V. L'ÉGLISE DE S.\INTE GENEVIÈVE. NOUS en
savons peu de chose, ce que l'auteur de la Vila Geno-
' A. de Barthélémy, dans Bulletin du comilé d'histoire et d' archéologie du diocèse de Paris, 1883, t. i, p. 98. — " Suger. Œuvres, édit. Lecoy de la Marclie, p. 339 : Jn Strata vero ubi dominus noster post Dominiim 1er bealus Dionysius toto ireccntorum annorum tempore quieuit. — " J. Doublet, op. cit., p. 1.^7. — - * Grégoire de Tours, Hist. Francor., 1. II, c. V, édit. Amdt et Krusch, p. 67 : Juxta ipsuni aggerem publicum; cf. I. II, c. i, p. 60 : Cunique illi venientes portojn civitatis ingrederent, ecce istam per aliam portam mortuum efjerebant. — - * Miracuîa sancti Dionijsii, I, 24, dans Acla sanctorum ordinis S. Bencdicti, tome m, partie 2, page 351 ; MabiUon, Œuvres posthumes, tome il, page 342; J. Lcbcuf, Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, t. m, p. 208; édit. de 1883, t. i, p. 513. — ' « Je n'ai point trouvé, dit Lcbeuf, en quel temps cette église de Saint-Denis-de-l'Estrée, devint un prieuré. » T. m, p. 210; nouv. édit., 1883, t. i, p. 514. Il ajoute : • II y avolt des religieux dés la fin du x^ siècle, et c'éloit alors une espèce de maison de santé pour l'abbaye de Saint-Denis. ■ mais le texte qu'il cite à l'appui de cette assertion, dans Arta sanct. ord. S. Bened., t. vi, part. 1, p. 697, parle de Saint-Martin-de-l'Estrée, et non de Saint-Denis. J. Havct,
vefse a bien voulu nous apprendre, et d'infimes détails conservés par Grégoire de Tours.
Venu dans le territoire des Parisiens au milieu du ni' siècle, saint Denis avait été mis à mort à une date inconnue, mais presque certainement antérieure à la fin de ce siècle. D'après la Vie de sainte Geneviève, le plus ancien témoignage recevable, il souftrit au village de CatuUiacus et, selon la coutume la plus répandue, fut enterré sur le lieu même : passas est et sepultas. Beaucoup plus tard, l'auteur des Gesla Dagoberli et celui de la Passio ajoutent que l'emplacement de cette sépulture était marqué par un monument; la Passio dit : par un « mausolée élevé », ouvrage de la pieuse chrétienne qui avait recueilli les restes des martyrs. L'existence d'un mémorial sur le lieu du supplice est chose si ordinaire, si naturelle, qu'on peut à peine songer à la révoquer en doute; l'attestation qu'en donne l'auteur des Gesta Dagoberli est celle d'un habitant de la localité qui, on en a la preuve, a beaucoup lu et fort attentivement. Ce monument, quel qu'U fût, avait localisé le souvenir et se trouverait englobé dans la construction élevée par le clergé parisien sous l'impulsion de sainte Geneviève.
On a quelquefois placé la fondation de l'église par sainte Geneviève en 496; rien ne justifie cette date '. On peut être surpris que plus de deux siècles se soient écoulés sans que l'ÉgUse de Paris eiit songé à édifier une basiUque et qu'il ait fallu l'insistance et le prestige de sainte Geneviève pour y déterminer ceux auxquels ce soin et ce devoir incombaient. L'auteur de la Vita Genovefœ insiste sur la découverte miraculeuse de fours à chaux qui fit cesser les hésitations des clercs parisiens '. La construction mérovingienne fut doue bâtie à sable et à chaux de façon solide. Nous avons déjà vu qu'une brigade de cliarpentiers était allée dans un bois voisin, in sallu, faire choix de matériaux destinés évidemment à la toiture. La basilique était donc couverte d'une charpente. Jusqu'ici rien de bien nouveau dans ces indices, mais encore ne fallait-il pas les négliger. M. Levillain fait mention « dans la salle du palais des Thermes au musée de Cluny, à gauche en entrant et au fond, de sept chapiteaux à feuilles d'acanthe, tous présentés comme mérovingiens et comme provenant de l'église abbatiale de Saint- Denis '. La provenance est, dans une certaine mesure, incertaine, et ils ne sont pas tous de la même époque. Les deux plus petits sont d'un art encore assez souple et vivant. Les trois moyens, qui ont déjà moins de finesse d'exécution, ont quelque analogie avec les chapiteau.x de Saint-Laurent de Grenoble et de la catliédrale mérovingienne de Nantes (581-550); mais ils leur sont très supérieurs par la facture, et je Ie.s crois sensiblement antérieurs. Quant aux deux der-
op. cit., p. 31. — ' L. Levillain, Les plus anciennes églises abbatiales de Saint-Denis, dans Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l' Ile-de-I'rance. 1909, t. xxxvi, p. 150, note 1. — ' Pvidcinnient leur dévotion ù saint Denis n'était pas très ardente. — • ■ Ces cliapiteaux ont été introduits :\ Cluny après la publication du Catalogue de Ou Sommcrard. J'ai eu la bonne fortune, écrit M. I.. I.cvillain, op. cit., p. 11, note 4, de retrouver dans le chef des gardiens du musée, l'employé qui, il y a vingt-cinq ans environ, les alla clierchcr ;i Saint-Denis; il m'a atïirnié très bien se souvenir que ces morceaux de sculpture se trouvaient dans une sorte de hangar où Viollct-le-Duc entassait les pièces intéressantes que les Joiiilles lui faisaient découvrir; comme elles n'étaient point étiquetées, on ne peut pas dire si elles provenaient de la basilique actuelle ou de l'ancienne église de l'Estrée dont l'emplacement fut entièrement déblayé pour la construction de l'église piu'oissialc. S'ils ont été trouvés dans la basilique, ce sont évidemment des matériaux de remploi. l'st-ec A eux que ViolIot-le-Duc fait allusion quand il parle de pierres sculptées ayant appartenu i> un édifice gnlio-romaln ? (;'e»t possible. ■
DENIS (ABBAYE DE SAINT-
niers, les plus gros, ils sont d'un style barbare et d'une facture lourde : leurs feuilles d'acanthe sont grossièrement sculptées et demeurent comme collées au corps du chapiteau; ils me paraissent une médiocre imitation d'un des précédents et dater d'une basse époque ; je crois qu'ils ont été sculptés pour une des basiliques carolingiennes ', dans la seconde moitié du viii» siècle, quand les autres furent peut-être remployés '. «
Quelques textes, malheureusement trop sommaires, nous font entrevoir la disposition du chœur.
Dans le récit, déjà mentionné d'uue femme accusée d'adultère pour la justification de laquelle son père prête serment « sur le tombeau de saint Denis », nous voyons que, en présence des parents et des amis du mari, le père étend la main « sur l'autel ». Mais on l'accuse de parjure et on le massacre « devant cet autel même », des traits furent lancés « jusque sur le sépulcre » '. Tout ceci est un peu vague, mais il semble légitime d'induire qu'il existait un seul autel situé sur le tombeau.
Lors du pUlage de la région parisienne par les soldats de Sigebert. en 574, un de ceux-ci vola « la tenture de soie ornée d'or et de pierres précieuses qui couvrait le saint sépulcre ». Un autre, « qui ne craint pas de marcher sur le saint sépulcre » cherche à briser d'un coup de lance une colombe d'or; mais, quia turritam erat tumulam, ses pieds glissèrent de part et d'autre, et on le releva mort, lesliculis compressis, et la lance plantée dans le côté *.
Ces textes ont prêté à des interprétations diverses. FéliDien écrit : « Les termes de saint Grégoire font connoistre que le tombeau du saint martyr estoit orné de petites tours ou espèces de pyramides, à la manière des anciennes châsses et de quelques autels gothiques =. » JuUen Havet est porté à voir dans le monument dont parle Grégoire de Tours le « mausolée élevé » dont il est question dans la Passion de sainl Denis «, et il dit : « 11 était en forme de tour, lurritus.... C'était donc un cône ou une pyramide; il servait d'autel à la basilique : au-dessus était suspendue, à l'époque de ce pillage, une colombe d'or, évidemment destinée, selon l'usage du temps, à renfermer les hosties '. » Le tombeau était couvert d'une housse de soie très riche et c'est sur cette tombe que le soldat sacrilège monta afin de s'emparer de la colombe qui devait être très haut, puisque l'homme jugeait utile de se servir de sa lance. Ainsi perché sur le tombeau, il perdit l'équilibre, tomba et se tua. « Quand Grégoire de Tours nous dit que le tombeau était turritam, l'historien ne nous donne pas ce renseignement pour le plaisir de nous fournir une précieuse indication archéologique; mais il veut, par là, expliquer comment les pieds du soldat, monté sur le sépulcre, purent glisser de part et d'autre, ehipsis pcdibas ab utraque parte, [parce queprécisément le tombeau était de forme é\evée, quia turritam erat tumulum] et comment le pillard put se blesser mortenenient entre les jambes, compressis testiculis, et au flanc, lancea in tatere defixa '. » Ce mot lurritus, servilement traduit, a fait supposer je ne sais quel échafaudage; il sudira d'y attacher le sens A'élevé ', comme tant de
' Outre la grande basilique, on dut reconstruire Saint- Denis-de-l'Estrée et on construisit une basilique Saint- Pierre. — ' L. Levillain, op. cit., p. 12. — ' Grégoire de Tours, lilstoria Franconiin, I. V, c. xxxii, édlt. ."Vrndt et Krusch, t. i, p. 224-225. — ' Grégoire de Tours, I.iber in gloria martyrum, c. Lxxi, édit. Krusch, t. i, p. 535- 536. — * Félibien, Histoire de l'abbaye royale de Saint- Denys, p. 6. — ' Passio, 30, édit. Krusch, p. 104 : ,4ntedicta tamen mater /amilias... locum sanctnrum martyrum ossa servantcm qua oportitit solliciliidine requisivit atque inuentum eminentis mausolei constructione signavit. — ' J. Havet, op. cit., p. 30. Voir Dictionn., t. m, au mot Colombe eucharistique, col. 2231. — " L. Levillain,
couvercles de sarcophages dont le dos d'Ane d'abord simplement bombé s'était peu à peu accusé et haussé au point de former un toit aigu, une arête vive. Quant aux tombes accolées de Rustique et fileuthère. comme ces personnages n'apparaissent qu'en 654, il semble anticipé de leur fournir un tombeau dès 574.
En avant du sépulcre se trouvait l'autel contigu, c'est ainsi qu'on pouvait se massacrer « devant l'autel même et lancer des traits « jusque sur le sépulcre ».
Il Les passages que nous avons cités, de Grégoire deTours, n'impliquent pas l'idée d'une crypte. La question est de savoir si, à cet égard, il y avait des règles établies et obligatoires sur la nécessité de la crypte dans une basilique : on semble être porté à le croire: cependant, un te.xte postérieur montre qu'on admettait parfaitement que, dans l'église primitive de Saint- Denis, les corps fussent enterrés et non exposés dans une confession à la vénération des fidèles. Si la Passion de saint Denis ne le dit pas expressément ", l'auteur des Gesla Dagoberti l'a ainsi comprise lorsqu'il prête à saint Denis, parlant en songe à Dagobert, le propos suivant : « Enlève la terre qui recouvre nos sépultures, et des authentiques t'apprendront expressément qui sont ceux que ce tombeau renferme ". . Il est difficile de trouver un texte plus clair et plus explicite ''. »
Construite probablement dans les dernières dizaines d'années du v= siècle, l'église de sainte Geneviève allait être dépouillée de son dépôt précieux le 22 avril 626. A partir de ce moment la basilique Saint-Denis-del'Estrée garda une existence indépendante, mais etYacée, comme église séculière et probablement paroissiale, au moins jusqu'au ix" siècle; on la trouve alors desservie par un prêtre quahfié prcsbijtcr loci. Ce prêtre était-il à la nomination de l'abbé ? On peut le supposer, mais on n'en a aucune preuve. Le diplôme par lequel Clov'is 11 confirme à l'abbaye la faculté d'avoir des biens distincts de ceux de l'église de Paris et d'être soustraite, quant à l'administration de ces biens, à l'autorité épiscopale, ne nous apporte aucun éclaircissement sur la situation de l'Estrée. Oue les moines dionysiens eussent tenu à toujours posséder et conserver le lieu longtemps sanctifié par le dépôt des corps saints, on le conçoit sans trop de peine, encore qu'ayant la proie ils pouvaient dédaigner l'ombre, mais souhaiter et tenir sont deux choses et l'éghse de Paris dépouillée des reliques au profit des moines ne fut peutêtre pas fâchée de retenir obstinément l'église dépouillée par une sorte de protestation contre l'empiétement royal et l'accaparement monastique '^.
■VI. L'ÉGLISE DE Dagobert. — On lit dans la Chronique dite de Frédégaire :... Dagobertus umisit spiritum scpuUusqae est in ecclesia sancti Dionensis, quam ipse prias condigne ex aaro et gcmmis et multis preciosisscmis espctebus ornaverat cl condigne in circoito fabricare preceperat". L'église dont parle ici le chroniqueur est celle de l'abbaye. Nous avons vu que celle-ci avait été commencée au plus tôt en 623 et terminée — au moins le gros œuvre — avant la translation des reliques, 22 avril 625. Le chroniqueur écrit au vii= siècle, c'est donc, ou peu s'en faut, un contemporain. Son témoi-
op. cit., p. 14. — ' On se souvient que c'est le mot de la Passio : mausolée élevé. — '" Voir plus haut la note 3, et la suite : Unde postmodam chrisliani basilicam supra martyrum corpora magno siimptii cultiique eximio construxeninl. — " Gesta Dagoberti, c. ix, édition Krusch, p. 403. — -"L. Levillain, op. cit., p. IS-llî. — " La première fois que le nom de Saint-Dents-dc-l'Estrée apparaît dans les textes, c'est au commencement du ix" siècle, dans les Miracula sancti Dionysii, A l'occasion d'un miracle qui se serait produit sous l'abbatial de Fardiilf (797-vcrs 807). Mirac, i, 24, ilans .Mabillon, .4c/a sanct. ordin. S. Bened.' sœc. m, part. 2, p. 351. — " Cltronique dite de Frédégaire, iv, 79, édit. Kruich, t. il, p. 161.
DENIS (ABBAYE DE SAINT
"iiaoe est dès lors très digue d'attention, d'autant qu'il se trouve corroboré par le témoignage de l'archéologie. VioUet-le-Duc, qui avait tait des fouilles dans le sol de la basilique actuelle, admettait l'existence de sept c"lises successives dédiées au premier évoque parisien, dont cinq au moins sur le même emplacement. 11 nous a laissé, à défaut d'une étude raisonnée, un plan des fouilles et une note qui en est le commentaire (fig. 3698)'.
constructions de Suger ', encore visibles au-dessus du sol en c. Alors les deux descentes aux cryptes plus anciennes lurent ménagées en f ^; le sanctuaire se développa largement au-dessus des caveaux de l'église carlovingienne, et l'on dut y monter par des degrés établis en g, des deux côtés de l'autel, et en h.
« Un caveau voûté qui existe encore entier en / montre clairement que le mur i donnait sur le dehors, puisqu'il possède une fenêtre relevée; les murs / du
3698. — l'ian de la basilique. D'après Viollet-Ie-Duc, Dict. raisonné de l'architecture, )8('i8, t. ix, p. 228, lig. '.).
« Voici ces plans présentés les uns sur les autres et tels que les fouilles et les traces de constructions encore existantes ont pu les faire reconnaître. On volt en (( les restes des soubassements de l'abside et du transept de réglise de Dagobert, bâtie avec des débris de monuments gallo-romains ^ Pendant la période carlovingienne, l'église fut très allongée en b au delà de l'abside de Dagobert'; puis viennent s'implanter les
' 'Viollct-le-Duc, Dict. raisonné de l'arclntccturc, Paris, 1 808, l. IX, p. 227-228, fis. '.); cf. VioUet-lc-Duc, L'église impériale de Saint-Denis, (Unis licmie nrcMiihigiqtic, 18G1, I. ni, nouv. série. — = I.cs hiicliiircs de gauche à droite indlciiicnt
fond du collatéral du transept existent encore, et l'on retrouve en k les fondations qui indiquent que les constructions de Suger ne s'étendaient pas au delù des pignons actuels.
•i l.u net de l'église de Suger était plus étroite que celle de l'église actuelle, ainsi <iuil est aisé de le reconnaître à l'entrée oceidenlale el par des fouilles prati- ([uées en /. Donc le transepl de l'église ablialiale du
ces restes. - — ' Les liacliurcs larges, de droite !\ gauche, in(li(|ucnt ces constructions encore visibles duns les cryiiles. - ' I,es hachures serrées, de droite i» gauche, indiquent ces ouvrages. — * Ces descentes existent rncorc.
DENIS (ABBAYE DE SAINT-
xii" siècle, muni d'un bas côté vers le sanctuaire comprenait l'espace mno p. Ce bas côté AA était d'ailleurs nécessaire pour recevoir les emmarchements qui montaient au sanctuaire et ceux qui descendaient aux cryptes.
« Ces constructions, en partie établies sur les restes assez mal bâtis de l'église de Dagobert, ou sur des fondations insufTisantes, ainsi qu'il est aisé de le reconnaître, menaçaient ruine très probablement vers le milieu du xiii« siècle. Que cette raison ait été déterminante, ou que l'édifice ne répondît plus parfaitement aux nécessités du moment, on se résolut à le rebâtir presque entièrement, et notamment toutes les parties du transept, sous le règne de saint Louis (1230 à 1240).
8 Notre figure indique, en noir, toutes les constructions refaites alors. Un coup d'œil sur ce plan fait comprendre l'importance nouvelle que l'on donne au transept et aux collatéraux qui l'accompagnent. La nef fut sensiblement élargie, et se raccorde avec le sanctuaire, dont les écartcments de piles furent conservés, par des biais, qui paraissent fort étranges si l'on ne se rend compte de l'état des constructions antérieures que l'on prétendait conserver vers l'abside.
» Les piles B du sanctuaire furent refaites à neuf, celles T du rond-point sur des socles du xii" siècle. Celles B furent fondées à nouveau dans la crypte, en passant à travers les voûtes carlovinsiennes. On se contenta de rebâtir sur la vieille fondation de piles qui portent sur l'angle de 1 abside mérovingienne; mais au lieu des trois travées D, on n'en fit que deux, et les emmarchements montant au sanctuaire furent reportes en E. Des chapelles furent établies en F au niveau du sol du sanctuaire. Une des portes de l'ancien transept de Suger fut remontée en G '. Saint Louis voulut refaire à neuf les tombeaux de ses prédécesseurs. Ces tombeaux furent disposés en II, c'cst-à-dire sur l'emplacement qu'ils avaient occupé dans les églises précédentes. Celui de Dagobert s'éleva en L, très probablement sur le lieu où la tradition plaçait sa sépulture -. .\lors le choeur des reUgieux s'étendit dans la nef depuis le transept jusqu'au point .1/ et le public put circuler dans les collatéraux et traverser les bras de croix. Des chapelles furent dédiées en .V et en P. Beaucoup p'us tard cette dernière fut occupée par le tombeau de François I*'. Au xiv« siècle on éleva d'autres chapelles le long du collatéral nord en li. Les sépultures des abbés remplirent le croisillon S '. »
Lorsque Viollet-le-Duo parlait de cinq édifices successifs, il oubliait peut-être qu'il n'en rencontrait que trois sur son plan.
On peut donc éliminer la prétendue basiUque du xi« siècle qui semble bien n'avoir jamais eu de réalité '. S'ensuit-il qu'il faille éliminer aussi la basilique de Dagobert ? A supposer qu'on s'y résignât, elle resterait
' Lue opération analogue fut faite à la cathédrale de Paris, à celles de Bourges et de Chartres. Les sculptures du xii'siécle furent jugées dignes d'être conservées et furent rencontrées dans les constructions du xiii'\ siècle. — ' En fouillant tout le centre du transept, Viollet-Ie-Duc a trouvé, au-dessous du sol de l'église de Dagobert, de nombreux sarcophages mérovingiens; cf. Dict. rais, d'archit. franc., t. ix, p. 25, fig. 1. — ' « Ces plans superposés ont cela d'intéressant, ajoute Viollet-le-Duc, qu'ils nous font reconnaître les modifications que le temps apporta pour les usages monastiques dans l'une des plus puissantes abbayes de France. D'abord, comme dans l'église primitive, le transept, très étendu, relativement à la largeur de la nef, est fait pour contenir et enclore les religieux qui n'ont, avec les fidèles, aucune communication. Puis, sous les carlovingiens, tout en maintenant la disposition du transept primitif, on y ajoute un sanctuaire profond, qui fait comme une seconde église propre à l'c.vhibition des reliques. Sous Suger, ce sanctuaire s'élargit, se garnit de chapelles nombreuses et le
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encore fort solide dans la Chronique dite de Frédégaire et, quelque dédain qu'on professe pour un contemporain, on ne peut lui refuser d'avoir vu de ses yeux ce que nous sommes réduits à supprimer en imagination. Viollet-le-Duc n'était ni un ignorant ni un débutant, et si on doit regretter avec raison qu'il n'ait pas convié les archéologues à venir vérifier les pans de murs qu'il avait mis au jour ^, on ne peut lui refuser de les avoir vus de ses yeux et appréciés en connaisseur. Tout ce qu'on pourra dire et apporter de présomptions et de convenances n'ira jamais a supprimer le double témoignage concordant du pscudo-rrédégaire et de VioUet-le-Duc. On dira peut-être que celui-ci ayant lu la chronique était disposé à retrouver â tout prix un pan de mur qui s'y rapportât; on dira aussi quelles murs découverts par lui sur les côtés nord et sud du carré du transept n ont rien à voir avec le transept mérovingien et que ce sont les bases du jubé carolingien que Viollet-le-Duc n'a pas reconnues: on dira enfin que les tombeaux mérovingiens trouves sous le pavé de la basiUquc de Dagobert ne prouvent rien et ne comptent pour rien, et par un miracle d'illumination rétrospective on découvrira que la basilique de Dagobert n'eût pu être, d'après les données relevées au cours des fouilles, qu'une > modeste chapelle, mal bâtie et difiorme • n.
Ce à quoi nous nous tiendrons, c'est aux \estiges contrôlés par un homme dont la science et l'expérience archéologiques étaient grandes et que nous n'avons aucune raison de suspecter. Sans entreprendre de ressusciter ce qui a péri et disparu à tout jamais, nous demanderons seulement à un contemporain ce qu'il consent à nous apprendre, c'est simplement ceci que la basilique était ornée ex aurti cl gcmmis cl mutlis prcciosissemis espelebus '. La Vie de sainl Eloi, un autre contemporain, a malheureusement été remaniée et, dans son état actuel, ne représente qu'un témoignage du IX' siècle. Quoi qu'il en soit, on ne peut dire si les renseignements que nous lui avons empruntés sont exacts et il n'y a pas lieu de les écarter, mais de les utiliser avec réserve. Éloi, argentier, fut chargé de ce que nous appellerions aujourd'hui la châsse. 11 plaça les reliques sous un tcgurium ou ciborium en marbre incrusté d'or et ae gemmes et dont la crête et le fronton étaient décorés dans le goOt clinquant de l'époque. Dans le chœur, Éloi aurait couvert de feuilles d'or la balustrade qui entourait l'autel et placé sur les barreaux de cette balustrade des globes dorés et gemmés; il aurait encore recouvert de plaques d'argent l'ambon et les portes, comme aussi le dais du siège du célébrant. Une sorte de châsse, de boîtier (repa) qui prit la place de l'ancien sarcophage, et un autel furent bâtis extérieurement aux pieds du martyr, c'est-à-dire à l'est ".
Les Gesla Dagobcrti parlent d'autres décorations intérieures. Nous avons dit les garanties d'exactitude
transept s'ouvre davantage sur la nef. Enfin, au xiii' siècle, la clôture monastique dans l'église n'est plus absolue. . — • L. Levillain, dans Bulletin monumenlal. 1907, p. 212-215, 550-553; 1908, p. 137-154. — » F. de Lasteyric. V archilcclure religieuse en France à l'époque romane, ses origines, son déoeloppcmenl, in-8", Paris, 1912, p. 102. — • L. Levillain, op. cit., p. 1 10-147. — ' Chronique dite de Frédégaire. iv, 7il, édit. Krusch, p. 101. — » V'ilo Eligii, 1. I, c. xxxii, édit. Krusch, dans Scriptores rerunt mcrovingicarum, t. iv. p. 388 : Prscterea Eligius fabricainl et nmusoleum sancti nua-tyris Diomjsii Parisius eivilale, et tugurium super ipsum mnrmoreuni miro opère de acero et gemmis; rri.s((U/i quoquc et species de Ironie magnifiée composuil, necnon et axes in circuitu nllaris aura operuit et posiiil in eis poma twea mtondili alquc gemmata: operuit qunque et lectorium et o.sliii diligcnlcr de métallo argenti: sed et tccium throni altaris axihus operuit argcnteis, fecit quoquc et repam in loco anteriiiris lumuli, et allure extrin.'^ecus ad pedes sancii marlyris fabricavil.