IX
Francor., 1. II, c. ix.
FRANCE
jusqu'à (ami rai, marchant contre les Romains et s'emparant de cette ville et après y avoir demeuré quelque temps, il se rendit maitre de tout le pays jusqu'à la Somme, Chluyio aulem, missts exploraloribm ad urbem Cameracum, perluslrala omnia ipsc secutus, Romanos proteril, civitatem adprehendil, in qua paucum tempus residens, usque Suminam flunium oecupavit '. Hincmar, dans sa vie de saint Rémi, disait que les Francs s'étant rendus maîtres des villes de Tournai el de Cambrai et de la partie de IaRelgiquequi s'étend jusqu'à la Somme, s'y étaient établis sous les rois Clodion et Mérovée. Assurément l'affirmation de Hincmar, écrivant vers l'an 845, est sujette à contestation, mais il a pu ne pas inventer ce fait dont on ne lui voit retirer aucun avantage.
Aétius avait consenti la paix aux Francs dans un temps où il n'était pas en état de leur rien refuser. Priscus parle de cet accord dans son histoire et il nous dit qu'Aetius adopta le plus jeune des deux fils de Clodion. Ce jeune homme venu à Rome y reçut le titre d'allié et d'ami des Romains. Après la mort de Clodion, la faveur d'Aétius, mit ce jeune prince sur le trône à l'exclusion de son aîné et le rétablissement de ce dernier fut un des prétextes pris par Attila pour porter la guerre en Gaule. Priscus nous dit encore qu'il avait vu a Rome ce jeune prince près de l'empereur: or entre 426 et 440 on ne trouve aucune loi impériale rendue à Rome, mais en 440, l'empereur y passa au moins six mois, c'est alors sans doute que vint ce jeune homme encore imberbe et qui pouvait donc être ne vers 421. Celait sans doute le jeune Mérovée, de qui l'abrégé de I'rédégaire nous apprend qu'en 451, il commandait les troupes de sa nation sous Aétius, a la bataille qui ruina la fortune d'Attila. Grégoire de Tours semble conserver des doutes sur la libation de Clodion à Mérovée: De hujus (Chludionis) stirpe quidam Merovechum regem \uissc adserunl, et peut-être cette réserve s'expliquerait-elle par les bruits qui coururent sur la légitimité du prince auquel on donnait pour père une • divinité marine • éprise des charmes de l'épouse de Clodion qui se baignait dans la mer.
Quoiqu'il en soit, peu d'années plus tard, lorsque Aétins eut été assassine par Yalcntinien 111, .Mérovée déclara la guerre aux Romains et attaqua en même temps la Première Germanie et la Seconde Belgique*:
Francus Germanitm primum liclgamque secundum S terne bat.
Les Francs qui se jetèrent sur la Première Germanie étaient ceux qui habitaient vers le Ncckar et qui avaient suivi Attila, mais que Mérovée avail obligi : de le reconnaître après la défaite du roi des Huns. uoire de Tours suppose que Mérovée était maitre de Bar et la Chronique d'Ivo dit qu'il brûla Met/, mais un n'en trouve rien dans les auteurs et la guerre semble avoir été courte, l.a Chronique de Prosper place en 456 la mort de Mérovée el l'avènement de son bis Chlldi
X. Royaume de Childéric 1". — Ce prince, mon tésur le trône en 450, fut chassé l'année suivante par une ri Francs : Childericus vero cum esset
nimia in luxuria dissolutus... cœpil ftliaa r<>rum (Francorum) ttuprost delrahere*. Lorsque Childéric si- (ut éloigne, les Francs de Gaule prirent pour chef AégidiUS
maître de la milice, quoiqu'il ne lut pa i il ion
lire di- Tours dii même qu'ils li pro< lamèri Denlque Franci, hoc (Childerico) ejecto, Mgidium sibi... unanimiter regem adseiseunt, qui cum octaoo anno super eos regnarc. (.'était une g
Htstor. Francor., l. il, ,-. i\. — ■ Sidoine, f.mcggr. Avtli, vs. .'.12. Htitor. Francor., I. Il, c. xn. -
à la tète des Francs un souverain étranger et cet Aégidius avait sur les bras tant de guerres à soutenir que ses sujets en pâtissaient: cela leur suggéra la pensée de rappeler ce roi Childéric, dont les mœurs dissolues leur avaient déplu. On se flatta que l'exil et l'âge avaient du calmer ce jeune homme. Grégoire de Tours se contente de nous apprendre que, la huitième année de son exil. Vinomadus, demeuré fidèle au roi détrôné, ayant négocie sa réconciliation avilies Francs et le lui ayant fait savoir par le signal dont il était convenu, c'est-à-dire par l'envoi d'une pièce d'or qu'ils avaient coupée en deux, ce prince revint de la Thuringe où il avait trouve asile et fut reconnu par les Francs. Fût -il a lutter contre Aégidius? Les écrivains postérieurs a Grégoire de Tours parlent de plusieurs combats livrés, mais ceci reste assez vague. Idacc observe que la mort d' Aégidius fut regardée comme un effet de la vengeance de ses ennemis ; Morilur, alii dicunl insidiis, alii veneno deceptus. Quoiqu'il en soit Syagrius succéda à Aégidius et s'établit à Soissons dont il lit la capitale de son royaume et où il était encore au temps de l'entière conquête des Gaules par Clovis.
La Gaule était divisée en plusieurs nations qui cherchaient toujours à s'affermir et même à s'étendre. En 405, Childéric très peu assagi, fut rejoint par l'épouse fugitive du roi de Thuringe, la reine Basine qui avait conçu pour le roi des Francs une passion violente. Il l'épousa et elle lui donna un fils qui fut Clovis. Cette Basine s'exprimait assez rondement, et Grégoire de Tours nous dit qu'en venant relance: son amant, elle lui dit: Nooi utilitatem tuant, quod sis l'aide strenuus, ideoque veni ut habitent tecum; d'ailleurs elle voulait un homme vigoureux et Childéric était averti : A'am noveris, si in parlibus transmurinis aliquem cognovissem utiliorem le, expelissem ulrique cohabitalionem eius.
Childéric mourut en 482, au plus tard, ayant régné dix-huit ans depuis son rétablissement et fut inhumé à Tournai. Son fils Clovis lui succéda.
XI. Progrès du royaume franc de Clodion a Cloms (440-511). — A l'époque où l'historien des Francs se renseignait sur le passe de la nation, il rencontrait un récit d'après lequel les Francs étaient sortis île la Pannonie pour s'établir a l'ouest sur la rive du Rhin d'où, après une étape dont la dune n'est pas fixée, ils se portèrent sur l'autre rive, en Thuringe : Dehinc transacto Bheno, Thoringiam Iransmeasse. Cette dernière appellation ne pouvant s'appliquer qu'à une région située sur la rive droite du Rhin et, par ( quent, différente du pays qui conserva, au moyen agi-, le nom de Thuringe. Arrives dans ce nouvel étal ment, dit encore Grégoire de Tours, « ils créèrent poulies commander, suivant les pagi el les elles, des rois chevelus pris dans la première et, pour ainsi dire, dans la plus noble de leurs familles '. Ces faits ne peuvent se rapporter qu'au v sic île. En effet, un des premiers
rois francs, Clodion, habitai I. vers l'an 140, le pa . Thuringes el faisait sa résidence dans le castrunt de Dispargtim. Il ne tarda pas a pousser dans la direction de l'ouest, rencontra sur sa route une armée romaine, la bail il et se rendit maître de Cambrai et de tout le pays situé au nord de la Somme '.
Le deuxième successeur de Clodion, Childéric, avait
su constituer un royaume homogène dont la capitale
se trouvait a Tournai, sur l'Escaut. De la il poussait ses conquêtes assez loin, car on le voit guerroyi les bords de la Loire, a Orléans, a Angers (il s'( n
1 1.- \ Ule) '. n est possible qu'il ait . t< ses conquêtes et peut être sa domination sur la ]
4 /hst. Francor., l. II, c. ix. — ' llist. Francor., I. II.
r. i\. " Ih^i. Francor., t. II. c. wni.
FRANCE. — I
de la Première Belgique voisine des Alamans, mais il vint mourir et fut enterré dans sa capitale à Tournai (fin du v* siècle).
"Vers cette époque, les Francs obéissaient à plusieurs princes et formaient différents groupes. Il existait un groupe à Cologne, gouverné par Sigebert le Boiteux, qui fut père de Cloderic '; un autre groupe à Cambrai gouverné par Ragnacaire '; un troisième groupe peutêtre au Mans et qui aurait obéi à Rignomer, frère du précédent 3: enfin un quatrième groupe, gouverné par Chararic, dont on a fait un roi de Thérouanne. alors qu'il est tout au plus possible de dire qu'il devait être établi dans la Gaule septentrionale. Tous ces princes avaient un collègue de leur nation destiné à les éclipser, Clovis, successeur de Childéric et dont la capitale se trouvait, pour quelques années encore, à Tournai.
En 486, Clovis, allié à Ragnacaire de Cambrai, attaque Syagrius qui, prenant le titre de « roi des Romains » résidait à Soissons, le bat et occupe cette capitale de la Seconde Belgique. Dès cette époque, Clovis aura été probablement maître de Reims, où il reçoit le baptême en 1% (voir Clovis). Son royaume semble, dès lors, s'étendre jusqu'à la Loire. En effet, au commencement du vie siècle, nous apprenons de Grégoire de Tours que Clovis et Alarie, roi des Wisigoths, eurent une entrevue dons une île de la Loire située près du village d'Amboise, territoire de la cité de Tours *. Il est tout à fait vraisemblable que cette entrevue eut lieu sur un point frontière des deux royaumes.
En 507, la victoire de Youillé est suivie de la conquête d'une partie du royaume wisigoth, de l'Auvergne et de tous les pays situés entre la Loire et le royaume burgonde '. Dès lors, Clovis est maître des deux tiers de la Gaule; nulle puissance ne peut plus rivaliser avec celle des Francs dont la capitale est transférée à Paris, où Clovis meurt le 27 novembre 511 (voir Clovis).
Les Gesta regum Francorum, rédigés au vme siècle, confirment ces données. On y lit que vers le temps de son mariage (493) Clovis étendit sa domination jusqu'à la Seine et qu'ultérieurement il occupa tout le pays jusqu'à la Loire '. Cette dernière extension fut certainement le résultat du traité conclu entre Clovis et la confédération armoricaine.
En 511, au concile d'Orléans, on voit assister trentedeux évêques, parmi lesquels treize obéissaient peu d'années auparavant au roi des Wisigoths : Bourges, Cahors. Rodez, Clermont (en I" Aquitaine); Bordeaux, Saintes, Périgueux, Angoulème, Poitiers (en IIe Aquitaine); Eauze, Bazas, Auch (en Novempopulanie) ; Tours (en IIIe Lyonnaise). (Ce dernier prélat devait avoir, dès avant 507, une partie de son diocèse dans les États de Clovis). Les dix-neuf autres signataires du concile appartiennent aux IIe, IIIe et IVe Lyonnaises, ainsi qu'à la IIe Belgique (ce sont : IIe Lyonn., Rouen, Avranches, Évreux, Coutances; IIIe Lyonn., Le Mans, Nantes, Angers, Ossismi, Vannes, Rennes; IVe Lyonn., Paris, Troyes, Orléans, Auxerre et Chartres; IIe Belg., Soissons, Amiens, Vermand, Senlis). Ces souscriptions prouvent qu'avant la victoire de Vouillé, le royaume des Francs s'étendait au nord-ouest jusqu'à la mer par les cités d'Amiens, de Rouen, de Coutances et d' Avranches ; qu'il touchait l'extrémité de la péninsule armoricaine par les évêchés d'Ossismi et de Vannes; la Loire par Nantes, Angers, Orléans, enfin Auxerre et, au sud-est, il confinait au royaume de Bourgogne par les cités d' Auxerre et de
'Grégoire de Tours, Hist. Franco/-., 1. Il, c. xxxvn. — 5 Hisl. Francor., 1. Il, c. xm. — ' Hist. Francor., 1. II, c. xlu. — * Hist. Francor., 1. II, c. xxxv. — ■ Hist. Francor., 1. II, c. xxvn, xxxi, xxxv, xxxvn. — ' Gesta regum
Troyes. Dans la direction du Rhin, le royaume de Clovis devait comprendre tous les pays situés au nord du royaume Burgonde, tel que nous l'a fait connaître le concile d'Epaone.
XII. Le partage du royaume de Clovis, 511. — « Le roi Clovis étant mort, écrit Grégoire de Tours, ses quatre fils, c'est-à-dire Théodoric, Clodomir, Childebert et Clotaire prirent possession de son royaume en le partageant entre eux par portions égales *. > Cette dernière indication semble fort claire; en réalité, elle nous apprend peu de chose, car il est malaisé de déterminer ces royaumes égaux. Tout l'empire de Clovis lut divisé en quatre royaumes, mais les copartageants ne semblent pas s'être préoccupés le moins du monde de suivre le tracé des anciennes circonscriptions provinciales; ils ne se sont pas non plus souciés des limites naturelles. Le principe qui semble avoir présidé à ce partage aurait été celui-ci. L'ancien royaume franc antérieur à la grande extension de l'an 507, fut divisé entre les quatre frères qui y eurent chacun leur capitale. Théodoric, né d'une épouse qui n'est pas la reine Clotilde, et l'aîné des frères, obtint pour sa part les contrées d'outre-Rhin, qu'on pouvait considérer en quelque façon comme le berceau des Francs. Quant à l'immense territoire qui s'étendait entre la Loire, l'Océan, les Pyrénées et les Cévennes, il fit l'objet d'un partage distinct entre les quatre frères; ce fut pour ainsi dire, une colonie de terre ferme dont chacun eut son lot. Ce partage contenait en germe la ruine de l'empire franc si les copartageants cessaient de s'entendre, ou si leurs héritages subissaient après eux de nouveaux morcellements. Les expéditions contre le royaume burgonde al outirent, en 534, à la destruction de ce royaume et à son démembrement entre les vainqueurs. En 536, ce fut au tour de la Provence arrachée au royaume ostrogoth de succomber, en sorte que l'unité franque était à peu près réalisée, mais c'était une unité incertaine. A chaque mort royale, la division devrait morceller j usqu'à P endettement l'État conservé ou agrandi. Les fils de Clovis comprirent le péril.
XIII. Le royaume de Clodomir (511-524). — Le royaume de Clodomir avait pour capitale Orléans B. On est certain de pouvoir attribuer Tours à ce royaume, puisque Clodomir désigna Ommatius pour y occuper le siège épiscopal (521-526) *. A. Longnon a conjecturé, avec vraisemblance, d'après les raisons tirées des exigences stratégiques, que le royaume de Clodomir avait également compris : Sens, Auxerre, Bourges, Orléans, Chartres, Tours, Angers, Nantes et Poitiers. Lorsque Clodomir eut péri pendant la poursuite du roi burgonde Godemar, son royaume échut à ses fils, enfants en bas-âge, pour qui leur aïeule Clotilde réclama l'élévation à la royauté. Leurs oncles Childebert et Clotaire en tuèrent deux et le troisième leur fut soustrait, mais ne régna pas. Dès lors l'héritage de Clodomir fut partagé entre les trois frères survivants : Childebert, Clotaire et Théodoric. Grégoire de Tours dit bien que, seuls, Childebert et Clotaire regum Chlodomeris inter se sequa lance diviserunt 10, il a omis le troisième larron. Voici la part de chacun : Childebert : une fraction de la cité de Sens formée de Melun et de Château-Landon; Bourges, bientôt conquis, semble-t-il par Théodoric; Orléans et Chartres. — Clotaire : Tours, la cité de Poitiers. — Théodoric : la cite de Sens, sauf ce qu'y tailla Childebert; Angers; Auxerre. — Quant à Nantes on n'a pas de raison pour l'attribuer de préférence à l'un des trois frères.
Francorum, c. xiv. — ' Historia Francorum, I. III, c. i. —
8 Fredegarii. Historia Francorum epitomata, c. xxxi. —
9 Historia Francorum, 1. III, c. xvn. — '• Historia Francorum, 1. III, c. xvm.
FRANCE. — I
XIV — Le royaume de Théodomc (511-555). — Le royaume de l'aîné des fils fut le plus vaste. Il allait vers le Rhin, ce qui lui permit d'intervenir dans les affaires de la Germanie et de s'arrondir eu annexant la Thuringe '. La capitale de ce royaume était à .Metz et son étendue est indiquée par plusieurs documents. Grégoire de Tours y fait rentrer Cologne 2, ZUlpich 3, Trêves *. Metz i. et Verdun *. Vers le nord, le ro\ aume d'Australie atteignait les bouches du Rhin. Les États de Theodoric s'étendaient encore sur l'Auvergne ' (Cahors *, Limoges •), et confinaient à la Septimanie. Ils comprenaient encore Lodéve, Alais et Uzès, en outre Theodoric posséda, mais pour peu de temps, Béziers et Arles. En 531, le roi d'Austrasie eut sa part du démembrement de la Bourgogne, et en 537, de la Provence, De plus, nous savons par le prologue de la loi bavaroise que Theodoric était chez lui à Châlonssur-Marne '".
Plusieurs vies de saints contiennent des indications relatives à l'étendue du royaume d'Austrasie. La vie de saint Thierry, abbé du Mont-d'Or nous apprend que Theodoric possédait Reims " et la vie de saint l'hal permet de soutenir que Troyes lui obéissait également '*. La vie de saint Jean de Réomé montre que le Tonnerrois (faisant partie de la cité deEangres) obéissait à Theodoric ". Semblable indication pour le Lassois (même cité) dans la vie de saint Valentin ". La vie de saint Germain de I'arispcrmetdefaire rentrer les villes de Chalon-sur-Saône et d'Autun dans les états de Théodebert, fils de Theodoric ". La vie de saint Maur, ouvrage du ix" siècle, sans valeur historique, fait voir la fondation du monastère de Glanfeuil (voir ce mot), prés d'Angers, avec le consentement du même Théodebert ". La vie de saint Yrieix confirme le fait de la possession du Limousin par le roi de Metz ". Enfin, la vie de saint Dalmace, rapporte que, vers 533, Rodez passa des mains des Goths dans celles des Francs d'Austrasie '*. Une lettre de l'évèque Léon, de Sens, adressée à Théodebert en 538, prouve que ce prince n'exerçait son autorité que sur la partie de la cité de Sens correspondant au Sénonais et au Provinois '•.
Ce n'est pas tout; dans un concile tenu à Clermont, en 535, avec l'assentiment du roi Théodebert. les evéques s'intitulent, les « évèques de ses églises20» et on rencontre parmi eux les titulaires de Cologne, Trêves, Metz, Verdun, Reims. Châlons-sur-Marne, Langres et Windisch pour les provinces occidentales du royaume austrasien; les titulaires de Bourges.de Clermont, du Gevaudan, de Rodez, de Viviers et de Lodèvc pour les provinces méridionales. En 549, autre concile à Clermont et qui reunit dix évèques : Trêves, Besançon, Sion, Chalon-sur-Saône, Vienne, Aix, Digne, Glandève, Eauze et Bourges ". Un concile tenu à Toul, 10, ne laisse aucun doute sur la possession de cette cite ".
De l'ensemble de ces faits, A. Longnon conclut que, vers 517, le premier royaume de Metz se divisait en
1 Hist. Francor., I. III, e. IV, vu, vin. — * Grégoire de Tours, Vitœ Patrum, c. vu, 2. — * Hist. Francor., t. 111. c. vin. — ' Vlter lJutriim,c. vi, 2; xwi, 1,2. — ' Hist. Francor., I. IV, c. vu. — • Hist. Francor., I. 111, e. xxvi, xxxiv. — T Hist. Francor., I. III, c. viu-xiv. — " Hist. Francor., I. Il I. e. mi. — " HtsL Francor., \. X, c. xxi.x. - - ,u Monum. Germon, lu. t., Legcs, t. i, p. 259. - " Vlta s. Theodorict, abbatis Ranensls, dans MablUon ; .l< lu tanct., 0. S. II., 1. 1, p. 68. — " Vlta S. Ftdoli, e. V, clans même auteur, t. i. p, 107. — '• Vit'i s. JoannU at>t> iti\ Reomeensts, e. n, dans même ouvrage, 1. 1. [>. 633. — " Vlta S. V aient in t, dans Acta tanct.. Juillet, t. u. p. II. - - •• i ortunat, Vlta S. (icrmanl ParUlensls, c. *m, dans Manillon, op. cit., t. i. p. 23 " Vlta S. Maurl, dam Uabillon, op. i II., 1. 1, p. 290.— " Vlta S. Aredll, c. m, as de i iiirs . Optra, édlt. Rul-
uart, col. 1285. — »■ Vlta .s'. Dalmatll, dani Bouquet,
trois groupes isolés, dont un seul avait une véritable importance. Un groupe principal comprenant deux autres groupes, l'un germano-belge comptant Cologne, Trêves, Metz, Verdun, Toul, Reims, Châlons-sur- Marne et peut-être Troyes, avec certainement Mayence, Worms, Spire, Strasbourg et Iîàle; l'autre aquitain comptant Clermont, Limoges. Cahors, Rodez, le Gevaudan, le Velay et. sans doute, Arles. Après la réunion d'une partie de la cite de Sens et de la cité d'Auxerre (héritage de i ilodomir) et après la conquête de Bourges, le royaume d'Austrasie forma un État fort étendu, sur près de 1 000 kilomètres, allanl des rives du Rhin à celles du 'Tarn. Apres le partage du royaume de Clodomir en 524, Theodoric avail part des dépouilles burgondes : Langres, Besançon, Avenches, Constance et Sion en 554, il y ajouta Autun, Chalon-sur-Saône, Vienne, et Viviers; en 536, nouvel agrandissement de huit citis : Avignon, Cavaillon, Apt, Aix, Riez, Senez, Digne et Glandève. — Un groupe secondaire comprenant Eauze, capitale de la Novempopulanie, peut d'ailleurs, se rattacher au groupe principal par la cite d'Agcn qui aurait formé soudure. — Un troisième groupe comprenant la cité d'Angers et peut-être la cite de Nantes.
Théodebert, lîls de 'Theodoric avail continué sa politique et ajouté a ses conquêtes; maigre la malveillance de ses oncles Childebert et (loi aire qui avaient projeté de lui interdire l'héritage paternel », Il est vraisemblable que Théodebert sut faire respecter son bien, mais son fils Théodebald fui moins heureux et ses grands oncles le dépouillèrent de quelques cités au nombre desquelles Eauze qui, en 551, ne lui appartenait plus. Vienne qui lui fut enlevée en 549 au plus tôt ou en 553 au plus tard, enfin l'/.ès.
XV. Royaume de Chii.deijert I" (511-558). — Le royaume de Childebert I" aurait eu Paris pour capitale " et Grégoire de Tours l'a quelquefois designé sous le nom de rex Parisiorum JS. En 524, quand disparut le royaume de Clodomir, Orléans, qui en était la capitale fut réunie au royaume de Paris ". En 530, Bourges faisait partie des Élats de Childebert ", mais on ne saurait assurer que ce fut pour longtemps, car en 535 Tevéque de Bourges figure dans un concile tenu à Clermont pur les évèques du royaume d'Austrasie ". En 551, Lyon faisait certainement partie du royaume parisien puisque ce fut Childebert qui nomma l'évèque Nicetius ". Un prêtre de Bordeaux. Heraclius, fut employé par Childebert en qualité d'ambassadeur; ce qui laisse présumer que Bordeaux dépendait du royaume de Taris.
Les hagiographes apportent quelques autres Indications. L" Inuentio de saint Fuscien permet de faire entrer Amiens dans les limites de ce royaume"; la vie de saint Vigor nous apprend que Baveux en faisait partie dès avant Tannée 530 *'; et la vie de saint Marcoul donne le même renseignement pour Coutances aï.
La vie de saint Samson ", les légendes de saint Paul
Recueil, l . m, p. 420. — " Leonti epistola ad Theodoberlum, dans Grégoire de Tours, édlt. Rulnart, col. l'.','2H. — 10 Labbe, Sacrosancia concilia, t. iv, col. 1805. - :1 Mansl,
ampltos. coll.. t. ix. col. 142. — nctlta,
t. v, col. 404-405. Sur ces conciles, cf. Hclefe-I.cclercq, Hist. des conciles, t. m, 1" pari., p, 163-165. - Htst.
i ., I. [V, c. wiiu. xxiv. - "Hist. Francot., I. l\ . c. xx n. cf. I. 111, e. xmii. — :i Viles Patrum, e. i\. n 10 ri i.e Patrum, c. vt, n. 5. - "Htst. Francor., I. I II. e. mi. — '«Labbe, Concilia, t. iv, col. 1805. •' v lia Patrum, r. vin, n. J. — '" Inuentio S. Fusclanl, dans Acta tanct., Janvier, t. i. p. 704. ' i fia S. i (ai ris, dan Bouquet, , t. m, p. 422. " fila 5, Marculfl, c. i\-\n ; .la us Uabillon, Actasanct.,t. i, p. 12 VltaS.Sw
I. 1. e. i.m-i i x . dans MablUon, Acta tanct., n. s. , t. i, p. 179-180.
FRANCE
Aurélien ', de saint Tugdual - et de saint Léonor ", font connaître que l'autorité de Childebert s'étendait jusque dans la péninsule armoricaine; en outre les vies de saint Calais • et de saint Rigomer 6 la montrent affermie dans le Maine. La vie de saint Leobin ou Lubin donne la même affirmation pour Chartres et pour Meaux 6, enfin la vie de saint Séverin pour la ville de Château-I.andon, au diocèse de Sens '. Un passage de la vie de saint Cybar favorise l'opinion qui fait régner Childebert sur la cité de Saintes8; un autre passage de la vie de saint Ferréol incite à croire que la ville d'Uzès fut rattachée en 555 au plus tard au royaume de Paris *.
A ces documents viennent s'ajouter, entre 533 et 557, sept conciles tenus dans le royaume de Childebert, mais les évèques qui y siégèrent n'appartenaient pas exclusivement au royaume de Paris ; ce sont les conciles d'Orléans (533), Orléans (538), Orléans (541), Orléans (549), Paris (551 ou 555), Arles (554), Paris (557). Seul le concile d'Orléans (519) en son canon 15e confirme le fait de la possessionde Lyonpar Childebert.
Quelques diplômes peuvent être utilisés. Ceux relatifs au monastère de Saint-Calais confirment le fait de la domination de Childebert sur le Maine10. Enfin un diplôme de Childebert à l'Église de Paris, en 558, accorde diverses propriétés sises dans le Melunais, le pays de Fréjus et de Marseille, ce qui permet d'assigner ces deux villes parmi celles qui furent annexées en 537 au royaume de Paris 11.
On a déjà fait mention d'une lettre de Léon, évèque de Sens (538) d'après laquelle on voit que la cité de Sens était partagée; la ville de Sens et son territoire dépendaient du royaume d'Austrasie, la ville de Melun et son territoire dépendaient du royaume de Paris 1J. Trois lettres du pape Vigile (546 et 550) représentent l'évêque d'Arles comme sujet de Childebert ".
Après ces agrandissements, c'est-à-dire après 537, le royaume de Paris formait quatre groupes principaux : « Le premier groupe, limité au nord par la Canche qui séparait le territoire de Thérouanne de celui d'Amiens, n'atteignait pas la Loire dans la partie inférieure de son cours, car ni Angers, ni Tours n'en faisaient partie; mais il s'étendait au delà de ce fleuve, au sud d'Orléans, en comprenant le territoire de cette ville. A l'est, les cités d'Amiens, de Beauvais, de Meaux et les pays de Melun et du Gàtinais (démembres de la cité de Sens), limitaient le royaume de Paris contigu de ce côté aux royaumes de Soissons et de Metz. — - L'existence du second groupe nous est attestée par lejien qui rattachait Bordeaux et Saintes au royaume de Childebert. Ce groupe comprenait en outre la partie de la Novempopulanie que possédait le roi de Paris. — Le troisième groupe était formé du lot qui fut attribué à Childebert lors du partage de la Bourgogne, c'est-àdire de Lyon et de son vaste territoire, et très probablement des cites de Mâcon, Genève et Tarentaise. — Le quatrième groupe comprenait les cites que le partage de la Provence, en 537, unit aux États du roi de Paris et qui paraissent avoir été au nombre de sept : Arles, Marseille et Fréjus indiques par les documents contemporains comme ayant appartenu à Childebert,
1 Vila S. Pauli Aureliani, c. XLn-xi.vi; dans Bouquet, Recueil, l. m. p. 433-434. — ■ : A. de la Borderie, dans Annuaire liist. et archéol. de Bretagne, 1S62, p. 148. — ■ Yita S. Leonorii, ep. in Brit. Armnr., dans Bouquet, Recueil, t. m, p. 432. — ' Vita S. Carilefl, c. xv; dans Mabillon, Actasanct., t. i. p. 040-647. — s Vila -S'. Rigomeri, dans Bouquet, Recueil, t. ni, p. 427-42S. — ' Vita S. Leobini, dans Bouquet. Recueil, t. m, p. 431. — ' Vita S. Seveiini Igaunensis, c. vin, .huis Mabillon, Acta sanct., 1. 1, p. 570. — 8 Vita S. Eparcbii, c. xu, dans Mabillon, <>i>. cit., t. i, p. 268. — 9 D. Vaissète, Histoire générale du Languedoc, t. I, p. 274. — l0 Voir .1. Havct, Les cliarles de Satnt-
ainsi que Toulon. Antibes, Vence et Nice, dont l'attribution au même prince est dictée par la logique ". »
XVI. Royaume de Clotaire Ier (511-561). — Les écrits de Grégoire de Tours permettent de constater que le royaume de Clotaire dont la capitale était à Soissons, s'étendait sur les dilférentes villes suivantes : Clermont, Limoges, Poitiers, Chalon-sur-Saône, Dijon, Reims. Parmi ces villes, on reconnaît (sauf pour Poitiers) des possessions du royaume d'Austrasie. Mais c'est qu'en effet, elles n'appartiennent à Clotaire que depuis le démembrement du royaume de Théodoric et de Théodebert, en 555. La ville de Tours appartenait aussi au royaume de Soissons. A ces indications bien sommaires, les textes hagiographiques donnent quelques additions.
La vie de sainte Radegonde permet d'ajouter Noyon et Arras au domaine de Clotaire ". Cette vie mentionne aussi Poitiers et la même attestation est donnée par la vie de saint Junien16. La vie de saint Médard ajoute Tournai dont l'évêque était en même temps évèque de Noyon. Enfin la vie de sainte Consortia parle de possession en Provence dans la vallée de la Durance ".
Les Gesta regum Francorum (vers 720) ont pris à Grégoire de Tours un fait qu'ils ont précisé. Grégoire dit que Clotaire fut attaqué par Childebert et Théodebert, et in silvam con/ugit 18. A cela les Gesta ajoutent de leur propre autorité tn sihm in Arelauno l*, c'est-àdire dans la forêt de Brotonne, vis-à-vis de Caudebcc. Cette addition gratuite ne peut être retenue, d'autant qu'à cette époque il est impossible d'attribuer Rouen au domaine de Clotaire.
Une charte de fondation du monastère de Saint- André le Bas, de Vienne, datée de la neuvième année du règne de Clotaire, prouve que Vienne faisait partie du royaume de Soissons avant l'année 555 20.
« Si l'on' en juge par ce que l'on sait de l'état de la Gaule au milieu du vic siècle, le royaume de Soissons se composait de quatre groupes comme les possessions de Théodebert et de Childebert. L'un de ces groupes comprenait le royaume de Soissons proprement dit, c'est-à-dire les cités de Tournai, de Cambrai, d' Arras, de Noyon, de Soissons et peut-être aussi celle de Tongres. auxquelles les convenances géographiques prescrivak n I en quelque sorte de joindre Boulogne, Thérouanne et Laon. — Le second groupe, évidemment formé du lot qui échut à Clotaire dans la succession de Clodomir, se composait des cités de Tours et de Poitiers. — Le troisième répondant d'abord aux cités bourguignonnes que le partage de 534 donna à Clotaire, contenait probablement Belley. Grenoble. Valence et Die, et il s'accrut, en 537, de la partie de la Provence qui fut attribuée au roi de Soissons à la suite de la cession que les Ostrogoths firent de ce pays aux fils de Clovis. Le domaine provençal de Clotaire semble avoir été forme des cités de Saint-Paul-Trois-Châteaux, Orange, Carpentras, Vaison, Sisteron, Gap et Embrun, c'est-à-dire de la partie septentrionale de la Provence. — Enfin le quatrième groupe comprenait une partie de la Novempopulanie. province qui, en 551, paraît être divisée entre Childebert et Clotaire : nous serions assez disposé à y placer aussi Toulouse, dont la possession par Clo-
Calais, dans Questions mérovingiennes, 1SS7. — u Pardessus, Diplomata, charta; t. I, p. 116-117. ■ — '■' Leonis epist. ad Cliildebertum, dans S. Grégoire, Opéra, édit. Buinart, col. 132S. — " J. Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, t. I, p. 274, 275, 287. — " A. Longnon, Géographie de la Gaule au YI« siècle, in-8\ Paris, 187S, p. 114-115. — aVita S. Radegundis, 1. 1, c. n; dans Mabillon, .4cta sanct.. t. i, p. 320. — "Vila S. Juniani, c. vm; ibid., t. I, p. 311. — " Vita S. Consortia-, c. xn; ibid., t. i, p. 250. — "> Hist. Francorum, 1. 111, c. xxvm. — '» Gesta regum Francorum, c. xxv. — !0 Pardessus, Diplomata, cliaitœ, Introd., p. 24- 25, t. I, p. 107.
taire expliquerait la participation des guerriers de ce prince à l'expédition de Septimanie, en 533, car il ne pouvait avoir un intérêt immédiat dans ce pays que si quelqu'un de ses domaines y était contigu ». ■