DENIER — DEMER DE SAINT-PIERRE
reur défendait de donner plus de 50 000 deniers d'une monnaie altérée pour une li\Te d'or, c'est que la prime de l'or, autrement dit la dépréciation du numéraire en cours, était d'environ 50 pour inn. Il maintient donc sa première évaluation du denier. 11 ajoute que cette monnaie, qui était en cuivre et qui avait subi une suite d'altérations très imparfaitement connues dans l'histoire de la numismatique, avait dû perdre une grande partie de sa valeur d'échange et pouvait n'être plus reçue dans le commerce, au commencement du iv« siècle, que pour la moitié à peine de sa valeur nominale, cest-à-dire pour 2 cent. 5.
Eu somme, onpeuts'en tenir, crojons-nous, dans les calculs à compter le denier pour 2 cent. 50 ou mieux pour 2 cent. 25.
DENIER DE SAINT-PIERRE. — Nous ne faisons qu'indiquer ici l'origine d'une institution qui appartient à nos études par la date de sa fondation, mais dont le développement leur demeure étranger.
Les Anglo-Saxons et les Celtes, passionnés pour les voj-ages, satisfaisaient leur goût et leur dévotion en se rendant à Rome. Le roi Ceadwalla s'}' fit baptiser'; Ina, son successeur, abdiqua afin de se retirer et de finir ses jours dans le voisinage du tombeau des apôtres - et leurs compatriotes, nobles et rustres, moines, clercs et laïques, suivaient l'impulsion de leur tempérament, l'exemple de leurs princes et le conseil de leurs docteurs, car Bède le Vénérable leur expliquait gravement que ceux qui auraient, dès cette \ie, fréquenté les tombeaux des apôtres, seraient reconnus par eux au seuil de l'éternité. C'était une chance qu'il ne fallait pas négliger, aussi plurcs de génie Anglorum, nobiles, ignobilcs, laici, clerici, viri ac feminas ccrtatim facere consuerunt.
Dès la fin du \in« siècle, le nombre des touristes anglo-saxons était tel qu'il provoquait la création d'un établissement destiné à ces Infatigables itinérants, la Schola Saxonum. qui fut VTaisemblablement la plus ancienne de ces fondations que, sous le nom de Scholœ peregrinonim. la plupart des grandes nations ont fondées à Rome au moyen âge '. Cet établissement procurait aux compatriotes une église desservie par des prêtres saxons, une hôtellerie, les installations qui en dépendent et, le cas échéant, une sépulture honorable ■*. Tout le quartier avait une physionomie exotique au point qu'on l'appela : la ville des Saxons, Burgus Saxonum, et le nom est demeuré attaché au quartier situé sur la rive droite du Tibre et appelé jusqu'à nos jours, le Borgo '.
Matthieu Paris, dans sa Chronique, rapporte la
' Bède, Hist. eccles,, 1. 'V, c. vn : Hoc sibi gîoriœ singularis desiderans adipisci ut ad limina beatorum apostoîorum fonte baptismatis ablucreliir. Cf. King Ceadwalla's tomb in ibe ancient basilica o/ S. Peter, note de Tfsoroni, résumée dans l'AUienstum, 23 janvier 1S92. — ' Ibid., Cum triginta et septeni annis sceptrum tenuisset. relicto regno, ad Umina beatorum apostoîorum profectus est, cupiens in vicinia sanctoruni locorum ad tempus peregrinari in terris, quo /amiliarius a sanctîs recipi mererelur in cœlis. — ' Liber pontificalis, édit. Duchesne, t. ii. p. 36, note 27; BuHariuni vaticanum, t. i, p. 15-16, 22-28. — «C'était le = Thos Cook and C*» » de l'époque, ^latthieu Paris, Chronica majora, édit. Luard, t. i, p. 330-331 : Fecit, juxta domum prœ/alam, ecclesiam in honorem beatœ virginis Mari.-v fabricari, in qua Anglis ftomam advenientibus diiiina celebrarcntur officia in qua posseni, si quem ex Anglis Roma; mori contingeret, sepeliri. — ' Liber ponlificalis, éJit. Duchesne, t. il, p. 53, l'incendie de 817. — ' Matthieu Paris, Chronica majora, édit. Luard, t. i, p. 331. — ' Guillaume de Malmesbur>-, Cesla regum, t. i, p. lOfl; cf. Henri d'Huntinsdon, dans Petrie- Sharpe, Monum. hist. Britann., p. 730 a; Cesla abbatum de Matthieu Paris, édit. Riley, p. 5. — • Matthieu Paris, Chronica majora, édit. Luard, t. i, p. 331. — • Exception unique en faveur du monastère de Saint-Albans, écrit
I fondation de cet établissement à Ina, roi de Wessex
(G89-726), et il ajoute : Slalutum esl generali décréta per lolum regnum Occidentalium Saxonum ul singulis annis de singulis familiis denarius unus qui anglice Romscot appeltalur beato Pelro Ecclesiie Romitnx milerelur, ut angli ibidem commorantes vitale subsidium haberent '. « Ina établit que, dans son royaume des Saxons occidentaux, chaque famille serait tenue de fournir annuellement un denier à saint Pierre et à l'fîglise romaine pour l'entretien des Anglais qui séjourneraient eu ladite schola; ce cens annuel est ce qu'on appelle en anglais Romscot. » D'après une autre tradition, le fondateur de la Schola Saxonum serait Offa II, roi de Mercie '. En tous cas, ce dernier prit en 794 dans son royaume, en faveur de la Schola, les mêmes mesures qu'Ina avait prises dans le sien. .Matthieu de Paris écrit lui-même en marge de son manuscrit : Ilanc scolam quia per avariliam Romanorum suis rcditibus deslitutam et idcirco destruclam reparavil rex muniflcus Ofja, qui beatum Albanum invcnil, ut in scquentibus dicetur '. « Étant entré, écrit le biographe d'Offa, dans la Schola Anglorum qui florissait alors à Rome, il établit avec une munificence ^Taiment royale que toutes les familles ' de son royaume de Mercie payeraient dorénavant, chaque année, un denier d'argent pour l'entretien de leurs compatriotes à Rome '°. •
Les écrivains qui mentionnent l'établissement de cette redevance sont unanimes à y voir l'institution du denier de Saint-Pierre : Romepenny sive Petrespenny, dit Brompton, et Matthieu de Westminster: denarius b. Pétri quod Romscot appellatiir ".
D'autres chroniqueurs reportent à Ethelwulf, en l'année 853, l'établissement du denier. Selon les uns, = EthelNvulf s'en alla à Rome, et il offrit à Dieu et à saint Pierre une rente annuelle d'un denier, qui devait être payée par chacune des maisons de l'Angleterre; cette rente est connue aujourd'hui sous le nom de denier de Saint-Pierre '-. » Mais Asserius, presque contemporain des événements, et Florent de Worcester, dont l'autorité n'est guère moindre, présentent l'affaire sous un jour très différent. D'après eux, il s'agirait dans le cas d'Ethelwulf d'une redevance fixe de .'^00 mangons, dont les deux tiers étaient destinés à l'entretien du luminaire dans les basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul, et dont le reste était destiné au pape luimême ".
En fait, dès la fin du ix= siècle, le royaume de Wessex envoyait annuellement au pape une redevance en argent. Sous le roi Alfred, la Chronique anglo-saxonne mentionne à plusieurs reprises l'envoi à Rome des aumônes des Saxons occidentaux et du roi Alfred :
Matthieu Paris. — '" Vila O/jœ, édit. 'WaLs, p. 29 ; cf. Matthieu Paris, Chronica majora, édit. Luard, t. i, p. 361. — " Brompton, dans T\\->sden, Hisl. cmglic. scriptores, col. 754: Matthieu de Westminster, Chron., ad ann. 794. — '* Cardinal d'.Xjagon, dans les Miscellanea de Baluze, édit. Mansi, t. i, col 441; cf. Guillaume de Malmesburj-, Gesta regum, I. II, c. ii, P. L., t. clxxix,co1. 1058. — " .\sserius, Vita Aîjredi, dans Petrie-Sharpe, yionum. hist. Britann., p. 472 : Romae guoque omni anno magnam pro anima sua pecuniam, id esl trecentns mancusas. m honorem sancd' Pétri, specialiter ad emendum oleum quo impleantur omnia luminaria illius aposlolicœ ecclesiiv in vespera Paschœ et a'qualiter in galli cantu, et ccntuni mancusas in honorem sancti Pauli eadem condiiione ad comparandum oleum in ecclesia Sancii Pauli ad iniplenda Uiminariu in vespera Paschœ et in galli cantu; centum quoque mancussas unieersali papse apostolico. Florent de Worcester, Chronique, dans Petrie-Sharpe, op. cit., p. 552 : Romie quoque omni anno CGC mancusas denariorum portcwe prjccepit, qua- taliter ibi d ivipcrcntur? scilicet C mancusas in honore .Sancti Pétri, specialiter ad emendum oleum quo impleantur omnia luminaria illius apostolicicccclesiw in vespera Paschie et in galli cantu irqualiter; et C mancusas in honore sancti Pauli npostoli eadem de causa; C quoque mancusas universali papa-postolico.