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entrés dans les musées de Nîmes, de Narbonne, de Toulouse.
2. Baptistères. — Il faut accorder une mention spéciale aux baptistères; ils se sont conservés à Aix, à Riez, à Fréjus, à Venasque, à Poitiers (voir Diclionn. au mot Baptistère). Celui de Poitiers, le plus ancien de tous, placé sous le vocable de Saint-Jean paraît remonter au \T> siècle, avec des additions probablement du vneet d'autres de l'époque romane; quelques parties sont peut-être même antérieures au vie siècle.
Pour les baptistères, les constructeurs s'inspirèrent du plan de certaines salles de bains. La cuve formait le centre et on y descendait pour l'immersion complète. Le baptistère n'offrait qu'exceptionnellement des particularités techniques et ornementales. Le
4654. — Baptistère de Saint-Jean à Poitiers. D'après R. de Lasteyrie, op. cit., p. 128, fig. 109.
tracé le plus généralement préféré semble l'octogone; on trouve aussi, dès le IVe siècle, sur les monuments figurés, le plan circulaire et la coupole centrale. Un plan fréquent, emprunté à l'architecture romaine, est le rectangle dans lequel s'inscrit un octogone, comme à' Bapteste où quatre triangles de maçonnerie pleine contournent l'édifice. A Riez (Basses- Alpes), des absidioles s'inscrivent dans les angles du carré; le baptistère de Fréjus et celui de Mazan (Ardèche), ont des angles arrondis, suivant la courbe des absidioles.
Le baptistère de Poitiers, a longtemps intrigué les archéologues pour lesquels sa destination n'est devenue certaine qu'après la découverte de la piscine qui en occupait le centre. L'édifice avait la forme d'un carré flanqué de trois absidioles (peut-être quatre, mais ceci est douteux). Les absides du nord et du sud ont été reconstruites de nos jours avec une inexpérience déplorable. Le narthex occidental est romain (flg. 4654). Le plan est d'autant plus curieux, qu'il appelle la comparaison avec celui du baptistère de Venasque (Vaucluse). Nous aurons occasion de parler du baptistère de Nantes.
Le baptistère de Riez pourrait remonter au vic ou au vne siècle. Pas plus que celui de Poitiers, il n'a échappé aux prétendues restaurations. Les colonnes à fûts de granit, surmontées de chapiteaux corinthiens peu classiques, ont été enlevées dans quelque édifice de basse époque, les voûtes ont été refaites dans le style du xnc siècle (fig. 4655).
Le baptistère de Fréjus est relié par une galerie à la cathédrale. Les baptistères de Bapteste (Lot-et-
4655. — ■ Baptistère de Riez.
D'après R. de Lasteyrie, op. cit., p. 125, fig. 102.
Garonne), d'Angers, de Chambéry n'offrent plus que des vestiges. Le premier consistait en un octogone, logé dans une maçonnerie de forme carrée; il était relié par un narthex à l'abside orientale d'une petite église. Le deuxième, également octogone, n'avait que 5 mètres de diamètre intérieur et il se reliait à l'église Saint- Maurille par une galerie (ce baptistère semble plutôt carolingien).
Le baptistère de Venasque, date vraisemblablement du premier quart du vne siècle (fig. 4656). Son plan consiste en un rectangle flanqué de quatre absides
4056. Baptistère de Venasque.
D'après R. de Lasteyrie, op. cil., p. 128, fig
de dimensions inégales, englobées dans des massifs carrés.
A Aix, un grand baptistère octogone à collatéraux était tangent à la cathédrale; il a été presque entièrement reconstruit, c'est-à-dire défiguré, au xvip siècle. On ne saurait que mentionner, sans le comparer aux précédents édifices auxquels il paraît fort postérieur, un petit baptistère, situé à l'ouest de l'église il'Ainay à Lyon, dont les arcatures posent sur des colonnes antiques; un autre à Mazan (Ardèche), dont le plan est ancien et rappelle les baptistères de Ravenne, mais il doit leur être bien postérieur.
On ne connaît que par des textes le baptistère de Besançon. Le baptistère de l'église de Paris a depuis longtemps disparu, mais il avait laissé un souvenir
I R \NC.E. — III
2>dO
topographique dans l'église de Saint-Jenn-le-Rond, qui a disparu aussi. A Boulogne-sur-Mer, la petite église Saint-Jean, proche voisine de l'ancienne cathédrale et démolie au xvu" siècle, marquait aussi la place du baptistère primitif.
3. l'ian ries b<isiti<iucs. — Les chances de destruction se sont exercées si largement en Gaule, que nous sommes loin de pouvoir présenter un ensemble de ruines et de renseignements qui rappelle, même de très loin, ce que nous avons vu dans l'Afrique du Nord et en Egypte. Fn Gaule d'ailleurs, les monuments antiques, cette carrière toujours ous'erte de matériaux prêts à être utilisés, étaient loin d'offrir des ressources aussi inépuisables aux constructeurs de basiliques et de martijria. Sans être rares, les monuments antiques étaient moins nombreux et moins somptueux; ils étaient aussi moins considérables. A l'exception de villes comme Arles, Trêves, Bordeaux. Lyon, on ne pouvait exploiter colonnes et moellons sans crainte de venir à bout de cette veine, aussi cornmença-t-on de bonne heure à remplacer les colonnes, qui se faisaient rares, par des piliers.
Pour substituer le pilier à la colonne, les architectes francs avaient encore un autre motif, le tassement de la maçonnerie et la poussée des arcades pouvaient parfois faire perdre leur aplomb aux colonnes et mettre en péril tout l'édifice.
La construction de tribunes au-dessus des bas-côtés soulevait d'autres problèmes et donnait naissance à d'autres inquiétudes dont ces mêmes architectes se délivraient en supprimant les tribunes, et la disposition de deux ordres de colonnes superposées. Ce n'est guère avant l'époque carolingienne qu'on s'y hasarda en Gaule, sauf peut-être quelques exceptions très rares parmi lesquelles il faudrait compter la basilique de Saint-Martin de Tours où il s'agissait de faire entrer 120 colonnes.
La disposition dite chalcidique, qui était un retour des collatéraux sur les extrémités du vaisseau central a été employée dans un certain nombre de basiliques, probablement aussi en Gaule. Le revers du mur de façade de l'église Saint-Pierre, à Vienne en Dauphiné, a conservé les traces d'une décoration qui ne s'expliquerait guère sans cette disposition.
Cette même basilique de Saint-Pierre de Vienne nous montre encore une autre disposition notable. Nous y voyons que les bas-côtés pouvaient avoir des jours directs sur l'extérieur, sans préjudicedes fenêl res percées au sommet des mors latéraux de la nef principale et qui restaient le véritable éclairage de la basilique.
L'abside, généralement aveugle dans les basiliques de Rome, comportait des fenêtres dans certains pays, notamment en Gaule; nous en avons l'assurance grâce à un texte de Grégoire de Tours racontant un vol commis dans l'église de Saint-Martin. Les voleurs, dit-il ' s'introduisirent dans le temple par la fenêtre de l'abside. Les fenêtres comportaient une certaine décoration. Nous voyons à Saint-Pierre de Vienne qu'elles étaient intérieurement flanquées de colonnes; il est probable qu'on lit aussi usage du stuc. Dans la baie de la fenêtre ou insérail une plaque de marbre ou de pierre découpée, Comme celle qui s'est conservée à
Saint-Benlgne de Dijon (voir Fenêtre), Comme le
climat de la Gaule, surtout pendant l'hiver, n'eu! pas permis de maintenir ces ouvertures, on les garnissait de verre, Grégoire de Tours nous apprend qui VEcclaia vici i Puy-de-Dome)
Icnestras ex more habens, quœ vitro h<ims incita diintur'-. C'étaient de faux vitraux où la combinaison des
1 Grégoire de Tours, Htit. Francor., I. VI. c. x. — 'De gloria mnrlyrum, I. I, c. ux. — 'Sidoine Apollinaire, ' pi , ii, 10. — ' Grégoire «le Tours De gluriu martyrum. —
verres de diverses couleurs produisaient un bel effet qui enchantait Fortunat et Sidoine Apollinaire. L'êvèquc Patiens décora de ces verres colorés les baies de l'église qu'il lit construire à Lyon vers -150 '. L'église d' Issoirc possédait, on vient de le voir, des verres colories cl leur couleur jaune était si éclatante qu'un voleur s'en empara, convaincu que cette substance contenait de l'or.
Tandis que lans les basiliques anciennes on ne voit pas trace de transept, cette disposition (qu'on rencontre toutefois dès le rv" siècle, à Saint-Pierre de Rome et à Saint-Paul-hors-les-Murs). devient commune dès le ve siècle. En Gaule, au vi« siècle, le transept est commun : Saint-Martin de Tours, Sainte-Croix et Saint-Vincent de Paris (depuis Saint-Germain-des Prés), l'église bâtie par l'êvèquc Namatius à Clerruont, l'église de Jumièges avaient un transept .
A l'intersection de la nef et du transept , sur l'espace rectangulaire s'élevait parfois une construction en charpente, tour-lanterne ou clocher. Cette disposition semble avoir été usuelle en Gaule. Peut-être les lanternes des églises de nos contrées ont-elles été inspirées par les coupoles centrales des églises d'Orient. Il est toutefois plus vraisemblable que des architectes obliges de couvrir cet espace rectangulaire et extrêmement embarrassés pour faire rejoindre deux toits inégaux se pénétrant et formant des angles rentrants aient adopté une combinaison qui supprimait la difficulté.
Les tours-lanternes, en Gaule, sont mentionnées par Grégoire de Tours et par Fortunat. On les nommait lurris, domus allans ou dormis arœ, car l'autel était placé au-dessous. Nous savons, grâce à Grégoire de Tours, que dans la basilique de Saint-Antolianus à Clermont, au-dessus de l'autel quatre arcades sont tenues par des colonnes de marbre de l'aros et d'Héraclée, portaient à leur tour des murs sur lesquels posait un plancher orné de très riches peintures4. Sur ces tours-lanternes, se dressait un pavillon de bois y plu sieurs étages en retrait, percés d'arcades, le sommet passait du plan rectangulaire au plan circulaire et supportait une flèche élevée; On a écrit que le petit nombre de textes qui parlent des tours-lanternes ne permet pas d'affirmer qu'elles servissent à éclairer cette partie de l'église \ Cette observation est erronée. Ces tours-lanternes offraient matière à la décoration la plus brillante, on les rehaussait de dorures et même de figures peintes. Il existait des tours-lanternes à Tours, a Clermont, a Narbonne, à Paris, à Bordeaux. Fortunat nous a décrit celle de Nantes : « Au centre de l'édifice, dit-il, un pinacle en forme de tour monte vers le ciel et son couronnement passe du carré au plan circulaire, la tour, s'élageant en arcades, porte une flèche qui fait l'effet d'une mon tagne. Là sont exposées des peintures auxquelles il semble que l'art ait insufflé la vie, tant les couleurs animent les membres. »
L'usage des clochers est presque aussi ancien en France. Saint-Martin de Tours, achevé en 470, dait un clocher avec cette inscription • :
INCRED1ENS TEMPLVM REFER AD SVBLIMIA VVLTVM
EXCELSOS ADITVS SVSPICIT ALTA FIOES ESTO HVMILIS SENSV SEO SPE SECTARE VOCANTEM
MARTINVS RESERAT QVAS VENERARE FORES 5 HAEC TVTA EST TVRRIS TREPIDIS OBIECTA SVPERBIS
ELATA EXCLVDENS MITIA CORDA TECENS CELSIOR ILLA TAMEN QVAE COELI VEXIT AD ARCEM
MARTINVM ASTRICERIS AMBITIOSA VUS VNDE VOCAT P0PVL0S RVI PRAEVIVS AD BONA XPI
SIDEREVM INCRESSVS SANCTIFICAVIT ITER
' R. de Lasteyrle, L'architecture religieuse en l r.mce d
1912, p. 88. — ' I :. i e ia.. i( I 1. 1. n. 170,
FRANCE. — III
4. Cryptes. — L'existence des cryptes n'est pas rare dans les églises de la Gaule ; on en rencontre la mention assez fréquente dans les écrits de Grégoire de Tours, mais encore faudrait-il pouvoir parfois se reporter aux monuments, disparus depuis des siècles, pour décider s'il s'agit d'une confession (voir ce mot) ou d'une véritable chapelle souterraine. Lorsque plusieurs tombes se trouvaient rapprochées et recevaient l'hommage des fidèles, il y a bien des raisons de croire que le lieu offrait le dégagement nécessaire à la circulation; ainsi dans l'église Saint-Jean de Lyon, les tombes de saint Irénée et des martyrs Epipode et Alexandre formaient une véritable crypte souterraine; dans l'église Saint-Pierre de Bordeaux, la crypte était de dimensions suffisantes pour contenir, outre les tombes saintes, un autel sur lequel on célébrait le saint sacrifice. Encore qu'on doive admettre que l'éclairage de ces cryptes était parfois défectueux, cependant la piété des fidèles ne devait jamais les laisser dans une complète obscurité. On peut donc aisément croire que si, dans cette crypte de Saint-Pierre, une femme fut enfermée par le sacristain sans qu'il l'ail aperçue, c'est que la crypte était assez vaste pour qu'on put y échapper au regard. Deux monuments contemporains de cette période nous ont été. conservés, la crypte de Jouarre (Seine-et-Marne), dont la partie ancienne, ornée de colonnes et de chapiteaux a dû faire partie d'une église bâtie vers l'an 634 ; et la crypte de Saint-Laurent de Grenoble. Nous aurons prochainement (voir Grenoble, Jouarre) l'occasion de décrire ces deux monuments auxquels nous ne nous arrêtons pas ici; la crypte de Saint-Laurent remonte au vi° ou vne siècle. A Bordeaux, la crypte de Saint-Seurin (voir Diclionn., t. il. col. 1066) peut appartenir à l'époque mérovingienne, mais il est malaisé d'en juger avec certitude à cause des graves remaniements qu'elle a dû subir. Il n'y a pas lieu de discuter les titres des cryptes de Saint-Avit et de Saint-Aignan à Orléans, qui sonl des monuments d'âge bien plus récent; quant aux cryptes de Lyon, de Béziers, elles ont souffert tant de restaurations qu'on n'en saurait rien tirer d'utile. Nous ne croyons pas nonplus devoir discuter les titresdel'église de Saint-Émilion, de Saint- Jean de Maurienne, du Bonceray d'Angers, de Saint-Léger à Saint-Maixent et quelques autres encore l.
Toutes ces constructions offraient bien peu de variétés quant à la technique; les basiliques, les baptistères, les cryptes étaient généralement mal bâtis en petit appareil. Les constructeurs, architectes et maçons gaulois ou francs, ne faisaient qu'appliquer les traditions romaines. Parmi les monuments, ou les portions de monuments. qui nous ont été conservés,on voit faire usage du petit appareil cubique, appareil réticulé, appareil en arête de poisson. Parfois il est employé à gros joints, ou bien on rencontre les assises de briques, insérées de distance en distance, sur une épaisseur de deux ou trois rangs. L'emploi du petit appareil se conservera dans certaines provinces jusque vers le milieu du xie siècle. Quant au grand appareil on a vu plus haut saint Didier de Cahors en taire encore usage au vne siècle : magnis quadrisque saxis.
Peut-être serions-nous un peu déçus si les églises
1 J. Guadet, Extrait d'une notice sur Saint-Êmilion et ion église souterraine dans Bulletin de lu Société de l'histoire de France, 1839, t. vm, p. 43; P. Vulliermet, La crypte de la cathédrale de Saint-Jean de Maurienne, dans Compte rendu de la Ve session du congres des sociétés savantes sauoi- •iiennes, 1882, p. 2113; Godard-Faultrier, Les cryptes de Ronceray dans Mém. de la Société impériale d'agriculture il' Angers, 1857, t. xiv, p. 110; .1. Berthelé, Architecture mérovingienne. La date de la crypte de Saint-Léger à Saint-Maixent (Deux-Sèvres), dans Ilulletin monumental, 1884, 1. 1., p. 8'J; !.. Maître, Crypte mérovingienne d'Orléans, dans Mémoire
franques étaient parvenues intactes jusqu'à nos jours. Les contemporains, Grégoire de Tours, Fortunat, se complaisent en des descriptions qui, malgré leur enthousiasme font regretter les arides nomenclatures du Liber ponlificalis. A les en croire, l'or, le marbre, le bronze, la peinture, les incrustations font des églises de leur temps un ruissellement de magnificences. Il est possible, probable même qu'on ne négligea rien pour décorer au mieux les temples chrétiens; les rois mérovingiens, les évêques rivalisèrent avec les grands de générosité, quant au goût et à l'habileté, si on en juge par les manuscrits. Us mosaïques et les inscriptions de l'époque, on est obligé de convenir que ce n'est plus le goût et l'habileté de la société gallo-romaine. Dans ces petits poèmes dont Fortunat tenait tout un assortiment comme avant lui saint Damasc; ce ne sont qu'expressions ampoulées : Hac domus ampla mical; — Domus hœc micat; ■ — Mical hsec don us; — Ista domus .rutilai; — Aula Dei radial; — Virginis aula micat; — Radial domus; — Prœjulgcnl limina templi 2. Il y a dans tout ceci beaucoup de convention. Fortunat ayant à célébrer trois basiliques une à Tours, une à Auch, une à Saintes ne s'est pas mis en frais d'imagination 3 :
Emirat aula decens venerando in culmine ducta...
Voici pour la première.
Digna saccrdulis Bibiani lempla coruscant...
Voici pour la deuxième.
Emical altilltroni cultu vencrabile templum...
Voici pour la troisième.
5. Décoration. — Il semble que ce qui frappe surtout Fortunat — et c'est ce qui devait être le plus apprécié par ses contemporains — c'est l'éclat : mical, julgeat, resplendcat; pour eux 1;> beauté paraît être en raison directe du miroitement. Ce goût s'arrange bien des rares indications qui nous ont été transmises sur l'emploi des métaux. Comme les édifices antiques, les basiliques mérovingiennes reçoivent parfois un toit en métal; sur le sanctuaire de Saint-Denis on a porté la somptuosité jusqu'à faire usage de l'argent; à Paris, le toit de Sainte-Croix et Saint- Vincent (= Saint- Germain des-Pres) était en cuivre doré, celui de Saint- Martial était couvert de plomb; l'église de Nantes et une église dédiée à Saint-Vincent, près de Bordeaux, étaient couvertes de feuilles d'étain. 1 outefois, ces prodigalités n'ajoutaient rien à la beauté de l'édifice; l'argent, le plomb, le cuivre, l'étain en longues feuilles minces, sur une toiture inclinée, dans un climat rigoureux, ne mettent pas longtemps à ressembler à un toit d'ardoises.
L'extérieur des églises mérovingiennes n'offrait donc rien ou peu de chose de flatteur à la vue; on a dit avec raison que leur aspect «était certainement misérable. » Les fenêtres et surtout les portails que l'architecture romane fera si riches, sont des ouvertures de la plus grande simplicité; tout au plus gravera-t-on sur le linteau d'une porte un monogramme d,u Christ ou l'encadrera-t-on d'un chambranle de marbre; parfois, il est vrai, on le surmontait d'une peinture ou d'une mosaïque, mais à l'extérieur ces décorations sur en-
de la Société archéologique et historique de l'Orléanais, 1902, 1. xxviii, p. 411-410; Les cryptes de Sens, dans Mémoires de la Société académique de l'Aube, 1903, t. Lxvn, p. 159-179; E. Lefebvre-Pontalis, Étude sur la crypte de Sidnt-Médard de Soissons, dans Congrès archéologique de France, 1S87, t. Liv, p. 303. — ! G. Marini, dans A. Mai, Scriplorum veterum valicana collectio, t. v, p. 93, n. 3, p. 121, n. 3; Agnellus, Vita Johannis Ravennalensis episcopi ; De Kossi. Inscript, christ, urb. Iïoma>, in-lol., Romae, 18S8, I. n. part. 1, p. 63, 89, 101-187. — ' Fortunat, Miscell., 1. 1 n. 1. 12,1. X. n. 6.
I RANCE
duits ne pouvaient guère durer. Sur les façades des églises et dans l'atrium, les tiens, tiers d'un savoir qui était leur monopole, se plaisaient à prodiguer les inscriptions métriques, auxquelles on donnait parfois la forme de croix et qu'on pouvait lire dans plusieurs sens • (voir Acrostiches), 1. 1, col. 369
A l'intérieur, le spectacle changeait. Non, cependant que toutes les enlises fussent parées comme des cl ce qu'on appelle la « pieté de nos pères » et sous ce nom il est bon de comprendre un peu de vanité, n'y eût pas suffi. A l'intérieur comme à l'extérieur, on se l rouvait en présence de murailles lépreuses i lig. lo.",T): mais si. à l'extérieur, on se résignait a les laisser dans leur nudité, à l'intérieur on les recouvrait volontiers d'enduits, de placages qui, tant bien que mal, dissimulaient l'indigence de la construction. Une sorte de
d'autant les peintres, assurément peu nouibn mesure de s'attaquer à la ligure humaine. Le groupe de sarcophages du sud-ouest montre que les ateliers cultivaient l'étude îles molifs tires de la Hure.
Eu dehors des surfaces planes, sur lesqueIK avait la ressource de nulle combinaisons géométriques qui se recoupent, se chevauchent, îles entrelacs et de toutes les fantaisies de la courba iite ou
de la ligne brisee.il fallait encore peindre et décorer les charpentes, les plafonds. A Tours, le- plafond de Saint Eutrope était sculpté, niais le plus souvent on tentait d'une peinture aux tons vifs. In plafond ainsi décoré était une œuvre de grand prix, démontable a l'occasion. Lorsque l'évêque Perpet lit rebâtir Saint- Martin de Tours, il fit démonter l'élégant plafond peint de la basilique qui fut transporté dans l'église de
1657. Murs extérieurs de l'église de Cravant. B. Enlart, Manuel d'archéologie française, 1902, t. i
badigeon, consistant en une couche mince de plâtre, était étendu sur toutes les parois, ce qui n'était ni coûteux, ni tré ds c'était propre, pour quelque temps au moins. Si on possédait quelques ressources on ne se contentait pas île ce badigeon, gypsalio, on mélangeait avec le plâtre de la poussière de marbre blanc et on obtenait ainsi du stuc, sorte de pâte assez consistante pour qu'on pût lui faire subir un polissage, l'orner en creux et en relief, en somme lui donner l'apparence de sculptures de marbre. l'ortunat (III. 29) parle d'une église de Verdun ainsi ornée et dem toute blanche :
Cunclida situera radial hœc aula sereno Et, si sol fugiat, et sine sole mical.
Mais a cette blancheur, on préférai! la Iresipie ou la
que. Des fresques nous ne pouvons rien dire,
car pas un \estige n'a subsiste. Grégoire de 'l'ours,
dans son H Francs (II, il) rapporte que la
femme de Namatius, éveque de Clermont, lisait aux peintres charges de décorer une église qu'elle construire, la description qu'elle voulait
y faire représenter. Il est probable que le dessin géomoiiis ornementaux t> nalenl d
décoration murale une large pi
Saint-Pierre-et-Saint-Paul, A Paris, le plafond de Sainte-Croix-et-Saint-Vincent était di
ii. Placages el mosaïques. ■ — Les incrustations, les mosaïques n'ont pas connu, en Gaule, un sort plus clément que les peintures et nous en sommes réduits à leur sujet à des textes du V et du vi" siècle. Toutefois, comme les ouvriers qui travaillaient cette partie de la décoration formaient quelques rar< s ateliers qui Se transportaient sur les lieux OÙ les appelaient une commande, il y a lieu de croire qu'ils n'employèrent pas en Gaule des procèdes différents de ceux qu'ils appliquaient en Italie ou en orient où leurs otn se sont mieux conservés, Pour l< pi icages de marbre on ne se donnait plus la peine d'en! reprendre des coin
ons comme celles dont il nous reste, a Home, deux vestiges (tigre et agneau provenant de la basi
UquedeJuniusBa cor géométrique prévalait
sans exception, I les, losanges, cercles,
ovales, etc., fournissaient le s artisans d'un assortiment mes et de . ■ COllSidl laide pour II In-
des travaux d'aspect un peu anguh i de. mais de ton
■ i i ment, l'aubaine était si belle qu'on débitai! le
bloc en lames au si initiées que l'on pi.ll\ ,i
FRANCE. — III
l'on juxtaposait les plaques ainsi obtenues, deux à deux, de façon à ce que les veines de la pierre formassent des desseins symétriques. On retrouve ce procédé à Sainte-Sophie de Constantinople, à Saint- Démétrius de Salonique, à Saint-Vital de Ravenne, à Sainte-Sabine de Rome, à la cathédrale de Parenzo; il n'est pas douteux que ce procédé n'ait été appliqué dans les églises de la Gaule mérovingienne. Nous savons d'ailleurs qu'il en était ainsi à Clermont, où ces marbres variés étaient gravés et sculptés.
Les mosaïques offraient moins de chances de destruction que les placages et permettaient plus de variété, plus d'éclat par l'emploi des émaux et des cubes dorés et argentés. Ici encore, les ateliers de marbriers mosaïstes suivaient une technique uniforme et échangeaient entre eux sinon leurs cahiers de modèles, du moins le répertoire de sujets à traiter. Tout porte à croire que rien ne ressemblait plus aux mosaïques d'une basilique de Ravenne ou de Rome que les mosaïques d'une basilique franque. Fortunat et ses rivaux moins connus, s'extasient devant ces splendeurs qu'ils nous décrivent en termes si pompeux et si vagues qu'on n'y trouve pas une indication utile à retenir, sinon que des mosaïques ornaient les sanctuaires de Tours, Autun, Auxerre, Chalon-sur-Saône, etc. A Toulouse l'église de la Daurade fut décorée de mosaïques au vc siècle ; elles furent détruites sous Louis XV par la volonté d'un évêque et de chanoines stupides; il en reste une description ', et ce morceau est trop important pour l'histoire de notre ancienne archéologie pour ne pas faire l'objet d'une attention particulière.
Au commencement du xvii0 siècle, le curé de la Daurade, Chabanel, dit que « la richesse et magnificence de ces petites pièces de marquetteries enduites et croustées d'or, de la grosseur et forme d'un dez, transparentes comme crystal et peintes de diverses couleurs dont sont composées les images des douze Apôstres et autres saints qui couvrent la vieille muraille de cette église et environnent le grant autel montrent évidemment que c'est ouvrage royal '. » Un siècle plus tard, Dom Martin, auteur de La religion des Gaulois voit dans la Daurade un temple gaulois et «il est constant, dit-il, que le corps du bâtiment en lui-même et sa forme sont vraiment gaulois 3 ». Grâce à cette opinion, il s'attarde un peu à décrire les mosaïques : « Tout le massif du mur, écrit-il, est incrusté d'une mosaïque admirable, principalement les niches, dans chacune desquelles est représenté un saint de l'ancien Testament, Jésus-Christ, quelques apôtres et évangélistes, les anges saint Michel, saint Gabriel, saint Raphaël, saint Huriel, Hérodes, Ézéchias * et plusieurs autres dont quelques tableaux qui les couvrent dérobent la vue... La mosaïque consiste en de petits morceaux de verre diversi fié de couleurs, taillez quarrément, artistement rangez et mastiquez sur un fond de stuc. La couleur jaunâtre qui règne et l'emporte sur toutes les autres couleurs, jointe à l'éclat de tout l'ouvrage, a pu faire naître le nom latin et français de cette église Deaarala, Daurade, comme qui dirait Dorée. » Dom Martin voulait bien qualifier d'« admirable » un ouvrage que ses anciens et ses confrères en majorité devaient sans doute déclarer barbare et « gothique i, ce qui était alors le dernier degré du mépris; Mabillon lui-même et Montfaucon ne se fussent peut-être pas montrés plus indulgents.
Dom Martin sut communiquer, son admiration à quelques-uns de ses confrères et l'on vil, chose in-
1 Degert, dans Bulletin de la Société archéologique du midi de la France, 1905, p. 107; Le même, Bulletin </< littérature ecclésiastique public par V Institut catholique de Tou~ louse, 1905, p. 3-15 : Les plus anciennes mosaïques ehré-
croyable,jusqu'à six bénédictins s'intéresser en même temps à l'archéologie, pendant plus de quarante jours, — arande sevt spnlium. — Six moines de la Daurade montèrent aux échelles, époussetèrent, fourbirent, astiquèrent les mosaïques qu'une crasse séculaire, faite de poussière et de fumée, recouvrait d'un voile; et tout joyeux, probablement très surpris de leur éclatant succès, ces frotteurs de murailles virent apparaître « à peu près dans tout leur éclat primitif ces rares et admirables mosaïques. » Ce n'est plus Dom Martin, c'est Dom Lamothe, qui emploie l'adjectif. Ceci se passait à la fin de 1633, et, heureusement, Dom Odon Lamothe eut l'heureuse pensée de consigner les résultats de l'opération dans une chronique latine conservée dans ms. lat. 12680 de la Bibliothèque nationale, fol. 213-240, 249-275 v°; le passage relatif aux mosaïques, a été traduit par M. Degert, à qui nous l'empruntons.
Dom Lamothe a suivi un ordre qui ne se comprend qu'après avoir vu la reproduction donnée par Dom Martin du chœur de la Daurade. L'abside à pans coupés est divisée par trois rangs de niches superposées et ces trois rangs contiennent respectivement d'après Dom Lamothe (qui corrige son confrère) 22, 22 et 21 niches (et non 15, 18, 16). Chaque niche contenait un sujet distinct et indépendant, dans la plupart des cas. Voici leur description :
1° « Au rang le plus élevé, la première niche à gauche représentait le martyre des saints Innocents. Au centre le bourreau debout, l'épée dégainée audessus de sa tête nue, tenait de sa main gauche, par les cheveux, un enfant qu'il égorgeait; à ses pieds gît un enfant mort, à sa droite un autre à demi-mort pousse des cris. Le tout sur fond d'or et pré verdoyant. Pas d'inscription.
2° Hérode assis donne l'ordre d'exécuter ces enfants, son visage est enflammé de colère; il tient de sa main gauche un sceptre carré et lève sa droite vers le bourreau ; il est vêtu d'une robe rouge et violette ; un nimbe d'argent orne sa tête, on y lit HERODIS. Fond d'or.
3° Pas d'inscription. On croit reconnaître un mage en adoration devant la niche ou s'en éloignant par un chemin autre que celui qui l'y a amené : sa tête est entourée d'un diadème, il porte quelque chose dans sa main, son visage est tourné vers le berceau de l'enfant Jésus. Fond d'or et pré verdoyant.
4° Vitrail dans une baie cintrée : figures de sainte Anne et de Marie avec l'enfant Jésus; sur l'encadrement en mosaïque, on voit des deux côtés trois perdrix.
5° et 6° Présentent deux mages comme la niche 3, couverts d'un bonnet, dans chaque niche et en attitude d'adoration; celui de la niche 5 a les cheveux longs et les mains jointes, il semble vêtu en prêtre; celui de la niche 6 a la main droite étendue sur la poitrine, il porte une sorte de capuchon multicolore et l'habit à larges manches rattaché aux genoux par des rosettes. Pas d'inscription.
7° et 8° Grande fenêtre du côté de l'évangile.
9° Quoique déchirée par des crevasses et écrasée par le poids de la voûte, cette niche laisse voir un homme assis dans l'attitude d'un juge : on distingue son bras et son visage dur et furieux; les crevasses laissent peu voirie reste. Inscription : ERODIS.
10° Une figure bien exécutée, droite avec légère inflexion, en extase, les bras nus, les mains jointes, élevées ; les yeux tournés vers le ciel et comme pleurant. A ses pieds, un agneau entièrement visible et bien dessiné. Inscription vers la tète : PA STVR.
tiennes de la Gaule. — - De Vantiquité de l'église de Notre- Dame dite de la Daurade à Tolnse. par Jean de Chabanel, Tolose, 1621, p. 19. — * Dom Martin. I.a religion des Gaulois, Paris, 1727, t. i, p. 148-150. — 'Ézéchias n'y est point.
FRANCK
11° et 12° Grande fenêtre en face du maltre-auteL
Sur le même rang, mais en parlant de l'extrémité de droite, la 1™, la 2'- et la 3e niches présentent chacune un mage assez semblable à ceux que nous déjà décrits, ils ne dilTèrent entre eux que par quelques détails de costume ou d'attitude.
4° Vitrail connu précédemment au même numéro.
5° Marie porte Jésus sur sa main droite reposant sur sa poitrine; Jésus souriant bénit les mages de sa main droite. Marie est voilée et chaussée; sa robe bleue et rouge admirablement variée; sur sa tète est écrit le mot MARIA.
6° Un homme de haute stature, la tête tournée vers Marie, son bras est nu jusqu'au coude; sa main droite montre une étoile placée un peu au-dessus de sa main gauche, une brebis est à ses pieds, sur sa tête le mot : PASTOR.
7° et 8° Grande fenêtre du côté de l'épitre.
9° La sainte Vierge, la tète couverte d'un bonnet, est assise comme sur un siège épiscopal les pieds chausses, sa main droite reposant sur sa poitrine lui donne un air majestueux; sa gauche tient une croix d'or qui repose sur son pied droit et glisse vers sa tête; elle se tourne vers l'enfant Jésus qui repose dans une crèche sous des traits fort juvéniles, mais vénérables. Comme inscription, vers la tête du personnage principal ; MARIA.
10° L'enfant Jésus couché dans une crèche, emmailloté dans des langes; un âne bien dessiné, du côté de l'évangile, regarde, tourné vers l'épitre, Jésus couché; un bœuf dont la tête s'élève au-dessus de Jésus.
Au second rang, dans la première niche en commençant par la gauche, comme précédemment, on voit :
1° Esdras qui, d'un air méditatif, soutient son manteau de sa main gauche; de la droite, il tient un livre sur les genoux; il se tourne un peu vers l'autel, ses pieds portent des sandales. Inscription sur la tète : ESDRAS.
2° Abimélech revêtu d'un manteau d'arpent avec inscription sur la tète : ABIMELECH.
3° Philippe, les mains jointes, la tête nue, les yeux respectueusement tournés vers le Sauveur. Inscription sur la tête : PHILIPPVS.
4° Sous le vitrail du nord, Simon, la tète nue, regarde aussi le Sauveur. Sa main droite s'élève un peu dans l'air, sa gauche repose sur la cuisse. Sur sa tète on lit : SIMON.
5° André, lève sa main droite vers le Sauveur, de sa gauche il soutient sa loge, porte des sandales : inscription sur la tête : ANDREAS.
G" Luc, tourné un peu vers le Sauveur, la tète couverte d'un bonnet; sa nui in limite posée sur sa cuisse; il tient de la gauche un livre assez grand qui repose sur la poitrine dans la région du cœur; il est très vieux, porte un peu de barbe, a des sandales aux pieds; sur sa tête on lit : LVCAS.
"".Jean, M pure jeune, tient de sa main gauche un livre dure et peint de diverses couleurs; sa droite se porte <ur les feuillets, les pieds nus dans des sandales, il regarde le Sauveur: porte écrit sur sa tète : | OH AN NI S.