II. Leclf.rcq
FRÉRET (Nicolas). Fréret né à Paris le 15 février 1CSS, y est mort le S mars 17 19. Il n'eut guère d'enfance puisque dès l'âge de seize ans il faisait sa distraction des écrits de Scaliger, Dodwell, Usher et autres savants aussi rébarbatifs. A dix-neuf ans, il était l'auteur de dissertations crudités sur les cultes de Bacchus, de Cérès. de Cybèle et d'Apollon. Après uvoir traverse la barreau par obéissance à l'égard des volontés paternelles, il revint avec une passion accrue aux études historiques, dédaignant les contr: rietes quotidiennes et trempant son caractère dans la contradiction. Les livres devinrent sa seule compagnie et son cabinet fut pour lui l'univers. L'amitié du comte de Boulainvilliers l'encourageait à dédaigner les tracasseries domestiques et les délassements frivoles. Le 23 mars 171 I. a l'âge de vingt-six ans. il fut reçu a l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, non en qualité de membre, mais à titre dVliot et si ce litre était convenable à son âge, a-t-on pu dire, il était injurieux pour son érudition. Son début fut un coup de maître. Dans un discours sur l'origine d s Français prononcé en séance publique, Fréret essaya de prouver : l°que les Francs étaient une nation ou plutôt une ligue de différents peuples de la Germanie; 2* que ces mêmes Francs servaient dans les troupes romaines et que leurs rois ou chefs vivaient dans une sorte de vassalité à l'égard des empereurs *. Aujourd'hui encore la solidité de ce travail, I dance et la qualité de l'érudition qui s'y déploie fait de cet écrit un des plus graves qui existent sur les origines de notre histoire nationale. Fréret trouva un ail solu, l'abbé de Vcrtot, qui, non con-
tent de répandre sa proie insipide, s'avisa de faire taire l'écrivain dont il ne partageait pas les vues; il s'agita tant et s'adressa si haut que Frérel fui eu criminel d'E . la Bastille. «Un a peine
aujourd'hui a se rendre compte des motifs qui purent produit idil Raoul-Roc
sanl de Louis X IV, a la V( .ll<- de la Régem
lion, ainsi que I' i ver Ad. Yuitry,
commençait a devenir politique > Bientôt en effet, avec
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le comte de Boulainvilliers. l'abbé Dubos, Montesquieu et l'abbé de Mably, le débat s'agrandit, se passionne et prend un caractère nouveau. 11 ne s'ag t plus uniquement de la recherche scientifique d'une vérité historique ; dans la querelle entre les Gaulois et les Francs, on voit apparaître la diversité de sentiments et d'intérêts, d'appréciation du présent et d'aspiration \ers l'avenir qui commençait a éclater, au sein de la nation, entre la m le tiers-état '.«.Fréret avait
montre une direction féconde, mais il ne s'y engagea pas après ce premier pas. La Bastille lui prouva qu'on ne pouvait contredire impunément les pouvoirs qui usent de la prison comme procédé d'argumentation. Désormais I la le silence sur des matières on son talent l'eût peut-être conduit résultats considérables, et c'est ainsi qu'il cesse d'appartenir à nos études pour relever exclusivement des études d'antiquité classique et orientale.