ENCHANTEMENT
L'inscription servait de talisman à Alexandra, | fille de Zoé. Pendant sa vie, cette femme la portait attachée à ses vêtements ou à son cou, elle n'en lut pas séparée dans la mort et l'emporta dans la tombe. Le texte ne renferme aucune formule d'exécration. L'amulette devait préserver Alexandra de tout démon, de toute contrainte des démons, des prodiges, des maléfices, des liens magiques (lign.8 à 13),... des sortilèges, des apparitions nocturnes, de toute passion et de toute folie (I. 75 à 79)... Alexandra n'avait à craindre ni les sources, ni l'abîme des mers (1. 93 à 94)... Grâce à ce phylactère, la sorcière obscène Télépé ne pouvait la souiller ni par une caresse, ni par un salut; jamais elle ne devait la rencontrer, ni en mangeant, ni en buvant, ni au milieu de ses esclaves domestiques, ni dans le commerce intime (de l'amitié [?]). Télépé ne pouvait fixer son œil sur elle, ni toucher son vêtement, ni pendant ses prières, ni en voyage, ni dans un pays étranger, ni..., ni dans un bain (1. 96 à 110). Les noms saints, forts, puissants (invoqués) devaient mettre Alexandra à l'abri de tout démon mâle ou femelle et de tout trouble venant des démons nocturnes ou diurnes (1. 109 à 116). Telle était la vertu de l'amulette.
Les puissances célestes invoquées pour obtenir cette protection sont nombreuses. Le texte indique avec précision leurs demeures et le pouvoir particulier qui distingue chacune d'elles. Voici d'abord Sabaoth qui règne au-dessus du ciel, qui est venu d'Elasuth qui est au-dessus de Chtothai (1. 1 à 6). Puis Marmaoth assis sur le premier ciel, Ouriel sur le deuxième, Moriath sur le sixième, Chachth sur le septième (1. 16 à34). Puis Riopha qui préside aux éclairs, Souchar qui dirige les tonnerres, Ouriel dispensateur des pluies, Ariel maître des neiges, Thadama qui règne sur les forêts de l' Indus, Siorocha qui préside aux tremblements de terre, Souriel qui règne sur la mer, Thabira qui commande aux serpents, Bedlia qui règne sur les fleuves, Rasousouel maître des routes, Eptochama maître des villes, Nouchael seigneur des plaines, Apraphea qui préside à la course errante, Einath Adonis Dedochtha qui règne sur les montagnes, Jathennouiath qui dompte les serpents, Chrara assis sur le firmament (lign. 35 à 67).
Vient ensuite une adjuration à Celui qui règne sur les morts, entre les deux cheroubim, dans les siècles des siècles, le dieu d'Abraham, le dieu d'Isaac, le dieu de Jacob,... le dieu vivant dans Zaorobem Namado Namadôn, le dieu qui lance les éclairs et les tonnerres Ebemathelzthrô... Eibrathibat... .\thariath, Phelcaphiaôn, qui a créé tout ce qui est mâle, les choses terribles et les liens magiques (1. 67 à 91).
Tous ces noms ne sont pas de l'invention de l'enchanteur. Plusieurs sont connus par d'autres documents ', notamment parmi les noms terminés en el, comme Ariel, Cliael, Ouriel, Sarricl, Souriel, etc; Marmaoth paraît être une déformation de Marmaranoth, qui se lit sur un papyrus et sur le scarabée chrétien de Tusculum, où trois des sept noms inscrits commencent par Marmar, dérivé, paraît-il, d'un mot araméen signifiant « seigneur = ». Rasousouel est à rapprocher de Sucl, nom d'une localité de la côte de Bétique; Ariel se retrouve dans le nom d'une ville de Palestine, Arieldela, etc. Outre la .série des noms terminés en el, comprenant Ael, Ariel, Chacl, Nouchael, Ouriel, Rasousouel, Sarriel et Souriel, on remarquera une série de noms terminés en a, comme Apraphea, Bedlia, Chrara, Dcdochta, Eptochama, Riopha, Thabira, Thadama, Thcsla, ei une autre série de noms
' Voir Dictionn., t. i, au mot Angks. — ' R. Wiieiisch, Sopra un scarabeo cou iscrhione greca, dans Bull, délia Conwiiss. arch. comimale, 1899, t. xxvii, p. 294. — • Paul, Sentent., V, xxiii, 15. — ' Adv. gent.. 1. II, c. xxxii, édit. HeilTerschcid, p. 71, I. 21. — • G. Bcrlnnl, L'exorcisme ctiri-
finissant par Ih, tels que Athariath, Chaeth, Einath, Elasuth, Jatennouiath, Marmaoth, Moriath, Sabaoth, auxquels on peut joindre Eibrathibat. La dernière adjuration est ainsi conçue : « Vitel Vitel que le Dieu unique et son Christ soient secourables à Alexandra! »
Il paraît donc certain que cette amulette appartenait à une femme chrétienne. Bien qu'il soit difTicile de lui assigner une date précise, il semble qu'on puisse l'attribuer au ra« siècle de notre ère.
On peut rapprocher de ce monument une feuille d'or trouvée à Beyrouth dans un étui. Voir Dictionn., t. I, col. 259, flg. 58. Ces pratiques étaient formellement interdites par le droit romain. Le jurisconsulte Paul écrit à ce sujet : Qui sacra, impia, nocturnave, ul queni obcantarent, defigerent, obligarent, fecerinl faciendave curaverinl, aut cruci suffigunlar aut bestiis objiciuntur '; ce qui n'empêcha pas les sorciers d'offrir à leurs clients toutes les formules efficaces pour les défaire de leurs ennemis. On ne rencontre que peu de mentions des tablettes d'enchantement chez les auteurs chrétiens. Arnobe ne les distingue pas des amulettes * et saint Jérôme, dans la Vie de saint Hilarion, c. xxi : amalor sabler limcn domus puellœ portenta guSL'dam verborum et porlentosas figuras sculptas tn aeris Cyprii lamina defodit. Nous avons déjà fait connaître une lamelle trouvée à Trau (voir Diclionn., t. I, col. 1803-1804, fig. 480) « dont le christianisme est absolument hors de doute puisqu'il y est fait mention du Christ et de l'ange Gabriel. Les enchanteurs ne négligeaient aucune précaution pour attirer la clientèle chrétienne et lui faire accepter leurs produits. Aux noms barbares ils n'hésitaient pas à mêler celui de Jésus avec une invocation au dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Sur les deux amulettes de Beyrouth, on relève une adjuration au Dieu vivant dont le nom est deux fois associé à ceux d'Adonaï, de Jaô et do Sabaoth. Sur celle dont nous allons parler, on trouve les noms de Salomon et de l'ange Mechlis. Il semble évident que ces textes ont été libellés par des juifs ou par des hommes tout à fait pénétrés des idées juives ".
La lamelle d'argent trouvée dans l'intérieur d'une bulle et qui entra au Musée du Louvre avec la collection Campana (classe III, n. 363), s'y trouvait désignée de la façon suivante : una lamina sollik di argenlo, sulla quale è graffita una iscrizione in quatlordici versi d'anlichi caralleri greci; ce qui n'est pas exact, car l'inscription se compose de dix-huit lignes, et les lettres grecques, loin d'être anciennes, datent évidemment de la décadence de l'empire.
Le soi-disant déchiffrement attribué au jésuite Secchi a permis de découvrir dans cette inscription « des prières et des supplications pour obtenir la faveurdes dieux de l'Olympe et des invocations adressées aux divinités infernales contre les auteurs de maléfices. » Ce déchiffrement, heureusement pour la réputation du P. Secchi, a disparu; quant au fac-similé publié à la suite du catalogue français des bijoux du musée Napoléon III, c'est un giibouillis sans forme ni sens et, pour tout dire en un seul mot, une mystification.
La petite bulle lenticulaire en or, dans laquelle était renfermée la lamelle, rappelle l'usage de la bulle portée par les enfants des chevaliers romains avant leur puberté. Voir Dictionn., t. n, au mot Bulle. La feuille d'argent mesure en longueur 0 m. 064 millimètres sur 0 m. 034 millimètres de largeur; afin de l'introduire dans la bulle, il fallut la replier sur ellemême en sorte qu'elle se trouve divisée en cinquantesix petits carreaux. Le texte est gravé à la pointe et
/<cri du musée de Zagabria, dans Bulletin d'ancienne littérature et d'archéologie chrétiennes, 1911, t. i, p. 80-87. — ' On sait <iue lus livres de magie étaient composés & .Mexundric, et l'origine éRypIicnnc d'un grand nombre de CVS documents svinl>lv bien élublic.