‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 3)Chapitre 367 sur 423 · II. Nolle, Sur · texte numérisé non relu

II. Nolle, Sur

FRESQUES

évoques espagnols se sont attaques à l'adjralion des images ou à l'abus dont ils étaient témoins? Ce n'est peut-être pas très facile à décider, nuis il seml.de bien que pour couper court à une pratique jugée pernicieuse ils ont tranché dans le vif. interdit les fresques et l'affaire fut jugée. Cette interprétation a été présentie au xvn" siècle par Noël Alexandre, au xixe par Funk et, depuis par M. Tunnel ' Elle respecte le texte du canon en litige; d'autre part elle n'est qu'une mesure disciplinaire qui n'aborde pas la question dogmatique du culte des images. Elle peut enfin aider à comprendre l'insigne pauvreté de l'art chrétien en Espagne.

IV. Rôle du clergé chrétien. — La décision radicale prise par les Pères d'Elvire témoignait à tout le moins, peu d'intérêt pour l'art chrétien. 11 est probable que parmi tant de questions qui sollicitaient l'attention des conducteurs de l'Église chrétienne, la question de l'art leur parut assez oiseuse, peut-être même ne soupçonnèrent-ils pas l'existence d'une question de l'art chrétien. « Si l'on compare, écrivait J.-B. De Rossi, dans les cimetières souterrains, la richesse, la variété, la liberté de sujets et de types des plus anciennes peintures avec la roideur grandissante, la pauvreté d'invention de jour en jour plus évidente du cycle des figures à la fin du ine siècle, on constate l'invraisemblance de l'hypothèse d'après laquelle la peinture chrétienne aurait été introduite subrepticement et en opposition avec la discipline primitive de l'Église *. • Mais il est douteux que personne vienne soutenir cette introduction subreptice. En pareille matière et lorsque les faits sont patents mais ne sont jalonnés par aucun texte, le mieux à faire, si on ne veut pas s'interdire toute hypothèse, c'est de tâcher de se tenir aussi près que possible de la vraisemblance. Voici des gens riches qui ont passé leur vie entière dans le luxe et dont la conversion au christianisme n'a pas rompu les liens de société. Chrétiens, ils ont vécu au sein d'une civilisation qui ne conçoit pas une inhumation sans honneur; au contraire, elle donne à la tombe tout ce que les arts peuvent lui donner. Rien, dans l'enseignement dogmatique, moral et l'usage disciplinaire ne réprouve et n'interdit cette pratique. Ces chrétiens riches viennent à mourir et leurs héritiers prennent soin de leur faire une tombe ornée. Eux-mêmes peut-être auront de leur vivant pris ce soin, comme ce ménage chrétien qui a fait peindre un paysage et cette inscription : Nous nous sommes retirés dans notre jardin et : in hortulis nostris recessimus... Ces chrétiens riches possédaient une tombe vaste et décorée et la pensée leur est venue d'en faire jouir leurs serviteurs chrétiens ad reliyionem pertinentes meam. Dès lors, le pli est pris. Remarquons que cette dernière inscription est une des plus anciennes qui nous soient restées; des petites gens, un portier, une coiffeuse, un cocher, une chambrière, dès l'instant qu'ils sont de la religion du maître jouissent eux aussi de ce tombeau décoré, et leurs parents, leurs amis qui ont assislé aux funérailles, qui reviennent célébrer l'anniversaire trouvent cela fort beau et fort convenable. Ainsi des gens qui n'auraient eu jadis que l'asile des puticuli ou à qui un collège privé aurait assure une tombe décente mais pauvre se familiarisent avec l'idée d'agrémenter la dernière demeure. Ce qui s'est fait sur un point se repétera sur un autre, on se dira les uns aux autres: Il faut faire quelque chose dans le genre de telle tombe. On a vu un Daniel ou un Bon Pasteur, ou une ancre, ou un poisson et on les imite, on les copie

1 Turmel, Chronique d'histoire ecclésiastique, dans Revue du cierge français, 1906, t. xlv, p. 50S. — * De Rossi, Rome sotterranea, in loi., Roraa, 1864, t. I, p. 196, 197. — « S. Basile, llomilia, xvm, P. G., t. xxxi, col. 490. —

tant bien que mal L'Église n'intervient pas, elle n'y songe pas plus que de nos jours un évêque ne songe à intervenir chez un particulier qui aura accroché une statuette ou une gravure dans sa chambre à coucher, pas plus qu'il ne songe à interdire à un autre particulier de placer une statuette ou une gravure dans un corridor. Les cimetières sont des lieux privés, où les chrétiens vont dormir leur dernier sommeil et dont la hiérarchie ecclésiastique ne réglemente pas encore les dispositions et la décoration. Il est même probable qu'elle voit avec bienveillance et qu'elle encourage cette pratique qui s'est répandue et a obtenu l'approbation d'un grand nombre. Puis à la fin du 11e siècle. l'administration cimétériale s'organise sous Zéphirin: loin de réprimer, elle approuve et met en pratique la décoration qui est devenue un usage général qu'on ne discute pas, qu'on suit et qu'on adopte sans y penser. Ceux-ci préfèrent un symbole inanimé, ceuxlà un personnage de l'Ancien Testament tel autre une colombe, un agneau... 1

Cependant, peu à peu. une idée d'art s'introduit; on procède à la décoration du cubicule, on imagine des ensembles, on combine des répliques, ou balance, on symétrise. A la Cappella greca et dans les Capjielle de' Sicramenli on prend sur le vif ce souci décoratif. Les prêtres y sont-ils pour quelque chose. Quand on l'aura montré, alors il sera permis de juger les preuves qu'on en donne, jusque-là tout ce qu'on en peut dire est gratuit. Car, de voir du symbolisme des cycles théologiques et des raffinements que les théologiens seuls eussent pu ruminer, nous avons dit déjà maintes fois que nous r'en croyons rien.

A l'exception d'Astère, évêque d'Amaséc, on ne rencontre nulle paît le. préoccupations esthétiques chez les chrétiens, ou plutôt chez les évêques. Nous avons déjà parlé d'Astère (voir ce mot, Diclionn., t. 1, col. 3001). Ses collègues se 1 ornent à quelques mots descriptifs. Saint Basile exhorte les artistes à représenter saint Barlaam 3; saint Grégoire de Nysse décrit le martyr de saint Théodore d'après une peinture *. Saint Jean Chrysostome fait parfois allusion à la peinture et lui emprunte des comparaisons *. S. Cyrille d'Alexandrie retrace les différentes scènes du sacrifice d'Isaac. Une épigramme de l'anthologie décrit l'église Saint-Polyeucte, fondée au vc siècle, et mentionne plusieurs représentations de la vie de Constantin. « On peut admirer à la voûte une étonnante merveille des pinceaux sacres : le sage Constantin fuyant les idoles, éteignant la rage des ennemis de Dieu, trouvant la lumière de la Trinité après avoir purifié son corps dans les eaux '. »

Il n'est pas possible de décider s'il s'agit de peintures ou de fresques, mais il est difficile de contester que le clergé chrétien n'a accordé qu'une attention distraite à tout ce qui corcernait la peinture. Les préoccupations se tournaient d'un autre côté cl quant aux textes tardifs qu'on a apportés ils ont été soumis « à une savante torture pour en extraire ce qu'ils ne contiennent pas. »

V. Les artistes. — Nous sommes également bien peu renseignés sur le personnel auquel sont dm s les fresques. Pas un seul parmi eux n'a eu le souci de se faire connaître nominalement La profession d'artiste était peu considérée, ceux qui s'y adonnaient eussent, plutôt mérite le nom dVrtisans. Les inscriptions mentionnant l'état de peintre visent des hommes de condition inférieure, trois fois, mais non aux catacombes ni dans l'épigraphie chrétienne, nous rencontrons des

4 S. Grégoire de Nysse, Oratio in S. Theadorum, P. G.. t. xlvi, col. 738. — 'S. Jean Damascène, De imaginibus, P. G., t. xciv, col. 1313. — • Arilhologia, édit. Jacobs, t.l.p. 8.

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liberti. l'eut-être furent-ils chrétiens et unt-ils travaille aux catacombes, mais nous n'en savons rien. Le seul chrétien exerçant la profession de peintre n'est pas romain, c'était un certain Hermogène, établi u Cart liage, controversiste amateur, ce qui lui attira les foudres de son concitoyen le piètre Tertullien qui donne, comme il savait faire, la plus fâcheuse opinion du talent de celui qu'il a malmené '.

A Rome, pas un nom. Au rv" siècle, Constantin le Grandet Yalcntinicn entreprirent de relever un peu la profession de peintre en accordant à ceux qui s'y adonnaient des privilèges considérables '. Mais a cette date, les peintures des catacombes ne sont plus qu'un pauvre et terne reflet de l'art des mosaïques, qui éclipse tout. La fresque catacombale n'était plus même le d'une résurrection. En 410, la prise de Rome entraine une perturbation profonde et la peinture des ombes ne sera plus représentée désormais que par des ouvrages sans talent et sans intérêt. C'est le coup de grâce survenant en pleine décadence commencée depuis le milieu du ivc siècle.

L'anonymat garde par les peintres est a lui seul instructif et suffirait à donner le niveau du mérite et de l'originalité dis ouvrages. Ceux qui peignent sont moins des peintres que des manœuvres exécutant les commandes sans autre Souci que de faire vite. Il est possible que comme en d'autres temps, il existât des ateliers formés d'une équipe dans laquelle chacun exécutait sa partie, celui-ci la tête, celui-là le vêtement, un autre les brebis, ou le tre marin, ou le cucurbite. Non seulement on n'invente plus, mais on exécute, au sens péjoratif Au reste la peinture pompéienne ne témoigne pas de personnalités plus marquées chez les décorateurs. On serait dans l'erreur en croyant que l'adoption de types, s jusqu'à la lassitude est spécialisé à l'art cata- COmbal Ceux qui établirent le cycle décoratif chrétien ne firent que se confi rmer aux habitudes de l'art de leur temps. Les grands recueils de Chirac et de Matz-Duhra font voir une véritable iconographie païenne dont les types ne sont pas fixes d'une façon moins rigide que ceux de l'iconographie catacombale. irs, aucun ou presque aucun moyen de s'affranchir des altitudes convenues, aucun intérêt pour l'artiste à produire des ouvrages inexplicables et invendables, et, très vite, on aperçoit les conséquences : une routine stupéfiante, une indifférence absolue, une ignorance grandissante.

A ce point de vue ces nouveaux artisans sont moins modestes que leurs devanciers; niais peut-être faut-il moins y voir la vanité que la satisfaction de pouvoir mentionner une profession récemment n h i de :;t i.

..rd une inscription datée de l'année 382 ' :

AVR FELIX PICTor CLANTONIO ET Syagrio conss.

'ait une inscription fermant un loculus île catacombe très prol ai lement; plus lard elle fut pot l'église de Saint Mal I in-des-Monls el elle- se trouve aujourd'hui dans la galerie du Vatican.

Inscription, opislographe, provenant i mi i de i yriaque, d'uû elle a al outi a la

basilique de Saint-Laurent porte celle mention ■ : • LOCVS PRISCI PICTORIS Une pierre coupée en deux fragments nous montre

' Tertullien, Advenu» Hermogenen., c. i. /'. /.., t. u, , ol. 221 ' 1 >t Rossl, In

. hrltt., t. t, p. 142, n. 31 ' I !.. t. vt,

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