II. SÉPULTURES. I. DE L'EXISTENCE ET DES
CARACTÈRES li'l'N \l: l OAU1 un al I
gaulois n'est rien moins que certaine. Antérieurement a [iiète de la Gaule par les Romains, les populations, assez peu civilisées, ne s'interdisaient ni la construction, ni l'ornementation, mais leur domaine artistique
était aussi mal défini que leur domaine politique. Li -
principes adoptes en Gaule étaient, pour autant qu'on peut le savoir, les mêmes qu'on II dans une
grande partie de l'Europe et. la part des GaulO
cope. De bello gothlco, 1 t. c, mu; I. III. c. \x\in. — ' La Ion il'- la Mil,' .ir i r.jiis par Childebert semble Impliquer celle du territoire de Toulon, qui u parait lu Forojulicnsium de la cioiiat MassUienaitun*- 'A. Loi Géographie m lu Gaule au I p. 64 •
FRANCE
elle fut réelle et active, n'en est pas moins confondue aujourd'hui avec l'apport des autres peuples de ce temps et probablement sans distinction possible. A-t il existé, dès lors, un art spécifiquementgaulois? S'il a existé, les textes, ainsi qu'on peut s'y attendre, n'en ont rien dit; quant aux monuments que nous apprennent-ils? Il va sans dire que, sous le nom de monuments, il n'est pas question d'édifices, mais seulement de menus objets. « Certains monuments de pierre, comme ceux de Gavrinnis, avaient, au dire de L. Courajod, reçu des populations indigènes de la Gaule, à une époque indéterminée, mais bien antérieure à toutes les pénétrations méridionales, une ornementation dessinée et gravée dont le sentiment, qui ne s'éteignit pas complètement aux temps galloromains, ni même aux temps mérovingiens, peut être parfaitement apprécié... Elle n'était pas, en somme, extrêmement différente du caractère affecté par les arts importés plus tard en Gaule, après le passage des Romains, par les invasions barbares et pratiqués par d'innombrables tribus germaniques. C'était un composé de dessins géométriques, puis d'enroulements, de méandres compliqués, de spirales, qui ne sont pas sans analogie avec ce que nous savons de la décoration des meubles contenus dans les nécropoles mycéniennes et avec ce que l'on connaît d'une civilisation primordiale et universelle à laquelle l'Orient et le centre de l'Europe auraient été soumis ». » On aurait été surpris que l'Orient n'eût pas été appelé à comparaître, ressource suprême qui dispense d'avouer qu'on n'a rien à dire. Quand on lit de près et qu'on pèse les mots de cette explication, on ne peut se refuser à reconnaître qu'elle n'explique rien, n'apprend rien. Des cercles, des lignes brisées, des lignes spirales et, pour parler comme Biaise Pascal enfant des « ronds » et des « barres » ont grande chance de venir assez naturellement au bout de la pointe ou du ciseau de ces rudes artisans qui ne savent au monde autre chose que ces signes. La combinaison qu'ils peuvent faire de ces signes les élèvera-t-elle par hasard à la dignité de symboles et pour avoir tracé deux circonférences concentriques ou bien recoupé deux ou trois cercles était-il nécessaire d'avoir vu le mobilier des nécropoles mycéniennes ou autres? On est en droit d'en douter. Peut-être est-il superflu de regarder si loin; qu'on feuillette les livres des écoliers de sept à douze ans, on trouvera sur les marges, les gardes et la couverture, une solution des origines de ces arts primitifs. Ce sont les mêmes mains inexpertes maniant un outil, traçant une figure géométrique ou humaine avec une maladresse supérieure, mais sans qu'on leur ait enseigné jamais pareille chose; presque tous fabriquent des « ronds », des «barres » et des « bonshommes » parce que, sans être allés à Mycène ni ailleurs, ils ont ouvert ies yeux et vu partout autour d'eux la droite, la courbe et l'individu.
Quelle action aura exercé cet art gaulois ? « Quand disparaît le poids qui oppressait la Gaule, il se fait, dit Courajod *, pendant la période mérovingienne dans la décoration et dans la sculpture d'ornement, comme une explosion du sentiment personnel celtique. On sent que les instincts primitifs de la race, refoulés par l'art urbain et aristocratique de l'époque gallo-romaine, n'ont pas été complètement anéantis dans les masses profondes du peuple..., et c'est ainsi que les principes primordiaux de l'art gaulois, mélangés aux principes de l'art germanique, et après s'être amalgamés avec eux, ont pu fournir une contribution appréciable au total général des éléments qui ont constitué le style roman en préparant la substance
• L. Courajod, /.irons ,lc l'École du Louvre, édit. Lemonnicr et Michel, 1. 1, p. 0. — ' /;.„/., 1. 1, p. 7. — ' S. Reinach,
du style gothique. • Tout cela est si parfaitement nébuleux qu'on serait tenté d'y apercevoir une mystification. Principes gaulois et principes germaniques qui se mélangent et s'amalgament ne sont évidemment perceptibles qu'aux seuls initiés. Passons.
Ce qui s'impose évidemment, c'est la séparation entre les deux grands domaines artistiques : grécvromain qui inspire toutes les populations riveraines de la Méditerranée; cello-srylhiaue, qui englobe la Gaule indépendante et tout le nord de l'Europe. Ce style celto-scythique. appelé aussi de la Tène, offre quelques caractères particulièrement marqués et vendables dans l'un ou l'autre de ces produits indigènes.
« 1° Prévalence de la décoration géométrique: 2° Prévalence du goût de la symétrie sur celui de la forme vivante, de la logique sur l'imagination; 3» Goût pour l'emploi des couleurs vives, d'où Fémaillerie de Bibracte, les cabochons de corail qui décorent les objets métalliques de la Champagne, les perles d'ambre et en pâte de verre multicolore; 4° Goût pour le travail ajouré, très frappant dans les beaux ornements de bronze provenant des nécropoles de Chassemy, dans l'Aisne, de Somme-Bionne, dans la Marne, etc.; 5° Tendance à la stylisation, c'est-à-dire c la transformation de la forme humaine en fioritures, en motifs de décoration '. »
11 n'y a rien dans tout cela qui soit particulier aux Gaulois, qui permette de reconnaître certains ouvrages et de les leur attribuer. Le lieu de la trouvaille pourrait, au premier abord, paraître une indication décisive, mais outre que le hasard des fouilles peut amener la découverte dans le sol de la Gaule d'une tombe anonyme renfermant un étranger enterré avec ses bijoux, ces bijoux eux-mêmes, les armes, les vêtements étaient l'objet d'échanges, de rachats, en sorte qu'ils peuvent se rencontrer en des lieux très éloignés de celui où ils furent fabriqués. Les voyages, le commerce, la guerre, les invasions, les exodes de peuplades ont tellement brouillé les témoins de ce lointain passé que les poteries et les verres, dont la fragilité semblerait favoriser une fabrication rapprochée, se rencontrent parfois à des distances considérables de leurs ateliers de fabrication probables. Si on compare un grand nombre de collections, on constate des différences si vagues entre les pièces dont elles se composent qu'on n'aperçoit pas de raison valable d'attribuer les uns de préférence aux autres à telle ou telle peuplade. Tous présentent plus ou moins la décoration géométrique, tous négligent la figure animée, humaine ou animale, parce qu'elle oppose à leur inhabileté des difficultés presque insurmontables. Gaulois Germains, Barbares, de toute provenance, semblent de même ressentir un goût très vif pour l'orfèvrerie et la verroterie cloisonnée et si les Gaulois n'avaient pas attendu les envahisseurs pour pratiquer cette ornementation, ils n'ont pu dans la suite que rivaliser. d'adresse dans les procédés avec ces orfèvres venus de très loin et très experts au sertissage des pierres dans les métaux. Les ajours peuvent-ils être considérés comme une particularité du goût et de l'art des Gaulois? Mais n'est-ce pas plutôt une question d'économie qui suggère cette technique grâce à laquelle on épargne le métal employé avec le bénéfice de retirer une décoration non seulement sans rien ajouter mais en retranchant quelque chose. La stylisation n'est souvent, elle aussi, qu'un pis-aller et le résultat plus ou moins cherché de l'inexpérience. Quand on voit un objet informe, une sorte d'arbre branchu entre deux plantes, et qu'en remontant la série on arrive a Daniel debout, les bras tendus, priant entre
Description raisonner du Musée de Sainl-Cermain-en-l.aije, Bronzes Injures de lu Gunle romaine, p. 1 sq.
i i; ami:.
deux lions accroupis, on se demande ce que la stylisation a pu avoir de voulu, si elle n'est pas le résultat lmpré\ u de l'ignorance et de la maladresse. En somme l'existence d'un art gaulois distinct n'est pas verifiable, ses produits n'étant pas suffisamment caractérises '.
I.'art gaulois est rudimentaire. Point d'architecture; des maisons de bois composées de troncs d'arbres rapproches. Ni peintures, ni sculptures, mais des rayures plus ou moins malhabiles, pour décorer les ustensiles, simples entailles qui s'alignent, se croisent, se courbent et d'où sort, avec le temps, une décoration géométrique. Toutes les peuplades ont bégaye ce rudiment. Ce qu'on remarque, clans l'ornementation gauloise, à mesure qu'elle so développe et se complique, c'est l'adoption et la préférence marquée pour la spirale, les zigzags, les entrelacs, les stries, les lignes courbes, les S, la simple ou la double croisette, le swastica.
La spirale est fréquemment employée sur les fibules *, sur des plaques de bronze; un bracelet trouvé dans le tumulus de Montceau-Lambert. se termine en spirales. — L'entrelacs (voir ce motjabonde3; on le retrouve sur la céramique comme sur le métal, avec tout ce qui en dérive, nattes, chevrons, losanges et cercles emboîtés, recroisés, le tout parsemé de cercles, de points, d'étoiles '. Les pointillés sont aussi fort apprécies ; on les emploie pour formerdes carrés, des cercles, des chevrons, quelquefois même ils sont creux, par exemple a Chassemy (Aisne), à Orgemont. — Les stries sont tracées avec une certaine finesse et forment tantôt des ondulations, tantôt des chevrons, tantôt des spirales 4: on en trouve beaucoup d'exemples dans la collection Caranda '. Le signe en S employé à la décoration des bracelets, des torques, des monnaies '. on y pense voir un symbole dont on cherche d'ailleurs inutilement à déterminer le sens. Ce type a survécu a la conquête romaine, même alors son prestige ne s'évanouit pas entièrement. Il fut momentanément amoindri, mais il reprit ensuite un sérieux essor à la faveur du renouveau que les invasions franques ménagèrent aux coutumes et aux croyances d'autrefois. Le signe en S reçut alors de l'importance. La faveur reconquise par lui devint même si grande, qu'il put pendant quelque temps marcher de pair avec la croix du Christ ". I.e Swastikn ou croix gammée, symbole venu d'Orient', qu'après un long intervalle nous voyons reparaître dans les cimetières chrétiens de Rome. Les pauvres gens qui s'y sont fait enterrer n'ont pas oublié ce signe ancien et respecte et il leur a paru propre à représenter leur foi nouvelle. Des Gaulois ont partagé celte pensée. La roue est un symbole 10. Le Triskile, autre symbole,
1 J. A. Brutails, V archéologie >/u monen agi . ln-8", Paris, 1900, p. 73. — ' Champagne raine. Album archéologique de M, Morel, pl.i. Mu Saiat-Germaln-en-Laye, vitrine 37, salle VI, Catalogue, p. 161. — 'Bulllot, Fouilles du Mont-Beuvrag; s. Reinacb, Catalogue du muiéc </■ Saint- Germain, p. 147-1 ■ s. Reinacb, Antiquités nationales, II. Les bronzes du musée de Satnt- Germain. Les divinités celtiques, p. 137-200. — •A. Maître, Le tumulus de Gavrlnis, dans Bévue archéologlque, issô. Catalogue 'lu musée de Satnt- Germain, p. 71-72.
'Voir aussi Us torques di stries, fréquentes
Mans les départements de la Marne. — T E. Flouest, Deux stèles de Inraire. Note sur le signe sgmbollque < m S, m-s . ruris, 188.",, pi. xviu; s. Relnach, Antiquités nationales, n, p. 33. n. "p : Jupiter ■! la roue. Bulletin de i<i Socit u n tttonale des antiquaires de France, 1884, p. 145; E. Hucher, L'arl '. n. I, pi. 11. n. 1 ; pi. 13, n. 1 ; pi. 21 , n. 1 ; pi, 59, pi. 60, 61, '17, es. 70, 72. 91 : !>■■ Lasteyrie, Pnalire en or trouvée à Auvers (Si Ine-et Oiseîdani Gazelle ai gigue, lss.'i. — ' E. Flouest, Di dt laralre, p
• E. Flouest. t,{>. lit., p. 7s ; Salomon Relnach, Antiquités
est le signe en S qui se termine par deux S croisées ".
Après la conquête romaine, l'art gaulois se conserva avec moins d'altérations au nord des pays arrosés par la Seine et par l'Oise, correspondant à peu près au Soissonnais. Par le midi de la France pénétrait l'influence orientale, gagnant de proche en proche depuis Marseille: elle continue à s'exercer sur les objets mobiliers : il faut l'influence de Home pour substituer un art véritable et des produits industriels.
IL L'art gallo-romain. La conquête romaine apporta à la Gaule, entre autres bienfaits, la paix, les institutions et les arts qui en sont l'eflloreseence naturelle. Pour avoir été conquise et maîtrisée à l'heure ou Rome possédait encore des forces vives, des vérins et des idées fécondes, il arriva à la Gaule ce bonheur inouï — sans doute providentiel — de prendre le gouvernement de l'humanité pour une suite de siècles si longue que nous n'en voyonspaslecrépuscule. Vainqueurs et vaincus possédaient un réservoir si ample de tout ce qui fait vivre, que de leur rapprochement naquit cette source intarissable de civilisation qui a produit l'art roman et l'art ogival, puisque nous ne voulons pas empiéter sur des temps plus rapprochés de nous Home était usée, la Gaule lui succéda: l'art gréco-romain s'y acclimata el y domina bientôt sans contestation possible. Mais parce que le génie gaulois était plus souple et. pour tout dire, moins formaliste que le génie romain, les Influences orientales pénétrèrent cet art entrain de se développer. L'art gallo-romain, dès son début, au temps d'Auguste, futfortement imbu de l'influence alexandrine. Nous avons parlé déjà des colonies de Syriens répandues en Gaule (voir Colonies), mais c'est dès le début de notre ère que nous y rencontrons ces groupes d'Apaméen.s.d'Antiochiens, de Syriens et d'Égyptiens qui implantent des goûts de motifs, révèlent une technique dont l'art gaulois extrait le suc et relire les plus grands bénéfices. « Lorsqu'on étudie l'ensemble des feuvre gallo-romaines, — abstraction faite de celles de la Gaule Narbonnaise qui se rattachent plus étroitement à l'Italie, — on est frappé en particulier dans les bas-reliefs funéraires, de leur caractère réaliste, de la préférence des artisans pour les portraits, pour les scènes de la vie familière du commerce, de l'industrie, à l'exclusion des scènes mythologiques et symboliques, qui ne se rencontrent qu'a 1 itre exceptionnel. Cela est surtout sensible dans le Belgium, dans la vallée de la Moselle et de la .Meuse lies sculptures, comme celles des monuments d'Igel, d'Arlon et de Neumagen ont paru attester l'originalité de l'art gallo-romain dans cette région; mais il faut ajouter que les bas-reliefs du centre de la France el de l'Aquitaine présentent, en général, les mêmes c irai tères. Le peu
nationales, n, p. 190; Musée de Saint- Germain, p. 29,86. 87, '.m. 95, U"). 102. 128, 130, 137, 151, 17s; cf. G. Boissler, Le musée itr Saint- Germain, p. 18 : Quelle n'est pas notre surprise île- le voir aussi ;i une époque très reculée sur îles objets appartenant on mobilier funéraire de la Haute Italie ainsi que surdes autels païens de la Gaule ! Qui donc l'a
porté des rives de l'Indu» aux bonis île l'océan Atlantique'/
Comment a-t-il pu voyagera traversdesilongsespaces.enun temps ou les na lions ne communiquaient guère entre elles?' S. Reinach, Antiquités nationales, t. n, p. 33. Revue archéologique, 1881, t. n, p. 7. • " Catalogue du M u Saint-Germain, p. 77; Champagne souterraine. Album archéologique <'<■ V. Morel, pi. 19 : bouclier d'Êtrechj (M. nue); tuniuliis île Monsangeon, pi. 36, Bg. 10-11; )■:. Hucher, l-'nri des Gaulois, pi. 9, n. 1; pi. 21, n. 2: pl. 30. n. 2; pi. 49, n. I ; pi. 76, n. 2, pi. 95, n l; pi. 101. n. 1. Cf. A. Martgnan, ' n historien de l'art français Courafod. Les temps francs, In 1899, p. '
Hucher, Note sur l'Influence de Pari celtique
et mérovingienne, dans Bulletin <'< nationale di ■■ antiq. tf< France, 1873, t. *vn, p 100.
FRANCE
d'intérêt que les Gaulois romanisés trouvaient aux traditions mythologiques de la Grèce, l'importance qu'avait prise chez eux l'industrie, le commerce et l'agriculture pourraient être allégués dans une certaine mesure pour expliquer ces tendances, mais nous pensons que, là aussi, il faut invoquer, du moins à l'origine, une influence étrangère, et cette influence n'est certainement ni grecque, ni italienne, puisque les représentations de métiers sont également rares dans les monuments grecs et romains K » Aux épitaphes sculptées on doit joindre les mosaïques et notamment celles de Pont d'Oly (Basses-Pyrénées), de Taron (au musée d'Avignon), de Narbonne, prouvent l'origine orientale de leurs auteurs *.
Dans les campagnes, la civilisation romaine s'aventurait à regret, le christianisme lui-même ne pénétrait qu'avec lenteur et prudence. Les antiques idéogrammes s'obstinent à durer: de même l'idolâtrie s'obstine à conserver les cultes abolis et oubliés dans les villes. Lorsque les invasions barbares donneront à l'administration romaine plus de besogne qu'elle n'en peut faire, il se produira dans les campagnes une sorte de renouveau des anciens symboles 3. Mais alors Rome avec le prestige de la force des armes perd en partie sa vertu d'aimantation civilisatrice. Ce n'est plus de ce côté qu'on cherche les inspirations artistiques, c'est entre Tournay, Laon, Soissons et Paris que se concentre le vrai foyer artistique et que s'élabore la destinée de l'art français. La disparition des familles sénatoriales, des grands propriétaires, des représentants des idées romaines, des goûts romains, était indispensable; appauvris, ruinés, dispersés, ils ne pourront désormais prôner l'art officiel, qui disparaît pour de longs siècles. Ils n'avaient pas été inutiles, mais ils commençaient à devenir encombrants, par eux s'éternisait une architecture et une sculpture faites de recette et qui d'un édifice à un autre édifice, d'une moulure à une moulure postérieure suivait la pente inexorable de la décadence. Certaines pièces ne pouvaient plus être exécutées, on en dépouillait un édifice. Les ateliers ne cherchaient plus à s'instruire, à résoudre des problèmes, à en poser de nouveaux, ils s'occupaient à copier. Tout n'était pas perdu. Copier, entretenait les bonnes méthodes, conservait la technique excellente du passé. La main d'œuvre restait romaine quand tout semblait devenu barbare. On se pétrifia dans les anciens procédés et, à tout prendre, cela valait mieux que de s'en détacheretdelesoublier. L'art ogival devra en partie sa robustesse à la persistance de la technique romaine.
Un facteur important dans l'art gallo-romain, fut le christianisme. C'est que l'art chrétien presque dès le jours du triomphe du christianisme s'ouvre largement à l'art oriental, syrien et byzantin. En Gaule, il a tout à refaire, car les quelques bâtiments d'églises élevés depuis l'évangélisation du milieu du me siècle ont tous péri par ordre de Constance Chlore, qui a préféré sacrifier les édifices pour sauver les fidèles. L'art rajeuni, renouvelé dès le i\e siècle dans les oratoires, les basiliques des Gaules, ne s'affranchit pas tout d'un coup; il se traîne encore longtemps à la suite des vieux modèles des catacombes qu'il reproduit indéfiniment sur les sarcophages. 11 faut attendre que l'influence syrienne se fasse de plus en plus sentir pour amener des changements not ables dans les conceptions esthétiques chrétiennes.
III. Sépultures fiAi.io-ROMAiNES. — Au VI" livre de ses Commentaires sur la guerre des Gaules, César, parlant des mœurs des Gaulois, écrit « qu'il n'y avait
' S. Reinach, Antiquités nationales, II, p. 22. — * Marignan, Un historien de l'art franrais, p. 14. — J E. Floucst, Deux stèles de laraire. p. 90. — ' Cochet, Sépultures gauloises.
pas encore longtemps que les esclaves et les affranchis qu'un homme de distinction avait aimés, étaient brûlés sur le même bûcher que leur ancien maître, » Ac paulo supra hanc memoriam servi et elientes, çuod ab ils dileetos esse constatai, justis /uneribus confettis una cremahantur. Si cette coutume a existé avant la conquête romaine ce n'est assurément pas dans la Gaule Belgique, car on n'en a jamais rencontré aucun indice. Au contraire, les découvertes si nombreuses pendant la seconde moitié du xix° siècle, ont fait la preuve que les Rèmes et les Suessions inhumaient leurs morts habillés, armés et parés, les chefs dans leur chars de guerre, les femmes avec leurs boucles d'oreilles d'or ou de bronze, leurs fibules à ressort, leurr torques, avec pendeloques de bronze, de terre ou d'ambre. Dans leurs tombes prenait place une nombreuse vaisselle de terre fabriquée à la main, sans l'aide du tour, avec de l'argile séchée simplement au soleil ou très peu cuite. Ces constatations ont été faites principalement en Champagne et en Soissonnais où les fouilles ont été bien plus nombreuses qu'ailleurs. Le principal témoin pour la Normandie, l'abbé Cochet, cite il est vrai plusieurs découvertes de vases grossiers en terre renfermant des ossements humains incinérés, mais on ne peut, avec quelque assurance, rapporter à l'époque gauloise que le cimetière des Moulineaux 4 qui a fourni avec une urne cinéraire en terre grossière, une épée et une lance dont les formes ont beaucoup de ressemblance avec les armes trouvées en Champagne, dans les mêmes conditions. II n'y a malheureusement aucun éclarcissement à retirer de l'Artois souterrain dont l'auteur parait avoir confondu les sépultures de l'âge de pierre et de l'âge des dolmens avec celles des Gaulois.
Si l'usage de l'incinération existait avant la conquête romaine, ce n'était probablement que dans certaines parties de la Gaule en rapports commerciaux avec les Romains 5. Ceux-ci incinéraient leurs morts et cet usage se propagea rapidement après la conquête, de sorte que, vers la moitié du iet siècle, il était généralement adopté. Il n'y a donc aucune différence entre nos cimetières des deux premiers siècles et ceux du même temps en Italie. Une urne en verre, ou en terre cuite fabriquée au tour, renferme les restes de l'incinération; (cendres du bûcher et ossements plus ou moins pulvérisés). On y trouve parfois les bijoux dont le mort avait été paré et que le feu a souvent déformés, et l'obole à Caron pour le passage du Styx. Autour de cette urne sont alignés des vases en terre, en verre, en bronze, quelquefois même en argent qui contiennent les débris des mets dont était pourvu le défunt pour son repas posthume. La poterie affecte des formes élégantes : la terre est blanche, grise ou rouge. La poterie rouge est vernissée, brillante et souvent décorée d'ornements et de sujets en relief. On remarque l'estampille des fabricants imprimée dans la pâte avant sa complète dessiccation.
On rencontre ce type de sépulture dans toute la Gaule, y compris la Belgique Première et la Germanie Première. C'est celui qui est contemporain des premiers groupements de chrétiens qui n'ont pas laissé de traces monumentales autre que les inscriptions d'Aubagne, de Maguelonne et d'Autun. Si, comme c'est fort probable, ces premiers fidèles disséminés étaient déjà assez instruits delà discipline chrétienne pour soustraire leur cadavre à l'incinération, leurs tombes ont sans doute à tout jamais disparu et leurs ossements sont dispersés ou méconnaissables. Les sépultures, à incinération, au contraire, se retrouvent
romaines, franques et normandes, in-8°, Paris, 1S57, p. 15. — 6 R. de Lasteyrie, Cimetières gaulois à incinération, dans Bull, archéol. du Comité, 1884, p. 131.
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parfois groupées un grand nombre aux abords de villes, le long d'une voie publique, tandis qu'à la campagne on les trouve par petits groupes, à peu de distance des habitations.
Ce que nous avons compare à un raz de marée, cette ruée périodique des populations sorties de la Germanie et -/abattant sur nos pays, venait anéantir à peu près de siècle en siècle tous ies eftorts tentés, les travaux accomplis. Au W siècle, la Gaule Belgique comptait nombre de riches villas qui fuient incendiées. Quand on fait des fouilles sur leur emplacement, on rencontre toujours sur le sol de chaque pièce d'habitation, les charbons provenant de la combustion des poutres, et des solives qui soutenaient les tuiles à rebords de la toiture. Si on trouve parfois quelques monnaies il e^t très rare qu'elles dépassent le règne des empereurs qui vivaient au commencement du m' siècle: s'il s'y découvre quelques monnaies du ive siècle, c'est que la villa ou métairie a été restaurée et cette restauration a pu être constatée plusieurs fois dans la maçonnerie de petit appareil qui constitue les murs des caves.
La première ruine des établissement romains correspondant, d'après F. Pilloy ' à un changement notable dans les mœurs et les coutumes de la population qui ne semble plus être la même qu'auparavant. On dirait que la contrée ayant été dépeuplée par suite de guerres intestines ou d'invasions, une autre race est venue prendre la place de l'ancienne, car on ne voit aucune transition dans la nature et la forme des objets dont elle se servait. Ce qui distingue surtout la nouvelle population, c'est l'habitude qu'elle avait d'inhumer m-s morts et ce qui vient appuyer l'hypothèse émise plus haut, c'est que rarement les cimet ii i es à inhumations se trouvent sur les mêmes emplacements que ceux de l'époque précédente alors qu'on procédait a l'incinération. 11 y a cependant (les exceptions : ainsi à Caranda, à Sablonnières, à Breny (arrondissement i -Thierry. Aisne), M. Fr. Morcau a trouvé dans le même cimetière des incinérations et des inhumations; mais celles-ci étaient postérieures aux premières, car on ne trouvait d'urnes cinéraires qu'entre les fosses à inhumations qui renfermaient en outre les débris de vases funéraires détruits en établissant la seconde sépulture.
Le mobilier funéraire des tombes diffère tout à fait suivant qu'il s'agit d'inhumation ou d'incinération. La poterie rouge vernissée (improprement appelée samienne) a complètement disparu pour faire place a une céramique dont les formes rappellent de loin celle qui était en usage pendant les siècles précédents, mais plus grossière. La poterie blanche est devenue très rare: elle est remplacée par une terre d'un jaune sale. Les vases rouges n'ont d'autre décoration que des dessins linéaires imprimés sur la panse, a l'aide de la roulette, et pour couverte, un vernis qui ne résiste guère au lavage. Ce qui domine, c'est la poterie grise rugueuse. Les vases a inscriptions bachiques deviennent assez communs Par contre, la verrerie a fait de remarquables progrés et c'est surtout le verre soufflé souvent décore Je filets blancs OU polychromes qui domine, alors que les cimetières a incinération ne fournissaient en majorité que des vases de verre moules de formes lourdes, de teinte bleuâtre ou vcrdàtre. La bijouterie émaillée est passée de mode, ou bien
. liUeurs n'avaient pas fait eeole, leurs produits sont remplaces par des bijoux de métal, or, argent, agrémenté 'le nu lime, ou de bronze damasquiné, ou incruste d'argent. Souvent les soi i
été ensevelis avec leur, armes, dont les forni
pellent celles dont se servaient les Germains et les Francs, el l'examen des squelettes fait voir qu'Us
avaient dépasse au n tiquantaine, ci qui 1 si
un Indice de leur qu auxiliain
ches au sol qu'ils exploitaient et non en activité de service.
A quoi doit-on attribuer cette radicale et subite transformation? A quelle époque s'est-elle produite? Si, avec E. Pilloy, on se reporte à la chronologie, on voit que dès l'époque des Trente tyrans, la Belgique a eu à souffrir beaucoup, non seulement des guerres intestines, mais de la part des envahisseurs Germains. En 262, Posthumius appelle les Francs qu'il oppose à Gallien; en 277, Probus reprend sur eux soixante villes de la Gaule, mais il les yj tolère par un traite. En 288, Maximien Hercule rétablit dans leurs privilèges les I.ètes, associés aux envahisseurs d'Outre- Rhin et donne aux Francs des terres incultes dans la Germanie Supérieure. Sous Constantin, nouvelles incursions de barbares repoussées victorieusement, mais vers la (in du iv" siècle, il se produit une nouvelle recrudescence d'invasions que les empereurs ne peuvent plus contenir. Dès lors ils sont obligés de composer avec les Francs qui forment la majeure partie des envahisseurs. D'ailleurs, les légions n'avaient plus deromain que le nom; elles étaient presque entièrement composées d'auxiliaires barbares auxquels on accordait des avantages refuses jusqu'alors aux légionnaires romains. Celaient des Francs qui les commandaient, qui devenaient généraux d'année, commandants de la cavalerie des Gaules; l'un d'eux Magnence se fit même nommer empereur.
Là se trouve la raison véritable de la profonde modification dans les mœurs de la population indigène, soumise depuis longtemps au joug des Romains et foncièrement jusqu'alors attachée a leurs usages. Les I.i les, les auxiliaires à qui, après leur congé, on accordait des terres à cultiver ou à mettre en valeur, s'étaient bientôt aussi romanisés par le contact et les mariages. Mais leur nombre croissant, leurs goûts, leurs mœurs n'avaient pas laissé que d'entamer la civilisation romaine: de nouveaux procèdes industriels avaient été apportes, dont les résultats sont visibles sur le, mobilier funéraire de cette époque.
Une autre cause contribuait à faire délaisser les incinérations, les chrétiens n'en voulaient pas entendre parler. Mais il ne semble pas qu'avant les dernières années du iv« siècle, les chrétiens aient possédé en Gaule des cimetières distincts de ceux des paons A Homblières, à Vermand. a Sablonnières, à Boulogne, des coupes de verre à sujets bibliques ou a inscriptions chrétiennes ont ete trouvées dans des tombes certainement chrétiennes et cpii furent néanmoins relevées parmi d'autres appartenant sans contestation possible à des païens, ce que témoignaient par exemple les oboles à Caron trouvées dans la bol nom
breux vases dans lesquels on constatait la pi' des restes des mets nécessaires au repas à faire sur les bords du Styx. Ces oboles et certains pi cules trouves dans la bourse des défunts sont d'utiles indications chronologiques sur l'époque à laquelle les inhumations ont succède aux incinérations et sur celle oii les cimetières ont été abandonnes.
On donnait souvent aux morts pour le tribut n Caron la première pièce venue, mais "n voit néanmoins
apparaître dans les inhumations, les nu an
empereurs qui ont règne pendant la il' n- lème moitié du m'" siècle, et le mobilier funéraire qui a le plus de
rapports av< qui garnissait les sépultures pai
incinération. Par conl ' "ion
naies du m0 siècle sont excessivement tares, c'est donc
une indication certaine (pie le mode de l'inhumation
a succède a celui de l'incinération, vers le m
mal du il: llis, .m fur et a nu suie <;
i . PlUo) . I-" u"' Mon Iranquc ai (Belgique), 'bois Bulletin archéol. du Comiti . 1801, p. U iq
FRANCE. — II
formes des poteries s'alourdissent, que l'élément germain fait son apparition, puis domine, ce sont les monnaies du ive siècle qui sont en majorité. AVermand, le pécule d'un soldat était composé de vingt-huit monnaies aux effigies de Claude le Gothique, Mariniana, Valérien, Probus, Tacite, Maximien Hercule et Constantin le Grand. Toutes les riches sépultures qui entouraient le tombeau militaire, aux armes si brillantes possédaient comme obole à Caron, des aurei de Magnence et de Valentinien Ier. On sait qu'à Homblières où par suite de circonstances toutes particulières les oboles à Caron étaient de l'empereur régnant au jour du décès, tous les empereurs depuis Magnence jusqu'à Honorius étaient représentés.
Or, ces faits s'éclairent si on les rapproche des don-
406 avaient si appauvri la population, si déracine ceux qui n'avaient pas péri, que les agglomérations franques ne succédèrent pas aux agglomérations galloromaines. En faisant choix de sites nouveaux, mais probablement peu éloignés de ceux qui avaient été saccagés, les nouveaux possesseurs du sol n'ayant que peu de chose à exploiter et à utiliser des exploitations rurales, étaient encore plus indifférents, à choisir leur cimetière à la suite de l'ancien champ de repos. La religion ne pouvant être invoquée, il restait la commodité, la proximité. D'ailleurs, les signes distinctifs des sépultures du Tve siècle, probablement en bois, exceptionnellement en pierre, avaient pu et même dû disparaître. Quand, par hasard, comme à Breny, Sablonnières, Caranda, les nécropoles réunis-
mm
4(i21. — Squelettes trouvés dans des tombes Iranques. D'après Bullet. archéologique du comité des travaux historiques, 1891, pi. r, ]
nées chronologiques du même temps. C'est en 405 et 406 que le raz de marée (Suèves, Alains, Vandales) saccagea tout le nord de la Gaule ne laissant partout que des ruines. Les cimetières manquent à cette date néfaste par la raison péremptoire que les Gallo- Romains, les Lètes, les vétérans auxiliaires et les colons avaient tous subi le sort commun; ceux qui n'avaient pas succombé avaient été emmenés en esclavage. Cette situation va se prolonger jusqu'au milieu du ve siècle, vers le moment où Clodion le Ripuaire et Mérovée le Salien occupaient, de concert, tout le nord de la Gaule jusqu'à la Somme. Les Romains possèdent encore le sud de la Gaule Belgique, mais d'une possession précaire, sans cesse menacée et qui laisse prévoir le moment prochain où elle va prendre fin.
IV. Sépultures franques. — En 496, la capitale franque est transportée de Tournai à Soissons, en 508 de Soissons à Paris ; il existe dès lors un grand royaume franc. Mais depuis un demi-siècle environ, vers 450, les cimetières francs s'agglomèrent et, précisément, sur des emplacements presque toujours différents de ceux des cimetières gaulois; indice qui a son prix en ce qu'il montre que les ravages accomplis en 405 et
sent les cadavres des Gallo-Romains et des Francs, les deux cimetières sont bien distincts et on observe rarement des enchevêtrements.
On a fait longtemps usage pour désigner ces tombes du terme « mérovingien « qu'il est préférable d'abandonner. La langue historique ayant consacré sous ce nom la première dynastie, il serait puéril, et d'ailleurs tout à fait vain de prétendre y rien changer et nous étudierons ce qui a trait à cette dynastie sous le mot Mérovingiens. Mais la langue archéologique ne doit pas se soumettre à une classification que ni le temps ni l'usage, ni la vérité des faits n'ont consacré, et qui est impropre. Ni Mérovée le Salien, ni Clodion le Ripuaire n'ont pas plus l'un que l'autre conquis la Gaule et les peuples que gouvernaient Childéric et Clovis étaient des Saliens et surtout des Ripuaires. Nous descendons surtout des Ripuaires; leurs cimetières ne sont pas mérovingiens, mais francs. Les bords du Rhin, la Thuringe possèdent des cimetières qui renferment un mobilier funéraire exactement semblable à celui que nous recueillons en Gaule; il ne viendra à l'esprit de personne de leur donner la qualification de mérovingiens. La seule expression exacte est celle de franqne
i i; VNCE.
et clic s'applique a tous les cimetières où dort la même population, qu'ils soient en France, aussi bien qu'en Belgique, en Angleterre ou de l'autre cote du
lihin.
Le* sépultures des Francs sont uniformément oriente l'ouest à l'est. 11 ne faut cependant pas en conclure que leurs occupants fussent chrétiens ; dès le milieu du V siècle, ils se tournaient vers l'Orient parce que leurs ancêtres, aryens, liaient adorateurs du soleil. Mais pendant l'été les tombes regardent le nord-est, pendant l'hiver le sud-est, et pendant les autres saisons l'orientation va presque exactement vers l'est. Les morts sont habillés, parcs de bijoux, munis d'ustensiles de toilette, peignes, pinces épilatoires, d'objets d'usage tels que couteaux, ciseaux, perçoirs, clefs, briquets, pierres à feu, etc. Les hommes sont tous soldats. Les chefs portent l'épée et sont munis de leur bouclier; les inférieurs tiennent dans le bras droit la hampe de la tramée dont le fer est tourné, tantôt vers le tête, tantôt vers les pieds La francisque est attachée à la ceinture ainsi que le poignard. Rien ne vaut comme illustration la tombe typique du l-'ranc de Selzen. dessinée par Lindenschmidt et reproduit plusieurs fois par l'abbé Cochet (flg. 4621, n.l). Les Francs apportaient une extrême attention au choix de l'emplacement de leurs cimetières toujours placés à quelque distance des habitations. Ils sont généralement situés sur un lorrain calcaire ou sablonneux, légèrement en pente et bien exposés aux rayons du soleil. La règle c'est que les nouvelles sépultures s'ajoutaient aux anciennes par rangées et en descendant. E. Pilloy dit avoir constaté maintes fois ce fait dans le département de l'Aisne. Dans les terrains plats, c'est souvent la partie centrale du cimetière qui est la plus ancienne, lis tombes s' ajoutant lis unes aux autres en allant du centre à la circonférence du cercle qui limite la métropole. Grâce à des fouilles nombreuses, le même archéologue a pu arriver a distinguer d'une façon certaine, les plus anciennes sépultures de ces cimetières de celles qui les ont suivies. Ce qui caractérise ces premières, dit-il, c'est, d'abord, l'extrême rareté des cercueils de pierre qui l>lus tard, deviennent très communs. Quant au mobilier funéraire, c'est, pour les hommes, la présence de la framéc, du bouclier et de la francisque, armes qui furent abandonnées, comme nous le verrons plus tard, dès le vn* siècle. Ils sont habillés d'une tunique de peau lacée sur le devant au moyen d'une cordelette : et. pour faciliter cette opération, chaque homme était muni d'une grosse aiguille ou passe-lacet de bronze, que l'on a souvent pris, à tort, pour un instrument de roulure à l'usage du sexe féminin. Le ceinturon, assez étroit, en cuir, se ferme a l'aide d'une boucle ovale, i paisse, en bronze ou en potin, métal compose de cuivre, d'étain et de zinc que connaissaient les Gaulois, puisqu'ils en faisaient des monnaies. Pour
les chefs, cette boucle était d'argent ou même d'or, elle • tait décorée de grenats taillés en table qui s'incrustaient a plat entje des cloisons. Le pommeau de la garde de leur epée, le fermoir de leur bourse recevaient une ornementation semblable dont le tombeau de Cbildéric, ceux de Pouan, d'Arcy-Sainte-Restltute 'i -\<- Beauvais oui donne de magnifiques spécimens. La bijouterie à l'usage des femmes présente le même caractère ornemental. La fibule en forme d'S ou d'oiseau au bec crochu, de même que la fibuli tée sont gravies au burin dans les intervalles que n'occupent pas lis grenats, souvent poses sur paillons -aufr. ndants d'oreilles, les bagues, les épin-
i cheveux terminées par uni tl I
i i. m une petite spal nie, les bracelets, très simples et renforces a leurs extrémlti nérale-
ment d< corés de grenats. Enfin les colliers, ou l'ambre
est 1res commun, sont formes de perles de moyenne grosseur, en verre ou en pâtes colorées, et de très petits grains de verre soufflé; on y voit assez fréquemment suspendues à l'aide d'un fil de bronze, des monnaies romaines de petit module (fig. 4622-4623).
Entre les deux pieds des morts de condition ordinaire, et quelquefois à leur tête, on trouve un ou deux vases de terre noire ou grise, rarement blanche ou rouge, à carène saillante et à pied et ouverture rétrécis: ils sont décorés sur la panse, d'ornements linéaires imprimés à la roulette. Chez les riches, ces vases funéraires sont remplacés par des fioles ou des coupes apodes de verre, quelquefois décorées de filets d'un émail blanchâtre d'une extrême ténuité.
En se reportant à la description des cimetières gallo-romains, on voit que le mobilier funéraire des deux époques est si différent qu'il ne se prête à aucune confusion.
Il faut se garder d'attribuer aux Francs ce qui ne peut leur appartenir. On a dit plus haut que jusqu'au milieu du m" siècle, les Sicambrcs n'avaient pas encore pénètre jusqu'à la Sambre, que dés le milieu du nr jusqu'à la fin du v« siècle, la Belgique actuelle est couverte presque partout de Francs. 11 s'agit là d'une occupation assez pacifique et d'un envahissement de proche en proche plutôt que d'une invasion avec tout ce que ce mot évoque de violences. Dans ces conditions et pendant cette période, il s'est formé graduellement sur le sol de la Belgique un peuple composé d'éléments divers, sortis de la même souche tudesque et où l'élément romain reste nombreux et agissant. Au cours de cette période, les commencements du v- siècle furent troublés par la ruée des Suèves, Alains et Van dales, suivis à quelques années de distance par les Ripuaires qui s'implantent en Tongrie et s'y affermissent; mais il n'est pas admissible que les sépultures retrouvées à Furfooz, à Spontin, à Samson et à Steinfort appartiennent à ces Ripuaires. Ces quatre cimetières, en effet, ont donné un mobilier funéraire exae tement semblable à celui d'Abbeville (Homblières). de Vermand, de Boulogne-sur-Mcr, de Caranda, de Sablonnièrcs, de Chouy, de la Villa d'Ancy, de Saint- Quentin, de Reims, d'Amiens, de Misery-sur-Sommc. de Chevincourt(Oise), etc.. etc., ou s'affirment les in* et iv siècles. Or, il n'y avait pas encore de Francs établis en France à cette époque. Il faut donc que ce soient des gallo-romains; ce que confirme le style franchement romain des objets exhumés. Ainsi donc Furfooz. Spontin, Samson cl Mcmlort liaient habi tés au ivc siècle par des Gallo ou des Belgo-Romains ci s'il s'y trouvait des Ripuaires. ils n'avaient pas encore d'établissement assez fixe et de produits assez curai ti lises pour qu'on le puisse reconnaître.