IV
Les quatre-temps de printemps et d'hiver tombant en carême et en avent, il n'est pas aisé de discerner si le choix des lectures des deux dimanches qui les suivent a été influencé par la présence des quatre-temps ou correspond au caractère général de la période liturgique en cours, puisque dans les deux cas, l'esprit des uns et l'esprit de l'autre sont sensiblement identiques : invitation à la pénitence. 1 Thess., iv, est une invitation à la pureté, à la probité, à l'ascèse morale; Phili., iv, est une préparation à la venue du Seigneur.
Aux quatre-temps de septembre, les leçons des trois fériés sont un encouragement à la pénitence dans l'espoir d'une moisson abondante, avec rappel des observances juives durant ce même mois. Or l'épître du dimanche (cf. ci-dessous, tableau comparatif, dum. XIX po.ll P(;n/.)ditTère totalement des épîtres des dimanches voisins dont elle interrompt la série. On peut y voir un contraste voulu entre la description des effets de la grâce chez les fidèles qui croient au Seigneur, et les promesses d'un tout autre ordre contenues dans les lectures de l'Ancien Testament des fériés précédentes.
De' même, le dimanche des quatre-temps de Pentecôte est pourvu d'une leçon : Rom., viii, qui apparaît isolée dans une période oCl l'on lit des péricopes des Épîtres catholiques. Or cette leçon s'accorde facilemenl avec celles des trois fériés précédentes : elle montre la création dans l'attente et dans l'espérance de son Sauveur, d'où appel naturel à la sanctification, à la purification par le jeune et la pénitence.
Ces deux groupes : fêtes des saints et quatre-temps, étant éliminés, reste la partie vraiment constitutive de l'année chrétieniu'. On iiiul y distinguer, du point de vue auquel nous nous jjlaçuns ici, trois grandes périodes: d'abord le point culminant, le soininet du cycle annuel, Pâques, encadré entre sa préparation, le carême, et son complémenl, la Pentecôte; — puis la fêle de Noël, encadrée elle aussi entre sa préparation.
rAvent,etsa suite, l'Epiphanie ; — enfin la longue série des dimanches après la Pentecôte et des fériés ordinaires.
1° Le carême, Pâques, la Pentecôte. — Cette période centrale du cycle s'étend du début du carême jusqu'après la Pentecôte, à la fête de saint Pierre et de saint Paul.
1. Examinons d'abord cette sorte de rallonge au carême qui commence au dimanche de la sepluagésime et qui fut organisée avant saint Grégoire.Lespéricopessont empruntées aux épîtres aux Corinthiens. 1 Cor., ix, 24, pour la sepluagésime est une introduction fort bien appropriée à un temps consacré à la lutte, à la pénitence, à l'ascèse; II Cor., xi et xn, pour la sexagésime, expose les travaux et les peines de Paul pour la diffusion de l'Evangile, ses révélations et ses misères : modèle et exemple à suivre pendant la quarantaine qui approche ; I Cor., xra, pour la quinquagésime, éloge de la charité, sans laquelle toutes les macérations sont vaines et inutiles.
Les lectures des fériés IV et VI (Alcuin, 32, 33) exposent la vraie conception et l'utilité de la mortification.
Dans cette série on peut reconnaître une intention de progresser du général au particulier.
Les lectures introduites dans les documents plus tardifs (par exemple, Murbach, 19-, 20^^^ pour les mercredis entre septuagésime et quinquagésime ont dans l'ensemble le même caractère. Les vendredis ont été également pourvus, mais d'une péricope évangélique seulement. Le missel romain a tout supprimé.
2. Du premier dimanche de carême au dimanche dos Rameaux. — On se trouve ici sur un terrain solide, fortement constitué. Nous atteignons l'ordonnance de ces lectures dès une époque très proche de saint Grégoire grâce au lectionnaire de Wurzbourg. Le tableau qui suit (col. 3'29) permettra de constater à travers le cornes d'AIcuin et celui de Murbach que cette série n'a subi que de très légères retouches jusqu'au jour où elle a été fixée définitivement dans le Missate romanum du XM« siècle (\V = M'urzbourg, A = Alcuin, M = Murbach, M R = Miss. rom.).
Nous n'avons pas à faire ici l'analyse détaillée de chaque lecture, mais à rechercher seulement le plan général de l'ensemble. Les leçons des trois premières semaines concordent bien avec le caractère du carême : abstinence, pénitence, charité. On peut même y saisir une certaine gradation:
1" semaine (y compris les Q. T.) = jeune et pénilciue; 2° -- = nécessité de l'humilité; 3" — -- expiation, charité, pureté.
Mais ce plan n'est pas suivi de façon systématique de jour en jour; ainsi les leçons du mardi 2" semaine, devoirs envers le prochain, devraient figurer à la 3» semaine; les leçons du mercredi et du vendredi semblent conserver leur note habituelle de journées consacrées à la passion et à la mort du Christ. Dans la 3" semaine, des leçons de sobriété auraient leur place dans la I" semaine; l'insertion des quatre-temps dans la première semaine a produit ce résultat que les récits Exod., 24, et III Rcg., 19, figures A. T. du jeûne N. T., sont placés au quatrième jour, alors qu'ils devraient ouvrir le premier jour de la quarantaine chrétienne.
Le dimanche La lare marque un jour de joie; quelle que soil l'explicalion historique de ce fait, il suITlt de constater ici que l'épîlre rellèle ce même senlimcnl de joie : les chrétiens sont fils d'une mère libre, l'Église, el ainsi ils sont soustraits ù la dominai ion du péché. Depuis ce dimanche jusqu'ù celui des Hameaux, la série des péricopes évangéllqucs dénote un plan indéniable, mais on ne peut en dire autant de la série épislolaire el prophétique : chacune de ces lectures Ancien el Non-
É PITRES
veau Testament est bien en rapport avec le caractère général du carême, mais on n'aperçoit pas dans leur ensemble une intention directrice; les unes ont pour but la préparation des catéchumènes au baptême faux jours
de scrutins), les autres encouragent à la pénitence, d'autres montrent les préfigurations Ancien Testament du Messie. Ces deux derniers groupes sont mélangés sans ordre discernable.
En somme, depuis le 1" dimanche de carême jusqu'à celui des Rameaux, la succession des péricopes forme
une construction imparfaite, inachevée dans le détail, mais dont l'ensemble révèle un dessin étudié et harmonieux. Ces péricopes semblent se partager en deux groupes : les unes visent le devoir du jeune, expliquent la nécessité de la pénitence, exhortent à la mortification; les autres sont en quelque sorte une introduction historique à la grande semaine. 11 y a là une preuve du soin et de l'habileté qui ont présidé au choix des lectures ; on y peut saisir l'intention (d'ailleurs présumable a priori) cî'adapterles leçons à la période en général el même, partiellement au moins, à chaque jour en particulier. Mais il ne faut pas trop pousser cette observation. On ne peut dire, sans tomber dans l'arbitraire, qu'il existe une progression constante et réglée de lecture en lecture, de jour en jour. Il faut avouer que par endroits on ne suit plus du tout l'intention directrice. 3. La semaine sainte. — L'épître du dimanche Indalgentia ou Pa/mf(rum,Phili.,n, 5, est en parfait parallèle avec le récit de la passion selon saint .Matthieu que l'on lisait en ce jour'. Elle montre l'humiliation suprême du Messie, suivie de sa glorification. Elle n'a pas de rapport direct avec le rite des rameaux mais elle ouvre fort bien la grande semaine, qu'elle syntliétise en deux aspects : abaissement et exaltation.
A la férié II, les listes anciennes portent deux leçons : Is., L, 5, soufîrances du Messie, et Zach., xi, 12, trahison de Judas. Le Miss. rom. n'a conservé que la première.
A la férié III, les deux leçons montrent des préfigurations du Christ. Le Miss. rom. n'a encore conservé que la première.
A la férié IV, Is., Lxn, prophétise le Christ, vainqueur du monde, sous la figure d'un guerrier couvert de sang, apportant aux siens la bénédiction et la justice. La seconde péricope. Is , Lra, est le célèbre évangile du Messie : ses soufîrances vicariales,sa mort expiatrice,la récompense de son sacrifice. C'est déjà le récit de la passion, que l'on va lire ensuite selon Saint Luc. Ces trois lectures forment un groupe parfait.
Pour la Cena Dotnini, le récit de l'institution de l'eucharistie d'après saint Paul et d'après l'évangile de saint Jean, xni, s'imposait naturellement.
A la férié VI, Osée vi, appelle le peuple infidèle à revenir à Dieu et menace de châtiments les endurcis ; Exod. xn, raconte l'immolation de l'agneau pascal, figure du Christ, qui trouve sa réalisation complète et parfaite dans le récit de la passion selon saint Jean.
Le samedi saint, la fonction prépondérante, absorbante et dominante, était le baptême des catéchumènes. C'est à ceux-ci que s'adressent les leclioncs in vigilia Paschœ, dont le nombre a varié. Pour une raison inconnue, le ms de Wurzbourg n'en indique aucune '; le sacramentaire grégorien en compte quatre (1", 4°, S« et 5« du missel romain actuel); Alcuin, six; enfin le cornes de Murbach, douze, parmi lesquelles les cinq premières d'.\lcuin. Ce sont ces douze que le missel romain a définitivement adoptées. On peut dire que les neuf premières racontent les grands faits de la création et de la rédemption et que les trois dernières sont des exhortations d'ordre moral. Les 5'', 6', T, et 8= (la personne du Messie et son œuvre) de même que les quatre du grégorien, étaient tort bien appropriées aux catéchumènes.
.\ la messe, la péricope Col., m, 1-4, marque le point culminant de la semaine pascale, le passage de la semaine sainte à la semaine de Pâques; son texte (à rapprocher de la collecte) s'applique de façon saisissante aux nouveaux baptisés.