‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 3)Chapitre 287 sur 423 · XVII. In lis juifs étaient · texte numérisé non relu

XVII. In lis juifs étaient

nombreux en Gaule. Grégoire de Tours nous dit que

I'- retour du roi Contran a Orléans fui salin- par de laissaient à la fuis le latin, l'Hébreu et la langue des Syriens*. Cependant lis traces

Le lllant. InicripL, l.u, p. 259, n. .".21, pi. 71, n. 12 1.

'E. Le Blant, Inscrlpl, t. n. p. 160, n. 613a. 'E. Le

Blant, liucrtpt., i. n, p. 303, n. "'17. -- ' Bapporl /min lu

d'an hêoloote /. .» aoril i S il par M. !.. Boiter tur les

envoyées par MM. Dutevel, Germer-Durand et

\fathon, dans Bulletin du Comité de lalangue, 1855-1856, t, m,

• i Grégoire de Tours, Ht loria Francorum, 1, VIII,

- . i. /'./.. i. i.v\i, cul. l in. • i >•■ Saulcy, dans Complet

épigraphiques de ces juiveries sont, des plus rares. A Orléans, où nous venons de voir qu'ils formaient un groupe assez compact au vi« siècle, nulle trace n'est resiée. Les deux seuls monuments qui .se soient conservés sont une épitaphe à Narbonne, une légende dédicatoire à Auch (fig. 4689). Parlons d'abord de cette dernière.

Cette inscription est entrée au musée de Saint-Germain-en La\e ; elle est complète, sauf à la première ligne la lettre finale du mot sancto écrit en abrégé sct(°). Au bas, on distingue les symboles familiers aux juifs, la palme, le chandelier à sept branches, le SchofaT et le mot SChalom (paix) en lettres hébraïques.

M. de Saulcy avait proposé la lecture suivante ':

In Dei nomine sancto Peleser qui hic. Ben Nid deposilus est cum ipso locoli invidiosi! Crepen dédit donum; Jona jecil.

elle fut presque aussitôt modifiée par un érudit, M. Laroque :

In Dei nomine sancto

Jeliciter

deposilus est ... oculi invidiosi crêpent! Dedicatum donum Jona fecel.

et M. Canéto lut à son tour :

In Dei nomine sanrto Pelesler qui lii Ben-nid Deus esto cum ipso! o cœli invidiosi, Crepen dedit donum Jona fecit,

qu'il traduisait ainsi : i Au saint nom île Dieul Pelester qui est ici, fils de Nid, que Dieu soit avec luil O cieux jaloux I Crepen a fait don, Jonas a grave. < Enfin M. Th. Heinach :

In Dei nomine seto (sancto) pelesler (felicilerl) qui ic (hic) Bennid lis (Deus) esto c(u)m ipso, ocoli (oculi) invidiosi crêpent dedit donttm, Jona leceb (jecit)

«Au saint nom de Dieu heureusement (repose celui) qui est ici Bennid (Dieu soit avec lui. Que les gens envieux crèvent) a fait don. Jonas a gravé. — l'alx. •

Ainsi donc, comme le remarque E. Le Blant, pasde difficultés pour la première ligne, tout le monde est d'accord et il serait bien difficile de ne l'être pas.

Pour la deuxième ligne, il faudrait lire Pelegtr pour Pereger, mutai ion de r en I dont on rcnconl re en Gaule d'autres exemples; ce nom Peleger sérail une traduction latine du vocable juif (icrsnn.

La troisième ligne est certaine : /).s esto • "<i< :: en continuant sur la ligne suivante, l'acclamation oculi invidiosi crepen(t). La disparition du ( final sur les marbres n'est pas chose rare.

I :l fin de la quatrième ligne et le débul de la cinquième offrent une formule bien connue de Del donum pour dono. Enfin la cinquième J pour de stn>

fecit. C'est l'expressioi de l'homme re-

. s;int ri proclamanl que tous ses biens sont un don du i ' Elle est d'origine juive

./, f Académie des inscriptions, 1860, p. 172 Bévue <!<■ Vlnstruclton publique, 7 octobre 1869, i

Ch, Clermont-Gannei nême recueil, 1870, 17 Fi

p. 738, Canéto, dans Bulletin delà Société nationale •'

quatres ■>< France, roi, p. i 16, l 17 ; Le même, IWonumrnl

laplaalrt •■ du

i ti. Retnach, dans Revue des éludt

i Le] liant, Nom-,. m n cueil, p. 319, a.

FRANCE

Don de Dieu). Ou peut donc lire : In Dei nomine

sancto Peleqer.... Deus eslo cum ipso.

Oculi invidiosi crêpent : De Dei dono Jona fecit.

Est-ce une inscription dédicatoire ou une inscription funéraire? On peut hésiter. Cependant le mot par, à la fin peut aider à soutenir le sens funéraire. De plus la formule de dono dei fecil s'est toujours rencontrée, sauf une seule exception, sur des monuments dédicatoires.

L'acclamation au sujet des yeux envieux est tout simplement une malédiction lancée contre le mauvais œil (voir Amulettes).

La date de l'inscription est ancienne. Peut-être du vn-vm' siècle, la forme du G est exceptionnelle, tandis que O sous cette forme 8 est fréquente à l'époque que nous venons de dire.

Quant à l'inscription de Narbonne (voir ce mot).

XVIII. Survivances païennes. — Des termes empruntés à la phraséologie païenne se retrouvent dans les inscriptions chrétiennes, principalement dans celles qui marquent quelque intention à la poésie. Avec la meilleure volonté du monde, on ne pouvait s'affranchir de tout le personnel et de tout les accessoires mythologiques. Un vieil abbé égyptien avouait à Jean Cassien l'empreinte laissée par les poètes classiques sur son imagination. « Les incitations des maîtres, mes lectures assidues, ont, pour ainsi dire, infecté mon esprit de poésie et de vers. Ces fables, ces récits de combats, que j'ai appris dans mon enfance, la mémoire les remet sans pudeur devant mes yeux au milieu des méditations, des chants sacrés, et, lorsque je supplie le Seigneur de me pardonner mes fautes, je revois sans cesse les héros combattant; l'imagination qui évoque ces fantômes m'empêche d'élever mon âme vers le Très-Haut, et les larmes mêmes de la prière sont impuissantes à les écarter '. »

Les formules de nos inscriptions attestent la réalité de ce tableau. Le Tartare, le Styx, les Champs-Elysées (voir ce mot) sont employés couramment par les chrétiens qui n'ont évidemment pas d'autres figures à à leur disposition pour exprimer les idées qu'ils veulent rappeler à l'aide de ces mots. Ainsi qu'au code Théodosien nous trouvons, dans plusieurs inscriptions chrétiennes le dimanche désigné par les mots dies solis*; dans une épitaphe métrique, le Seigneur est appelé comme l'était Jupiter : le souverain de l'Olympe3; une autre place aux Champs-Elysées l'âme d'une jeune femme dont on déplore le trépas *.

Plusieurs siècles après l'apparition de la religion chrétienne, il n'était pas rare d'entendre des chrétiens jurer par Hercule ou par Jupiter, comme ils conservaient les noms des consuls sur les marbres soixantesix ans après la disparition du consulat, et se paraient sur les chartes du titre de citoyen romain dépourvu depuis des siècles de toute signification. Cet excellent Grégoire de Tours conservait dans son langage si fruste des réminiscences virgiliennes. Naturellement les poétereaux en vogue, ceux qui s'aventuraient à une besogne réputée si difficile, ne se faisaient pas faute de répandre à pleines mains les images rassemblées dans leurs cahiers. L'auteur anonyme d'une inscription ne trouve rien de mieux pour dépeindre la béatitude de saint Hilaire que le vers où Virgile célèbre l'apothéose du berger Daphnis 5.

Parmi les marques de l'influence exercée en plein moyen âge par l'antique idolâtrie, « cet héritage qu'à l'aide du diable, les pères transmettent à leurs enfants 6. » nous pouvons parcourir les pénitentiels pour

1 Cassien, Collaliones XIV, c. xn, P. L., t. xlix.coI. 974. — ' Le Blant, Nouveau recueil, ri. 277. — ' Nouveau recueil, n. 331. — 'Nouveau recueil, n. 311. — s Le Blant, Inscript., n. 516. — 6 Corrector Burchardi, c. un ; Wasserschleben, Die Bussordnungendcr abendlandisrhen Kirche nebst cincr rcclitsgeschicldlichen Einleitung, in-S", Halle, 1851, p. 043. —

être édifiés. Les pénitentiels du ixe au xic siècle parlent, ainsi qu'on l'avait fait en 5S9 au concile de Narbenne du jeudi célébré en l'honneur du maitre des dieux '. On préparait i de certaines époques des repas destinés aux Parques e; malgré les adjurations de l'Église, la foule continuait à pousser d'assourdissantes clameurs pour secourir la lune en travail; des chrétiennes invoquaient Minerve; un grand apôtre de la Gaule croyait à la puissance malfaisante des dieux de l'Olympe 9. Au village deChouy, prèsde Neuilly-Saint- Front (Aisne), on a ouvert une tombe antique, chrétienne si l'on en juge par un anneau resté au doigt du mort et qui porte des symboles adoptés par les premiers fidèles : une colombe avec le rameau, une palme, un agneau, un cerf. Dans la bouche du défunt se trouvait une monnaie d'argent de l'empereur Valentinien II. C'était, selon toute apparence, l'obole à Charo'n qui devait longtemps encore être placée dans les tombes, car l'abbé Lebeuf parlait, au xvni' siècle de paysans des environs d'Auxerre munissant encore de ce tribut les cadavres qu'ils ensevelissaient 10.

XIX. Les formules épigrapihques locales. — Il est toujours vrai de dire et utile de répéter que la

^iv«mKSKOLO'J

4690. — Inscription de Revel-Tourdan.

D'après E. Le Blant, Inscriptions, pi. 62, n. 373.

chronologie et la topographie sont les deux soutiens de toute histoire digne de ce nom. M. de Longpérier a pu dire à propos de la numismatique que « chaque province eut son style; » cette vérité s'applique de même à l'épigraphie. A chaque lieu nouveau qu'il visite, disait Edm. Le Blant, l'antiquaire voit varier les formules, les symboles, l'écriture, la disposition, les ornements des marbres et ces dissemblances indifférentes en apparence, méritent d'être étudiées avec soin. Nées parfois de la diversité des temps, aussi bien que de celle des lieux, elles peuvent guider dans la restitution des textes, accuser la nationalité des personnages, l'âge des inscriptions, apporter même des documents pour l'histoire des idées. A Vichy et à Coudes, l'ornementation des épitaphes témoigne de l'existence d'un style particulier à la province.

Deux inscriptions d'Amiens présentent un type commun qui est des plus frappants.

*A Trêves, à Clermont et à Coudes, le marbre des inscriptions est encastré dans une dalle de pierre. Briord et Arandon possèdent des épitaphes gravées sur le fond du sarcophage.

' Conc. Narbonn., caa. 15, Pœnitcntialc Pseudo GregoriilII, can. 33 ; Corrector Burchardi, c. lxxx; Partit. Mediolanensc, Wasserschleben, op. cit., p. 543, 648, 706. — s Corrector Burchardi, c. r.xxxix. cf. c. cxli; Wasserschleben, op. cit.. p. 657, 658. — ■ Sulpice-Sévère, De vita Martini, c. xxiv. — l0 E. Le Blant, Nouveau recueil, p. xm-xiv, n. 56.

ri; \ NCE.

l n symbole de la résurrection, l'Arbre reverdissant placé en face de l'Arbre dépouillé par l'hiver appartient aux seuls monuments de Trêves.

Le symbole du Vase se rencontre particulièrement sur les marbres de Vienne.

A Amiens, le monogramme dit constantinien est toujours inscrit dans un cercle, il ne l'est jamais sur les monuments d'Arles.

L'Ancre, ce symbole des premiers âges chrétiens, ne se rencontre en Gaule qu'à Arles et a Marseille. 5e des caractères runiques se distingue sur les monuments du nord de la Gaule.

Per et prv figurent en sigles sur les légendes lapidaires de la deuxième Lyonnaise.

Voici dans les différentes provinces de la Gaule les formules typiques les plus remarquables :

Première Germanie :

Mayence : IN HOC TITVLO REQVIESCIT '; FELI- CITER2'

Worms : TITVLVM POSVIT3.

Première Belgique :

Trêves : PRO CARITATE «; PRO AMORE; TITV- LVM POSVIT5; HIC IACET; HIC IACET IN PACE': PATRES pour parentes '.

Deuxième Belgique :

Amiens : VBI FECIT NOVEMBER OIES XV et semblables8, DEFVNCTVS EST*.

Viennoise :

SVRRECTVRVS IN XPO et formules analogues I0; Briord : HVMANITAS "; ABSTVTVS ,».

Briord et Vienne : VOLVNTAS ".

Vaison et Arles : PAX TECVM ".

Marseille : RECESSIT. conservé même après que ce mot a disparu du formulaire épigraphique ".

Première Aquitaine :

Coudes :TRANSIIT IN ANNOS".

Première Narbonnaise :

Toulouse : REQVIEVIT IN PACE ".

Première Lyonnaise- Viennoise :

BONAE MEMORIVS "; APTVS '*.

1"> et 2« Lyonnaise, 2e Germanie, Grande Séquanie, Viennoise, l"1 Aquitaine, i" Xarbonnaise. Alpes Maritimes :

BONAE MEMORIAE inconnu dans le reste de la Gaule et très peu fréquent à Rome.

1" Lyonnaise, 1" Germanie, Grande Séquanaise, Viennoise, l" Aquitaine :

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