‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 308 sur 331 · Pâque et Pentecôte · texte numérisé non relu

Pâque et Pentecôte

Le dimanche fut donc en réalité chez les chrétiens, la première fête, et peut être pendant un temps, l'unique ". On le célébrait surtout par une synaxe eucharistique, quelquefois même par deux réunions l'une le matin, l'autre le soir, comme semble l'indiquer Pline, usage qui s'est peut-être maintenu à Jérusalem jusqu'au v= siècle, d'après Etheria.

Pâque et la Pentecôte sont en relation étroite avec le dimanche. La résurrection et la descente du Sainl- Esprit ont eu heu un dimanche et n'ont pas peu contribué à donner à la prima sabbali sa position prépondérante dans la semaine (voir Dimanche). Tertullien et Origéne dans les textes que nous avons cités ne connaissent que ces deux fêtes. Encore en réalité faut-il dire qu'elles ne forment qu'une seule fête, comme le rappelle Tertullien : Xam elhnicis semel annui dies quisque /estus est : tibi oclavus quisque dics, Excerpe singulas solemnitates nationum et in ordinc exsere, Pentecostcn implere non poterunt ".

Exinde Pentecoste ordinaiulis lavacris lalissimum spatium est quo et Domini rcsurreclio inler disciputos jrequcnlila est, et gratia Spiritus sancti dedicata est ". Die dominico jejunium ne/as dicimus, vel de geniculo adorare. Eadem immunitatc a die Paschœ in Penlecosten usque gaudemus ". Voir Paque, Pentecôte.

2, Èpiphanie-Noël.

L'Epiphanie aussi bien que la fête de Noël a pour objet premier de célébrer l'anniversaire de la naissance

gustin.Ep. ad Casulam.c.ix, cf. c. xxvii. P./..., t. xxxiii. col. 130 s<|. — " l'ronteau, Episf. disserl. calcnd. rom., p. 1 14 ; Baillet, Ilist. des /êtes mobilex, t. i, p. xvi; Yarin, Des allérationx de ta liturgie grégorienne en Franre avant le XIII' siècle dans Arad. des Insvr. et Iielli>.-Lellris, Mémoires, l" série, t. ii, p. 051. C'est en s'appuyant sur cette oliscrvntion que Dom Cagin a pu démontrer par un calcul ingénlcu.\ que l'organisation des stations et de la liturgie du carénic dans sa forme actuelle reiuonte ù saint Grégoire. — ".Serf»., t. ccLXV (a], de letiiftore, f.r.w), P. L., t. xxxiN, col. 2240. — " Mansi, Concilia, t. ix. col. 1018. - ■ " Amalaire, I. IV, c. XV. Martène, De antiquis lîretesia- ritiliiis, I. IV, c. xviii, Bassani 1788, t. m, p. .59; T. Prolist, Die tilteslen riiinisclien Sacramentarien, Klilnster, 1892. n. 196; Gevaert, Origines du chant Uturgique, Gand 1890. p. 20. J.i'briin, Explication de la messe, 1777, t. m, p. 121. — >' Comme nous le disons plus haut, tous les jours, si l'on veut, furent priinitivenient des jours de fétcs, des /cri'/c, mais il y en eut une parmi ces ferles qui se distingua de» autres dés l'origine, et qui fut tétée dans le sens strict du mol. c'est le dimnnchc. — " De idol. 14, P. L., t. II, col. 759. — " De ba/itismo, 14, P.L., I. i. col. 1331. — '* De corowi Hii(i(is.,:i, /'. ;.., I. 11. nil. 99.

FÊTES CHRÉTIENNES (LES

du Christ. Or, la date de cet événement est controversée. On a donné successivement les dates du 18 et 19 avril, du 29 mai, etc. '. Le De Pascha computus sur lequel Algr Duchesne a attiré l'attention et qui a été rédigé au milieu du iii« siècle, propose le 28 mars '.

Mais les deux dates les plus communément adoptées dans l'antiquité chrétienne furent celles du 25 décembre et du 6 Janvier, la première plus généralement acceptée en Occident, la seconde en Orient. Saint Hippolyte, qui écrivait à Rome, au commencement du m" siècle, optait pour le 25 décembre '. Le calendrier philocalien, édité à Rome en 336, porte à la même date cette mention : DeposUio martyrum : VIII kal. ian., nalus Christus in Betleem Judée *. Cette fête du 25 décembre d'abord propre à l'Eglise latine est adoptée à Antioche au temps de saint Jean Chrysostome % et même plus tard à Jérusalem, mais non sans opposition et sans retour à l'ancienne pratique ^ Ainsi au vi« siècle Cosmas Indicopleustes dit que les habitants de Jérusalem célèbrent encore au 6 janvier la nativité du Christ et son baptême '.

Cette même date du 6 janvier était observée dans bien des églises à une époque fort ancienne. Les basilidiens au dire de Clément d'Alexandrie célébraient à ce jour le baptême du Christ, ce qui nous ramène au commencement du iii= siècle, d'autres avaient adopté le 10 janvier '. Mgr Duchesne cite encore la passion de saint Philippe d'Héraclée, en Thrace, au commencement du iv« siècle '. Même en Gaule et en Espagne, il est question de la fête de l'Epiphanie au G janvier, au iv« siècle ". Saint Épiphane est aussi en faveur de cette date ". Cassien nous dit que les Égyptiens célèbrent le même jour la nativité, l'Epiphanie et le baptême du Christ '-. Saint .\ugustin atteste aussi le triple objet de cette fête, adoration des mages, baptême du Christ, miracle de Cana ".

Mais cette fête du 6 janvierest encore ignorée à Rome et en .\frique au iv^ siècle. Elle n'est pas marquée au calendrier philocahen. Saint Augustin reproche aux donatistcs de ne pas l'observer ". Mais dès le commencement du v« siècle on combine en Occident les deux fêtes, celle du 25 décembre consacrée à la naissance du Christ celle du 6 janvier à l'adoration des Mages, au baptême du Christ, au miracle de Cana. L'Église romaine reste fidèle aujourd'hui encore à la mémoire de ces trois événements au 6 janvier. Voir Epiphanie, t. iv,col. 197.

On a discuté longuement et l'on discute encore pour savoir comi.ient on est arrivé à établir ces deux dates.

On avait pensé d'abord que la date du 25 décembre avait été choisie à Rome pour détourner les fidèles des fêtes païennes des saturnalia. Mais comme le fait remarquer avec raison .Mgr Duchesne, les Saturnalia se célébraient du 17 décembre au 23 et donc ne coïncidaient pas avec la date choisie.

Usener a indiqué alors la fête du Nalalis invicti, c'est-à-dire du soleil, qui tombe en effet le 25 décembre

' Clément. Alex., Strom., i, 143, 146. — - .-\ppendice aux œuvres de saint Cyprien, éd. Hartel, p. 267, cf. Mgr Duchesne, Origines du culte chrétien, 4^ éd., p. 262. — ^Ed.Bonwetsch et Achelis, Berlin, 1897, t. i, p. 242. Cf. Duchesne, toc. cit., p. 262 et Usener, Rliein. Muséum, t. LX, p. 485 sq.

— ' Duchesne, loc. cit., et Bulletin critique, 1S90, p. 41. — ' P. G., t. XLix,p. 351. — 'De même au temps de la Peregrinatio, on ne connaît à Jérusalem que la fête du 6 janvier. Cf. notre Étude sur la Peregrinalio Silviu-, Paris, 1895. p. 71. sq. L'n témoignage de saint .Jérôme exhumé par Dom Morin est dans le même sens. Hevue d'iiistoire et de littérature religieuses, t. i, 1896, p. 414. — ' P. G., t. I.xxxvni. p. 197, et notre Étude sur la Peregrinalio, toc. cil. — ' Strom., 1. I. c. xxi: P. C, t. viii, col. 888. — ' Ed. Huinart, c. ii; Cf. Mgr. Duchesne, Inc. cit., p. 264.

— '" AmmienMarccllin,.xxi,2,cf. P.i., t.Lxxvni,coI.293; Concile de Saragosse, c. 4. — " Haer. ,i,i, 16, 24; Exp. fidei, 22 — '-• Coll. X, c. Il, P. L., t. XLix, col. 820. — '• Serm.,

et que les partisans de Mithra célébraient avec solennité; c'est le solstice d'hiver, date importante dans la calendrier civil romain. La fête de Noël serait une sorte de concurrence faite par l'Église romaine au mithriacisme ".

Mgr Duchesne se rallie à un autre système.

On est arrivé à fixer la date de la naissance du Christ par celle de sa mort, qui du reste elle-même est controversée. On a proposé successivement le 21 et le 23 mars, le 9, le 13 ou le 19 avril. Mais la date la plus généralement admise est le 25 mars ". Tertullien et Hippolyte adoptent cette date, ainsi que le calendrier philocalien ". C'est elle qu'adoptent aussi les quarto-décimans ". En Gaule une fête de la passion et de la résurrection est célébrée au 25 et au 27 mars '•. Le jour était du reste marqué par l'équinoxe de printemps, ce qui lui donnait du relief, on croyait aussi que c'était le jour où le monde avait été créé, de là rapprochement symbolique avec la mort du Christ. Enfin ce jour fut aussi choisi, on le sait, et choisi en vertu des mêmes raisons, comme celui de l'Incarnation, d'où la fête de l'annonciation au 25 mars "°. Une fois cette date obtenue pour le jour de la conception, les neuf mois de la grossesse de la sainte Vierge donnaient le 25 décembre. Une confirmation a été donnée à cette théorie par Dom Wilmart ".

La date du 6 janvier a pu être obtenue d'après Mgr Duchesne par des calculs analogues. Une secte de montanistes célébrait la pâque le 6 avril ". Or entre le 6 avril et le 6 janvier, il y a aussi 9 mois, comme entre le 25 mars et le 25 décembre. Conybeare s'appuyant sur un autre système, fait observer que la date du 6 janvier était la date de la fête païenne de la bénédiction du Nil, et c'est pour cette raison que les basilidiens l'auraient prise pour la fête du baptême du Christ ". Nous avons parlé ailleurs de la bénédiction des eaux du Nil à cette date. Voir Épiph.\xie, Noël.

IV. Autres fêtes de N.-S. — Parmi les fêtes de N.-S., antérieures au ix« siècle, il faut encore nommer l'Ascension, la Circoncision et la Présentation au temple.

U Ascension qui suivit de 40 jours la résurrection a une situation très spéciale sur le cycle, et paraît se confondre à un moment donné avec la solennité de la Pentecôte. Cependant son existence comme fête séparée au 40« jour est attestée au iv« siècle. Voir Ascension, notamment, t. i, col. 2938.

La Circoncision dépend naturellement de la fête de Noël, dont elle constitue l'octave, le texte de saint Luc rappelant que cet événement eut lieu huit jours après la naissance du Sauveur, postquam consummati sunt dies oclo, etc. (Luc, ii, 21). Il en est fait mention dans un concile de Tours, en 567, et antérieurement dans le lectionnaire de Victor de Capoue en 546. Voir Circoncision, t. m, col. 1718.

La Purification au 40« jour après la Nativité, post-

xxi.x de temporc (alias cxxxv). P. L., t. xxxix, col. 2013.

— " Serni., ccii. • — '' Cl. Mommsen, Corp. insc. latin., t. I, p. 410 et Usener, toc. cit.. Sur l'importance de cette fêle mitliriaque. Cf. Cumonl, Textes et monuments figures relatifs aux mystères de Milhra. p. 341 sq. — "Duchesne, loc. cit., p. 206. — '" Tertullien, Adv. Juda^os, c. vuï, P. L., t. II, col. 612; Hippol. éd. Bonwctsch et Achelis, Berlin, 1897, p. 242. — " Epiphane, Ilar., 1. 1. cf. Philostrate, llar, 58. — " Calendrier de Perpetuus, 490. dans Grégoire de Tours, Hist. Franc, 1. X, n. 31 : Cf. Duchesne, op. cil., p. 267, qui fait remarquer que cette date n'a du reste rien d'historique, la passion n'ayant pas pu tomber le 25 mars.

— îû Voir Delchaye, Les légendes Itagiograptitqucs, p. 201. et notre art. Annonciation, t. i, col. 2247. — " Cf. Journal o/ thcological Studies. 1918. t. xix, p. 305 : Lu collection des 3S homélies de saint Jean Clirysostome, notamment, p. 317. — == Sozomène, //. £., vu, 18. — " Conybeare, Alyth. magie and morats, London,1910, p. 175.

FÊTES CIIR'ÉTIENNES (LES)

qaam impleti sunl dies purgalionis ejus (Luc;,ii, 22) fut d'abord la fête de la Présentalion de Jésus au Temple; elle semble une fête particulière à Jérusalem, et peut remonter au iv'' siècle, d'après le témoignage d'Etheria. Elle s'y célébrait du reste très solennellement. Comme la Nativité (Epiphanie) se célébrait à Jérusalem à ce moment au 6 janvier, le 40' jour après cette fête tombait le 14 et non le 2 '. Voir Purifica-

TIOX.

Les fêtes de la Croix peuvent compter parmi les plus célèbres et les plus anciennes. Le vendredi saint est une véritable fête de la Croix à Jérusalem au iv« siècle. LTne autre fête avait lieu le 14 septembre qui était l'anniversaire de la dédicace des basiliques constantiniennes élevées ^r le Calvaire et le saint Sépulcre. Cette dédicace est célébrée en 335 par les évèques du concile de Tyr et rappelait la découverte de la vraie croix. Elle se célébrait très solennellement à Jérusalem et durait huit jours.

Les églises gallicanes célébraient au 3 mai leur fête de la Croix. Elle est mentionnée dans les manuscrits de Berne et de Wolfenbùltel du martjTologe hiéronymien et dans les calendriers mozarabes, ainsi que dans les sacramentaires gallicans. Elle peut remonter au vu' siècle. Quand la fête du 14 septembre fut introduite, on donna à la fête du 3 mai le nom de fête de l'Invention et à celle du 14 septembre le nom d'Exaltation. Voir Croix (Invenlion el exaltalion de la vraie).

Il faut placer à part la fête de la Trinité, qui ne rentre dans aucune des catégories mentionnées et qui a un caractère particulier. Cette fête n'est pas ancienne. On ne la trouve pas indiquée dans les anciens sacramentaires, ni dans le grégorien primitif. Une messe de la Trinité sous le nom d'Alcuin a fait croire que la fête remontait à lui. Un évêque de Liège, Etienne (903-920) composa un ofTice de la Trinité. La tète fut célébrée en certains lieux. Elle ne fut défmitivemenl établie en Occident qu'en 1334. Voir Trinité (Fêle de ta).

II existe aussi une solennité fort ancienne qui remonte au moins au milieu du V siècle et qui se célébrait en Orient le 25' jour après Pâque. C'est l'antique solennité du medianle die feslo qui correspond peut être en Occident au iv» dimanche de carême -. Ce dimanche, qui est celui du Lielare, se célébrait à Rome, à Sainte-Croix de Jérusalem, avec une solennité particulière.

La Fêle-Dieu ou Fêle du Sainl-Sacremenl fut instituée au XIII' siècle par l'cvêque de Liège en 1246, et le pape Urbain IV (1261-1264) la rendit fête universelle et obligatoire et la fixa au jeudi après la Trinité.

La fête du Sacré-Cœur fixée au vendredi qui suit l'octave du Saint-Sacrement appartient à une date encore plus moderne, le xvii' siècle. A la suite des révélations de sainte Marguerite-Marie .\lacoque, une fête fut instituée, qui fut combattue à l'origine, mais approuvée par Clément XIII et élevée au rang des plus solennelles par Léon XIII.

La fêle de la Transfiguralionaa G août est beaucoup plus ancienne. On cite en Orient, en .\rménie, une fête très célèbre sous ce nom, avec octave, et qui donne son nom à l'une des sections principales du cycle, et que l'on fait remonter au iv siècle. Elle aurait supplanté une fête de Diane. Voir Tiians-

KIGUIIATION.

La fête du Saint-S'om de Jésus fut instituée par

' Cf. Doiu F. Cabrol. Les églises de Jérusalem , la discipline el la liturgie au I V sWcle, Paris, 1805. p. 77, 78. Voir Punim a- TION. — ' Cf. Dom G. Morln, L'anlique snlennilé du illC- DtANTB ni K riiHTii. Aans Kciiue Bénédictine, 1881), t. vi, p. 199 sq. — ' Liber Pnntiflcnlis, 6d. Duchesiic, t. i, p. 37C, :i81. — ' Cf. Revue tiibligue, 1901. t. x. p. 190 et plus haut Annonciation. — ^ Voir Uoin (;abrol. <>/>. rit., p. 77. \*oir

Clément VII (1523-1534) et devint fête universelle en 1721 par les soins d'Innocent XIII, et fut fixée au II' dimanche après l'Epiphanie. Il faut remarquer que cette fête est en quelque sorte un dédoublement de la Circoncision qui est déjà une fête du Sainl-Nom de Jésus.

La fête du Précieux sang, le premier dimanche de juillet est d'institution récente. Elle fut établie par Pie IX en 1848, en souvenir de sa rentrée à Rome.

V. FÊTES DE i,.\ s.uxTE ViERGE. — Oïl 8 VU quc Ics fêtes chrétiennes, en dehors du dimanche et peut-être de Pâque et de la Pentecôte, ne sont pas primitives et qu'elles ontété instituées dans la suite du temps selon les circonstances. Ce n'est pas à dire que l'objet de la fête n'ait pas été connu auparavant et même qu'il n'ait pas été en vénération. Ainsi la naissance du Christ honorée bien avant l'institution de la fête, ainsi la descente aux enfers qui n'a pas de fête ou le Bon Pasteur, ou la Trinité ou le Sainl-Som de Jésus, ou le Précieux sang. Il en fut de même pour les anges dont le culte fut antérieur à la fête (voir col. 1421).

On peut en dire autant pour le culte de la vierge Marie qui est bien antérieur à l'établissement d'aucune de ses fêtes: Voir Marii:.

Les principales fêtes de lu sainte Vierge sont l'Annoncialion,V Assomption, la Xatirité et la Purification. Le Liber Pontificalis, dans la notice de Sergius I" (687-701) s'exprime ainsi : Conslituil ut diebus adnuntialionis Domini, durmitationis et nalivitatis sanctse Del genitricis sempcrque virginis Maria; uc sancti Symeonis quod Ypapanti greci appellanl, letania exeat a sanclo Hadriano et ad sanctam Mariant populus occurrat ^.

D'après les dernières recherches, l'inslituiion de TAnnoncialion remonte peut-être au iV siècle. Il y avait en tout cas à cette époque, à Nazareth, une basilique consacrée au souvenir de l'.Viinonciation '. L' Assomption dont la date a varié (18 janvier et 15 août) peut remonter au v» siècle (voir .\ssiiMrTioN). La Purification ou la présentation au temple de N.-S., est mentionnée dans la Pcregrinalio Etiteriic au 14 février '\ Quant à la Xutiuitd de la sainte Vierge au 8 septembre, elle n'est mentionnée ni dans les anciens calendriers, ni dans les textes de Chrodegand et du concile de Mayence, que nous citons au § 9'. En tout cas. Fulbert de Chartres et saint Bernard en parlent dans leurs ouvrages '. .Mais le texte du Liber Pontificalis cité ci-dessus nous donne une date antérieure. Voir

NATmTli DE LA S.\I.NTE ViERGE.

Grégoire de Tours nous parle d'une fête de la Vierge qui se célébrait de son temps (544-593) : llujus festivitas sacra medianle mense undecimo celebralur. (Le 11' mois est janvier pour les Gallicans qui commençaient l'année en mars). Sam in oratorio Marcianensis domus arverni territorii, ejus reliquiiv continentur. Adveniente vero hac jeslioitale, ego ad celebrandas viyilias ad eum acccpi '. Il n'est pas dit que cette fête soit r.Vssoinption; selon dom Morin, ce serait une fête générale de la maternité de Marie, antérieure k l'Assomption '.

Récemment le Dr. Baumstark trouvait la preuve d'une fête de .Marie à la fin du iV siècle, MvTjijir) TÎjç âyiaç OEOTéx.O'i xal âeiTiapOévou Maplaç. Celle fêle avait lieu ù .\ntiochc '. Au concile d'ICplièse en 431, un sermo]) fut prononcée par saint Cyrille dans une église delà Vierge ctsemble-t-il, pour une fête de la Vierge '".

Punii'K'.ATioN. — * l'ull)orti, senn. i, de Salivil.; S. lii'inardi, Episl. ci.xxiv; l'ctrus Cellcnsls, trait. VI, ^•p. xxiii. c. cLxxiv. — 'De glor. Marliir., t. 1, c. ix, i'. L., t. lxxxi, col. 713.— ' Dans le .Messager des fidèles (llevue bénédiclinc), 1888. p. 344. — 'fl.dn. Ouar(alsr/i., 1897, p. 55. 5(1.— •• l.abl>c, Concil., t. m, col. 384, et Assomption, dans Diclton., t. I, col. 2995.

FÊTES CHRÉTIENNES (LES

Tillemont semble disposé aussi à voir la mention d'une fête de la Vierge, peut être l'Assomption, dans un sermon de Proclus en 428 ou 429 '.

La fête de la Prcsentalion de Marie au temple ne devint une fête universelle qu'à la fin du xvi» siècle, mais son origine est beaucoup plus ancienne. Le cardinal Gasquet et Edmond Bisliop ont prouvé qu'en Angleterre elle est célébrée au xi" siècle, mais elle l'était dans les monastères grecs de la Basse-Italie dès le ix' et peut-être est-ce par eux qu'elle passa aux Anglais -. Mais d'après des recherches récentes, il faudrait remonter beaucoup plus haut encore. L'église de Sainte-Marie-La-Neuve fut bâtie par ordre de Justinien, près des ruines du temple de Jérusalem, et dédiée en novembre 543. 11 est de toute probabilité (jue cette église fut liée au souvenir de la Présentation et comme la Présentation fut toujours célébrée au 21 novembre, c'est cette dédicace qui doit avoir donné naissance à la fête. C'est un nouvel exemple de ce fait assez fréquent en héortologie qu'une célébration de dédicace est devenue la fête d'un mystère, (".'est le cas pour la dédicace du Saint Sépulcre au 14 septembre, pour la Saint-Michel au 29 septembre et pour plusieurs autres fêtes, comme on le verra au cours de cet article". Voir Présentation.

Dans la vie de l'abbé saint Théodore, qui vivait auprès de Jérusalem (t 529), il est parlé d'une fête de la Vierge très solennelle et où se réunissait un grand concours de peuple '. Tillemont et après lui dom Baiimer n'hésitent pas à y voir l'Assomption '■.

La fête de V Immaculée Conception au 8 décembre n'est indiquée dans aucune des listes ou des calendriers anciens que nous citons. Elle ne paraît guère antérieure au X' siècle, mais le sujet, à cause de son importance liturgique, mérite d'être traité à part. Voir Immaculée Conception (Fête de l').

Pour les fêtes moindres de la sainte Vierge, nous nous contentons d'indiquer la date de l'institution. La Visitation au 2 juillet, reconnue ofBciellement en 1264 et en 1389; au IG juillet, la fête de N.-D. du Mont-Carmel d'abord célébrée par les carmes, puis devenue fête de l'ÉgUse universelle sous Benoît XIII en 1726; la fête des Sept-douleurs,aa vendredi de la semaine de la Passion, célébrée d'abord à Cologne, en 1413, étendue à toute l'Église par Benoît XIII en 1727; une autre fête de même genre la Compassion de la sainte Vierge, qui a son origine dans l'ordre des servîtes, fut fixée au 111= dimanche de septembre et étendue à toute l'Église par Pie VII en 1814; le Saint-Nom de Marie honoré en Espagne en 1513, reconnue officiellement en 1683; Notre-Dame des Neiges au 5 août est une fête de dédicace, la dédicace de la fameuse basilique libérienne érigée sur l'Esquilin par Libère, appelée communément Sainte-Marie-Majeure; le Saint-Nom de Marie au dimanche qui suit la Nativité de Marie, née en Espagne, fut reconnue par Rome sous

I Tillemont. Mémoires, t. i. p. 477. — = Cf. Edm. Bishop et Gasquet, Tlic Bosworlli PsuUer, London, 1908, p. 46-50.

— ' Les origines de la fête de la Présentation, par E. Bouvy, dans Bévue augustinienne, 15 déc. 1902, p. 581-594; K. LUbeck, Die Anfdngc des Festes Maria Opferimg, dans Theol. a. Glaubc, 1912, n. 10, p. 838-839; Vailhé, Échos d'Orient, 1902, t. v, p. 221-224; Revue d'hist. eccl. de Louuain, t. III, p. 1143; Rassegna Cregoriana, 1902, p. 107; 1903, col 61. Cf. aussi Le Messager des fidèles. Revue bénédictine, t. IV, 1S87. p. 417; Nilles, Kalendariiim, 1. 1, p. 332; Benoit XIV, De /estis B. 1\L V.,n. 145-184, t. ix, p. 300-302.

— Mc(aSand..januarii,t.i,p.690. — 'Tillemont, AWmoirc.f, t. I, p. 476; Baumcr-Biron, Hist. du bréviaire, t. i, p. 267. Cf. Usener, Dcr hcil. Theodosius, Leipzig, 1890, p. 38. 144 et Fimk dans Tub. Quarialsclu, 1891, p. .528. — » Vi((i S. Gregorii Ihaurnalurgi, P. G., t. xlvi, col. 953. — ' Episl. xxxiv; A rapprocher de l'épist. xxwi, où saint Cypricn demande qu'on fixe la vraie date du martyre. — ' Adv.

Innocent XI en 1683; Noire-Dame de ta Merci, adoptée d'abord par l'ordre de la Merci, étendue à toute l'Église sous Innocent XII, en 1691-1700.

VI. FÊTE GÉNiillALE DES SAINTS, DES MARTYRS, DES CONFESSEURS, DES APOTRES; FÊTE DES MORTS.

II y eut une fête générale pour les martyrs qui parait fort ancienne. Saint Grégoire le thaumaturge au 111= siècle, au dire de saint Grégoire de Nysse, instituait des solennités religieuses auprès des tombeaux des martyrs et permettait à ses chrétiens d'y faire des festins publics à l'exemple des confréries profanes '. Saint Cyprien semble faire allusion à des fêtes de ce genre : Sacrificia pro eis. ut meministis, semper of]erimus, quoties martijrum passiones et dies anniversaria commemoratione celebramus '. Saint Jean Chrysostome parle d'une réunion qui se fait le vendredi saint au cimetière près de la ville d'Antioche, qui était en même temps une basilique des martyrs. C'était une fête des martyrs et des morts '.

L'ancien calendrier .syriaque de l'an 411 marque pour le sixième jour de la semaine pascale une commemoratio omnium martyrum. Dans le calendrier des Clialdéens catholiques et des Syriens ncstoriens, on célèbre au même jour la commemoratio confessorum tandis que pour les Grecs cette fête est transportée au dimanche après la Pentecôte °.

Ailleurs, dans un autre calendrier syriaque ancien, on célèbre au jeudi de la semaine pascale, la fête des apôtres et des docteurs, au vendredi celle des martyrs de Martyropolis, des confesseurs, des pèlerins; au samedi, celles des prêtres, des ermites, des moines et de tous les fidèles défunts '". Le premier dimanche après la Pentecôte est, en Orient, consacré à la rmîmoire de tous les martyrs. Saint Jean Chrysostome y fait allusion en deux passages de ses sermons ". Le vendredi de Pâques est consacré à une fête générale des confesseurs (ou martyrs) dans la liturgie des nestoriens, dans une version grecque du martyrologe hiéronymien, dans la liturgie de Milan et ailleurs '-.

Nous savons qu'au temps de l'empereur Phocas (entre 607 et 610), le pape Boniface IV consacra à tous les saints le temple du Panthéon, élevé par Agrippa en l'honneur de Jupiter, vengeur. Devenu ensuite le temple de tous les dieux, il avait été fermé au v= siècle, comme tant d'autres. temples païens de la vieille Rome. Le pape Boniface IV y avait fait transporter de nombreux ossements des catacombes et l'ancien temple païen devint une basilique chrétienne qui reçut le nom de Sancla Maria ad Martyres ". Cette fête au martyrologe romain est marquée au 13 mai. La relation que l'on a voulu établir entre cette dédicace et la fête païenne des Lémures ou Remures, aux 9,11 et 13 mai, ne repose que sur de fragiles hypothèses. Nous avons dit ailleurs que la raison qui a porté Boniface à choisir le 13 mai pour la dédicace du Panthéon est peutêtre que, déjà au iv» siècle, à Édessc, saint Ephrem,

Judwos. or. M, P. G., t. XLViii, col. 904. — * Nilles, Kalendnrium utriusque Eiclesiœ,t. i, p. 314.^ '"Nilles, Kaîendariiim, t. II, p. 334. CI. Nilles, dans Zeilsch. sur katliol. Tlteol., 1887, p. 749. — '^Laudatio ss. omnium martyrum, P. G., t.L, col. 705; cf. Adv.jud., hom. \i, P. G., t. XLViii.col. 904. — '= Cf. de Waal, Die Feste des Kirchcnjahr zu Jérusalem, dans Rômische quartalsch. , t.i, 1887, p. 309; Duchesne, Martyrol. Hieron., p. Li; Achelis, Die Marttjrologien, ihre Gescbichte ii. i/ir. U'cr(,1900,p.58ctsurtoutdoin deBruyncs (à propos des Tractalus d'Origénc) dans Revue hénédiclines. t. XXIII, 1906, p. 186, 187. — " Le nom des confesseurs ne lut ajouté que postérieurement, scniblc-t-il, à celui des martyrs. Paul Diacre cite cette église sous le litre d'iîcc/«4io bculw semper virginis Mariœ et omnium marlurum. Historia langobardorum, IV, 37, P. L., t. lxxx, p. 570. De même le Liber pontiftcalis sous la notice de Boniface IV. Lifter pontificalis. Paris. ISMÎ. éd. Duchesne, t. I. p. 317.

FÊTES CHRÉTIENNES (LES

nous parle d'une fête célébrée à la mémoire des martyrs de toute la terre, et cette solennité tombe justement le 13 mai '.

Au même jour du 13 mai dans les calendriers italogrecs on trouve une fête omnium sanclorum -. Les Grecs d'Italie furent probablement ici les intermédiaires entre l'Orient et Rome, comme ils l'ont été souvent en liturgie. C'est cette fête, du 13 mai qui fut probablement transportée au 1"' novembre et devint la fête de la Toussaint'. On peut admettre au moins que Grégoire IV en 835 pour mettre plus d'unité entre les églises qui ne célébraient pas toutes cette commémoraison des saints, ou ne la célébraient pas le même jour, engagea Louis le Débonnaire à promulguer un décret pour la fixer dans tous ses États au 1'^' novembre : Tune moniente papa et omnibus epismpis assentientibus, Ludovicus imperator statuit ut in Gatlia et Germania /eslivitas omnium sanctorum in kal. novemb. celebraretur, quam Romani et instituto Bonifacii papœ célébrant ■*. C'est à partir de ce moment que la fête de la Toussaint, qui avait été d'abord une fête locale pour Rome et pour quelques autres églises, devint une fête solennelle, qui se répandit rapidement dans l'Europe latine '. La commémoraison des morts fut fixée au lendemain. Voir Défunts, t. iv, col. 453 sq. Il existe aussi dans l'antiquité chrétienne une fête générale des morts qui a des relations étroites avec la fête générale des martyrs dont nous venons de parler. Faut-il y voir une allusion déjà dans ce texte de Tertullien : videril institutio ista calendx si jorte februarise respondehunl illi pro mortuis petere? pro Nalaliliis annua die facimus... Ex Majorum tradilione pro dcfunctis annua die facimus. Offerat annuis diebus dormitionis e/us'. Les priscillianistes, au v siècle avaient institué une fête des morts au jeudi saint. Ils disaient ce jour-là une messe pour les défunts et jeûnaient à cette intention. C'est même une des plus anciennes mentions que l'on puisse apporter en faveur d'une messe des morts'. Le concile de Braga réprouva cet usage'. Saint Augustin parle de prières et de supplications que l'on faisait pour tous les morts en général afin que ceux qui n'ont laissé sur terre ni parents, ni enfants, ni amis, ne soient cependant pas délaissés : non sunt prœlermittendx supplicaliones pro spiritibus mortuorum quas /aciendas pro omnibus in christiana et catholica societale defunctis, etiam tacitis nominibus

' S. Eplirœmi Carmina \'isibcna, 6. Cf. Bickell, S. Eplirœmi Sijri Cnrmina Misihena, p. 23 et S-i et Tiitiingcr theologixr.he Qiiarlalsclirilt, 1866, p. 467-468. — = Nilles, Kalendarium ulriusquc licclesiœ, t. i, p. 314. — "Cependant il y a encore des obscurités sur ce point, cf. Dom Quentin, Les marlfirolnocs liistoriques, p. 636-611. — ' Sigeberti Clironicon, dans Pistorius, Scripl. germ.,t.i. — ' Frazer, .4</onis, Altis, Osiris, studies in llie history o/ oriental religions. London, 1906, p. 242-2.56, et d'après lui P. Saintyvcs, Les saints successeurs des dieux, p. 81, ont clierclic des origines païennes ù cette lête. Mais ces hypothèses sont sans fondement. Cf. Dom Quentin, Une explication /antaisiste des origines de la Toussaint, dans Revue des Queitions liisloriques. janvier 1908, t. Lxxxni, p. 207, 210; Thurston, Tlie /easl o/ the deud, dans Dublin lievicu), juillet, 1907, p. 120-128 et notre article, La lêle des morts et la Toussaint, dans Revue du cleryf français, i" novembre 1909, p. 257-274. — ' Dictionnaire, voir Défints, t. iv, col. 441 sq. — "Bunsen a édité un fragment d'une préface lies morts qu'il attribue ù saint llilaire en 350, .4na/cc((i Anlenicaena, t. m, p. 263, mais qui est évidemment d'Age postérieur. — " II' concile de Braga, c. 16. Qui... secunduin nectum Priscilliani. lestivitatrm istius diei (scll. Icriœ V in eena Domini} ab liora teriia per missas de/unctorum soluto je/unio colit,anatliema sil. Cf. P. /.., t. LXXXViii, col. 588 et t. Lxxxv, col. 460. //isloirc Je.î roncilM, 1 létcle-Lcclercq, t. iri , p. 178. Le concile de Valson en 529 parle délrt de messes quie pro commemoralione deluncloriim ftunt, c. 3. Hofelc- Leclcrcq. /fi.sl. rfc.s(onc(/«, t. II, p. 114. De cura prn mortuis, c. IV. — "Cf. Scrmo, xxxii,</c vcrbis (!postoli,oii il parle de la

quorumcumque, sub gênerait commemoralione, suscepit Ecclesia, ut quibus ad ista désuni parentes, aut filii, aut quicumque cognati vel amici, ab ana eis exhibeantur pia matre communi '.

Certains auteurs grecs, Nicéphore Grégoras, Andronic Paléologuc. etc., nous disent que le premier samedi de carême était afiecté à la mémoire des empereurs et des patriarches morts; d'autres parlent des commémoraisons générales des morts réservées aussi aux samedis dans l'année et spécialement aux samedis de carême et le samedi avant la Pentecôte '° Amalaire, au ix° siècle, met un office des morts après l'office des saints, « parce que, dit-il, plusieurs sont sortis de ce monde, sans être encore admis dans la compagnie des saints ". »

Vers l'an 800, il y a dans les deux monastères de Saint-Gall et de Reichenau, en dehors de diverses pratiques pour les morts, un anniversaire solennel, chaque année, au 14 novembre, pour les morts et chaque prêtre disait ce jour-là trois messes pour les morts '=.

On peut citer avant saint Odilon, abbé de Cluny, qui établit, comme on sait au x" siècle, une fête générale pour les défunts au 2 novembre, d'autres essais tentés pour établir un jour spécial consacré à la commémoraison des morts. Cette fête fut tantôt au 17 décembre, tantôt au 23 janvier, tantôt au lundi après la Pentecôte, tantôt le 26 juin ". Il existait du reste de ces fêtes générales des morts chez les Grecs, chez les Romains, chez les Perses et chez beaucoup d'autres peuples, mais les relations qu'on a cherché à établir entre ces fêtes païennes et notre fête des morts ne reposent sur aucun fondement historique ".

VII. FÊTES DES ANGES. — NOUS avons sur le culte des Anges des témoignages qui remontent aux temps apostoliques. Ce culte était porté jusqu'à la superstition et à fidolâtrie chez certains juifs, comme il le fut un peu plus tard dans certaines sectes gnostiqucs. Il fallait donc prémunir les chrétiens contre ces abus, tout en ne condamnant pas cette religion des anges, contenue dans ses légitimes limites. De là, deu.x séries de textes qui paraissent à première vue contradictoires et qui ont donné lieu à des erreurs chez certains critiques, mais qui s'expliquent facilement si l'on tient compte des circonstances. Saint Paul ne veut pas que les chrétiens se laissent

commémoraison de tous les morts à la messe. Saint Grégoire de Xazianzc rappelle aussi ces unnimrsurins lionorcs et commentorationcs dans l'oraison funèbre de saint Césaire, son frère. — "• Cf. ces divers textes dans Tliomassin, Traité des testes de l'Eglise, Paris, 1697, p. 437. 438. — "De ordine officii, CLXv. — " Thurston, The feast o/ Ihe dead, dans Dublin Review, juillet, 1907. p. 124 sq. Le développement lie cette institution a été surtout étudié par le D' Ebner, dans son ou\Tagc : Die Klostcrleiclien Gebetsoerbhiderungcn. Cf. Liber confraternitatum sancti Galli, dans Monumenta Gcrmaniœ, Necrotogia, p. 140.— " Mabillon, .4cla SS. O. .S. B., Prœfal., in III sœc, n. 101. Cf. Dom Plaine, La IHe des morts du 2 novembre, dans Revue du Clergé français, 1896, t. viii, p. 432-146. Gennadius dans un texte cité ci-dessus dit que le samedi était consacré :1 uuenimmëmoraison générale des morts. — " On a soutenu que In fête des Pourini cliez les anciens juifs était une sorte de fête des trépassés, où toutes les familles commémoraient ensemble leurs morts. Le livre d'Esthcr aurait nitnic été composé pour expliquer l'origine de cette tftc. Mais comme le dit Lods, si l'hypothèse est curieuse, elle reste ci-pcmlnnt une hypothèse. Il vaut mieux convenir que imus igiioruns tout de la fétc des morts chez les Israélites, ù commencer par son existence. Lods, La croyance A la vie future cl le culte des morts dans l'antiquité Israélite, t. i, p. 2'28; cf. Revue d'Iiistnirc et de littiralurr religieuses, 1898. p. 556. Quant aux rapprochechcmciits avec les religions pnieniics, cf. notre article déjA cité. La fvte des morts cl la Tnussaint dans Revue du Clergé français, 1" novembre IU09, p. 257 sq.

FÊTES CHRÉTIENNES (LES

séduire par ces erreurs sur les anges, MvjSelç ûji-îç xaTaëpaêc'JSTC) 9É>.o)v èv xaTcetvoçpoaùvT) xal 6p'/)ax£iof TÔiv ày-i'éXcûv, à tiv) éûpaxxv, etc. (Col., ii, IS). Le Christ est au-dessus des anges (Osôç) ty.AQim^ (Xpioaôv) èv Sé^iâ aÙTO\j èv -oie, ÈTroupavîo!.(;, iJTiEpàv&j Ttàovji; àp);r,; xal sîo'jataç xal SuvàiiEcoç, etc. (Eph., I, 20, 21.) Il rappelle que la loi ancienne a été donnée par les anges, tandis que la loi nouvelle à été donnée par le Christ, d'où infériorité de la première sur la seconde (Hebr., i, 5 cf. Eph., m, 10; I Tim., m, 16; I Pet., I, 12). Enfin les anges seront jugés par les saints (I Cor., vi, 3).

Mais d'autre part, dans l'Ancien Testament, Jacob prie l'ange qui l'a aidé (Gen., xLviii, 16; cf. Osée, xii, 4); Manne veut offrir un sacrifice à l'ange (Jud., xni, 15, 16); Moïse témoigne de sa vénération pour les anges (Ex., m, .5), et Josué se prosterne contre terre devantl'ange qui lui est envoyé (Jos., v, 13-16). Ainsi se prosterne saint Jean dans l'Apocalypse devant l'ange (Apoc, xxii, 8, 9). Saint Justin défend les chrétiens du reproche d'athéisme en disant qu'ils rendent un culte au Père, au Fils, à l'armée des anges '; Athénagore témoigne dans le même sens -; Eusèbe affirme que les chrétiens rendent aux anges un culte convenable'. Saint Ambroise s'exprime ainsi : obsecrandi et angeli pro nobis qui nobis ad praesidium dati sunl'. La thèse de Turmel que, pendant les cinq premiers siècles les docteurs catholiques ont réprouvé le culte des anges est donc beaucoup trop absolue '.

Malgré tout, on avait le sentiment des abus, que ce culte pouvait entraîner. Les gnostiques avaient fait de leurs éons des médiateurs qui rejetaient au second plan la médiation du Christ. Le canon 35 du Concile de Laodicée (entre 343-381), condamne des abus de dévotion de même genre °.

Au dire de Théodoret, il y avait des hérétiques qui enseignaient que la loi chrétienne a été donnée par losanges. Et ce serait cette erreur qui aurait motivé ie canon de Laodicée. 11 ajoute, qu'en Phrygie et en Pisidie, cette erreur est encore enseignée. On y voit des oratoires à saint Michel ". Sozomène, à peu près vers le même temps, nous parle d'une église en l'honneur de saint Michel Michaelium où s'accomplissaient de nombreux miracles '. II nous dit aussi qu'il y avait une fête des anges célébrée en même temps par les juifs, par les gentils et par les chrétiens dans l'endroit où les anges avaient apparu à Abraham. Constantin fit abattre cet autel et commanda aux évêques de Phénicie d'y bâtir une église. On cite, à Constantinople, plusieurs autres églises, sous le nom de saint Michel.

D'autres églises furent dédiées aux anges eu diverses provinces. On en cite au v« siècle à Pérouse et à Spolète. Voir Anges (Culte des) col. 2144 sq.

Des traces du culte rendu aux anges ont encore été relevées dans des inscriptions litaniques; l'une de plus curieuses est ainsi conçue :

'O 7iaTY)p, [6] 'jioç, t6 7ïvE'j(jiaTÔ àyiov. âyte MiX'^'Ô^. âY'sFaGpivjX. aira" 'IcpeiAtaç, àjra'Evo')/, àytot '"Mapta. à(ia SLËùXXa, àvETtaùÔ-r) " 'O naxàpioç Teùpyioç, [t^] oyS6i}, (i.ïivl Ttaotvl IvSiy.Ticovoi; S' '=.

« Père, Fils, Esprit saint ; saint Michel, saint Gabriel,

' Justin, I ApoL vi, P. G., t. vi, col. .336. — ' LegaU, x, P. G., t. VI, col. 909. — » Prep.evaiu. vu, 15;P. G., t. xxii, col. 553;Dem.evan.,ui,3,P.G., t. xxii.col. 193. — 'Ambroise, Devid., IX, 1.5, P. L., t. xvr, col. 231. Cf. dans le même sens Origène, In. Ez., hom. i, 7, P. G., t. xiii, col. 675. Cf. Hilaire, In ps. CXXIX et in ps. CX.XXVII. P. L., t. ix, col. 722, 786. — 'Turmel, Angétologie, dans R. d'Iiist. et de litiér. relig., t. m, p. 500 sq. Cf. Bareille, Le culte dex anges é l'époque des Pérès, dans Revue thomiste, mars 1900, et Dicl. de ttiéol., au mot Anges. — " Sur ce concile, cf. la disscrt.ition de Mgr Boudinhon. Congrès scienlifique des

Père .lérémie. Père Enoch, sainte Marie avec la Sibylle. Le bienheureux Georges est entré dans son repos, le huitième du mois de Paoïni, quatrième indiction ". »

La plupart des Litanies anciennes contiennent une invocation aux archanges et aux anges, parfois à saint Michel, saint Gabriel, saint Raphaël. Les anges ont encore leur place à la fin de la préface et au sanctus; le terme sancti angeli lui dans le canon est apphqué quelquefois à un ange, ou même à plusieurs qui auraient ainsi mission de présenter le sacrifice du Fils à Dieu le Père. Sur ce texte, voir Epiclèse, col. 165.

L'Église grecque a une fête de saint Michel au 8 novembre qui est la dédicace de son Église aux thermes d'Arcadius à Constantinople. Le 6 et le 29 septembre sont aussi des fêtes de saint Michel.Voir MicHEL(saint).

Saint Gabriel est fêté le 26 mars, le 13 juillet et le 11 juin. Voir Gabriel (saint). Saint Raphaël n'a pas de fête spéciale.

VIII. DÉDICACES, FÊTES DES SAISONS, FÊTES LO- CALES, NATALES ET DEPOSITIONES. — Il existe

d'autres fêtes qui n'appartiennent à aucune des catégories précédentes, et dont il faut maintenant parler.

Le rite de la dédicace, c'est-à-dire une cérémonie instituée pour dédier ou consacrer un temple, existe chez les païens, comme chez les juifs. Il ne semble pas que les chrétiens aient adopté l'usage d'une dédicace des églises, avant le iv= siècle. En tout cas, le premier témoignage vraiment authentique qu'on en ait, est la fameuse description donnée par Eusèbe des fêtes de la dédicace de la cathédrale de Tyr. A partir de ce moment, les témoignages se multiplient et la Peregrinatio Elheriœ nous donne le récit de la grande fête de la dédicace ou des Encénies à Jérusalem au iv^ siècle. Voir DÉDICACE DES Églises. Reaucoup de fêtes anciennes n'ont pas d'autre origine que la dédicace d'une égfise. Nous en donnons plusieurs exemples dans le présent article, ainsi le 1=' mai, dédicace de l'église des apôtres saint Philippe et saint Jacques, le 1" août, dédicace de l'église de Saint-Pierre in vincutis, le 29 septembre, dédicace d'une église de Saint-Michel, etc.

Parmi les fêtes locales les plus anciennes, il faut mentionner les anniversaires d'es martyrs, des confesseurs et des évêques sous les titres divers de mémorial, natales, natalilia, depositiones.

L'anniversaire du martyr saint Polycarpe, institué à Smyrne aussitôt après sa mort, est le plus ancien que l'on connaisse : r:y.ç,éîia ô Kùpioç iTiiieXzl'j -t]v TOij [/.apTUptoO aÙTO'j Y)jxépav YsvÉÔXtov '*.

A Rome, remarque Mgr Duchesne les épitaphes chrétiennes antérieures au m" siècle ne marquent jamais le jour de la mort du défunt, martyr ou non. Ce qui prouve que l'anniversaire funèbre n'était pas encore l'objet d'une commémoration religieuse, et, en ce qui regarde les martyrs, d'une solennité ecclésiastique. Au contraire, à partir du iii'^siècle, la célébration de l'anniversaire devient d'un usage universel".

Les anniversaires des martyrs étaient naturellement des fêtes locales. Chaque église honorait ses saints. Mais les emprunts se produisirent bientôt, soit à l'occasion d'une relique ou d'une translation;

catlioliques, t. il, p. 420-427, Paris, 1889. — ' Tlioodorct, in epist. ad Coloss., P. G., t. Lx.xxii, col. 613. — ' Sozomène, H. E., 1. II, c. m, P. G., t. Lxvii, col. 939 sq. — • Titre qui équivaut à peu près i\ Père; Abbas en est dérivé; sur ce terme, voir Apa. — '° Le mot iixx (materi, a été remplacé sur l'inscription par i-ioi. — " Pour x/z.-.x-^'j,3.-o. ■ — '- Ct. de Rossi, Bull, di areh crist., 1875, p. 30. — " Cf. Dom Leclercq, t.i,art. Angks. col. 21 50, -qui cite d'autres litanies coptes 011 saint Michel est aussi invoqué. — '* Funk, Opéra Patnim apostolicurutn, t. i, p. 302. — '^ Origines du culte clirélien, p. 290.

FÊTES CHRÉTIENNES (LES

ou, simplement à cause de la célébrité d'un martyr, son culte s'établit dans d'autres églises. C'est ce que l'on vit par exemple pour saint Laurent, pour la translation de saint Etienne, etc. Voir Etienne,Laurent.

Les confesseurs furent bientôt assimilés aux martyrs et saint Martin fut des premiers honoré dans la plupart des provinces chrétiennes. Voir Confesseurs, Martyrs (Calle des).

On a vu le terme de yevéôXiov employé pour l'anniversaire de saint Polycarpe; il répond à ceux de memoria, natalitia, employés en latin pour ces solennités.

Le mot nalalis a un sens tout particulier. Il rappelle la fête que l'évêque célébrait pour l'anniversaire de sa consécration. Ainsi, le sermon cxi de saint Augustin est in die anniversario consecrationis de l'évoque Aurelius, le cccxxxix est pour le jour de sa propre consécration. Saint Léon a aussi des sermons pour son nalalis. C'était une occasion de réunion pour les évêques voisins et les évêques amis, et quelquefois ces nalales devenaient de vrais conciles '. (Voir Natalis EPiscopi). On célébrait même le nalalis d'une ville. Rome et Constantinople célébraient cet anniversaire. Conc. Const. I, c. 3; Chalc. c. 28; Cod. Theod. XVI, tit. II, l. 45.

La depositio ou jour des funérailles était aussi l'occasion d'une cérémonie. Pour la mort de saint Etienne, les Actes des apôtres nous donnent cette brève mention 2uvey.6(iiaav Se tov STÈavov àvSpeç eùXa6£Îç. xal ercotrjaavTO xottetôv \xéyoi,\i ett' aÙTÛ (Act., viii, 2.) On n'ajoute aucun autre détail, mais nous savons par des témoignages postérieurs que le corps du défunt, après les soins ordinaires donnés au cadavre était porté en terre, processionnellement quand c'était possible, avec des torches et même de l'encens, et au chant des psaumes. On célébrait sur la tombe le service eucharistique, avec des prières appropriées, et une agape, ou repas de famille, suivait d'ordinaire. Du reste, les rites des funérailles ont varié, suivant les temps et les lieux, mais il était nécessaire de mentionner la deposilio parmi les fêtes chrétiennes les plus anciennes et les plus universelles. Voir Funér.ulles,

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