‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 3)Chapitre 237 sur 423 · III. ARCHITECTURE. I. PÉRIODE ANTÉRIEURE · texte numérisé non relu

III. ARCHITECTURE. I. PÉRIODE ANTÉRIEURE

A la paix de l'Église. — Il ne suffisait pas d'apporter des textes légendaires pour justifier l'antiquité merveilleuse de la prédication évangélique dans la Gaule romaine, il fallait étayer cette littérature à l'aide de monuments. Un prélat italien, Ciampini (voir ce nom) s'y employa avec succès; il dressa un catalogue des églises construites par les fidèles pendant les trois premiers siècles et, tirant parti de tous les textes les plus décriés, il parvint à établir une liste aussi imposante que fantaisiste. La Gaule y était. àelleseule, représentée par plus de vingt édi lices, bien dûment datés. Le plus ancien de tous était une église dédite au Précurseur à Vaison par une dame pieuse.cn l'an 44. Deux ans plus tard, Limoges n'avait plus rien à envier à Vaison; elle possédait une église dédiée à saint Etienne ; en 47, c'étaient Béziers et Bordeaux, le Mans, Aix, Marseille, Agen. C.lermont et Toulouse :. A Ferrières-en-Gàtinais. on jetait les hauts cris de se voir passé sous silence3 et la série continuait, avec Metz, Trêves, Cologne, Molsheim, Sens, Chartres, Limoges, Reims, Narbonne et Paris. On peut se dispenser d'en rien dire. Les grands érudits du xvne et du xvme siècle ont montré le cas qu'il faut faire de ces fables, qui parfois ressemblent à des facéties.

Les seuls indices archéologiques dignes d'attention pour cette période primitive du christianisme en Gaule sont des textes comme la lettre de l'église de Lyon-Vienne en 177, laquelle ne mentionne aucun édifice, et des monuments comme l'épitaphe de Pectorius d'Autun, le sarcophage de la Gayole. les inscriptions de Marseille, d'Aubagne, de Maguelone, qui attestent la présence de chrétiens dans ces parages, mais ne nous apprennent rien de positif sur les églises qui ont pu s'y élever. Tout au plus pourrait-on admettre l'existence d'une chapelle funéraire à la Gayole

1 J.deBaye. Memoiresurla nécropole franque d' Oyes, dans Comptes rendus du Congrès tenu à Châlons-sur-Marnc par la Société française d'archéologie, août 1875; .1. de Baye, Études archéologiques. Époque des invasions barbares. Industrie longobarde , Paris, 188S, p. 7-9. On peut encore consulter : Hardouin et Rigollot, Armes barbares trouvées aux environs de Péronne, dans Bull, de la Société des antiquaires de Normandie, 1844-1846, t. n, p. 216 ; S. d'Esparbès, Armes [raiiques trouvées au Saint-Puy, dans Revue de Gascogne, 189C, l. xxxvn, p. 74; .1. G. Bulliot, Anne mérovingienne découverte sur la montagne de Chassey, dans Mémoires de lu Société éduenne, 1889, t. xvn.p. 460. — ■ J. Ciampini, \etera monimenta, in-fol.,Romte, 1747, t. i, p. 154-160. — ' G. Morin, La naissance miraculeuse de la chappelle de Bethléem en France, fondée en l'abbaye royale de Sainct Pierre et Sainct PauldeFerrièresen Gastinoys...avec plusieurs chartes, in-12. Paris, 1610. — ' Grégoire de Tours, Hist. Francorum, I. 1.

(voir ce mot), canton de Brignoles (Var)verslenc siècle. Mais, précisément, ce lieu détourné, peu abordable, n'aura jamais pu servir qu'à une famille et à sis serviteurs. Il est donc superflu de s'engager à la recherche d'édifices chrétiens avant la deuxième moitié du mc siècle. Autre chose d'admettre l'existence de communautés chrétiennes au n° siècle dans la vallée du Rhône, à Vienne, à Lyon, à Arles, déjà prospères à l'époque où la persécution de Marc-Aurèle les atteignit, mais dont nous ignorons tout ce qui concerne les conditions de leur installation. Après cette épreuve, en 177, les fidèles demeurèrent encore trois quarts de siècle sans recevoir une organisation unique, puisque c'est seulement sous le pontificat de Fabien (236 à 251) que l'Église romaine se trouva en mesure d'envoyer en Gaule une mission de sept évêques chargés de procéder à l'évangélisation méthodique du pays qu'ils se partagèrent de la façon suivante : Paul, Trophime et Saturnin prirent le Midi, Martial, Austremoine et Gatien le Centre, Denis remonta jusqu'à l'Ile-de-France; il ne fut pas question des provinces situées au nord de cette limite *. Les persécutions de Dèce, en 250, de Dioclétien en 303, entravèrent l'essor qu'aurait pu prendre cette tentative d'apostolat. Quels édifices s'élevaient au début du ive siècle, on ne nous le dit nulle part, mais tandis qu'Eusèbe nous dit que le césar Constance Chlore empêcha leur destruction 5, Lactance, mieux instruit de ce qui concerne l'Occident, écrit que « Constance, afin de ne pas paraître en dissentiment avec les empereurs, permit de jeter à bas quelques églises, c'est-à-diredes murailles qui pourraient être rebâties quelque jour 6. »

II. Les témoignages épigraphiques. - — Les missionnaires chrétiens utilisaient les mêmes routes que le peuple et l'administration, s'établissaient dans les mêmes centres habités; ils se répandaient et prospéraient suivait des directions qu'il est possible de retrouver aujourd'hui. Après avoir essaimé le long de la côte méditerranéenne, ils remontaient la vallée du Rhône ou bien s'enfonçaient dans la direction du Sud-Ouest. Le Centre restait d'un abord difficile et il fallut la présence de saint Martin pour sillonner cette région de voies et d'églises. Le bassin de la Loire, les provinces du Nord et du Nord-Est furent d'une pénétration encore plus malaisée. Sur la façade de l'église de Saint-Agricola, à Reims, on lisait cette inscription tracée en lettres d'or 7 :

FELIX M1LITIAE SVMPSIT DEV0TA I0VINVS CINCVLA VIRTVTVM CVLMEN PROVECTVS IN ALTVM B1SQVE DATVS MERITIS EQVITVM PEDITVMQVE MACISTER EXTVLIT AETERNVM SAECLORVM IN SAECVLA N0MEN

5 SED PIETATE GRAVI TANTA HAEC PRAECONIA VICIT INSICNESQVE TRIVNIPH0S RELLICIONE DICAVIT VT QVEM FAMA DABAT REBVS SVPERARET H0N0REM ET VITAM FACTIS POSSET SPERARE PERENNEM

mCONSCIVS HIC SANCT0 MANANTIS FONTE SALVTIS

c. xxvin. — 5 Eusèbe, Hist. eccles., 1. VIII, c. xn, édit, Heinichen, t. 1, p. 395. — 8 Lactance, De mortibus perseculorum, c. xv, P, L.,t. vn, col. 217; H. Leclercq, Les martyrs, 1904, t . m. p. 21. — ' Flodoard, Historia Remensis Ecclesiœ, 1. I, c. vi ; Papirius Massonius, Historta calamitatum Calliœ, dans A. du Chesne, Scriptorcs rerum franc, 1. 1, p. 79; D. Marlot, Metropolis Remensis historia, in-fol., Insulis, 1666, t. i,p. 97 ; D. Marlot, Histoire de la ville, cité et univeisitéde Reims, in-4°, Reims, 1852, 1. 1, p. 530, 531 ; Tristan, Comment, histor., 1. 1, p. 527 ; Valois, Xota- ad Ammianum Marccllinum, édit. Wagner, t. m, p. 238; Du Cange, Glossar. med. et inf. lat., au mot Magister ulriusque militiœ; Tillemont, .Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, in-4°, Paris, 1693-1712. t. v. p. 681; Codex Theodosianus, édit. Bitter, t. n, p. 272; A. Mai, Scriptor. vêler, nova collectio, in-4" Roms, 1831, t. v. p. 116, n. 2; Dictionnain d'épigraphie chrétienne, t. u, col. 377; E. Le Blant, Recueil, 1. 1, p. 443, n. 335.

I R \ NCE. — III

SEOEM VIVACEM MORIBVNOIS PONERE MEMBRIS CORPORiS HOSPITIVM LAETVS METATOR ADORNAT REDDENDOS VITAE SALVARI PROVIDET ARTVS OMNIPOTENS CHRISTVS IVDEX VENERABILIS ATQVE TERRIBILIS PIE LONCANIMIS SPES FIOA PRECANTVM l.'.NOBILIS EXIMIOS FAMVLIS NON IMPVTAT ACTVS PUS IVSTO FIDEI AC PIETATIS PRAEMIA VINCANT

Nous n'avons pas ici une epitaphe, mais une inscription dédicatoirc. Dom Marlot, Valois, Tristan

DEVOTIONl NCE-PR

Page 1