la procédure indiquée au titre xxx, 1, de la loi des Ripuaires : Quod si quis in fudicio pro scrvo interpellatus fuerit — dominits cfus in judicio pro eo interrogalus respondcal — et dicat : ego ignora ulrum servus meus culpabilis, an innocens de hoc exlilcrit. Propterea eum secundum legem Ripuariam super quatuordecim noclcs ad igncm repra'sento. FI sic de ejus privscntia cum festuca fidem facial; en même temps que le maître saisit la festuca, il déclare au tribunal qu'il se fait fort de ))roduirc l'esclave, dans le délai de quatorze nuits afin que celui-ci soit soumis à l'épreuve du feu.
Dans les dispositions ci-dessus, la festuca est
textes plus précis. Curlid. de Cliiiui, t. i, n. 15, miiii. 870.
secimdem legesalica. Ibid., n. '.)0,ad nnn. 905 : srcwidiim
legem salicam cl se exitiim inde fccil ; or se exitiun facrrc se fait au moyen de la fesiuca; ibid., n. 219, ad ann. 920.' (•( per uniim fesliicam se in omnibus rxiiidr exilum /<•(■((. — * l'crlz, Scriplores. t. iv, p. 124. — ' II. Schroedcr, Die .\ushrclliing des .Sidisclten l'ratdicn, diins h'orschtingtn -iir (Icutsrb. (Jeschichic, l. .\ix, p. 107 sq.. 171. — " llrandliller, (iMi.res hislariques inMlle.i. in-8", C.olniar, 180,5-1807. — " Du Uo/lire, op. cil., n. 511. — '"Muratori, DissrrMtiuni .wpra le untich. liai., ln-4', Nupnli, 178.3, t. i. p. ;t40, nd iinn. 92.'>. " De Itozièrc, op. cil., n. 118, 13:t, 159. 172. 200. 228, 212.
FESTUCA
employée pour donner à une déclaralion toute l'autorité et toute la publicité possible.
A quoi tient le choix de la fesluca de préférence i> tout autre objet? Chez les peuplades d'une civilisation peu avancée l'arme est l'instrument à l'aide duquel l'individu acquiert et conserve. L'arme distingue l'homme libre ; elle constitue la personnalité juridique : le prisonnier de guerre, l'esclave n'ont pas d'armes, la femme non plus. L'arme primitive et nationale des Germains, c'est la framée, épieu au long manche, hampe munie d'un ter étroit et court'. Elle s'est conservée longtemps chez les Francs, l'épée n'apparut que plus tard. Dans toute contestation réglée en justice, où doit apparaître la framée elle s'est simplifiée ; l'épieu, la framée, la flèche acérée n'est plus qu'une hampe, un fétu, jestaca. Tenir ou saisir la fesluca, c'est faire le geste du plaideur qui, fort de son bon droit, met la main sur son anne prêt à en faire usage pour la défense de sa cause. Saisir la fesluca équivaut à se déclarer prêt à combattre pour ce qu'on déclare. On lit dans le titre xxxin. De intertiare, 1, de la Lex Ripuariorum : Si quis remsuam cognoverit, miltat manum super eam. Et si ille, super quem inlerlialur, lertiam manum quœrat, tune in prœsente ambo confurare debenl cum dextera armata, et cum sinislra ipsam rem teneant. Cette confirmation par l'arme est encore indiquée dans la même loi, titre Lxvi, 1 ; eam dextera armata lam priusquam posterius sacramenlum in prsesentia judicis confirmare studeat. Elle se retrouve dans (c. n, 4) : Propterea in eorum dextera et arma eorum sacramenta adfirmant, que l'on peut rapprocher de l'édit de Chilpéric cité plus haut : Ut ipse in senextra manu festucam teneat et dextera manu auferat '.
Dans la loi des Ripuaires, titre xxxn, 4, l'épée tient la place de la fesluca ou framée : Quod si ipsam strudem contradicere voluerit, et ad fanuam suam cum spata tracla accesserit, et eam in porta siue in poste posueril, lune fudex fidejussores ei exigal, ut se unie regem reprœsentet, et ibidem cum armis suis contra contrarium suum se studeat defensare.
En résumé, la saisie de la fesluca équivaut pour l'homme libre à la confirmation de sa parole; lorsqu'il tient la fesluca, il se déclare prêt au combat singulier pour tenir son droit. On comprend dès lors le rôle <le la fesluca dans la formule que nous avons citée, et par suite l'expression per festucam adhramire : Vnde taie sacramento per suam festucam visas fuit adhramire.
L'individu à qui son adversaire conteste sa qualité d'homme libre se fait fort de fournir la preuve exigée par la loi. 11 confirme sa déclaration ptr /es/ucam au moyen du fétu, de même que plus anciennement, il confirmait sa déclaration per arma. Au cours du moyen âge, la saisie de la fesluca perdit peu à peu sa signification juridique et continua d'être pratiquée sans qu'on en comprît la signification.
On ne se contentait pas de sais;> la /esiuca; dans certains cas, on la jetait. La loi salique aborde le cas de l'homicide dont la fortune ne sullit pas à acquitter le wergeld auquel il a été condamné; en ce cas, il doit jurer, lui troisième, que « sur et sous la terre il ne possédait pas d'autre bien que celui qu'il avait donné en paiement : et poslea débet in casa sua inlroire et de (jualtuor angulosterramin pugno collegere et sic poslea in duropullo hoc est in limitare slare débet inlus in casa respiciens cl sic de sinislra manum de illa terra
' Tacite, Gcrmania, c. vi : Rart gladiis aui majoribus lanceis utentur : l>astas ipsorum vocabulo frameas gérant ■angusto et brevi ferro : cf. Baumstark, Ertuuierung der Germania, Leipzig, 1875, p. 308 sq. — = Paul Diacre, Ilisl. Langobardorum, 1. I, c. xm, dit que chez les Lombards
lune scopulas suas jaclare super illum quem proximiorem parenlem habet, c'est-à-dire, « et puis il doit entrer dans sa maison et des quatre coins, ramasser de la terre en sa main, et puis ensuite se tenir sur le seuil de la porte, le visage tourné vers l'intérieur de la maison et ensuite, de la main gau<lie, jeter de la terre par-dessus ses épaules sur son plus proche parent. » Suit le catalogue des parents appelés, les uns à défaut des autres à parfaire le wergeld, le texte continue: et sic poslea incamisia discinclus, discalci{at)us, palo in manu, sepe sallire débet, c'est-àdire, « et ensuite, en chemise, déceint, déchaussé, l'épieu dans la main, il doit franchir la haie. »
L'action de lancer de la terre sur les parents indique que la possession de la maison et du verger qui l'entoure leur est abandonné et que, avec elle, passe l'obligation de payer le restant de la dette. Le débiteur insolvable, en franchissant l'épieu à la main, la haie, c'est-à-dire la limite de l'enclos, fait publiquement connaître l'abandon de sa terre cpa'il ne défend plus. L'épieu joue le rôle de l'arme qui servait à défendre la propriété. En le jetant, on fait abandon de la fesluca, non pas qu'il transmette à autrui, tout simplement il se délivre. Le geste n'est pas un geste d'investiture, mais un geste de renoncement.
Le Franc qui se retirait le palus à la main pour signifier qu'il ne défendait plus son enclos jetait l'arme s'il voulait exprimer qu'il renonçait à sa fortune, il la brisait lorsqu'il voulait signifier qu'il rompait les Uens dans lesquels il avait vécu jusqu'à ce jour, (tit. Lx) : De eum qui se de parentilla lollere vult. 1. In mallo ante lunginum ambulare débet et ibi 1res fustis alninus super caput suum frangere débet. El illos per quattuor partes in mallo factare débet et ibi dicere débet quod de juramento et de hereditalem el lolam rationem illorum se lollal. L'individu sortait ainsi de la famille (voir ce mot) en brisant au-dessus de sa tète trois baguettes d'aulne ou de saule, peut-être jjarce que la hampe de la framée était d'ordinaire de ce bois. Chaque fustis est brisé en quatre morceaux jetés aux quatre coins de l'enceinte du tribunal. L'ancien français avait gardé un souvenir de ce rite, on disait « rompre le festu, ■ pour marquer la rupture de toute relation avec quelqu'un ou d'un ecclésiastique avec le monde. Le jet de l'arme, sous la forme d'une stipula se retrouve dans la Lex Curiensis. Cette compilation assez indigeste contient des emprunts faits à la Lex Alamannorum. L'emploi de la stipula, tel qu'il est décrit dans la disposition suivante, remonte visiblement à une haute antiquité, il est pennis de le rapprocher des textes francs qu'on a lus : Stipulatio est inler duos homines, de qualecumque rem inteneio est, passant inler se ipsa causa sine scripta et sine fidejussores per stipula finere. Stipula hoc esl, ut unus de ipsos level festucam de terra rejaclel el dicat : per isla stipula omne isla causa dimillo'... En même temps que l'individu jette sa stipula ou fesluca à terre, il déclare abandonner ou ne plus soutenir sa prétention. La fesluca conserve ainsi au moyen âge la signilication qu'elle avait dans les coutumes franques, mais avec moins de netteté, et la distinction entre la saisie et le jet de la fesluca tend à disparaître. Dans les coutumes franques, le plaideurn'était pas tenu à saisir sa fesluca, au moyen âge, on voit, par un privilège de 1166, de Frédéric l" en faveur d'.\ix-la-Chapelle, qu'un défendeur ne pouvait présenter ses moyens de défense au civil ou au criminel qu'en saisissant la fesluca. Même
plures a seruUi jugo ad Ubertatis slalum perducunl, utqtie râla eorum liaberi posset Ubertas, sniiciant more solilo per sagitiam, immurmurantes nihilominas ob rei firmilatem quivdam palria verha: ici la festuca esl remplacée par la sagiita. — " Canciani, Barbarorum lcge.^,t. iv, p. 509.
FESTUCA — FÊTES CHRÉTIENNES (LES
il encourait une amende, s'il ne la saisissait au moment même où il ouvrait la bouche. Frédéric I" facilitait l'accomplissement de cette formalité en remplaçant le fétu par un fil de vêtement et l'Ordonnance des n^aiours de Metz (xni« siècle) par un poil de barbe'. H. Leclercq.
FÊTES CHRÉTIENNES (Les). — I. Ety mologie Feria, éop-ry), Fcstum, Festivitas, Solemnitas.
— II. Origine des fêtes chrétiennes. Le dimanche, le mercredi, le vendredi, et les autres jours de la semaine chrétienne. — III. L'année chrétienne et les premières fêtes annuelles : Pâque, Pentecôte, Noël, Epiphanie. — IV. Autres fêtes du Christ : Ascension, Circoncision, Présentation au temple, fêtes de la Croix, etc. — V. Fêtes de la sainte Vierge. — VI. Fêtes générales des saints, des apôtres, des martyrs, des confesseurs; fête des morts. — Vil. Fêtes des anges. — VIII. Dédicaces, fêtes des saisons, fêtes locales. Natales, deposiiiones. ■ — IX. Fêtes en l'honneur des Saints de l'Ancien Testament, ou d'autres événements de l'histoire juive. - — X. Les plus anciennes mentions des fêtes dans les Pères et les écrivains. — XI. Catalogue et calendriers.
— XII, Les principales dates de l'année chrégienne. — XIII. Les plus anciens calendriers liturtiques romains. — XIV. Multiplication et diminution du nombre des fêtes. — XV. Influences étrangères sur les fêtes chrétiennes. — XVI. Calendrier des fêtes dans la liturgie actuelle. — XVII. Bibliographie.
l.FERl A, k0ÇTi].FESTV M, FESTIVITAS, SOLEMNITAS.
Le mot leria au singulier est à peu près exclusivement chrétien. En latin classique, le pluriel est toujours employé, Feriœ (primitivement Fesiae, d'où Festus, Festiims et en français fête) et ne ignifie pas plusieurs jour de fête, mais un jour qui revient périodiquement comme idus, kalendœ, dies festus, dies feriulus, sont à l'origine synonyme de feria: *. Les ferise étaient un jour de dévotion, jour consacré spécialement au service des dieux. C'était chez les Romains un jour de relâche, un jour chômé. Cette notion se rapproche donc de celle des Juifs qui fût léguée aux chrétiens. Les six jours de la semaine sont jours de travail; le septième, qui est un vrai jour de fête, peut-être le premier jour de fête, est un jour de repos, un jour consacré à Dieu '. Le jour de fêle n'est pas en principe, du moins chez les Romains, un jour de joie. La fête des mânes est considérée comme un jour triste. Le jour de fête comportait généralement des sacriliccs, des processions, des jeux, des repas sacrés (tous actes qui pouvaient cependant avoir lieu les jours non fériés). M. C. Jullian a bien prouvé contre Mommscn que le jour de fête n'est pas nécessairement un jour de réjouissance •. Il semble au contraire que chez les Juifs les fêtes eurent d'ordinaire un caractère de joie religieuse '.
La Vulgate, comme les classiques, emploie le mot Feriœ au pluriel (Lev., xxin, 2, 4, 34, 37, 39). Les chrétiens adoptèrent le mot en l'employant au singulier, Feria, et ils l'appliquèrent à tous les jours de la semaine, de telle sorte que le dimanche fut la feria prima, le lundi la feria secimda et ainsi de suite. On s'est demandé souvent i)0ur<[U0i les chrétiens adoptèrent ccl usage et pourquoi ils appelèrent férié, fétc, tous les jours de la semaine sans exception. La numération des jours par premier, second, troisième, etc., parait
I M. Thévenin, Conlributiom: A l'histoire du droit germanique,dans iSouuelle revue historique dedroil français et étranger, 1880, t. IV, p. G'J-!)2. — ' CI. Dtct.de.i antiquités grecques «(romaines, au mot Feriw, t. ii, p. 1042. — ' CI. Dimanchf;.
— 'Dtct. des antiquités grecques et romaines, Feriiv, t. ii, p. 1045. — ■'' G. MarRolioutli, dans Bncyclopœdia of Heligion and Elhics,\..v, 1912, au mot Frasting, J>.SO!>. — 'Dcjefun,,
procéder de l'usage juif, qui comptait les jours de la semaine d'après le sabbat. On verra la coïncidence d'après le tableau suivant :
Chez les Juifs, sabbatum.
prima sabbali.
secundo sabbcdi. iertia sabbati.
quarta sabbali.
quinla sabbati.
sexta sabbati.
Chez les Chrétiens.
(feria septima ou sabbalum).
Dominica (feria prima).
feria secundo.
feria lerlia.
feria quarta.
feria quinla.
feria sexla.
La feria septima correspond au dies sabbali et garde d'ordinaire le nom de sabbalum. Les deux textes suivants de TertuUien sont une preuve que de son temps déjà l'usage avait cours. Dans le premier il nous dit : cur stationibus quartam et sextam sabbali dicamus, et fefuniis Faraceven '1 Ici il compte la semaine à la manière juive la quarta sabbali est le mercredi et la sexta, le vendredi. Mais dans le même traité il parle des stations quœ et ipsœ suosquidem dies habebant quartss ferlée el sexlœ '. Ici le nom de feria est employé couramment. L'usage est donc établi au temps de TertulUen d'appeler fériés chacun des jours de la semaine. Faut-il faire remonter cet usage de traiter ainsi chaque jour comme une fête au temps des apôtres ? En tout cas le texte suivant nous rappelle qu'à l'origine de l'Église chaque jour était un jour de prière, de réunion, un jour de liturgie :
Ka9' rjjiepav te Ttpoax.apTEpoùvTeç ô(j.o6u(xa86v èv
T^ Eep^, XXÔJVTEÇ TE xaT* oïx.ov (Sprov, [X£TE>,â(l6aV0V
Tpoçïiç èv àyaXXtâCTaet y.al i(fe'K6--r)-i xapSiaç àivoùv- TEÇ Tàv 6eàv xocï 'zxc>'^i':zq /âpiv Tipôç ôXov tov Xaov, '08è Kûpioç TrpoCTCTiÔEi Touç (joiÇojxcvouç xa6' Yjjjiépav èv Tyj exxXrjota (Act., ii. 46, 47)
Quant aux jours de la semaine planétaire qui s'appelaient dies Saturnl (samedi), dies solis (dimanche), dies lunœ (lundi), dies iMarlis (mardi), dies Mercurii (mercredi), dies lovis (jeudi), dies Veneris (vendredi), ils n'eurent que rarement cours dans la langue chritienne, mais il y fut fait parfois allusion dans l'institution des fêtes.
Un auteur ancien, dont le sermon se trouve dans les oeuvres de saint Augustin, et qui est peut-être Césaire d'Arles, s'élève contre la coutume d'employer ces noms : Nonnulli enim in hac mala liabcnUir. ut diligenler observent, qua die in ilinere exeant, honorent prœstanlcs aul soli, oui lun:v, aul Marti, aul Mercurio, aut lovi, aul Veneri, aul Salurno... El ista monstrosa porlenta id est, et Mars el Mercurium et .lovis el Venus et Salurnus eo lempore dicunlur nali, quo filii Israël erant in Egypte. Si tune nali sunl ulique dies isli, qui illurum nominum appellanlur, illo lempore fam eranl, et secundum quod Deus inslilueral, sic nomen habebant, id est prima cl secunda el lerlia el quarta et quinla et sexta feria... Nos vcro, fralrcs... nullum diem dcemonum appellalione diijnum esse fudicemus... scd eliam ipsa sordidissima nomina dediijnemur ex ore proferre, el nunquam dicamus diem Martis.diem Mercurii, diem Jovis, sed primam el secundam, vel lerlium fcriam nomi nemus '.
Le mot Fcstum, d'où Feslivilas ou Feslivilates est employé synonymemcnt avec les mots sotemnilalcs, natale, nalalilia, pour désigner les fêtes ou anniversaires. Sur les termes natale, deposiiiones, cf, § 'J.
c. XIV., P.L., t. II, col, 1024, — ' ne jefun., c.n,P.l..., t. ii, col. 1007. A rapprocher du texte d'Isidore : Jnde dies solis prima feria nuncupatur, quia primus est a feria. Idem dies I.una' perinde secunda feria, quia .secundus est a sahimio, etc. De niitiira rcrum, c, ni. — 'Scrniocxxx, Appcndix, 1'. L., t. XXXIX, col. 2004, 2005. S, AuRuslIn Init du reste In nifnie observation aux Ildèlcii, Enarr. in Psat., xciii, ii. 3.
FÊTES CHRÉTIENNES (LES
En grec le mot éoprr,, correspondant à Cerise, est un jour solennel. Il est employé dans ce sens par les Septante et dans le Nouveau Testament : eart yàp éop-Tf, Kupioi) (Ex., X, 9); Kal ÉopTaoETC aù-f,v cop-f,v Kupîcp (Ex., xii, 14):'Ev èoprr, cx.Y)vo7rr)Yta<; (Deut., XXI, 10, etc.); Mï; èv -r/j éopr/; (Matth., xxvi, 5.); "HYYtCe"' Se -î) éop-ri) tôjv àXV"'' (Luc, xxii, 1, etc.).
On a aussi les mots sôpTioç, festal, éop-oXéYtov, liste des fêtes, éopraTixoç, jour de fête. Les lettres des évêques d'Alexandrie pour annoncer la Pâque sont appelées sTrtaTuXal éopraTixal (Eusèbe, Hist. Ecci, VU, c. XX.), ÉopTal SsaTzo-v/.cd fêtes du Christ, éopral 9eo(x-/)Topi,zal, fêtes de la sainte Vierge '.
II. Origine des fêtes chrétiennes.- — Le dimanche, le mercredi, le vendredi et les autres jours de la semaine chrétienne.
Dès l'origine, les chrétiens comme nous le voyons par les Actes des'apôtres, eurent leurs jours de réunion, tout en continuant à fréquenter le temple. Erant autem persévérantes in doctrina apostolorum et communicatiane fractionis panis et orationibus... Quolidie quoque perdurantes unanimiter in iemplo, et frangentes circa domos panem, sumebant cibum cum exuUalione et simplicitate cordis... (Act., ii, 42, 46, 47). Petrus autem et Joannes ascendebant in templum ad horam orationis nonam (Ib., m, 1). L'avertissement de saint Paul : Dies observatis et menses et tempora et annos (Gai., iv, 10) dont il faut rapprocher Col.,ii, 16 : Nemo ergo vos fudicet in cibo aut in potu, aut in parte diei [esti aut neomenise aut sabbatorum, quœ sunt umbra futurorum semble bien s'adresser aux chrétiens convertis du judaïsme qui restaient fidèles à l'observation des fêtes juives, ou à des gentils à qui on voulait imposer ces coutumes.
En tout cas, il ne faudrait pas prendre trop à la lettre des textes comme celui de Clément d'Alexandrie qui semblent au premier aspect condamner l'usage des jours de fête : unde nec in definito loco, neque in templo selecto, neque diebus aliquibus festis et proestitutis, sed per totam vilam, is qui est gnosticus, in omni loco, etiamsi per se sit solus, etsi secum habuerit alios qui eamdem fidem amplexi sunt, Deum honorât,' hoc est agit grattas propter rectœ vitœ cognitionem '.
Origène qui exprime une pensée analogue, justifie pourtant l'usage des fêtes du dimanche, de Parasccve, de Pâque et de la Pentecôte : Et sane festa vere ille célébrât qui suis officiis fungitur, qui orat perpétua, qui Deum suis invocando precibus incruentas nulla intermissione hostias, oljert... Hic si quis objiciet ea quœ dominicis Parasceves, Paschalis, Pentecosles diebus apud nos péri soient, respondendum est perfectum christinnum qui verbis, operibus et cogitationibus cum verbo Dei suo nalura Domino versatur, semper esse in ejus diebus, semper agere dies dominicas ".
Saint Jérôme dans le commentaire du texte de saint Paul que nous avons cité, (Gai., iv, 10) répond à l'objection qu'on peut tirer contre la légitimité des fêtes : Dicat aliquis si dies observare non licel, et menses et tempora, et annos, nos quoque simile crimen incurrimus quartam sabbati observantes et Parasceven, et diem dominicam, et jejunium quadragesimse et Paschae festivitatem et Pentecostes Itetitiam, et pro varietate regionum diversa in honore Marlyrum tempora constituta. Ad quod qui simpliciter respondebil, dicet : non eodem fudaicœ observationis dies esse quos nostros. Nos enim non azymorum Pascha celebramus, sed resurreclionis et crucis. Nec septem juxla morcm Israël nume-
' Suicer, Tltenaurus ecclesiaslicus, .\instelîrdanii, 1728, V. Éo&TT, ; E. A. Sophocles, Greeli Lexicon of tfie roman and byzantine Period, New-York, 1900. — ' Strom., 1. VII, c. vn,P. G., t. IX, col. 450. — ' Conira Cds., t. vni,c. xxixxm, P. G., t. XI, col. 1550. — * In Eji. ad Cal., 1. IV,
ramus bebdomadas in Penlecoste, sed Spiritus Saneli veneramur adventum. Et ne inordinata congregalio populi fidem minueret in Christo, propterea dies aliqui constitua sunt, ut in unum omnes pariter veniremus. Non quo celebrior sit dies illa qua convenimus, sed quo quacumque die conveniendum sit, ex conspectu mutuo Isetilia major oriatur. Qui vero oppositse qusestioni acutiusrespondereconatur, illud affirmât, omnes dies œquales esse, nec par Parasceven tanlum Christum crucifigi, et die dominica resurgere, sed semper sanctum resurreclionis esse diem et semper eum carne vesci dominica, jejania autem et congre gationes inter dies propter eos a viris prudentibus constitutos qui magis sseculo vacant, quam deo, nec passant, imo notant toto in ecclesia vitse suœ tempore congregari, et ante humanos actus, Deo orationum suarum offerre sacrificium. Quotus enim quisque est, quse saltem hœc pauca quse staluta sunt, vet orandi tempora, vet jejunandi semper exerceat? Itaque sicut no bis licet vel jejunare semper, vel semper orare, et diem dominicam accepta Domini corpore indesinenter celebrare gaudenlibus, etc. '.
Les textes de saint Paul que nous avons cités semblent bien indiquer que tout à l'origine certains chrétiens venus du judaïsme conservaient l'usage du sabbat et des fêtes juives, comme ils avaient retenu la coutume d'aller prier au temple, celle de la circoncision et quelques autres. Mais ces usages tombèrent \ite en désuétude; ils furent plus tard condamnés et ceux qui voulaient les conserver furent, comme les ébionites, rejetés de l'Église. La première fête spécifiquement chrétienne, ce fût le dimanche, et par contrecoup, semble-t-il, la Pâque et même la Pentecôte qui avaient consacré ce jour. Ainsi du même coup furent constituées, dans l'embryon la semaine et l'année chrétienne.
Pour le dimanche, nous n'avons pas à revenir sur la démonstration magistralement faite par dom Dumaine (voir Dimanche, t. iv, col. 858 sq.). Mais il est nécessaire de résumer ses conclusions : le dimanche, ou pour parler plus exactement le prima dies sabbati ', se juxtapose à l'origine à l'observation du sabbat qui fut conservée quelque temps par les chrétiens, comme d'autres coutumes de la synagogue. 11 ne faut pas le considérer, au moins dans les premiers temps, comme une réaction contre l'observation du sabbat. Dans l'Église judéo-chrétienne primitive, les pratiques exclusivement chrétiennes se sont tout d'abord juxtaposées aux pratiques juives ; entre les unes et les autres, il n'y eut aucun antagonisme, car évidemment l'on estimait, selon la doctrine du Sauveur, que le christianisme était la perfection ou l'achèvement de la loi. On peut tenir pour vraisemblable que saint Jacques et les membres de la communauté de Jérusalem célébraient le dimanche y.a.r' oixov (Act. ii, 46), comme la fraction du pain '. Le dimanche n'a donc pas pour but d'évincer le sabbat.
Saint Paul recommande que des collectes soient faites dans l'égUse de Corinthe, comme dans celles de Galatie, au premier jour de la semaine (1 Cor. ,y.\i, 1-2). C'est le premier jour de la semaine qu'il célèbre la fraction et prêche dans l'église deTroas(.-\ct.,xx, G sq.) Saint Paul connaît donc l'institution du dimanche, comme jour sacré pour les chrétiens, mais rien no prouve qu'il ait lui-même fondé cet usage. Il semble au contraire qu'il y fait allusion comme à une coutume établie avant lui. L'institution est donc antérieure aux voyages de saint Paul. Saint Jacques au concile de
c. IV, P. L., t. XXVI, col. 404, 405. — ' C'est le u.:x te, Tx;i:5s-:i.iv de Math., xxviii, 1; de Luc xxn-, 1 ; de Jean, XX, 1, 19; Le -pwTr, i7a^'jii-:o-j de Marc, xvi, 9. — ' Dimanche, dans Diclionn. d'archéologie chrétienne, t. iv, col. 892, 893.
FÊTES CHRÉTIENNES (LES
Jérusalem fait allusion au sabbat, mais n'en prescrit pas l'usage aux convertis de la gentilité (Actes, xv. 19-21). Tout paraît indiquer, conclut dom Dumaine, en termes très mesurés, que le dimanche a commence a être propagé par l'Église primitive judéo-chrétienne. Or, cela peut suffire à le faire regarder comme une institution apostolique dans le sens le plus strict, c'està-dire antérieur à la dispersion des douze ^ Le même auteur arrive encore à ces conclusions qu'il ne faut pas considérer le dimanche comme une prolongation du sabbat, ni comme une pâque hebdomadaire -; enfin que le culte du soleil, à qui ce premier jour de la semaine était consacré, pas plus que le culte mithriaque, n'exercèrent aucune influence sur son adoption par les chrétiens '. On trouvera chez le même auteur les raisons pour lesquelles le dimanche fut ainsi adopté (apparitions du Christ, au jour du dimanche, descente du Saint Esprit sur les apôtres à la Pentecôte, attente de la parousie, enfin et surtout, le fait de la résurrection du Christ au dimanche).
Dans tous les cas, le dimanclie fut dès l'origine le jour liturgique par excellence '; ce fut un jour de joie, un jour de fête, un jour de repos et en somme la première fête chrétienne, et au nom de premier jour de la semaine fut bientôt substitué celui de jour du Seigneur, £V Tyj xupiaxfi ■qii.éçia., dit saint Jean dans l'Apocalypse (Apoc, i, 9-11). Au temps et dans le pays où fut écrit l'évangile de Pierre (c. 150), le terme est courant. De là est venu le dies dominica, domenica en italien, domingo en espagnol, dimanche en français. L'hypothèse dont nous avons parlé, d'après laquelle dans la communauté primitive de Jérusalem tous les jours auraient été jours de fête, ne s'oppose pas à ce que le dimanche ait pris bien vite une place à part. Et du reste cette coutume de fêter tous les jours ne pouvait exister que dans une communauté peu nombreuse et très fervente, qui devait présenter à peu près l'aspect d'un monastère. Du jour où l'Église sortit de Jérusalem, et où elle reçut des fidèles plus nombreux il est clair que la célébration de tous les jours de la semaine devenait chose impossible.
Cette célébration du dimanche consacrait l'adoption par les chrétiens de la semaine juive, tout en modifiant sensiblement son caractère; l'axe en était en quelque sorte changé, puisque le prima dies sabbati, en réalité le second jour de la semaine pour les Juifs, devenait pour les chrétiens le premier jour au sens absolu, le jour le plus important de la semaine, le jour sacré, tandis que le sabl)at, qui, en réalité était le premier jour de la semaine juive, tombait au second rang. Les autres jours de la semaine se comptèrent d'après le dimanche, secunda feria, leriia jeria, lundi, mardi et ainsi de suite. Cf. S 1-
Nous constatons de bonne heure, dès le m' et même dès le ii» siècle, que deux autres jours ont pris chez les chrétiens une importance spéciale, la /eno iv et la jeria VI, mercredi et vendredi. Y a-t-il une raison spéciale en dehors de leur place au milieu de la semaine qui les désignait déjà à l'attention? Le mercredi est le jour où le Christ fut livré, le vendredi celui où il 1 mourut. L'un et l'autre jour se rattachait donc, comme le dimanche, à la fêle de Pâque. C'était toujours le Trâo/^a oTaupciaiiJ.ov et le Tiàuyjx àvàaTâaiiiov, qui n'étaient dans le principe qu'une seule fêle.
11 faut remarquer en outre que le lundi et le jeudi,
' Op. cit., col. 895. — ' Op. cil., col. 000. — ' Op. cil., col. 907, 912. — * Op. cil., coU 888. — ' Dldaché, vin. — "Hermas,Simi7., v, 1 ; Clément, S(roma/.,vi, 75; Tertulllen, De ieiim.,14. — '' II.E.,\' .\\\, P. G., t. Lxvn, col. 636. — " Lettre d'Innocent à Dcccnlius, c. iv. Ct. Les origines du culte chrétien, 4" éd., p. 231. — ' Kpipliano, Expoi. fltiei catliolicœ, 11. 22. — " //. li., 1. V, c. .xxn, /'. G., t. Lxvii. col. 637. — " Ci'l. RampoUa, Sonia Mclania giuniorc scna-
comme l'indique la Z)idac/!e, étaient jours de jeûne chez les juifs; c'était un motif pour les chrétiens de les écarter. Le jeudi étant en outre le jourde Jupiter, devenait suspect , comme nous le verrons tout à l'heure. Quant au samedi, il garda en certaines provinces une situation privilégiée, en souvenir du sabbat (voir col. 1409).
Les témoignages en faveur du mercredi et du vendredi sont nombreux dans l'antiquité. La Didaché indique ces deux jours, comme jours de jeûne ^; le Pasteur d'Hermas, Clément d'Alexandrie, Tertulllen, les signalent aussi comme jour de stations '. Dans certains pays, comme en Afrique, on y célébrait l'Eucharistie aussi bien que le dimanche. Dans l'Église d'Alexandrie au contraire, ces stations ne comportaient pas l'Eucharistie. Socrate nous dit qu'on y lisait les Écritures, qui étaient interprétées par les docteurs, en un mot on fait tout ce qui se fait dans les synaxes, moins la célébration des mystères '. Mgr Duchesne pense que sur ce point, comme sur tant d'autres, l'usage de Rome était semblable à celui d'Alexandrie. En tout cas la messe n'était pas célébrée à Rome le vendredi au commencement du v« siècle '.
Saint Epiphane, en même temps qu'il atteste cette coutume pour le mercredi et le vendredi, nous en donne les raisons : Synaxes quœ celebrantur, statatx sunl ab apostolis, quarla sextaquc feria et dominica. Quarla aulem et sexta feria in jejunio usque ad horam nonam : quoniam quidem postquam quarta feria Uluxisset, comprehensus est Dominas, et sexta feria crucifixus idcirco tradiderunt apostoii in cjusmodi jejuniis cetebrari synaxes... Cieterum per totum quidem annum, hoc fejunium in eadem observatur sancta eatliolica Ecelcsia, quarta, inquam et sexta jeria usque ad lioram nonam; prseterquam in sola Pentecoste Iota quinquaginta dierum in quibus neque genufiexiones fiunt, neque fejunium est prœceptam. Pro synaxibus vero quœ ad nunani cclebrari soient, quartarum, sexiurumque feriarum, synaxes perinde ac in die dominica ad matutinas lioras celebrantur '. Et Socrate, en commentant ce passage ajoute : In Alcxandria, quarta ct sexta feria Scripturse leguntur; easque doctores interpretanlur : et omnia fiunt prœler solemnem oblationis morem. Origcnes enim plurima in his diebus videtur exposuisse '".
Dans son monastère de Jérusalem, où elle avait importé les usages romains, Mélanie la jeune, faisait célébrer la messe le vendredi et le dimanche, mais non le mercredi. Tandis que, d'après la Peregrinatio Etheria', la coutume hierosolymitainc était de célébrer la messe le dimanche, pour les fêtes des martyrs, le mercredi et le vendredi de chaque semaine, ct, en carême, le samedi ". Un autre témoin de cette coutume de Jérusalem est Sévérien de Gabala au iv siècle : Num nova quœdam hostia in festo illo offerlur? Num illa alia est mactatio et illa alia.' Num aliud decus niysteriorum in paschate est et aliud in dominica atque feria quarta el die Veneris? quotiescumque agas mentor iam passionis Chrisli, pascham peragis ". Eusèbe nous dit que Constantin voulait faire du vendredi, on souvenir de la passion, un jour chômé comme le dimanche ". Auxence, abbé d'un monastère près de Constanlinople au milieu du v siècle, fait du vendredi une fêle de la Croix. Il voulait que le jour fût chômé comme le dimanche, en souvenir de la passion, ct lit observer celle règle dans son monastère et autour de lui. Il passait aussi en prières la nuit du samedi '*. Grégoire
tricc Homana, Rome, 1905; Goya», SainteMélanie, 3 S1-4H, Paris, 1908, p. 165. T. Cabrol, Les igltse.i de Jérusalem, La discipline et la liturgie au ' V siècle, Paris, 1895, p. 15. ^ "Scvcriani //o;m7(«' (cd. Auclicr), 1827, p. 185.- -" liusèbi-, IJe vtta Canslanlinl, 1. IV, c. xvni. P. 11., t. XX, col. 1165. — " Acta sancl., 14 fcbr. ,1. v,p. 780. On trouvera dons dom Mnrtkne, ne aniiquts lïcclesiif rililius. 1788. I. ni, ii. 25 si]., d'uiitres exemples de la haiictiflcatlon du \ciidrcdl.
FÊTES CHRÉTIENNES (LES
de Tours nous parle de l'adoration de la croix au mercredi et au vendredi. Crux duminica, quœ ab Ilelena augusla reperla est Hierosohjmis, ila qaartii et sexta /<•ria adoiatur '. Il est vrai qu'on ne peut pas voir dans le texte, s'il est ici question des mercredi et vendredi de toutes les semaines ou seulement de la semaine sainte.
Quelques-uns des textes que nous avons cites, semblent considérer le mercredi et le vendredi comme deux jours fériés, qui, auraient été constitués à un moment donné et pourvus d'une synaxe, à cause du souvenir de la passion. Les liturgistes modernes ont, sans exception, croyons-nous, adopté cette vue. Mais, si l'on se rappelle le texte des actes que nous avons cité (Actes, ii, 4G. 47), l'usage chrétien primitif était de considérer tous les jours de la semaine comme jours de fête et de synaxe. Le jour où l'Église s'étendit au delà de la communauté de Jérusalem, cette coutume primitive ne pouvant être gardée, il fallait forcément songer à réduire les jours de fête. Est-ce à ce moment que l'on s'entendit pour garder les deux jours qui avaient pour les chrétiens une signification spéciale? En tout cas l'universalité de cette pratique au iv» siècle et avant, est un signe de haute antiquité.
Quant au samedi qui, chez les Juifs, avait été le jour principal de la semaine, il ne fut pas traité partout de même manière.
A Rome on jeûnait ce jour-là. Cette coutume devait être ancienne car saint Hippolyte au m" siècle avait écrit un traité sur le jeûne du samedi -. Saint Augustin <îui parle aussi de cette coutume en rapporte l'institution à saint Pierre lui-même '. En tout cas elle se maintint longtemps car elle a laissé des traces dans le culte liturgique jusqu'à nos jours. Le concile d'Elvire prescrit le jeûne le samedi *. Saint Ambroise écrit à saint Augustin : Quando hic siim (à Milan) non jejuno sabbalo; quando Romœ sum, jejuno sabbalo.
TertuUien nous parle du carême tel qu'il était célébré de son temps, deux semaines de xérophagies, mais avec l'exception déjà, du samedi et du dimanche : Duas in anno hebdomadas xerophagiarum, nec toias, exceptis scilicet sabbatis et dominicis offerimus Deo ^.
11 nous parle aussi de ceux, peu nombreux il est vrai, qui le samedi ne prient pas à genoux, ce qui était la coutume générale le dimanche, quanculos quosdam qui sabbalo abstinent genubus '. Il fait également allusion au jeûne du samedi : Car jpjuniis parasceven dicamus? quanquam vos eliam sabbalum, si quando con- Jinualis numquam nisi in pascha jcjunandum secunlium rationem alibi reddilam '. Ainsi le jeûne du samedi serait une sorte de continuation de celui du vendredi. C'était aussi une vigile du dimanche, une préparation à la fête de ce jour. C'est ce que dit Victorinus : <270-303) hoc die (sabbato) solemus superpunere : idcirco ul die dominico cum graliarum aclione ad panem cxeamus... ne quid cum judœis sabbalum observare l'ideamur '. Voir Jeune, Quatre-Temps.
Socrate atteste que Rome et Alexandrie suivaient le samedi la même coutume : Circa celebrilatem colleclarum quœdam diuersitas invenilur : nam dum per ecclesias in unirerso terraruni orbe conslilutas, die
' De gloria niartijrum, 1. I, c. v, P. L..t. lxxi, col. 709.
— » Mgr.Batiffol, L'eiicAorisfie, 5» éd. , p. 216. — ' S. Augustin, lipist., XXXVI, ad Casul, P. h., t. xxxiii, col. 136 sq. La lettre tout cntii^re est sur le jeûne du samedi et sur celui de mercredi et du vendredi. — ' (;. 26, Hefele-Leclercq, liist. des concites, t. i, p. 235. — ^ De jejim.. 15, P. L., t. ii, col. 1025. — «ïertullien,Deora(..c. 23, P. L., t. i.col. 1298.
— 'Tcrtullien, De je/un., c. xiv, P. L., t. n, col. 1024, 1025,
— » De fabrica mundi, P. Z.., t. v, col. 306. — » Cf. Thoinasii. Opéra, t. v, p. 437, avec les remarques et rapprochements qu'inspire à l'auteur ce passaae; et plus haut, col. MOS. — » ;:p., xciii, P. G., t. xxxn, col. 484. —
DICT. d'aRCH. CHRÉT.
I sabbatorum per singulas hebdomadas sacrificia celebrenlur, hoc in Alexundria et in Rama, quadam prisca Iraditione non faciunl. Aigyptii vero Alexandriœ vicini, Thebaidis habitalores, sabbalo quidem collectas agunt, sed dominica sicul moris est, sacramenla percipiunt '.
Au contraire en Orient, sauf l'exception d'Alexandrie, le samedi fut traité sur le pied du dimanche. Saint Basile, dans une lettre, recommande à Cesaréa Patricia la communion quotidienne. Il ajoute cependant qu'en Gappadoce on ne communie que le dimanche, le mercredi, le vendredi et le samedi '"'. En Egypte, le sacrifice n'était célébré que le samedi et le dimanche, en dehors des fêtes. C'était la coutume des moines de la Thébaïde, de Scété, de Nitrie, etc. Même les moines qui vivaient en ermites dans leurs solitudes, accouraient d'ordinaire au monastère le samedi et le dimanche pour le service liturgique ". A Antioche, au temps de saint Jean Chrysostome, le sacrifice était offert chaque jour, mais c'est surtout le samedi, le dimanche et aux fêtes des Martyrs que les fidèles venaient communier '-. Saint Sabas qui faisait tous les ans, loin de son monastère, un carême de l'Epiphanie jusqu'à Pâques, ne se communiait que le samedi et le dimanche. Gennadius nous dit que le samedi est spécialement choisi pour la commémoraison des morts ".
Les canons apostoliques et les constitutions apostoliques mettent aussi le samedi à peu près sur le pied du dimanche ". Le 1. VII, c. xxxvi, contient une belle prière sur le sabbat, repos du seigneur après la création. Le concile de Laodicée (363) tout en condamnant ceux qui gardent encore le sabbat, dit que Ton fait mémoire des martyrs les samedis et dimanches de Carême '^ Le pseudo- Ignace traite de meurtriers du Christ(I) ceux qui jeûnent le dimanche ou le samedi ". Le concile in Trullo en G85, ne manqua pas de rappeler cette exemption du jeûne le samedi pour condamner l'usage contraire de Rome ". On attribue quelquefois l'institution du jeûne du samedi à saint Calliste, d'après ces mots de sa notice, hic conslituit jejunium die sabbali, etc. Mais il s'agit évidemment ici du jeûne des quatre temps '■'.
Le samedi est encore le seul jour avec le dimanche où le sacrifice est offert dans l'Église grecque pendant le carême. Les autres jours se célèbre la messe des présanctifiés. Des voyageurs modernes nous rapportent que des moines du mont Athos communient tous les samedis pendant la période du grand carême ". Les règles du jeûne ont sans doute aussi contribué à mettre le samedi en relief. Ceux qu'on appelait hebdomadiers étaient censés jeûner une semaine; on appelait ces jeûnes superpositions. Ce jeûne commençait après le repas du dimanche (repas unique pris après la communion du dimanche) et se terminait le samedi où l'on communiait encore et, après la communion, il y avait un repas comme le dimanche -".
Les moines d'Orient traitent aussi d'ordinaire le samedi avec une solennité plus grande que les autres jours de la semaine. Dans la règle de saint Antoine on ne jeûne ni le samedi ni le dimanche '-'. Cassicn témoigne en faveur de la même tradition et dit que cette
" Cassien, Institut., I. III, c. ii, P. J... t. xi.ix, col. 115. — " Homil., de beato Pliilogonio, P. 6'., t. XLviii, col. 753 sq. — '" Dom ,1. Chapman.La communion /réquentedans les premiers âges, dans Report of Ifie ninclccntli Euctiaristic Congress, London, 1909, p. 164 sq. — " C(inons aposl., c. CO. Conslii. Apost., 1. II, 59; I. VII, c. 36; 1. VIH, 33. — " C. 49 et 51, Mansi, Concilia, t. il, col. 572. — " Ps. Ign. ad Magn. 9. — " C. .52, Mansl, Conci/ia, t. xi.col. 968.— " Lilter Pon/i/îcalis, éd. Duchesne.t. I, p. 141. — '" De Mcestcr, Voilage de deux bénédictins au mon! Athos, 1908, p. 218. — " Cf. U. Cabrol, Les églises de Jérusalem, la discipline et la liturgie au l V siècle, p. 133, 137. — "Cl. Holstcin, Codex rcgular.. t. i, p. 4.
Al
FÊTES CHRÉTIENNES (LES
coutume de ne jeûner ni le samedi ni le dimanche est d'origine apostolique, tout en constatant qu'à Rome et ailleurs on jeûne au contraire le samedi '. La même exemption du jeûne le samedi est constatée dans la Peregrinatio ^lElherix '.
C'est probablement de Cassien qu'elle a été empruntée par la règle de saint Ccsaire, par celle de saint Coloniban et par colle de plusieurs autres monastères ".
Les moines celtes ont un hymne in natali martyrum, vel sabbato ad malutinam ■■. Dans le lectlonnaire de Silos, on ne jeûne pas les samedis de carême, ce qui est considéré par l'éditeur, comme une coutume orientale^.
Nicetas, au iv« siècle, nous parle aussi de la solennité du samedi qui semble ne faire qu'un avec celle du dimanche ^.
Cette divergence de coutume sur la façon de traiter le samedi devait être relevée plus tard dans les controverses entre les Églises grecque et latine, comme un grief contre l'Église romaine.
Le jeudi jouit d'une situation assez singulière. Il est le jour de Jupiter, dies Jouis, jour de fête pour les païens. On suit longtemps dans l'histoire des conciles la trace de sa défaveur qui est une conséquence de cet anniversaire, comme nous le verrons tout à l'heure. Pourtant la Didarhe ne proscrit le jeûne du lundi et du jeudi que parce qu'ils sont jours de jeûne pour les juifs '. Le Liber ponlificalis proscrit aussi le jeûne du jeudi, mais pour de tout autres raisons. Il attribue au pape Miltiade (311-314) cette prescription : Hic constituit nulla ralione dominico aut quinla feria jejunium guis de fldelibus agere, quia eos dics pagani quasi sacrum jejunium celebrabant '. Comme le fait remarquer l'éditeur, il est inexact de dire que les païens jeûnaient le jeudi. La Vila Silvestri, document du v« siècle, coiilleiit une curieuse polémique. L'auteur voudrait que l'on célébrât le jeudi et non le samedi, et que l'on s'abstint de jci'iner le jeudi". Saint Augustin de son côté, nous apprend qu'à Rome, on ne devait pas observer ce jour-là les jeûnes volontaires ". Il est vrai qu'on jeûnait le jeudi en carême, mais il n'y avait ce jour-là du temps de saint Grégoire, ni station, ni messe solennelle. Grégoire II (714-731) fut le premier qui établit un office pour les jeudis de carême et la liturgie de ces fériés a aujourd'hui encore un caractère adventice, les stations et certaines antiennes, par exemple celles de la communion, sont prises en dehors de la série ordinaire ".
Dans un sermon apocryphe attribué autrefois à saint Augustin, mais que l'on croit de saint Césaire, on lit ce curieux passage : et quia tnidivimus quod aliquos viros vel mulieres ila diabolus circumvenial, ut quinla jeria nec viri opéra faciant, nec mulieres lani-
' Cassien, InsliluUi, 1. III, c. ix et c. x, P. L., t. xlix, col. 144 sq. — = Dom Cabrol, Élude sur la Peregrinatio Sitviœ, p. ISU. ■ — ' Dom Marténe, De antiquis Ecclesiœ ritibus, 1. Il, c. 1, Bassani, 1788, t. iv, p. 42, SI. Cf. P. L., t. i.xxvin, col. 324, 325. — 'C'est le seul jour avec le dimanche qui ait un hymne a<t mittutinani. Cf. F. E. Warren, Tlie antiplionarfi o/ Hangar, part. II, p. 12, cf. p. xxiii-xxv. L'éfliteur conclut à une influence orientale, mais il n'est pas prouvé que cette influence se soit exercée flircctenient. — * Anecdota Maredsolana, 1. 1. Liber comifiis Mared.suli, 1.S'.I3, p. (il. Cf. aussi Callewaort, La durée du carême, 1920, p. 31, 33, 44, 69. — • A. E. Burn, Nicela of Reme.iiana, Cambridj^e. 1905, p. xc, et .W. — ' Didaclié, 8. Cf. ftpiphane, //'iT., xvi, 1. La synagogue considérait le jeudi comme l'anniversaire de la sortie d'ftuyptc. C'est pour celte raison que le cantique de .Moïse était assigné au jeudi dans la synat!ot?ue. l.a liturgie romaine a conservé cet usage. — " Duclicsnc, Liber i>onlifwutis. t. i, p. 168. — • Liber i>ontiftcatis, t. i, p. cxi. La rédaction latine a été publiée par .Mombritius, Sanetuarinni sive vitic sanctorum, .Milan, 147.'j, t. ii, p. 279; dans la réédition des bénédictins de Solesnics, 1910, t. il, p. 508. Cf. .ln«/. Bntt., t. f, p. 013 et Calalogus cndil. Imiiinijr. Urunllensis, p. 5,119. — '' An-
ficium... Isti infelices et miseri qui in honore Jovis in quinla jeria opéra non jaciunl, non dubilo quod ipsa opéra die dominico jacere nec crubescunl nec metuunl '-.
Le concile de Narbonne en 589 a un canon, le 15« contre le même abus : Ad nos pervenit quosdam de populis catholicœ fidei execrabili riiu diem quintam jeriam, qui et dicilur Jovis, mullos excolere et operaiionem non jacere ".
La liturgie, comme nous l'avons dit, protestait à sa façon contre cet abus en supprimant la messe. Amalaire dit que de son temps (ix» siècle) le jeudi rappelait la réunion du peuple juif et du peuple gentil en un seul peuple sous Jésus-Christ '*.
L'auteur des messes votives attribuées à Alculn, consacre ce jour au culte des Anges. Depuis l'institution de la fête du Saint-Sacrement, c'est à cette dévotion qu'est voué le jeudi.
Quant aux deux autres jours de la semaine, le lundi et le mardi, ils restent jours ordinaires et ils n'ont pas eu de situation spéciale au point de vue liturgique.
III. L'année chrétienne et les premières fêtks : Pàque, Pentecôte, Noël, Epiphanie.