‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 3)Chapitre 262 sur 423 · V.illl par la I Jnl Av il de \ ienne a l'ei · texte numérisé non relu

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FRANCE

de famille. Maîtres en apparence de notre royaume, nous ne sommes en réalité que vos soldats. C'est par nous que vous administrez une terre si éloignée de votre empire, la distance même où vivent vos sujets marque glorieusement l'étendue de votre puissance, l'action lointaine de votre gouvernement l. »

Les Bourguignons ne donnent pas qu'à Byzance ces marques de leur soumission. L'Italie qui leur vint en aide, contre l'agression des Francs, les tient pour des sujets dévoués, a Pour recouvrer ses possessions, écrit Cassiodore au Sénat, le Bourguignon s'est déclaré indépendant, se donnant tout entier à nous afin de recevoir une part de ce qu'il avait perdu -. ■ Qu'à cette époque ses rois datent par les consuls, rien à cela que de simple et. de logique; leurs actes sont d'accord avec ce qu'ils écrivent à l'empereur, alors qu'ils proclament l'action si étendue de son pouvoir, avec ce que Borne attend d'eux.

Les temps vont changer.

En 534, les enfants de Clovis envahissent la Bourgogne et la subjuguent. Mais la conquête ne détruit pas chez elle une apparence d'autonomie qui doit bientôt servir la politique perfide de ses vainqueurs, en leur permettant de désavouer des actes accomplis par leurs ordres 3. Mais si les Bourguignons leur payent tribut, s'ils leur fournissent un contingent de troupes, ils peuvent, du moins, passer à leurs propres yeux, à ceux des autres peuples, pour une nation libre et se gouvernant elle-même d'après ses coutumes et sa loi. A côté de leurs privilèges que l'on mentionne encore au vnc et au ixe siècle, ils gardent même après la conquête et soixante-trois ans de plus qu'aucun autre peuple du monde ancien, leur vieil usage de dater par les consuls, dont ils associent en dernier lieu les noms à ceux des rois *. Leurs nouveaux maîtres cependant suivent un autre système.

Chez la race qui devait posséder la Gaule et lui donner son nom, le caractère dominant est la passion de l'indépendance. Les premiers mots de son pacte national proclament qu'elle a secoué le joug des Bomains 5 et son histoire ne démentira pas cette fière parole. Que le Bourguignon se contente des titres de Patrice, de Maître des armées, le Franc porte le cœur plus liaut.il sera Consul et Auguste. c'est-à-dire l'égal de l'empereur; s'il propose à celui-ci un traité d'alliance, il l'a, dit-il, librement résolu 6, et sa prose ne rappelle en rien les humbles protestations transmises par saint Avit. Le premier entre les barbares, il effacera de ses monnaies d'or l'effigie impériale, pour y placer celle de ses rois '. Procope rapporte le lait en le présentant comme un coup d'audace 8 et les monuments de notre numismatique en fournissent la preuve matérielle.

L'indépendance est hautement proclamée. Les vies des saints parlent de ce temps glorieux où les Francs

1 S. Avit, Epist.,uax et lxxxiii, P. L.,t. lix, col. 276, 28 ! . — 2 Cassiodore, Variarum, xi,l, P. L., t. lxix, col. 824. — 3 En 53S, le roi Tlieodebert, sollicité par l'empereur [de lui donner secours, envoie en Italie une armée bourguignonne qui doit se réunir à l'ennemi, en paraissant agir pour son propre mouvement. Procope, De bello gothico, 1. II, c XJI. — «E. Le Blant, Inscript., n. 597 et 397«. Comme par un dernier hommage à la grandeur du vieil empire, la Bourgogne a de même conservé à travers les âges l'usage officiel du droit romain; voir Bouhier, /.es anciennes coutumes du duché de Bourgogne avec les anciennes coutumes tant générales que locales de la même province, non encore imprimées, in-fol., Dijon, 1742, t. i, oh. \ i, vn, vm, et dans Œuvres, 1787-17SS, t. i, p. 429. Aux textes du moyen âge relevés par Bouliier, on peut ajouter ce passage de l'acte d'affranchissement de Ciel et Saint-Maurice, concédé le 24 octobre 1420 : ... Pourquoy nous aient sup- I requis humblement... il nous pleust de nnstre grâce les affranchir de la dicte serve condition, en les rendant

secouant le joug de Borne, n'ont plus voulu relever que d'eux-mêmes ». Bapprochez des marbres où la Bourgogne inscrit les dates consulaires ceux où nos pères ne veulent tracer que les noms de leurs rois, le tableau sera complet, ('.liez les premiers, une déférente dont la marque survit même aux institutions romaines : chez les autres, la volonté ferme de s'appartenir et de le faire connaître. Ainsi, d'après la carte, l'histoire de la plus grande partie de la Gaule au \ie siècle, la date par les consuls représenterait la soumission à l'empire, la date par les rois impliquerait la déclaration d'indépendance.

Les monuments des Wisigoths vont nous le montrer plus nettement encore, par l'inconstance même de leur système chronologique.

Au temps de la domination romaine, les noms des consuls se lisent sur les marbres de la deuxième Aquitaine, de la première Narbonnaise et de Novempopulanie 10; mais dès l'avènement d'Alaric II (4S4 à 507), la mention des années de son règne y figure seule n. C'est le fait d'un prince indépendant et tenant son royaume proprio jure, comme le dit Jornandès ll. Il est, comme l'a été son père, législateur en même temps que soldat, maître des Bomains et des barbares qui vivent sous son sceptre et vont constituer fortement la nationalité wisigothique. Jusque-là donc, rien il' inattendu, a en juger par ce que nous apprend la différence des dates usitées chez les Francs et les Bourguignons, et le système opposé de ces barbares; mais une inscription découverte à Xarbonne marque l'an .VJ7 par le nom du consul d'Occident, Mavortius 1J :

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Les Wisigoths sont et demeurent cependant les maîtres du pays: pourquoi donc cette prétérition des nom d'Amalaric le ni d'alors, et dont le prédécesseur, le successeur, suivent un autre système? Pourquoi, au delà des limites romaines, cette date par un consul romain? Bien de plus utile en ces matières que d'apparentes anomalies qui forcent à la recherche; elles éclairent ou révèlent souvent des faits mal fondés ou laissés dans l'ombre pour les historiens. Nous leur devons de mieux comprendre le caractère de la capitulation signée en 534 entre les Bourguignons et leurs vainqueurs; elles nous apporteront encore d'autres renseignements.

En 511, Amalaric. devenu par la mort de Gésalic, son frère, seul roi des Wisigoths, exerce un pouvoir tout nominal. Le grand Théodoric, son aïeul, qui l'a sauvé d'un rival dangereux, gouverne de fait sous son nom '*, et les coutumes romaines, que le prince ostrogoth tient à honneur de faire revivre, deviennent la

comme francs ciliens de Bonn-, i Marcel Canat, Documents inédits pour servir à l'histoire de Bourgogne, Chalon-sur- Saône, 1863, t. i, p. 155, 156, — s Canciani, Lcges barbarorum, t. n, p. 13. — ' A. Duchesne, Scriptnres rerum francicarum, t. i, p. 866. — 7 Ch. Lenormant, Lettres à M. ■'. Sauleg sur les plus anciens monuments de la numismatique mérovingienne, in-S°, Paris, 1848-1854. Le fait a lieu sous Tlieodebert; il ne se produit que plus tard, chez les Wisigoths; Boudard, dans Revue numismatique, t. xx, p. 3412. — s Procope, De betto gothico, 1. III, c. xxxm, t. n, p. 417, édit. de Bonn — "Acta sanct., janvier t. il, p. 33; Manillon, Acta sanctorum ord. S. Bcnedicti, ssec. i, p. 637. — ■ 10 Le Blant, Inscript., t. n, n. 591. 596, 610, 617. — " Le Elant, Inscript, t. n, n. 482,529,556a, 556c, 556o7. — '■ Jornandès, De Cetarum origine, c. xvn, ■ — 13 Le Blant, Inscript,, t n, n. 613a. — "Procope, De bello gothico. 1. I, c. mi, édit. de Bonn, l. n. il 68. La chronique d'Isidore (édit. 1778, 1. 1, p. 210) considère même Théodoric comme le souverain réel, Amalaric comme son successeur.

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loi du sol wisigothique. Jusqu'en 526, une date consulaire, dans 1rs possessions d'Amalaric, n'aurai' rien qui pût surprendre, mais l'épitaphe de Narbonne appartient au 1" juillet ">27, et le vieux roi étail mort

N'y a-t-il point là difficulté nou et ne doit-on pas penser que le prince wisigoth aura, - de son aïeul, voulu reprendre une liberté lion entravée par l'existence de Théodoric?

Procope atteste le contraire En mourant, le maître a l'Italie a un autre de ses petits-fils, AthalariC, et le roi wisigoth, peu rassuré sur les visées des Francs, dure avec le nouveau prince

un traité d'amitié et d'alliance. Ce fut là, semble-t-il le premier acte de son indépendance recouvrée l. Si nous nous reportons maintenant aux faits mis en lumière par la différence des dates dans le royaume des Francs et dans celui des Bourguignons, par tes résultats que nous apportent les travaux de J.-13. de Rossi 8, nous reconnaîtrons qu'au temps de Théodoric, et suivant le caractère de leurs relations a\ ec l'empire, les royaumes barbares admettaient ou rejetaient la supputation par les consulats. Amalaric, si effai son aïeul, n'a donc point cessé, quand mourut celui-ci, de promulguer, dans son propre royaume, les noms des consuls d'Occident. Ainsi faisaient les Bourguignons dans leur respect pour le vieil empire, et le même fait semble avoir eu, chez les deux peuples une même cause.

\vec Amalaric, devait disparaître une marque tout éphémère de la puissance romaine. Son successeur Theudis, dont se défiait avec tant de raison Théodoric', date de nouveau du non» royal les monuments de la Wisigothie. En 541, un marbre de Narbonne, marqué de la dixième année de s. m règne • :

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