‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 90 sur 331 · Dimanche de Pàqueset semaine in albis.— \.'épi · texte numérisé non relu

Dimanche de Pàqueset semaine in albis.— \.'épi

' et. listes d'évangiles de Wurzbourg (vn« siècle), édition Morin. <l:ins Rev. bénéd.. 1911, t. xxvni, p. 301. — ' Cf. dom Mnrin. tlnns Rev. bénéd.. 1!)10. t. xxvn, p. .îô.

EPITRES

tre du samedi saint a terminé la cérémonie du baptême; celle du Dimanclie s'applique pleinement au grand événement du jour de Pâques; puis celles des jours suivants s'adressent aux catécliumènes baptisés et devenus ainsi membres de la communauté chrétienne.

5. De l'octave de Pâques à la Pentecôte. — Nous entrons ici dans une section qui semble avoir été moins soigneusement élaborée que la précédente. Les épîtres des quatre dimanches (2 à 5 post Pascha, ou 1 à 4 post oct. Pasc.) ont le même sens général : exhortations des apôtres aux fidèles pour l'obéissance à la loi divine. Mais ici une remarque très importante pour le résultat de notre enquête, s'impose: toutes ces épitres et celles qui suivront jusqu'à la fête des apôtres, ainsi que les épîtres fériales du mercredi (voir Murbach), sont empruntées aux épîtres catlioliques. Or nous savons que ces mêmes épîtres étaient lues aux heures de l'Office (bréviaire) précisément de Pâques à la Pentecôte ', et que, dans l'antiquité et le haut moyen âge, l'ordre des livres canoniques du Nouveau Testament, tort variable, présentait souvent les épîtres catholiques avant les épîtres pauliniennes. Nous reviendrons sur ces deux observations.

Cette série est interrompue par la vigile et la fête de l'Ascension, jour où la péricope choisie est naturellement le récit des Actes. Pour la vigile, elle manque dans le ms de Wurzbourg:Alcuin fait lire un passage d'Eph., IV, 7, où il est question du Christ glorifié et monté à la droite du Père, tandis que la tradition de Murbach présente un texte : Act., iv, 32, relatif à la résurrection.

Après cette interruption motivée par une fête importante, la série des épîtres catholiques reprend son cours avec le dimanche suivant. Puis elle est de nouveau interrompue par la vigile et la fête de la Pentecôte. Primitivement, la solennité de la Pentecôte dut se borner à un seul jour de fête : le dimanche. « Mais, vers le milieu du vi« siècle, la liturgie de celte semaine de la Pentecôte prit un développement qu'elle n'avait pas auparavant; il y eut une tendance à l'assimiler à l'octave de Pâques = »: d'où la création d'un office de vigile; le ms de Wurzbourg ne signale pas cet office, pas plus que celui du samedi saint; Alcuin, qui donne six leçons au samedi saint, n'en donne aucune ici, peut-être parce qu'on répétait celles du samedi saint; enfin dans le ms de Murbach on trouve un office de six leçons qui toutes ont déjà figuré parmi les douze de la veille de Pâques; le missel romain a conservé cinq leçons de Murbach et changé la C" pour une autre, Ezech., xxxvu, également prise au samedi saint. Toutes ces leçons s'adressent donc aux catéchumènes.

L'épître de la messe, Act., xix, 1 , est en rapport direct avec la fête du jour et celle du dimanche de la Pentecôte est, bien entendu, le récit de la descente de l'Esprit- Saint sur les apôtres. A remarquer l'harmonie parfaite entre l'épître et l'évangile : celui-ci, Joa., xiv, 23, promet et le récit des Actes montre la réalisation de la promesse.

G. De la Pentecôte à la fête des apôtres. — L'ordonnance des lectures de la semaine qui suit la Pentecôte dépend de la présence ou de l'absence des quatre-temps, dontlc point d'insertion n'a pas toujours été fixe '. Aussi, dans les documents oii les quatre-temps étaient placés à la 2» semaine après la Pentecôte, comme le cornes de Wurzbourg et celui d'Alcuin, ou à la 4<', comme celui de Murbach, les lectures de la 1" sont toutes empruntées aux Actes et ont trait à l'action de l'Esprit-Saint et au développement de l'Église. Au dimanche octave (qui a disparu dans le missel romain pour faire place au dimanclie de la Trinité), il y a divergence entre Alcuin, d'une part dont l'épître s'adresse plutôt aux catéchu-

' CI. P. Halinol, Histoire du bréviaire rnmain, Paris, 189."), p. 93. — ' nom Morin, dans Reu. bén., 1010, t. xxvn, p. 59. . — ■ Uoin Morin, ibid., p. 58-59. ■ — ' On trouvera l'explica-

mènes, et Wurzbourg-Murbach, d'autre part, qui continuent la lecture des Actes. Les leçons de cette première semaine ont donc encore une réelle homogénéité, sous l'influence de la fête de la Pentecôte.

L'usage gallican, qui s'est perpétué dans le missel romain officiel, compte les dimanches qui suivent la Pentecôte en une seule série de 1 à 24 ou 25. Le vieil usage romain subdivisait cette période en tranches séparées par les fêtes des apôtres, de saint Laurent, de saint Michel, de saint Cyprien. Du point de vue auquel nous nous plaçons ici, qui est la recherche des causes du choix originel des péricopes, nous constatons que la série des tpîtres catholiques ouverte au dom. in albis, interrompue par l'Ascension, puis par la Pentecôte, reprend son cours à partir du 2« dimanche après la Pentecôte (ou le 1" posi ocl. Penl.), et se prolonge jusqu'à la fête des apôtres Pierre et Paul (G» semaine), avec une seule interruption, celle du dimanche qui suit les quatretemps. L'analyse de ces cinq épîtres ne révèle aucun plan, et comme de la période liturgique en cours ne ressort pas non plus un enseignement spécial, il est fort probable que, depuis l'octave de Pâques jusqu'à la fête des apôtres (au total, une douzaine de dimanches, en défalquant l'Ascension et la Pentecôte), nous nous trouvons en présence d'un cas de ledio continua d'accord avec \alectio continua de l'office canonial. — A noter au passage quelques exemples de concordance intentionnelle entre l'épître et l'évangile : Dom. II post l'ascli., 1 Petr.,n,21 : « Vous êtes revenus vers le pasteur de vos âmes », et Joa, x, 12 : «je suis le bon pasteur »;Dom. // post Pcntec, lJoa.,iv, IG : » qui aime Dieu, aime aussi son prochain », et Luc, xvi, 19 : le riche et Lazare; Dom. I V post Pentec, I Petr., v, G : « Le diable rôde comme un lion » et Luc, xv, 1 : la brebis perdue.

2° De la léte des apôtres à Vavent. ■ — Suivant pas à pas le développement du cycle liturgique, nous arrivons à la série de dimanches qui remplit l'espace libre entre les deux grandes périodes dont nous avons parlé au début de cette analyse : Pâques et Noël. Du 7= au 25= dimanche, nous trouvons une succession d'une \ingtaine de péricopes qui se présentent dans un ordre extrêmement remarquable : c'est l'ordre même des épîtres pauUniennes dans la Vulgate ; Rom., Cor., Cor., Gai., Eph., Phil., Col., comme on pourra le voir au premier coup d'oeil sur le tableau comparatif final. C'est donc la continuation pure et simple de la Icclio continua commencée après Pâques avec les épîtres catholiques. Cependant on ne manquera pas d'observer que nous n'avons plus ici l'accord Wurzbourg-Alcuin qui garantissait l'origine romaine et grégorienne du système perpétué par le cornes de Murbach, les caroHngiens, et adopté parle missel romain. Sans entrer dans l'examen détaillé de cette difficulté *, disons que les séries, d'ailleurs fort peu différentes, d'Alcuin et de Murbach sont suffisamment attestées et appuyées par ailleurs pour qu'on y puisse voir avec certitude la véritable tradition romaine de l'époque grégorienne. Au reste, nous avons exactement la matière nécessaire pour combler cette lacune du texte de Wurzbourg dans le ms de Wurzbourg lui-même : c'est celte série de 41 épîtres données sans titres sous les n. 214 à 255, et rangées précisément dans l'ordre normal des paulinicnncs.

Maintenant, pouvons-nous pousser jilus loin la question et essayer de saisir la raison du choix de chaque péricope au cours de cette lectio continuti'.' Hanke.op. cil., p. 392, sq., estime que le problème est insoluble. Dans toute celle saison, aucune fête du Christ ne vient donner la note dominante, ou du moins prépondérante, qui aurait pu inspirer l'ensemble des choix de lectures.

tien et les preuves, que nous ne pouvons exposer ici, dans rètudc de dom Wilmart sur le c(niie.-i de Murbach, dans la Hev. liHiéd., 1913, t. xxx, p. ti()-02.

Les prières du missel ont une teneur très générale et les dimanches ne se relient par aucun caractère commun et suivi. On pourrait présumer que les fètcs des apôtres, de saint Laurent, de saint Michel, de saint Cyprien, qui sont comme les bornes qui jalonnent cette longue route, le souvenir de la Pentecôte à une extrémité et l'approche de l'avent à l'autre, aient influencé et en quelque sorte coloré les lectures. L'analyse ne confirme pas cette hypothèse et nous devons nous borner à constater cet exemple très net de leclio continua.

3° L'avent, Noël, C Epiphanie. — • Cette grande période festivale a des origines obscures que nous n'avons pas à examiner ici. Notons seulement, pour éclairer notre enquête, que la tète de la Nativité n'a pas toujours été célébrée à la même date, et que l'Église d'Occident a emprunté à l'Église d'Orient la fête de l'Epiphanie en ajoutant au sens originel de cette fête, qui était la manifestation de Jésus à son baptême, un nouvel élément : la visite des mages '.

1. Période préparatoire ; l'avent'. — -Pourbien comprendre le choix des leçons, il faut se rappeler que cette période liturgique présente, dès le moment où nous l'atteignons, un caractère déjà complexe : elle est à la fois une préparation au retour du Seigneur pour le jugement, une préparation à la fête de la Nativité, et un rappel des préparations historiques à l' Incarnation. Ces trois aspects sont intimement liés; Noël est bien toujours la fête de la naissance du Seigneur, et l'avent est sa préparation, son attente; mais cette attente se double d'une autre, qui est l'attente du second avènement du Seigneur, de sa parousie, pour le jugement, et la trame liturgique porte la marque de cette double conception : préparation à la fête de la naissance, par rappel du fait historique lui-même, et préparation spirituelle au second avènement.

Dans les documents qui comptent cinq dimanches avant Noël ', la première péricope, Jer., xxra, 5, est une promesse de l'envoi du Messie; celle du 4» dimanche dit dans quelles dispositions il faut l'attendre; celle du 3» dimanche est un appel à la confiance dans les promesses : de Jessé un rejeton se lèvera, les nations espéreront en lui, Rom., xv, 4-13; celle du 2" dimanche (dans les listes anciennes; le missel romain l'a transposée avec la suivante) passe très nettement à l'attente de la parousie du Seigneur comme juge suprême, I Cor., rv, 1-5, et enfin celle du 1" dimanche, Phili, iv, 4-7, est un remarquable exemple de l'union dans le même texte des deux perspectives de l'avent; le Seigneur est proche : nous sommes en ellet à la dernière semaine avant sa naissance, et il est proche aussi comme Juge suprême, dans la pensée de saint Paul. Il est donc manifeste que le choix des péricopes de cette période a été guidé par l'esprit du temps Uturgique en cours, et n'est plus subordonné à la lectio continua. Les épîtres fériales sont conformes, pour le sens, aux dominicales.

2. De Noël à l'Epiphanie. — -Les épîtres de la vigile et du jour de la Nativité se rapportent toutes au fait historique de la naissance de Jésus et à ses conséquences. Les jours suivants sont occupés depuis l'antiquité par les fêtes que l'on connaît *. L'octave n'est point connue de Wurzbourg-Alcuin, qui comptent immédiatement, le premier, quatre dimanches après Noël, et le second, deux seulement. On remarquera que les quatre péri-

' Cf. Ranke, op. cit., et J. Dowden, The Church year and kalendar, Cambridge, 1910, p. 27-32. — • Cf. l'art. Avent, dans ce Dictionn., t. i, col. 3223 sq. — ' On sait qu'avant sa nxation, le dimanche de la Trinité occupait des places variées, tantôt celle de l'octave de la Pentecôte, tantôt à l'autre extrémité il fermait la série des dimanches après la Pentecôte et supprimait ce 5' dimanche de l'avent. Cf. dom Wilmart, dans Rev. bénéd., 1913. t. xxx, p. 58, n. 1. — * Sur la circoncision, de date assez tardive, et sur la messe prohibendum ab idolis, du 1" janvier, cf. J. Dowden,

copes du ms de Wurzbourg se suivent dans l'ordre : Gai., Col., Tim., Hebr. Pour la vigile de l'Epiphanie, le choix paraît un peu étrange, car le texte: Tit., m, 4, s'expliquerait bien mieux après qu'avant la fête. Au jour même, la prophétie d' Isaïe ramène aux faits historiques. Ranl<e, op. cit., p. 381-386.

3. De l'Epiphanie à la scptuagésime. — Cette dernière section, qui va nous ramener à notre point de départ, porte la marque de nombreux remaniements. D'abord la série des quatre dimanches post Nativit. du ms de Wurzbourg doit être factice, et c'est Alcuin qui doit avoir conservé l'ordre régulier : deux dimanches post Natiuit. et cinq post Theophan. D'ailleurs les deux dernières péricopes post Natiuit. du ms de Wurzbourg se retrouvent post Theophan. dans Alcuin. D'autre part, le classement des péricopes dans le ms de Wurzbourg (ordre conservé dans le cornes de Murbach) parait préférable à celui que présente Alcuin : on y remarque en effet une lectio continua de Rom., xn, 1, à xm, 10, pendant quatre dimanches successifs, tandis qu" Alcuin brise ce déroulement.

Comme conclusion de cette longue analyse, 11 nous reste à réunir rapidement ses résultats partiels en une vue d'ensemble. L'auteur ou les auteurs primitifs du lectionnaire romain nous sont totalement inconnus. Nous n'avons sur ce sujet aucune donnée vérifiable et sérieuse '. Les témoins du texte les plus anciens que nous connaissions jusqu'à présent, le cornes d'Alcuin et le ms de Wurzbourg, nous permettent d'atteindre avec sécurité une période très voisine de saint Grégoire; on pourrait essayer de remonter plus haut encore, a travers les écrits des Pères, mais ce serait faire la préhistoire du lectionnaire, et nous ne devons pas dépasser ici l'âge de nos plus anciens témoins. Par l'analyse interne de leur texte, nous avons essayé de saisir les raisons du choix des péricopes, de pénétrer le plan, les intentions de l'auteur ou des auteurs successifs, et nous avons obtenu le résultat suivant : seulement pour les grandes fêtes et leur préparation (carême-Pâques, Avent-Noël),onpeut afhrmer qu'il y a eu sélection et harmonisation des péricopes épîstolaires tant entre elles qu'avec la place qui leur est assignée dans le cycle liturgique ; — -en dehors de ces périodes f estivales, nous avons constaté : de Pâques à la Pentecôte : lectio continua des épîtres catholiques ; de la Pentecôte à l' Avent : continuation des mêmes, puis lectio continua des épîtres pauliniennes; après l'Epiphanie : reprise des paulinicnnes.

Or, cette disposition se trouve précisément d'accord avec celle des lectures de l'office canonial dès le haut moyen âge ", et avec la distribution fréquente des livres du Nouveau Testament dans les bibles de l'antiquité '.

Maintenant, comment s'est opérée la fixation de telle et telle péricope, dans cette lectio continua? Ranke, op. cit., p. 193 sq., a dégagé de l'observation des faits cette probabilité : à l'origine se dessine, sans déterminations précises, mais plutôt en bloc, pour les dimanches et les mercredis, une série d'extraits des lettres de saint Paul qui paraissent particuUèrement convenables, par la forme et par le fond, à la lecture publique dans la liturgie; il semble qu'une première partie de cette série de péricopes, couvrant l'intervalle entre les quatretemps d'été et les quatre-temps d'automne, ait servi à pourvoir les dimanches et les mercredis alternés, puis

op. cil., p. 37-39, et dom Cabrol, Origines liturgiques, appendice C. — * Il y aurait beaucoup à dire sur le rôle attribué par les liturgistes du moyen flge au pape Dantase, à saint Jérôme, à saint Grégoire; mais comme nous n'arriverions à aucun résultat ferme, nous devons attendre que de nouvelles études viennent préciser nos connaiss:tnccs. Cf. Bâumer, Histoire du bréviaire, trad. Biron, Pari^. 1905. 1. 1, p.390sq. — -'CLBaumcr-Biron, op. ci/., 1. 1, p. 3SS-j99. — •Cf. T. Zalm, Geschiclite des neiifcsi. iCanons. Leipzig, 1S90, t. n, p. 380-383, et S. Berger, Histoire de la Vulgate. p. 339.

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