‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 3)Chapitre 365 sur 423 · VIII. Fssai de classement · texte numérisé non relu

VIII. Fssai de classement

I. Technique. — - Nous ne connaissons qu'une partie, coi i vrai dire, des catacombes de Rome, mais l'état de dégradation où elles furent laissées, puis l'abandon et l'oubli, enfin l'indiscrétion et la maladresse des fouilleurs et des archéologues amateurs, jusqu'au milieu du xix" siècle, ont fait subir d'irréparables perles à un ensemble décoratif qu'il est permis d'imaginer, mais qu'il est impossible d'évaluer. Après le travail matériel d'excavation, d'aménagement la vente des tombes, toute la partie administrative qu'on entrevoit (voir Fossoyeurs), il y eul une partie artistique, un effort de décoration, qu'on fait plus que soupçonner, qu'on possède sur certains points de façon assez complète pour en parler avec précision Le travail matériel i-xipi- par cette décoration imposait de longs et difficiles travaux et requérait la présence d'un personnel expérimenté La décoration n'affectait pas une cal acombe depuis le vestibule d'entrée jusqu'aux [dus extrêmes ramifications; elle ne faisait pas l'objet d'une entreprise comme serait le plafonnage et le badigi onnage d'un local quelconque.

ambulacres et les cubicules une fois creuses dans la pouzzolane ou dans le tuf pouvaient attendre indétiment la décoration. Celle-ci dépendait généralcmnt de deux circonstances, la richesse ou la sainteté du défunt, S'il liait riche, la famille voulail lui faire l'honneur d'une tombe décorée, facile a reconnaître et la vanité humaine n'y était sans clou i s'il était martyr, la piété des fidèles ou l'admiration

distinguaient cette tombe sainte par d< nements. Il y eut des exemples, en petit n

introduits dans les catacombes, mai

e facile vu les dimensions et le poids.

■ •iniiie a la tombe de saint que en briques, mal tioin fera la d. i i [ue.

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FRESQUES

chaux et de pouzzolane et deux couches de chaux et de ituc marmorin l. Vitruve exige, outre un premier badigeon grossier, trois couches de chaux et pouzzolane et trois autres couches de ciment marmorin -. Aucune de ces six couches ne doit être appliquée sur la précédente alors que celle-ci commence à sécher et les trois dernières couches doivent être étendues de manière à ce qu'elles se coagulent et forment une masse compacte ». On a trouvé au Palatin, dans les fouilles au palais des empereurs, un mur dont le revêtement satisfait à toutes ces prescriptions; les artisans pompéiens adoptaient un procédé un peu différent ', ceux des catacombes n'acceptèrent pas non plus toutes les prescriptions compliquées de Pline et de Vitruve. La raison est aisée à donner. Les parois en tuf des catacombes n'offraient pas la résistance nécessaire pour supporter le poids d'un revêtement très lourd, on fit donc choix d'un enduit dont l'épaisseur totale ne dépassait pas un centimètre. On relève bien quelques différences suivent les lieux et les époques. Ainsi jusqu'au me siècle avancé, l'enduit se compose exclusivement de deux couches, à l'époque qui suit, on se contente souvent d'une seule couche. Cependant, à la catacombe des Saints- Pierre-et- Marcellin on en met deux; à la crypte de saint Janvier, à la catacombe de Prétextât on en met jusqu'à trois; il est juste de dire que la couche inférieure n'est pas appliquée sur le tuf, mais sur l'opus murarium plus capable de supporter un pareil poids. Avant le milieu du m« siècle, on ne connaît aucun exemple de fresques exécutées sur un enduit d'une seule couche et cette circonstance est un précieux indice chronologique pour la détermination de l'âge des peintures appliquées sur les enduits. Il est assez probable que les peintres des catacombes ne sont arrivés à établir ces règles qu'après divers tâtonnements et quelques mésaventures. Ainsi on peut supposer que les premières fresques tracées sur un enduit trop lourd se seront détachées des parois et écrasées sur le sol, nous privant des ouvrages les plus anciens et, à en juger par ce qui reste, les plus parfaits. Afin d'éviter la chute des enduits, on imagina dans les cubicules les plus anciens pourvus de sofïites plats, de fixer le stuc au soffite avec des clous de fer*, dont plusieurs sont encore visibles aujourd'hui '. Nous devons à cette précaution la conservation de la voûte de la crypte de Lucine nonobstant ses grandes crevasses. A la Cappella greca la paroi gauche verticale était tellement friable qu'on fit usage de chevilles en ciment dont on reconnaît la place aujourd'hui '.

La composition de l'enduit est ici conforme à la formule de Pline et de Vitruve. Lorsqu'il comporte deux couches, celle de dessus est faite d'un mélange

1 On ne conteste plus aujourd'hui aux peintures des catacombes, le nom de fresques. Dans une étude qui précède les Wandgemàlde, de Helbig, la démonstration a été faite, en ce qui concerne le plus grand nombre de peintures campaniennes;cf. O. Donner von Richter, Die erhaltenen antikcn Wandemalereien in technischer Beziehung unlersucht und beurtheilt, dont les conclusions ont été combattues sans succès par E. Breger, Beitràge zur Entiuicklungsgcschichte dcr Maltechnick, dans Technische Mittheilungen fur Màlerci, de Ad. W. Keim, 1S93, 1894; Pour les catacombes, voir J. Wilpert, Le pitture délie catacombe romane, in-fol., Roma, 1903, Testo, p. 3, 6-7. — ■ De architectura, 1. VII, p. 3, 5-S. — ' Donner von Richter, Die erhaltenen antiken Wandmalercien, p. 39. — ' Ibid., p. 41 sq. — 5 J. Wilpert, Le pitture, pi. 25, 3S.

— s Par exemple, dans le cubiculum duplex du cimetière de Lucine et dans les deux chambres des Sacrements A: et A1.

— ' J. Wilpert, op. cit., pi. 14 ; Cf. J. Wilpert, Fractio panis. Die aelteste Darstellung des eucharistischen Opfers in der Cappella greca endeckt und erlàutcrt, in-4, Fïeiburg, L896, pi. v. A partir du m* siècle, on renonce à ce moyen el évite le danger en renonçant au somte plat pour la voûte.

de chaux et de marbre pulvérisé, d'une extrême solidité et offrant une belle surface glacée. Lorsque l'enduit ne comporte qu'une seule couche, elle est faite d'un mélange de chaux de pouzzolane dont la surface est blanchie au moyen d'un lait de chaux. Les meilleurs enduits des catacombes sont aujourd'hui ceux de la crypte du couronnement d'épines (?) au cimetière de Prétextât, du cubicule sous le grand lucernaire et du cubicule d'Ampliatus au cimetière de Domitille; de l'hypogée des Acilii et d'une partie de la crypte des Flavii, de la Capella greca et de la crypte de saint Janvier; les enduits de la plus mauvaise qualité se trouvent au Ccemeterium ma jus et à la catacombe de Saint-Hermès. La qualité de l'enduit diffère encore suivant qu'il est destiné à recevoir des peintures ou bien à servir simplement de revêtement à la paroi du tuf. Dans le premier cas, le stuc est d'une pâte plus fine, et on peut croire que la différence de préparation et de prix devait être assez considérable puisque, dans un même cubicule, les parties non destinées à la décoration sont toujours enduites de stuc de moindre qualité, c'est le cas dans la crypte de Miltiade du cimetière de Calliste, où cette distinction a été observée pour des surfaces assez exiguës, par exemple, une niche et deux arcosolia revêtus d'un enduit moins soigné que le soffite qui est peint *. Cette circonstance dont la raison économique avait échappé à J.-B. De Rossi, l'a induit à présenter des explications de caractère historique peu exactes. Il a pensé que la crypte avait d'abord servi de lieu de réunion liturgique sous le pape Fabien et que la niche et les arcosolia étaient des additions datant du pontificat de JMiltiade '. En réalité, la crypte entière, telle qu'elle existe, est primitive et date des premiers temps qui suivirent la paix de l'Église. Une crypte plus célèbre, celle des Cinque Sanli, creusée peu après l'an 300, au cimetière de Calliste, offre également deux modes de revêtement. Celui de la paroi du fond sur laquelle est tracée la fresque des Cinque Sanli est à deux couches, celui de la voûte et des parois latérales non peintes n'a qu'une seule couche. A partir de la fin du me siècle, le stuc à une seule couche s'emploie de plus en plus. Le cubiculum duplex du diacre Sévère, qui n'a pas de peintures, est enduit d'un stuc qui ne diffère pas de celui qui sera employé à la dernière période des excavations, qu'il soit peint ou non. Ce stuc à une couche est employé dans la chambre de VOstrianum qui mène à l'arénaire et qui, d'après une inscription trouvée en ce lieu est antérieur à l'année 291.

La pose de l'enduit constituait une opération préliminaire réservée à un corps de métiers, analogue à celui de nos plâtriers (tectores, xoviàrai); leur besogne achevée, le peintre (pictor, Çcoypâ'poç) abordait la

— • Les cubicules creusés avant la moitié du m' siècle étaient entièrement couverts d'enduit sur la voûte et sur les parois, alors même qu'on n'aurait pas eu de peintures à faire partout. A partir du milieu du rne siècle et principalement depuis la paix de l'Église on se borna, dans un grand nombre de cubicules, à couvrir d'enduit et à peindre la paroi de face, dans laquelle s'ouvrait le principal arcosolium (ou bien mais ceci est plus rare, Varcosolium seulement) la paroi extérieure de l'entrée et la voûte, laissant le reste à l'état brut. On peut citer comme exemple le cubicule délie pecorelle, au cimetière de Calliste, les cubieuh s de Veneranda, de Diogène et des apostoli piccoli, un cimetière de Domitille, de la " crèche » et de 1' « étoile », au cimetière de Saint-Sébastien, des deux orantes et des sain!*, au cimetière ad duas lauros; de sainte Emérentienne et de la Madone, un Cœmeterium Mains; du i cocher ■ au cimetière de la ingna Massitna; et le cubiculum clarum, du cimetière de Priscillc, J. Wilpert, op. cit., pi. 154, n. 2; 155, n. 2 ; 158 n. I ; 163, n. 2: 101, n. 1 ; 207; 208; 209, 180, 213. *./. Wilpert, Beitràge zur clu-istlirlwn Archéologie, dans Rômische Quartahchrift, 1901. p. 65 sq.

I RESQ1 I -

sienne. Il traçait d'abord sur le stuc frais les lignes géométriques de son dessin a l'aide d'une pointe dont on peut suivre aujourd'hui encore le léger sillon. Les corrections pouvaient se faire sans grand inconvénient grâce à l'éclairage défectueux des cubicules et cette circonstance n'a pu avoir que des conséquent cheuses en voilant bien îles négligences d'artistes peu consciencieux '.

D'autres artistes plus soigneux veillaient a effacer la légère trace laissée par la pointe et à aplanir le champ. On en trouve un exemple à la Cappella greca, où le peintre, mécontent de l'esquisse d'une figure symbolique de l'été tracée sur la frise et qu'il jugeait de proportions trop grandes passa son pouce sur tout le contour afin de lisser la surface et recommencer un modèle plus réduit '. Des que l'on arrive aux ouvrages du rv« siècle, on ne trouve plus rien de semblable. Le tri.ce géométrique des voûtes es( rail au pinceau et sans tire-lignes ni compas. De là des inégalités choquantes entre les panneaux, des i ferences tordues, un art qui, trop souvent, fait penser à des crayonnages enfantins*. L'exécution a parfoi racheté la négligence de l'esquisse et parfois aussi fait disparaître presque complètement le irait en le ■ vrant de couleur.

A part ir du m' siècle un procède nouveau se répand, au lieu de dessiner à la pointe sur le stuc humide on dessine la figure avec un trait courant de pinceau imde couleur d'un ton clair, plus clair que la couleur de la figure qu'on veut exécuter. Les corrections deviennent aisées au moyen de teintes différentes. mais il fallait renoncer à enlever ces essais si aucun d'eux n'était jugé satisfaisant, car le stuc fixait la couleur Je l'esquiîse, comme il eût fait pour la couleur du tableau, que ce fût l'ocre clair ou le vert de mer. Les artistes se trouvèrent obligés de la ïorte à acquérir une plus grande habileté, afin d'éviter les repentirs qui eussent détérioré le champ de la fresque; il est juste de dire que dans les derniers ouvrages, on supprime la difficulté en exécutant l'esquisse telle qu'elle est, fautive ou non, sans corrections. Sur une fresque du ive siècle, nous voyon<- un serviteur portant une large corbeille; l'esquisse avait porté le vêtement beaucoup trop à droite, on a rempli l'espace ainsi marqué, au risque d'aboutir à une difformité*.

Un croquis du rve siècle tracé a la couleur blanche, sur un fond noir ', est demeure inachevé, sans doute à cause de la difficulté de dominer l'obscurité du champ. Le peintre lui-même ne s'y retrouvait plus. On ne rencontre nulle part la « mise au carreau « dont les arégyptiens ont fait usage pour tracer leur i . quiss< il arrivé a certains peintres des cala-

combes 'le manquer leur travail. Celui qui dessina l'adoration des mages de la catacombe de DomitlUe ' s'aperçut trop lard que la composition ne remplissait

par le cadre qui lui avait été assigne; pour y pi lier remède, il augmenta l'écart entre les figures des

Dlagl

D'autres décorateurs se montraient plus prévoyants. Ceux auxquels nous devons le jugement de Daniel, au cimetière de Callistc ', et deux voûtes du

ère des Saints-l'ierre-et-.Marcellin ' avait la précaution de calculer auparavant la bailleur des figures et la dimension di Iments; le

ii voûte ilu cubicule m. du cimetli

PrlicUle(2I Itli . J.WIIpert, LepfMure.pl. 12

' J. WUpert, /-■ ptlture, pi. s, n. 2.— ' Ibid. 168,213. 'J.WlIpcrtop.i if., pi. 96, n. 1, '//.;,/., pi. i:.i.

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oac tirant au garance, terre • t clair, teint.- neutre, chair, violet, no

tignures faite sur la paroi pour ce calcul se voient encore aujourd'hui.

La présence de la chaux humide dans l'enduit iml'emploi exclusif des couleurs minerait lavées dans l'eau. Les couleurs les plus généralement emplie. I le rouge, le brun, le jaune, le blanc,

le vert; on ne voit que rarement l'azur, le minium, le cinabre et le noir et dans plusieurs cas on constate des mélanges. Les Fonds sont ordinairement la teint turelle de l'enduit ; cependant il arrive dans quelques cubicules qu'on les a recouverts d'une teinte uniforme. Le chairs sont exeeul.es au moyens du brun clair étendu jusqu'au jauni mute claii

plus rarement q i à marquer les

lumières, le brun ou le rouge servent pour les ombres. Aux catacombes, connue a Pompéi '. ce sont le; amortis qui dominent, les couleurs éclatantes, qui donneraient des coups de lumière trop crue i plaques d'ombre trop opaque sont repoussées; la tonalité générale est douce, harmonieuse, un peu voilée. Quelquefois, cependant, on rencontre un arcoso- Hum et même un cubicule entier revêtu d'une peinture rouge vif ou jaune clair et la décoration est assortie à ce fond 10.

On retrouve a peine, dans les catacombes, un pro cédé d'art qui a joui d'une extrême faveur et atteint à une rare perfection dans le décoration des éd pendant les premiers siècles de l'Empire, nous voulons parler des reliefs en stuc rehaussés de peinture. Le travail le plus notable, dans ce genre que contiennent les catacombes est un groupe du Bon Pasteur parmi les arbres. Le pasteur, les brebis et les main branches sont en relief peint": quant aux feuilles et aux détails secondaires ils sont simplement peints ou tracés sur l'enduit. Cet emploi des stucs nous amène à dire quelques-mots d'un genre de décoration dont le cubicule d'Ampliatus (voir ce mot) nous offre un exemple intéressant et précieux.

Le goût très vif des collections d'art qui se déve loppa à Rome pendant les derniers siècles de la Repu blique et au début de l'Empire conduisit les particuliers, à l'imitation des princes étrangers, à faire construire des galeries destinées a recevoir tableaux et statues. Ceux à qui leur fortune ne permettait pas ces constructions dispendieuses, ces salles immenses sou tenues par des pilastres et des colonnes de mari liraient d'affaire à meilleur compte : ils faisaient pein dre à fresque sur leurs murailles de faux pilastres en cadrant de faux tableaux. Ampliatus donna du travers et les deux chambres dont cubicule donnent une idée très exaeti de la décoration ipartements d'une maison particulière, Dans une architecture de fantaisie composée de colons de corniches, de soubassements peints en trompe l'oeil sont mi panneaux que remplissent des

dites «le ■ genre ■ ''-. Un amour gardant un trou peau, un bouc el des brebis, des vaches, i bref des bergeries s'Ir.spirant du même p,oût que ■ qui orneront les du christianisme dans le choix des sujets, ni dai

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FRESQUES

remarque, nous sommes fondés à croire que les fidèles ne se contentaient pas de faire orner les murailles de leur dernière demeure, mais qu'ils prenaient un pareil soin pour les maisons qu'ils habitaient. On en trouve une preuve nouvelle dans la décoration de la maison des saints Jean-et-Paul, au Ccelius (voir ce mot).

SI fervents qu'ils pussent être, les chrétiens vivaient dans la société païenne et en subissaient l'influence; ce dont certains ne prenaient pas même la peine de se défendre '. Il est intéressant d'en trouver une preuve nouvelle dans un sujet aussi étranger on indifférent en apparence que la décoration des maisons privées. C'est que, en effet, la fresque était devenue un moyen économique à l'usage des petites gens pour imiter le luxe des riches, et tous les chrétiens ne savaient pas se défendre de cette ambition de la richesse apparente. Le spectacle irritant des jouissances et des splendeurs qui remplissaient le palais des grands personnages poussait à reproduire autour de soi quelque chose de ce luxe. La fresque s'y prêtait heureusement et économiquement. Comme elle demande une exécution rapide et qu'on y souffre des imperfections de détail, les artistes purent travailler vite et couvrir de vastes surfaces pour des prix modérés. Les salles qu'ils décoraient ne s'éclairaient ordinairement que par la porte, et des voiles tendus dans l'atrium, d'une colonne à la colonne suivante, tamisaient la lumière trop vive. C'est dans cette demi-obscurité que se développaient les fresques sur lesquelles on n'apercevait pas les imperfections de détail dont nous avons parlé. Les conditions étaient, on le voit, peu différentes dans les maisons de ce qu'elles étaient dans les catacombes, pour le plus grand détriment de l'art qui tournait à n'être plus qu'une industrie. Nous disions plus haut que les catacombes offraient, dans leur système décoratif, des points de contact avec les caveaux funéraires égyptiens; or, nous trouvons de ceci une confirmation dans une remarque de Pétrone, qui attribue à l'audace des Égyptiens l'invention de la fresque, cette imitation en raccourci du grand art *. En multipliant la fresque dans leurs demeures et dans les catacombes de Rome, les fidèles prirent ainsi leurs grande part de responsabilité dans la décadence de l'art. C'est encore Pétrone qui observe que l'usage de la fresque a perdu la peinture. On le comprend sans peine. Les gens de petite fortune l'avaient adoptée pour suivre d'une manière à portée de leurs ressources l'exemple donné par les riches; à leur tour, les riches l'empruntèrent a la petite société lorsqu'ils virent que les peintres de fresques atteignaient à une certaine habileté dans le reproduction des œuvres d'art célèbres On leur en demanda des copies qui se multiplièrent et la peinture originale, négligée d'autant, commença à dépérir.

II. Rôle du clergé romain. — La décoration des catacombes semble avoir été, en partie du moins, placée sous la surveillance de l'Église romaine. Le pape Zéphyrin confia à Calliste, son futur successeur, la surveillance du « Cimetière . 2 et J.-B. De Rossi en induisait que les fresques des deux plus anciennes capprllr dei Scicramenti (A2 et A3) avaient été exécutées par l'ordre et sous le direction de Calliste'; en

1 E. Le Blant, Les chrétiens dans la société païenne aux premiers âjes de l'Église, dans Les persécuteurs et tes martyrs, m-8°, Paris, 1893, p. 21-30; L. Duchesne, clans Bihlin- Ihèque de l'École des Hautes Études, 73' fascicule, p. 159. — ■ Pétrone, Satyricon, 2 : /Egyptiorum audacia tain wngn.c arlis compendiariam invenil. — ' Hippolyte, Philosophumena, I. IX, c. xi. — 'De Rossi, Bull, di archeol. crist., 1863, p. 83 sq. — • J. Wilpert, Die Malereien der Sakraments-Kapellen, in der Kalakombe des hl. Callislus, In-.S", Preiburg, 1897, p. 3 sq. — * L. Perret, Les catacombes de

réalité, ces fresques sont plus pneiennes *. Quoiqu'i en soit de ce fait particulier on ne saurait tirer une règle générale. A quelle date et dans quelle mesure le clergé romain a-t-il exercé une sorte de police administrative sur les cimetières? Nous l'ignorons absolument. Une épitaphe, que sa paléographie permet de reporter au ir* siècle, nous montre deux prêtres préposées à la surveillance du cimetière de Domitille *

ALEXIVS ET CAPRIOLA FFCERVNT SE VIVI IVSSV ARCHELAI ET DVLCITI PRESBB fS

D'autre part, pendant le deuxième moitié du in* siècle on est fondé à croire que ce régime n'est pas appliqué à tous les cimetières. Le peu d'étendue du cimetière de Sainte-Agnès, en particulier, donne lieu de penser qu'il n'a jamais fait partie des vingt-cinq cimetières auxquels étaient attachés des titres presbytéraux; en outre, le manque de locaux destinés aux assemblées nombreuses confirme l'hypothèse du maintien de son caractère privé. Ce cimetière ne sera jamais tombé dans le domaine administratif de l'Église de Rome, ce qui lui a permis de garder le nom de son fondateur, de se développer et d'être décoré sans subir la loi du clergé romain. Garrucci a imaginé l'existence d'un canon artistique dressé par les clercs et imposé par eux aux artistes *. Tous les faits contredisent cette assertion, au moins pendant les deux premiers siècles et, même après, il faut encore faire très large la part d'indépendance des artistes et des artisans.

On s'expliquerait difficilement que d'assez bonne heure et généralefhent le clergé n'ait pas veillé à l'ornementation des cimetières qui étaient les véritables édifices du culte. L'adoption et le maintien pendant plusieurs siècles de types symboliques inviteraient déjà à rechercher une direction unique et suprême si un autre fait assez significatif ne nous amenait à la même conclusion. On sait que l'origine des principaux cimetières, celui de Domitille en particulier, fut un hypogée appartenant à un fidèle qui consentit à en ouvrir l'accès à ses coreligionnaires. Tant que l'hypogée et ses premières galeries n'étaient pas sortis des mains du propriétaire, celui-ci demeurait libre d'en régler la décoration à son gré et suivant son goût. Précisément dans la caiacombe de Domitille, les plus anciennes fresques certainement antérieures à l'épitaphe que nous transcrivions plus haut, sont exécutées d'après un programme très différent de celui qui commencera à prévaloir dès la première moitié du ne siècle. Nous pouvons suivre ici l'histoire des premiers tâtonnements qui aboutissent à un sysléme que nous décrirons ailleurs Les quatre plus anciennes voûtes peintes ne nous offrent aucun symbole chrélicn *. La voûte du corridor qui donnait accès à la galerie est couverte des rameaux d'une vigne dans laquelle de petits amours font la vendange 10, les plafonds de trois chambres nous présentent une décoration composée exclusivement d'amours (fig. 4750). Ce motif se retrouvera longtemps dans les fresques des catacombes, ce qui ne se retrouvera plus, c'est un amour occupant le médaillon central ". On admettra ces légères figures désormais a litre d'accessoires, mais dès le début du n« siècle, le Bon Pasteur a pris définitivement possession du médaillon central de la

Borne, t. v, pi. lxxv, n. 1. — 7 Diction., t. i, col. 013. — 6 Garrucci, Storia délie arte cristiana, t. i, p. 5-6.. — ' J. Wilpert, op. cit., pi. 1-4. — ld II est possible qu'il faille rattacher ace type la voûte du cubicule d'Ampliatus, repeinte au iv siècle, probablement d'après la décoration primitive. — u J. Wilpert, op. cit., pi. 2-4, tous trois a la deuxième moitié du Ier siècle. A Pompéi, maison d'Elpidius Sabimis, un amour dans un médaillon, au centre d'un panneau; cf. A. Mau, Geschichte des decorativen Wandmalcrci, in-îol, lîerlin, 1882, pi. xv-xvi.

voûte ' et il ne partagera plus cette place qu'avec des sujets bibliques ou symboliques '. Les autres fresques du i" siècle ne sont pas toutes aussi indépendantes des types qui reparaîtront plus tard à satiété. i i repas funèbre de deux convives servis par un homme ne reparaîtra plus*. Tandis que le personnage debout entre deux lions* servira de prototype a la tentation de Daniel. On rencontre encore trois et puis un hippocampe identique à ceux des peintures pompéiennes et qui deviendra le monstre marin auquel on jette le prophète Jonas*;mais a la tin du l'- siècle, il est encore sans destination précise • t n'a qu'une valeur décorative. Un troisième sujet destiné a obtenir peu de vogue chez les fidèles fait ■ il l'agneau bondissant près du vase de 1 lit suspendu à la houlette :. Ainsi pendant le i" siècle, on ne constate rien qui ressemble a l'adoption de typi îfs et symboliques; il faut

attendre le début du siècle suivant pour rencontrer les premier - ippeiZa.

greca qui nous observons les premiers t > pis, de .Moisifrappant le rocher et des trois Hébreux dans la fournaise V Cependant, il a dû y avoir alors des tâtonnements, des repentirs. On voit à la Cappella greca un i ont drapé, le bras tendu qu'on ne retrouvera nulle part désormais et que l'on n'a pu interpréter '*. De même la représentation de l'histoire de ! plus traitée dans les peintures posures de la même façon qu'à la Cappella greca. I.e t" siècle a donc été une période d'indépendance complète; ajoutons que la tradition mit quelque temps rdre. Même après l'adoption des premiers types cliques, il y eut, parmi les fidèles dis esprits trop inels pour s'accommoder aux exigences du clergé romain en matièl 'ration, (.'est ce que nous

montre le cubicule d'Ampliatus, contemporain des Antonins. Celui-ci a fait décorer sa chambre sépulcrale ■ il l'entendait et le symbolisme n'y pas eu Il était chrétien et cependant aucune ligure biblique, mais des rinceaux, des architectures en trompe- ', des scènes de genre ■'.

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