III. ÈRE CÉSARIENNE d'.\nTIOCIIE. .\U IlOrd
des montagnes d'El Barah, dont il est séparé par la fertile plaine d'Edlip, s'étend un second groupe de montagnes, ajipelé le Djebel Ala, qui, à l'ouest, domine le lac d'Antioche, et, à l'est, pousse ses derniers contreforts jusqu'à une demi-journée d'.\lep. l'ius au nord, on rencontre un second groupe de montagnes, moins élevé que le Djebel Ala et qui porte le nom de Djebel Sémàn. Dans le premier on trouve encore une foule de belles ruines chrétiennes, semblables à celles d'El Barah et dans le second, la magnifique église de Deir Sémàn, bâtie à la fin du v« siècle, en l'honneur de saint Siméon Sty'ite, et qui est, sans contredit, la plus belle ruine chrétienne qui existe au monde (voir Diclionn., t.i, col. 2380-2388, fig. 801- 807). La grande route d'Antioche à .\lep passe entre les deux pâtés de montagnes et suit la dépression qui les sépare.
Ici encore les monuments et les inscriptions abondent, mais, bien que l'architecture soit à peu près la même que celle des édifices d'El Barah, les chiffres
' Compiilim, P. G., t. xix. col. 12,33. — ' J'ai cité et rtiumé dans ce paragraphe l'étude ilc U. Sorru\ s, Les Irans-
DICT. D'.\ncn. CllRÉT,
des dates .sont beaucoup moins élevés, et si on les rapportait à l'ère des Séleucides, la construction de toutes ces églises, plus ornées et plus vastes que celle d'Iil Barah, tomberait en plein paganisme, à l'époque des plus cruelles persécutions de l'Église. Il faut donc chercher une autre ère, et le doute n'est point permis; tout ce district est voisin d'.Xntioche, la grande métropole païenne et chrétienne de la Syrie, et l'ère en usage à .\ntioche doit être celle qui a été employée ici. Le point de départ de cette ère a été déterminé par Xoris et Belley, et, ensuite, plus exactement, i)ar Idcler; elle commence à l'automne de l'année 49 avant Jésus-Christ. Le véritable commencement de l'année syrienne était le V octobre; mais à pne époque qu'on ne peut déterminer avec précision, on le recula d'un mois et on fit coïncider le commencement de l'année civile avec celui de l'indiction, c'est-à-dire avec le l" septembre. On trouve dans les auteurs des exemples des deux manières de compter, et nous verrons qu'il en est de même dans les inscriptions, .\insi l'historien ecclésiastique Evagrius, qui écrivait à Antioche, au w siècle, fait commencer l'année au 1"^' septembre, comme l'a démontré Ideler, et l'historien syrien Abou'l-Faradj dit que, de son temps, les Grecs de Syrie commençaient l'année au 1" septembre, tandis que les Syriens proprement dits conservaient l'ancien usage du l" octobre.
Dans le district de Deir Sémàn, habité autrefois par les populations hellénisées, syriennes d'origine, mais ne parlant plus que le grec, l'usage avait prévalu de faire coïncider le commencement de l'année avec celui de l'indiction. L'inscription sui- ■ vante en est la preuve; elle a été copiée par M. de Vogué, au village de Dana, sur une grande maison antique; elle est datée du 27 de gorpisus, de l'an 532 et de la septième indiction. L'année 532 de l'ère d'.Vntioche, ainsi que la septième indiction, commence au 1" septembre 483, et l'inscription a été gravée le 27 septembre de cette année: si on faisait commencer l'année au l"' octobre 483, le 27 gorpiœus 532 correspondrait au 27 septembre 484; mais alors la huitième indîction était déjà commencée, et il n'y aurait plus accord entre les deux données.
Deux autres inscriptions, datées du mois d'août et du mois d'octobre, s'accordent avec l'un et l'autre système. Mais il n'en est pas ainsi d'un autre texte, trouvé à Ktell Lata, à la lisière septentrionale des montagnes d'El Barah. Elle est datée de l'an 497 et de la troisième indiction; l'année 497 d'.\ntioche commence à l'automne de l'an 448 de notre ère, et la troisième indiction au 1"=' septembre de l'an 449; si donc l'année de l'ère locale commençait, comme l'indiction, au V septembre, il y aurait juste une année de dilTérence entre l'année de l'ère et l'indiction, et les deux données chronologiques ne s'accorderaient point entre elles; mais si l'on fait commencer l'année d« l'ère locale au 1'' octobre, le dernier mois de cette année coïncidera avec le premier mois de la troisième indiction, et il en résultera que l'inscription a été gravée au mois de septembre 449. On se demande pourquoi les anciens habitants du village de Ktell I ita ont employé l'ère d'.-\ntioche de préférence à celle des Séleucides, usitée dans tout le groupe de montagnes dont dépendait leur territoire; cela peut tenir au caprice du personnage qui a fait élever le monument, ou bien à la circonstance que ce village se trouve à l'extrémité des montagnes d'El Barah, sur la limite, en quelque sorte, du domaine des deux ères. Quant à l'époque du commencement de l'année, pour laquelle il eut été fort incommode de s'écarter
Inrntationa de l'aTa Alexandrina nir'nor, dans lîcimc de pliihlogie, 1907, t. xxxi, p. 251-2G4.
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des errements suivis dans le voisinage, l'habitant de Ktell Lata s'en est tenu à l'usage universellement adopté par ses voisins d'El Barah, qui se servaient de l'ère des Séleucides et commençaient leur année au 1<" octobre.
Des remarques qui précèdent et de celles qui seront faites à l'occasion de l'ère des Séleucides, il résulte clairement que cette dernière était généralement employée dans la portion moyenne de la Sjrie, et l'ère d'Antioche dans la Syrie du nord. Ces deux ères appliquées aux monuments donnent des résultats en parfaite concordance. Dans les deux groupes, les derniers monuments païens portent des dates antérieures de quelques années au règne de Constantin, et les monuments chrétiens des dates postérieures à la paix de l'Église.
IV. Ère de Bostra '. — Le point de départ de l'ère de Bostra (voir ce mot) est indiqué dans le Chronicon pascbale; on y lit à l'année 105 après Jésus- Christ ; IIsTpaTot xai BoaTpï]vol èvteûOev toùç sotUTÛv xpôvoui; àp'.6;j.oûa'.. L'année 105 est celle où l'Arabie fut conquise par Cornélius Palma, légat de Syrie pour l'empereur Trajan, et réduite en province romaine. On a manqué longtemps des documents nécessaires pour déterminer avec précision le commencement de cette ère; grâce aux nombreuses inscriptions copiées par Waddington, tant à Bostra que dans l'Auranitide et la Trachonitide, il est devenu possible d'arriver à une date certaine.
L'ère employée dans presque toutes les inscriptions de ces provinces est celle qu'on trouve mentionnée dans le Chronicon paschale. La mention de l'année 104 se lit sur une médaille frappée à Bostra sous Septime- Sévère et l'année 434 se lit sur une inscription gravée dans cette ville sous Justinien. Enfin, sur une autre inscription de Bostra on lit la date 134 et la mention TÎ)!; ETtap/iaç, d'où il résulte que l'ère n'était pas particulière à la ville, mais commune à toute la province. En effet, l'année de la province, tÎ)ç èTïapxîaç ou TtiQ èizoLçylou, est mentionnée dans des inscriptions de Salkhat, de Bousàn, d'El Hayat, de Harran, de Busr el Hariri, localités toutes situées dans r.'\uranitide et dans la Trachonitide. Cependant, dans quelques cas, l'origine de l'ère est rapportée plus directement à la ville de Bostra; dans une inscription de Harran on trouve l'expression eto-jç BocrTpTjvcôv, et à .'Vmrah stouç xarà BôoTpa; comme Bostra était à cette époque la capitale de la province et la résidence du légat, cette expression s'explique d'ellemême. Enfin, une médaille de Rabbath-moba, à l'effigie de Caracalla et portant la date 105, montre que l'ère de Bostra était usitée dans cette ville, qui appartenait également à la province d'Arabie.
Pour déterminer exactement le commencement de l'ère, nous aurons recours à deux inscriptions de Harran, encore sur leur emplacement primitif, encastrées dans la façade d'un édifice antique, qui était un ttkvSoxeTov ou hôtellerie publique, dont le rez-de-chaussée a été construit par tels et tels et le premier étage achevé par d'autres. La première inscription est placée au-dessus de la porte d'entrée, la seconde au-dessus d'une fenêtre du premier étage; toutes les deux sont datées de la même année 292, appelée année de Bostra dans la première, et année de la province dans la seconde; dans toutes les deux on a ajouté l'indiction qui est la 10« dans la première et la 11* pour la seconde. Voici donc une même année qui correspond à deux indictions successives.
En prenant pour base l'an 105, indiqué par le
* L'auteur qui devait aborder cette question des ères syriennes n'a pu tenir sa promesse, ayant été mobilisé; la notice de Waddington demeure exacte et nous l:i reprodui-
Chronicon paschale, on voit que l'année 292 de l'ère de Bostra correspond à peu près à l'année 397 de l'ère chrétienne; or la 10» indiction commence au 1" septembre 396, et la 11* au 1" septembre de l'année suivante; d'où il résulte que le commencement de l'année 292 de Bostra tombe entre le 2 septembre 396 et le 31 août 397. Slais un passage du commentaire de Simplicius sur la Phi/sique d'.\ristote nous apprend que les Arabes et les habitants de Damas commençaient l'année à l'équinoxe du printemps, et par conséquent l'on peut fixer avec toute certitude au 22 mars le commencement de l'année de Bostra. .\insl l'ère de Bostra commence au 22 mars de l'an 106, et en ajoutant 105 à une année de l'ère de Bostra on trouvera l'année correspondante de l'ère chrétienne, au 22 mars de laquelle elle a commencé.
De nombreuses inscriptions confirment ce résultat et les objections qui avaient jadis arrêté Wetzstein se sont évanouies devant la lecture de copies phu correctes. Ainsi une inscription de Sahwet el Khudr. gravée sous le règne de Marc-Aurèle, porte la date CO. qui correspond à l'année 171 de notre ère, onzième du règne de ce prince. Une inscription d'Imtàn, gravée sous Constantin et Constant, est de l'année 238 de Bostra, 343 de notre ère, qui appartient ellectivcment au règne de ces princes. Sur treize inscriptions du Recueil de Waddington qui portent à la fois la date de l'ère et le chiffre de l'indiction, dix sont datées de l'indiction qui correspond à la première moitié de l'année provinciale, tandis que trois seulement furent gravées pendant l'indiction qui correspond à la seconde moitié de l'année. Cette anomalie s'explique par ce fait, que les édifices auxquels appartiennent ces inscriptions ont dû généralement être bâtis pendant la belle saison, qui comprenait toute la première moitié de l'année de Bostra.
Dans la grande majorité des inscriptions datées, on trouve seulement la mention de l'année, sans l'indication spéciale de l'indiction ou de l'ère à laquelle elle se rapporte; mais il est évident que, sauf preuve du contraire, c'est toujours à l'ère provinciale qu'il faut les rapporter. L'usage de l'ère de Bostra se propagea lentement d'abord, comme il arrive toujours lorsqu'on veut changer les habitudes d'un peuple. Ce n'est qu'au m« siècle de l'ère de Bostra que les témoins s'en rencontrent dans toute l'étendue de l'Auranitide et de la Trachonitide, tandis que jusque-là ces témoins étaient confinés dans la portion méridionale de r.\uraniti(le, à proximité de Bostra et du désert de Syrie. .\ partir du iv» et du v» siècle de l'ère, les témoins sont moins nombreux, enfin ceux du vi<> siècle de l'ère ne se rencontrent plus que sur la lisière du désert. Waddington avait relevé pour le v siècle de l'ère provinciale trois dates qui correspondent aux années 633, 644 et 665 de l'ère chrétienne et se trouvent sur des monuments chrétiens; la première est antérieure de quatre ans à l'établissement définitif de la domination musulmane en Syrie (637) et à la soumission du dernier prince Ghassanidc; les deux autres sont postérieures de quelques années à cet événement, mais ce n'est pas une raison pour les rapporter à une autre ère, l'ère chrétienne par exemple. Il n'y a aucune trace de l'emploi de l'ère chrétienne en Syrie à cette époque. Pendant le premier demi-siècle de la conquête musulmane, il devait rester encore bon nombre de chrétiens dans ces districts écartés et arides, si peu faits pour attirer la cupidité des conquérants, qui avalent devant enx tant de riches provinces à envahir; et il est très
sons inté;!rnlcnient. Je n'ai pu parvenir A me procurer J. Rouvicr, Les ères de Boirgs el de Bfrule, dans Journal inlernaliimal d'arrhiologle niiinismaliqiie, .Mliènes, 1899.
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naturel de supposer qu'ils aient conservé encore pendant quelques années leurs usages et leur ère traditionnelle.
V. ÈRE DE Chaqqa. — Outre l'ère générale de la province, on trouve encore dans quelques localités une ère particulière. Ainsi les dates des inscriptions de Chaqqa ne s'accordent ni avec l'ère de Bostra, ni avec celle des Sélcucides, usitée dans les environs de Damas; elle est d'ailleurs désignée expressément dans les inscriptions comme etoç tîji; tzoXsuic;. Chaqqa est l'ancienne Saxxata de Ptolémée, ville principale de la Batanée, et qui devint colonie romaine probablement sous le règne de Septime-Sévère ou d'Alexandre Sévère; ces faits, qui résultent de dillérentes inscriptions, nous mettent sur la voie pour fixer le commencement de l'ère locale : il faut sans doute la rapporter à l'établissement de la colonie romaine. Dans tous les cas cette ère a peu d'importance et on n'en trouve pas trace ailleurs que sur les monuments de Chaqqa. (Voir Didionn., t. ni col. 5091.
VI. Ère de l'Église byzantine. — Dès le début du vu" siècle, on voit, à Byzance, se multiplier les ères mondaines. Ce nom d'^re peut servir à désigner deux choses complètement distinctes : ou bien l'écart numérique qui sépare une ère mondaine donnée de l'ère chrétienne ou dionysienne; ou bien la réduction d'une ère mondaine donnée à l'ère chrétienne, ou, si l'on préfère, la date assignée par l'auteur à la naissance de Jésus-Christ. L'ère mondaine d'un auteur est l'écart que présentent ses années mondaines avec les dates correspondantes de l'ère dionysienne; l'ère chrétienne d'un auteur est l'année mondaine en laquelle il place la naissance de Jésus-Christ.
1° Ère mondaine de 5492 ou ère alexandrine, appliquée d'abord, semble-t-il, par Annianos et non par Panodore, bien qu'elle porte le nom de ce dernier. Adoptée ensuite par l'Église orientale, elle se retrouve chez George le Syncelle, qui l'appliquait même aux faits contemporains, chez Théophane et chez un grand nombre de chroniqueurs byzantins.
2° Ère mondaine de 5508 ou ère byzantine.
3° Ère mondaine de 5509, utilisée par l'auteur du Chronicnn paschalc.
4» Ère mondaine de 5516, qui se retrouve chez l'un des premiers rédacteurs de VEpilome B.
Les ères chrétiennes qui se combinent avec l'une ou l'autre de ces ères mondaines sont :
1° Ère de 5500 ou ère de Jules l'Africain, dont l'emploi se perpétue chez les chroniqueurs byzantins jusqu'au x" siècle.
"ifi Ère de 5501 ou ère d'Annianos, que nous retrouvons au wi' siècle, à Byzance, chez saint Maxime.
3° Ère de 5506, qui se retrouve dans l'une des traditions combinées par l'auteur du Chronicon paschale, d'après laquelle Jésus-Christ, âgé de trente ans et treize jours, aurait été baplisé le6 janvier de l'an 5536. Une tradition analogue est connue de Cédrénus, qui place l;i nativité en l'an 5506 et la Passion en l'an 5539 ; cotte même chronologie se retrouve dans un cycle de chroniques dont les principaux représentants sont l'Ecloge de Wirth, le Xpovixàv èTrÎTO(iov, la chronique attribuée à Jean'de Sicile et le Chronion Barberini
4° Ere de 5507, employée à la fois par le Chronicon paschale et par la source additionnelle de la Chronique du ms. de Paris S54, avec cette différence toutefois, que l'un place la passion en l'an du monde 5540, l'autre en l'an du monde 5539.
5° Ère chrétienne de 5508, généralement confondue avec l'ère mondaine de 5508 ou ère bj'zantine. La réduction de l'ère mondaine de 5508 à l'ère chrétienne de 550S est très tardive.
G" Ère de 5516, inventée, d'.iprès saint Maxime,
par les computistes qu'il nomme ol TtsvTotTiXo'JvTô? xal è^aTrXoOvTï;.
Toutes ces ères mondaines et toutes ces ères chrétiennes ont un caractère commun, qui est d'être liées à une méthode pascale déterminée.
C'est au début du vii« siècle que nous constatons pour la première fois, à Byzance, la préoccupation et l'étude des ères mondaines et chrétiennes. Jusqu'alors l'administration byzantine ne fait usage de l'une ni de l'autre. Les inscriptions, les papyrus, les textes liistoriques ou juridiques sont datés par la désignation de l'empereur régnant et de l'indiction. Parfois, par un souci de précision, l'indiction est assurée par le synchronisme avec l'année du règne ou l'année couespondante d'une ère locale. Même sous Héraclius, qui avait le souci des choses astronomiques, le sj'stèm& traditionnel est respecté. En appendice au commentaire des Tables manuelles de Ptolémée, qui, pour être l'œuvTe d'Etienne d'Alexandrie, n'en porte pas moins la signature d'Héraclius lui-même, l'empereur avait publié une méthode pascale. Il n'y est question ni d'ère mondaine, ni d'ère chrétienne. La base chronologique est l'année indictionnelle, le cycle solaire commence en la 3" année d'Héraclius, le cycle lunaire en la 8« indiction de Jlaurice.
En regard de la chronologie ofTicielle et ci\'ile existait une chronologie ecclésiastique, sur laquelle saint IMaxime nous donne des renseignements précis '. « Selon le comput et la tradition de l'Église », dit-il, l'année 31 d'Héraclius correspondait à l'an du monde 6133. Ce même chiffre apparaît pour la même année dans la Xpôvcov àptGtiYjoiç xal ô(/.âi;, annexée par saint Maxime à sa méthode pascale. Comme l'année 31 d'Héraclius correspond à l'année 641 de notre ère, l'ère mondaine de saint Maxime présente nécessairement avec l'ère dionysienne un écart de 6133 — 641 = 5492 ans. L'ère mondaine de saint Maxime, traditionnelle dans l'Église, n'est donc autre chose que l'ère alexandrine d'Annianos.
L'ère clirétienne de saint Maxime est l'objet d'un paragraphe spécial de sa méthode. Jésus-Christ est né, selon lui, en l'année 5501 et mort en l'année 5534. Ces dates correspondent-elles aussi à la tradition alexandrine d'.\nnianos. Celui-ci, de même, admettait l'année 5501 comme année de la nativité et, s'il semble différer de saint Maxime pour l'année de la passion, c'est qu'au lieu de placer le début de l'année le 23 mars, le jour même de la passion, il ne la faisait commencer que le 25 mars, jour de la résurrection. C'est donc l'ère d'Annianos, devenue traditionnelle dans l'Église, qu'adopte et que défend saint Maxime.
Celui-ci, partisan de l'ère ecclésiastique, fait sa place à la chronologie civile ou indictionnelle. Il fait remarquer que, si les cycles solaire et lunaire équivalent aux restes de la division par 28 et 19 de l'an du monde, par contre, l'indiction se montre rebelle à ce calcul. Elle a été instituée en l'an du monde 5460, qui, divisé far 15, donne un reste 15. Or, l'an du monde 5460 fut, de par la volonté d'Auguste, non pas une année 15", mais une 1" année d'indiction. et il faut par conséquent, pour reconnaître l'indiction, augmenter d'une unité l'an du monde que l'on divisera ensuite par 15. Certes, la préoccupation d'un traitement uniforme, par lequel on pourrait reconnaître, en fonction de l'an du monde, le cycle solaire, le cycle lunaire et l'indiction, ne conduit pas saint Maxime à suspecter, moins encore à modifier, la chronologie traditionnelle de l'Église byzantine, mais cette préoccupation existe chez lui, ou du moins autour de lui. Elle peut expliquer peut-être pourquoi
' S. Maxime, Cumptilus ecclesiaslicus, P. G., t. xix col. 1217-1280.
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!a méthode pascale de saint Maxime apparaît comme une œuvre de polémique, où l'année traditionnelle, l'ère traditionnelle, la méthode traditionnelle de comput sont défendues autant qu'enseignées et où elles sont sans cesse comparées à un autre système, fortement malmené, exposé avec une obscurité voulue, le système des TTEVTaTrXoîivTeç y.oà éïaTrXoûvTCç '.
VII. ÈRE DE Carthage. — A Bône ( = Hippo-Régiiis), dans les dépendances d'une maison, fut trouvée une pierre tumulaire, envoyée à Paris, en 1833, et placée • à l'entrée du département des livres imprimés de la bibliothèque du roi ». Elle porte l'inscription suivante -:
APRILIA FIDELIS VI X IT ANNOS LXXV RECESSIT IN PACE SVB DIE III KAL SE P TE M B 5 ANNO XXIIII
KARTAGINIS Il est ici question d'une ère dite de Cartilage. D'après Dureau de La Malle, cette ère se lit sur plusieurs médailles de Justinien; en effet, les monnaies de ce prince, frappées à Carthage, après la victoire <le Decimum, adoptent une chronologie fixée d'après l'année 533, date de la réoccupation de la province par les Byzantins, comme point de départ '. Cette épitaphe daterait donc de l'année 557-558.
C'est à cette même ère que se rapporte l'épitaphe tracée sur une tombe en mosaïque provenant de Lamta(= Lepli-Minus) et actuellement à Monastir*:
5 XV III PLS M RE QV I E B I T IN PACE m D I E V I KL-I VLI AS AN NO XX