‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 3)Chapitre 205 sur 423 · ANT · texte numérisé non relu

ANT

• KOni

• PHOC

■ AOP

A Rome et dansjespays de langue latine, on fit usage du mot fossor ou fossarius. Muratori pensait que la présence de ce mot suffisait à prouver l'origine chrétienne d'une épitaphe '; c'est trop dire. Sans doute on en pourrait compter facilement les exemples sur des pierres païennes, mais enfin on pourrait les compter. Nous connaissons sur un cippe païen élevé par Tiberius Claudius Cratinus à celle qu'il nomme callibertse suie, la formule finale suivante : FOSSOR PARCE HIC IAM CVBAT 5.

Une inscription du 111e et peut-être du 11e siècle, certainement chrétienne, fait mention d'un fossor, et TOnoçuXa? :

TCOiY)(raç BaiScope àvTEÔrJxjx e(xi ÏJcôv tco te tottoçùXaxt xal u-ecteiteûx tfoaaopt (Svjvâpia) 8éxa* TrapavyéXXo te Èv ôvôjiaTi xal 0(eo)û u.ï;te Èv Taïç aToaïç (j.t)te Èv roi xïjTîco 7rôïXov 7^ ccofia TsOîjvai TVXÇ-kt, '.Cl-I àp/TJÔEV coptauivcov ttueXcov 8<jo. 'O Se ab-rçaôu-Evo:; xal 6 Èi:iTpÉtjiov Ts6T)vai, }.6yov tco x(upi)co Scôcyouatv.

In hoc loco hupogœi requielnrio facto Theodorus sursum positus (ou bien anle positus) est relinqucns et loci cuslodi et fossori denurios decem. Et obnuncio in nomine et intercessione Dei (ou bien Deus sponsorem invocans) neque in porticibus ncque in horlo arcam vel corpus (licere) poni, exceptis duabus arcis ab initia constituas, qui vero petieril et qui permiseril poni rationem Deo reddent.

Voici donc un fossor qui est en même temps gardien de cimetière et reçoit pour la surveillance et l'entretien d'un tombeau bisome la petite rétribution de dix deniers. Comme la tombe était entourée de portiques et de jardins, le fossor se trouvait évidemment charge des mêmes soins pour les autres tombes du même enclos; en même temps que fossor il était donc un peu jardinier. Mais resterait à savoir s'il appartenait en quelque manière, par son titre de fossor à la hiérarchie cléricale? On n'en aperçoit nul indice.

Cette inscription qui a fait autrefois partie du cabinet du cardinal Passionei et dont l'origine est inconnue, est entrée, depuis lors dans les collections de la bibliothèque vaticane. Giacuzzi et Kirchhoff ne parvenaient pas à y découvrir le nom du défunt. J. R. de Rossi propose de lire à la deuxième ligne: 7roi7]aa; ©aloVops <xv(e)té07] ou bien àv-E(-é)0T) ; ainsi le nom du défunt serait Théodore e.

Quoiqu'il en soit, nous voyons que les [ossores pouvaient désigner des artisans aux fonctions fort diverses. Outie le pic pour creuser, l'ascia pour aplanir, la truelle pour maçonner etplàtrer, le pinceau pour décorer, le stylet pour graver, il leur fallait encore manier la bêche et le râteau pour jardiner. Nous verrons plus loin par les peintures du tombeau du fossor Diogène qu'ils maniaient encore le compas et l'équerre avec la règle. Enfin ils sont administrateurs, passent des contrats de vente et d'achat d'une concession, débattent le prix d'un loculus ou d'un arcosolium ou d'un cubicule, et lorsque l'affaire en vaut la peine font venir des témoins et se rassemblent en nombre pour la signature d'un contrat pour lequel parfois on convoque un prêtre, comme dans ce cas7:

L- FAVSTINI QVEM COM PARAVIT A IVLIO MANSIONARIO SVB CONSCIENTIA PRES 5 BYTERI MARCIANI

Ici le fossor porte un titre différent, celui de mansi^-

£N TGÛAE TCÙ TOTTCO TOY KATATAIOY THN KATATTAYCIN nOIHCAC OAIAGOPC ANTCOH • AEIYGON TCOTC TOTTOOYAAKI KAI OOCCOPI -X" ACKA-nAPANreAAûûTe €N ONOMATI KAI M€CeiT€IA ©Y MHTC CN TAIC CTOAIC MHTC CN TCO KHT7GÙ TTYCAON H CCOMA TCOHN Al -TÏAPeZ TCON APXHOCN CùPICME NOON TTYCAGÛN AYO • OAC AITHCOMENOC KAI O eTTITPCYON TCOHNAI AOTON TO KCO AOCOYCIN

'Ev TCoSe T(o TCI-CO TO'J y.7.--X--7.:.'y'l TT)V XIT7.7:a'JTO

1 Code T/iéodosien, 1. XVI, tit. n, 1. 15. — " Code Tlié.odosien, 1. III, tit.i, 1. 1. — ■' A. deWaal, Iiatalog der Sammlung altchristlicher SUulpturen und Inschri/tcn im drutschen National Hospiz von Campo Santo dans Rômischc Quartalsclirifl, 1892, p. 18: J. Wittig, Die altclirislliche Skulptwen in Muséum des deatschen nationalstiflung am Campo Santo, In-fol. Rom. 1906. p. 53, flg. 13. — 'Muratori, Novusthesau-

narius, sorte de sacristain en dehors des ordres. F.t

rus veter. inscript., in-fol., Mediolani, 1739, p. 1969, n. 3. — hEfjemcridi letterarii di Roma,t. xra, p. 92 ; Cardinali, Diplom . milit., p. 71 ; Orelli-Henzen, Inscript, lat., n. 7403. — 6 Gin cuzzi ( Jacutius), De Bonusœ et A Icnntc titulo, p. 45 ; Passionei, /scri:ionianfic/ie,in-fol.,Luca,1763,p.l36,n.4; Corp. inscr. grwc, t.iv, n. 9546; De Rossi, Roma sotlerranea, t. m,!p.431, 432. — U).Mariicclii,Epi'9r.7/i«rrisiïnn«,1910, p.332,n. 104.

•jn.,:.

l 0SS0YE1 RS

ceci nous amené a voir le rang hiérarchique des fossores.

III. Rang hiérarchique. - - La corporation des fossores aurait-elle « i <- Instituée pas Constantin ou par Constant? On n'aurait connu rien de semblable à l'époque des persécutions »î II MiflU pour réfuter cette opinion de transcrire un passage du procès verbal de tradition a l'Église de Cilla (voir Cm lu m i.) en 303. L'inventaire s'exprime ainsi : in domo, in qua christiani conoeniebant... sedenle Paulo episeopo, Montant) et Viciore, Deusatelio el Memorio presbyteris. adstante Marte eum Helio et Marte diaconis, Marcuclio, Calullino, Siloano et Caroso subdiaconis, Januario, Meraeln. Pruetuoso, Miggine, Salurnino, Viclore, Samsurici et céleris fossoribus -. Voici six (ossoreseA plus dans une église où les tombes et le cimetière nous sont heureusement connus, on ne pratiquait pas les inhumations souterraines à Cherche! ; en outre, à une date certaine, 303, ces fossores prennent rang tout de suite après les sous-diacres, dans une occasion qui ne concerne pas particulièrement leur métier et le cimetière, mais à propos de la synaxe de l'église, de la bibliothèque, des magasins. Ils n'étaient donc pas des clercs du du ni i rang; le faussaire qui composa la correspondance apocryphe de saint Ignace d'AntiOChe a donc induit en erreur en reléguant les XOTttûvrsç, parmi les clercs les plus inférieurs.

A partir de la paix de l'Église nous voyons les fossores comptés dans les rangs du clergé. Les lois civiles de 357 et de 360 qui ont été rappelées plus haut leur accordent tous les mêmes privilèges que les clercs; saint Jérôme donne ce titre de elerici à ceux qui avaient cette charge, offlcium, d'ensevelir et d'inhumer: linteo cadaver obvolvere, fossam humum lapidibus construentes ex more tumulum parure*. Épiphane, l'auteur anonyme du traité de seplem ordinibus ecclesiœ, le liber nolarum de l'iron, le chroniqueur du vi" siècle édite par Mai placent les fossarii, kowÂtou au dernier ou à l'avant-dernier degré de la hiérarchie*.

Étaient-ils de véritables clercs? Constituaient ils un degré hiérarchique parmi les ordres mineurs, nu bien leur office de fossor était-il associé indifféremment à l'un ou à l'autre des ordres mineurs.' Il semble, que dans certains cas, on ne les distinguait pas des ostiarii. Dans le document relatil de l'Église deCirta, on voit nommer l'éveq uc. 1rs prêtres, les diacres, les sous diacres et les fossores, tous présents pour une affaire qui concerne le lieu des réunions liturgiques. Peut-être les sept individus qualifiés fossores étaient-ils en même temps ostiarii, mais c'est le premier nom qu'on leur donne. Par contre a Home, sous lepontitical du pape t .orneille,

en 251, c'est-à-dire un demi siècle a\ ant le documentde de Cirta, nous possédons un dénombrement complet du clergé de l'Église romaine qui comprend, pour les ordres mineurs : quarante-deux acolytes, cinquantedeux exorcistes, lecteurs et portiers, il n'est pas questions de fossores; peut-être ici sont ils confondu les ostiarii, mais c'est ce titre qui prévaut sur l'autre.

Ce nombre de cinquante-deux parait fautif et très insuffisant. De Roi l propose d'j ajouter une ou deux centaines. A Carthage, ou ..n a retrouvé en si grand nombre des épitaphi s de clercs des ordres mlneui du

IVe et du V siècle, il n'a pas été découvert une seule

épitaphe de fossor. A Hadrumète, ou il existait une catacombe nulle mention de

Dans les documents du i\- siècli > I dei >ii i les suivants, les fouoril et Copiais sont expressément dis-

1 Agnelll ' tnorato, Dtsst rtaL, vu ; P. A. Zaccaria, De leglbu procbrht. reltg.aConstantlnoediUs, dansLapI, Dtssertaxionl, in- 1 , 1785, t. it p. 288. ' Gesta purgatloti dans s Optai . Opéra, édit. Elliei lui Pin, p. 168. ' S. Jéi. n,i tnnocentium de mullere septtesteta, i' i . t. x\ii.nii.ini, -'DuCange, Glossaire, au mot Fossarlus;

tincts des ostiarii, el dans quelques uns de ces textes

ils constituent un des sept degrés de la hiérarchie inférieure, d'où ont disparu acolytes et exercistes gradua ecclesiœ... septem osliarius,fossarius,leclor, sub diaconus, diaconus, presbyter, episcopus '.

IV. Dignité de la fonction. Dans les galerii et cubicuies d'époque antérieure a la paix de l'Église, aussi bien dans la ealaeoiube de Calliste que dans les autres catacombes, on ne rencontre ni mention, ni indice quelconque de l'ingérence des fossores, d'une vente opérée par eux ou du prix perçu, Ces contrats de vente ne se rencontrent qu'à une date postérieure dans les galeries creusées au iv siècle, ou bien dans les tombes percées parmi des arcosolia plus anciens. Et cependant le plus gros de l'œuvre d'excavation remonte à l'époque des persécutions, les fossores n'ont dû ensuite que déchoir de leur importance.

11 est à remarquer que cette immense entrepri i de percement et d'aménagement des galeries n'a laisse pour cette période des trois premiers siècles, aucune trace de contrat conclu avec les préposes à la direction des cimetières. On ne fait même que rarement usage de la formule SIBI ET SVIS qui indique une tombe préparée du vivant de celui qui y repose. Il y eu à cela une raison évidente. Ce que nous nommerions aujourd'hui concession perpétuelle i équivalant pour celui qui en faisait la dépense à un droit de propriété et durées à la tombe, eut exigé que les galeries demeurassent toujours accessibles aux héritiers et ayants droit de ce propriétaire; or, c'est ce qu'on voulait éviter a lin de pouvoir obstruer les galeries a mesure qu'elles étaient remplies avec la terre qu'on extrayait d'autres galeries. On réservait l'accès de cubicuies décores, de tombes vénérées, quant aux tombes les plus simples, leur sort était prévu :on devait savoir que le jour ou des galeries entières seraient pleines a n'y pouvoir plus mettre un seul corps, on le obstruerait. L'esprit mystique qui régnait encore dans la communauté faisait accepter celle perspective par ceux même à qui leur fortune eût permis de s'acheti

une tombe et d'en résen ci l'accès a leurs descendant -. De même, que dans la synaxe liturgique ils prenaient une satisfaction profonde à frôler les pauvres membres de la communauté, de même ils se complaisaienl à la pensée de dormir à jamais parmi ces humbles compagnons. Pour s'assurer cette tombe, il n'était pas besoin de conclure un contrai ; il suffisait de mou rir et de laisser inhumer ses restes au hasard du jour des funérailles, à son rang d'arrivée.

C'était une sorte de dévotion. lu iimiiis un

formes de l'humilité chrétienne,que cette promiscuité du tombeau. Dans les actes apocryphes de sainte i i cile, on lit cette observation à retenir : facilitait Iras vos audio in nescio quas viles personas txpendendo consumereac pro sceleri bus suis punitos cum omni gla ria tradere sepullurœ... Valerianus dixit : facilitâtes nostras egentibus damas, advenas suscipimus, viduis opem ferimus, orphanis subvenimus inhumata mrpora tegimus et honeslas l)<i martyribus tradimus seputturas'. Et ce n'est pas seulement des pauvres, mais des in

connus à qui on fait l'aumône d'un.' sépulture : ullimum illud et maximum pielatis officium : c'est. dit l.actance. ptregrinorum el pauperum sepultura Un demi-siècle auparavant la mêmi pi

exprimée dans la lettre d( l'Église de Rome à celle de

Carthage qui rappelle le devoir des clercs q

ineumbit hoc opus, a plus forte raison les fossoi

IN. Hieronymus, Di >•/'• " ■ rdinibv

,,,i [52 q.; G. Morin, Hiérarchie et liturgie dans I

gallicane au lans Bev. bénéd,, 1891, t. vie

Mai, Sptcll. roman., t. rx,p. 133. 'Chn

lbld.,t. ix. p. 133. — • Acta .' Ut. t adi n lu. I.

[1.20,21,25, — ' J '■ fruMl. t. N l,e

FOSSOYEURS

quibus grande periculum imminet si corpora martyrum nul eseterorum non sepeliantur. C'est là une des œuvres de charité par excellence et pour la désigner, les fidèles n'ont pas trouvé d'expression plus significative que bene facere :

• ■ • CVI BENE FECIT VXOR EIVS CVM FILMS SVIS- ■ -■■ CVI BENE FECIT VXOR ET FILM EIVS1

•■• PARENTES BENE FECERVNT FILIO" ••■ VIRGINIO SVO MERENTI BENE FECIT3

Page 1