‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 2)Chapitre 97 sur 331 · C 0 N DOM ■ C P-MOR · texte numérisé non relu

C 0 N DOM ■ C P-MOR

S'-HERCVLANI-VC EDICANTE- LAVRENTIO ' DOWl-AN-P-CCCCXIII-AMEN

On voit que cette inscription était destinée à constater l'inhumation à Sétif des restes du martyr Laurent. On lit ce nom dans le martyrologe romain, à la date du 28 septembre, rapproché de celui de Martial, martyrisé en Numidie, en même temps que lui, et vingt autres fidèles, mais sans aucune indication qui autorise à désigner, ni même à soupçonner le lieu et la date du matryre.

L'inscription olïre deux dates : dans la première, malgré l'adoption de l'ère consulaire, on ne s'est pa> servi du calendrier romain puisque le lapicide a écrit : III IV(<')N[s's1 au lieu de m NON'[os): mais admettons que ce n'est là qu'une erreur de transcription. Pour la deuxième date, le rédacteur semble avoir voulu d'abord compter les années à partir de la mort du Christ; puis, il s'est ravisé, craignant peut-être de ne pas réussir la réduction nécessaire, et s'est contenté de recourir à l'ère provinciale, à laquelle il était évidemment plus habitué. Il faut donc lire :

In hoc locu saiicto, dcposilœ sunt rcliquiœ sancii Laurenli martiris. die m mensis aiifiasti. consulalu Hcrculani viri clarissimi, die. Domini, dedicante Latirentio viro vcnerabili sacerdotc, posl morlcm Domini. anno provincife 413. Amen.

Les deux dates se rapportent-elles à un fait unique, c'est-à-dire à l'inhumation à Sétif des reliques de Laurent? Oui. évidemment; car si l'auteur du monument eût voulu, par la première, indiquer l'époque du martyre de ce saint, et par la seconde celle de la translation des reliques, il se filt servi de la même ère pour toutes les deux. Remarquons toutefois que le consulat d'Herculanus répond à l'année 4ô'2 et l'an 41.5 de la province à l'an 455 de l'ère chrétienne et qu'il y a, par conséquent, entre ces deux dates, un écart de trois ans. Mais, à cette époque, les flottes vandales étaient, depuis longtemps, maîtresses de la Méditerranée: les communications entre Home et la Maurétanie sitifienne devaient être fort difTiciles et l'on pouvait ne pas être dans cette province bien au cou-

Explication de deux épigraphes chrétiennes... nu détermination de l'ère de la province de Mauritanie, dans Collection de précis historiques. Uruxcllcs, 1854. p. 477 ; 1S50, p. 81-90 . 105-111; L. Renier, dans Revue archéologique, 1854-18.Î5. t. XI, p. 445; G. Henzen. Jnscriptionum antiqutwum anip/i.ssima collcclio, in-8». Turici. 1856, t. m, n. 5337, .53.58; A. Bcrbrugger, I.'érc luatirétaniennc, dons Revue africaine, 1856, t. I. p. 20 217, 313 ;C. Cavcdoni, dans Opuscoli religiosi... di Muitena. t. vi, p. 322, 335; Crculy, daps An nuairede la Société urc/ièofogiçue Je Con.i/iiii/iiii', 1858-1859. p. 2 sq. ; L. Renier, i<<>riiei( des inscriptions latines de l'Ai gérie. n. 3431; Piper. Die chrislliche l'e.ttrechnung, dan'! Evang. Kalendcr vom Jahre, 1855; A. Poulie, De l'ire mnurêtanienne et de l'epnque de la division de la Manrétanie Césarienne en deux provinces, dans Annuaire de la Soc. arch. de Conslantine, 1862. t. vi, p. 261 sq. : Recueil de la Soc. arch. de Constuntine. 1871-1872, p. 51; Corp. in.srr. lai., t. viii. n. 8030; De Rossi. Inscript, christ, iirhis Ronia-, in-fol . Roime, 1861. t. i, prn'f.. p. vi; P. .Moiuraux, Enquête sur l'épigraphie chret. d'A/rique, dans .^leinoires i>réseutés par divers savants à l^.^cadémie. 1908. l. xii <i. p. 282, n. 305. La troisième liniie de l'inscription est enlninée d'un endre ft parait avoir été liruvff après coup pour rempliicer une linri'eïTacée.

ERE

rant de la succession des consulats. C'est mcmc ce (|ui explique l'emploi, dans notre inscription, d'une seconde date, rapportée à une ère locale, mais dont l'auteur était sur, après une iiremierc date, pour ainsi dire olBcielle, mais sur huiuelle planait une sorte d'incertitude.

L'emploi de ces deux dates pe\it donner lieu à une autre remarque. Les auteurs de \'.\rl de vérifier les dnles disent que « Genséric data de l'époque de la prise de Cartilage les années de son règne •>. On en doit conclure que cette époque servit de point de départ à une ère nouvelle, d'après laquelle on dut, dès lors, compter les années dans les contrées soumises à la domination des Vandales. Ce cjui le prouve, d'ailleurs, ce sont les médailles frappées à Cartilage par ordre de Genséric et sur lesquelles on lit les dates K ANNO Mil et K. ANNOV; c'est encore que Justinien, devenu maître de r.Vfrique septentrionale, crut nécessaire d'y établir une nouvelle ère, ce qu'il n'aurait certainement pas fait si l'on avait continué jusqu'à ce moment à y dater par l'ère de la province et par les fastes <:onsulaiies.

Ce fait admis, on ne peut supposer que, dans une ville soumise an conquérant vandale, on ait employé sur un monument public cette dernière façon de dater; c'eût été déclarer publiquement qu'on ne reconnaissait pas l'avènement de la dynastie vandale et, certainement, du caractère dont était Genséric, la bravade ne fût pas demeurée impunie. Que conclure de tout ceci"? C'est qu'à l'époque oCi l'inscription fut gravée, c'est-à-dire au 3 août 455, la Maurétanie sétifienne n'était pas encore au pouvoir de Genséric; en d'autres termes, c'est que ce prince ne fit la conquête des trois Maurétanies qu'après son expédition d'Italie et la prise de Rome, laquelle eut lieu, comme on sait, le 12 juin de la même année.

L'explication donnée par L. Renier au sujet des mots posl morlem Doinini peut sembler bien insufTisante. Si le laiiicide voulait supputer les années depuis la mort du Clirist, la difficulté était si insignifiante <lii'on s'explique ilifTicilement qu'il n'aurait pu en venir à bout. S'il a employé cette formule, c'est qu'elle représentait un procédé fréquemment employé dans l'Église d'Afrique. Celle-ci commençait l'année au '25 mars, jour qu'elle tenait pour l'anniversaire de la mort du Sauveur; il s'ensuit que les localités qui suivaient le comput africain voyaient l'année civile fractionnée en deux sections, l'une unie jmsclui, l'autre jmsi jxisclia; par conséquent, l'ère provinciale était scindée, elle aussi, en deux sections qui portaient les désignations de ante morlem Dumini pour la période antérieure au '25 mars, et posl morlem Domini pour la période postérieure à cette date. Ce qui serait de nature à surprendre, c'est que l'inscription de Sétif est, jusqu'à ce jour, la seule qui olïre cette mention, bien que l'emploi de l'ère de Maurétanie soit des plus fréquents, observe le P. de Buck; à quoi J.-B. Ue Rossi répond que cette inscription est d'un type exceptionnel, c'est une inscription liturgique. Elle fait mémoire, non d'un martyr de la persécution vandale, imaginé par L. Renier, mais de saint Laurent, le célèbre diacre romain, dont les reliques étaient déposées dans un oratoire ou dans une basilique le 3« jour du mois d'août, de sorte que, si la dédicace de cet oratoire ou de cette basilique avait été célébrée au moyen de cette disposition, l'octave qu'il était il'usage de faire en pareille circonstance tombait le 10= jour du mois d'août, jour de la fête de saint Laurent.

* R. Gagnât, Chronique d'épigruphie africaine, dans Hull. urcliéol. du Comité. 1895, p. 319 sq. — = Ihid., cl. E. Michon. Nouvelles aniijoutea à eulogies, dans Méni. de la Soc. nul. des anti . de France. 1897, p. 299; Cli. i;iernionl-Ganncaii, I.c culle de saint Mennas en Maurétanie, dans Mit.

La simple mention de l'ère de Maurétanie peut conduire à des constatations topographiques qui ne sont pas sans importance. Une pierre trouvée, en 1895, à Khermet el Ma el .\biod, entre Constantine et Sétif, est datée de l'an 4.'J5 de l'ère de .Maurétanie, qui correspond a l'année 474 de l'ère chrétienne ' :

IN HOC LOCO SVNT MEMO RIE SANG • MARTIRVM^<<^-" J^^^L AVRENTl-IPPOLITIjg0^E^/F\MlE J^<^~ MINNE

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