‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 3)Chapitre 392 sur 423 · II. Leclercq · texte numérisé non relu

II. Leclercq

FRUITIÈRE. Au cimetièrt de Callisle,

dans la région de Saintc-Sotère (troisième an al, il ne s'est rencontre qu'un seul arcosolium décoré di

(756. — l iiuiii n\ sur une (resque «in cimetière de Calliste. D'après Wtlpert, Le pitlare, pi. 143, n. 3.

l'église de Montmille pus de Beauvals. Esl créatio te, "M n'esl pas en mesure de l'affir-

mer.

Ces frontons qui viennent d'. ; en France

et en Allemagne étaient en< murs. Ceux

d'Afrique l'étaient-ils aussi? Leurs faces intérieures

ne sont pas dressées; elles offrent même de fortes

saillies : donc elles liaient Certainement maçonnées. Upérieures, au contraire, sonl dn

pointe, mais sur l'une Celles nous retrouvons un

paquet d'excellent mortier encore adhèrent a la pierre.

On remarquera que le n. 2 de la Figure 1755, donne une entatlon de l'emploi dis frontons(voir D<i I

Remarquons encore les détails suivants : t" l'i seur des frontons est celle d'un mur ordinaire (0 m. 50);

lucoup de ces pierrei

portent une entaille horizontale qui lad h

profil; 3* aucun des angles aigus n'esl a vl

l'on | par leui chute,

il si n ible, .m moin

on I . n' m i n. I mu i .

.pies. |i pampres d'une \ lue

tant des grappes et parmi lesquels volent des oi La lunette a ele en partie détruite par l'entaille d'un

loculus fait à une date postérieure; ce qui su permet toutefois de reconnaître la scène qui ■ peinte, c'était une fruil n i

pied, avec son liai COmpOSI de den'-. es sut

(les tréteaux de l ois et qui montrent la mari h. m

Sous une des lal'les 11] contient d'autres pro

visions. La vêtue

d'une dalmaliquc orme de Landes droites mi ./ il chausses. La profi

si ml 'i. du nombre de celli s qui condul

la fortune et on nes'attendi pratiqué ci

et d'il

Soi la pal"

1 I'. i,.r eill. / /. '. nr /<■< mue

FRUITIÈRE -- FUITE DE LA PERSÉCUTION (LA

sonl figurées deux scènes symboliques : la résurrection de Lazare, presque complètement détruite, et Moïse frappant le rocher. Moïse a ici le type iconique de saint Pierre '. Il porte la tunique et le pallium frappé de la lettre T 2. Cette fresque appartient à la moitié du ive siècle.

On en peut rapprocher une autre plus ancienne dont il ne reste qu'un vestige, au cimetière des Saints-Pierreet-Marcellin (première moitié du me siècle). C'est une boutique en plein vent, semble-t-il, ou deux piquets supportent une corde à laquelle sont suspendus des herbages; on aperçoit deux acheteuses abordant l'étal sur lequel se trouvent d'autres marchandises. De quoi s'agit-il, de fleurs, de fruits, d'herbages, de plantes potagères? Le tarif maximum de Dioclétien prévoit le prix des choux, aima? optimœ, qui se paient quatre deniers; les oignons, cepœ birides, quatre deniers: le beau cresson de fontaine, sisymbria, dix

Fruitière, sur une fresque du cimetière des Saints-Pierre-et-Marccl!in.

D'après Wilpert, Le pitlure, pi. 62, n. 2.

deniers ; ies haricots, fasioli, quatre deniers : les asperges asparagus horlulanus, six deniers: les asperges sauvages, asparagus agrestis, quatre deniers; les carottes pastinaca, trois ou six deniers suivant la grosseur 3. Deux acheteuses se présentent; on a imaginé de suppléer à ce que nous ignorons et de découvrir la nature de leurs empiètes ; car elles se préparent à aller assister à un banquet qui se trouve à la suite sur la même fresque. Il est surprenant que, dans cette voie des conjectures, on ne nous ait pas appris qu'elles avaient oublié leur porte-monnaie, mais que la fruitière leur ferait crédit. En attendant et pour ne pas séparer ces marchandes on peut rappeler ici une grainetière dont Bosio a publié l'épigraphe 4 (Dict., t. i, fig. 771) :

DE BIANOBA POLLECLA QVE ORDEV BENDET DE BiANOBA

Pollecla, vendait de l'orge, rue Neuve

H. Leclerco.

FUGITIF. Voir Droit d'asile, t. iv. col. 1 549.

FUMIGATORIUM. Voir Encensoir, t. v, col. 21.

'De Rossi, Bullelt. di archeol. crist., 1868, p. 1-6; 1874, p. 154; Roma sotterranea, t. n, p. 331, sq.; 349, 350; t. m, p. 79. — * De Rossi, Ftoma sotterranea, t. m, p. 79; pi. xm, n. 2; J. Wilpert, Le nitturc délie catacombe romane, 1903, pi. r.xLin, n. 2, p. 489. — • Le denier valait 0 fr. 0228. — 'Bosio, Ftnnw sotterranea, in-fol., Roma, 1632, p. 214. —

FUITE DE LA PERSÉCUTION (La). ~

I. Enseignement du Christ. II. Fuite de saint Pierre. III. Fuite de l'Église de Jérusalem IV. Sous Domitien. V. Sous Trajan. VI. Sous Antonin. VII. Sous Marc-Aurèle. VIII. Sous Septime-Sévère. IX. Le traité de Tertullien. X. De fuga in persecutinne. XI. Sous Maximin. XII. Sous Dèce. XIII. Sous Gallus XIV. Sous Valérien. XV. Sous Dioclétien. XVI. Sous Galère. XVII. Après les persécutions. XVIII. Saint Athanase. XIX. Saint Augustin. XX. Sous les Vandales.

I. Enseignement dû Christ. — La menace du martyre qui planait si souvent sur les chrétiens trouvait des âmes héroïques disposées au sacrifice du sang, mais elle troublait profondément beaucoup de chrétiens sincères, fervents, qui ne se sentaient pas la vaillance nécessaire pour confesser leur foi dans les tourments et donner leur vie en témoignage. Dans la persécution de Dèce on vit une quantité considérable de fidèles, épouvantés par la perspective des supplices, sacrifier aux idoles (voir Faillis) et il est à' peu près certain que pendant trois siècles, dans chaque province, des apostasies se produisirent en assez grand nombre; la lettre de Plme à Trajan en garde le souvenir pour la Bithynie, sous Dioclétien, c'est-à-dire dans une province et à une date sur lesquelles nous ne possédons aucun autre témoignage. Entre les martyrs et les apostats, il y eut heureusement place pour une catégorie moins vaillante que les premiers, moins méprisa&le que les autres, il y eut les fugitifs. A ceuxci, les prétextes et les raisons ne manquaient pas. Jésus- Christ avait fui le péril de mort une première fois en fuyant la Judée, pour se '•acher en Egypte, d'où il n'était revenu qu'après le danger disparu. Au cours de sa vie publique, il avait plusieurs fois échappé par la fuite à ceux qui complotaient sa mort ' et il avait donné à ses apôtres le conseil célèbre de fuir la ville où ils étaient poursuivis et de se réfugier dans une autre *. Le conseil avait été mis en pratique; saint Pierre s'évadait de prison, saint Paul fuyait, blotti dans une corbeille, la ville de Damas et, au cours de ses campagnes apostoliques d'Asie-Mineure, quittait secrètement Éphèse dont la population menaçait de lui faire un mauvais parti '.

II. Fuite de saint Pierre. — Le récit de la fuite de l'apôtre Pierre, de sa rencontre avec le Christ qui l'interpelle : Quo vadis? et le détermine à rentier dans Rome, pour y souffrir le martyre, appartient à la littérature légendaire, au moins dans ses détails. Elle n'a pas d'attestation plus ancienne, qu'Origène et saint Ambroise *; quant au fait d'une fuite de l'apôtre, on aurait sans doute quelque raison de ne pas l'écarter a priori si on tient compte du tempérament impulsif de Pierre qui l'avait, une nuit, entraîné à renier son maître sous le coup d'une vive émotion, mêlée certainement de crainte. En rapportant ce récit avec les circonstances qui l'embellissent, il est possible qu'Origène et saint Ambroise en aient fait usage pour soutenir l'opinion qu'ils cherchaient à faire prévaloir parmi les fidèles sur l'opportunité et la licéitéde la fuite

III. Fuite de l'Église de Jérusalem. — En l'an 68, on eut l'exemple non seulement d'une fuite individuelle mais d'une véritable émigration de l'Église de Jérusalem. Les fidèles n'avaient guère trouvé de la part de leurs compatriotes que brutalités et mauvais traitements. « Après l'ascension du San veur, écrit l'historien Eusèbe, les Juifs, non contents

» Matth., n, 14, 21 ; xiv, 13; Luc, ix, 10. — • Matlh., x, 23; imv, 16; Marc, xm. 1-1; Luc, xxi, 21. — 'Matth., xxvi, 56; II Cor., xi, :Î2; Act..ix, 29, 30 ; xm, 51; xiv, 6; xvn, 10, 14; Hebr. ,xi, 38. — ' S. Ambroise, ContraAuxentium, c. xm, P. L., t. xvi, col. 1011; Tillcmont. Mémoires pourservirà Vhistoireecclésiastique, Venise, 1732, t.i, p. 528-

FUITE DE l S PERSÉC N LA

de l'avoir fait périr, dressèrent ;iux apdtres tics embûches sans noml < rd, Etienne fut l

ensuite, Jacques, BU

puis surtou . qui avait obtenu le

premier, a] : .il de Jéru-

; mort. Le reste des apdtres fut aussi

Mille machinations dans le but de les mettre

à moi de la Judée, ils entreprirent d'aller

dans toutes les nations... Le peupl lise de

i!rni reçut. :il été

\ homme qui s'y trouvaient,

neiit de quitter la ville avant la guerre i' d'aller habiter une certaine ville de l'iive que l'on nomme Pella. C'est là que se retirèrent les lidéles du Christ, sortis de Jérusalem '. ■ L'insécurité croissante de la communauté expliquait cette détermination. En l'an 66, la révolte de la Judée avail débute par le

icre de la garnison de Jérusalem et l'insurrection s'était .tendue aussitôt à la Judée et aux pays voisins, illus, légat de Syrie, tenta vainement de reprendre la ville sainte En 67, Vespasien fut plus heureux et ramena la Galilée dans l'obéissance; mais, en 68, la mort de Néron remit tout en question Jérusalem était livrée aux factions et subissait le régime de la terreur. Le grand prêtre Ananie et tous les chefs de l'aristocratie sacerdotale furent massacrés; des fanatiques, des brigands se disputaient le Temple et les forteresses. Ce fut alors que les chrétiens émigrèrent en Décapole, dans le royaume d'Agripj l- II. Les chefs de la communauté ne purent manquer alors de rappeler ces paroles du Maître : t Quand vous verrez l'abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Danii I iins le lieu saint, alors que ceux qui

son! en Judée fuient dans les montagnes '. . Parmi les fugitifs se trouvait la famille de Jésus. Renan, qui savait beaucoup et imaginait le reste, a sup| l'occasion de cet événement toute une littératun façon; un discours mis au compte de Jésus «espèce d'apocalypse, rattachée peut être à quelques paroles en ellel prononcées parle maître3? •; d'autres apocalypses du même genre, dont l'une serait l'épître de Barnabe*, enfin l'apocalypse mise sous le nom de saint Jean J et qui raconterait « à mots couverts • les

lies de la fuite*. Les zélotes, qui battaient

■•[e, auraient donné la chasse aux fugitifs, el les jeter dans le Jourdain, mais ceux-ci : franchir a gué la rivière. Tout ceci fut ira Paris, dans l'hiver de 1870-1871.

IV. Sous Domitien. — • En l'année 95, rapporte l'historien I I lomitien mit à mort, avec

beaucoup d'autres, Flavius Clemens, alors consul, son cousin, et la femme de celui-ci, Flavia Domitille, sa parente. Tous deux furent condamnés pour crime d'athéisme. De ce chef, furent .ucoup

d'autr

uns fu autres pu i onfls-

cation. Domitille fut niée flans r

i texte (voir

DoMI i marquer q ux qui

r le crime d'at furent

impies

\le de

l'allu-

■ ulnrium

simarum feminarum exiliu el fugat '. Ici encore, l'allusion a Domitilli fugili\ se fût

lucunc remme chréti l'exil et la confiscation, frappaient leurs

nuis de l'an 111

constances, vint troul lei Elle

semble n'avoir été ni

en fut la principale et i

Seule •

tyre, il apprit au

ave avait ; 'il écrivit ù

■ de Smyrne, il s'exprimait un Nos

prières se sont envol d'Antioi

Syrie : venu de là. charge d ux devant

Dieu, je vous salue tous.... Poui | œuvre,

sur la terre (t au ciel, voln erait bien d'élire,

pour la gloire de Lieu, un saint ami . i t de

l'envoyer jusqu'en Syrie féliciter les i (d'An-

lioehc i ,iix, recouvre leur ancil une

grandeur et vu se rétablir li leur Lgb

or: elf I ; y.ai

à-zy.y.-zG-à:)r, aoroîç to tSiov souATeïov '. Celte intégrité recouvrée, même en l'a semble ne pouvoir s'entendre que du retour de fugi-

VI. Sols Antonin. — En l'an 155, Polycarpe était évfique de Smyrne et le personnage le plus qualifié dans les Églises chrétiennes d'Orient. Il avait, dans sa jeunesse, connu l'apôtre Jean et les derniers auditeurs de la prédication apostolique, dont il était i i i i tré, au point qu'on «lisait de lui qu'il n'avait j rien enseigné qu'il ne l'eût appris des apôtres ,0. Les païens nt presque autant que faisaient les

chrétiens et lui donnaient le titi

à Smyrne, le succès de la p chrétienne

rand pour ne pas irrih i la popu de faire sentir ipt< urs (!< s

dieux. Une lettre, éci i' suivit le martyre de Polycarpe < ; parties de ri ite et cathi andue dans

h monde entier. ■ contient le récit des circonsl qui accompagnèrent i • nt

Au cours

tait livré volon i plu-

sieurs com] l'imiti r. I

les su p ilyrs,

Germanicus, frai irritai! la multitu le <|ui, ii

• Plus d'atl lettre

ainsi : • I

voulant

el il y

jour, i

FUITE DE LA PERSECUTION (LA

àyptSiov). Aussitôt, les agents à sa poursuite arrivaient (dans celle qu'il venait de quitter). Ne le trouvant pas, ils se saisirent de deux jeunes esclaves, dont l'un, mis à la question, révéla (le lieu de sa retraite). Il était bien impossible à Polycarpe d'échapper, du moment que c'étaient des gens de sa- propre maison qui le trahissaient.... Un vendredi, vers l'heure du souper, prenant avec eux le jeune esclave, les gens d'armes et des cavaliers, avec leurs armes ordinaires, partirent comme pour courir après un voleur. Tard dans la soirée, ils survinrent tous ensemble et trouvèrent Polycarpe à table à l'étage supérieur d'une petite maison. Il eût pu encore s'échapper et passer dans une autre propriété, mais il ne le voulut pas et dit : « Que la volonté de Dieu soit faite '. » Il fut conduit à la ville et, âgé de quatre-vingt-six ans, fut brûlé vif. Non seulement le vieillard fuyait, mais son entourage l'y encourageait, lui préparait les moyens indispensables. Ce n'était simplement que pour sauver une existence précieuse; on a lu plus haut les termes delà lettre encyclique : « Comme le Seigneur lui-même, Polycarpe avait patiemment attendu d'être livré » et son martyre était un modèle proposé, dans tous ses incidents, à l'imitation des chrétiens, c'était dit la lettre un « martyre selon l'Évangile », to xaxà tô EjayYsXiov u.ac-

TtipiOM.

VII. Sous Marc-Aurèle. — En l'année 177. la haine des chrétiens s'éleva à Lyon à son paroxysme. Une fois de plus nous rencontrons dans un document d'une authenticité à l'abri de toute discussion, des faits de fuite et l'opinion d'une puissante et fervente communauté chrétienne à ce sujet. L'Église de Lyon- Vienne racontait aux frères de l'Asie et de la Phrygie les préludes de la persécution. « Non seulement on nous interdisait les maisons, les bains, le forum, mais en général on défendait encore à chacun de nous, de paraître en quelque lieu que ce fût. Cependant, la grâce de Dieu... fil d'abord éloigner les faibles, puis elle fit avancer des piliers solides qui pouvaient par liïurrésistauceattirersureuxtout le choc du méchant. » Il y eut donc, semble-t-il, non seulement des fugitifs, mais des fugitifs par l'ordre des chefs de la communauté. Un peu plus loin, la lettre dit «qu'on emprisonnait tous les membres zélés des deux églises, » èx tôv S6o èxxXr)<jiûv TràvTaç toùç cnrouSatouç -. Les autres, les tièdes, étaient donc hors d'atteinte. A cette persécution lyonnaise, se rattachent des actes qui paraissent avoir subi des retouches mais qui laissent subsister un épisode intéressant. Deux jeunes gens, Epipode et Alexandre, « étaient dans la fleur de leur jeunesse et n'étaient pas mariés. Dès qu'ils virent la persécution, ils songèrent à suivre le conseil de l'Évangile, mais ne pouvant pas fuir d'une ville dans une autre, ils se contentèrent de chercher une retraite où ils pussent demeurer cachés et servir Dieu en secret. Ils la trouvèrent dans un faubourg de Lyon, près de Pierre-Encise, et ce fut la maisonnette d'une veuve chrétienne qui les cacha. Il y furent quelque temps inconnus, par la fidélité que leur garda leur sainte hôtesse, et par le p>u d'apparence qu'avait leur asile; mais enfin, ils furent découverts. Ils furent arrêtés, au passage étroit d'une petite chambre, au moment où ils s'échappaient; ils étaient si éperdus, lorsqu'ils virent les gardes, qu'Ëpipode oublia un de ses souliers 3. D'autres actes, de moindre autorité, se rapportent au même temps. Ils nous disent que Marcel et Valérien réussirent à s'échapper de Lyon, pendant la persécu-

1 Martgrium Polgcarpi, c. i-vn; dans Opéra, édit. Punk, 1. 1, p. 316-320. — ' Eusèbe. Hist. ecclés., 1. IV, c. n, P. G., t. xx, col. 304. — * H. Leclercq, Les martyrs, 1902, t. i, p. 216. — ' Acla sanct., septembre, t. u, p. 1S7. — «Tillemont, op. cit., t. in, p. 317. — 'Clément, Stromates, !. IV,

tion: ils furent saisis et mis à mort *. — Enfin, à cette même persécution, se rapportent des actes auxquels Tillemont fait assez bon accueil, et qu'on peut ne pas rejeter entièrement. On y voit un sous-diacre, nomme Concordius, qui sort de Rome pour se mettre à l'abri et va se réfugier à la campagne, chez son ami Eutychius 5.

VIII. Sous Sf.ptime-Sévère. — Tout au début du me siècle, un esprit émanent, Clément, didascale de l'Église d'Alexandrie, aborde la question du martyre. Il blâme ceux qui s'y livrent volontairement « comme les gymnosophistes de l'Inde qui se jettent témérain ment dans le feu '; » au contraire, il n'a que dis louanges pour ceux qui ont erré dans les solitudes, dans les montagnes, dans les cavernes, et les antres de la terre. On n'a pas le droit d'aller s'offrir aux juges. ■ Si, dit-il. le Seigneur nous ordonne de fuir par les paroles : Quand vous serez persécutés dans une ville, fuyez dans une autre, ce n'est pas parce que c'est un mal de souffrir. Mais il veut que nous ne soyons pas la cause ni de notre mort, ni du crime de celui qui nous persécuterait ou nous tuerait... Si celui qui fait périr un homme de Dieu pèche contre Dieu, celui qui s'otfre peut tout aussi bien être regardé comme coupable du meurtre. Et il en sera de même de celui qui n'évite pas la persécution en se laissant prendre. Celui-là coopère autant qu'il le peut à l'iniquité de son persécuteur; s'il provoque le persécuteur, il est absolument dans le cas de celui qui provoque la bête féroce '. » La composition du livre des Stromates paraît antérieure à l'année 202 ". A cette date, la persécution de Sep time-Sévère était imminente. Dirigée principalement contre les chefs des communautés et contre leur apostolat, elle ne pouvait ignorer le docteur illustre qui dirigeait le Didascalée ; aussi Clément, conformant sa conduite à son enseignement, quitta Alexandrie et se retira en Cappadoce, non peut-être en fugitif qui se cache, mais en émigrant qui s'éloigne. Il séjourna auprès de l'évêque île Césarée de Cappadoce, Alexandre, dont il administra l'Église après que cet évêque eût été mis en prison. Chassé d'Alexandrie, où son enseignement portait de grands fruits. Clément n'était resté ni silencieux ni inactif dans sa retraite. L'évêque Alexandre lui rendait ce témoignage d'être un « prêtre saint, homme vertueux et estimé... sa présence ici a, selon la providence et la vigilance du Maître, fortifié et fait accroître l'Église du Seigneur ". »

Le départ de Clément avait été accompagné de la dispersion des maîtres du Didascalée, en sorte, dit Eusèbe, qu' « il ne se rencontra plus personne à Alexandrie pour catéchiser, tous se trouvaient éloignes par la menace de la persécution. » Ce fut Origène, âgé de dix-huit ans, qui s'improvisa catéchiste et ■ chaque jour la persécution contre lui était si ardente que la ville entière ne suffisait plus pour le cacher : il allait de maison en maison, changeant de demeure 10.

A l'époque du règne de Sévère, le pape Calliste organisait et développait le cimetière de la voie Appienne à Rome. Les fidèles qui s'y réunissaient pour prier, savaient que la police hésiterait parfois à s'engager à leur poursuite dans les souterrains aux ramifications de labyrinthe; néanmoins, elle pouvait guetter leur sortie et les saisir à ce moment, pour les emmener devant les juges. Le cas avait été prévu. Des corridors aboutissaient à une sablonnière voisine où les fidèles pouvaient se disperser sans crainte d'être poursuivis, parce que cette issue était non seulement

c.iv;P. G., t. vm, col. 1231. — 7 Ibid.,1. IX, ex; P. G., t. vm, col. 1286. — e Tillemont, Mémoires, t. m, Clém. d'Alex., art. m. — * Eusèbe, Hist. eccl., 1. VI, c. XI, P. G., t. xx, col. 541. — l0 Eusèbe, Hist. ceci., 1. VI, c. m, P. G., t. \x, col. 526.

I l [ l | Dl I. \ PERSÉC1 TION LA

dissimulée et donnait sur la campagne, mais surtout parce que dans le cas où la police se serait aventurée dans la catacombe, sa poursuite se trouvait sa rendue impossible par une Idérable de

niveau qui ne permettait de gagner la sablonnlère qu'à celui qui avait eu le temps de monter une échelle mobile qu'il relirait après lui. laissant les poursuivants devant un obstacle insurmontable, à la faveur duquel le fugitif avait tout le temps m > i tire pour gagner le

IX. I.i rBAiTi de Tertullien. Vers le temps de la persécution de Sévère, a une date qui parait flotter entre 200 et 206, Tertullien adressait Ad uxorem libri duu, dans lesquels celle-ci avait pu lil oies .

■ Mieux vaut encore, en temps de persécution, fuir de

ville en ville que île renier le Christ dans la prison OU la torture. Plus heureux, cependant, ceux qui sortent de

mde avec la gloire du martyre '. ■ Tertullien n'était pas au terme de savii Si on rapporte le traite intitule : De fuga m pi lione à l'année 213 ou 21 'J au pins tôt, on s'explique assez bien les circonstances d'où il est sorti. Ter! comme d'autres âmes ardentes, ne concevait pas l'Église du Christ avec quelques taches qui en ternissent l'éclat, il la voulait immaculée, idéalement belle et parfaite, détachée des contingences de ce

monde, au sein duquel elle devait vivre et agir. A la voir telle que son esprit impitoyablement logique la lui montrait, elle avait dégénéré de sa pureté primitive, dévié de la ti ipostolique. A le tater, il n'y avait aucun mal, si les fails lui donnaient raison: a le dire, il pouvait y avoir utilité, mais à le crier trop liaut.il y avait péril de décourager, de troubler et peut-être d'égarer les fidèles. Ce retour à la stricte observance ne sera jamais, quoiqu'il arrive, l'erreur des âmes dégénérées, mais l'illusion des tempéraments indomptables qui traversent la vie sans en apercevoir les exigences. Depuis une cinquantaine d'années, la secte de Montan, prêchait le retour à la foi et à la discipline des premières générations chrétiennes. Pour y atteindre, les sectaires avaient une progression bien tracée : renoncer au monde, renoncer au mariage, renoncer a tout pour se délester de tout et se trouver apte au martyre. En Orient, celte doctrine eut une rapide diffusion; en Occident, ce fut tout le contraire. En Afrique, vers la lin du régne de Sévère, il existait une petite communauté montaniste, que les catholiques traitaient avec indulgence et peut-être dédain. Entre 2U7 cl 212, on les toléra aux offices liturgiques Mors de la. ils avaient sans doute leurs reunions dont on ne s'alarmait pas et qu'ils agr< iin-n taient de visions et de prophéties. Au dire de saint Augustin, Tertullien combattit d'abord cette confrérie !:il n'en est toutefois resle aucune trace, mais cela a dû arriver avant 2H7. puisque en 'J"7 montanisme de Tertullien comm< tontrerdans édition des livres Advenus Marcionem*.

Atin ib m sympathie ou sou adhésion, il adopta une tenu, ascétique, un costume qui excita la curiosll i 'tit 'en Justl 'm dans le 1 1 dé : De

I a surprise fui VOisil

di voir un membi ommunaul

tienne adopte) ci vétemenl aune d< philosophes

lais ceci ne fut qu'un I i l'on veul .

de la part d'un homme assei on

ginal, pour qu'une Incartade ne surprit pas trop part. ' c'était un acte grave et, comme on l'a

dit Joliment, ''était • une prise d'habit '. Apres les

rtullien, Ad l xorem, I. I. r. a ; P. /... i. i. col. 127suitln.Oe ha rei.,n. lxxxvi, P i... t. xut, l.rlutlien. idv. Mur, ■in (i.. I I. .. sxix; I ! II. c. xxiv; I. IV, i KXII,

allusions sympathiques au montanisnii renfi

dans i' Advenus Mut'

cette manifestation indiquait une véritable :.tt hation

a la seele. Ce n'était pas une rupture avec I

.tique, niais comme une sécession.

lin ne tarda pas a s'en apercevoir. Les années qui

suivirent furent marquées par une

semi-mnntanistes : Advenu ni ma,

rne (.Vins//. De resurreclione carnis, .1. Marcionem liber Y, De exhurtalione caslitutt virginibus velandis, entre 208 et 211; le l'* militis en 211, le dololalria en 21 1

ou 212. le manifeste Ad Scapulatn en 212. Dans tous

ils. Tertullien se considère nie catho-

lique et membre de l'Église catholique, au sens qu'il lui donnait jadis, et cependant le des;,. usait

de plus en plus. lue question de vêtement avait été l'occasion du De pallio; une question analogue inspira

. T< rtullU h prèle voile a toutes les temmes chrétiennes. En 212, on ne pouvait plus se dissimuler qu'une rupture était imminente... On vit paraître le De idohhilria qui recommandait aux chrétiens de rompre avec la société pan nue: le De corona militis prescrivait le refus du service militaire; le Scorpiace voulait qu'on courut au-devant du martyre; et, désormais. Tertullien lit un crime, aux ■ l aux clercs de ne pas penser et parler comme lui. Il ne restait plus qu'un coup a donner pour marquer la rupture, ce fut le De fuga m /. qui en décida

Pendant la persécution, conduite en 211-212 par Scapula, Tertullien, adressa uni sorti de défi au proconsul: ensuite il publia, coup sur coup, deux traites sur le martyre. Le Scorpiace garde encore une appa-

uiodi ration (211 ou 212J: le De /u'/u (213), est plus qu'une attaque : c'est une bravade. Maintenant, le cierge d'Afrique repoussait ses idées, il le savait, cl ne ménageait plus personne. « .le connais des pasteurs, avait-il écrit, lii la paix, cerfs au com-

bat s. La constance de ceux qu'il malmenait de la sorte avail tout de uni. h- i ni par lasser Scapula qui, fatigué de supplices, avait laisse s'apaiser la persécution.... Ce n'était toutefois qu'un répit, une trêve qui pouvait être rompue à tout moment, les fidèles s'\ attendaient. I n catholique, nomme Fabius, ne sachant

■. user, interrogea Tertullien sur la conduite a tenir : ■ Faudrait-il luir ou non devant la persi cution? annonçait je ne sais quoi » : Fugiendum neciu sil m peneculione, quod nescio quid annunliarelur '. t'nc discussion s'était engagée, mais Interrompue par une DIS (te. Tertullien n'était pas satisfait cl sans doute le prétexte était excellent pour reprendre et traite! à fond la question. Le traite De fuga '"l donc >'■ latins. Semi tractatam maleriam absluli mecum pleniui eum de slilo nunc renuntiulurtis... lgitur consultation! liife ordinem gw,<iue induimus.

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