‹ Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie (volume 4)Chapitre 110 sur 251 · DEO GRATIAS · texte numérisé non relu

DEO GRATIAS

I, DEO GRATIAS, Acclamation i.iTUHGiyui;. 1° Usage général. — 2" Usage liturgiiiue. — 3" Bibliographie.

1° Usage géni';ral. — Le Deo gratias toi 8£ Osoi y if 15 (I Cor., XV, 57; II Cor., ii, 14) sous cette forme ou sous des termes similaires : gratias agens; graliiis uyo libi (Domine); Pater, gratias ago tibi; gratias ago Deo; gratias ago Deo mco semper ; gratias autem Deo; gratias agimus Deo et Patri ; gratias ugentcs Deo Patri; gratias ago Deo; gratias agimus tibi. Domine, est une des formules de prières qui se rencontrent le plus souvent dans le Nouveau Testament '. Dans l'.\ncien Testament on trouvait déjà agens gratias Deo; gratias ngens (Tobie, 11, 14: et xi, 2).

Il n'est donc pas étonnant que, sous sa forme brève et elliptique, Deo gratias, cette prière ait été reprise par les chrétiens, surtout en Afrique, et employée couramment comme une de ces acclamations que nous appellerions aujourd'hui des oraisons jaculatoires. A ce titre, il peut prendre rang à côté des acclamations amen, alléluia, sursum corda, gratias tibi, Cliriste; et tant d'autres acclamations que nous avons signalées (voir Dictionn., t. i, col. 241 sq.).

Nous trouvons quelques exemples du Deo gratias d'abord dans les Actes des martyrs. Dans la passion des martyrs sciUitains, en 180, le proconsul ayant prononcé la sentence de mort, Speratus répond par Deo gratias agimus, et, après lui, un autre martyr de ce groupe répète le Deo gratias, et enfin tous les martyrs ensemble crient ce mot (voir Dictionn., t. iv, au mot Deo LAi-DES, col. 652).

Kn 202, le diacre Saturus, au cours d'une vision, entend Perpétue lui dire Deo gratias. Après le baiser de paix. Perpétue répond encore Deo gratias. Un peu plus tard, à Carthage, saint Cyprien répondra à la sentence du juge, ces seuls mots : Deo gratias -.

Deo gratias fut même pris comme nom de personne en Afrique. Ainsi le diacre à qui saint Augustin adresse son De eathechizandis rudibus s'appelle Deogratias. 11 existe (453-456) un évèque de Carthage de ce nom dont on fait la fête au 22 mars '.

Nous trouvons dans saint .Augustin plusieurs exemples de cette acclamation. En apprenant la guérison de Paul de Césarée, le peuple en présence de saint Augustin crie : Deo gratias, Deo laudes. Et quand sa sœur Palladia guérit à son tour, ils crient encore : Deo gratias, Ctiristo laudes '. A propos de l'élection d'Evodius que saint Augustin proposait comme son successeur, il y eut des acclamations répétées : A populo acclamatum est niio (HiM'i.is, Christo laudes: dictuni est vicies terties. Exaudi Cliriste. Augustino vita. etc. '. Au Deo laudes, employé aussi comme on vient de le voir par les chrétiens, mais dont les donatistes voul.aient faire un cri de guerre, Augustin recommande d'opposer le Deo gratias : Agnostici appcUantur. l'tinam

' Matth., XV, 36; xxvi, 27; Marc, viii, 6; xiv, 23; Lnc, XVII, 16; xviii, 11; xxii, 17, 14; Joan., vi. 11, 23; XI, 41; Act., xxvii, 35; xxviii, 15; Rom., vi, 17; xiv, 6; XVI, 4; Phil., i, 3;Col., i, 3, 12; m, 17; I Tini.,i, 12; 11, 1: Apec, .XI, 17, etc. — ' H. Leclcrcq, /or. cit., col. 652. Cf. Tiuinart, Acla Marli/rum sinccro, in-t", Parisiis, 1G80, p. 411, 440; LeBIant, ,4cles rfes martgrs, dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Beîles-Letlres, 1882, t. xxx, 2'' part., p. 237. — ' .Martijrologiam romantim du 22 mars,.lfl« snncl., mart.,t. m, p. 381. — ' Occirpi'lnle Dei, xxii,S; P.L.,t.xiL, col. 770. S. Aiig., .Ser/7i.,rcr.xxiii,P./..,t. xxxviii, col. 1445. — ' S.August., Epist., ccxii (al. ex), P. L., t. xxxiii, col. 060 sq.

— ' .\ugustin.. In ps. cXXXII. {P. t.., t. xxxvii, col., 1732, col. | 1487.)—' Cf. F. Cabrol,Lp litre de la priire antitiiie, 1900, p. 73.

— ' H. I.eclercq, col. 652. M. Monceaux, Ifistoire littéraire de l'Afrique clirctiennc, t. iv, le linnatiainc, Paris, 1012, voit dans le Dpo I.audes une marque certaine de donalisme. Cf. sur ce point In réserve des .-Inalcrla bnilundiann, t. xxix, 101(1, p. .107, et îierue des questions liistoriqiies,\*M\, l. \r.v.

erga milites Clirisli csscnt et non milites diaboli, aquibus //lus timetur Den hiudes ! quam fremilus leonis. Hi etiam insultare nobis audeiit. quia fridres, cum vident homines, iii:o oinri \s, dicunt... \um enim non est locus gralutatinnis quandose invicem vident, qui habitant in Christo? et tamen vos iii:i> oinu.ts nostrum ridetis, iieij /.Anii> vestrum ploranl homines'. Il caractérise ainsi cette formuledansun autre de ses ouvrages ■.quidmcl lus et anima geramus, et orc probemus, et calamo scribamus, quam lii:o (CHATIAS? Hoc nec dici brcvius, nec uudiri la-tius, nec intelligi grandius, nec agi fructuiisius potest '.

La coutume de se saluer i)ar le Deo gratias quand on se rencontre, coutume à laquelle saint Augustin fait ici allusion, a été conservée dans la règle de saint Benoit : Et mox ut aliquis pulsaverit (ad portam monasteiil) aiit pauper ctamavcrit, jtEo GituiAS respondeat (ostiarius) aul benedicat (cap. Lxvi).

On verra dans l'article de dom Leclercq que si le Deo laudes est employé par les donatistes dans leurs inscriptions, on trouve le Deo gratias ou le Deo gratias agamus dans des inscriptions chrétiennes *.

2» ITsAGE LITURGIQUE. — L'usagc SI fréquent du Deo gratias chez les chrétiens devait comme naturellement lui donner un caractère sacré et le faire entrer dans la liturgie.

Dans les liturgies latines cet emploi est presque aussi fréquent que celui de Vamen.

.\près la lecture du titre de la prophétie dans la liturgie gallicane, après la fin de l'épitre dans la liturgie romaine, après celle des leçons de l'office, on dit Deo gratias, comme pour remercier Dieu des lumières que nous pouvons puiser dans ces lectures ».

Dans la liturgie mozarabe le laus Deo, Deo laudes. venu d'.Afrique avec d'autres formules liturgiques, s'emploie concurremment avec le liIhi r;/uï;.iset r.4-);£.\ dans les lectures "•. 11 s'emploie aussi, comme dans la liturgie gallicane, après la prophétie, et quelquefois au lieu d'amen ou du laus tibi Christe, après l'évangile ". La liturgie ambrosienne, comme la liturgie romaine, répond à la lecture de la prophétie et de l'épitre par le Dfo gratias.

La liturgie romaine supprime la réponse Deo gratias aux quatre-temps après la prophétie de Daniel, celle-ci ne faisant qu'un avec le chant qui suit. 11 en est de même après la leçon et l'épitre du vendredi saint et après les douze prophéties du samedi saint '-. Il est employé comme répons aux versets Tu autem Domine, miserere nobis, ou Benedicamus Domino. Sous cette forme, le Deo gratias termine aujourd'hui tous les ollices liturgiques ".

On peut dire aussi que le Dca gratias qui suit Vite missa est. était autrefois la finale de la messe, les prières qui suivent aujourd'hui (Placeat. tibi. snncta Trinitnf, dernier évangile, et mtnie bénédiction du prêtre'), ayant été ajoutées plus tard ". Ce Deo gratias est bien

p. 1(.5. — ' Mabillon, De lilurii. gallic. I. I. c. 11, n. 10. .4ii</i7o popali responso leqit prophetiam ad coins titulam populus respondel Deo'grati.\s e/ in /(ne.\MEN. — '" Voir des exemples dans Cl. Morin, Liber comicns, p. 18, 20, 27, 31, etc. — " liona. De rebas titarqicis, II, vu, 4, éd. Sala, 1753, t. m, p. 115, ll'J. —<•- Itubr. gênerai, niisiii;., lit. x, n. 1. — "Cf. l'article Benkdu amus Domino, dans /)iV(., 1. 11, col. 659, 660. — "Cependant, on ne doit pas oublier que la tlnale du canon est la doxoIo;;ie avec le Per omniu stvculornm. .Amen. De Vert considère ce Deo gratias llnal comme une addition, Explication des cérémonies de V ligtisa, Paris, 17)3, t. i, p. 141 et t. III, p. 416. Mais cette opinion ne repose sur rien. I.el>nin montre très bien que le Deo gratias de la messe est dé):\ attesté par .\inalaire. De eccles. offic, P. /.., t. r.v, col. 11,55; liclogw de 0//ÎC10 missa; P. L., t. rv, col. 1300; par les Ordines romains, par .lean d'.Avranchcs, par Releth, etc. (^f. Lebrun, Erpticalian des prières de la messe, I.iése, 1781, t. il, p. 6,50. (.51; et Bona. De rehas lilnrgiris, t. m, p. 435, I3("..

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