XVII. L'HÉRITAGE DE CLOVIS (511-561) ET DE C.LO
taire (501). — Dans t'espace d'un demi-siècle, après tant de divisions, de déchirements et de partages, le royaume légué par Clovis à ses quatre fils avait été rassemblé de nouveau tout entier sous le pouvoir de Clotaire qui mourut à Compiégneen 561, cl fut enterre .i Saint-Médard de Soissons. Comme son aïeul, Clotaire laissait un vaste royaume à partager entre quatre nls : Charibert, Gontran, Chilpéric et Sigebert.
Chilpéric ne voulut pas attendre l'heure des partages. A peine les funérailles de son père étaient-elles terminées, il se rendit a la villa royale de Berny où était conservé le trésor royal et gagna par des présents les principaux chefs qui le proclamèrent roi. Aussitôt il s'empara du siège royal de Paris, mais ses frères s'unirent, l'en chassèrent et procédèrent à une division régulière, divisio légitima, que Grégoire de Tours raconte en ces termes : « Le sort donna à Cha ribert le royaume de Childebert et Paris pour résidence: à Gontran, le royaume dcClodomirdontlesiège était à Orléans; à Chilpéric, le royaume de Clotaire, son père avec Soissons pour capitale ; a Sigebert enfin, le royaume de Théodoric et Reims comme siège royal 3. » Induits en erreur par ces paroles, Dom Vaissètc s, l'abbé Lebeuf et d'autres savants historiens ont pense découvrir dans le partage de 551 une exacte reproduction de celui de 511. Mais on se rappelle que dans cet intervalle d'un demi-siècle des graves changements s'étaient produits; ainsi le royaume burgonde exclu du premier partage faisait partie du second. La corrélation indiquée par Grégoire de Tours ne va sans doute pas au delà des sièges royaux. Ce sont dès lors, quatre nouveaux royaumes qui sont traces sur le sol de la Gaule, et c'est chacun d'eux dont il faut essayer de reconnaître l'étendue et les limites.
XVIII. Royaume de Chabibert (561-567). — Ce royaume avait sa capitale a Paris '. Il s'étendait dans la direction de Poitiers s et au delà sur la Saintonge • et l'évéché de Bordeaux. Tours lui appartenait également ' et on voit, par le texte du traité d'Andelot ', que les cités de Mcaux, de Senlis, d'Avranches, de Tours, de Poitiers. d'Ail. i, de Conse-
rans, de Bayonne et d'Aire, en faisaient partie également, ainsi que les cites de Chartres (le Dunois, le Vendôme et le Chartrain). et de BeauvaiS '. On voit par le texte du traite que tout ce lot fut transfère en ■ la mort de Charibert, a ses héritiers. Le royaume i rt ainsi morcelé tenait a coeur au roi Gontran. son frère qui après la mort de chilpéric prétendit h- réunir a son propre royaume. Cette ne le quitta plus et il la réalisa en lin au traite d'Andelot qui lui valut les cites de Bordeaux, de Limoges, de Cahors, de Béarn et de Bigore, lesquelles auraient donc fait partie primitivement du royaume de Charibert,
Au concile de Tours, du l"r novembre 467, nous voyons parmi les evéques du royaume de Paris
les prélats de Tours, de Rouen, de Paris, de Nantes, de Chartres, d'Angers, de Rennes, du Mans et de Séez. Le second royaume de Paris se serait donc étendu « sur tout l'ouest de la Caule, depuis la Brcsle qui sépare
ItéS d'Amiens et de P.oueii jusqu'aux Pyrénées.
ntales dont lapossession par Charibert resuite des documents, sont lieauvais, henlis,
1 A. Lonitnon. '>r>. rit., p. 110. — ' H Ut. Francor., I, IV, e. xxu. — ' //<•.(. génér.du Languedoc, t. i, p. 256,674. • HUt. Francor., I. IV, c. xxu. — ■ MM. l rancor., I. II. c. xvui. — • UImL Francor., 1. III, c. xxvi. —
Mcaux, Sens, Chartres, Tours, Poitiers, Lin Cahors, Alhi et Conserans. On peut conserver quelques doutes au sujet du sort de Toulouse et de quelques cites limitrophes, Auch, Lectoure et Eauze, durant le règne de Charibert. Appartenaient-elles des I Chilpéric, qui, après 567. posséda tout au moins Toulouse? On pourrait croire, en effet, que l'exiguïté du royaume de ce prince dans la France primitive «lût être compensée par l'adjonction à ces États de quelques cités méridionales, mais rien ne le prouve ceper dant; et si l'on considère que les royaumes des trois autres fils de Clotaire n'avaient guère d'enclaves, il semblera plus convenable d'attribuer les villes dont nous parlons à Charibert 10. »
En 567, à la mort de Charibert, son royaume est partagé entre ses trois frères survivants, et voici le lot de chacun :
Gontran : Ressontois (un tiers), Senlis (un tiers), Paris (un tiers), Chartres (un tiers composé de Chartres et de Blois), Séez, Nantes, Périgueux, Agen, Saintes, Angoulème.
Chilpéric : Beauvais (en grande partie?), Senlis (un tiers), Rouen, Chartres (un tiers composé de Poissy et Dreux?), Paris (un tiers), Lisicux, Bayeux, Coutances, Le Mans, Angers, Limoges, Cahors, Bordeaux, Bazas, Dax, Oloron, Béarn, Bigorre, Comminges, Eauze, Auch, Lectoure, Toulouse.
Sigebert : Avranehes, Ressontois (un tiers), Paris (un tiers), Meaux, Tours, Poitiers, Labourd, Aire, Conserans.
La cité de Paris resta indivise: ou bien partagée en trois fractions afin que chaque frère en eût une part et il fut réglé qu'aucun d"es trois ne pourrai! y entrer que du consentement des deux autres sous peine de perdre sa part du royaume de Charibert.
XIX. Royaume de Gontran (561-613). — Ce royaume avait sa capitale à Orléans". Il a subi différentes transformations. Et d'abord, entre 561 : aucune 67 et 58 I. le tiers hérité dans le démem-
brement du royaume de Charibert lui donne une large extension. Entre 584 et 587, il s'étend aux deux tiers environ de la Gaule. En 587, il fait abandon de quelques parcelles à son neveu Childebert. Entre 51 593, peu ou point de changements.
Grégoire de Tours mentionne un bon nombre de villes du royaume de Gontran, les hagiographes ne nous font rien connaître à ce sujet, mais les six conciles réunis par ordre du prince entre 567 et 585 ajoutent bien des précisions : ce sont le II" concile de Lyon (567), IV concile de Paris (573), I" concile de MâCOn (."'M ). 1 1 i I), V concile de
Valence (584), IIe concile de MâCOn (585), De cet ensemble de renseignements ou peut conclu 561 à 567,1e royaume d'Orléans s'étendait du i île la Caule au sud-est de ce pays, jusqu'au lit toral delà Méditerranée, lai 567, Contran ajoute trois In. néons du royaume de Charibert, dont l'un confinait a ses anciens États et comprenait un tiers de la cite de Senlis, un tiers de la cite de Paris, un tiers .; soutois, l'Étampois, dépendant de la cité de Sens, le Chartrain et le lilcsois, la Cité de Séez. l'a deuxième
tronçon composé du territoire de Nantes, l'n troisième comprenant une portion de l'Aquitaine avec Saintes, Angoulème el A
En 584, l'assassinat du roi de Soissons, Clnh annonce les grandes conquêtes. Contran s'empare de
Paris et s'y établit. H aval! i té convenu entre
dit- il. que celui qui entrerait dans la ville de Paris sans
Francor., I. V, c. m i\ ; 1. IX, e. \. \. - ■ Hlsl. Francor., 1. IX, c. xx. -- ' MM. Francor., I. IX. c. KX. Longnon, op. cit., p. 123-124. — " lli^t. Francor., I, l\.
c. Wll.
FRANCE. — I
la volonté de son frère, perdrait sa part, et que le martyr Polyeucte avec les confesseurs Hilaire et Martin seraient ses juges et ses rémunérateurs. C'est après cela que mon frère Sigebert y est entré, lequel frappé de mort par le jugement de Dieu, a perdu sa part, Chilpéric a fait de même. Ils ont perdu leurs parts ensuite de ces transgressions; et c'est pourquoi, l'un et l'autre, ayant encouru le jugement de Dieu et les malédictions des traités, je soumettrai à ma domination, la loi aidant, le royaume de Charibert tout entier, avec ses trésors et je n'en accorderai rien à personne que par un effet de ma libre volonté '. »
Gontran entendit récupérer la partie du royaume de Charibert qui avait échu à Sigebert. Tours et Poitiers essayèrent de lui résister, le territoire de Tours fut saccagé et les deux villes se soumirent 3. La cité de Limoges les imita, ainsi que d'autres cités aquitaniques du royaume de Paris, de sorte qu'en 585, on vit siéger au concile de Mâcon les évèques de Limoges, d'Angoulême, de Saintes, de Bordeaux, de Périgueux, d'Agen, de Bazas, d'Eauze, d'Auch, d'Aire, de Béarn, d'Oloron. de Bigorre et de Comminges. On voit par là que l'autorité de Gontran s'étendait alors sur des villes qu'avaient possédé les rois d'Austrasie et de Soissons. Au nord de la Loire. Meaux passa, à la mort de Chilpéric, au pouvoir de Childebert, mais l'année suivante, elle revenait à Gontran 3. Le traité d'Andelot la rendit, avec Senlis, à Childebert, tandis que les pagi de Chàteaudun et Vendôme et le tiers du Ressontois et: ient définitivement attribués à Gontran,
En 584, par la volonté de Frédégonde, le roi Gontran lut institué tuteur de Clotaire II, le jeune fils de Chilpéric *, ce qui étendit son pouvoir, de fait, sur les provinces de Rouen et de Tours; bien que le droit de Clotaire continuât à y être reconnu s. Mais Frédégonde ne fut pas longtemps sans se brouiller avec Gontran qu'elle tenta de faire assassiner (587) 6. Il s'en suivit une rupture et Gontran s'annexa quelques portions des pays d'entre Seine et Loire qui faisaient encore partie du royaume de Soissons. En 590, Angers était soumis ainsi que Rennes, et, peut-être, dès 588. Il est possible qu'à cette date Frédégonde fût encore en possession de Rouen et de la IIe Lyonnaise, à l'exception de Séez et d'Avranches.
En 587, le traité d'Andelot, conclu entre Gontran et Childebert, décidait que le souverain survivant hériterait du défunt si celui-ci ne laissait pas de fils. Contran recevait le royaume de Paris à l'exception de Meaux, Senlis, Tours, Poitiers, Avranches, Aire, Conserans, Bayonne et Albi qui furent données à Childebert. Gontran échangea le tiers de la cité de Senlis contre le tiers de la cité de Beauvais (Ressontois) '.
En 593, le 28 mars, Gontran mourut, et Childebert mit à exécution le traité, au préjudice des droits du jeune roi Clotaire II. Mais Childebert mourut luimême en 596 et le royaume si laborieusement façonné par Gontran, fut de nouveau menacé. Childebert avait laissé le royaume de Bourgogne et une partie de l'Alsace (Strasbourg, Bâle, Constance et Saintois, qui est la partie méridionale de la cité de Toul), à son second fils Théodoric qui perdit, dès la première année de son règne, Paris et plusieurs autres cités voisines de la Seine, parmi lesquelles Chartres et Sens.
En l'an 600, Clotaire II, vaincu à Domiciles, fit les frais d'une nouvelle reconstruction du royaume de Gontran, entre le mains de Théodoric son fils aîné. On convint alors que tout le pays renfermé entre la Seine, la Loire et l'Océan appartiendrait désormais à
1 Hist. Francor., 1. VII, c. vi. — : Hist. Franco.-., 1. VII, <-. mi-mii, xxiv. — ' Hist. Francor., 1. VIII, c. xviu. — 'Hist. Francor., I. VII, c. v. — 1 Hist. Francor., 1. VIII, c. xt.u. — • Hist. Francor., 1. VIII, c. xliv. — T Hist. Francor., 1. IX,
Théodoric *, ce qui constituait en réalité l'annexion au royaume de Bourgogne des cités de Coutances, Baveux Lisieux, Évreux et de la portion de la cité de Rouen comprise sur la rive gauche de la Seine.
« Le dernier changement à signaler dans les limites du royaume de Bourgogne eut lieu en l'année 610. A cette date, l'Alsace était ravagée par le roi d'Austrasie Théodebert, qui réclamait de son frère une rectification de limites pour laquelle un plaid fut convoqué sur la frontière austro-bourguignonne, au château de Seltz, où Théodoric, effrayé par la puissante armée que Théodebert amenait avec lui, céda à ce prince non seulement l'Alsace, mais aussi le Saintois, le pays des Turenses, autrement dit le territoire de Windisch ou de Constance, et celui des Campanenses c'est-à-dire la cité de Troyes qui étaient, paraît-il, l'objet de réclamations réitérées. Mais deux années plus tard (612), Théodoric prenait sa revanche en s'emparant du royaume de son frère, avec l'aide de Clotaire II, qu'il se préparait à dépouiller également, lorsque la mort l'enleva, à Metz, en 613 *. »
XX. Royaume de Chilpéric (561-613). — La capitale de ce royaume était Soissons, qui l'avait été du royaume de Clotaire. Les limites de ces deux royaumes ne concordent pas comme pourrait le donner à croire un texte de Grégoire de Tours ,0, tous deux cependant étaient le plus petit dans le partage de 511 et dans celui de 561. Le royaume de Chilpéric était destiné à des fortunes très diverses.
Lorsque mourut Clotaire, son troisième fils, Chilpéric, devançant ses frères s'empara du trésor royal conservé à Berny, entra dans Paris et s'y établit. Ses frères l'en chassèrent et, rendus méfiant? à son égard, lui rognèrent le plus possible le royaume qu'ils lui donnèrent. Mécontent de son lot, Chilpéric profita du moment où son frère Sigebert guerroyait contre les Huns pour s'emparer de sa capitale Reims et de plusieurs autres villes du royaume d'Austrasie. Sigebert se retourna, battit son frère, prit Soissons, reprit son bien et le roi de Neustrie demeura sans capitale ' ' (564).
Vers 567, Chilpéric vit la fortune lui sourire. La mort de son frère Charibert lui valait un héritage considérable : Beauvais (en grande partie), Senlis (un tiers), Rouen, Chartres (un tiers composé dePoissy et Dreux), Paris (un tiers), Lisieux, Bayeux, Coutances, Le Mans, Angers, Limoges, Cahors, Bordeaux, Bazas, Dax, Oloron, Béarn, Bigorre, Comminges, Eauze, Auch, Lectoure, Toulouse. Dans ce lot il fit un choix : Bordeaux, Limoges, Cahors, Béarn et Bigorre, qu'il donna en douaire à sa jeune femme, Galswinde, princesse wisigothe la. Cette princesse était soeur de Brunchaut, qui avait elle-même épousé Sigebert roi d'Austrasie. Après l'assassinat de Galswinde, Brunehaut décida son mari et son beau-frère Gontran à attaquer Chilpéric qui, s'il ne fut pas détrôné, perdit àtoutle moins, les villes du douaire dont hérita Brunehaut.
Chilpéric ne se résigne pas à cette amputation. Il s'empare de Tours et de Poitiers, qui appartiennent à Sigebert, mais il les perd presque aussitôt. Il envoie son fils Clovis à Bordeaux, une des villes du douaire perdu, mais ce jeune prince en est chassé. Il jette son autre fils Théodebert sur Tours et Poitiers, fait ravager le Limousin, le Quercy. Alors Sigebert, à la tète d'un contingent barbare envahit le royaume de Neustrie, dévaste le Parisis et contraint Chilpéric à implorer la paix 13.
En 575, Chilpéric, allié à Gontran, attaque de nouveau Sigebert qui répond au sac du pays remois par
C. xx- — 8 Fredegarii Scholastici Chronicon, c. xxxvn. - 9 A. Longnon, op. cit., p. 137-138. — " Hist. Francor.,l. IV. c.xxn. — " Hist. Francor., 1. IV.c.xxm. — "Hist. lranccr.. 1. IV, c. xxviii. — i] Hist. Francor., 1. IV, c. xlvi, xlvui-l.
l i; UMCE.
l'occupation de Paris. Théodebert, Bis aîné de Chilpéric, est tue en Aquitaine, toutes les cités situées entre Paris et la Touraine sont prises et Sigebert s'avance jusqu'à Rouen. A ce moment, la ll« et la IIIe Lyonnaise abandonnent Chilpéric et prient Sigel)erl de les recevoir dans son royaume: il aeeepte et Chilpéric fuit, se réfugie dans les murs de Tournai et semble perdu: c'est alors que Frédégonde fait assassiner Sigebert '. En peu de temps Chilpéric reconquiert Soissons, sa capitale •; 'l'ours et l'oit iers, tout ce que Sigebert avait possède du royaume démembré de Charibert, enfin il quitte Soissons el s'établit a Paris. Alors il songe à s'emparer du lot de Gontran dans l'héritage de Charibert; s'empare de Saintes, en 5711, de Périgueux et d'Agen en 581 .
Entre 576 et 581, les États de Chilpéric, d'après ce que nous apprend Grégoire de Tours, comprennent au moins trente-trois ciuilales qui entraînent nécessairement la possession de civilités intermédiaires. On voit ainsi que le royaume de Neustrie s'étendait des bouches de l'Escaut jusqu'aux Pyrénées. Les civitales appartenant à ce grand royaume qui paraissait alors destiné à restaurer l'unité de l'empire franc, sont Tournai, Therouanne. Arras. Cambrai, Soissons, Vfeaux, Beauvais, Senlis, Paris, la presque totalité de la cite de Chartres, Rouen, Lisieux, Baveux, Coutances, Rennes, Vannes, Nantes, Angers, Le Mans, Tours, Poitiers. Angoulème, Saintes, Périgueux, Agen, Limoges, Cahors, Bordeaux, Béarn, Bigorre, Dax, Albi, Toulouse.
Les actes des conciles ne permettent malheureusement d'ajouter aucun nom à cette liste. Un diplôme de Childéric pour l'abbaye de Saint-Lucien, confirme le fait de la possession de Beauvais, dès 583 ', et la vie de saint Evroul permet d'ajouter Amiens à la liste 6.
En 584, Chilpéric est assassiné; son fils unique Clotaire II, âgé de quatre mois seulement, est placé sous la tutelle du roi Gontran • On a déjà dit ce qui advint: Contran, après sa brouille avec Frédégonde, mère du petit roi, annexa les villes à sa convenance dans l'État de son pupille, c'étaient Rennes, Le Mans et Angers. Ce tuteur nous est représente par Grégoire de Tours comme un père ayant sous lui deux lils, c'est-à-dire les fils de Sigebert et de Chilpéric qu'il avait adoptés ', i mais il se faisait une idée assez originale de l'adoption. En tous cas, le jeune Clotaire ne parut bientôt à Gontran qu'un intrus dans la famille mérovingienne. A son autre neveu, Childebert, il disait : ■ Je donnerai a Clotaire, si je le reconnais pour mon neveu, deux ou trois cités dans quelque partie de mon royaume, afin qu'il n'ail pas l'air d'en être déshérité. En 5.S7,
le traité d'Andelot assurait a Childebert la succession de son oncle au détriment de son cousin. Bien plus, en
i ils de son neveu suspect, la capitale. Soissons ' et le jeum I lotaire, cou duit par sa méri de, n'avait d'autre ressource
que de chercher refuge a Tournai où on les retrouve tous deux en â!)l '.
En 593, a la mort du roi Gontran, Frédégonde et s. m hâtent de renl rer dans le Soissonnais, s'avancent même jusqu'à Reims et rentrent, vainqueurs, à Soissons ".
En 596, la mort de Childebert, roi d'Austrasie et de
Bourgogne, remet Frédégonde et son lils en campagne :
emparent de Paris et des cités voisines di la
•seine, comme Sens et Chartres, peut-être l.aon. Ces succès ne sont pas durables.
En 600, Théodoric il. roi de Bourgogne el son frère
ilr.i. Francor., l. IV, , . i.-i.ii. ■ Hltl, Francor., I. V,
• m, iv. — ■ Hist. l rancor., L V, c. xm; 1. VI, c. mi.
• Pardewu, op. «a/., 1. 1, p. i 19, - i ,i„ .s. Ebrulfl, \ , dans Mablllon, op. cit., i, p. ;io7. ■ ■//(§«. Francor., l. VII,
DICT. p'abcii. cnm i
Théodebert II, roi d'Austrasie, marchent contre le roi de Neustrie et lui font subir une grave défaite à Dormelles. sur les bords de TOrvannc. au diocèse de Sens. Naturellement, Sens et Chartres et l.aon sont enlevées au vaincu. De plus, le roi de Bourgogne se fait cédel tout le pays situé entre la Seine et la Loire jusqu'à l'Océan et la frontière de Bretagne, tandis que le roi d'Austrasie obtient le duché entier de Dentelin, qui paraît correspondre aux cites de Boulogne, de Thérouanne, d' Arras, de Noyon, de Cambrai et de Tournai; en sorte que le royaume de Clotaire 11 se trouve réduit à douze pagi situés entre la Seine, l'Oise et la mer, pagi que représente vraisemblablement la totalité des cités de Rouen, de Beauvais et d'Amiens.
En 601, Clotaire tente de nouveau le sort des armes, mais il est complètement battu sur les bords de la Louette, aux environs d'Étampes et signe la paix à Compiègne ". puis il attend les événements.
En 61 2, il voit les deux frères aux prises et donne son appui à Théodoric contre Théodebert. Celui-ci perdit son royaume d'Austrasie et Clotaire se hâta d'occuper le duché de Oentclin, prix convenu de son alliance: mais Théodoric victorieux pouvait oublier .ses conventions; il signifia à Clotaire d'évacuer sur-le-champ ce duché conteste. Déjà il entrait en campagne, quand il mourut.
En 613, grâce à l'appui des grands d'Austrasie et de Bourgogne, qui abandonnèrent Brunehaut et les lils de Théodoric, le roi Clotaire, âgé de trente ans à peine, réunit sous son sceptre toute la monarchie franque.
XNI. Royaume de Sigebert (561 600). Sige-
bert eut le royaume, de Théodoric avec Reims pour capitale12.» Quoiqu'en dise Grégoire de Tours, cette affirmation n'est pas tout a fait exacte. Sigebert n'avait pas tout ce qu'avait possédé Thi odoric, notam ment l'ancien lot burgonde rattaché au royaui Metz en 534 et qui s'en était détaché. Par contre. en 507. le nouveau royaume d'Austrasie s'arrondissait d'une partie considérable du royaume de Cha ribert, comprenant la Seconde Aquitaine et la Novein populanie. Au royaume de Sigeberl appartenaient les cités de Cologne, de Trêves, de Metz, de Reims, de Châlons-sur-Marne, de Soissons. de Meaux el d'Avranches. les deux tiers de la cite de Setdis, le tiers du Ressontois au diocèse de Beauvais, un tiers de la cité de Paris, les châteaux de Dun et de Vendôme, quelques parcelles du pays chartrain, le droit de pas sage (peri'ium) dans l'Etampois: les cités de Tours, Poitiers, Limoges. Clermont, Cahors, Albi, du Gi dan, de Bordeaux, Aire. Labourd, de Béarn, de
Bigorre. de Conserans. d'Avignon, d' Vix, la moitié de la cité de Marseille et l'évêché d'Alais. De plus, anté rieurement au traité d'Andelot (587), le royaume de
rt s'était, soit sous son règne, soil sous le règne de son successeur Childebert II. agrandi des citi Tongres, de Strasbourg, de Toul, de l.aon. de Bodez.
d't '/es et de Vence.
Quant à ce qui est de la configuration du royaume ;ebert, on peut assurer que cet État formait au moins quatre tronçons.
« Le premier tronçon, qui composait TAustrasic
proprement dite était originairement formé des pos
us franques d'outre Rhin et des cites de
ne, de Tongres, de Trêves, de- Metz, de Vei
dun. de Toul, de Strasbourg, di sur-Marne,
mis et de l.aon. auxquelles on doit certaini
ment joindre \la\enee. Wonns. Spire. Baie et Cons dont les i ne parlent nullement. Il
e. m. vu. — ■ : Hist. Francor., I. VIII, c. xm. — ■ Util. Francor., I. IX, c. xxxvi. ■ ■ • H M. Francor., I. X, c. \ wn. i" Fteéegarli Scholastict Chrontcon9c. < i\ . - ll tbid., c. \\m. - " Jhsi Francor., |. IV, c. \\n.
fi!)
FRANCE
s'accrut dès l'an 564 par l'annexion de Soissons, la capitale de Chilpéric, et, en 567 plusieurs fragments du royaume de Charibert (le tiers du Ressontois, le tiers de la cité de Senlis, le tiers de celle de Paris et la cité de Meaux) lui permirent d'atteindre la Seine, c Le second tronçon, qui, en raison de son étendue, doit être décrit immédiatement après le précédent, se composait, en 561. d'une partie des possessions aquitaniques des premiers rois de Metz et de quelques cantons de la Provence : on sait que les cités d'Auvergne, du Gévaudan et du Rouergue et très probablement aussi le Velay et le Vivarais sur lesquels les textes de l'époque sont muets, les évèchés d'Alais et d'Uzès, les cités l'Avignon, d'Aix et de Vence, la moitié de celle de Marseille et sans doute aussi celle de Fréjus, en faisaient partie. Après la mort de Charibert et le meurtre de Galswinde ce groupe s'augmenta d'une bande de territoire qui, des rives du Tarn atteignait les bords de Loir et touchait même à l'Océan en englobant les cités d'Albi, de Cahors, de Limoges, de Poitiers, de Tours, ainsi que les pays de Vendôme et de Dun démembrés de la cité de Chartres. Le pervium ou droit de passage sur le Chartrain, l'Étampois et sans doute aussi le Parisis. reliait ce tronçon à la partie franque du royaume d'Austrasie.
« Le troisième groupe des États de Sigebert s'étendait de l'embouchure de la Gironde aux Pyrénées, et il était composé de cités provenant de l'héritage de Charibert ou du domaine de Galswinde, c'est-à-dire de Bordeaux, d'Aire, de Labourd, de Béarn, de Bigorre, et de Conserans.
« Le dernier groupe n'avait que peu d'importance. Il ne semble avoir compris qu'une seule cité celle d'Avranches, sur la côte septentrionale de la Gaule l. » En 575, le royaume de Sigebert s'étendait du Rhin à la Loire et allait s'agrandir des États de Chilpéric lorsqu'il fut assassiné. Son fils Childebert fut dépouillé d'une partie du royaume par son oncle Chilpéric.
En 584, à la mort de Chilpéric, Childebert recouvra le territoire de Senlis et momentanément la ville de Meaux.
En 587, le traité d'Andelot le constitua héritier de Gontran ce qui lui valait les cités de Meaux, de Senlis, d'Avranches, de Tours, de Poitiers, d'Aire, de Bayonne, de Conserans et d'Albi. Gontran se réservait la propriété viagère du tiers de la cité de Paris que Sigebert avait obtenu en 507, du Dunois, du Vendômois et des cités de Bordeaux de Limoges, de Cahors, de Béarn et de Bigorre; à sa mort, ces cinq dernières villes devaient revenir à Brunehaut. Cette princesse obtint même sans tarder la cité de Cahors. En 596, Théodebert succéda à Childebert dans le royaume d'Austrasie dont les cités de Strasbourg, de Bâle et de Constance, ainsi que le Saintois, avaient été détachés pour être annexés au royaume de Bourgogne. En 600, Théodebert, s'annexa la cité de Soissons, le duché de Dentelin, qui ne revint à la Neustrie qu'en 63 !.
XXIi. ÉTABLISSEMENT DES BURGONDES EN GaULE.
— On ne s'accorde pas, il va sans dire, sur l'étymologie du mot Burgonde, et cela n'importe guère. A. Jahn avoue qu'il ignore tout de ce peuple dont les origines se perdent, à l'entendre, dans la nuit des temps :; ce qui n'empêche nullement E. Beauvois de préciser l'origine de cette peuplade et de dresser la généalogie de ses souverains 3. 11 les fait sortir de la
1 A. I.ongnon, op. ci(., p. 148-150. — - A. Jahn, Die Gcschichte der Burgundionen und Burgundiens bis riun Endeder I Dynastie, in-8«, Halle, 1874. — » E. Beauvois, Origine des Burgondes§ in-S", Dijon, 1S60, p. 3. — 'Grégoire de Tours. Hislor. Francor., I. Il, c. ix; E. Beauvois, op. cit., p. 27; Iteuue critique, 186'.), t. iv, p. 290; E. Beauvois, Une pénalité des lois Gombettes et tes lumières qu'elle jette sur l'origine des Burgondes, dans Mémoires de la
Norvège et spécialement du centre de la vallée de Loerdalem, héritage du roi Néofil, dans la paroisse de Borgund 4. Vers le milieu du me siècle, les Burgondes habitaient, paraît-il, le nord de la Germanie, entre la Vistule et l'Oder; ils étaient voisins des Gépides, qui les exterminaient presque complètement en 325. Quelques années plus tard, ce qui restait de Burgondes suivit le mouvement qui entraînait les peuples barbares; ils arrivèrent sur les rives du Mein, poussèrent jusqu'au Rhin au nombre de 80 000 hommes — ces dénombrements sont toujours très arbitraires — et ils parurent au moment de pénétrer dans la Gaule. En l'année 411, on les voit figurer avec les Francs, les Alamans et les Alains parmi les partisans du tyran Jovin, ce qui ne l'empêcha pas de succomber peu de temps après. Néanmoins, en 413, les Burgondes s'emparèrent de plusieurs régions arrosées par le Rhin s, ayant Worms pour capitale. Cet État burgonde ne dura guère; il engagea la lutte contre Aétius, ce qui lui attira une rude défaite et, en 435 ou 436, le passage des bandes d'Attila acheva de faire disparaître cette ombre de royaume *. Ce qui put échapper au désastre abandonna les lieux si funestes à la nation, et, en 443, « leurs restes •, rcliquia Burgundionum, s'établit en Savoie, probablement avec Genève comme capitale : Sabaudia Burgundionum reliquis datur cum indiqenis dividenda ', probablement à la condition de servir comme auxiliaires dans les armées romaines. Le témoignage de Grégoire de Tours confirme celui de Prosper; il dit que sous le chef franc Clodion, les Burgondes étaient établis dans la partie de ia Gaule comprise au sud du Rhône 8.
Qu'était alors cette Sabaudia ou Sapaudia? Une contrée de laquelle il faut retrancher les diocèses de Morienna (Maurienne) et Tarentasia (Tarentaise) * ; mais par contre dans laquelle il faut faire entrer le pays arrosé par le Rhône après sa sortie du Léman: A Pœninis Alpibus efjuswre copia lonlium Rhodanus fluens..., et paladi sese ingurgitât nomine Lemanno. eamque intermeans, nusquam aquis miscelur externis... Unde sine jarlura rerum per Sapaudiam jertur et Sequanos; longeque progressus, Viennenscm latere sinislro perstringil, dextro Lugdunensem 10. Les Séquanes habitaient le pays qui formera le diocèse de Belley et faisait partie de la Maxima Sequanorum. C'est en effet après sa sortie de l'évêché de Belley que le Rhône coule entre Lyon et Vienne; ainsi donc le diocèse de Genève formait tout au moins l'extrémité sud-ouest de la Savoie et la civilas Genavensium représente assez exactement le pays cédé aux Burgondes en 443. Nous savons du reste que Childéric, l'un des deux premiers rois bourguignons, résidait à Genève. Son royaume de Sapaudia ne comprenait pas la totalité du pays désigné sous ce nom, car au milieu du V siècle, la ville d'Yverdun, faisait partie de la civitas Aventiœ .(Avenches), séparée de la cité de Genève par les monts du Jura, obéissait aux Alamans à une époque où Genève obéissait aux Burgondes ".
Une fois installés dans la Sapaudia, ses nouveaux maîtres ne tardèrent pas à retrouver force et puissance. Vingt années exactement après le desastre de 136, en 456, on les voit, sous la conduite de Gondioc et de Chilpéric Ie' leurs rois, accompagner les Wisigoths et Théodoric 1 1 dans une expédition en Espagne contre les Suèves l-. Après cette expédition, et en récompense
Société d'histoire et d'archéologie de Chalon-sur-Saône, 1S64. t. vi. — 5 Prosper d'Aquitaine, Clwonicon. — * G. Kurth. Clovis, in-l°, Tours, 1S96, p. 360. — ' Prosper Tyro, Chronicon, — 8 Grégoire de Tours, Hislor. Francor., 1. II, c. ix. — • Vitse Patium, c. î, n. 5. — 10 Ammien Marcellin. Hislor., 1. XV. c. xi. — " Vitse Palrum, c. i, n. 1. — 11 Bouquet, Recueil des hist. de la Gaule, t. I, p. 620-
FRANCE. I
Jlsj
sans doute dis services rendus, il leur fut permis «l'élargir leurs frontières et de s'étendre sur la rive droite du Rhône. « En cette année (456) écrit Marlus d'Avenches, les Burgondcs occupèrent une partie de la Gaule. •
En quoi consistait exactement cet agrandissement? On a conjecturé que cette première étape vers d'autres agrandissements avait conduit les Burgondes jusqu'à Ambariacum (Ambérieux) où se tiendront deux assemblées nationales, bien qu'à une époque postérieure d'un demi-siècle ou plus. Ce n'est là qu'une conjecture. Ce qui est plus certain, c'est qu'on assiste au mouvement d'expansion à peu près ininterrompu des Burgondes. Avant -163. ils ont Iranchi l'Isère, a quarante-trois lieues au sud de Genève '; en 470, ils sont ma'tres de Lyon et, sans doute, peu de temps après, île Vienne: aussi en 472, Sidoine Apollinaire parlant de sa patrie la désigne sous le nom de Lugdunensis Gcrmania :. En 471, l'autorité de Chilpéric le jeune s'étend au midi jusqu'à Vaison, mais cette ville reconnaît encore l'empereur Xepos s. Les rois burgondes ne s'écartent pas dans cette direction excentrique. Chilpéric l'ancien avait fait de Genève sa capitale, un de ses successeurs la transporta à Vienne. De là on était mieux [lace pour veiller aux moindres chances d'agrandissement. En 488, les Burgondes possédaient Langres *. Au dire de Frédégaire, ils possédaient Chalon-sur-Saône dès 493 '. En 499, le royaume burgonde s'étendait au delà de la Durance puisque les évoques d'Arles et de Marseille siégeaient au concile de Lyon *; enfin vers l'an 500, au dire de Grégoire de Tours ', les deux rois bourguignons Gondebaud et Godegisèle régnaient sur les pays situés le long-du Rhône et de la Saône et sur la Provence marseillaise i Mtissiliensis Provincial. Cette dernière extension fut d'ailleurs de très courte durée, peut-être quelques mois seulement '.
En l'an 500, Gondebaud subit une grave défaite près de Dijon et les Burgondes ne trouvèrent d'abri qu'en Avignon, où le vaincu traita avec Clovis. Débarrassé successivement de ses trois frères, Gondebaud régna avec sagesse, jusqu'en 51G: le règne de ses lils lut marqué par une série de guerres désastreuses. Ces deux fils étaient Sigismond • et Gondemar. Sigismond ajouta créance à des accusations intentées contre son lils unique Sigéric et le lit étrangler; cela fait il clama son repentir et en alla remplir les échos du moi d'Agaune : Quo farln, pater vero janrpœnitens cadaver exanime mens flere capit amarissime. Nihilominus ille ad sanclos Agaunenses abiens, per muttos dits in flelu et je/uniis durons, veniam precabalur.
XX 111. Étendue, destruction et démembrement DU ROYAUME BURGOMii: (517-534). -— En 517 un concile célèbre se tint à Epaone (voir ce mot) en plein pays bourguignon, sous le règne de Sigismond.
1 Koger de Bclloïuct, Questions bourguignonnes ou Mémoire critique sur l'origine et les migrations des anciens Bourguignons et sur les divers peuples, royaumes ou contrées uni ont porté ce nom, 1X17, p, 167; C. Blhding, Geschlchle des burgun n Kônigreleh, ln-8°, Leipzig,
t. I, p. 58. — • Sidoine Apollinaire, Epislolcc, 1. Y, n. 6. — ' Ibid. — ' Grégoire de inurs, Hlslor. Francor., I. II, <•. wii. — * Hislor. Francor, epttomala, c. x\m. — ' L. d'Achery, Spteilegiam, èdit. ln-4", i. \. p 110. — ' Hlsi r. Francor., I. u, c. xxxn. — ' A. Longnon, »/>. cit., I, note 1. — • Fondateur du monastère d'Agaune (voir ce mot t. i, col. 856). — '" L'abbé Lebeul, miion dani laquelle on recherche depuis quel temps
ronce a été en usayr pour désigner une portion des Gaules, f étendue de ci».- portion ainsi dénommé
divisions btlMëemenl de lu monarchie / ln-12, Paris,
17IO, p. S oti on la lecture .v-
(Noyon) no lieu de Ntoernenslum (Neveu); il a été n
Les souscriptions épiscopales de ce concile nous font connaître vingt-cinq évêques appartenant à sept provinces, qui sont : 1° Première Lyonnaise : Lyon, Chalon, Langres, Autun; 2" Quatrième Lyonnaise : Nevcrs " 3° Séquanaise : Besançon. Windisch ; 4' Alpes Craies : Sion, Tarentaise; 5° Viennoise : Vienne, Vaison, Valence. Grenoble, Genève, Die. Carpentras, Orange, Trois-Cbâteaux, Cavaillon, Aps (depuis Viviers i Avignon "; 6° Seconde Narbonnaise : Sistcron, Apt, (.ap: 7 ' Alpes Maritimes : Embrun. A ces villes il faut ajouter celles dont nous savons avec certitude l'appartenance au royaume burgonde, par exemple Mâcon, Belley et Avenches, mais dont les évêques ont pu être empêchés d'assister au concile ou de s'y faire représenter.
Les cités extrêmes du royaume burgonde étaient, au midi, Avignon, Cavaillon. Apt. Sisteron, Gap et Embrun et les territoires de ces cités devaient confiner aux diocèses d'Arles, d'Aix, de Riez, de Digne, de Senez, de Glandève et de Nice, en sorte que le cours de la Durance servait probablement de frontière aux deux nations. A l'ouest, la limite entre la Bourgogne et la Gothie a été déjà indiquée. Au nord, vers le pays des Francs, les textes sont formels et nous apprennent que Auxerre, Troyes, Cbàlons et Toul appartenaient aux Francs. D'autre part, les Burgondes tenaient fortement Langres i:. A Test, les Alpes traçaient la frontière. Un seul point reste sujet au doute, les Burgondes possédaient-ils la civitas Basiliensiiun, renfermée entre la boucle du Rhin et les diocèses de Besançon et de Windisch? En définitive, on l'ignore. • Bâle faisait, il est vrai, partie de la Séquanaise, et tout le reste de cette province appartenait, en 517, à la Bourgogne: mais on ne doit pas oublier que les guerres du V siècle rompirent souvent l'unité des provinces. » Les auteurs modernes penchent généralement, en raison du silence, des documents bourguignons à exclure Bâle du royaume de Bourgogne, et cette opinion acquiert presque le caractère d'une certitude aux yeux de Rogcl de Belloguet, car, suivant cet auteur, Chiklebert II aurait détaché, entre antres l'Alsace et le Sundgau du royaume d'Austrasie, pour en gratifier son second lils Théodoric qu'il faisaii roi de Bourgogne " : or on sait que le Sundgau était formé de la partie septentrionale de la civitas Basiliensiiun. Cependant le coup ne porte pas; Frédégaire ne parle nullement, en effet, du Sundgau comme on s'accorde généralement à le croire, mais bien des habitants du Saintois, Suggenlenses, pays démembré de la cité de Toul '*. Toutefois les paroles du chroniqueur du vn* siècle prouvent que le Sundgau faisait partie du royaume d'Austrasie sous Sigebert I il Childebert U, car ce pays était, comme son nom l'indique, « le canton méridional » de l' Alsace, pari en Nordgau et en Sundgau; mais rien n'autorise à
futé de façon décisive par Rouet de Belloguet, Carte du premier royaume de Bourgogne, avec un commentaire sur Vétendue et tes frontières de a t État, en 627, in-s . 1848, p. 155-160. — " Avignon et non Avenches, Le nom latin est Auenticus (voir la Notitta ' en suite que Peladtus presbyter, représentant de Salutarls, episcopus cioitaih Aoennicet emploie poui Avignon une forme 1res
rég de n- dérivée de Avenio. Cf. A. Longnon, op. cit., p. 50, note*.— "Rogetde Belloguet, Carte, p. 120-14
Uoguet, Questions p. 182. — " lr,
Chronicon, c. xxxvn : AnnoXV regn Theuderict, cum Ali ubi fuerat cnutrilus,
u, pairis sut Chtldeberii tenebat,a Theudeberiorltu barboni peroaditur.... Coactua atque compuUuâ timoré perterrilus perpactionis vlnculum I Thedeberlt (Irmaott; tttamelSuggi ntenseset Vurri panen "'• Sur les
du nom de Saintois; cf. I .(. /„ Meurlhe, 1862, p. 122.
FRANCE
croire que le royaume de Contran, fréquemment désigné par l'appellation de « royaume de Bourgogne », ait eu la même limite septentrionale que l'ancien État bourguignon. Ce ne sera donc point le texte de Frédégaire, mais bien l'absence complète de preuves, ou même d'indices, qui nous décidera à ne pas renfermer la civilas Basiliensium dans les limites du royaume de Gondebaud et de Sigismond '. »
En 523, les fils de Clovis, à l'instigation de leur mère Clotilde, se liguent contre le royaume des Burgondes qui était gouverné par les fils de Gondebaud, Sigismond et Godemar. Ceux-ci sont battus et mis en fuite. Sigismond se fait moine à Saint-Maurice d'Agaune (voir Agaune), mais Clodomir l'enlève et l'emmène dans l'Orléanais. Après le départ des Francs, Godemar reconquiert son royaume, ce qui rappelle sur les lieux Clodomir, qui prend la précaution de faire assassiner son prisonnier Sigismond, sa femme et ses enfants. Clodomir ne fait pas appel cette fois à ses frères Childebert et Clotaire, mais il réclame l'aide de son frère consanguin Théodoric. Les deux rois francs sont vainqueurs de Godemar à Vézeronce. au territoire de Vienne, dix lieues au sud d'Ambérieux (voir Casque, t. il, col. 2332), 21 juin 524. Pendant la poursuite Clodomir est tué. Alors, dit Grégoire de Tours, « les Francs donnent la chasse à Godemar, écrasent les Burgondes et soumettent tout le pays :. » Nouveau retour offensif de Godemar qui reprend possession du royaume. Temps d'arrêt.
Pas avant 532 se place une troisième expédition. Cette fois Childebert et Clotaire font appel à Théodoric qui refuse son concours. La prise d'Autun, relatée par Grégoire de Tours, aurait décidé du sort de la Bourgogne entière 3. Une fois de plus, Godemar prend la fuite: mais il ne perd pas courage. Une lettre de Cassiodore nous dit que * Burgundio quin cliam ul sua reciperet, dévolus efjeclus est, reddens se lotum dum accepisset exiguum. Elegit quippc inleger obedire, quant imminnlus nbsisterc. Tulius nunc défendit rcgnum, gaando arma deposuit. Reeuperavil enim prece quod umisit acie. Godemar se décida donc à reconnaître la suzeraineté des Ostrogoths moyennant un léger agrandissement territorial, et, il « détend plus sûrement son royaume, dit-il, maintenant qu'il a déposé les armes. » Il y eut donc entre l'expédition de 532 et la prise d'Autun amenant la ruine définitive du royaume burgonde, en 534, une dernière période d'accalmie.
Sur ces entrefaites Théodoric d'Austrasie étant mort, son successeur Théodebert s'associa à ses collègues Childebert et Clotaire pour en finir avec les Burgondes. Marins d'Avenches écrit dans sa chronique, à la date de 534 : Paulin» juniare, indielione duodecima. Ilor consule reges Francorum Chitdeberlus, Chlotarius et Theudeberlus Burgundiam obtinuerunt et, fugalo Godomaro rege regnum ipsius diviserunl '*.
Le royaume burgonde avait donc cessé d'exister, on allait procéder a son démembrement. « On sait que les territoires d'Autun, Chalon, Vienne et Viviers, qui étaient contigus aux possessions du roi d'Austrasie en Aquitaine, lui appartinrent après l'occupation défi-
1 A. Longnon, Géographie, p. 77. — '■ Hisl. Francor.,