II. Kl R 1 -SI R LOIRE
IV. Discussions sir. la réalité de l'enlèvement. — Paul Diacre avait avoué l'enlèvement des reliques et l'abandon du Cassin. Adrevald avait beau jeu. il eu profita, on le laissa dire. La coin munauté reconstituée au Mont-Cassln se trouvait en iace d'une évidence indéniable, elle ne niait donc pas et, jusqu'au m siècle, il resta acquis que les reliques de saint Benoit et de sa sœur, abandonnées par les fugitifs depuis l'an 580, avaient été recueillies et emportées, vers l'an tiââ, en Gaule, où elles étaient conservées dans le monastère de I-leury, au diocèse d'Orléans. A mesure que le temps s'écoula, que la prospérité revint au monastère du Cassin, ses habitants déplorèrent le fait accompli; ils n'y pouvaient rien changer, ils s'avisèrent de le nier. Au XIe siècle, un moine du Mont-Cassin composa une série de pièces fausses qu'il encadra dans une chronique non moins fausse et mit ce fatras sous le nom célèbre, et alors révéré, d'Anastase le Bibliothécaire, que le faussaire taisait vivre un siècle avant l'époque où il a vécu. Un Douaisien devenu moine du Mont- Cassin, dom Arnold Wion, cita des passages de cette chronique, qui fut Sprement discutée; on les trouve dans son livre intitulé : Lignum vitse, ornamentum et decus Ecclesiœ, in quinque libros divisum, in quibus SS. Religionis divi Benedicti initia, l'iri diqnilate, doctrma, sanrlitale, ac principulu clari dcscribiinliir, 2 vol., in 1 . Venetiis, 1595, t. n, p. 221, 3S5. Lorsque. au xvnr- siècle, ce texte fut publié intégralement par Muratori, Seriptores Italici, t. n, part. 1, p. 347- 370, l'accord se fit soudain sur son compte, on n'en reparla plus.
i pseudo ^nastase avait eu un précurseur. Bartolini, afin de soutenir l'opinion qui veut que les ossements de saint Benoll mais non tous les ossements -
furent ravis et transportés a Fleury, cite le témoignage contenu dans un manuscrit de la bibliothèque de Naples : Exinde aulem cum iUic diligenlius veneranda sanclorum corpora demorata, in negligentia ab Immi nibus haberentur, divino dispensante consilio, quod nulbrum passent invesligare corda mortalium, ad Galliarum fines eorum non ex loto sed parlim sunt translata cadavera... Plurima quoque ri atia signa eorum merilis in eodem monte (Cassino) fieri noscontur, in quo illorum sanctissima corpora in ullimo die resurreetionis ressuscitanda creduntur. Nam quod ex eorum membris aliquas Drus nias in exlremas nati migrare permisil,
nb nil aliud hoc actum esl, nisi ut quanta esset meritorum illorum polenlia universus disreret orbis. Le manuscrit de Naples, V 1 1 1 11 I 5, qui contient celle pièce, est du
mii" siècle; elle daterait, s'il tau! ei tuteur,
du règne de Sico et de l'époqu i Longobardis
i irem tanli pain cli) sub unius pasloris
regimine duo sunt coi : unum in ejus
montis tupen itio, allerum in ejus planitie, tum sunt diversis preediis a rdorum
génie dilata et h i ran.tar al eorum
abuntlaniia mensurse copiam excédai. Ce qui mi Ion du document entre 830 el 8 ■ sorte que ce ne sérail pas au \r siècle, mais au ixr qu'aurait germe au Monl Cassin l'idée don! pseudo Anastase se ht le propagateur. L'auteur d évidemment un habitant du Mont-Cassin désireux de
donner quelque prestige à son n astère en restant
dans le vague et laissant croire qu'on \ possède quel ques reliques qu'il se garde bien de nommer '.
Translatif» S. Benedicti: Inc. : Dtolnœ imitais lmi\
clementta, dans .tmi//.; ma, 1883, t, r, p. 75
Benedicti abbaltt ex cod. ms. />iM.
nat. Ni ... t. /,ir Translalia .s. ;:. ni
dlctt, dans Ncues Archlu.d. Gesell. /Or ait. deuts. Getchtchte,
Le pseudo-Anastase s'était contente de soutenir que la translation avait été suivie d'une restitution, de sorte que le Mont Cassin avait récupéré les reliques, ce qui était une manière de faire dire à Adrevald le contraire de ce qu'il soutenait. Au Cassin. cette explication semblait mesquine : enlèvement, restitution, rien ne valait la possession inint et, dès la fin du xic siècle, il exista cette mystérieuse qu'on nomme « tradition constante pour affirmer que jamais un seul ossement du patriarche îles moines n'avait été extrait de son tombeau. Un moine du lieu se fit le défenseur de celle théorie, c'était Léon de Marsi : Léo Marsicanus, ainsi qu'on disait, qui devint, avec l'âge, évêque d'Ostie et cardinal. Pendant ses années de vie monastique, sous l'abbé Odérise, il composa une Chronique a laquelle il n'eut pas le temps de mettre la dernière main. Un nommé Pierre, autre moine du Cassin, connu le nom de Pierre Diacre, se chargea de mettre la Chronique au point et il l'étoffa de belles pièces. Afin que celles-ci fussent probantes, décisives, il les composa lui-même, et bourra les archives du monastère de monuments que nous appelons apocryphes, mais qui firent longtemps figure d'originaux. Désormais il fut avéré, pièces en mains, que les restes de saint Benoit n'avaient jamais quitte le Mont-Cassin. Léon d'Ostie et Pierre Diacre s'en portaient garants dans les Chronica monaslerii Casinensis ab anno 529 ad ann. 1075, nain, 1094, el ab ann. 1075 ad ann. 113V
La première édition de cette chronique, mise faussement sous le seul nom de Léon d'Ostie, parut à Venise, d'après un manuscrit interpolé, au XVe siècle. par Ambrosio Traversari (t 1439) (et conser jourd'hui à Venise, S. Mich. Murian, n. 727); sous le nom de Chronicon sacri Casinensis cœnobii, par les soins de Laurentius Vicenlinus monarhus *. Ce dernier appartenait à la congrégation de Sainte- Justine, rattachée au Mont-Cassin. et prétendait avoir tiré le manuscrit en question ex bibliolhecis noslris, notamment d'un manuscrit propemodum vetuslate confecta. A une demande d'explications, le moine italien répondit superbement par la publication d'une d'apocryphes parmi lesquels figuraient des bulles de saint Zacharie, de Benoit \ III el d'i rbain il attestant la présence du corps de saint Benoit au Mont-Cassin. Comme le doute subsistait, dom Laurentius vida ses tiroirs et livra au public une farde de documents d'une fausseté insigne, œuvre de Pierre Diacre. Même alors, tout cela l'avoir
pas le sens commun, sauf en Allemagne el en Espa gne, terres privilégiées de la critique et de la pro bité historique. Le chapitre général de la con| tion de Bursfeld en Bavière et le chapil de ii congrégation de Valladolid témoignèrent des doutes sur la translation <lu corps de saint Benoit en France.
Le pseudo-Anastase jouit alors d'un retour de fortune. Dom Arnold Wion, dans son Lignum
el dom Antonio "i epez '. dans les Chroniques </< n
de l'ordre de Saint-Benoit, composées en espagnol et
traduites en français par dom Martin Rethelois, t. u.
370, consentirent à la translation a Fleu à la restitution au Cassin. tout en accordant à Fleurj la po isesi Ion de reliqu i ation
déplut généralement, mais on s'j attarda peu. car la question entrait dans une phase nouvelle.
t. xn, p. 131-141 : 1 . Duchcsne, dans Bulh II 1882, t. m. p, 2 i. \. <■ dl Snntn Mnrin,
i ii \x\ -m . • Arnold
Lignum I [II, t. u, p. 221. 'A. Vepi
FLEURY-SUR-LOIRE
En 1005, dom Jean Du Bois, bénédictin français, recueillit et publia une chaîne de témoignages en faveur des revendications de Fleury, sous ce titre : Floriacensis vêtus bibliotheca benedictina, sancta. aposlolica, ponlifica, csesarea, regia, franco- gallica, ad Henricum II II, chrislianissimum Francise et Navarree regem, ac Mariom Medicœam reginam, cum utroque xyslo ad diversos : opéra Joannis a Bosco Parisiensis Cselestini Lugdunensis, nunc primum e latebris emersa ac anliquariorum usui exposita, cum privilegio, Lugduni, apud Horacium Cardon, 1 vol. in-12, 1605. Dom Du Bois contredisait les assertions de Léon d'Ostie, dont la Chronique venait d'être rééditée par dom Jacques Du Breul ". Dans sa Bibliotheca Floriacensis, p. 232 sq. se trouvaient insérés un Tractatus de conservatione corporis S. Palris Benedicti Abbatis in Floriacensi coenobio, auctore Joanne a Bosco, Parisiensi, ex fideli atque veraci Seniorum Floriacensis ccenobii relatu et un Inventarium authenticorum descriptorum, pro vera corporis Beatissimi Patris Benedicti Abbatis Casinensis, apud Floriacum Galliœ prsesenlia, in quatuor capita, per Joannem a Bosco distributum. Aussitôt un Espagnol prit la défense de la tradition du Mont-Cassin. C'était un personnage très ignorant de toute cette question, mais à qui, ainsi qu'en convient Gattola, le Mont-Cassin fournissait des mémoires2. Un ancien abbé, dom Bernardin Saiverda, en avait composé deux dans sa jeunesse en italien; on les confia à dom Matheo Lauret, qui les cousit ensemble et les habilla de latin, sous ce titre: De vera existentia corporis sancli Benedicti in Casinensi ecclesia, deque ejus translatione, auctore Mathaeo Laurelo, Cervariensi Hispano, abbale S. Salvatoris de Casilellis, in-8", Neapoli, 1607. Mis en goût, Lauret composa deux Appendices, une réfutation de son compatriote Yepez et une réfutation de la dissertation de Ch. de La Saussaye, dont on va parler. Les moines cassinésiens s'empressèrent de loger ces manuscrits dans leurs archives, d'où ils ne sortirent jamais, ainsi que plusieurs autres 3.
En 1624, parut un Traité de la translation du corps de saint Benoit, par dom Simon-Germain Millet; sans importance, de même que V. Barrali, Chronologia sanclorum et aliorum virorum illustrium ac abbatum sacrée insulse Lerinensis, in-4°, Lugduni, 1613, qui soutenait les revendications du Mont-Cassin. D'une importance bien différente était la Gloria cœnobii Floriacensis seu de vera translatione corporis sancti Benedicti e monasterio Casinensi ad Floriacense, auctore Carolo Sausseyo, Aurelianensi, insérée dans les Annales Ecclesise Aurelianensis du chanoine de La Saussaye, doyen de la cathédrale d'Orléans, in-4°, Parisiis, 1615 et 1639 4. Quelques années plus tard, dom Hugues Ménard exposa de nouveau la solidité des preuves de Fleury et l'inanité de celles de Cassin, dans Marlyrologium S. Ordinis Benedicti duobus observationum libris illuslratuni, in-l", Parisiis, 1619. Ensuite on se reposa quelque temps.
Mais peu de temps. En 1658, un jésuite belge, nommé Jean Bolland ou Bollandus s'exprima avec bienveillance pour Fleury dans les Acla Sanctorum février, t. n, p. 397-399; ses confrères Henschen et l'onctueux Papebroek se montrèrent plus réservés, en 1667, lorsqu'ils étudièrent la vie de saint Benoît au 21 mars. Mais en 1668, le P. Le Cointe, dans ses Annales Francorum, t. in, p. 681, ad ann. 673, n. 42-57,
1 Avec Aimoin. De gestis Francorum, in-Iol., Paris, 1603. Il y eut une autre édition de Léon d'Ostie par Angelo de La Noce, en 1668; une dans Pertz, Monum. Germon., Script., t. vn, p. 571-727. 727-S-I4; enfin P. £., t. cixxni, col. 479-763, 7r,3-r>7.s. — = Marchand, D(c(ionnaire,t.i,p. 1 10. ■ — ' Lelong, Biblinth. histor., de la France, in-fol.. Taris. 177S, t. î, n. 111)46, 11949; Ziegelbauer, Hist. litter. Ord.
se déclarait hautement en faveur de la translation à Fleury (voir aussi t. v, n. 6, ad ann. 755). La querelle allait s'envenimer. En cette même année 1668, dom Mabillon surveillait à Paris l'édition de la Chronica Casinensis de Léon d'Ostie, éditée par dom Angelo délia Noce, abbé du Mont-Cassin. Celui-ci inséra une dissertation favorable aux revendications cassinésiennes; dom Mabillon supprima cette diatribe, qui parut à Rome s séparément. Mabillon, qui publiait alors le deuxième volume des Acta Sanclorum de son ordre, y inséra, t. u, p. 337, une réfutation et Angelo délia Noce y répondit sur le champ : Appendix terlia ad Chronicon Casinense, hoc est ilerala Responsio adversus nuperum asserlorem Translationis sanctissimi Palris Benedicti 6. Mais ce ne fut qu'en 1685 que la question s'éclaircit.
V. Le premier témoin de la translation. — Mabillon découvrit dans la bibliothèque du monastère de Saint-Emmeran de Ratisbonne et publia, en 1685, dans le tome rv de ses Analecla vêlera, un feuillet manuscrit de la fin du vme siècle, dont le récit est dû à un contemporain de l'événement, probablement un Allemand. Voici le texte avec la traduction ' :
In Christi nomine. Fuit in Francia per pii Patris prudenliam presbyler doctus. Hic erat iter facturus ad Italiam volens investigare ubi sepulla jacerent inculla ab hominibus ossa sancti Benedicti Palris. Tandem pervenil in desertum, quod distal a Roma LXX aut LXXX milibus : ubi olim, constructa cella, concordia carilatis inhabilantium firma fuit beati Benedicti, Et lamen adhuc presbyter cum sociis suis sollicitus erat de incertiludine locorum. Qui dum nec vesiigium invenire poteral, aut cimiterium corporum; tandem a subulco mercede conducto intellexit, et per- (ecte invenit locum monasterii. Sepulcrum tamen omnino agnoscere non potuil, donec cum suis sociis consecravit jejunium per biduum ac triduum. Et poslea coquo eorum per somnium revelalum est; et res ipsa Mis innoluit. Ipse vero mane demonslrans, qui in honore ullimo esse videlur, ut lune apparel quod Paulus ait : « Despecla mundi elegit Deus, et alla ab hominibus despicit; » et sicul ipse Dominus prsedixit : Quicumque voluerit inter vos major esse erit vester minister ; « et ilerum : « Qui voluerit inter vos primus esse erit vester servus. » Et lune diligentius perscrutantes loca, invenerunl lapidem marmorcum perforandum. Destructo vero lapide, invenerunt ossa Benedicti abbatis, et in eodem monumenlo ossa beatse Scholaslicce sororis ejus subter jacere, marmore lamen inlerposito : quia, ut credimus, omnipolens et misericors Deus maluit eos in sepullura conjungere quos anle, per amorem germanitalis et caritatis Christi sociavit.
Congregatis vero ossibus et lavatis, posuerunt super sindonem mundissimum; seorsum lamen utriusque, ut secum portarent ad regionem, Romanis ignoranlibus : quia si agnovissent, ulique non sinerent absque conflicto aut bello a se perduei tam sanclas reliquias, quas Deus declaravil ut homines inlelligere potuissent tanlam mercedem religionis et sanctitalis eorum : quod in miraculo apparuit quod ibi efjectum est. Quia postmodum sindones oblegentes ossa eorum inventi sunl de sanguine eorum erubere, velut de vivis corporibus emanasset cruor, ut per hoc ostenderel Jésus Christus quod secum veracilcr viverent in /uturum, quorum ossa hic miraculis coruscant. El tune erant caballo superpo-
S. Bened., t. rv, p. 613. — « Mabillon, Acta sanct., O. S. B„ t. il. p. 337. — s Lelong, op. cit., n. 11950 et la note. — * Elle lut réimprimée par Muratori; Scriplores rerum Italicarum, t. rv, p. 43S, 623; et par le Cardinal Quirini, Vita grœce latina S. Benedicti, Venetiis, 1723, Varia, notse, n. 68. — ' Nous citons les Vetera analecta, d'après l'édition de 1723, t. iv. p. 211.
FLEURY-SUR-L01l:i:
tita, et per longa itineris spatia sic leuiler porlavil quasi nihil oneris sentiret. Quando vero in via silvalica et angustica itinera ambularet, nec arbonim ofjendicula, nec difficultas viarum obslaculum eis vel impedimentum esset itineris; ut per/ecte portilores agnoscerent ob mérita hoc esse sancli Benedicti, atque beatœ Scholaslicœ sororis ejus, ut prosperitas itineris eorum lanta secura esset, donec perducti essent in Franciam, ad monasterium cui Floriacus nomen est : ubi nunc sepulti sunt in pace, et in novissimo resurrecluri in gtoriam iltic prœstanles bénéficia petentis Patrem per Jesum Chrislum Filium Dei qui vivil et régnât in unitate Spiritus Sancti, per omnia secula seculorum. Amen.
« Au nom du Christ. Il existait en France un prêtre instruit par les leçons de son pieux abbé. Il décida d'aller chercher en Italie, où ils gisaient à l'abandon, les os du père saint Benoît. Il parvint en ce lieu désert à soixante-dix ou quatre-vingts milles de Rome; là, jadis, Benoit avait bâti et affermi un monastère par la pratique de la charité fraternelle entre ses habitants. Le prêtre et ses compagnons de voyage se préoccupaient, vu leur ignorance des lieux; ils ne trouvaient pas trace de cimetière où tenter des recherches. Mais un bouvier, consentit, à prix d'argent, à expliquer en détail les diverses parties du monastère. Quand il s'agit de découvrir la sépulture de saint Benoit, le prêtre et ses compagnons jeûnèrent deux jours et encore trois jours. Après ce temps, leur cuisinier connut une nuit le secret et, dès le matin, se hâta de le révéler [quelques considérations morales). Après avoir étudié les lieux attentivement, on découvrit une pierre sépulcrale qu'on creusa, ensuite on la brisa et on se trouva en présence des ossements du saint abbé Benoit, et dans le même tombeau, dans un caveau inférieur, séparé du premier par une dalle de marbre, les ossements de sainte Scholastique, sa sœur. Dieu ayant voulu unir dans la mort ceux que les liens du sang et de charité avaient unis dans la vie.
« Après avoir lavé et réuni ces précieux restes, on les plaça dans un linceul très pur, niais séparément, pour les emporter dans le pays [d'origine des voyageurs ] à l'insu des Romains, qui n'eussent pas manqué, connaissant le larcin, de s'y opposer, même par la force. Dieu révéla ces saintes reliques aux ravisseurs afin de faire éclater aux yeux des hommes la sainteté de son serviteur. Le linceul qui contenait les corps parut comme teint d'un sang qui semblait sortir d'un vivant. Jésus-Christ manifestait ainsi que ces deux saints vivaient auprès de lui dans le ciel, puisque leur os étincelaient de tels prodiges.
■ Cependant on les disposa sur un cheval qui les porta longtemps sans fatigue. Ni fonts ni halliers n'arrêtèrent les ravisseurs, qui attribuèrent à saint I et à sainte Scholastique l'heureuse issue de leur voyage. Ils arrivèrent sans encombre en France, au monastère île Fleury, où les deux corps reposent dans la paix et dans l'attente de la résurrection glorieuse, comblant de bienfaits ceux qui y prient, par leur intercession, Dieu le Père, par Jésus-Christ son Fils, qui vit et règne avec lui dans l'unité du Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Amen. »
VI. Nouvelles discussions. — C'était à l'anonyme de Saint-Emméran à se- mettre d'accord avec vald, car eux seuls pourraient se faire les conc
Mo, Adrevald se tenant coi, ce fui lin
ancien moine du Cassin, dotn Pietro Maria (.iusti-
niani, qui s'exerça à l'arbitrage dans une .1/
qua corpora sanctorum et Scholaslicœ nun-
' Authori lllinn et /</»•> n. Petro-Marla Jusliniano,
mono- ' po Albtntlmtliaul (Vintimille)
Mabillon, Annales, «'-< lit. Lueae, L745, i ' Voir
quam a sacro ccenobio Cassinensi ad Floriacense translata fuisse propugnatur '. Cette dissertation enchantait le cardinal Quirini, autre Cassinésien arrivé aux honneurs suprêmes, qui, dans une lettre au président delà congrégation de Bursfclds, l'appelait « une oeuvre d'érudition copieusement et subtilement conduite, qui fournit à la cause cassinésienne un très puissant secours *. Ad Reverendissimum Patrem Bedam abbatem Weso/ontanum et congregationis benediclinie-Bavaricie prœsidem gêneraient Epistola, Brixia-, 15 septembris 1753, suivie d'une Ad eundem abbatem epistola altéra, 4 februarii, 1754; il y eut aussi quelques dissertations de moindre éclat qui tiraillèrent en tous sens le récit de l'anonyme de Saint-Emmeran. Mieux vaut les citer pour n'y plus revenir : Macchiarelli (un camaldule), La favola del traspnrlo di san Benedello in Francia, in-4°, Napoli, 1713; — Controversia de translatione reliquiarum sancti Benedicti, auctore Gerardo Castael, canonico ordinis Sanclae Crucis, domus Duisburgensispriore, dans ses Conlroversiœ ecclesiasticœ hisloriœ, in-4°, Colonia?, 173-1; — Dissertation sur la Translation du corps de saint Benoît cl de sainte Scholastique, du Mont-Cassin à Fleury, par dom Louis Fabre, religieux bénédictin, bibliothécaire du monastère de Bonne-Nouvelle à Orléans, a Ce manuscrit, nous apprend Fcvret de Fontette, est conservé (1778) dans la bibliothèque de Saint-Benoît-sur-Loire. L'auteur l'a composé à l'occasion des deux lettres du cardinal Quirini et du commentaire du P. Stilting : il ne s'est pas contenté de répondre à ces deux auteurs, il a encore ramassé tout ce qui pouvait prouver la translation, et a tâché de satisfaire à toutes les objections des religieux du Mont-Cassin. » Le P. Stilting était un savant hagiographe qui continuait l'entreprise de Jean Bollandus. Le collège bollandiste flottait un peu et se contredisait avec aisance, ce qui esl peut-être une façon de s'approcher une fois ou l'autre de la vérité. Le P. Bolland avait dit : Oui, sans doute t le P. Papebrocck avait dit : Peut-être I lcP.DuSollicr: Comment donc I le P. Stilting trancha tout net : Jamais de la vie! Comme il envoyait, à son gre, des saints en paradis, il distribuait leurs reliques en ce bas monde et il prononça que le Mont-Cassin et Fleury en possédaient chacun une égale quai Le bruit de ce verdict étouffa les considérations du pape Benoît XIV, qui, dans son De servorum Dei beatificalione, 1. IV, past. II, ch. xxv, n. 52-53, soutenait la tradition du Cassin, tandis que Domenico Giorgi se ralliait courageusement dans 1' lalio ad V idus juin du Martyrologium Adonis, in-fol., Romse, 1745, à l'opinion de Mabillon. Quirini. évêque de Brescia et moine du Cassin, ne pou croyait-il, faire autrement que de se rallier à l'opinion en honneur dans son ancien monastère, et il invoquait une chronique de Brescia qu'il datait à sa tanl de l'année 883. Ces complaisances faisaient sourire. A Naples même on savait ce que valaleni le mations des moines du Cassin et leur chartrier bourre de pièces fausses. Damiano Romano publiait un joli réquisitoire sous le nom de Dissertazloni critiche leyiili sulla spurcita délia <-/ inese
finto nome di Leone Marsicano ed alC apoerifo diploma délia famosa d di <m
sul/o 11, in-l°, Napoli, 1759.
fut, ou peu s'en faut, la polémique au siècle.
\ 1 1. Vraisemi Elle n'avait pas servi a grand'chose, Justiniani
aussi, I i et Reverendlsstmi />. /'.
Angelt Martte 'juinru. s. /». B, cardinal in-fol.. \ cnetiii, i .
FLEl RY-SUR-LOIRE
essaye d'opposer l'anonyme de Saint-Emmeran à Adrevald, et lorsque l'anonyme se montrait, soucieux de ne rien avouer au delà de ce qu'il savait, l'Italien l'accusait, non pas de timidité, mais de mauvaise foi et d'ignorance. Tout ceci n'est pas assez sérieux pour être discuté et on serait tenté de s'associer au reproche fait à un bénédictin contemporain ■ d'avoir encombré son exposition de polémiques avec des adversaires souvent chétifs, presque toujours de parti pris.
A s'en tenir aux récits qu'on a lus, ceux de saint Grégoire, de Paul Diacre, de Léon d'Ostie et de l'anonyme, il est impossible de contester : 1° le sac du Mont-Cassin; 2° l'abandon total, sans souci des reliques; 3» l'arrivée d'étrangers: 4» la découverte et l'enlèvement des reliques. Autour de cette armature, des faits également certains viennent la renforcer. Les ravisseurs des reliques sont français, du monastère de Fleury, envoyés par l'abbé, formés en caravane, avec un cuisinier. Rien de plus fréquent au vnc et au vin» siècles que les voyages accomplis de cette manière; les Angio-Saxons en avaient donné l'exemple et inculqué le goût, nous dit Paul Diacre : His temporibus mulli Anglorum gentis nobiles et ignobiles, viri et feminœ, duces et privali, divini amoris inslinctu, de Britannia Romam venire consueverant l.
Au contraire du récit d'Adrevald, celui de l'anonyme n'use pas des visions. Quand la petite caravane débouche sur l'emplacement du monastère ruiné, elle se sent déroutée, et elle interroge un bouvier, prédécesseur de ces hommes simples que rencontrera Pétronax. Celui-ci explorait et exploitait les ruines pour son compte et ne devait par voir d'un bon œil cette bande, qu'il prit presque certainement pour des violateurs de tombeaux. Mais il n'était pas le plus fort, il tira bon prix des renseignements qu'il donna. La petite bande monastique rôde, fouille, scrute les coins et recoins pendant cinq jours, épargnant ses provisions par des jeûnes. Pendant la nuit, le cuisinier découvre le tombeau, tandis que ses camarades dorment profondément : postea coqao eorum per somnium revelalum est. Une vision? Le texte dit simplement. Pendant qu'ils dormaient, le tombeau fut révélé, revelalum est, à leur cuisinier, eoquo eorum. Le bonhomme peut-être trouvait le temps long, les vivres rares, la nuit fraîche, il avait fait quelques observations qui lui revenaient à la mémoire, il attendit que tout le monde fût endormi, et alla vérifier ses doutes, tout seul, a lin qu'on ne pût se moquer de « son idée, » et c'était la bonne; il vit bien que le tombeau se trouvait là où il l'avait pressenti.
La description de la tombe est conforme à ce que nous savons des tombeaux en forma (voir ce mot). avec cercueils ou cadavres posés à plat sur les dalles superposées. Le pseudo-Anastase n'y a rien compris, cet usage était abandonné depuis longtemps au xie siècle et il a imaginé une tabula ferrea inter corpus B. Benedicll et sorons ejus Scholaslicœ -. Au vnr' siècle on pratiquait encore cette méthode d'inhumation et les moines de Fleury commencèrent par perforer la partie latérale du tombeau, cela fait, ils le brisèrent. Adrevald a parlé lui aussi d'un pale/ado a latere evacuatoque locello 3 et pseudo-Anastase lui-même : efjracta a latere Patris Benedicti ejusque sororis sepulr.ro. ' Cette concordance a de l'intérêt. Lien plus, vers le vnr' siècle, les ek-rcs de l'église Sainte-Croix d'Orléans risquèrent une expédition jusqu'à Vienne,
1 Paul Diacre, llisl. Langobard., I. \ ' i. <■. wxvn. — Muratori, Scriptoi: rer. Italicar., t. n, part. II, p. 360. 1 Historia translationis, n. "■ ' Muratori. op. cit.. p. 355. - Mabillon, Vêlera Aimlecla.p. 212. — " Adrevald. Ili-.t.
en Dauphiné, pour y voler les reliques de l'évèque saint Mamert; ils réussirent à souhait, mais les fouilles pratiquées à Vienne en 1860 ont montré qu'une façon identique de procéder avait été adoptée : fracture du mur latéral et enlèvement des os à portée du bras. L'abandon des lieux permettait aux moines de Fleury de prendre tout leur temps, ils déposèrent les reliques, séparément dans un linceul, ce qui dispense de la nécessité de faire ressusciter un petit garçon et une petite fille pour distinguer les ossements. Quant à l'envoi d'une troupe par le pape, il n'est pas nécessaire d'y recourir, encore que les Romains eussent été bien disposés à s'opposer à la fuite des ravisseurs, même en recourant à la foi ce. Enfin Adrevald laisse partir pour le Mans les restes de sainte Seholastique, tandis que l'anonyme veut les garder à Fleury. Mabillon, qui. sur ce point, adopte le récit d'Adrevald, écrit : Nomina Mummoli abbalis et Aigulji monachi translationis auclorum, ulpole alienigena, ignoravit, et quod S. Scholasticse corpus Floriaci remansisse opinatus est 5. Mais le texte d'Adrevald semble insinuer la présence des deux corps pendant un certain temps à Fleury : Ibique (in veteri Floriaco) exceperunl (monachi) corporum sanctorum supradictorum sub die quinto Juliarum. Cum igilur mi mor.e fièrent, plebs Cenomanicœ urbis... afjuit obviam procedens cum civibus suis,quos pro deportando caclesti thesauro emississe gaudebanl. Sed cum ad prsedictum locum reniais, cognovissel rei verilalem, et aclus omnes venerabilis viri Aigulfi, poslulabat cum ut sibi munus promissum atque a Deo demonstralum concedere deberet. Sed isdem venerabilis vir respondit, se nequaquam
VIÎLLE SANCTORUM GERMANORUM CORPORA AB INVI-
cem separare. Et finalement il s'y résout 6. Il a fallu une députation des nobiles du Mans pour obtenir cette concession et ceci a demandé des pourparlers et du temps, un temps considérable : cum morse fierent, pendant lequel les reliques, comme l'assure l'anonyme, « reposaient en paix dans le monastère de Fleury. »
VIII. Paul Diacre et la date de la translation. — Paul Diacre, de son nom Paul Warafrid, d'origine lombarde, né entre 720 et 725, fut d'abord attaché à Didier, duc ensuite roi des Lombards, 756. En 763, il compose une pièce de vers adressée à Arechis, duc de Bénévent et à sa femme Adalperga ' ; peu après une Historia Miscella, et peut-être était-il alors moine du Cassin. Charlemagne l'appela en France s, où il se trouvait encore en 785 9. Pendant son séjour, il écrivit les Gesla episcoporum Melensium et une Vie de saint Grégoire le Grand 10. Puis, à son retour au Mont-Cassin, un homiliaire ", un recueil de sermons lt, et, pendant les dernières années de sa vie, une Historia Langobardorum 13. En plusieurs passages de cette histoire il atteste l'avoir composée après son voyage en France. Sur sa tombe, l'abbé Hildéric mit une épitaphe, dans laquelle on lisait ceci :
Besplendens cunctos, superis ut Phœbus ab astris Arcloas rutilo decorasli lumine gentes
Ce qui veut dire, d'après Angelo délia Noce, Giustiniani et Muratori, que VHistoria Langobardorum fut ébauchée en France; ce qui, a montré Mabillon, n'est pas même soutenable un seul instant.
Dans cette Historia Langobardorum, I. VI, chap. n, on lit ceci : Romoaldus quoque, postquam sedecim annos ducalum (Benevenlunum) gessil, ab hac luce subtractus
translal., a. 12. - Scriptores rcrum langobardicarum êdit. Watiz, p. 13-1 1 sq. ' îbid.,p. 17-10. — ' lbid.,p. 16. note 2. — '• Ibid., p. 21, note 2. — " Ibid., p. 20. — '■ lbid., p. 22. — <> lbid., p. 22.
I ll.l RY-S1 R-LOIRE
est : post quem ejus filius Grimoaldus tribus annis Samnilum populos rexit. De/unctoque Grimoalilo, Gisulfus, ejus germanus, duclor efjeclus est, prœfuit que Bcnevenlo annis decem et septem. Huicsociata fuit Winiberta quœ ei liomoaldum peperit. Circa hœc (empara, cum in castro Cassini, ubi beatissimi Benedicli sacrum corpus requiescit, ab aliquantis jeun elapsis annis i<asta soliludo existeret, venienles de Cenonanicorum vel Aurelianensium regione Franci. dum apud venerabile corpus se pernoctare simulassent, ejusdem venerabilis Palris pariterque ejus germaine venerandœ Scholasticœ, <>ssa aujerentes, in suam patriam asportarunt : ubi singillatim duo monasteria in utrorumque honorent, hoc est beali Benedicli et sanctœ Scholasticœ, conslrucla sunl. Sed certum est, nobis os illud venerabile et omni nectare suai'ius et oculos semper cœlestia contuenles, cxlcra quoque membra, quamvis in cinerem de/luxa, remansisse. Holum etenim singulariler dominicum corpus non vidil corruplionem; cœlerorum omnium sanclorum corpora in selernam poslea gloriam reparanda corruptions subjecta sunt, his exceptis quœ ob diuina miracula sine labe servantur.
On ne pouvait guère s'exprimer plus clairement : Vers le temps où le castruni du Cassin, où repose ps de saint Benoît, n'était qu'une vaste solitude depuis de longues années, des Français y vinrent du pays du Mans ou d'Orléans. Ayant simulé îles veilles prolongées auprès du vénérable corps, ils enlevèrent les ossements du susdit vénérable Père et de sa bienheureuse sœur Scholastique et les emportèrent dans leur patrie, où l'on a bâti séparément deux monastères en l'honneur des deux saints Benoît et Scholastique. Il est néanmoins certain que cette bouche vénérable et plus suave cpie le plus doux nectar, ces yeux qui contemplaient sans cesse les choses célestes, et d'autres membres encore, nous sont restés bien que réduits en décomposition. » Circa haec lempora est peu clair. Mabillon, qui faisait grand cas du récit d'Adrevald, fixait l'enlèvement des reliques à l'année 653 '. Ceci fait dire à Adrevald qu'il eut lieu sous Clovis II, or il n'en dit rien, mais seulement que Fleury fut fondé sous ce prince et cum processu temporis cvolventibus annis, Leodebod mourut, Mummole lut les Dialogues de saint Grégoire et envoya Aigulfe en Italie ;. Il his le I" livre des Miracles de saint Benoît, le même Adrevald écrit que l'enlèvement eut lieu sous le règne de Constantin Pogonat (GG8-685) : Circa hœc tempora haud dubium quin Constantino imperante, cum in Castro Cassini. ubi beatissimi Bcncdieli corpus reguiescebat aliquantis '■'... Le P. Le Cointe adoptait la date G73 *, qu'il croyait s'accorder avec le récit de Paul Diacre, suivant en cela Teneur commise par Adrevald qui n'a pas remarqué que Paul Diacre, après avoir rail. VI, cli. i, il, m) les faits relatifs à la province de Bénévent, revient en arrière pour reprendre l'histoire générale de l'Église et des Lombards, (.'est ce qu'a vu le P. Stilting, qui a montré que le Dum in Ilalia geruntur qui ouvre le chapitre iv, ne contredit nullement le circa hœc lempora du chapitre n. 1. 1 date visée n'esl donc ni 653, ni 673, elle se place entre 690 et 7U7, pendant l«v années du gouvernement de la province de Bénévent par le duc Gisolfe Or, les Annales I.aarcsliamenses (Lorsch) débutent ainsi : Anno DCCIII, translatio corporis
Mabillon, Acta and. (>. s. lt.. laec. n. Translatio S. Benedicli ai GaUtam, n. i. p. :::',:.; Annales bened.,aà ann. o.".:!. I. IV. n. 29. ■ Adrevald, Historia tramlaltonU s. BenedteU, n. 3, tait, de Certain, i>. 3-4. — ' Siiracula, l. It n. 2. ■ Le Cointe, Annales eceleglastlci Francorum, t. m, ad ann. 673, n. 12. 'Acta lanct., leptembr. , 1. 1, !' 736 Atgulfo, notœ prorata:, n. 36, '■>'■
*Annalet Lauresaamenses, dans Monum. Germants htstorlca,
sancti Benedicli abbatis de monte Cassino *. On ne peut rien souhaiter de plus clair et de plus formel et celte date confirme le synchronisme indiqui Paul Diacre et la conjecture de P. Stilting. Or, l'année pi 7(12, le duc Gisolfe avait envahi la Campanie, incendia et depredationes jaciens ' et emmenant beaucoup de captifs.
Si ruiné que fut le monastère depuis l'an 580, la position stratégique aura pu attirer le duc Gisolfe. C'est du moins ce qu'on est en droit de supposer d'après cette indication fournie par Paul Diacre, d'après laquelle Gisulfus Beneventanus auclor Suram Romanorum civitatem, Hirpinum alque Arcem pari modo appida cœpil. Et on a fait remarquer que cet Arcem rappelle la mention qu'on lit dans Paul Diacre : ...in castra Cassini quod Arx appelalur ', ces mots du poète Marcus : liane Inrum quondam uocilaveral Arcem » et cette note aux Dialogues de saint Grégoire dans un manuscrit de Milan (vm« siècle, début).... Benedicli condiloris vel abbatis monaslerii quod appellatur Arcis, provincise Campanile 10.
Au lendemain de cet événement, les ruines peutêtre aménagées peu à peu par des pâtres avaient dû perdre leurs habitants, peu désireux de faire connaissance avec les soldats de Gisolfe, en sorte que les ravisseurs ne rencontrèrent guère qu'un seul individu, un bouvier.
IX. Le témoignage de Paul Diacre. — ■ Au ix" siècle, voici ce qu'en pense Adrevald : Unie sacratissimœ (ranslalioni... ulteslutur Paulus monachus, in historix gentis siue libro sexto ila inquiens : hœc lempora "...
Au xi° siècle (début), le pseudo-Anastase ne cite pas Paul Diacre, mais adopte le fait de la translation avec la date donnée par Adrevald '-.
Au xic siècle (fin), Léon d'Ostie écrit : Cœterum i/ui Pauli Diaconi, veracis ulique el insignis histori phi, teslimonio super hoc se julciri existimanl, noverint consuetudinem hanc esse rerum geslarum scriploribus, ut in narrationibus suis vulgi opinionem sequantur n.
Bestait à interpréter le texte. Ko France, on disait : les ravisseurs ont apporté ossa (anonyme de Saint- Emmeran); en Italie, on disait (pie la bouchi yeux et d'autres membres tombes en deeouiposi tion, quamvis in cinerem de/luxa, avaient été laisses. Si on peut demeurer perplexe sur la nature des indications qui, à partir de 720, permirent aux moines, rentres avec Pctronax, de reconnaître dans les débris, réduits en cendre depuis 513, et qu'on n'avait pu emporter en 703, des yeux et une bouche, il semble superflu d'entamer sur ce point une discussion qui ne saurait, en tout «lai de cause, aboutir a rien. Cette consolation qui- se donnait Paul Diacre exprimait peut-être un fait vrai, mais certainement ses confrères du Mont-Cassin, â l'époque où il y rentra et y écrivit son Histoire, après 7M2. n'avaient rien d'autre à présenter que quelques cendres retrouvées peut-être dans le tombeau; quant aux ossa, Pau] reconnaît (ainsi que l'anonyme de Saint-Ermn qu'ils n'y sont plus : 1 sa aujerentes... ossa
asportarunt. il est trop évident que, si les cendres mil été abandonnées, il faut entendre par ces mots les chairs décomposées sur l'état desquelles il
i. i. p. 22. : Paul Diacre, Hlstor. Langobardorum, I. VI, c. wvii. Paul Diacre, Htslor. Langobardorum, I. 1.
<•. \\\i. — B Marcus, Carmen 'le S. Benedtcto, /'. /... t. i \w. col. 183. "' Mi. i: i ■'. toi. 18, el i i toi
\.ii<-\ :ilil. 1 1< (dir.li///i. .s. BenedteU, c. \i. - ■ Muratorl, Scriploret r<r Itatlcar., t. m. part. I. p. 1 Léo Marsicanux, Chron. Castn., I. 11. <-. tuv, /'. /... i. i i \ mu. col. c,:.-.
FLEURY-SUR-LOIRE
impossible de rien préjuger, faute d'indication. Cependant l'anonyme dit qu'avant de les emporter, les ravisseurs procédèrent à un lavage dès ossements : congregalis vero ossibus et lavatis; comme les deux corps étaient dans des cercueils ou tout au moins dans une tombe étanche, l'action de la terre n'avait pu s'exercer directement sur les corps livrés à la seule dissociation des éléments biologiques. La putréfaction avait dû laisser ces tristes traces qu'elle laisse toujours, les vêtements corrompus, peut-être les souliers, la ceinture de cuir, tout cela devait faire des débris d'un transport difficile et peu désirable pour une caravane pressée de rentrer chez elle sans donner l'éveil en route. C'est sans doute tout cela, débris de la chair, des vêtements, peut-être ceux qui furent détachés des ossements par le lavage qu'on aura sans aucun doute, faute de pouvoir et de vouloir et de savoir les emporter, relégués dans un angle de la tombe où les moines de Pétronax les auront retrouvés, et c'est de cela que Paul Diacre écrit avec vérité : sed lamen cerlum est nobis... remansisse 1.
On conservait donc très vraisemblablement au Cassin des débris dont la nature était impossible à déterminer, mais dont l'origine était certaine. On possédait mieux que cela, et ce qu'il n'était pas au pouvoir des ravisseurs d'emporter, on gardait l'emplacement primitif, le locus consacré par la depositio. Nous avons eu trop souvent l'occasion dans le Dictionnaire d'insister sur l'importance que les chrétiens accordaient au lieu où avait reposé le corps saint pour entamer ici une discussion à ce sujet. Qu'on se rappelle des travaux entrepris dans les catacombes par saint Damase pour amener les fidèles jusqu'à l'endroit même où les corps des martyrs illustres avaient été ensevelis. La persistance apportée à bâtir l'une après l'autre des églises sur un emplacement immuable n'avait pas d'autre raison que de s'attacher à l'endroit matériel de la déposition. Les restes avaient souvent été violés, enlevés, transférés, mais en fait de restes l'antiquité chrétienne était peu exigeante. Les brandea approchés d'un tombeau, les ampullœ gardant l'huile des lampes passaient au rang de reliques. C'était le sarcophage qu'on raclait, qu'on grattait, qu'on écornait de son mieux et on ne doutait pas qu'on eût des reliques du saint. Posséder la tombe, l'excavation, équivalait à posséder le corps même. On organisait des pèlerinages, on faisait des donations à cet emplacement dépouillé. A la fin du ixe siècle, on emporta de Poitiers pour les soustraire aux Normands les reliques de saint Hilaire qu'on déposa au Puy-en-Velay. Missels, proses, martyrologes constatent ou relatent cette translation; en 1162, 1428 et 1655 on fait la reconnaissance des reliques et cependant les fidèles continuaient à venir vénérer le corps absent; c'est-à-dire venaient implorer sa protection et son intervention sur le lieu où ils s'attendaient à en recevoir les effets surnaturels. Des chartes se succèdent sans interruption en 868, 878 lorsque le corps était peut-être encore à Poitiers, en 922, 940, 1104, 1119, 1126, 1160, 1161, alors qu'il n'y est certainement plus, et toutes usent de la même formule : basilica sancli Hilarii... ubi ipse preciosus
humano corporc requiescil, ibi super sanctissimum
corpus; super allare unie corpus beali Hilarii;... in
1 On a cité tels manuscrits qui porteraient : eum in Castro Cassini ubi sacrum corpus requiescit, soi lieu de requiescebat (Muratori, Sir i pi. rer. Uni., t. h, part. 2, p. 348); les meilleurs manuscrits portent requiescil et Paul Diacre n'a pu s'exprimer autrement, parce que toutes les fois qu'il a eu occasion de parler du Mont-Cassin ou du tombeau de saint Benoît, il s'est servi d'une expression analogue, Histor. Langob., 1. I. c. XXVI; I. VI, c. xi.: Homilia de S. Benediclo. P. I... t. xr.v. col. 157'.'. Gaillard, / Hssi rtation sur les
basilica qua sacralissimum corpus ejus quiescit;... juravimus super corpus;... ante corpus B. Hilarii '.
Et voilà ce dont on n'avait pu dépouiller le Mont- Cassin et ce qui lui demeurait. Un historien que je me reprocherai de contredire pense que les moines de Pétronax ont retrouvé — en vérité, il faut citer — ont retrouvé « des os de la bouche et des yeux. > Je ne crois pas qu'il existe des os de la bouche dans un squelette (à part les dents), quant aux « os des yeux... • Peut-être? Au temps de saint Benoît I Mais il faut prendre garde, lorsqu'on s'aventure sur cette question qui a le mystérieux privilège de faire déraisonner. Ainsi, pour amoindrir l'autorité de Paul Diacre, le cardinal Léon d'Ostie explique que les historiens ont coutume de suivre les racontars populaires in narralionibus suis vulgi opinionem sequantur. La preuve en est, continue le cardinal Léon d'Ostie, que dans saint Luc, beata Maria Joseph palrem Domini appellal; et, dans saint Marc, Herodes pro eo quod puella caput Joannis Baptistse quœsierut dicilur contrislalus, ce que, déclare le cardinal Léon d'Ostie, ulrumque nequaquam verum fuisse nemo qui nesciat '.
X. Adrevald et son récit. — Adrevald c'est Adalbert. Mabillon l'a montré et l'opinion semble désormais admise. II était moine à Fleury et dès l'enfance, parvulus, en l'année 826 '. C'était un moine un peu crédule, mais très laborieux; vers 878 ou 879, il cessa de tenir registre des miracles accomplis auprès des reliques de saint Benoît, et passa la plume à Adelaire. Avant de s'établir greffier des prodiges qui arrivaient à sa connaissance, le digne homme avait composé une Hisloria translationis dont il aimait à se souvenir 6. Il n'avait cependant pas lieu d'en être fier, on a vu pourquoi. La vérité n'était pour lui que matière à fantaisies qui dénaturent les faits qu'il est censé rapporter 6. Tout ce qui est de son cru est suspect, mais tout ce qui, à travers ses déformations, reste conforme au récit de l'anonyme de Saint-Emmerarî devait être bien notoire pour qu'il n'ait pu l'accommoder à sa façon.
Adrevald raconte que ce fut l'abbé Mummole qui envoya Aigulfe au Mont-Cassin. Comme un abbé de Lérins nommé Aigulfe fut martyrisé et qu'on possédait sa passio à Fleury, Adrevald remarqua qu'on n'y disait rien du nom de l'abbé qui avait reçu Aigulfe à la profession religieuse; cette lacune lui déplut et il inséra le nom de l'abbé Mummole, puis, voulant corser un peu cette passion, il raconta que c'était ce martyr Aigulfe, qui avait fait le voyage du Mont- Cassin et dérobé les ossements. La preuve en était que Mummole, Aigulfe et le voyage se trouvaient écrits tout au long dans une certaine Hisloria translationis; Adrevald n'ajoutait pas que cette Hisloria translationis était de son invention.
Pourquoi ce choix de Mummole? Parce que Adrevald ne savait pas à quelle époque exactement le fait était survenu. Paul Diacre disait circa hœc lempora et parlait de Gisolfe, mais tout cela était loin, dans le temps et dans l'espace, et comment, vers le milieu du ixe siècle, un moine de Fleury pouvait-il découvrir à quelques années près le règne d'un duc de Bénévent. L'abbatiat de saint Mummole avait duré de longues années, il semblait appartenir à peu près à la période requise, Adrevald n'en demanda pas plus.
reliques de suint Hilaire. dans Bulletin de la Société îles antiquaires de l'Ouest, 1861, 1. 1, p. 264-300; Rédet, Documents pour l'histoire de l'église de Saint-Hilaire de Poitiers. 768- 790, dans Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, 1848-1857, t. xiv, p. 1-362, t. xv, p. 1-462; voir t. xiv, p. 21, 119-122, 125, 163. 16S. — ■ Chron. Casin.. 1. II. c. \i iv. — « Adrevald, Miracula, 1. I,n. 2S, édit. de Certain, p. 65. Ihul..n. 11.— .lcld sancl.. septembre. 1. 1. p. 732- 736.n. 17-18,33-36.
FLEl i; Y-SUR-LOIRE
XI. La lettre nu pape Zacharie. — ■ C'est encore Adrevald, dans son livre des Miracles, qui raconte ce qui suit (n. 10-17; : Pépin le Bref avait un frère nommé Carloman qui se fit moine au Mont-Cassin. On ne manqua pas de l'entretenir des ossements de saint Benoit enlevés par des Francs et le nouveau venu, pour faire preuve de zèle, suggéra — auctore Carlomanno — d'envoyer une belle ambassade au pape Zacharie, auprès duquel il se chargeait de l'introduire. Le pape trouva leur demande fort juste et, à ce prince français qui voulait dépouiller la France d'un trésor spirituel, il donna une lettre pour le maire du palais Pépin et il chargea Carloman de la lui remettre. Cette lettre demandait la restitution des reliques à l'Italie. Pépin eût donné les moines de Fleury en sus des reliques, mais on ne lui demandait pas tant: il accorda donc les reliques et enjoignit aux moines de les remettre a Carloman et a un de ses bâtards Rémi, évêque de Rouen.
A Fleury, ce fut bien autre chose. L'abbé Médo parut se soumettre, il savait qu'on gagne peu à résister en face; il laissa aux envoyés de Pépin la liberté <li retirer les reliques et s'abstint de paraître ainsi que la communauté. Mais en approchant de la crypte aux reliques, voilà que Rémi et ses gens furent pris d'une terreur folle; ils n'y voyaient plus, hurlaient, se croyaient aveugles, se roulaient à terre. On ne sait trop ce qui leur avait pris. Les imaginations des hommes de ce temps étaient fort accessibles à la terreur que répandaient les histoires de châtiments providentiels réservés aux violateurs de tombes. Adrevald dit : miracle et cécité. Peut-être, mais il n'y était pas, nous non plus; disons panique, et voilà les gens en proie à une crise d'effroi ; l'abbé qui attendait en prières le résultat espéré, survient et pardonne, clementer induisit. Toutefois, il n'es) plus question d'emporter les reliques et très modestement on se contentera de ce que l'abbé consentira à donner alque ex ejusdem pretiosissimi con/essoris Chrisli corpore reliquias benignissime eonlulil.
Voici l'épisode. On peut y voir ou n'y pas voir un miracle, mais il y a autre chose. 11 y a une démarche du prince-moine Carloman, de la communauté du Cassin et du roi Pépin, qui se développe à l'occasion d'un document : la lettre du pape Zacharie. Si cette lettre est authentique elle équivaut à une reconnaissance éclatante de la présence des ossements de saint Benoit à Fleury. Mabillon », Mansi *, et d'autres * la recevaient pour authentique, Jaffé la tient pour apocryphe *, Hahn et Lœwenfeld la déclarent de nouveau authentique et prouvent leur dire i. Cette authenticité enfin se trouve combattue par Domenico Bartolinl pour des raisons telles qu'on ne peut guère leur faire l'honneur de les dit cuter ".
Zacharias episcopus, servus servorum Dci, sanclee sedi principis apostolorum beali Pétri prœsidem omnibus episcopis ac presbylert salutem dicil.
Iù/regius apostolus dicil : Diligentibus Deum omnia cemperaidur in bonum. lit iterum iitem ipse : Dum tempus habemus, operemur bunum nd omnes. lit item Scriplura : quam speciosi pedes evangelixantium pacem, evangelizantium bona. Innotuerunt ni, lus religiosus abbas et presbyter Cassint monaslerii beuti llenedicti et Karlomanniu lin* umubilis monachus, germanu* filii nostri Pepini excellentissimi maioris domus, per hus praesentes religiosos Del serve* mono chos, concordiie et pacis sermonts mtcr cuin de lirip,
' IfabUlon, n. édlt. Venetiii,
LnnoL bened..l. XXII. édlt. 1717, n. 12. — ' Mansi, amplU. ii.ii.. t. \u r. /... 1. 1 \w, col 9
— * Jaflé, Krgesin pontifteum romanorum, 1851, p. 942,
UICT. Ii'aIICII. CHR1
nem, /ratrem ejus, expedire nos miltcre. El ut nos hœc ipsa admonendo dirigamus exceUentiœ jam dicil Pippini, filii nostri, ut ad pacis concordiai vobis propler Deum pacificis mcdialoribus; verum etiam pro corpore beali Benedicti quod furtive ablatum est a suo sepulchro, ut ei rcstituutur. In hoc opère pietalis et misericordiœ libenler aurem accomodare hortamur dileclionem ac sanclitalem vestram, ut primum omnium frater ad fratrem pacis jure in unum redeal, il confundalur iniquilas e medio eorum, caritas vero Dei, vobis prœdicantibus et tninislraniibus, exuberet inter eos. Deinde et prsefali beali Benedicti corpus juxla petilinnem servorum Dci sublimitus dilecti filii nostri Pepini, vestra coopérante sanctitale, indubilantes ad proprium remittal locum ut etiam dicti servi Dei de suo gaudeanl sibi resliluto patre, vosque perhennem habenlis mercedem cl laudem, pro eo quod juste operati fueritis, ut ad suum sanctissimi viri corpus re/eratur lumulum ex quo clam ablatum est. Sec enim habel sanctitus vestra, quod in hoc bono opère restitulionis ejus ofjensionis pcrtimcscerc debeat coram Deo, dum credilur, quia ad obtinendum hoc ipsius sufjragantibus oralionibus et volunlale pne/ati religiosi Dei servi sint permoti. Yalete!
Et voici l'aveu par la communauté du Mont- Cassin, aveu homologué par le pape de Rome de l'enlèvement des reliques. Seulement Adrevald a voulu faire mieux et plus, et il a eu la main malheureuse. 11 a donc fait venir Carloman et il a mené Rémi a Fleury. Mais en 717. Carloman n'était pas encore au Cassin et il ne vint en France qu'en 754; Rémi n'était archevêque de Reims qu'en 755. Une fois de plus on est en droit de suspecter la véracité des fantaisies dont Adrevald a encadré la lettre; quant au document pontifical, il parait ne s'en trouver pas plus mal.