‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 3)Chapitre 44 sur 423 · FLAMINES CHRÉTIENS — FLAVIEN (NICOMAQUE · texte numérisé non relu

FLAMINES CHRÉTIENS — FLAVIEN (NICOMAQUE

dans la titulature du sacerdoce de Rome et d'Auguste >, mais la preuve que cette manière de parler était usitée en Espagne, c'est que le pape Innocent Ier, cent ans après le concile d'Elvire. y fait encore allusion en parlant précisément de sacerdoles chrétiens du culte impérial. 11 écrit aux évèques du concile de Tolède, en 400 : Xeque de curialibus aliquos ad ecclesiasticum ordinem venire passe qui posl baplismum vel Coronali juerint, vel Sacerdotium quod dicilur sustinuerint et editiones publicas celebnivcrint 2. « On ne doit pas promouvoir aux ordres les curiales qui. après leur baptême, ont été coronati, ont exercé le sacerdoce, comme on dit, et célébré des jeux publics. »

« On voit, en somme, qu'il n'était pas impossible à un chrétien d'être Qamine, même avant Constantin. Sauf le cas de sacrifice ou celui de récidive, après pénitence faite, il pouvait exercer ses fonctions sans encourir l'excommunication perpétuelle. Il pouvait même espérer, en usant de certaine précautions, de ne point se brouiller avec ses chefs spirituels. Ceci, cependant, dut être toujours assez difficile 3. »

FLAVIEN (NlCOMAQUE). Auguste, vainqueur à Actium, fit placer dans la salle des séances du Sénat une statue de la Victoire et, au-dessous. un autel, sur lequel les sénateurs, en entrant, jetaient quelques grains d'encens. Sous Constantin, personne n'attira l'attention sur ce rite idolâtrique; sous Constance, les sénateurs chrétiens réclamèrent avec insistance et Constance lui-même déclara qu'à son entrée au sénat ses yeux seraient souillés par le spectacle des honneurs rendus à un démon. Le Sénat soupira et se résigna. L'autel fut enlevé. Julien le fit rétablir; en 382, Gratien le fit enlever de nouveau et cette mesure souleva une émotion très vive. Symmaque prit fait et cause, parla, écrivit, n'obtint rien. Symmaque était préfet de Rome et Nicomaque Flavien était préfet du prétoire, tous deux païens fervents ou plutôt, convaincus; mais Symmaque s'embarqua dans le parti de l'usurpateur Maxime et après la fin pitoyable de ce personnage, devint plus réservé. Flavien, que la mésaventure de son ami n'avait pas assagi, s'engagea dans le parti de l'usurpateur Eugène. Celui-ci, après l'assassinat de Valentinien II, s'était laissé proclamer empereur par le comte Arbogast. Eugène était chrétien, mais son prolecteur et ses partisans appartenaient tous au parti païen, que depuis la demi-retraite où se confinait prudemment Symmaque, son gendre Flavien conduisait. L'occasion qui s'offrait était trop belle pour n'être pas exploitée. Flavien posa à Eugène ses conditions : rétablissement de l'autel de la Victoire et des subventions de l'ancien culte officiel. On trouva un terrain d'accord et Eugène put s'approcher de Rome où pendant quelques mois le paganisme organisa des fêtes, des liturgies sous l'impulsion de Flavien, saisi d'un zèle infatigable. Ce fut une crise rapide, mais singulière, dont un document longtemps ignoré a révélé l'aspect curieux.

En 1807, L. Lelisle publia, d'après un manuscrit

1 Corp. inscr. Jat.. t. in, n. 1433 : sacerdos «r.r AugfustiJ n tuslrij coronatus..., Ephem. epigrapn., I . iv. n. 142 : Sacerfdos) c(o)r(ojnatus ara'... — ' Hardouin, Concilia, t. i, col. 1024 ■ — ' L. Duchesne, Le concile d'Elvire et les flammes chrétiens, dansMélanges Itenier, in-8", Paris, 1887, p. 171-1 7:>. — • Mabillon, De re dipl niatiea. Supplementiun, c. m. p. 8; Tassin et Toustaln, Nouveau traite de diplomatique, 17.r)7. t. m, 159 et pi. 43; N. de Waillj Éléments de paléographie, t. n, p. 245, 283 ; L. Delisle, Album paléographique, in-fol., 18S7. pi. i. ' oblKirii. l'roleijomena mi l'iudcntii carmina, in-x". Tubingœ, 1845, p. xxvn. - ' Horkel, Analecta horalinna, Berolini, 1852. ; L. Delisle, Note sur

le manuscrit de Prudence, n. 8084, dans Bibliothèque it'ïicole

de la Bibliothèque nationale de Paris, une déclamation en vers écrite à Rome, au lendemain de la mort de Flavien. Ce manuscrit, contenant les œuvres de Prudence, avait longtemps passé pour contemporain du poète chrétien ', opinion déclarée depuis insoutenable 5 encore que ce manuscrit (lai. 80S4) soit probablement du ve siècle et certainement, au plus tard, du début du vie. Sur les marges du volume, on lit en belle écriture onciale des notes contemporaines de l'écriture, et, à la fin des hymnes, on ht, de la même main, un nom aujourd'hui presque effacé :

TIVS AGORIVS BASILIVS

qui ne peut-être que Vettius Agorius Basilius Mavortius, contemporain de Théodoric, consul en l'an 527, connu déjà pour avoir corrigé le texte d'Horace °. Le texte de Prudence corrigé par le même personnage appartient donc au plus tard à l'époque de la domination gothique en Italie '. A la suite des œuvres de Prudence, on transcrivit sur trois feuillets un carmen fort indigne d'un si noble voisinage, carmen de circonstance composé en 394, relatif à l'épisode dont Flavien et Eugène furent les héros 8. Qui pouvait-il intéresser après quelques années et comment cette pièce, dépourvue de mérite littéraire, fut-elle recueillie dans une édition des œuvres de Prudence? On ne répond à peu près à ces deux questions qu'à la condition d'admettre que le manuscrit fut composé à une date si rapprochée de l'événement que le carmen conservait encore quelque intérêt, ce qui amène à penser que le manuscrit en possession de Basilius Mavortius fut transcrit dès la première moitié du v« siècle et à une époque où Prudence vivait encore. On peut remarquer devant le nom de Basilius Mavortius une croix qui témoigne qu'il était chrétien. Dans sa revision d'Horace, il s'était fait aider d'un autre chrétien, professeur de belles-lettres, Félix, orator urbis Romse, et correcteur du texte de Martianus Capella en 535, Christo adjuvante.

Le carmen hexamètre qui fait suite aux écrits de Prudence n'est certainement pas de ce poète; mais si le mérite littéraire est nul, l'intérêt historique est grand. C'est une invective d'un auteur anonyme, contre le culte idolâtrique et ses derniers partisans, thème analogue à celui qui inspira à Prudence son poème Contra Symmachum. Un lambeau de ce carmen, celui où est décrit le rite du taurobole, avait déjà été imprimé par Saumaise 9 où certain l'avait copié pour le mettre gratuitement sous le nom de Commodien. Godefroy emprunta quelques vers édites par Saumaise pour illustrer son commentaire du code Théodosien 10. C'est à ce carmen que nous devons la connaissance de la dernière lutte du paganisme dirigée par Flavien ". Celui-ci, non content de mettre au service de l'usurpateur les forces de sa vaste préfecture qui s'étendait à l' Italie, l' Illyrie et l'Afrique du Nord, lui promit aussi le secours des dieux de Rome. Personnellement très versé dans la science des augures, ils prédisait à Eugène une victoire décisive sur Théodose et ce triomphe immanquable

des chartes, VI série, t. m, 1867. p. 297; Monastbericht der kônlgl. Acad. -.n Berlin, août 1867, p. 525, 526. — 8 De Rossi, 71 culto idolatrico in Borna nel 394. Nolizie raccolle da un inedito carme scoperte in Parigi, dans Bullettino di archcalogia cristiana, 1868, p. 49-75; Ch. Morel, Recherches sur un poëme latin du IV siècle, dans Bévue archéologique, 1868, t. xvii, p. 451 sq.; t. xvm, p. 44 sq. — • Scriptorcs. historiée Augustœ, édlt. S:nimnise. Paris, 1620, p. 180, 181 ; Bormann, Anthologia latina.t.i, p. 56, 58. — "Golo-

Ircdus, ad cod. Thedos., 1. XVI, tit. x, lex 20. " De

Rossi, Iscrizione onoraria di Nicomaco Flaviano, dans Annali delV Islituto >ii corrispondenza archeologica. 1849, p. 2S:i-:iO:i; Corp. inscr. Iat.,t. VI, n. 1783.

li,.v,

Page 1