I. \ ... xn ; A. I.iii critique, n /<i formation frai
FRANCE. — VI
notant la forme diminulive en euil proposa sarcophagulus, lequel n'aurait jamais pu fournir que sar/ail; en conséquence il fit de cercueil un diminutif du germanique sarc, allemand, actuel sarg, cercueil. Mais un nom de lieu résout le petit problème. Il existe dans le Calvados une localité nommée Cerqueux que les pouillés dénomment ecrlesia de sarcophagis; ainsi il est bien vrai que la langue a, de sarcophagus fait cerqueux, dont cercueil est un diminutif moderne. Dans ce mot, toutes les règles de notre phonétique sont observées. La finale phagus, étant sans accent, est tombée; la syllabe co, qui porte l'accent, est restée,
Il est curieux de suivre le parallélisme entre la langue des noms communs et celle des noms de lieux. De la déclinaison latine l'usage avait conservé, en un très petit nombre de mots, le génitif pluriel en orum : geste Francor, gent Paienor, genl Sarasinor, et quelque autres; de cela il nous reste leur, qui est illorum. Ce génitif est un débris de tradition conservé dans un recoin de la langue, en désaccord avec la métamorphose générale; car cette métamorphose, réduisant tout à deux cas, un sujet et un régime, excluait un génitif particulier. Ces génitifs en or existent dans quelques noms de lieux! Francorchamps, Francorum campus (Belgique, près de Spa) ; Courtisols, Curtis Ausorum (Marne) ; Villepreux, Villa peror au xne siècle, primitivement Villa pirorum; Francorville au xme siècle, aujourd'hui Franconville, Francorum villa (Seine-et- Oise).
Les noms de lieu ont quelquefois conservé des mots latins qui sont restés étrangers au français. Il y a dans l'Aude une localité qui se nommait Mansus sanctorum puellarum, et qui se nomme aujourd'hui le Mas- Saintes- Puelles. Puelle ne se trouve pas dans nos anciens textes, il est constamment remplacé par pucelle, qui vient d'un tout autre radical, se rattachant à puella tandis que l'autre se rattache à puer. Si l'on veut savoir ce que serait devenu compendium s'il était passé dans le lrançais, on l'apprend par Compiègne qui se disait Compendium.
> < La forme latine est l'habillement le plus ancien sous lequel se rencontrent les noms de lieu » dit Quicherat, et le fait est incontestable. On peut espérer, avec Gaston Paris, qu'un temps viendra où les études celtiques, plus avancées, nous permettront, sous cet habillement, de reconnaître le vrai nom primitif, mais actuellement il faut à coup sûr s'en tenir à la forme latine. On peut ajouter cependant que pour les noms d'origine germanique, il serait plus facile de retrouver la forme nationale, et il est douteux que, dans la bouche du peuple, ils aient jamais passé par la forme latine; on peut même le nier à coup sûr pour les noms importés par les Normands au Xe siècle, pour ceux-là c'est à la forme irlandaise, parfaitement déterminable, q Vil faut s'adresser. Les Romains s'efforcèrent, sans brutalité mais avec méthode, d'imposer leur civilisation aux Gaulois. Qu'il s'agit des coutumes de la vie, de l'inhumation ou de la langue, ils attirèrent à eux tout ce qui existait avant eux, l'accommodèrent à leur génie propre; eux-mêmes créèrent de nouvelles dénominations et, comme le latin resta encore en usage pendant liait siècles parmi les gens éclairés, ce qui avait été fait pour les noms trouvés avant lr conquête fut accompli pour les noms apportés par d'autres bar bares, soit sous le régime soit dans les premiers siècles qui suivirent la destruction du régime. 11 n'y eut d'exception que pour quelques pays frontières où la dépopulation avait été telle au ve siècle, que les étrangers qui vinrent s'y établir depuis ne purent ni recevoir la transmission d'une nomenclature territoriale, ni subir l'influence du latin pour la nomenclature qu'ils créèrent eux-mêmes. Tel fut le cas de la Flandre, de la Lorraine allemande, de l'Alsace, mais il semble que la
Bretagne bretonnante ne devrait être assimilée à ces contrées qu'avec certaines réserves, et, quant au pays basque, les peuples qui l'occupent encore sont-ils doncdès étrangers arrivés dans une région abandonnée par les Romains? Leurs noms de lieux ne se sont-ils pas plutôt transmis jusqu'à nous sans discontinuité depuis une époque antérieure à la conquête romaine? Un autre fait non moins important à constater, c'est que depuis le déclin du vie siècle, les formes latines deviennent moins pures pour beaucoup denoms de lieu des pays où dominait l'élément romain, et que, dès l'avènement des Carolingiens, il y a de ces noms qui ont cessé de prendre l'habillement latin pour adopter la mode romane. Tel est le premier degré de la métamorphose qui les rendra français. Le cas est rare assurément, il l'est moins au xe, moins rare encore au xie siècle, de sorte qu'après l'an 1100, ceux qui écrivent en latin ne savent plus rendre avec exactitude la nomenclature territoriale. Les dénominations d'un usage fréquent qu'ils ont eu l'occasion de rencontrer dans leurs lectures, ils les mettent dans leur forme pure. Ils se contentent de consigner les autres en français, ou bien ils les affublent d'une forme latine calquée visiblement sur la française, ou bien encore ils les traduisent par des équivalents, qui sont des jeux de mots. Ainsi le xi" siècle a vu se tarir la source où doit puiser le philologue qui veut avoir les noms de lieu dans leur forme primitive, ou tout au moins dans une forme aussi voisine que possible de la primitive.
Les lois applicables aux mots de !a langue usuelle le sont également aux noms de lieux. « 11 n'y a pas deux logiques dans la tête des peuples . ni deux phonétiques dans leur gosier. Cette règle demande toutefois une interprétation. Les noms de lieux paraissent avoir souvent subi des altérations plus violentes et plus arbitraires que les mots ordinaires; ce qui tient à l'impossibilité pour les gens qui s'en servaient, de se tromper sur l'identité du lieu qu'ils désignaient. On ne peut rejeter de prime abord, dans la nomenclature locale des dérivations qui seraient inadmissibles dans la lexicologie commune. Toutefois ce sont là des exceptions, en sorte qu'il reste permis de dire que » l'instinct qui a déterminé la déformation du latin dans les bouches gallo-romaines, a été le même pour les noms de lieu que pour les mots de la langue usuelle. Dans les deux cas s'est accompli le travail d'une prononciation qui eut pour principe d'éteindre la sonorité du plus grand nombre des syllabes, et de raccourcir les mots en portant tout l'effort de la voix sur la syllabe accentuée. Dans les deux cas aussi ont agi ces dispositions particulières de l'oreille et du gosier auxquelles est due la variété dialectique. 11 s'ensuit que des accidents pareils caractérisent les deux nomenclatures. »
A — Nous suivons ici l'ordre adopté par Quichcrat sous le titre d' Accidents généraux de la formation /rançaise.
1° Perte de la désinence grammaticale. — « Elle s'esl perdue totalement dans les vocables de la seconde déclinaison, masculin et neutre, employés au singulier. » Vicus, Vie (Aisne); Albiacus, Albiac (Lot); Dunum, Dun, (Cher); Gabianum, Gabian (Hérault). Cette règle, ainsi formulée, est trop absolue : A venelle (Avenlicumj, Dèvre (Doverum), Domèvre (Domnus Aper), Mesvre (Ma gaverum), Uriage ( Uiriaticum), etc., sans compter beaucoup de noms en ium et tous ceux en durum, nous offrent des exemples de la représentation de la désinence par un e muet; ici, comme dans la langue usuelle, cela dépend des consonnes qui précèdent.— «Elle a perdu seulement la finale dans les noms de la troisième déclinaison en o, onis, dont les dérives sont toujours formés sur l'un des cas oi.liques, probablement l'ablatif, one : Tarascone, Tarascon u s du -IIIu'iiu -i. ■ «Elle est devenue muette
I RANCE
dans les noms féminins du la première déclinaison : Vienna, Vienne; Geneoa, Genève; ainsi que dans les pluriels de la même déclinaison employés aux cas tes (accusatif et ablatif) d'une manière indéclinable : Arcas, Arques (Seine- Inférieure); Marcomitis, Marconites (Hérault); sauf quelques exceptions provenant de ce que la terminaison s'est tout à fait arrondie, de façon que le mot français est devenu masculin, lorsqu'il devrait être féminin par son origine : Rosarias, Rosiers (Haute-Loire) : Sulinis, Salins (Jura). Quant aux noms masculins de la seconde déclinaison employés de même au pluriel d'une mi indéclinable, ils ont pris tantôt la désinence muette, la désinence sourde, en conservant l's ou une consonne équivalente, comme signe de pluriel : Lambros, Lamlires (Nord); Tungris, Tongres (Belgique); Meltis (forme très abrégée du primitif Mediomalricis, laquelle se trouve dt jà dans Grégoire de Tours), Metz; Iiemis, Reims; Meldis, Meaux. »
2° Mutation des voyelles - On pourrait introduire sous ce titre l'histoire entière du vi calisme de la l.'ngue française. 11 y a des voyelles fortes ou toniques qui ont été remplacées par d'autres, notamment u par è, e par l, o par e et par u et réciproquement : Para, la Fére (Aisne); Dea, Die (Basses-Alpes); Fiscus, l->sc (Hérault;; Massa, Alosse (Côte-d'Or); Vindonissa, Ven- (Sadne-et-Loire). — La voyelle o a pu se substituer à la diphtongue au: Gaunissa, Gonesse (Seine-et-Oise). — Les diphtongues ai, eu, oi (ayant eu à l'origine la valeur de ei), on. qui n'existent pas en latin se sont mises à la place; Ai de a : lnteranum. Entrains (Nièvre); Eu de o, Forus, Leurs (Loire); a, de e : Ambacia, Amboise (Indre-et-Loire) Blesis, Blois i ' ber); Muscella, Mot'sselle
(Seine-et-Oise); Ou de o et de u : Tolosa, Toulouse (Haut •■-Garonne); Tulfum, Toizl (Meurthe-et-Moselle).
3° Suppression ou syncope de voyelles. — Les voyelles faibles par leur induré, ou que la prononciation avait rendues telles, ont entièrement disparu : Aurelianis, Or-léans (Loiret); Cori 'b-ie (Somme); Dionanlum, Di-nant (Belgique); Suessionis, lis (Aisne); Virodunum, Ver-dun (Meuse); besua, Bez-e (Côte-d'Or). Il faut cependant distinguer le cas d'hiatus; il y a lieu aussi de séparer les voyelles qui suivent la tonique de celles qui la précèdent ' :
4* Addition intériew telles. — Ce
qu'on appelle aussi < diphtongaison i. Fréquente pour la voyelle i qui s'est introduite comme signe d'une mouillure qui a affecté la prononciation de la voyelle primitive : Deppa, Dieppe (Seine Inférieure); Doza, Dieuze (Meurthe); ou pour adoucir la rencontre Pitueris, Pitoeris, Pithiviers
(Loiret;.
Mutation dt . - - Vaste sujet qu'on ne
lin- résumer brièvement ; aj onnes
douées ou dînes ont été remplacées par d'autres de
on ( Yonne) : Vermeria,
• us dures si roui remplace. Liculations douces qui leur correspondent, ou ment Biterris, monum, Barpemont (Var); — c)
d'une voyelle met en pi ■ . con-
ne le changement de l'une des deux ; Agalha, Ag-t/e (Hérault). d / Deux consoni valeur différente, qui se suivaient, sont modifli
l'attraction : Pentus, Peu rcum,
d'Or). ■ éteintes par la prononciation, ont été remplaci i d'autre, consonnes n'ayant qu'une valent phiqt irnum, Nevers, au lieu de Ni
Trevurtium, Trévoux (Ain), au lieu de Trévoui
tisonne finale «pu produisait un son sourd a été remplacée par une consonne a terminaison
Lemausus, Limours (Seine-et-Oise) ; Namucum, Namur
(Belgique).
C Déplacement ou mélathese de consonnes. — Une consonne (ordinairement une liquide) passe devant ou derrière une voyelle que primitivement elle suivait ou pn i rvenlum, Drevent (Cher); Durcaptum,
Drucat (Somme); Nidal/a, Nauphle (Seine-et-Oise), Nanties (Eure), Niautle (Sarthe).
7° Contrai i le qu'on nomme plus générale-
nu ni - vocalisation »; c'est l'accident par suite duquel une liquide, placée immédiatement devant une liquide semblable ou une autre consonne, s'est écrasée de façon a transformer en diphtongue la voyelle qui suit : Calsum, Causse (Lot : i; Mel-
lentum, Meulan (Seine-et-Oise): Cohlriciolus, Coudreci'eux (San .
8° Fusion d'une consonne et d'une voyelle en une seule articulation. — Lorsque l'e ou \'i, suivis d'une autre voyelle, a ou o, s'assemblaient avec une consonne labiali lie, d'où la nasale gn (orthogramssi ion ou nli I : Cavanic nac, Cavalerie, Cavan/iac (Lot); Dinia, I ligne ; ou l'articulation représentée par ge cl par / : Andiacum, Anj/eac (Charente); Podiolum, Pou/ol (Hérault); iJivionc, Di/OH (Côte-d'Or).
9° Su)>pression syncope d'une consonne. - - Phénomène fréquent, auquel sont sujettes surtout les dentales d et t, puis les labiales b et u, puis le c et le </ aussi bien lorsqu'ils sont durs que lorsqu'ils sont doux, puis la liquide n, enlin la sifflante s : Lodcna, Lu-ynes (Bouches-du-Rhône); Calalaunis, Châ-lons, autrefois Cha-alons; Latona, Losne (Côte-d'Or) et où l'addition de l's est le signe orthographique de la contraction des deux voyelles. La consonne syncopée ne se trouve pas toujours ni nécessairement entre deux voyelles; elle peut se trouver à côté d'une autre consonne : Luthra, Lu-re; Sundris, Cer-res (Aube); Silvanectis devenue Senelectis par métathèse, après la syncope du v, Senlis (Oise).
Il y aurait lieu d'introduire une distinction entre Ici deux grandes régions linguistiques de la France, sans parli i des divisions secondaires. Les muettes qui se
ni dans l'intérieur du mot ne sont p de même au nord et au midi; le d par exemple se syncope toujours dans les pays de langue d'uil, au lieu qu'il persiste dans ceux de langue d'oc. Ainsi l.audon n (Gard), Cadcrousse de Cadarosca (Vaul, Caderot de Cadaroscus (Bouches-du Rhône) ne seraient pas possibles au nord, tandis qu'au sud. des formes telles que Caen de Cadomum, Roui magus, Chaourse de Cadusia (Aisne et Aube) seraient au moins rares: le d devant l'i pourr. nir ;
dans les pays français ( Vidiliacus, Yczclay), e changement n'aura lieu devant l'a que dam les pays provençaux (Madalicee, Mazauges). Il en est de même dans l'ordre de faits qui se rattachent aux mutai mus .u- consonnes, du changement de c en ch devant l'a. En dépouillant i oyons
venir ch dans les dépa uivants : Aisne,
Allier, Aube, Charente, ' Eure-et-Loir, Hauti .lura,
Oise. Orne, Sei c, Yonne,
que le i . Lot, Loi . Vauclu
outre, quelq
au nord du pn
us JaltrbUl nillir,
Lelpzl
FRANCE
nord même les départements où on a parlé picard offrent soit ce mélange l, soit la prédominance du c, qui est ordinaire dans les départements normands. Ces faits appartiennent sans doute à la phonétique générale, mais leur constatation dans la nomenclature topographique n'est pas superflue.
10° Syncope d'une consonne avec la voyelle qui la précède ou qui la suit. — Réduction plus violente et non moins fréquente que celle d'une consonne seule : Cabillone, Cha-lon; Matiscone, Mâ-con (écrit autre fois Ma-scon); Iliscoana, E-scouen (Scine-et-Oise). Le phénomène, par l'analyse, se décompose en deux : 1° suppression d'une voyelle atone; 2° par là, mise en présence de deux consonnes dont l'une disparaît ; ainsi Massa va devient d'abord Ma's'va, puis Mèves (Nièvre). Ou l<ien c'est l'inverse : 1' suppression d'une consonne médiane; 2° par là, mise en présence de deux voyelles dont l'une disparait ou se fond avec l'autre; Iliscoana, Itscoana, Escouen, Ecouen. Dans un nom comme Mediolanum où la consonne sujette à syncope était suivie de deux voyelles, il y a eu, suivant la dilîérence des prononciations locales, transposition de l'une des voyelles et perte de l'autre. De là les dérivés : Mey-lan (Lot-et-Garonne); Meu-lain (olim Méo-lain) (Saôneet-Loire); Moé-lain (Haute-Marne); Mo-lain (Jura); Mâ-lin (Côte-d'Or). Même Meil-lant (Cher), et Meilhan (Landes) peuvent passer pour des formes dérivées où 11 y a eu non pas syncope, mais attraction de la dentale après la transposition de l'i et la perte de l'o.
11° Syncope de deux consonnes el d'au moins une voyelle. — « Cet accident n'a lieu que sur des formes latines extrêmement anciennes, à côté desquelles existent presque toujours d'autres formes déjà syncopées. Medenanta, Mcdanta, M-antes (Seine-et-Oise) : Vicavedona, Vividona, Viv-onne (Vienne) ; Andesagina, Ans-ainne (Seine- Inférieure); Cucubarrum, Cou-ard (Saône-et-Loire); Viducassis, Vi-eux (Calvados). Le nom de la ville de Mende s'est formé d'après la même loi, sur l'adjectif Mimatensis (urbs) qui donne à conjecturer les intermédiaires Mi-ende. Mé-ende. Mais le substantif Mimate, qui est resté appliqué à la montagne qui domine la ville, lou mont Mimai, n'a pas subi de syncope. » Ceci est sujet à contestation La transformation de Mimatensis. Mé-enze, Mé-ende, suppose une syncope, tout à fait insolite, de Y m; en outre on n'a pas d'exemple, de pareille transformation de la terminaison ensi's : dans Mimate l'accentuation était sans doute hésitante; les uns la mettaient sur l'i, d'où Mimate, Mim'le, Mende; les autres sur 'l'a, d'où le nom du mont Mimât près de la ville. Le même fait se présente pour Gondole (Condat, Condé) et tantôt Condôle (Condes, Candes).
12° Apocope. — Suppression opérée à la fin du mot, indépendamment de l'accident qui a emporté la désinence grammaticale : Ver-num, Ver (Eure-et-Loir); Vap-incum, Gap; et celle-ci que Gaston Paris déclare « d'une violence bien extraordinaire » Novi-ento, Noui (Indre-et-Loire).
13° Aphérèse. — « C'est la suppression d'une syllabe au commencement d'un nom Le cas le plus fréquent est celui des noms dont la première syllabe est un a : Abolena, Bollène (Vaucluse); Afriacus, Friac (Lot); Aiarnacum, Jarnac (Charente); Alanlhione, Lançon (Bouches-du-Rhône); Astenidum, Stenay (Meuse); Athenaeum, Thenac (Dordogne). — La première syllabe composée d'un i a subi aussi le même accident : Igeracus, Girac (Lot). — Exemples d'aphérèses sur des syllabes composées de voyelles et de consonnes : Albarnone, Banon (Basses-Alpes); Bigargium, Garges (Seine-et-Oise) ; Lovolautrum, Volorre (Puy-de-Dôme) ; Octasiacum, Thoisy (Côte-d'Or); Nirbanium, Bayne, (dépendance de la Celle-Saint-Cloud) (Seine-et-Oise). — L'aphérèse de a, syllabe initiale, s'explique par
l'idée qu'on a pu concevoir que cette voyelle représentait la préposition à et par conséquent une-construction grammaticale inutile pour le nom employé comme sujet ou comme régime direct. Al dans Albarnone aura été pris de même pour la préposition combinée avec l'article; et lo dans Lovolautrum pour l'article seul. L'aphérèse n'est qu'apparente dans Cenomannis, le Mans ; Diolindum, le Linde(Dordogne). L'article qui précède ces noms n'est pas autre chose qu'une transformation des syllabes supprimées. On en a la preuve pour Cenomannis en se reportant à la forme barbare Cilmanis qu'on trouve parmi les souscriptions du concile d'Attigny, en 765. Cilmannis francisé a été pris pour un substantif Mans, précédé du pronom indicatif cil. ce, et l'article a été substitué au pronom. Par conjecture, il est permis d'admettre l'assimilation de dio dans Diolindum avec lo, qui sera devenu plus tard la, par changement du genre. »
1 1° Epenlhèse ou addition intérieure de consonnes. — Elle est tantôt phonétique, et alors elle se réduit à deux cas (nasalisation, — insertion d'une muette entre deux liquides), tantôt purement orthographique, et alors elle est aussi arbitraire que fâcheuse. L'cpenthèse a lieu souvent par un vice de prononciation : Asa, Anse (Rhône); Iculisma, Angoulême (Charente); Igoranda, Ingrande (Vienne); ou bien pour adoucir la rencontre de deux consonnes, mises en présence par la syncope d'une voyelle : Veneris, Vendres (Hérault); Venula, Voinsle (Seine-et-Marne); ou par une fantaisie orthographique qui n'affecte pas la prononciation : Alonum. Allamps (Meurthe); Candostrum, Champdôtre (Saône-et-Loire). A la fin des mots on a vu s'accrocher une lettre parasite qui est une sorte de monstre, Chelles, Sarcelles, Villaines, prennent, on ne sait pourquoi l's du pluriel; Tournay, Épinay, Fontenay, s'agrémentent d'un y final sans aucune raison; ou bien Barrum ne se contente pas de Bar mais veut un d; Fiscanum non content d'être Fécan devient Fécamp; Marca, s'enrichit d'un q inexplicable sous la forme de Marcq[-en-Barceul](Nord); Vertilium, est nanti d'un t, Vertanlt.
15° Proslhèse. — C'est l'addition l'une lettre ou d'une syllabe au commencement du nom, soit de l'e devant l's suivi d'une muette, soit d'une consonne, provenant de diverses erreurs. Scoralia, Escorailles (Cantal) ; Spondalianum, Espondeillan (Hérault) ; Scatront-, JSchevronne (Côte-d'Or); Spissia, Epoisses (Côte-d'Or); Stampae, Etampes (Seine-et-Oise). D'autres fois c'est la combinaison avec une particule devenue fixe : Insula, Lille (Nord) ou Lisle (Meuse); Stirpis, Lesterps (Charente); Eremus, Lerm (Lot-et- Garonne). Ou bien encore ad Slaliacum devenu Staliacus fera Astaillac (Corrèze); ad Aquas devenu Aquas fera Dax (Landes); la (villa) de Heriis devenue Heriis, fera £>eheries (Nord).
16° Diérèse. — « Accident qui d'un seul mot en a fait deux parce qu'on s'est mépris sur le sens du dérivé français » : Alpicum, le Pec (Seine-et-Oise); Dagninus, d'Agny (Saint- Vincent-d'Agny) (Rhône): Laurelum, lou Rouet, ancien faubourg de Marseille; Tricastinis, déterminatif ethnique de l'ancienne ville épiscopale de Saint-Paul (Drôme) travesti en Trois-Châteaux. Cet accident est tout à fait rare, et c'est à peine s'il a besoin d'une détermination propre.
17° Agglutination. — C'est la réunion en un seul de deux noms distincts, par exemple Fanum Martis, Famars (Nord), Forum Julii, Fréjus (Vax); Cati canlus, Cachan (Seine).
18° Altération de syllabes par homophonie. ■ — Syl-
1 On voit quelquefois l'hésitation se produire sur un même nom, comme pour Carisiacum (Aisne), qui a donné Cherizy et Quierzy.
ri: v \i.i
labcs ayant le même son, mais s'écrivant de même, mises dans l'écriture Tune pour l'autre : Acmantus, Esmans (Seine-et-Marne); Drcwernum, ' (Selne-
et-Olse); Juliobona, Liltebonne (Seine- Inférieure); lia, Mouchard (Jura); Anacum, Aunay en Bazois (Nièvre); Reiteste, Réthel (Ardennes); Fticnnorus, Arqueneu/ (Yonne), qui a été successivement Requcneuf, Requegneux, puis par la prosthèse de la proposition à. A Requegneux, Arquegncux, et eniin Arqueneuf.
li. — Nous passons au développement dis principes condensés plus haut et à l'étudi dents parti-
culiers de la désinence.
L'étude des familles de désinences est essentielle dans leurs syncopes et transformations. « L'accent tonique ayant toujours eu sa place vers la fin des mots, la voix a opéré avec plus de décision sur cette parlie que sur les autres; de sorte que toutes les fois que les mêmes éléments se sont rencontrés a la désinence, ces éléments ont été réduits d'une manière uniforme, suivant les habituel.
I" Désinence féminine ia. - Elle a fléchi de plusieurs manières : a i syncope de l'i : Alisia, Alise (Côte-d'Or); Carcrisia, Chacrise (Aisne); Valentia, Valence (Drôme): Cadusia, Chaourse (Aisne) et Chaource (Aube) par l'introduction d'un r euphonique devant la sifflante: b) déplacement et transport de l'i dans la syllabe ou est l'accent : Muceriic, MaziOres, Meziéres, (très répandu); Vadecia, Vausse (Lot); c) réduction de l'i en dipl n a disparu : Axia, A ixe (Haute-
Vienne); Sarmatia, Sarmaisc, Sermaize, Sermoise; \isnc): d) extinction de la voyelle accentui e 'lu lai m : Dei etia, l lecize | Nièvre) (autrefois Dtceizc) ; e ) la pi consonnes /, n, /> devant la
ace a amené ordinairement une mouillure qui est diversement figurée datu le thème français : Botkalia, Boujeaiifcs ou, plus correctement, Lioujaii/e (Doubs); Massilia, Marsei/ie; Gasnapia, la Garnar/ie (Yen.. tlonite, dans le .Maine, a fait Coulfu'nes
et Quelaine.» par le déplacement de l'i : ce qui est que la mouillure n'a pas eu lieu: \) lorsque par exception l'i de i'ia a reçu l'accent, il n'y a eu de changement que l'extinction de la finale : Vertncria. Ver-
2" Désinence neutre ium. — Le français n'ayant pas de genre neutre a transforme généralement en masculins les mots de la langue commune, qui étaient neutres en latin. Il n'en est pas ainsi des noms de lieu en ium. Il y a eu un partage, dont la r .paraît
par suite duquel certains noms sont devenus masculins, d'autres féminins. Pour parler pluexactement, car dit très justement Quichcrat, le genre d'un nom de lieu est toujours douteux en français, > que les noms dont il : pris la désinence
que non . appelons rime masculine, et tantôt celle qui constitue la rime féminine.
3° Désinence m Les noms ainsi ter
minés sont moins nombreux que les féminins et les neutres, ils perdent toute désinence : Cadugius, (Yonne); Parisius, Taris; Grussias, Greux (Indre .1 Loire).
•1" Désinences icus, n porté avant elle, a fait qu'elle s'est réduite en une s\ Ilabe muette où le c dur a été adouci en die 01 Abenticum. Avenche (Si
' i consont ans un
certain nombre de di amarica, la Camargue
(Biuches-du-Rhdne). La présence de la liquide /
devant icus, a, um a amène, une conl Vrbati-
licus pagus, le pays d'il
Mazauges (1 Dans
i prononciation a pu être assez rapldi que i -ut tout :i fut p
ticum Dromvent (Saône-et-Loire). Si, au contraire. l'i de la désinence icus, a, uni avait été accentué, on le retrouverait dans les iricum, Laut rec
(Tarn); Marticum, Marti gués (Bouches-du-Rhoiu): Fabrica prononce de cette façon a donné Fabrèaues (A\eyron, Hérault), Fabrloue (Var), Fabrie et Fabries (Aveyron), Faurie (Hautes-Alpes, Isère, Puyde-Dôme).
5° Désinences anicus, enicus, onicus. — Ce n'est qu'une variété du cas i xamine à part
parce qu'elle a amené dans la bouche des méridionaux une transformation qui étonne au premier abord, tant elle semble arbitraire : n est devenu r et r est devenu y sans doute du xi° au xn' siècle, /icrfaianirus.Bissarguei -Alpes); Mairanicir, Meyraraues (Var); Agusanicis, Gmargues (Hérault). « Cette mutation qu'elle paraisse, écrit Quicheral. n'ei moins
une des lois fondamentales de la formation du français. Toutes les fois que le c ou g dur, soulevés en quelque sorte par l'accent qui les pn sont rencontres
avec la finale ne, ils l'ont changée en re, diai diac'ne, puis diacre et dans la nomenclature des noms de lieu Carnotis, Carn'tes, Charn'tes, par métathèse Chart'nes, et enfm Chartres; Lingonis, Lang'nes, Langres. « G. Paris fait observer a ce propos une confusion : dioconus— diacre n'est pas la même chose que Mairanicœ ■= Magrargues ; dans le premier cas l'fl qui se change en r suit le r. tandis que dans le second elle le précède; et c'est le premier eus seul qui se rencontre en français; le second, dans les noms communs, dans les noms de lieu et est tout à fait propn langue d'oc.
6° Désinence iacum et ses équivalents iaea, iacu — « 11 n'y en a pas de plus fréquents car elle affecte peut-être un vingtième des noms les plus anciens. Elle représente un suffixe celtique qui a servi pour la composition au moins jusqu'au vn* siècle de notre ère, de sorte que ce suffixe a donné naissance aune infinité de produits hybrides par son union avec des radicaux latins et plus tard avec des noms germaniques. Des témoignages historiques très anciens attestent le mode de combinaison auquel il s'est prête. Dans la légende de saint Domitien il est dit qu'un homme riche, propriétaire d'un domaine appelé Culaunia d'où sortait la fontaine Calnnna, voulut que le domaine et la source prissent son nom et comme il s'appelait I.utinus, la source devint Fonslulinus et le domaine Latiniacus, Lagnen (Ain). Viriziacum, Ycrzy, bourgade t l'ancienne des environs de Reims, devait son nom à son fondateur, au dire de l'auteur de la vie de saint Basile. Un saint Lucain fut mis à mort, en 409, par les Alains et les Suèves, dont il suivait la grande armée. I qui fut témoin de ce martj rc était en Beauce. 11 porta depuis lors le nom de Lucaniacum, Loigny (Eure-et- Loir). Répandue dans toute l'étendu, de la Gaule, soumise par conséquent a '
tuation et de prononciation, la désinence iacum a fléchi de beaucoup de façons différent!
A i Dans le midi, —a) L'ai porté sur ac, qui
est devenu la finale du thème moderne; Ali Alloue i Lot i; Call ;-irum. Cal viac i I
b) \ rdu dans une mouillure,
désinence latine était précédée d'un ( ou d'un n : Casiliacum, iureliacum, AurcinVe
i;Auri//ac (Cantal).
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FRANCE. — VI
rentes et de la Creuse, mais même dans la Vienne (Barnesac, Dissac, Loubressac, Moussac, Torsac), dans l'Indre (Lignac, Prissac), et jusque dans le Maine-et- Loire (Brissac, autrefois Brechessac, Bracaseacum). li y en a même en deçà de la Loire, dans toute l'étendue de la Bretagne; mais c'est par le fait des Bretons, et non par une influence quelconque de la prononciation méridionale que ceux-ci nous ont été conservés : Musuliacum, MuziMac (Morbihan) ; Prisperiaca, Pipn'ac (Ille-et-Vilaine); Avesiacum, Avessac (Loire- Inférieure).
B) Les anciens pays de Guyenne, Auvergne, Lyonnais, Bresse et Comté nous offrent des noms terminés par as, al, a, qui se prononcent tous également â.
C) Dans le voisinage de la langue méridionale, la désinence ac du nom francisé a fléchi soit en ec, soit en ex : Ruffiucum, Ruffec (Charente et Indre) : Flaviacam, Fleix (Vienne).
D) E, ey, ay, eu, eux sont des teririn: isons dérivées des précédentes par l'extinction de la consonne finale. Les noms en ê sont propres à la région occidentale, quoiqu'on en trouve quelques-uns qui s'avancent jusqu'à la Saône et à la Meuse. Les eu ou ay sont communs aux régions de l'ouest. Les eux, eu, ne se trouvent qu'au sud-est, dans les pays de l'ancienne domination bourguignonne.
E) L'accent de iaeum, porté sur ;', a produit les noms terminés en i ou y qui dominent dans la partie centrale et au nord de l'ancienne Celtique : Gaudiacus, Jouy (Eure-et-Loir, Loiret, Seine-et-Marne, Seineet-Oise, etc.); Rolegiacum, Rouy (Nièvre); Liberiacum, Livry (Calvados). Dans le Poitou on a remarqué que des noms comme Chauvigny, Sérigmj, Milly, s'orthographiaient avant le xW siècle Chauvigné, Serigné, Mille: ce changement aura été amené par l'influence de Paris.
F) Des noms germaniques se sont combinés avec les suffixes iacus, a, um, par exemple : Baudiliacus, Bouilly (Yonne); 7 heodalciaga, Thezey (Meurthe) Ceux de ces composés qui affectent le féminin se présentent souvent comme indéclinables, et il en est résulté la désinence ies; Sassigniacas, corruption de Saxoniacas, S .ssegnies (Nord). Par contre Landreri'es Orberchies, Wergm'es (Nord) n'apparaissent dans les textes anciens que sous la forme : Landericiacum, Albericiacuiv, Wariniacum, textes du xne siècle, tandis que ceux du vmc ou du ixe devaient porter certainement : Landericiacas, Albericiacas, Wariniacas.
t II y a deux sortes d'exceptions aux règles qui viennent d'être énoncées. Les unes ne sont qu'apparentes; elles proviennent d'une mauvaise orthographe qui a été anciennement adoptée pour rendre le son produit par la flexion du latin. Exemples : Irais et Aubiers (Deux-Sèvres); Mont-Louis (Indre-et-Loire); Hurt'el (Allier): Boyer (Saône-et-Loire); Goix (Yonne), etc. répondant aux types Hytlriacum et Albiacum, Mons-Laudiacus, Uriacum, Gaudiacum, fioiacum. Ils devraient être écrits par conséquent : Iray, Aubié, Mont-Louy, Hurié, Boyé, Gonay. — L'autre groupe d exceptions provient de ce que le c final est tombé en même temps que la désinence grammaticale: cas assez rare, qui s'explique par une prononciation on l'accent était porte sur l'avantdernière syllabe du nom latin. Ainsi Gcuriaium, Panbeciacum, Dommariacus, Scubiliacus, Engoniacus, Palerniacum, ont fait Gueurres (Seine- Inférieure), Pcmbé (Loire-Inférieure), Demare (Rhône), Angoin (Saôneet-Loire), la Souille (Yonne), Payerne (Suisse), comme si la forme latine avait été Gauria, Pembccus, Dommaria, Eugonium, Hcubilia, Paternia ou Paterna.
t Par une apocope de ce genre Moguntiacum est devenu Mogunlia, qui est presque la seule forme qu'on trouve dans les textes latins à partir du vin* siècle et
c'est sur Mogunlia que se sont formés les noms français et allemands Mayence et Mainz.
« Les accidents ds la désinence n'excluant pas ceux de l'intérieur des mots, il s'ensuit qu'un même type qui a été commun à toute la Gaule, a pu fournir un nombre infini de dérivés différents. Prenons un exemple. Le nom Coliacum ou Cauliacum dans la composition duquel entre un radical celtique analogue pour la forme et pour le sens, au mot breton coat, bois, forêt, a fourni :
Coisia (Jura), Cuisia (Jura), Cuisiat (Ain).
Cussac (Aveyron, Cantal, Corrèze, Dordogne, Gironde, Haute-Loire, Haute-Vienne), Cuxac (Aude), Cazac(Lot).
Cuzieu (Loire), Cuzieux (Ain).
Cuissay (Orne), Cussay (Indre-et-Loire, Eure-et- Loir), Cussey (Côte-d'Or, Doubs), Cusey (Haute- Marne), Cusset (Allier), Cossé (Maine-et-Loire, Mayenne, Orne).
Cuissy (Yonne, Aisne), Cuisy (Seine-et-Marne, Aisne Meuse), Coisy (Somme), Cussy (Saône-et-Loire, Nièvre, Yonne, Calvados), Cusy( Yonne), Cuzy (Saôneet-Loire).
Choisy (Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Oise), Choisies (du type Cotiacas) (Nord).
Choisey (Jura), Chouzey (Loir-et-Cher).
Chouzé (Indre-et-Loire).
« Comme dernière remarque sur la désinence iacum, depuis le xue siècle, elle a été le plus souvent changée en aium ou eium dans le latin à l'usage des clercs de la langue d'oil : Vitraium, Ivreium, Vitray, Ivry. Mais alors le latin n'est plus qu'un calque du thème français. »
7° Désinences acus, aca, acum. — Elle a été produite par un radical celtique différent de celui qui ligure dans iacum. Les équivalents français de acum sont ac, al, as, a, ay, ey, e.
8" Désinences ate, atis, atus, et leurs équivalents atus, etus, itus, adus, edus, idus. — Attachées à des noms d'origine gauloise, elles ont engendré des terminaisons françaises en as et at (prononcées à) dans les pays de langue d'oc; en ay, ey,oy (prononcées ey), et, etz et er (sourdes), é, dans la langue d'oil. Par une très rare exception la désinence Brivate, Briourfe (Haute-Loire), a gardé en français tous les éléments qu'elle a en latin.
9" Désinence etum. — Par ses corruptions etus, itus, edus, idus, et par la forme de ses dérivés, on peut la rattacher à la famille précédente, mais elle est purement latine : elle appartient à des compjsés qui désignent les plantations d'une même espèce d'arbres : Alnelum, Alnidun., Alnidus, Aulnar, Aulnay, Aunay Aulnois, Aulnoy (tous noms très nombreux) et, avec la prosthèse de l'article : Launai, Launay, Launoy, Lannoy
Custanelum, Caslanedum, Caslanidum, Caslanef (dans le midi), Chatene/ (dans l'ouest), Chatenay (centre et nord), Chatenoy (Saône-et-Loire, Loiret).
Coryletum, Colrylum, Colridum, Colridus, Coudra/, Coudrai/, Coudroy (centre), Coudrof (Eure-et-Loir), Cauroy (Ardennes, Marne, Somme), Cauroir (Nord).
Salicetum. Salcidum, Saulce/, Sauze(, Saulze/, Saulzaï's, Saussay, Saussey, Saussoy, Saulcoi's, Saulcho/s, Saulzotr (respectivement dans l'Allier; — Drôme, Gard, Lot; ■ — Puy-de-Dôme; — Cher; — France centrale; — Côte-d'Or, Manche; — Seine-et-Marne; — Jura; — Somme, Nord; — Nord).
Ces dérivés et leurs analogues ont pris assez souvent le genre féminin, la Saussaye, V Aulnaye, la Pomeraye, la Pomarède, ce qu'il faut attribuer sans doute à ce que le primitif latin était neutre et que les noms neutres, ainsi qu'on l'a remarqué précédemment, sont devenus tantôt masculins, tantôt féminins.
10° Désinences avas, avum, et par syncope aus, aum.