‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 3)Chapitre 33 sur 423 · FLACIUS ILLYR1CUS (LA MESSE LATINE DE · texte numérisé non relu

FLACIUS ILLYR1CUS (LA MESSE LATINE DE

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a quelques années à en étudier les origines, à la situer chronologiquement et géographiquement à sa vraie place, nous nous sommes efforcés en un mot d'arriver à des conclusions moins hypothétiques que celles qui avaient été émises jusqu'ici '.

La messe latine est un long document qui dans l'infolio de l'édition Bona-Sala, n'occupe pas moins de xxix pages, et quoiqu'il y ait un bon nombre de pièces de rechange, cette messe, si elle a jamais été dite en son entier avec les rites et les chants qui l'accompagnent, a bien pu durer du premierchant du coq jusqu'à l'heure où le soleil est au milieu de sa course.

Elle débute par les prières que le prêtre récite comme préparation à la messe, et en revêtant ses ornements. Ces formules, qui sont loin d'être primitives, ne se trouvent guère que dans les sacramentaires du ixe ou du xe siècle, à l'exception peut-être du missel de Bobbio et du Missale Gothicum, et sont comprises sous le nom général A' Apologie: sacerdolis; ici le nom donné est apologctica. Voir Apologies, 1. 1, col. 2591 sq.

On voit que dès le début nous sommes ramenés vers le ixe ou le xe siècle, c'est-à-dire environ quatre siècles plus tard que l'époque assignée par le premier éditeur et si candidement acceptée par quelques critiques. On trouve en effet de ces Apologie: dans la plupart des livres de cette époque avec une grande variété de formules 2.

La méthode de composition se trahit aussi. Ainsi ces apologie: qui sembleraient devoir se trouver au commencement de la messe, comme préparation, ou à l'offertoire, sont ici répandues un peu partout; après la collecte du jour, on en compte une quinzaine de formules. Il est visible aussi que ces prières ne sont pas une œuvre personnelle, mais qu'elles ont été empruntées un peu à toutes les sources: nous y reviendrons du reste. Ce n'est donc pas d'un auteur de la Missa lalina qu'il faut parler, mais bien d'un compilateur.

Dès le début aussi nous voyons combien cette liturgie est riche, abondante, prolixe même, avec delongues prières qui s'enguirlandent et festonnent autour du psaume d'introït Judita me, Deus, du Confiteor et des autres prières de la inesse. Et il en ira ainsi jusqu'à la fin. Tout l'ordinaire de la messe s'y retrouve, Gloria in excelsis, oraison, épître, graduel, alléluia, même la séquence, l'évangile, l'offertoire, les prières de l'encensement et de l'oblation, la secrète, la préface, le sanctus, puis les prières du canon et le reste.

Pendant que s'exécutent les chants et que se font les lectures, ou que se disent les oraisons, il y a, comme pour le début, des prières pour accompagner les différents rites de la messe. Mais quelque longues qu'elles soient, elles restent toujours en relation avec ce que j'appellerai le fond de la messe. Selon l'énergique et fort juste comparaison du cardinal Bona, de même que l'homme est le même quand il est nu ou quand il est revêtu de ses habits, aussi amples et aussi riches soientils, de même cette messe n'est que la messe romaine habillée 3. Ajoutons que dans le cas présent, si ces vêtements sont souvent de velours, de soie, d'étoffes

1 Voir notre article La Messe de Flacius Ulyricus, dans Revue bénédictine, t. xxn (1905), p. 151-164. Pour les manuscrits où se retrouve la Missa latina, cf. le § 6°. — - Pour nous en tenir seulement a quelques exemples. Cf. le Book o/ Cerne, éd. Kuypers, p. xxv; Le Missel de Stowe (Warren, TheLiturgg and ritaalo/tlie celtic Cluirch), p. 185, 226, 227, 230, 234, 250; le sacramentaire auibrosien deBergame, Auctarium Solcsmcnsc, p. 91 et 175; le missel de Léofric, éd. Warren, voir A la table; les sacramentaires édités par Ménard, P. L., t. Lxxvm, col. 514, 515, 517, sq. L'une des sinologies de la messe d' Ulyricus (Bona, op. cit., p. xi) se lit encore dans nos missels parmi les oratiunes post missam : Oralio sancli Augastini : Anie oculos tuos. Domine, culpas nostras gerimus, etc. — J Bona, op. cit., 1. 1, p. 229. —

précieuses, il s'y mêle parfois quelques fanfreluches et chiffons. Nous aimions mieux la messe dans sa belle nudité.

Mais, dira-t-on, comment le prêtre au milieu de sa messe trouvera-t-il le temps de réciter toutes ces prières de surérogation? Nous répondons : il ne s'agit pas ici d'une messe basse, ni d'un simple prêtre, mais d'une messe pontificale célébrée par un prélat au trône, et l'on s'explique plus facilement alors, comment pendant les chants ou les lectures, il a le loisir de dire ces prières. Et de cette particularité qui jette un si grand jour sur toute la messe d' Ulyricus, il est curieux qu'on se soit avisé si tard, car il semble aujourd'hui à une simple lecture, que cela doive sauter aux yeux 4.

On est vraiment étonné qu'en plein xvme siècle, après les travaux de Bona, de Mabillon, de Tommasi, un écrivain carme, le P. Honoré de Sainte-Marie, auteur d'un volumineux ouvrage Réflexions sur les règles et sur l'usage de la critique, en 3 volumes, ait écrit dans son livre une longue dissertation pour prouver que notre messe remonte au ive siècle, qu'elle est la source de toutes les liturgies occidentales, et qu'il ne faudrait pas être surpris que saint Hilaire en fut l'auteur; mieux que cela, c'est la messe de saint Pierre et de saint Clément un peu retouchée5! En quoi, dit Lebrun, le P. Honoré a montré qu'il ignore la première règle de la critique, qui est de ne parler que des choses dont on aune connaissance distincte. Toute cette dissertation n'est qu'un long paradoxe et comme une gageure contre les règles historiques les plus élémentaires. En effet, encore que l'histoire des rites ne soit qu'imparfaitement connue, nous pouvons cependant aujourd'hui suivre l'évolution liturgique depuis l'origine et assigner à un document sa place, au moins approximativement.

Le caractère de la liturgie des premiers siècles est la simplicité dans les rites et les formules et, si l'on peut dire, la logique qui préside dans les uns et dans les autres, et fait qu'ils se correspondent et s'enchaînent selon des lois très simples et très naturelles, et conformément aux conditions des temps et des lieux. Tout au contraire avec la messe d' Ulyricus nous retombons à une époque où la complication et le symbolisme à outrance avec la prolixité semblent devenir l'élément des liturgistes, à l'époque qui a vu naître les Libellas prccum, de Fleury, le Book of Cerne, les livres de Charles le Chauve, de Bède, d'Alcuin et même un certain nombre de messes assez semblables à celles d' Ulyricus, c'est-à-dire, le viir3, le ixe et le xe siècle 6. C'est bien de cette époque que procède notre messe; elle porte tous les caractères de son temps. On nous dispensera d'en faire longuement la preuve. La tentative du P. Honoré de Saint-Marie est restée sans échos elle n'a pas besoin aujourd'hui de réfutation. Nous nous contenterons de dire brièvement que sans parler de l'argument négatif, qui a bien quelque valeur dans la circonstance, c'est-à-dire de l'absence complète de témoignages sur cette messe, avant le ixe siècle, la présence du symbole, et dans ce symbole du Filioque,

' Sala semble croire qu'il est le premier à l'avoir signalé dans ses noies sur Bona. Bona-Sala, op. cit., 1. 1, p. 231. Le mot sacerdos qui l'arrête, ne saurait faire difficulté. Dans le latin du haut moyen âge, c'est le terme courant pour un évêque ou pontife. — 6 Bona, Fterum liturgicarum, t. m, p. 243, éd. Lyon, 1720. Elle a été reproduite dans l'édition Bona-Sala, t. m, appendices, p. xxxvi sq. — 6 Dom Hugues Ménard en a édité une pour son compte P. L., t. Lxxvm, col. 245 sq., dont il dit : patcl.... missam Tilianam Illyricianic esse quam simillimam, op. cit., p. 566. Bona édite un fragment d'une autre, op. cit., p. xxix. Martène, donne aussi quelques types qui tous appartiennent a la même famille, De antiquis Ecclcsiic ritibns, I. 1, c. iv, ordo V sq., 1788, p. 186.

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