‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 3)Chapitre 77 sur 423 · II. Leclercq · texte numérisé non relu

II. Leclercq

1 . FLORENCE. — I. Origines du christianisme. II. Épigraphie. III. Sarcophage. IV. Mosaïque. V. I'yxide. VI. Le Codex Amiatinus. V 1 1. Bibliographie.

I. Origines du christianisme. — Les origines chrétiennes de Florence ne nous sont connues qu'à partir d'une époque déjà tardive. Cette ville, destinée a une si illustre renommée, n'apparaît que tardivement d: us l'antiquité. Florentia in liiieris anliquis raro occurrit. On ne possède aucun indice de la pri des premiers prédicateurs de l'Évangile. Le chroniqueur Villani «lisait aver trovata per più aniiche cronache, che al tempo di Xerone imperatori nella nostra cilla di Firenze e nella CorUrada, prima ju rerata da la géra fede di Crlslo, per Frontino <• Paolino, oh 'h S. Pielro, ma ciofu tacitamenle per paura dé vicari e proposti degli imperatori, che eranu, idulalri

'Buonarotti, Osservazioni sopraalcunt frammenti di \ asi anttchl 'ii velro, in-r, Firenze, 1716, pi. vi, n. 1.- 'S. Pau- Un, Epist., xxxn. wl Seuerum, /'. 1... t. i.xi, cul.

'le Port chrétien, 1857, p. 505-507. — ■ Mabilion, Analcrta, l. rv, p. 416, cl. Buonarotti, op. cit., p. 16; Macarlo, llagioylmui. ln-8°, Pari», 1856, p. 10, 132, 117. I 18, 238. — ' Le Blant, Sara {ries, pi. îx. — ' J. Spon,

Recherches curieuses d'antiquités, p. 34. Villani, Chro-

ii'irhr. i. i. t. i.MM, dans ('•■ I'.. RJitori, Delta ventila t

drl soggiornn di S. AmbroçlO ai Firenze, thms Archtvio ■ Ualtano, : V. i. x\\\i. p. 248.

Narbey, Supplément ans Bohandistes i>nar les I

de l'époque mérovingienne, ln~4°, Paria, 1809, t. i, p. 103-106. " «.m. ii. Osservazioni ttorleo-eriltche tntorno a un aniiea IsertUone relativa " S. Paolino veseooo ai Lucca,

mr.T. d'arcii. CHB1 i .

e perseguitavano i crisliani '. On peut en croire ce qu'on voudra. Frontinus était modeste, il disparut sans laisser de trace dans les documents, mais un peu plus de trois siècles plus tard il devint évêque de Périgueux : on soutient que c'est le même personnage '. Celui-ci casé, il reste à s'occuper de Paulinus qui, par un semblable prodige de longévité, devint évêque de Lucques, au rv« siècle ». Ils avaient eu, d'après plusieurs, un compagnon dans leurs travaux apostoliques, saint Romulus •, qui réparait, lui aussi, vers la fin du iv« siècle et à qui saint Ambrolse adressa deux lettres 10.

Jean Lami estimait que la prédication de l'Évangile à Florence devait se placer vers la fin du IIe siècle, puisque la communauté avait compté des martyrs au siècle suivant". Peut-être faut-il retarder un peu plus et jusqu'à la fin du m« siècle. Les inscriptions trouvées en 1736 à Santa Félicita et d'autres encore de nos jours1* n'indiquent rien avant le iv« siècle. Il est vrai qu'on lit dans un écrit d'Optat de Milève que, parmi les évêques venus à Rome en 313 pour tenir le concile convoqué par le pape Melchiade, se trouvait un Félix a Florentia Tuscorum u. Le témoignage est de ceux qu'on ne récuse pas ; cependant il faut observer que cet évêque n'a laissé aucune trace de sa personne. Le chroniqueur Villani dit encore : Kella nostra citlà di Firenze si comincio a coltivare la verace fede ed abbattere il paganesimo al tempo di.... Che ne /u vescovo in Firenze, falto per papa Sitveslre «*, et comme Silvestre gouverna l'Église à partir de 311, Félix, siégeant à un concile de Rome en 313, n'a pu être consacré par lui.

Un manuscrit de la Bibliotheca Riccardina, n. 3005 (olim 3138), du xii'-xiii» siècle, porte cette indication : In festo S. Zenobii episcopi et confessoris pains nostri, cujus sacralissimum corpus in nostra, Deo gratias, requiescit ecclesia, et encore : farinais processionem de ecclesia Sancti Joannis in ecclesia sancte lleparate, in qua canlatur : Jam non dicam, quia ipse est nosler apostolus ,s. Ce répons Jam non dicam se trouvait dans l'office des apôtres. On pourrait donc induire que le premier évêque de Florence ne fut pas Félix — ce que d'ailleurs saint Optât ne dit pas — mais Zenobius.

Ughelli découvre même un prédécesseur à Zenobius; ce serait un évêque Théodore '*, dont il aurait vu un portrait dans le dôme parmi les saints patrons; portrait cherché en vain par Moreni ", et que personne n'a pu découvrir, à moins qu'il ne s'agisse d'une peinture du xv» siècle. Gori avait adopte ce dore et il écrivait1": Cum eidem sancta Irrlesiae (Florentins:) prœesset S. Theodorus, quo sedente m Florenlina cathedra perhibenl monumenla eum ronsecrasse basilicam et baptisterium s. Joannis, ni in ejus historia, Deo danle, ostendam. Mais la dl tation promise n'a jamais été écrite el les documents sur lesquels elle se lut appuyée s, ml et lestent apocryphes. Ce Théodore es1 parfaitement inconnu à Paulin le diacre et biographe «le saint Ambroise, à

saint Ambroise lui-même, à Laurent d'Ain. illi. auteur

Lucca, 1002. — ' Foggini, La aéra itorla di s Itomolo, lionia e Lucca, iT'.ij; Laml, dani Novelle letterarie, 17U. 1745, 1T.M. it.'i.'î. — i" s. Ambrolse, Epist,, lxvi et i.vmii. dans opéra omnia, Mediolanl, 1S73. ■ — " J. Lami, De erudilione apostolorum, in-r. I lorentl p, 646,

n. 184. : L. Melani, \fujeo topografleo dell'Étruria, Firenze, 1898. — "S. iipiiit, />, schtsmall donatistarum, 1. I. c. xiii. /'. /... t. \i. cl. 908 sq. ;' Villani, Cftronache, 1. 1, c. L\..lnns RJstori, op. cit., p. 249 2 manuscrit porte le titre de Rubriem Ecch ■ i ghelli, /(alfa sacra, Venetlis, 1738, t.iu, p. Ii fogni, M'iuarn Istoriehe detVambrosian ira ai

s. Lorenxo, p 16, n. 1. " A. Gori, Inscript, antlquar, qua In Elrurla urbibus asservanlur.io ' 1 1 1. p. ai i .

FLORENCE

d'une Vie de saint Zénobius ', et à Villani; en sorte que Lami l'a enterré à jamais en écrivant que, sur ce personnage imaginaire, non si ha allra notizia, di quella che danno gli atti apocrifi e le storie supposilizie di questo sanlo (Zénobius) onde vi è gran ragione di credere che non si sappia niente del nome di questo vescovo !. En fait, la plus ancienne mention de saint Théodore se lit dans la légende de Zénobius, mise sous le nom d'un saint Simplicianus, dans un manuscrit du xmc siècle *. Mais le véritable Simplicianus mourut avant Zénobius et n'écrivit que quelques lettres, d'ailleurs perdues, à saint Augustin; il occupa le siège de Milan et mourut en l'an 400.

Ainsi donc, pas d'évêque Théodore; un évêque Zénobius qui, en 393, ne l'était pas encore au dire de Laurent rî'Amalfi : licet tune lemporis needum esset (Zénobius) pontificali stigmate decoratus. Y avait-il même un évêque de Florence à cette date? On en douterait en voyant que c'est à un étranger, un évêque de passage, des plus qualifiés il est vrai, que s'adressent les Florentins pour faire consacrer leur église principale, dédiée à saint Laurent. Cet évêque de passage n'est autre que l' évêque de Milan, saint Ambroise. Nous avons dit (voir Flavien (Nicomaque) dans quelles circonstances, en 393, il quitta sa ville épiscopale, où il ne voulait pas se rencontrer avec le tyran Eugène : Derelicta civitale Mediolanensi, ad quam ille lestinate veniebat ad Bononiensem civilalem migravit... déclinons magis aspectum sacrilegi viri, non formidans imperantis injuriam l. A ce renseignement donné par son biographe, le diacre Paulin, saint Ambroise ajoute : Ego ad Bononiense invilatus conviuium, ubi, sancti martyris celebrata translalio est 5. A Bologne, on s'occupait de rechercher les reliques des saints Vital et Agricola. L'évêque de Bologne s'appelait Eusèbe; il avait siégé à côté d' Ambroise au concile d'Aquilée de 381 et trouvé avec lui les reliques des martyrs de l'an 303, enterrées dans le cimetière juif : Sepulli eranl in Judaeorum solo inler ipsorum sepulcra... illic igitur martyris exuvias exquirebamus, lanquam rosam inter spinas e. et Paulin dit aussi : non eral cognitum populo christiano, parlant du lieu de la sépulture, nisi se sancti martyres sacerdoti ipsius ecclesiœ révélassent. C'était donc Eusèbe, sacerdos ipsius ecclesia', qui dirigeait les recherches. On ne nous dit pas où les reliques de Vital et Agricola furent déposées après leur découverte; vraisemblablement on ne les laissa pas dans le cimetière juif où d'ailleurs il ne devait pas se trouver d'oratoire pour les abriter. Mais ce n'était pas là ce qu'on nommait proprement « translation », d'ailleurs interdite par la loi : Humanum corpus nemo ad altcrum locum transférât; nemo Martyrem distrahat, nemo mercatur. Habeanl vero in polestate, in quolibet in loco Sanctoram est aliquis conditus, pro ejus veneratione, quod martyrium vocandum sit, addant, quod volucrinl fabriearum '.

Saint Ambroise ne s'attarda pas à Bologne : Ad Bononiensem civilalem emigravit, inde Faventiam 8 usque perrexit. Ubi cum aliquantis degeret diebus invilatus a Florenltnis ad Tusciam usque descendit' et saint Ambroise dit aussi : Non huic dirigebar iter, sed quia petitus a vobis surn ">.

1 Laurcntii Amalphitani archiep., Vita S. Zenobi. Firenze, 181:'.. p. 34-41. '• .1. Lami, Charilonis et Hippophili Hodoeporicon, p. 528. — *Bibl. Laurent, Pluteo XXVII 1. n. xiv. p. 138. — * Paulin. Vita s. Ambrosii, c. vin. n. 27. — ' S. Ambroise, Exhortai, virginitatis, c. i. n. 1. P. L., t. xvi. col. 335. — • Ibid., ç. i. n. 7. - r Code Théodosien, 1. IX. lit. xvn. loi de Gratien, Valentinien et Théodosc. du 2r, février 386. ' Faenza. — ■ Vitu S. Ambrosii, c. vin. n. 27. P. 1...1. XVI, col. 36. '° Exhortât, vïrginit.. ci. n. 1. /'. 1... I. xvi, col. 333. • >' Borghinj, Discorsi, Milano, 1808-1809, t. iv, p. 197; Muratori, Annali

De Bologne il vint a Faenza, de Faenza à Florence dans les premiers mois de l'année 393 u. Il écrit alors : Venit Paschœ dies, in loto orbe baptismi sacramenta celebrantur, velanlur sacra: virgines I2, ce qui date suffisamment son séjour; à Florence, nous dit Paulin, il habita in domo clarissimi quondam viri Decentis etquodestamplius chrisliani ". CeDecens, à qui Paulin donne le nom de clarissime, devait être décurion ou sénateur "; il avait épousé Pansofia, de qui il avait un fils qui fut exorcisé et ressuscité (?) par la vertu de l'évêque de Milan. Paulin dit encore : et quod est amplius crisliani, ce qui induit Manni à écrire : che fosse di quel tempo ed in questo paese cosa rara Cesser cristiano 16. ce qui est peu vraisemblable, car alors la communauté chrétienne n'eût pas été en mesure d'avoir un évêque et une basilique.

Cette basilique fut peut-être la première élevée à Florence depuis la paix de l'Église. On ht, à son sujet, dans une bulle pontificale de Clément III, en 1091 : fuit capul ecclesiœ florentinœ, et de même dans une bulle d'Honorius III de 1225 et encore de Jean XXI, en 1296. En 1394, le 12 février, la Seigneurie de Florence ordonne : Considerato quod dicta ecclesia est collegiata et in Ma per solemnes clericos divina officia celebrantur lam assidue quam dévote, prout in quacumque alia in qua solemnius celebrantur, additoque quod antiquitus pênes ipsam Ecclesiam civitalis Florenliœ residebal Antisles, diciturque ibidem beatus Zénobius, dicte Ecclesie episcopus, migrarel ad dominum, et sic lam ob reverentiam beati Laurentii, quam ob caussas antediclas, volentes infra scripla oblatione dictam Ecclesiam honorari, etc. 16.

On n'en a pas moins soutenu l'existence d'une église primitive dédiée au Saint-Sauveur, qu'on peut tranquillement nier " pour s'en tenir à l'église primitive dédiée à saint Laurent, dont la fondatrice fut une femme pieuse nommée Juliana, mère de trois filles et qui s'adressait à saint Laurent pour obtenir un garçon. Ayant obtenu satisfaction, elle nomma l'enfant Laurent et bâtit une église. Saint Ambroise lui met ces paroles sur les lèvres : Serviebam viro et laborabam ut placerem. Misertus est Dominas et fecit altaris minislrum, continuoque et mihi et vobis raplus est, et encore : Pater vobis fuit dives gratia non pecunia, opulenlus ministerio non palrimonio. Le ménage s'était donc séparé, le père s'était donné à la vie cléricale et la mère à la vie religieuse. Egregia sane femina qua? sibi nihil reliquit, lolum quod habuil. Deo obtulit. cuius vita institulio disciplina; est et quaedam formula castitatis, bono proposilo et meliori magistro. Exemplum enim viduitalis et virginitatis magisterium est. Du petit garçon on faisait un lecteur, de sorte que la mère invenit in Ecclesia... filium sacrum leclionum oracula personantem. La fondatrice assista à la dédicace : Ea igitur sancta est Juliana, quœ hoc templum domino paravit et obtulit, quod hodie dicamus ls.

Cette dédicace fut donc accomplie par saint Ambroise, qui déposa sous l'autel des reliques des saints Vital et Agricola, et non pas les corps entiers, restés à Bologne : Dctuli ergo vobis, quœ meis legi manibus, id est crucis tropheea... nos legimus martyris clavos et multos quidem ut plura fuerint vulnera quam

d' Italia, Venezia, 1830-1836, t. xv, p. 110; S. Ambroise. Opcra. 1686-1690, t. n, p. 275-276. — » S. Ambroise, Exhortât, virginit., c. vu. n. 42, P. L.. t. xvi, col. 349. — " Paulin. Vita Ambrosii, c. vm, n. 28, P. L., t. xvi, col. 36. — " De Vit. Onomasticon; Du Cange, Glossarium : clarissimi dignitas; Mommsen, Nettes archiv, t. xiv, p. 509. 11 Manni, Principi delta religione cristiana in Firenze, 1. 1, c. xi. — " Arch. di staio di Firenze, Reg. délie Provisioni. ad. ann. 1394. — " B. G. Ristori, dans Archivio storico italiano, 1905, t. xxxvi, p. 254-259. — " Ibid., p. 262- 263; nous donnons plus loin son épitaphe.

FLORENCE

membra... colligimus sanguincm Iriumphalem et crucis lignum. On a dit aussi que saint Ambroise avait déposé le corps de sainte Concordia, à lui donné par le pape Damase, mais, en 750, les reliques de cette mime Concordia se trouvaient encore au cimetière de Balbine, d'où elles turent ramenées dans Rome '; quant aux reliques du saint abbé Amatus également employées pour cette dédicace, le saint n'étant pas mort à cette époque, — n'étant même pas encore né, il mourut en 617 — on s'en passa probablement ". Enfin les reliques du pape saint .Marc, mort en 336, demeurent paisiblement dans leur tombe primitive 3 (voir Dictionn., t. n, au mot Balbine).

Le sermon de dédicace a été délayé et allongé par saint Ambroise qui en a fait le traité : Exhorlatio virginitatis '.

II. Épicraphie. — Si l'épigraphie chrétienne florentine n'offre pas un ensemble de textes précieux par leur antiquité, par leur histoire ou par leur vocabulaire; si elle est même relativement pauvre, en comparaison des autres cités italiennes, du moins débutet-elle noblement.

Un fragment de tablette de marbre, trouvé sur l'emplacement, et probablement dans les cryptes de la basilique Laurentienne, entra alors dans le cabinet d'antiquités du sénateur Buonarotti et n'en est plus sorti. Ce fragment a été maintes fois publié et figuré comme on se permettait de le faire au xvin" siècle '.

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