DÉPORTATION
Ponlia avaient été déportés l'un des fils de Germanicus et les filles de Caligula. Le souvenir de Doniitille à Pontia se conservait encore à la fin du iv siècle. Saint Jérùme rapporte que la sainte veuve Paula « fut conduite à l'île de Pontia, ennoblie sous Domitien par l'exil de la plus noble des femmes, Flavia Domitilla, et, visitant les petites chambres où elle avait enduré son lonii marlvi'e, sentit croître les ailes de sa foi et s'allumer le désir de voir Jérusalem et les saints lieux '. « Il est fort probable que Paula n'aura pas été seule à faire ce pèlerinage.
II. PoNTiE.v. — Au in« siècle, la persécution de Maximin nous fait connaître d'autres déportés. Le Catalogue libérien de .'î.ît, qui reproduit ici la Chronique d'Hippolyte, contient la mention suivante: « En ce temp"., Pontien, évèque, et Hippolyte, prêtre, furent exilés et déportés dans l'île malsaine de Sardaigne. Sévère et Quintinus étant consuls ', » c'est-à-dire en 23.5. Ces paroles reproduisent la formule légale indiquant une peine capitale perpétuelle infligée par sentence de l'empereur ou du préfet du prétoire '. La Sardaigne était évidemment choisie ti cause de son climat lu.dsain. suivant la règle donnée par le jurisconsulte .Modestin : Dcporlalis vero hœ soient insulie assignari, qiuv sunt asperrima\ quœcjue snnl paulo minus summo supplieio eomparanil;r '. Le Catalogue libi'ricn ajoute :
Dans cette île, Pontien se démit de sa dignité, le IV de > calendes d'octobre (28 septembre) et en son lieu fut ordonné Antéros, le XI des calendes de décembre (21 novembre), sous les deux mêmes consuls ^» La démission donnée par le pape s'explique sans peine par les conséquences juridiques de la peine dont il était frappé.
Quant à son patrimoine antérieur, le déporté subissiit la confiscation attachée aux peines capitales: son testament antérieur devenait irrilum. La perte de la qualité de citoyen était encourue par lui à partir du moment de la condamnation, sauf les cas de lèsemajesté et de concussion où l'incapacité remontait au jour (lu crime '. .\ussi, à partir de la sentence, et sauf l'cfict suspensif de l'appel, le déporté était déchu non seulement des droits politiques, mais des droits privés attachés à la qualité de citoyen ". Mais il pouvait, comme tout pérégrin, participer aux prérogatives du pur droit des gens : acheter, vendre, échanger, donner, etc. : il était incapable de transmettre par succession ou par testament, ou d'y figurer comme témoin ', ou même de laisser par fidéicommis '. Ses liens de famille étaient rompus, et même la eognatio; il était déchu de la puissance paternelle et delà tutelle, assimilé :i un pérégrin; s'il eût été marié, il aurait perdu jusqu'au (■o;i/iii('/imi.
' S. .Jérôme, Episl. i \ III ad Eiistochium, P. G., t. xxii, col. S2. — - Eo tempore Pnntianas episcopux et Yppolitus presbtiter exules sunt déportait in Sardinia, in in^ula nociva, Severo et Qiiinlino cons., dans Liber pontificalis, édit. Duchcsne, 1886, t. I, p. 4, et 146, note 4. Le Liber pontificalia donne la leçon fautive in insitla Biicina, le nom d'un îlot des parages de la Sicile. Pline, Hixt. nal., 1. III, c. viii. — ' De Bossi, Rnma sollerranea, t. il, p. 76; cf. Digeste, 1. XI. VIII, tit. xi\, loi 17, 1 ; tit. XX, loi 7, .">; tit. xxii, lois 14, 13, 17; tit. xxiii. loi :i. — * Modestin, Frngm., ii dans Huschlce, Jiirixprad. anlejasli.i., p. 6-14. — ' In eadem insula difeineius ett m kal. oetitbr. et loeo ejus ordinaUis est Anteros, M kal. decembr., eonsulibus supraseriptis. — ' Paul, Frngm., VI ; Cnd. ad leg. ■lui. mnjesl., ix 8; Modestin, Fragm. xx. — ' Marc., Fragm., vxii, n. 1 ; De pœnis, d.xlviii, 19 et Fragm., XV, de inl. et releg. — " Gaius, il, .5 ; Ulpien, xix, 3, 5. — ' Ulpien, Fragm., I, 2, U.deleg.,W. — "Liber ponlificalis, édit. Duchcsne, t. i, p. 145 : Af/lictus, maeeratus fiistibus defnnctus est III kal. nommbris. — " L. Duchesne, op. cit., t. i, p. xciv. — " Digeste, 1. XLVIIl, tit. XIX, loi 28, n. 2, 5. Le texte de Callis- Irate, cité au Digeste, excepte seulement de la fustij^ation les hnnesliores, et dit expressément que les hommes lihres, s'ils sont parmi les tenuiores, y i>euvent être soumis. Neumann, Der riiniische Staat and die allgem. Kircbe, t. i. p. 216, soutient, à tiirl, que Pontien dans son exil ne pouvait être
.\insi réduit, le pape n'eût été pour fon figlise de Rome et pour l'I-^glise entière qu'un embarras et une source de dillicultés judiciaires inextricables pour tous et chacun des actes qu'il était appelé à poser en sa qualité de chef de l'association, d'administrateur ou de propriétaire ofiiciel de ses biens. Pontien survécut peu à sa démission. « 11 mourut, dit le Liber ponlificalis, après avoir été tourmenté, fouetté, le m des calendes de novembre (30 octobre) '"-> de l'année 235 ou 230 au plus tard. Les ■ mots arifliclus, maeeratus fuslibus avant (Icfuncius esl, supposent que le rédacteur avait sous les yeux ou dans la mémoire quelque récit sur les derniers moments du pape Pontien ". . Voici donc un déporté traité conformément à ce que la loi permettait. La fustigation, selon les lois romaines, pouvait être infligée non seulement à un capile minutus, comme était un déporté, mais même à un citoyen '-.
Pendant la persécution de Dioclétien, la peine de la déportation fut fréquemment appliquée. î'n groupe d'actes de martyrs égyptiens, qui n'ont malheureusement pas échappé aux retouches et aux développements, nous font voir les préfets condamnant a l.i déportation de saints personnages que protégeait contre une sentence capitale la popularité dont ils jouissaient par leurs vertus ". Le préfet Culcianus confie au préfet Arianus que le nommé Isaac refuse tout sacrifice, .\rianus lui conseiUe de s'en débarrasser en le lui envoyant. Quoniam me non audisti, ecce le ego in exilium millo. Tune missus esl cum Ariano. navi rehendus. Bcaliis autem affixus fuit malo navis ". Le mart\ r Épime est ainsi expédié à .Mexandrie, les mains derrière le dos, la chaîne au cou, un anneau dans le nez qui l'attache au m;"it du bateau '". De même pour .\noub ", pour Tia '■ : mais cette déportation n'est qu'une feinte, un déplacement qui épargne au gouverneur l'embarras d'une émeute prévue en cas de condamnation à mort et achemine la victime vers le gouverneur voisin qui se chargera de l'exécution ".
111. La lettre de Psexosiris. — Nous ne sommes heureusement pas réduits à ces seuls textes, nous possédons un acte original sur papyrus relatif à une déportée.
Le papyrus a été trouvé, quelques années après 1890, avec bon nombre d'autres, dans la Grande Oasis, aujourd'hui El-Khargeh, et, plus précisément, dans les ruines de Kysis, aujourd'hui Diich el-Kal'a, au sud de l'Oasis, sur la route des caravanes du Darfour. La collection dont il fait partie vient des archives de la corporation des fossoyeurs de Kysis ". Il appartient ù un lot -° de pièces souvent datées et, dans ce cas, de 2 12 à 310='. Le papyrus de Kysis porte le n. 713 de la collec-
fusti^é. Bien ne montre que le pape fût un lioneslinr, c*est-;*idire, d'après le paragraplic ô du fragment cité au Digeste, un homme assimilé pour le rang aux décurions. La peine de la déportation était appliquée parfois aux personnes de la plus humble comlition. Cf. I'. .-Mlard, Histoire des persécutions, in05, t. II, p. 215. note 1. — " ,\. .\. Giorgi. De mirnculis sancli Colulbi cl reliqaiis aciorum sancli Panesniu marlijrum, thehaica fragmenta duo, in-S", Bonïœ, 17'j:i, p. i.xxxviii-xcix. — ■* Ibid., p. xc. — '^ Ibid., p. xci. — '• Ibid., p. xr.ii. — '■ Ibid., p. xc.viii. . — " Ibid., p. xcix : Ille (apa Tia) in errorem cbristianorum seductas est: et deum suum, qui Cliristas dicitur, adorât. Is igitar est, qaem ego magnis seueri examinis inquisilionibas exagitaid; quemque ad maneris tui potestatem mitto, ut eum in pablico iudicio aadiœi, et extremam sententiam in eam feras, secundunt avsareas leges. — " Saycc, Inscriptions et papyrus grecs d'Ègijpte, dans Reoue des études grecques, 1894, t. viii, p. 299 sq. Sayce identifie à tort Kysis avec Kl-Kousiyet, Cusa\ Sur l'oasis de Psoi dans la (irande Oasis, cf. Amélincau, Béograpliie de l'Egypte clirélienne à l'époque copte, in-S". Paris, 1S93, p. 291 - 292. — -" Parmi les pièces trouvées en même temps, onze sont entrées dans les collections du liritish Muséum. — " Grrnfcll et Hunt. Creek l'apgri. 11 séries, Oxford, 1897, n. (>,S-7S. p. 104-125, et d'autres acquis à Louqsor, ont été publiés par .\. H.Sayce,dansR«>. dMédirf. jrecç., 1894, t. vu, p. 300-304.