V. SÉPULTURES FRANCO-ROMAINES. — Une période
intermédiaire, qualifiée assez justement de franco romaine, coïncide avec le vn* siècle, et se trouve particulièrement bien représentée par les quatre cimetières fouilles dans le Boulonnais entre 1860 et 1866. Un ne se contente plus d'une fosse ni d'un cercueil de bois. on fait usage communément d'un cercueil de pierre. ■ La population, remarque à ce propos J. Pilloy, .i plus d'aisance, de fixité, elle peut luire plus de sacri
lices pour donner une dernière demeure impérissable a ses morts. En même temps, la forme se modifie les cercueils ne sont plus rectangulaires, ils se rein cissenl vers les pieds. Les dulles de couverture pren
nent in m toit. > L'armi
des guerrier; s'est moi
guère, avait observé que i l'armement des soldats ne
lue les guerriers de i;, pren ue comptent dans leurs rangs
beaucoup d'hommes qui portent lu fi a peine si chez nous on rencontre encore çè
quelque rare exemple de l'emploi de cette arme *. » En effet, observe .). Pilloy, « d'abord la francisque disparaît presque complètement, Viimbo du bouclier est inconnu, la lance et les flèches sont une exception; seul, le scramasax persiste, mais, en revanche, il prend des dimensions inusitées; souvent, il a plus de 0 m. 60 de longueur. L'épée se voit aussi, mais très rarement ; sa forme n'a pas varié. Au lieu de ces boucles ovales ou arrondies, en bronze ou en potin, munies de tenons cordiformes d'attache ou de ces plaques-boucles triangulaires allongées, où la boucle fait corps avec la plaque, ils ont, comme les femmes, de grosses boucles en fer ou en acier avec plaques, contre-plaques et quelquefois appendice carré, le tout orné de clous à tête saillante. » Pour les femmes, la bijouterie est complètement différente de ce qu'elle était au vie siècle. « Les femmes ont des fibules le plus souvent polygonales, quelquefois circulaires, dont le fond, partie résistante ou se voient à l'arrière les tenons destinés a l'épinglette qui attachera les vêtements, est ordinairement en bronze; mais sur cette platine est fixée une plaque très mince d'or ou d'argent, souvent bombée au centre où brille un cabochon presque toujours de verre bleu; dans le champ sont disposées par 3 et 6 ou 4 et 8 des bâtes, affectant généralement la forme triangulaire, mais quelquefois présentant celle d'un cercle, d'un quatre-feuilles, d'une amande, dans lesquelles sont sertis des grenats taillés en table ou bien des verres de couleur jaunes ou verts reposant comme à l'époque précédente sur des gaufrures d'argent... Pour rendre le bijou plus chatoyant, ce qui est resté libre dans le champ entre les bâtes est littéralement couvert de filigranes affectant toutes les formes possibles, mais où cependant domine le cercle, l'S, l'arc de cercle terminé par deux enroulements, la torsade, etc. » Le même procédé est employé pour l'épingle à cheveux, pour les pendants d'oreilles. Nous assistons à l'alliance de la forme circulaire (pour les fibules) et des verroteries, associées au filigrane romain. Autre indice important, les grandes fibules digitées ont disparu complètement de même que les broches ornithomorphes. « La forme des grains de collier a aussi varié; on ne trouve plus de ces perles minuscules dorées ou argentées à l'intérieur, assemblées par trois et quatre, pas plus que celles affectant la forme d'un long et étroit cylindre, elles sont toutes plus grosses, plus variées de formes et de couleurs; le verre devient bien plus rare pour faire place à la pâte céramique ou émailléejla proportion des perles d'ambre ou plutôt de résine purpurine augmente de plus en plus. » Autre changement pour l'agrafe de ceinture. Les petites boucles ovales ou cariées de la première époque disparaissent pour faire place à d'énormes boucles généralement en fer, auxquelles sont jointes des plaques allongées de même métal et fixées au cuir à l'aide de tenons. Souvent, la ceinture porte une seconde plaque semblable à la première, mais du côté opposé à la boucle. « Ce qui distingue ces garnitures de fer, c'est qu'elles sont presque toujours revêtues d'une damasquinure ou plutôt d'un placage d'argent découpé artistement en milliers de linéaments, quelquefois accompagnés de bronze et plus rarement d'or, ou apparaissent les prémisses d'un art nouveau, dont Y entrelacs sera le dernier mot. Aux dents de loup franques viennent se joindre les grecques classiques, comme aux émaux cloisonnés sont venus s'allier les filigranes romains. »
A cette même époque appartiennent les rouelles ajourées placées sur le côté gauche des femmes franques pour suspendre la trousse; la bague, ordinairement en bronze, souvent munie d'un large chaton avec cabochon de faux saphir ou de strass, remplaçant le cloisonné de l'époque précédente, ou encore offrant des
dessins en creux ou des monogrammes. « Les élégantes avaient enfin aux pieds des petites plaques boucles avec contre-plaques qui rappelaient dans de moindres dimensions celles de la ceinture. »
La poterie ne conserve plus aucun caractère romain, c'est la forme dite à carène qui prédomine. « Chose singulière, c'est lorsque nous reconnaissons avec certitude l'influence de cet art dans la bijouterie que nous le voyons disparaître d'un autre côté. » Enfin, la verrerie devient aussi rare qu'elle a été relativement abondante à la période précédente 2.
VI. Sépultures carolingiennes. — Longtemps les fouilles faites dans les cimetières ont été conduites avec si peu de méthode qu'on semble avoir suivi la même inspiration qui guidait les dévastateurs des catacombes romaines : découvrir des tombes pour les dépouiller et faire collection d'objets divers : armes, vases, bijoux. Au manque de méthode qui caractérise les fouilles et les font ressembler à des dévastations organisées, vient s'ajouter la confusion existant dans les inhumations. Au vin6 siècle, on enterre fréquemment dans la partie des cimetières déjà occupée par des tombes des siècles précédents, celles-ci à leur tour, ont été bouleversées par des inhumations du ix« et Xe siècles. Au cours de nombreuses fouilles dirigées avec autant de science que de méthode, Ed. Pilloy eut la satisfaction de rencontrer des cimetières qui ne remontaient pas au delà de l'époque carolingienne et d'autres où l'ordre primitif n'avait pas été troublé, tels étaient notamment les cimetières de Montigny-en- Arrouaise, de Grugies et de Pontru (arrondissement de Saint-Quentin). Si on figure l'étendue totale d'un tel cimetière, par un rectangle, on pourra le sectionner ainsi :
Quelquefois les dernières tombes gallo-romaines. Dès le milieu du ve s., premières tombes franques.
Ve s. Tombes franques.
viie s. Transition entre les tombes franques et carolingiennes.
vine s. Tombes carolingiennes.
ixe s. Ensevelissement dans un linceul.
xe s. Absence complète de mobilier funéraire.
xie s. Abandon des cimetières en plein champ.
Dès le vie siècle, on voit apparaître les cercueils de pierre, assez communs au vne siècle, plus nombreux encore au vmc; mais la règle c'est qu'ils ont été violés, ayant servi à quatre ou cinq générations successives.
Chez les hommes la francisque et le bouclier ont complètement disparu; la framée devient extrêmement rare. Ce qu'ils possèdent maintenant, c'est le scramasax, ce large et long sabre à dos épais sur le plat duquel on a creusé deux sillons parallèles, les plus forts sont certainement des armes, mais beaucoup de plus petits on dû servir d'outils. Le couteau persiste toujours. Au lieu de la boucle de potin, de forme ovale, maintenue à la courroie par des goupilles triangulaires, comme en possédaient les Francs à leur arrivée, la ceinture est fermée à l'aide d'une boucle munie d'une grande plaque rectangulaire ou triangulaire, d'une contre-plaque formant pendant et d'une troisième plaque qui est carrée, le tout généralement en fer; assez souvent l'argent plaqué ou damasquiné j
1 I [aigneré, Quatre cimetières mérovingiens du Houlonnnis. 186G, p. 12. — ! l. Pilloy, Études sur divers lieux de sépultures de l'Aisne, in-S», Paris, 1S79, t.i, p. 109-117.
FRANCE
forme une riche décoration de méandres, de nattes, de torsades, tresses, entrelas, etc. Souvent, aussi la croix pattée ou à branches égales occupe le point central du motif ornemental et sur le plat de l'ardillon de la boucle, on voit une représentation barbare de la tête du Christ.
Les femmes sont toujours ornées de fibules, mais la forme de ces bijoux s'est modifiée. Ce sont, maintenant, des disques ou des plaques aux formes tourmentées sur lesquels les cabochons ont remplacé les cloisonnés de grenat, et entre lesquels ont été appliqués des filigranes qui affectent toutes sortes d'ornements géométriques. Les boucles d'oreilles deviennent plus rares; le chaton des bagues est orné d'un cabochon, d'une croix gravée en creux sur le métal ou du monogramme du défunt. Sur le haut de la poitrine, on trouve ces longues et fortes épingles de bronze, à spatule terminale et à renflement médial, qui a dû servir à attacher les boucles tombantes de la chevelure ou un fichu destiné à couvrir le cou Les colliers sont aussi modifiés. Ils n'ont plus ces petits grains en verre soufné, ces longs cylindres de même matière, que portaient les dames franques: ils sont remplacés par des perles cylindriques, sphériques ou cubiques de fortes dimensions, en pâtes de verre, marbrées d'émaux où le bleu, le rouge et le jaune intense éclatent. Sur la tranche de quelques-unes de ces perles, on a représenté toute une série d'yeux; c'est une amulette contre le mauvais œil. L'ambre y est toujours commun. Mais ce qui caractérise bien cette époque, ce sont les grandes et belles plaques de fer damasquiné d'argent, ou de bronze étamé où fourmillent les ornements de gravure, qui ornent la ceinture et remplacent les boucles toutes simples des femmes franques. Ces plaques-rjoucles ont souvent des dimensions réellement exagérées; j'en ai vu qui, dans leur ensemble, atteignent 0 m. 30 de longueur et pesaient plus d'un demikilogramme. A cette brillante garniture, viennent s'ajouter des rondelles ou plaques ajourées, portées au côté gauche, pour la suspension de la trousse composée de ciseaux, couteaux, clefs, etc., qui étaient à l'usage journalier de la maîtresse de maison. Les chaussures sont aussi ornées de boucles avec plaques et contre-plaques de même style que celles de la chevelure mais, naturellement, de moindres dimensions.
Les vases funéraires sont maintenant plus rares. On n'y voit plus ces ornements obtenus à la roulette qui sont remplacés par des bourrelets. La verrerie à complètement disparu. Le symbole de la croix qui a été gravé sur les bagues, les fibules, les plaques , et contre-plaques, la tête du Christ qui s'y voit aussi souvent, prouvent péremptoirement que la population est maintenant chrétienne. Jamais ces deux symboles ne se voient sur les bijoux francs.
Tels sont, d'après E. Pilloy, qui en avait fait l'étude de sa vie entière, les principaux caractères du mobilier funéraire contenu dans les sépultures qui précèdent immédiatement celle où pour se conformer à la discipline nouvelle de l'Église, les morts n'emportent absolument plus rien dans leur tombe, et sont rendus à la terre nus comme ils étaient entrés dans la vie. L'ornementation des bijoux où domine le natté, l'entrelacs, la tresse, si communs sur les chapiteaux historiés de l'époque romane primitive et dans les lettrines des manuscrits à miniatures des vme et ix' siècles, la fréquence du signe de la Rédemption sont des indices à peu près certains que l'on se trouve en présence de la population qui vivait un peu avant et un peu après Charlemagne.
Ainsi qu'on l'a dit plus haut, la 3e zone, celle qui correspond au vu" siècle, offre un mélange assez intime des deux sortes de mobiliers; on j sent, plutôt qu'on n'y voit, une transition continue de la première
à la seconde civilisation dont les caractères ne sont bien tranchés que dans les périodes extrêmes. Dans la cinquième zone, qui correspond au ixc siècle, on trouve encore par-ci, par-là, une inhumation habillée et parée : quelquefois encore, les femmes ont été enterrées avec leur bague; on trouve également sur la poitrine ces épinglettes à doubles crochets qui remplaçaient quelquefois les fibules et parfois, aussi, un vase funéraire. Mais avec le xc siècle, il n'existe absolument plus rien dans les tombes que le squelette.
Le cimetière de Wancennes (province de Namur) a d'abord reçu les guerriers à épée et à francisque; ce sont les Francs de l'époque de l'occupation ; leurs femmes sont parées de fibules où le grenat taillé en table est serti dans des cloisons d'or, d'argent ou de bronze, mais ensuite apparaît un mobilier sévère et pauvre, c'est celui des derniers arrivés, les paysans carolingiens qui, n'ayant plus les ressources que la rapine procurait aux Francs, doivent se borner à vivre maigrement de l'élevage et de la culture et ne peuvent donner à leurs femmes les riches bijoux qu'aimaient les femmes franques. C'est aussi l'époque où le scramasax est la seule arme des hommes qui ne sont plus tous soldats; des fibules où une feuille de cuivre estampé et des morceaux de verre incolore imitent de très loin celles ornées de filigranes ou de cabochons dont se parent les femmes riches qui sont bien rares maintenant; des plaques-boucles avec contre-plaques en bronze étamé, mais le plus souvent en fer, où s'étale l'ornementation des vne et vme siècles. .
Donc, quand dans nos cimetières, nous voyons successivement disparaître les armes franques et la bijouterie cloisonnée, et apparaître, au contraire, les plaques et contre-plaques de ceintures de grandes dimensions qu'accompagnent le scramasax pour les hommes, et pour les femmes les fibules où le filigrane s'allie au cabochon qui, à l'époque carolingienne règne en seul maître sur les châsses, le mobilier liturgique, les évangéliaires, les vêtements sacerdotaux, etc., il faut pourtant bien en conclure que tous ces objets appartiennent à un même âge et sont les produits d'une même industrie.
VII. L'art et le mobilier funéraire des Francs. — L'étude des arts chez les Francs « est appelé à jeter un grand jour sur les migrations de ces peuples. On trouve, en effet, chez eux, un style composé en partie de traditions dont il faut rechercher l'origine et les influences dans les nombreuses étapes qu'ils ont parcouru depuis les confins de l'Asie et les bords de la mer Caspienne, jusque dans nos contrées. Ainsi le style des ciselures et des damasquinurcs de certaines boucles est évidemment asiatique : nous retrouvons l'analogue dans l'ancien art persan. Les bijoux d'or avec un sertissage de pierres précieuses et filigranes appartiennent à un art industriel dont la patrie se trouve, croyons-nous, aux abords de la mer Noire. Les serpents, les oiseaux fantastiques, nous rappellent le Nord et la Scandinavie. Si la forme, dans leurs vases en poterie et en verre, se ressent quelquefois du contact des Romains, le décor y reste complètement étranger. Il est important de remarquer que dans les contrées occidentales où les Francs s'établirent, leur influence se fit sentir dans l'ornementation et la sculpture décorative pendant toute la période romane: elle ne disparut qu'à la fin du xne siècle, lorsque les artistes cherchèrent leurs modèles dans la nature et particulièrement dans sa flore '. »
D'autre part, on ne saurait trop se tenir en garde contre les confusions possibles qui naissent du mélange des populations. La présence d'un cimetière
1 A. Béquet, Nos touilles en 1880. Franchimont, dans Annales de lu Société archéologique de Namur, t. xv.
dans un lieu occupé jadis de façon certaine par telle peuplade n'emporte pas nécessairement lu présence de produits artistiques de cette peuplade. Voici par exemple le cimetière de Charnay (Saône-et-Loire). H. Baudot apporta un soin et une perspicacité louables à l'exploration, mais pour avoir négligé de cataloguer soigneusement au fur et à mesure de l'ouverture le mobilier funéraire de chaque tombe, il a rendu impossible la distinction entre objets, la comparaison des ensembles, leur attribution à une peuplade déterminée '.
Qu'il y eut à Charnay des Burgondes on n'en saurait douter; les grandes plaques de fer oblongues, plaquées d'or ou d'argent, munies de boucles bombées et d'énormes ardillons en font foi; mais il y a aussi des
à préciser : une station de Francs Salicns: mais 11 est nécessaire d'observer qu'il y eut ici plusieurs couches de sépultures, ce qui indiquerait l'occupation assez longue de cette position par une tribu franque pendant plusieurs générations '. Les armes sont peu variées, le style des boucles et plaques de fer damasquiné est absolument analogue à celui des agrafes franques des premiers temps rencontrée en Belgique, dans le nord de la France et sur les bords du Rhin. Il est en outre remarquable que le cimetière de Bel-Air. où les anthropologistes voient des restes de Burgondes caractérisés par les mesures des crânes recueillis, n'a donné, au point de vue archéologique, que des objets francs et non burgondes.
Bassecourt, dans le Jura Bernois, nous offre un
4624, — Agrafes et plaques de ceinturon. D'après Bulletin archéologique, 189S, fig. 1, 2, 4, 5, p. 7, 8, 9.
Francs de plusieurs époques et de tribus différentes. Les grosses boucles massives en potin avec les goupilles triangulaires, les plaques de bronze allm sobres ou même privées de dessins; les plaques di carrées OU arrondies et damasquinées d'argent ou d'or; les angons, les haches francisques caractérisent les Francs des premiers temps, et probablement les Salicns. Les agrafes de bronze de style et d'ornementation divers, les belles fibules cloisonnées de style gothique, les broches avec cabochons et filigranes émanant de l'art byzantin, les brillants colliers en pâte céramique ou de verre émaillé accusent la présence à Charnay de Francs Hipuaircs.
Bel-Air, situe près Cbéseaux-sur-Lausanne, n'est
on plus une station burgondc, mais une station
franque et la nature des objets rencontrés inviterait
Baudot expliquait le désordre de certaines tombes par l'existence d'un champ de bataille où succombèrent beaucoup de Burgondes apri s la di faite de i n 53 I . ■ i tte hypothèse n'est pas défendable :cf. E. l aillemer, Êpl- ■■mies de f histoire de» Burgondi i, dans Bulletin di VAa detpMnale, 1874, III série, t. x, p. 415-416. 't. i ■" 'r'i' tfi ■" : t de Bel-Air, prêt Chéteaux-tur-Lautanne, 1841; Monument! de l'antiquité dam l'Euro)
M' t. d'arch. < III1W1
nouvel exemple d'un cimetière situé en Suisse et n'ayant renfermé que les restes d'une population franque à l'exclusion de tout Burgonde 3.
.Mais avant d'aborder l'étude de ces trois cimetières francs, il importe de remarquer que la poterie pi i à Charnay, comme dans tous les cimetières de gogne, cette particularité qu'elle procède d'une technique propre aux régions autrefois occupées par les Burgondes, quelle que soit du reste la nationalité reconnue des barbares qui en ont fait usage. Il y a aussi des vases rougeâtres qui ont un véritable cachet romain. A Bel-Air, la poterie est représentée par quelques exemplaires qui revêtent un cachet franchement burgonde; à Bassecourt. les spécimens conservés sans être absolument purs peuvent être ranges dans la catégorie des vases burgondes *.
bure, Lausanne, 1868 ; Mémoires et document* publiés fuir la d'histoire delà Suisse romande, t. xxv, p. 540 sq.irrière-Flavy, Un cimetière de l'époque •/. i (nos barbares dam l, Jura Bernois, dans Bulletin ar< ,ia Comité des travaux historiques, ÎS'.IS. - 'i l'iuvy. Les aets industriels des peuples barbares de '<< I ln-4D, Paris, 1901, t. i. Étude archéologique, htstori , aphlque, p. 348-351 .
FRANCE
Nous allons donc aborder l'étude descriptive de ces trois cimetières, représentatifs de si nombreux détails de l'archéologie franque que nous les avions réservés pour élucider ce sujet au lieu de les présenter à leur place alphabétique. Ils ne forment eux-mêmes qu'un groupe numériquement insignifiant si on le compare à l'interminable série des stations barbares sur le sol de la Gaule. Nous nous étions engagé (voir Diclionn., t. ni, col. 1665) à dresser cette liste au mot Inhumation; il n'y a pas lieu d'anticiper dès maintenant sur cette bibliographie.
VIII. Trois cimetières francs excentriques. 1° Bassecotirt. — Ce cimetière, situé près de Délémont (Jura Bernois), fut découvert en 1876 >, exploité sans méthode, en sorte que beaucoup d'objets ont dû être perdus, ce qui subsiste, — un millier d'objets environ — est conservé au musée du collège de Délémont, au musée de Berne et au musée historique de Bâle. Beaucoup d'urnes, par conséquent beaucoup de guerriers, mais aussi beaucoup de tombes féminines. L'angon, seul, n'a pas été rencontré; par contre, on trouva une épée de dimension moyenne, deux umbos de boucliers, vingt-cinq scrani2saxes de forte taille atteignant jusqu'à 0 m. 70 et 0 m. 73 de longueur, sur 0 m. 054 et 0 m. 057 de large; de gros couteaux et des poignards; une dizaine de haches du type dit francisques, quelques-unes à large tranchant en croissant, des lances de formes variées, dont plusieurs fort élégantes; quelques pointes de flèches massives et à hameçon, un coutelas à douille, rappelant celui de Charnay, et un trident représentent l'arsenal de cette colonie franque.
Les agrafes et plaques de ceinturon sont nombreuses presque toutes en fer plaqué et damasquiné d'or, d'argent ou de fils de laiton, ou bien en fer mat à bossettes de bronze (fig. 4624). Elles rappellent, soit par leur forme, soit par leur décoration, les pièces de même genre rencontrées en Belgique (musée de Namur), en Lorraine (musée de Nancy), en Bhénanie (musées de Mayence, Trêves et Bonn). Les boucles et plaques de bronze sont rares, une seule est remarquable; elle mesure 0 m. 215 de long sur O.m 08 de large ( fig. 4G24) et sa décor?tion fort simple se rencontre plus particulièrement dans les régions occidentales de la Gaule, dans le Maine, l'Anjou, la Touraine. La forme carrée, rectangulaire, quelquefois arrondie de ces plaques de fer, ainsi que leur ornementation par la damasquinure, accusent la technique des Francs de la première époque, principalement les Saliens (voir des agrafes presque semblables dans les musées de Namur, Charleroi, Nancy, Mayence, Trêves, Bonn )
La fibule est rare à Bassecourt; peut-être aura-t-elle tenté plus que les autres pièces, la cupidité. La fibule, digitée y est inconnue : une seule fibule circulaire s'est conservée; elle est en fer, revêtue d'une feuille d'or, rehaussée de filigranes et de verroteries de couleur bleu et de nacre (fig. 4G24). M. Barrière-Flavy qui l'a fait connaître est peu fixé à son sujet; elle est, dit-il en 1898, de style germanique et, en 1901, elle appartient au type byzantin.
Les colliers sont au nombre d'une trentaine, peut-être trente-deux complets, formés de grains de pâte colorée ou incrustée, de pierres polies, de pâtes de. verre veinée ou striée de teintes grenat, bleu, vert, jaune OU brique. Le verre souillé est rare, ainsi que la couleur rouge. Des morceaux d'ambre, mais pas de grains émaillés, brillent dans les parures
1 Ce sont les travaux d'établissement de la voie terrée de Délémont û Porrentruy qui causèrent le bouleverse-
i des tombes. Toutes les tombes étaient en terre
libre; C. Barrière-Flavy, Un cimetière de /' < / mque des invasions barbares dans le Jura Bernois (Suisse), dans Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1898, p. C-
des femmes franques des régions septentrionales.
Les boucles d'oreilles, légères et gracieuses, font ressouvenir des bijoux de ce genre trouvés dans les cimetières francs de Belgique, notamment celui de Wancennes.
Des épingles à cheveux en bronze doré, des bractéates d'or avec filigranes de même.
La poterie ne comporte que quelques spécimens, vases rouge pâle ou grisâtre s'éloignant des formes franques et se rapprochant plutôt de la forme burgonde. Bien dans les agrafes, pas plus que dans la bijouterie et la céramique ne peut être rapporté aux Burgondes sur la frontière desquels on se trouverait ici.
« Toute cette région qui, au sud de Bâle et à l'est de Délémont, s'étend presque en ligne droite jusqu'à la frontière française et même au-dessous de Montbéliard, est semée de nombreuses stations inexplorées dont quelques objets recueillis de côté et d'autre concourent à témoigner d'une occupation franque. On a pu noter ainsi trois ou quatre groupes de cimetières qui correspondent à autant de cantonnements francs sur la frontière bourguignonne. Ce sont, entre Bâle et Délémont : Laufen, Walhen, Liesberg; à l'ouest de Délémont : Develier, Courfaivre et Bassecourt; au-dessus du grand coude du Doubs : Frégiécourt, Villars, Courgenay, Aile; et, plus au nord Beurnevesain; enfin, au sud-ouest de Porrentruy, près de la frontière française : Cheveney, Grand-Fontaine et Danevant. « Les sépultures nombreuses rencontrées dans le Jura, à droite et au nord-est de la ligne tracée par ces localités, ont restitué des pièces absolument franques. »
La fixation de la frontière par les seuls témoins archéologiques serait assurément chose un peu aventureuse; les textes historiques doivent être tenus en sérieuse considération, mais du moins est-il nécessaire de rappeler que l'archéologie, doit être entendue et son témoignage pris en considération. Les occupations barbares ont eu des remous fréquents sur lesquels nous n'avons à peu près pour nous guider que les résultats des fouilles. Boger de Belloguet, reste fort en deçà de la limite tracée par C. Barrière-Flavy, dont A. Jahn se rapproche plus dans sa carte du royaume burgonde à l'année 517; enfin, G. Meyer von Khonau et Sal-Vcegelin indiquent approximativement une frontière se rapprochant de celle de l'archéologie, qui inviterait à admettre qu'après avoir longé le Doubs depuis Saint-Hippolyte environ jusqu'à Saint-Urzanne, elle décrivait une courbe au-dessus de Bassecourt, rencontrait la Birse qu'elle suivait jusqu'au passage de Pierre-Pertuis. De là, la limite glissant sur la haute crête de Jura s'avançait vers le nord-est jusqu'en aval de Soleure, où elle allait se confondre avec le cours de l'Aar (?).
2. Bel-Air. — La colline de Bel-Air se rattache aux dernières ondulations du Jorat, situé au midi de Chéseaux-sur-Lausanne (canton de Vaud); elle est séparée du village par un ruisseau qui l'entoure à moitié. Dès longtemps, le soc de la charrue heurtait les dalles des tombeaux et les laboureurs en avaient bouleversé un si grand nombre qu'on ne croyait pas qu'il s'en put trouver encore. Cependant les fouilles eut reprises depuis 1838 en ont rendu au jour, au moins trois cents -. « I.a découverte de monogrammes mérovingiens et de dix monnaies de Charlemagne ne laisse aucun doute sur l'âge des sépultures déposées du Ve au IXe siècle de notre ère 3. » La longueur moyenne
12; Le même, Les arts industriels des peuples barbares de la Gaule, in-1" Taris. 1901, t.i, p. 350-351.— s C.Barrière- Flavy, Les arts industliels des peuples barbares de la Gaule, in-l ", l'iris, l'.HIl.t.l, p. 35U. — * Note manuscrite et sigiu-e de I". Troyon en marne de son exemplaire de la Description (voir la note suivante).